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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 13 octobre 2021 24 min

Agnès Pannier-Runacher : "Les réformes que nous avons menées ont permis de remettre l’industrie sur les rails"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 la ministre déléguée chargée de l'Industrie. Questions et réactions, amis auditeurs, sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Il n'y a pas de standard aujourd'hui en raison d'un mouvement de grève à Radio France. Agnès Pannier-Runacher, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. On va parler ensemble du plan France 2030 présenté hier par Emmanuel Macron. 130 milliards d'euros sur 5 ans dans différents secteurs d'avenir, avec pour but de reconstruire une partie du tissu industriel français autour de grands secteurs d'avenir.

On va évidemment détailler tout ça dans quelques instants. Mais dites-nous d'abord, pour commencer, quel est l'élément déclencheur de ce plan ? Est-ce en pré-campagne présidentielle une manière de dire aux déclinistes, à ceux qui pensent que la France tombe, qu'elle est déclassée, qu'elle s'effondre ? Et bien que non, on peut inverser le cours des choses et reprendre la main ?

0:58
Agnès Pannier-Runacher

Ce plan, c'est retrouver notre esprit de conquête. Reconstruire une innovation et une industrie puissante. Pas celle du passé, mais celle dont on va avoir besoin à l'horizon 2030. Et donc, cette ambition, elle est incarnée par le président de la République. Alors, on n'a pas rien fait ces 4 dernières années. Bien au contraire, on a réformé notre pays. On l'a mis sur une trajectoire de reconquête industrielle. Et aujourd'hui, et ça n'était pas arrivé depuis 2000, on recrée de l'emploi industriel. Mais on le voit avec la crise sanitaire, les transformations se sont accélérées. La Chine investit. Les Etats-Unis investissent. Ne rien faire aujourd'hui, c'est reculer.

Et je crois que le président de la République, comme les Français, ont besoin d'être du côté des gagnants.

1:40
Locuteur non identifié

Oui, mais c'est une réponse à ceux qui disent « la France est déclassée », « la France ne va pas bien ». C'est une réponse politique aussi.

1:48
Agnès Pannier-Runacher

C'est une réponse de la France en positif. Le président de la République croit en la France, croit aux Français, croit en notre talent. Et nous faisons corps derrière lui. Ce plan, c'est aussi des mois de concertation, puisque nous avons travaillé il y a deux ans sur le pacte productif, dont nous avons progressivement augmenté l'ambition. Nous avons augmenté cette ambition au regard aussi de ce que nous a révélé la crise sur des problèmes de souveraineté. Je crois que les Français n'acceptent pas de ne pas avoir accès à l'énergie, à l'alimentation, à la santé.

2:20
Locuteur non identifié

Il a fallu le Covid pour cela, Agnès Pannier-Runacher. Le timing de ce plan, même Éric Wehr tout à l'heure soulignait qu'il était ambitieux et qu'il était plutôt positif à l'égard de votre plan. Mais ça fait quatre ans et demi qu'il est président, Emmanuel Macron. Pourquoi, alors que ça fait des années que l'industrie va mal en France, pourquoi attendre quatre ans et demi pour présenter ce plan ?

2:39
Agnès Pannier-Runacher

D'abord, pourquoi ne l'avoir pas présenté dans les 100 premiers jours ? Les réformes que nous avons menées ont permis de remettre l'industrie sur ses rails. Et je crois que ça fait depuis le premier jour de son quinquennat que le président de la République investit dans l'industrie. Encore une fois, je redonne les chiffres. Nous sortons d'une période entre 2000 et 2016 où nous avons détruit, où la France a vu la destruction d'un million d'emplois industriels. En 2017, en 2018, en 2019, on recrée de l'emploi industriel. En 2018, on est le premier pays pour les projets industriels portés par des investisseurs étrangers.

Le premier en Europe, devant l'Allemagne, devant l'Espagne, devant le Royaume-Uni.

3:18
Locuteur non identifié

La part de l'industrie dans le PIB reste faible.

