Éditorial de Nathalie Arthaud - Maroc: une catastrophe naturelle aggravée par l'incurie et la misère
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« Il n'y a pas de sauveteurs professionnels ou de militaires à leurs côtés. »
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« La plupart des victimes comptent parmi les plus pauvres marocains parce que ce ne sont pas les palais de la monarchie qui ont été frappés. »
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« La France a toujours été un soutien indéfectible à la monarchie marocaine depuis l'indépendance. »
- 5:00Nathalie ArthaudChiffre
« Un millier d'entreprises françaises sont au Maroc. »
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Dans les ruines de leur village, ces habitants recherchent eux-mêmes des voisins. Il n'y a pas de sauveteurs professionnels ou de militaires à leurs côtés. Tout le monde a vu les images et entendu les témoignages bouleversants de ces femmes et de ces hommes frappés par le séisme au Maroc. La plupart des victimes comptent parmi les plus pauvres marocains parce que ce ne sont pas les palais de la monarchie qui ont été frappés et ce ne sont pas les hôtels 5 étoiles. Ce sont les habitations construites en pisé et les villages qui sont souvent accrochés à flanc de montagne. Et eux, ils n'avaient aucune chance de résister à ce tremblement de terre.
Même à Marrakech, ce ne sont pas les quartiers les plus riches qui ont connu les destructions les plus importantes. Les riads de Strauss-Kahn, de Bernard-Henri Lévy ou des époux Balkany sont sans doute toujours debout. Les habitations qui se sont écroulées sont celles de la Médina qui étaient les plus vétustes. Et le destin invoqué a bons dos. Le risque sismique et en tout cas la vulnérabilité de ces habitations étaient connues depuis fort longtemps.
Mais le roi Mohamed VI qui possède un splendide hôtel particulier de 1600 mètres carrés sur le Champ de Mars au pied de la tour Eiffel est sans doute plus intéressé par l'évolution de l'immobilier parisien que de mettre en place un véritable plan de prévention des risques dans son propre pays. En fait, exactement comme le séisme qui a frappé la Turquie en février dernier et qui a fait 50 000 morts, comme celui qui a frappé Haïti en janvier 2010, faisant 250 000 morts, eh bien la population n'est pas seulement victime d'une catastrophe naturelle, elle est aussi victime du sous-développement et de la misère.
Aujourd'hui, tous les chefs d'État font assaut de bons sentiments et se proposent pour aider les Marocains, y compris les pays qui sont plus ou moins fâchés avec le roi Mohamed VI. Eh bien cet étalage de belles intentions est d'une hypocrisie sans nom. À commencer par la France. Oh Macron ne veut pas rater l'occasion pour se montrer généreux mais il refuse toujours d'accorder les visas aux Marocains qui veulent venir ici par exemple. Et puis la France est une des grandes puissances qui historiquement maintiennent les Marocains dans la misère.
Même s'il y a un peu de friture sur la ligne entre Macron et Mohamed VI en ce moment, il n'empêche, la France a toujours été un soutien indéfectible à la monarchie marocaine depuis l'indépendance. Et le grand patronat français, qui a beaucoup d'affaires au Maroc, un millier d'entreprises françaises sont au Maroc, eh bien il s'accommode parfaitement de la politique répressive contre les opposants politiques mais aussi contre les syndicalistes, contre les travailleurs qui revendiquent. En fait ça arrange bien le grand patronat français qui veut bien sûr exploiter au maximum les travailleurs marocains.
Alors il faut prendre tout ce tapage autour de l'aide internationale pour ce qu'il est : du cinéma. Et l'exemple d'Haïti et de la Turquie le montre, entre les promesses d'aide internationale et ce qui arrive véritablement sur le terrain, il y a un gouffre. La seule aide désintéressée qui correspondra véritablement aux besoins des victimes viendra de la solidarité des travailleurs. Cette solidarité, elle s'est spontanément mise en place au Maroc au travers des liens familiaux, au travers des associations aussi, et puis ici elle s'organise à l'initiative des travailleurs marocains et c'est tant mieux. Mais à côté de cette solidarité, il faut aussi mener un combat politique.
Parce que pour reconstruire sur du solide, c'est à dire pour se protéger à la fois des catastrophes naturelles, mais aussi de l'exploitation et de la misère eh bien il faut bâtir une nouvelle société. Une société dans laquelle les travailleurs, les exploités, puissent jouir des richesses qu'ils créent. Dans ce but, il faudra s'unir pour renverser tous les régimes au service exclusif de la grande bourgeoisie, que ce soient les monarchies répressives ou les soi-disant démocraties occidentales.
Nathalie Arthaud