Une transition énergétique irrationnelle, coûteuse et dangereuse pour la biodiversité ?
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« un gigantesque parc éolien - qui va coûter d'ailleurs plus de 4 milliards d'euros à l'État »
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« remplacer de l'hydraulique ou du nucléaire par de l'éolien, c'est totalement absurde, parce que ça suppose d'émettre plus de carbone »
- 2:33Invité politiqueFait
« L'installation des mâts à l'intérieur de l'eau développe des champs magnétiques qui transforment en profondeur le rapport des poissons à leur environnement, et qui les empêchent de s'orienter et qui donc les empêchent de se reproduire »
- 4:41Invité politiqueChiffre
« L'Allemagne, qui a fait sa transition, sa transition énergétique, l'Allemagne après avoir accompli la sortie du nucléaire, paye aujourd'hui son électricité presque deux fois plus cher que la France »
- 6:42Invité politiqueFait
« la cour des comptes allemande a très récemment fustigé la stratégie allemande de transition, en montrant qu'elle avait conduit à cette situation où l'électricité coûte plus cher, mais où aussi on risque de plus en plus fréquemment de subir des "black-out", des coupures d'électricité »
- 7:20Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui nous avons une électricité qui repose à 75% sur le parc nucléaire »
- 7:56Invité politiqueFait
« Si nous voulons garantir la préservation de notre environnement, si nous voulons garantir aussi la préservation de la biodiversité, nous avons besoin de miser sur cet outil qui est d'une très grande actualité »
- 7:56Invité politiqueFait
« ceux qui s'opposaient à l'éolien était forcément d'extrême droite »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
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Bonjour à tous ! Très heureux de vous retrouver ici depuis Bruxelles. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet qui occupe énormément l'actualité. Nous avons voté, il y a quelques jours, en commission de la pêche, un rapport de notre collègue Peter van Dalen, qui fait partie du même groupe que moi, sur la question de l'éolien en mer. Ce rapport dit clairement que le développement de l'éolien en mer, tel qu'il est envisagé, pose un problème majeur pour la protection de la biodiversité.
Il y a quelques jours, vous le savez peut-être aussi, des manifestations ont eu lieu, par exemple à Saint-Brieuc, contre l'implantation d'un gigantesque parc éolien - qui va coûter d'ailleurs plus de 4 milliards d'euros à l'État. Les habitants de Saint-Brieuc, les pêcheurs, tous ceux qui se sont mobilisés ne sont pas seuls, puisqu'il y a des projets de parcs éoliens en mer un peu partout en France aujourd'hui : à Saint-Nazaire, Fécamp, au Tréport, à Courseulles-sur-Mer, entre l'île d'Yeu et l'île de Noirmoutier, à Dunkerque, dans le Cotentin, sur l'estuaire de la Gironde, dans un lieu pourtant magnifique d'ailleurs, avec ce phare de Cordouan qui va être bientôt entouré de mâts gigantesques.
Au lendemain des dernières annonces qu'a fait le Gouvernement, et Barbara Pompili en particulier, la ministre de l'Environnement, qui veut accélérer le développement de l'éolien à terre et en mer, au lendemain aussi de tribunes d'alerte comme celle de Stéphane Bern, que nous avons été nombreux à lire, et qui rejoint nos inquiétudes, je crois qu'il est fondamental qu'une prise de conscience puisse enfin s'opérer. Parce que tout ce projet de transition vers l'éolien est parfaitement absurde... Bien sûr que nous devons décarboner notre énergie, c'est fondamental !
Mais nous avons déjà en France, avec l'énergie nucléaire - je vous en ai beaucoup parlé, mais aussi avec l'énergie hydraulique, nous avons en France l'un des mix les plus décarbonés en Europe, l'un des mix énergétiques qui émet le moins de carbone. Et donc si on remplace cette énergie déjà décarbonée par une autre énergie décarbonée, on n'aura rien gagné sur le sujet du climat. Le deuxième élément, que vous connaissez aussi, c'est que les éoliennes sont intermittentes : elles produisent une énergie qui n'est pas distribuée en continu. Tout dépend du vent et des conditions climatiques.
Il faut donc que, quand il n'y a pas de vent, une autre énergie prennent le relai pour garantir la stabilité de l'équilibre énergétique d'une manière générale. Et généralement, cette énergie alternative c'est le gaz. En Allemagne, on a même utilisé le charbon pour pouvoir pallier l'intermittence de l'éolien. Et donc installer des éoliennes, en France en particulier, c'est mauvais pour le climat, puisqu'on émet plus de carbone après les éoliennes qu'avant. Qu'on remplace le charbon par de l'éolien, pourquoi pas ? Mais en France, remplacer de l'hydraulique ou du nucléaire par de l'éolien, c'est totalement absurde, parce que ça suppose d'émettre plus de carbone.
Et enfin, c'est évidemment très mauvais pour la biodiversité. C'est ce que nous avons dit dans ce rapport avec notre collègue van Dalen sur la question de l'éolien en mer en particulier : le résultat est désastreux. L'installation des éoliennes au fond de la mer produit des vibrations, produit du bruit, qui écarte les poissons, qui les éloigne, qui les perturbe. L'installation des mâts à l'intérieur de l'eau développe des champs magnétiques qui transforment en profondeur le rapport des poissons à leur environnement, et qui les empêchent de s'orienter et qui donc les empêchent de se reproduire, et qui donc détruit la capacité de ces espèces à être protégée.