3:20
Agnès Pannier-Runacher

Vous avez raison, mais c'est bien pour ça qu'il faut inverser la vapeur. Alors là où vous avez raison, c'est que la crise sanitaire a accéléré les choses. A accéléré les choses sur la question du défi climatique, les rapports du GIEC, et sur le fait que nous devons investir extrêmement fort sur cet aspect-là, non seulement pour être au rendez-vous de ce défi climatique, mais aussi pour que notre industrie ne s'effondre pas. Je rappelle que l'industrie, c'est 20% des émissions de gaz à effet de serre, c'est 100% des solutions. Parce que le moteur décarboné, c'est dans l'industrie qu'on va l'inventer, pas ailleurs.

3:56
Présentateur

Encore un mot avant de détailler le plan. Sur le fond, est-ce que vous reconnaissez tout de même un changement philosophique entre le Emmanuel Macron 2017, qui voulait être le candidat, puis le président de la Startup Nation, et le Emmanuel Macron presque candidat de 2021, qui revient à la bonne vieille industrie ?

4:15
Agnès Pannier-Runacher

Mais je crois que, et il l'a très bien dit hier, il ne faut pas opposer les Startup et la bonne vieille industrie, comme vous le dites. En fait, tout le monde est en transformation. Les Startup, elles ont la capacité à bâtir tout de suite sur le futur. Elles n'ont pas à transformer un passé. Les PME, les entreprises de taille intermédiaire, sont néanmoins ultra innovantes. Et nous, notre enjeu, c'est surtout de faire en sorte que les PME, les ETI, les Startup, qui sont souvent les oubliés de ces grands plans, parce qu'ils n'ont pas, comme les grands groupes, cette capacité d'accès au pouvoir public, puissent bénéficier de ce plan et accélérer leur développement.

4:52
Présentateur

Allez, on y va, Agnès Pannier-Runacher. 10 objectifs correspondant à 10 secteurs clés. Nucléaire, hydrogène vert, énergie renouvelable, moyens de transport à bas carbone, alimentation, santé, production de contenu culturel, conquête spatiale, grand fond marin. Voilà les grands espaces qui ont été décrits et déterminés. Pourquoi ces secteurs-là plutôt que d'autres ? Comment précisément ont-ils été choisis ?

5:17
Agnès Pannier-Runacher

Comment ont-ils été choisis ? Comme je le disais, nous avons commencé à travailler sur le pacte productif en 2019. Et nous avons travaillé avec les entreprises, avec les organisations syndicales, avec des ONG, pour essayer de périmétrer ce dont on avait besoin pour construire le futur. Et au fond, les secteurs sont passés sans surprise. C'est l'énergie, l'énergie bas carbone qui va nous permettre d'avoir de l'électricité, parce que ce qu'on est en train de faire, c'est de supprimer toutes les sources d'émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. Et donc, c'est changer tout notre modèle.

Et c'est pour ça qu'on a besoin et des énergies renouvelables et du nucléaire,

5:58
Locuteur non identifié

parce qu'aujourd'hui, on ne sait pas faire l'un sans l'autre. 1 milliard sur le nucléaire, 500 millions sur les énergies renouvelables. Ne fallait-il pas faire l'inverse ?

6:05
Agnès Pannier-Runacher

Non, parce que sur les énergies renouvelables, on a d'abord beaucoup investi, et que l'enjeu, c'est de poursuivre cet investissement. Sur le nucléaire, l'enjeu, c'est de produire des petits réacteurs qui soient plus modulables et qui soient en appui, par exemple, de grands sites industriels. Donc, ce n'est pas la réponse à la production d'électricité qu'EDF apporte de son côté.

6:28
Locuteur non identifié

C'est-à-dire, c'est peut-être à la pointe de l'innovation. Ces petits réacteurs, combien vous allez en lancer d'ici 2030 ?

6:35
Agnès Pannier-Runacher

Aujourd'hui, notre enjeu, c'est de mettre au point ces réacteurs. On a des preuves de concept.

6:39
Locuteur non identifié

Il n'y en a pas, aujourd'hui ?

6:40
Agnès Pannier-Runacher

Il y en a qui, je dirais, sont en modèle d'essai, de prototype, mais qui fonctionnent de manière commerciale auprès d'un site industriel. Non, il n'y en a pas. Et nous voyons que les États-Unis investissent. Nous sommes une des premières nations nucléaires. Nous avons une histoire nucléaire. Nous avons 220 000 experts du nucléaire en France. Il est important d'investir dans ces petits réacteurs.

7:03
Locuteur non identifié

Pour l'instant, à l'heure où nous parlons, il n'y en a aucun de lancé parce qu'il n'existe pas. C'est ça ?

7:06
Agnès Pannier-Runacher

Aujourd'hui, nous avons investi 50 millions d'euros dans la recherche R&D du réacteur Nuvarde. Et l'enjeu, c'est d'accélérer ça et de prendre les solutions, encore une fois, les plus efficaces.

7:19
Présentateur

Yannick Jadot pointe cette question de calendrier. On ne va pas mettre de l'argent aujourd'hui dans des petits réacteurs qui seront disponibles dans au moins 20 ans, quand on aura gagné ou perdu la bataille du climat. Il ne met pas le doigt sur un point important, un point de calendrier.

7:35
Agnès Pannier-Runacher

Yannick Jadot est en train de passer à côté de la responsabilité première d'une personne politique. C'est le temps long. C'est-à-dire que nous travaillons sur le nucléaire avec EDF pour assurer l'augmentation de production d'électricité. Et que ce soit sur les énergies renouvelables et sur le nucléaire. Mais ne pas penser la prochaine génération de réacteurs. C'est une faute. C'est une faute politique. C'est le fait, au fond, de ne voir qu'à trois mois, qu'à six mois. Et ce n'est pas du tout dans cette posture que se positionne le président de la République.

8:06
Locuteur non identifié

Vous aviez dit que vous ne commanderiez pas de nouveaux EPR avant la fin du chantier de Flamanville, qui a pris, on le rappelle, un retard considérable et se révèle très coûteux, six fois plus que ce qui était prévu à l'origine. Est-ce que vous avez changé d'avis, Agnès Parnier-Renachet ? Est-ce que vous commanderez de nouveaux EPR avant la fin de Flamanville ? Ce n'est pas impossible. Ce n'est pas impossible parce que nous devons... Ce n'est pas impossible, ça veut dire oui. C'est-à-dire que vous allez encore... Les six fameux réacteurs EPR...

8:32
Agnès Pannier-Runacher

Ce n'est pas tranché, mais ce qui est très clair, c'est que si nous voulons être au rendez-vous de la décarbonation, c'est-à-dire des besoins massifs d'électricité, si nous voulons ne plus dépendre du pétrole, du gaz naturel, il y aura une date limite pour prendre cette décision. Et il faudra, c'est courant de l'année 2022, ce n'est pas nécessairement avant l'élection présidentielle comme je l'entends. C'est au moment où nous devons prendre cette décision pour garantir aux Français d'avoir accès à une électricité peu chère et fiable à la demande.

9:03
Locuteur non identifié

Il n'y avait pas un angle mort dans le discours du président de la République hier, qui était ce fameux calendrier que lui-même a fixé, de réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d'énergie d'ici 2035, qui n'est en fait pas atteignable, mais il ne l'a pas dit ? Alors, 50% dans... Sans langue de voix, c'est la vraie question en fait, c'est ce que disait Dominique Seux, que déjà beaucoup de conseillers du président de la République disent en off que ce calendrier n'est pas tenable. Donc qu'est-ce que vous nous dites, vous, ce matin ?

9:31
Agnès Pannier-Runacher

Alors moi, je ne n'y pas dans le marre de café. Ce que je constate, c'est qu'à chaque fois que nous refaisons un point avec les experts sur les besoins en électricité, on constate des augmentations. Parce que la rapidité, par exemple, de l'adoption du véhicule électrique est incroyable. Je veux dire, en deux ans, on a changé de trajectoire. L'utilisation de l'électricité dans les processus industriels est en train de s'accélérer. Donc on va avoir besoin d'énergie renouvelable, on va avoir besoin de nucléaire. Et aujourd'hui, moi, je ne mettrai pas ma main à couper qu'on n'arrive pas effectivement à un mix nucléaire-énergie renouvelable de 50%. Parce qu'on va faire feu de tout bois.