Et on voit très bien au fond que, avec un peu de recul, l'implantation des éoliennes, là où elles ont été développées en mer, a, en mélangeant les fonds marins, en transformant le comportement des espèces, a vidé, littéralement, la mer des poissons. On voit parfaitement que les effets, à l'inverse, positifs, qui sont évoqués par les défenseurs de l'éolien, comme le fameux effet récif - le fait que des moules viennent basiquement se greffer sur les mâts d'éoliennes, tout ceci disparaît très vite lorsque lorsque précisément les éoliennes ne sont plus en usage.
Or ceci se produit assez vite : au bout de quelques décennies, il faut les supprimer, et à ce moment là, on détruit ces récifs artificiels. On a donc perdu les poissons, et on a détruit le seul effets bénéfiques qu'on avait pu observer.
Donc il y a une situation aberrante dans laquelle on oblige les pêcheurs à faire des efforts de plus en plus importants pour protéger les espèces, et pour mettre en œuvre une pêche qui soit durable, qui garantisse à long terme la biodiversité en mer, et ensuite on installe ces éoliennes qui, non seulement empêchent les pêcheurs de travailler, bien sûr, qui leur retirent leurs zones de pêche et leur travail, leur artisanat, mais en plus qui détruit ce travail patient effectué pour la protection de la biodiversité, auquel nous étions parvenus ensemble. Et le dernier élément, c'est que bien sûr cette transition est extrêmement coûteuse.
L'Allemagne, qui a fait sa transition, sa transition énergétique, l'Allemagne après avoir accompli la sortie du nucléaire, paye aujourd'hui son électricité presque deux fois plus cher que la France. C'est évidemment un aspect décisif pour les ménages. Imaginez que demain vous deviez payer deux fois plus cher votre électricité : ce serait un problème social majeur. Mais c'est aussi un problème économique, parce que pour l'industrie, la disponibilité de l'énergie, je vous l'ai déjà dit, est un paramètre absolument fondamental, et son coût pèse très fortement sur la compétitivité.
Aujourd'hui, notre disponibilité énergétique, et le coût auquel nous payons l'électricité, est l'un des derniers atouts qui restent à l'industrie française. Si nous laissons se faire cette transition absurde vers l'éolien, et bien nous allons demain en payer évidemment le prix dans des domaines très différents. Je termine en vous disant que tout ceci est d'autant plus absurde dans un contexte où par définition nous allons devoir augmenter fortement notre production d'électricité. Dans le moment dans lequel nous sommes, nous sommes à un moment d'une particulière gravité pour les décisions que nous devons prendre.
Il est fondamental, parce que nous voyons se multiplier les usages de l'électricité, à partir des mobilités par exemple, nous voyons très bien que demain - on est en train de discuter ici au Parlement européen de la fin des moteurs thermiques, demain nous allons mobiliser beaucoup plus d'électricité dans notre dans notre vie quotidienne. Dans ce moment là, il est fondamental que nous puissions travailler à renouveler en profondeur notre outil industriel, c'est-à-dire notre parc nucléaire.
L'idée que l'on puisse se concentrer sur des énergies intermittentes qui ne constitueront jamais la base de notre mix énergétique, cette idée là, elle nous divertit, elle nous éloigne des vrais sujets du moment.
Le vrai sujet du moment, c'est comment est-ce que nous allons réussir à garantir que dans 30 ans, dans 40 ans, nous auront un outil industriel fonctionnel pour constituer ce socle énergétique majeur qui nous permettra de garder notre compétitivité, de continuer de compter sur une électricité peu chère, et d'assurer la stabilité du mix énergétique pour toute l'Europe, parce que la cour des comptes allemande a très récemment fustigé la stratégie allemande de transition, en montrant qu'elle avait conduit à cette situation où l'électricité coûte plus cher, mais où aussi on risque de plus en plus fréquemment de subir des "black-out", des coupures d'électricité.
C'est ce qui pourrait nous arriver si nous faisons la même erreur, et si nous nous enfonçons nous aussi dans une stratégie aberrante. L'idée, pour terminer, qu'on pourrait arriver comme le dit Emmanuel Macron aujourd'hui, à 50% de nucléaire et 50% de renouvelable, cette idée là est une absurdité : aujourd'hui nous avons une électricité qui repose à 75% sur le parc nucléaire. Et d'une certaine manière la question est : faut-il sortir complètement du nucléaire, comme le revendique Barbara Pompili, ou bien faut-il, au contraire, choisir de continuer d'investir dans cet outil industriel ? Mais être "en même temps" entre les deux n'a littéralement aucun sens.
Il faut faire un choix, il faut s'engager dans une direction. Vous l'avez compris, je crois que l'outil nucléaire est un outil d'avenir. Je ne suis pas de ceux qui, comme Barbara Pompili, considèrent que le nucléaire doit pouvoir être mis de côté. Je le crois parce que c'est fondamental, notamment, face au défi climatique - c'est ce que dit le GIEC aussi. Si nous voulons garantir la préservation de notre environnement, si nous voulons garantir aussi la préservation de la biodiversité, nous avons besoin de miser sur cet outil qui est d'une très grande actualité, pour pouvoir construire notre avenir et pour pouvoir garantir notre souveraineté et notre indépendance énergétique.
C'est ce que sans doute n'a pas en tête Madame Pompili, qui n'a pas hésité tout récemment à dire que ceux qui s'opposaient à l'éolien était forcément d'extrême droite. Je crois, de manière évidente, que ce débat doit mériter un peu plus de rationalité que les caricatures qui nous sont aujourd'hui opposées. Et je voudrais redire mon soutien à tous ceux qui, pêcheurs, habitants des littoraux, s'inquiètent aujourd'hui de la défiguration du paysage qui va leur être imposée au nom d'une stratégie absurde. Il est temps de nous réveiller. Et je ne manquerai pas de continuer de travailler avec chacun d'entre vous sur ce sujet majeur. Merci encore, et à très bientôt !
François-Xavier Bellamy