On va faire feu de tout bois sur l'éolien marin. Et ce sont des capacités absolument massives de production d'électricité. On va faire feu de tout bois sur l'éolien terrestre, sur le photovoltaïque, sur l'hydroélectricité.

10:24
Locuteur non identifié

Donc le calendrier reste le même. Vous ne le changez pas ce matin.

10:27
Agnès Pannier-Runacher

Le calendrier, aujourd'hui, on ne le change pas. On attend tout simplement l'expertise de RTE pour nous dire, grosso modo, comment on projette, comment les meilleurs experts projettent ces besoins d'électricité. Donc moi, je ne m'élève pas au-dessus de ma condition. Je travaille sur la science. Je ne travaille pas ni sur le dogme, ni sur des coûts politiques. Et c'est comme ça qu'on va construire notre trajectoire. Nous avons une prévision pluriannuelle de l'énergie qui est pour les années 23 à 27. On sera prêt et on aura les bonnes trajectoires.

10:58
Présentateur

Emmanuel Macron a mis la pression sur les constructeurs automobiles en leur demandant donc de produire en France d'ici 2030 près de 2 millions de voitures électriques et hybrides. Cet objectif doit passer par plus de stratégies coopératives entre les différents constructeurs. Alors on va traduire. PSA et Renault ne s'entendent pas assez. C'est bien ça ce qu'il faut comprendre. Ils sont donc responsables d'une partie du déclin du secteur. C'est ça le sous-texte ?

11:25
Agnès Pannier-Runacher

Le sous-texte, c'est... Moi, j'ai travaillé dans la sous-traitance automobile, donc je vois un peu de quoi il s'agit. C'est que les relations dans la sous-traitance automobile entre donneurs d'ordre et sous-traitants sont souvent marquées par le court terme et par des demandes de baisse de prix qui sont difficilement supportables. Et donc, l'enjeu, c'est d'être capable d'avoir des partenariats stratégiques où les sous-traitants puissent avoir le temps de s'adapter. Alors, bien sûr, il faut qu'ils investissent pour moderniser leurs lignes de production. Mais pour le faire, ils ont besoin d'avoir de la visibilité sur leurs commandes.

Ce que l'on retrouve dans l'aéronautique et qui fonctionne avec des donneurs d'ordre qui donnent du temps et de la visibilité à leurs sous-traitants, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne soient pas durs en négociation, on doit pouvoir le mettre en place dans l'automobile. C'est ce qui fonctionne en allemagne.

12:10
Locuteur non identifié

Il a mis la pression sur Renault et Express. Tout à fait, très clairement. On est d'accord, on a bien entendu. Je pense qu'il n'y avait pas de sous-titre sur cet aspect. Très bien.

12:17
Présentateur

Alors, Emmanuel Macron veut également que la France devienne leader de l'hydrogène vert d'ici 2030. Il y a plusieurs manières de produire de l'hydrogène et tous les hydrogènes ne sont pas verts. Greenpeace, hier, critique ce plan d'Emmanuel Macron dans un communiqué. Et notamment ce que l'ONG appelle l'hydrogène à base de nucléaire. Qu'en est-il exactement champion de l'hydrogène vert ou de l'hydrogène fondé sur le nucléaire ? Que dites-vous ce matin, Agnès Pannier-Runaché, pour que ce soit clair ?

12:47
Agnès Pannier-Runacher

Alors, soyons très clairs. Nous, nous produisons de l'hydrogène bas carbone. Et le nucléaire est une énergie bas carbone. Et là encore, on repart de la science. On ne repart pas du dogme. Le nucléaire est indispensable pour nous permettre de répondre aux enjeux du défi climatique. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs. Et donc, nous produirons de l'hydrogène à base d'énergie renouvelable et à base de nucléaire.

13:09
Locuteur non identifié

Donc, les Verts qui veulent sortir du nucléaire d'ici 20, 25 ans, ou Jean-Luc Mélenchon qui veut sortir du nucléaire d'ici 10 ans, vous dites que c'est des menteurs ?

13:17
Agnès Pannier-Runacher

Je dis que s'ils sortent du nucléaire, ils ne sont pas capables de baisser les émissions de gaz à effet de serre des activités économiques de la France. Et donc, oui, ils ne peuvent pas à la fois répondre aux défis climatiques et sortir du nucléaire. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est M. Jancovici, par exemple, qui est expert au Conseil du climat. C'est énormément d'experts qui travaillent sur ce sujet-là. Donc, arrêtons de promener les Français et disons-leur la vérité.

13:46
Locuteur non identifié

Agnès Pannier-Renaché, qui va gérer, c'est la grande question que vous posent les députés, qui va gérer la gouvernance de ce plan, son exécution ? Qui va décider où va l'argent, si l'argent va sur tel projet ou sur celui-là, sur cette start-up ou sur celle-là ? Qui va décider ? Est-ce que c'est les technos de Bercy ? Est-ce que c'est vous ? Qui va décider ça ?

14:06
Agnès Pannier-Runacher

Alors, sur ce type de projet, comment on procède ? On fait des appels à projet. On demande aux entreprises, qu'elles soient petites ou grandes, de présenter des projets et de les défendre devant des comités d'experts. Et je crois que Bruno Le Maire, d'ailleurs, l'a dit très clairement. Ce n'est pas aux politiques de choisir le meilleur projet pour construire un électrolyseur de l'hydrogène. Ce n'est pas notre compétence.

14:31
Locuteur non identifié

Donc il va y avoir un comité d'experts qui va être mis en place, c'est ça ?

14:34
Agnès Pannier-Runacher

Il y aura, comme on le fait déjà, notamment dans le cadre du plan de relance, des personnes qui seront associées à la sélection du meilleur projet. Notre responsabilité politique, en revanche, c'est de fixer l'ambition et de s'assurer que la méthode est suivie. C'est-à-dire qu'on ait pris les meilleurs experts autour de la table, qu'on ait positionné la bonne ambition. La bonne ambition, c'est comment on fait un avion qui n'émet pas de gaz à effet de serre. Ce n'est pas simple du tout.

14:58
Locuteur non identifié

Comment vous vous assurez que l'entreprise qui va toucher l'argent va mettre l'argent dans l'innovation et pas dans autre chose, pas dans ses dépenses fonctionnelles ?

15:06
Agnès Pannier-Runacher

Alors ça, je vais vous rassurer. Je prends l'exemple du plan de relance. Une entreprise qui ne met pas en œuvre le programme, le programme c'est la description précise, des investissements qu'elle va faire et pourquoi ? Doit rembourser l'argent qu'elle a perçu par l'État et elle peut même faire l'objet d'une sanction administrative pécuniaire. Je ne vois pas de raison d'avoir des modalités différentes pour des entreprises qui investissent dans le plan d'investissement.

15:33
Présentateur

Allez, quelques questions des auditeurs de France Inter. Romain vous pose la question suivante. Il ne peut pas y avoir d'innovation s'il n'y a pas de recherche. Or, la recherche française se fait dans les universités au CNRS à l'Inserm et il n'y a rien dans ce plan qui vient financer la recherche fondamentale. La loi de programmation de la recherche était déjà une occasion manquée, elle compensait seulement l'inflation. Il manque un étage à la fusée du président et c'est le premier étage. Que répondez-vous à Romain ?

16:02
Agnès Pannier-Runacher

Je ne partage pas cette position, je vous donne un exemple. Sur la santé, il y a un milliard d'euros sur la recherche fondamentale. Sur la santé, c'était ce que le président de la République a dit lorsqu'il a présenté le plan Innovation 2030. Donc oui, il y a du financement de la recherche fondamentale. La deuxième chose, c'est quand on parle de start-up, beaucoup de ces start-up sont en réalité issus de la recherche publique. Le CEA est un des premiers moteurs de création de start-up, notamment dans l'hydrogène, pour prendre cet exemple-là, notamment dans les technologies numériques. Donc, n'opposons pas là encore recherche fondamentale et recherche appliquée.

16:38
Présentateur

Non, non, il demande juste Romain plus d'argent.

16:40
Agnès Pannier-Runacher

Je vous réponds, il y a de l'argent pour la recherche fondamentale. Et lorsqu'on met de l'argent dans les start-up, en réalité, on met aussi de l'argent dans la recherche fondamentale, puisqu'on assure le continuum entre recherche fondamentale et industrialisation.

16:53
Présentateur

Antoine vous pose la question suivante. Toutes les données scientifiques vont, Madame la Ministre, dans le même sens. La réduction de notre impact écologique doit passer par la déconsommation et une économie centrée sur la durabilité des produits et leur réutilisation. Comment, dans ce contexte, pouvez-vous donc justifier des objectifs qui vont uniquement dans le sens du miracle technologique ? Quelle réponse ?

17:17
Agnès Pannier-Runacher

Alors, là aussi, le miracle technologique, c'est précisément pour donner la durabilité au projet. Lorsqu'on investit, par exemple, sur l'innovation dans le recyclage, dans le recyclage chimique du plastique, dans le recyclage des terres rares qui sont utilisées dans les batteries électriques, on va dans le sens de la durabilité, on va dans le sens de plus d'impact environnemental. Donc là encore, ne soyons pas caricaturales. L'enjeu que nous avons aujourd'hui, c'est de minimiser notre empreinte environnementale et cela n'est possible qu'avec les bonnes technologies.

17:49
Locuteur non identifié

Cette critique de l'auditeur, Antoine, que vient de lire Nicolas, elle est relayée un petit peu dans ce que dit le député Mathieu Orphelin, qui était chez vous à La République en Marche et qui a quitté, qui dénonce le modèle passéiste, un peu années 70 de votre plan, estimant qu'à certains moments, il a eu l'impression d'entendre un discours de Valéry Giscard d'Estaing qui promettait toujours plus de production, toujours plus de consommation.

18:11
Agnès Pannier-Runacher

Alors, je ne crois pas qu'on ait parlé de consommation. On a parlé de mieux produire, on a parlé de mieux vivre, on a parlé d'alimentation durable, on a parlé de santé et de meilleur traitement. Et c'est ce à quoi aspirent les Français. Je crois que Mathieu Orphelin caricature, parce qu'il n'a pas grand chose à dire sur ce plan. Au fond, ce plan, c'est le plus ambitieux en matière de décarbonation et de réponse environnementale. Et il y a la différence de Mathieu Orphelin, qui est dans le dogme, à nouveau, qui dit « Yaka, Faucon, nous nous agissons ».

Et il n'y a aucun gouvernement, aujourd'hui, depuis le démarrage de la Vème République, qui ait fait autant pour minimiser l'empreinte environnementale de nos entreprises et de nos activités humaines.

18:51
Présentateur

Paul, auditeur, vous accuse de faire du greenwashing nucléaire, en mettant la poussière radioactive sous le tapis.

18:59
Agnès Pannier-Runacher

Alors, là où Paul a un point, c'est que la question des déchets doit être traitée. Et nous ne l'évitons pas. C'est-à-dire, encore une fois, le nucléaire est une énergie bas carbone. L'enjeu, l'urgence, c'est la lutte contre le réchauffement climatique, ou je dirais plutôt le dérèglement climatique. Et nous devons nous appuyer sur le nucléaire pour le faire. Et les déchets ? Ceci étant dit, nous investissons, et cela a été dit par le Président de la République aussi, dans la question du recyclage des déchets, dans la question du cycle du combustible. Parce qu'au fond, on a deux options aujourd'hui. Il faut faire en sorte que le nucléaire devienne plus circulaire.

Et il faut faire en sorte que les énergies renouvelables deviennent plus stables et qu'on puisse les stocker. C'est les deux enjeux sur lesquels nous mettons de l'argent pour trouver les bonnes technologies, l'innovation.

19:50
Présentateur

Combien d'argent, demande Marie ? Combien d'argent pour la recherche sur les déchets nucléaires et leur devenir ?

19:56
Agnès Pannier-Runacher

Ça, ça sera précisé dans les jours qui viennent. Mais on a souligné qu'il y avait un milliard d'euros sur le nucléaire. C'est un montant considérable. Et je rappelle qu'il y a déjà de l'argent dans le plan de relance sur le nucléaire, près de 500 millions d'euros.

20:11
Locuteur non identifié

Donc dans ce milliard-là, il y aura le...

20:13
Agnès Pannier-Runacher

L'enjeu du cycle du combustible est absolument essentiel. Il est essentiel en matière de souveraineté, puisque c'est là encore l'accès à la matière première pour faire fonctionner les centrales nucléaires. Il est essentiel en matière environnementale. Donc non, on n'est pas dans l'évitement des problèmes.

20:27
Présentateur

Question d'Alexandre, pourquoi l'entreprise Tesla, avec sa big factory, n'a pas retenu la France et de ce fait n'a pas donné des milliers d'emplois aux Français ? Entreprise d'Elon Musk, qui cherchait un endroit où atterrir, si j'ose dire.

20:43
Agnès Pannier-Runacher

Alors, l'entreprise Tesla, elle a effectivement été en discussion avec un certain nombre de sites français. Elle a préféré l'Allemagne. Je ne vais pas me mettre à leur place pour dire qu'elle a été le déclic. Vous avez dû essayer... Je dirais, mon analyse, mais qui n'est que mon analyse et qui n'est pas peut-être celle d'Elon Musk, c'est que 1. L'écosystème allemand en matière d'automobiles est plus puissant. C'est une réalité. 2. Peut-être que les subventions données par le gouvernement étaient plus importantes. Ça, je ne le sais pas. Et surtout, 3. Je crois que c'est un des problèmes sur lesquels nous avons travaillé. Et nous devons continuer à avancer.

En France, on met deux fois plus de temps pour construire une usine ou pour étendre une usine. A, grosso modo, code et règles environnementales égales. Et là aussi, nous avons besoin d'accélérer sur la simplification administrative. Beaucoup a été fait par ce gouvernement.

21:36
Présentateur

On n'était pas assez attractif.

21:37
Agnès Pannier-Runacher

Mais c'est une hésitation, souvent, des industriels de s'installer en France. Et il faut qu'on leur montre qu'on est capable de doubler le nombre de sites industriels installés en France, qu'on est en train de faire aujourd'hui.

21:47
Présentateur

Question également sur l'application, sur vos propos. Agnès Pannier-Runacher, vous avez déclaré que l'usine est l'un des derniers endroits où il y a encore de la magie. Et Agathe vous dit la chose suivante. Le travail à l'usine, c'est un travail éreintant qui abîme les corps des hommes et des femmes qui y travaillent. En témoigne l'espérance de vie des ouvriers inférieure à celle des autres Français. N'avez-vous pas l'impression d'être déconnecté de la réalité ?

22:13
Agnès Pannier-Runacher

Alors, si mes propos ont pu être mal interprétés par certains, j'en suis désolée. Mais je persiste à penser que l'industrie est un secteur d'avenir et un secteur de fierté. Et c'était ça mon propos. Quand je visite des lignes de production et que j'ai des gens qui me disent « Je suis fière de travailler pour fabriquer des hélicoptères pour Airbus, pour fabriquer des vaccins contre la Covid, pour fabriquer des éléments d'une fusée Ariane. » J'entends cette fierté. Par ailleurs, j'aimerais qu'on arrête de croire que l'industrie n'a pas évolué depuis les années 70. Les conditions de travail dans les années 70 étaient très difficiles. Je ne sous-estime pas les conditions aujourd'hui.

Mais allons dans les usines. Constatons à quel point elles se sont modernisées. Constatons à quel point l'automatisation, justement, impacte moins les corps. Combien on a travaillé sur les troubles musculosquelétiques. Donc vous persistez à parler de la magie de l'industrie.

23:10
Locuteur non identifié

Mais attendez ! Le terme de magie en fait.

23:12
Agnès Pannier-Runacher

Moi ce que je pense, c'est que les industriels ont une responsabilité, et c'était mon propos lorsqu'on l'écoute dans son intégralité, pour ouvrir leurs portes à des jeunes qui cherchent un emploi, à des chômeurs de longue durée qui cherchent un emploi, et dire cela me semble être un discours de responsabilité, par rapport à un secteur qui paye en moyenne mieux que les autres secteurs, mieux que les services. Et donc, oui, je maintiens que l'industrie est un secteur attractif.

23:35
Présentateur

Agnès Fannier-Runacher, merci ministre déléguée chargée de l'industrie. Merci d'avoir été à notre micro ce matin. Merci. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada