La Grande Ruffinade ! Echanges entre Laurence Ruffin et François Ruffin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 61 %Attaque 10 %Défensif 29 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:47OuverteRéponse directe
Peux-tu nous faire ton rapport d'étonnement de ton arrivée dans la vie politique ?
- 4:12OuverteRéponse directe
Si tu devais nous faire une brève de ta vie, de la vie politique des ruffins, qu'est-ce que tu nous écrirais ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Ce que tu as vu dans le monde de l'ESSEC, de l'économie sociale et solidaire, qu'est-ce que tu conseillerais à François de porter dans sa campagne ?
- 9:09OuverteRéponse directe
François, parle-nous d'économie sociale et solidaire et de...
- 15:17OuverteRéponse directe
Comment vous en êtes arrivé là ? Est-ce que vous avez des parents communistes qui vous ont mis ça dans la tête ?
- 19:36OuverteRéponse directe
Vous êtes donc tous les deux élus. Qu'est-ce que ça change dans vos discussions ? Comment ça a fait évoluer votre lien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:07Invité politiqueFait
« le jour où j'ai décidé de m'engager, j'ai été hyper critiquée. »
- 6:34Invité politiqueFait
« Dans une coopérative, ce sont les salariés qui décident, qui sont associés, qui sont majoritaires. »
- 7:16Invité politiqueChiffre
« on doit donner au minimum 25% aux personnes qui bossent du résultat. »
- 7:25Invité politiqueFait
« On doit au maximum donner en dividendes ce qu'on a donné aux salariés ou laissés dans l'entreprise. »
- 7:37Invité politiqueFait
« Il y a un concept incroyable, hyper technique, qui s'appelle les réserves impartageables. »
- 15:51Invité politiqueFait
« Nos parents ne sont pas politisés. »
- 19:12Invité politiqueFait
« dans mes campagnes, la maison sert de lieu d'accueil des militants. »
- 22:16Invité politiqueFait
« François, c'est quelqu'un d'un peu différent, au sens positif du terme. »
- 23:54Invité politiqueFait
« j'ai commencé la campagne à Grenoble à côté de Cyrielle-Châtelain, donc dans un endroit très marqué à gauche où les gens sont très convaincus. »
- 29:22Invité politiqueFait
« je sais qu'elle ira »
- 37:38Invité politiqueChiffre
« dire qu'il va y avoir 50% des sièges au conseil d'administration qui vont être occupés par des salariés »
- 38:50Invité politiqueFait
« ils en mangent tellement à l'intérieur des entreprises qu'il ne reste plus rien pour les salariés »
- 40:15Invité politiqueFait
« le mythe du capital aujourd'hui qui est en train de dévorer la planète »
Temps de parole
- François Ruffin51 %
- Laurence Ruffin32 %
- Présentateur15 %
- ?3 %
≈ 17,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Je suis
nombreux et nombreux ce soir
pour
cette soirée un peu particulière. On se retrouve pour un match,
un
match à l'ambiance familiale et fair-play. La grande ruffinade, une discussion entre les frères et sœurs ruffins. Je m'appelle Zélie et j'ai l'honneur d'être l'arbitre de ce match exceptionnel.
Vous
les connaissez déjà, mais je vais me risquer à une petite présentation. Laurence Ruffin, engagée depuis 20 ans dans l'économie sociale et solidaire, chef d'entreprise, elle est aujourd'hui maire de Grenoble. Toi Ruffin, reporter depuis 25 ans, césarisé
pour
son film Merci Patron, député et candidat à l'élection présidentielle. Je voudrais
partager
avec vous ce moment un peu particulier et qui j'en suis sûre a attiré les plus grands fans, mais aussi les plus curieux. Parce que ce soir, nous allons avoir les meilleures anecdotes de la famille Ruffin. Alors, dans 3, 2, 1, merci avec toi. Dans le monde de l'entreprise, on demande souvent
aux
nouveaux arrivants de faire un petit rapport d'étonnement. Est-ce que tu pourrais nous faire ton rapport d'étonnement de ton arrivée dans la vie politique ?
En fait, je porte la même chose dans le monde politique que ce que je faisais avant, mais en fait, le jour où j'ai décidé de m'engager, avant, on disait tout le temps que c'était génial, et le jour où j'ai décidé de m'engager, j'ai été hyper critiquée. Donc je dirais que le monde politique est hyper exposé, et en disant les mêmes choses, tout est permis en mode mensonge, alors que j'ai l'impression de porter le même projet, les mêmes idées politiques.
Ça,
c'était le rapport négatif. Maintenant, le côté positif, c'est que je
suis
très proche des gens. On a un groupe d'élus à gauche, des écolos et de citoyens, et avec des gens qui, finalement, s'ils se sont décidés, si on s'est décidé pour se lancer, c'est beaucoup de... C'est un très gros engagement, avec des gens qui viennent nous parler tous les matins de tout, de leurs besoins, de leurs problèmes. Ça peut aller du trottoir à l'école de leurs enfants parce qu'il fait trop chaud, à la question de vouloir faire un nouveau festival dans notre ville. Et du coup, je trouve qu'il y a quelque chose d'assez génial de se sentir un peu utile, un peu à notre niveau, pour faire en sorte qu'on améliore la vie des gens.
Trop
bien.
François, toi, tu es reporter depuis toujours. Si tu devais nous faire une brève de ta vie, de la vie politique des ruffins, qu'est-ce que tu nous écrirais, en quelques mots ?
D'abord, dire que ma sœur est une bonne élève, et ça se voit déjà dans la manière dont elle répond aux questions que pose Zélie, et moi, je suis un cancre et je fais ce que je veux. Et je vais vous dire d'abord pourquoi j'ai voulu qu'il y ait ce moment d'échange, et en fait, je le vends depuis des années et des années. Vous
avez
eu la grande primaire de la gauche, vous n'avez même pas la petite primaire du Parti Socialiste, mais pourquoi vous avez la primaire des ruffins ? Et pourquoi, en fait, dans cette primaire, je veux faire campagne pour ma sœur plutôt que pour moi ?
Parce
que je considère que ma sœur, c'est la meilleure.
Je
le pense vraiment.
Alors,
tant mieux si elle est meure de Grenoble, et tant mieux pour les grenoblois, mais je pense que c'est vraiment un gâchis pour le reste du pays.
Et
oui, je pense que ma sœur, elle devrait être à Bercy, elle devrait être au ministère de l'économie, si ce pays tournait normalement, parce qu'au fil de son parcours, elle est passée de l'économie classique, et je trouve que c'est toujours bien d'être allé chercher des armes chez l'adversaire, alors c'est l'ESSEC, c'est les cabinets de consulting, et puis d'être passée à l'économie sociale et solidaire, mais là, parfois, avec un côté un peu techno, un peu micro, de « je regarde comment je peux arranger la boîte » et tout ça, c'est très bien, et là, en plus, maintenant, elle est en train d'embrasser les enjeux du pays. Donc vraiment, l'avenir du ruffinisme, il est là. Voilà.
Voilà pourquoi je voulais avoir ce débat.
Maintenant que François ne nous a pas écrit une brève, mais le journal de sa sœur, Laurence, nous,
on
va continuer de jouer les bonnes élèves. Toi, ce que tu as vu dans le monde de l'ESSEC, de l'économie sociale et solidaire, qu
'est
-ce que tu conseillerais à François de porter dans sa campagne ? En fait, c'est quelle vision du monde que tu as envie de lui insuffler
? Peut
-être parler deux mots de pourquoi je pense que l'économie sociale et les coopératives, c'est comme ça qu'on devrait voir l'économie tout court et la société. Parce qu'en fait, il y a trois grandes idées qui me semblent hyper importantes. La première, c'est la place des personnes qui bossent dans la structure. En fait, dans une coopérative, ce sont les salariés qui décident, qui sont associés, qui sont majoritaires. Et pour moi, c'est la base. En fait, Jaurès disait, on est citoyen dans la cité, on devrait l'être dans l'entreprise. Nous, on considère que c'est normal, c'est comme ça que ça devrait fonctionner. C'est ce que j'ai vécu pendant 20 ans, ça marche.
Et donc, je pense que dans le monde économique de demain, on devrait avoir au moins 50% de salariés dans les conseils d'administration et qu'on ait une place très forte en termes de démocratie et de gouvernance.
Le
deuxième sujet qui me semble inspirant dans l'économie sociale, c'est la question du partage de la valeur, de la richesse qui est créée, puisqu'il
y
a des règles qui sont définies et qui disent, ben voilà, on doit donner au minimum 25% aux personnes qui bossent du résultat. On doit au maximum donner en dividendes ce qu'on a donné aux salariés ou laissés dans l'entreprise. Et on doit beaucoup investir, beaucoup laisser dans l'entreprise. Et je vais oser le terme, puisqu'on a eu beaucoup de débats sur ce sujet. Il y
a
un concept incroyable, hyper technique, qui s'appelle les réserves impartageables. Mais en fait, c'est ce qui fait qu'on ne financiarise pas l'économie.
À
tous les repas le dimanche midi, on avait le droit à un exposé sur les réserves impartageables.
Je
voulais écrire un bouquin qui s'appelle « Réserves impartageables ». Mais elle va encore nous réexpliquer quand même.
Vas
-y Laurence,
parle-nous de tes réserves. En tout cas, c'est l'idée de dire qu'on laisse de l'argent dans la structure, dans le monde associatif, mutualiste, coopératif,
qui
ne peut pas être redistribué aux actionnaires, qui n'a pour vocation que d'être investi et de faire en sorte que la structure, elle dure. Donc c'est assez technique. Mais en fait, derrière cette idée,
il
y
a
une idée fantastique de considérer qu'en fait, on est dans une structure, on est là pour bosser ensemble, pour se répartir ce qu
'on
gagne et pour que la structure, elle dure. Et derrière cette grande idée,
il
y a des choses qui sont possibles, qui existent aujourd'hui et qui marchent. Et c'est ce sur quoi j'insiste, c'est qu'on peut s'en inspirer. Et donc ça, c'est tout ce qui est répartition de richesses. Et puis le troisième volet, évidemment, qui est moins présent dans l'ESS, dans l'économie sociale, mais c'est la question de pourquoi et qu'est-ce qu'on fabrique, de quoi on a besoin et où on le fabrique. Donc les réserves impartageables permettent de ne pas délocaliser puisqu'on ne peut pas faire de plus-value sur les structures.
En revanche, la question de qu'est-ce qu'on produit, comment on fait une attention écologique à la production, ça me semble être la troisième ligne de conduite de l'économie pour demain.
Là,
on veut une réaction. François,
tu
nous parles tout le temps à industrie, travail, état protecteur. Alors, parle-nous d'économie sociale et solidaire et
de...
En fait, j'en parle. Moi, vous savez, je cherche le chemin pour parler aux gens le plus largement et qu
'ils
nous comprennent. Et je me demande si quand on dit économie sociale et solidaire, c'est quelque chose qui est vulgaire et qui est vulgarisé, je veux dire, et que tout le monde comprend, ou qu'au contraire, le mot est presque un obstacle. Mais je veux dire, quand je dis qu'aujourd'hui, notre pays, il tient non pas par le haut, par l'Assemblée, par l'Elysée, mais par le bas et en particulier par les assos, par les associations, et que si on a encore de la chance d'avoir du sport, de la culture, de la solidarité, à la fois dans les quartiers et dans les campagnes, par les bénévoles et les salariés du monde associatif, en fait, je parle de l'économie sociale et solidaire.
Quand je termine au boulot avec Sarah Salman, dans le territoire zéro chômeur, longue durée, du côté de Tours, en fait, je parle de l'économie sociale et solidaire, mais je me demande comment embarquer les gens dans cette direction-là sans que ça devienne technique en un sens. Et donc, voilà. Donc, évidemment, je crois que... Je le dis de ma crainte, le prochain grand craquage de la société française, c'est le monde associatif.
Le jour où ce tissu-là craque, et on voit avec une usure des bénévoles, des salariés et des directeurs, directrices qui sont amenés à faire de plus en plus de tâches administratives pour faire des rapports d'activité, chercher du mécénat, y compris, on a une usure du monde associatif, et le jour où ça craque, c'est le sport, c'est la culture, c'est la solidarité qui disparaît. Voilà. Et après, il y
a
une sensibilité qui est différente avec ma sœur. C'est qu'en gros, elle croit qu'en aidant le monde des gentils... D'accord. Ma sœur est gentille, elle est vraiment gentille, et elle croit que les gentils vont transformer le monde.
Et
d'ailleurs, quand elle est arrivée en politique, elle a dit, mais Alain Carignan, en fait, il est méchant. Ben ouais. Bon. Et donc, et dans l'économie sociale et solidaire, pensait que, bon, on va l'aider... Bon. Moi, j'ai fait de la presse alternative. Mais j'ai toujours dit, la presse alternative n'est pas une alternative. À un moment, c'est TF1 qu'il faut récupérer. Aujourd'hui, c'est Facebook, c'est Google, et ainsi de suite. Et on ne peut pas se contenter d'être dans une niche à côté sans chercher à transformer les médias dominants. On ne
peut
pas se contenter d'être dans une niche à côté, quand bien même, ça serait une grande niche, l'économie sociale et solidaire. J'aurais assez répété, là, quand même. Bon. Et pour que, sans dire, comment on transforme l'économie dominante ? J'ai un exemple qui date du XIXe siècle. Dans notre région, en Picardie, il y a Guise. Je ne sais pas si vous êtes déjà allés au fin ministère de Guise. Franchement, allez-y. C'est formidable. Jean-Baptiste Godin, qui est un homme de génie, au XIXe siècle,
c
'est un gars de la campagne, un jeune ouvrier, et il fait son tour de France, et il a l'esprit, il rentre chez lui dans l'Aisne, et il invente un poêle. Un poêle qu'on utilise encore, le poêle Godin. Une invention formidable. Et là, plutôt que de dire, bon, allez, je prends tout le pognon comme les autres, on est autant de Charles Fourlier, on est autant de Proudhon, on est autant des phalanstères, des différentes formes socialistes, il dit, bon, à la place, ce que je vais faire, c'est que je vais faire un palais pour les ouvriers.
Et il fait un Versailles en face, avec, c'est formidable, une piscine, la piscine, le fond, il est démontable pour que les gamins puissent apprendre à nager, que les adultes puissent aussi y aller. Et là, il a une bibliothèque, l'école, au moment où elle n
'est
pas encore obligatoire, on a un immeuble où, au rez-de-chaussée, ça va être pour les personnes âgées, au fur et à mesure de sa vie, on évolue, qu'on est au haut, au dernier étage, c'est pour les couples de jeunes mariés, puis on est au deuxième, au troisième, quand on a des enfants, parce qu
'on
ne
va
pas monter tout en haut. Donc voilà, c'est un génie, c'est lui qui invente aussi le vide poubelle. Il a un seul problème, ce mec-là,
c
'est qu'il ne croit pas à la lutte des classes, c'est qu'il n'intègre pas la lutte des classes, et il se dit, si je le fais à Guise, et que c'est bien, les autres patrons, ils vont m'imiter. Sauf que ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Et donc évidemment, il faut la conjonction de l'invention par des associations, par des entreprises différentes, avec, quand même, le rapport au capital, la lutte des classes, et la volonté de transformer la société dans son ensemble.
Je pense qu'il
y a
un sujet commun, c'est que moi, je considère que ça doit être ça, l'économie. C'est-à-dire que ça ne doit pas rester, aujourd'hui, c'est 10% de l'économie. Et évidemment, quand je parle de nos trois idées fortes, c'est ça qui doit permettre demain de penser l'économie. Et là, on prend un exemple de quelque chose qui existait au 19ème, mais je veux dire qu'aujourd'hui, il y en a plein qui existent encore, et qui permettent de produire avec des salariés, des ouvriers qui sont majoritaires dans leur structure, d'ailleurs,
le
premier, quand tu étais chez Là-Bas si j'y suis, l'un des premières interviews que
tu
avais faites, c'était à Serralep, dans une structure, parce que moi, je travaillais dans le monde coopératif à l'époque, dans une structure qui avait été reprise, qui était en difficulté, qui avait été reprise par les salariés, et de dire à quel point ça change la donne, tant d'un point de vue industrie que d'un point de vue place des personnes dans la structure. Donc, ça existe encore aujourd'hui, ça ne suffit pas ce qu
'on
fait. Évidemment, ça va passer par d'autres batailles. Depuis mes débuts dans le monde politique, il n
'y a
pas très longtemps, en novembre, j'ai beaucoup changé.
Ça
va assez vite, le fait de comprendre qu'effectivement, c'est un monde où il y a des méchants. Voilà.
Merci, Laurence. Bon, là, on a été assez sérieux. On a parlé économie, on a parlé tissu local associatif. Maintenant, on va parler de discussion de famille.
Mais
en fait, c'est quand même assez fou d'avoir autour de la table un frère
qui
est député et une sœur qui est mère
d
'une des plus grandes villes de France. Enfin, c'est quand même un truc de fou. Comment vous en êtes arrivé là ? Est-ce que vous avez des parents communistes qui vous ont mis ça dans la tête de votre enfance, des discussions de famille, des repas de Noël agités où on chantait l'international ? C'était quoi chez vous
?
Non, nos parents ne sont pas politisés. Ça peut paraître étonnant, mais non. En revanche, je pense que chacun a leur manière, dans leur manière de vivre, dans leur manière de faire. Après, on va voir, là, si on a le même avis sur la question. Nous ont transmis quelque chose. Je pense, par exemple, ma mère qui était très, très accueillante. C'était normal d'accueillir. L'été, on avait toujours des personnes qui venaient passer l'été avec nous qui ne pouvaient pas partir en vacances ou des personnes qu'on accueillait qui venaient de pays en guerre où on était quand même un endroit qui était un endroit naturel d'accueil et c'était normal d'être,
on
dirait solidaire, mais ce n'était pas ces termes-là qui étaient utilisés. C'est-à-dire, c'était normal de partager, j'allais dire. Et pour mon père, en tout cas moi, ce qu
'il
m'a transmis peut-être, entre autres, alors il avait travaillé beaucoup, c'est un rapport particulier à... Moi, j'utiliserais le mot féminisme maintenant, mais ce n
'est
pas du tout ce qu'il aurait employé à l'époque. J'étais la seule femme, la seule fille parmi tous les cousins et il a toujours tenu à ce que je réussisse pour être libre dans un monde difficile, plus difficile en tout cas pour les femmes mais je pense que ça, quand il y avait un ballon qui était coincé sous des vaches et qu
'on
jouait au foot, parce qu
'on
faisait beaucoup de foot dans la famille, ils me disaient « Vas-y, toi, tu n'oses pas y aller mais toi, tu peux y aller ». Donc il y avait quelque chose de l'ordre de l'encouragement pour faire en sorte qu'à leur manière, ils nous ont transmis quelque chose. Et toi, François,
c
'est quoi ta question ?
Je
suis d'accord. Nous n'avons pas eu la chance d'avoir des parents communistes, ni socialistes, ni écologistes, ni de droite, voilà. Et je dis, les parents communistes. Pourquoi ? Parce que dans la manière de s'adresser à la société, ça veut dire qu'il y avait les codes automatiques de la politique, le langage comme il faut, on ne
l
'a pas eu. Et donc ça veut dire que d'abord, on n'avait pas vocation à ça, mais c'est venu par des chemins de traverse et ça n
'a
pas été «
Ah
bah tiens, on va faire Sciences Po et puis derrière, on sera conseiller parlementaire et puis derrière, peut-être qu'il y aura moyen de gratter un poste d'adjoint dans une mairie ». Il n
'y
a personne à mon sens qui est dans notre famille qui n
'a
jamais été élu. Je sais qu'il y a un grand cousin qui a gagné un concours de labours, j'ai vu ça, voilà. Mais je crois que, voilà, peut-être, mais bon. Et en revanche, il y a une transmission qui est de l'ordre de l'infra politique. mon père, qui a été un fils, je dis, de la lumpenpaysannerie, du sans-terre, dans la grande pauvreté quand même, et toute sa vie, dans sa scolarité notamment, mais il s'est bagarré pour y arriver, pour s'en sortir, et donc avec transmission de l'effort. Je veux dire, moi, mes enfants, j'ai un problème à ce qu'ils orthographient le mot « effort ».
Mais bon.
Voilà, mais chez mes parents,
il
y a eu, enfin mon père, il y
a
eu l'effort, on doit bosser le matin. Je me souviens de ses pas dans les escaliers à 5h du matin. Voilà, nous on était endormis, mais je me souviens que voilà, et puis il revenait, il faisait nuit, voilà, en clair. Bon. Donc, il y avait un truc de l'effort, de si tu veux y arriver, si tu veux obtenir l'égalité, ben, il
va
falloir te bagarrer. Il y avait un truc de bagarre. On savait que la place ne serait pas donnée, quoi, quelque part. Et de l'autre côté, chez ma mère, il y a un grand accueil, une générosité, du partage. D'ailleurs, dans mes campagnes, la maison sert de lieu d'accueil des militants, d'accord ? Et vraiment, je pense qu'ils mettent des étoiles, quoi. Ils sont super bien accueillis, il y a le petit déjeuner, bon, bref,
il
y a tout ça, à tel point que c'est un problème pour moi, parce qu'à la fin, ils ne veulent plus voter pour moi. Les militants, ils veulent voter pour ma mère, quoi, avant.
Trop bien. Vous êtes donc tous les deux élus. Qu'est-ce que ça change dans vos discussions ? Comment ça a fait évoluer votre lien ? Est-ce que c'est resté pareil ? Ou est-ce qu'aujourd'hui, maintenant, vous avez des discussions hyper méga sérieuses de politique ? Ou peut-être que vous les avez toujours eues
?
Je ne
sais
pas. Après, le problème, c'est que quand je prends le micro, je ne le lâche plus. Mais
non,
je pense que le grand point de rapprochement, on a toujours été proche, on s
'est
toujours beaucoup aimé, ce n
'est
pas le problème, d'accord ? Mais le grand moment de rapprochement, ce n
'est
pas l'entrée de Laurence dans la vie politique. C'est le moment où elle décide de rompre avec les cabinets de conseil, avec l'économie dominante et où elle vient, elle franchit un cap et ça veut dire une chute en niveau de salaire, ça veut dire que vis-à-vis de ses collègues de l'ESSEC, elle apparaît moins flamboyante dans la carrière, mais il y
a
un choix de rupture avec ça. Et oui, à ce moment-là, je m'intéresse beaucoup plus à ce qu'elle fait qu'auparavant. Et donc, je pense que le grand moment de rapprochement où j'ai envie de la suivre, où je me dis, allez, on va faire des reportages autour de toi, où je tiens à comprendre ces histoires de réserve impartageable, c'est celui-là. Et finalement, l'entrée dans la vie politique, alors, elle m'a demandé conseil, jamais j'étais le grand frère de ma sœur. Je veux dire, entre les deux, la grande sœur, raisonnable, sage, qui sait où elle va, et l'instable, qui pose problème, c'est moi. Donc, j'ai toujours été, c'est elle la grande sœur.
Mais là, je me suis retrouvé à être à nouveau un petit peu mentor, à mon sens, est-ce que j'y vais ou est-ce que j'y vais pas, il y a tout ce temps d'incertitude, et je lui disais que bon, moi je la voyais bien faite pour ça, mais il fallait qu'elle soit armée pour le combat, la vie politique, c'est pas la vie économique, c'est autre chose, et donc, il allait falloir aller à la bataille, il fallait qu'elle soit prête à se prendre des tartes dans la gueule, et que ça lui fasse pas mal, quoi. Donc, je l'ai averti de ça, et puis ensuite,
je
veux dire, après le premier tour, je peux l'évoquer, mais après le premier tour, Carignan arrive en tête à 0,1 point près, et je sens un grand découragement, et je pense que à ce moment-là, je lui remets le pied à l'étrier en disant non, t'as pas le droit, maintenant,
il
faut y aller, il te reste une semaine, c'est la bagarre, tu vas jusqu'au bout, pas de regrets, quoi.
Et toi, Laurence, t'as vu de quel œil, et est-ce que t'as vu des changements quand ton frère est devenu député et s'est engagé en politique
?
Je pense, François l'a dit, on a toujours été très proches, déjà, quand on était jeunes, enfin, ce rapport de... Moi, je pense que François, c'est quelqu'un d'un peu différent, au sens positif du terme. Non, mais quand tout le monde va faire la fête, en fait, il écrivait, il a écrit une pièce de théâtre et d'ailleurs, il me la faisait jouer.
C
'était nos vacances, c'était nos vacances. Donc, il me parlait de Bourdieu, il me parlait de Cavana, alors qu'on était tout gamin, à des moments où moi, je me plaisais à aller nager, j'avais des copines. Donc, je pense qu'on a toujours eu ce côté particulier dans la relation d'être nourri de façon un peu dans nos différences, j'allais dire. Il a toujours respecté les choix que j'avais faits, c'est-à-dire que quand j'ai commencé dans le monde économique classique, je n
'ai
pas duré longtemps, je le souligne, je suis restée moins de deux ans. Donc, il n'y
a
pas eu de jugement, mais j'ai senti qu'il y avait beaucoup plus d'intérêt quand je suis arrivée dans le monde coopératif où, effectivement, on a aussi eu des batailles en commun. On a eu des batailles sur une boîte à côté de Grenoble, d'une usine qui avait été reprise par un fonds de pension et qui avait dilapidé complètement les stocks alors que c'était une boîte qui était complètement viable. Donc, on a eu aussi des moments en particulier autour de la question du travail.
Je
pense que moi, je ne mettais pas forcément des mots dessus, mais je pense que j'adorais faire des choses avec les gens. Et du coup, je pense qu'on a eu ces batailles communes. Et puis, je crois aussi que plus récemment, un des moments qui m'a permis cette bascule, parce qu'honnêtement, quand même, pour se lancer, quand on n
'est
pas du tout, moi, je ne
suis
pas de membre d'un parti politique. J'étais quand même très loin de ça. C'est aussi ces moments communs qu'on a partagés. Je peux parler de la dissolution.
Et
j'ai commencé la campagne à Grenoble à côté de Cyrielle-Châtelain, donc dans un endroit très marqué à gauche où les gens sont très convaincus. Il faut lutter contre l'URN. Et puis, j'ai basculé dans la deuxième partie de campagne chez nous. Enfin, dans mon chez nous. Il ne
faut
pas que je dise ça. Non, chez moi, c'est Grenoble.
Dans
mon chez moi d'avant.
Et
en fait, là, j'ai senti à la fois la difficulté et aussi le fait de se dire qu'on avait encore un truc à faire en parlant avec les gens, en les écoutant, en étant comme on est, en gardant cette proximité. Et j'ai adoré cette manière de faire. Ça m'a parlé. Et je me suis dit que ça me semblait utile finalement d'être dans cette manière d'être que j'essaye aussi à ma manière. Je pense qu'on a ce point commun dans notre manière de parler ou de faire de la politique.
Trop
bien.
Bon,
là, on va rentrer un peu dans le dur. Laurence, tu es une winneuse. Tu as gagné la ville de Grenoble. Et donc là, on a envie d'avoir tes meilleurs conseils pour François pour qu'il gagne la présidence de la République. Donc là, c'est maintenant que tout se joue.
Alors d'abord, je crois qu'il n
'a
pas besoin de mes conseils, mais
je
reviendrai sur cette idée de proximité, de lien et de relation avec les gens. Je pense que c'est quelque chose qui est quand même très fort, en tout cas moi, dans ce que je vois et je vis de François quand je me balade dans la rue et la manière dont les gens lui parlent et de se dire que
je
pense que c'est cette manière de faire de la politique et cette proximité et le fait de ne pas oublier les raisons pour lesquelles on s'engage.
Je le prends par exemple nous à notre niveau très vite on peut être embarqué dans du militantisme où on a envie de se battre sur des grandes causes et finalement quand on va parler aux gens alors je vais parler de notre campagne à Grenoble en fait les gens ils vont nous parler du logement ils vont nous parler de leurs problèmes d'éducation de la santé de déplacement de la question du pouvoir d'achat de choses beaucoup plus concrètes et en fait c'est cette question de s'assurer toujours d'être bien connecté avec la question des gens et je pense que là dessus
en
tout cas moi c'est ce qui m'a permis de penser qu'on était au bon endroit et je pense que c'est aussi ça qui fait être que t'es au bon endroit c'est le fait de ne
pas
oublier le pourquoi on fait les choses et aussi d'y mettre une touche de joie
c
'est
à
dire une touche d'enthousiasme une touche de on s'ennuie pas quand on le fait sourire aux lèvres François une réaction moi
la joie j'en parle et c'est ma soeur qui l'incarne voilà donc j'ai toujours eu un côté beaucoup plus sombre mélancolique et ainsi de suite moi juste sur gagner bah oui il faut qu
'on
gagne mais je veux dire que moi j'ai jamais eu peur de l'échec voilà il y
a
un rapport à l'échec qui est complètement différent quand vous grandissez et que finalement à l'école ça va pas trop l'échec vous y êtes habitué et vous considérez qu'il y a moyen de se relever de l'échec et donc vous pouvez prendre des risques qui sont bien supérieurs parce que vous avez pas peur de l'échec alors moi mes mums quand ils étaient plus petits et que ils chialaient parce qu'ils rataient un truc je disais mais putain pour apprendre à marcher il faut tomber 900 fois
donc
si jamais tu refuses de tomber tu sauras jamais marcher
et
là il y a
j
'y vais sur une anecdote d'accord
non
ma soeur a tout réussi c'était chiant franchement c'était chiant
non
mais elle arrivait avec le bulletin moi j'avais le bulletin de la honte il y avait des lumières autour d'elle elle se mettait au sport elle est devenue championne de France de natation synchronisée je faisais de la course à pied elle s'est mise avec de la course à pied elle était championne départementale du cross donc tout était comme ça c'est insupportable
c
'est insupportable et mais bon moi je voilà donc je cherchais mon chemin elle elle réussissait le bac tu l'as eu avec quoi mention très bien moi j'essayais de me débrouiller en français j'écrivais des livres déjà quand j'étais au lycée dont personne n'avait rien à secouer mais moi j'ai eu 13 au bac français elle a eu 20 je veux taper l'intégrale de Malraux elle lisait trois chapitres de Stendhal elle avait 20 elle savait ce que le prof il avait envie d'entendre elle me disait mais t'as qu'à dire ce que le prof il a envie d'entendre
mais
je savais pas moi ce que le prof il a envie d'entendre et je pense que je l'aurais su j'aurais dit le contraire alors peut-être que
et
je me souviens d'un seul moment d'échec de ma soeur
c
'est le seul je me permets donc
elle
a raté son permis de conduire la première fois
moi
j'ai eu la quatrième fois mais pas de problème
mais
elle elle l'a raté la première fois et bien je me souviens qu'elle était en pleurs sur son lit et qu'il y avait mon père et ma mère qui sont allées la réconforter et tout ça je ne comprenais pas
franchement on va te laisser nous donner quand même une anecdote sur François parce que là il a lâché les vannes donc pour une question d'équité Laurence à ton tour
c
'est pour ça quand elle s'est présentée à la mairie de Grenoble moi je savais qu'elle gagnerait
non
mais j'ai jamais eu moi le moindre doute là dessus et si elle se présente à la présidentielle je sais qu'elle ira seulement c'est vraiment donc voilà bon c'est pas pour tout de suite je crois
alors une anecdote même pour montrer que à ta manière tu gagnais
moi
j'ai donné une anecdote sur on était jeunes on était en colo t'avais
t
'avais t'avais je sais pas 13 ans François il chante très mal
je
peux le dire
et
il y avait une soirée musicale où on devait chacun faire une chanson donc tout le monde se mettait en groupe sur la chanson un peu in de l'époque je me souviens plus bien mais bon et François il s'est mis tout seul
enfin
avec quelqu'un mais qui s'est mis par terre et qui a pas bougé et il a fait tout seul sa chanson et il a fait Jeff
et
il a gagné
tout le monde ne connait pas tout le
monde ne connait pas Jeff pardon
est
-ce que tu peux nous la faire s'il te plaît
non
Jeff t'es pas tout seul ça n'arrivera pas il nous assure ça n'arrivera pas
c'est l'histoire de Jeff mais tu aurais pu le dire non Jeff voilà et donc du coup c'était voilà je trouve que ça incarne bien un moment marrant
vous
êtes des frères et soeurs aux personnalités assez différentes quand même
j
'aimerais bien savoir quelle perception vous avez de l'autre alors vous pouvez vous pouvez y aller sur les aspects positifs mais on veut aussi avoir les petits croustis de quelle est votre vision version enfant et puis version adulte
je
vous sèche là
je
pense que François enfin non c'est difficile de dire à tout le monde alors mon frère
je
pense que la manière dont il a vécu son enfance qui était un peu différente de la mienne je pense il l'a rendu sensible et empathique c'est comme ça que je dirais les choses et que du coup ça le rend sensible aux difficultés des gens réellement c'est
à
dire que c'est pas fin c'est pas lu dans les livres c'est pas inventé c'est vécu c'est à dire il sent les choses il vit les choses il les incarne c'est ça aussi qui le rend
un
peu fou parfois sur la manière de l'incarner mais je pense que c
'est
enfant comme adulte je sais pas tu me diras si tu es d'accord avec cette perception mais une voilà une manière de vivre ce que peuvent ressentir les gens qui est très forte et qui je pense donne de la puissance en tout cas moi c'est mes suites à soeurs tu vois alors c'est
en
tout cas ça guide quand même ta vie et ton engagement aujourd'hui
j'ai déjà décrit ma soeur longuement mais il y avait quelque chose de solidité chez ma soeur tandis qu'il y avait de la fragilité chez moi il y avait quelque chose de cet ordre là donc j'ai eu toujours la chance je le dis dans un parcours compliqué parce que le choix de lancer son propre canard d'avoir très vite des procès et puis même de ne pas savoir ce qu'on va faire de sa vie j'ai toujours eu la chance c'est ce que je dis vous savez quand il y a des gens les self-made man je pourrais jouer au self-made man d'accord je pourrais dire j'ai lancé mon propre journal j'ai mis 2000 euros de mon livret A je me suis débrouillé tout seul et en fait tout ça n'aurait pas été possible sans une assise familiale qui était là et qui m'a porté de la sécurité de la stabilité de la solidité c'est à dire quand ça va pas tu sais qu'il y a toujours ta soeur tu sais qu'il y
a
toujours ton père tu sais qu'il y
a
toujours ta mère à la fois pour éventuellement te loger aussi des choses très concrètes pour t'aider à passer des vacances parce que moi je ne sais pas passer des vacances je ne
sais
pas faire ça alors elle m'a appris à passer des vacances bon voilà mais si c'est vrai et surtout pour garantir qu'il y
a
une affection qui est là et qui est là de manière stable la tendresse je ne
vais
pas la chanter
c
'est non plus la tendresse de Bourville mais sans tendresse sans affection sans de l'amour voilà sans tout ça en fait on fait rien si on n'a pas cette base affective sentimentale qui assure un socle derrière et je veux dire simplement remercier mes parents et ma soeur de me l'avoir toujours fourni y compris dans les moments compliqués
ça
plombe ouais bon
et
ben comme ça non non ça plombe pas c'est plein d'amour c'est beau blablabla maintenant on veut savoir la vérité un désaccord entre vous
comme
cette question là on l
'a
eu en avance on est bien embêté parce que hier du coup on a bouffé au resto ensemble et je lui dis mais qu'est-ce qu'on a comme désaccord et
ben
on trouvait pas
donc
il y a des sensibilités qui sont fortement différentes je pense qu'il
y a
même une manière de ressentir la France je veux dire comme ça mais Laurence est à l'aise dans la grande métropole qui est Grenoble et elle a une pleine adéquation entre ses convictions et son électorat ou ses concitoyens et moi je suis en mal à l'aise parce que je dois chercher un chemin à réconcilier des contraires à comprendre les gens à essayer voilà donc il y a il y
a
un rapport au pays qui est complètement différent mais je suis emmerdé parce que on n'a pas trouvé de désaccord et j'étais pas d'accord pour qu
'on
n'ait pas de désaccord
toi
Laurence tu es d'accord avec ce non-désaccord bah oui ça fait toute la discussion de notre soirée
alors
à vous deux un mot de la fin de cette grande ruffinade de cet échange entre frères et sœurs un peu particulier devant le public de la fête de l'Huma Laurence je te laisse la primeur
non
c'est un format quand même je reviens dessus parce que ça faisait quelques temps qu'on avait eu des propositions et bon on avait quand même dit qu'on ferait pas ça c'est un moment un peu particulier parce que ça mélange plusieurs mondes et je pense aussi que c'est comme ça qu'on se fabrique en fait c'est à dire on se fabrique par nos rencontres par notre histoire et c'est un moment un peu particulier aujourd'hui parce que moi je parle assez peu de ma vie d'habitude donc ça nous amène aussi et je pense que ma famille et mon frère ont joué aussi un rôle dans là où j'en suis donc ça m'amène aussi à le reconnaître et à me dire que je pense que c'est aussi comme ça que j'ai envie qu'on fasse de la politique c'est de se dire qu'on le fait en tant que personne avec notre histoire et avec notre relation aux gens notre famille et tous les gens moi particulièrement les Grandoblois mais
merci
merci
beaucoup merci d'avoir aussi accepté de jouer le jeu de cet échange pour terminer François
non
d
'abord évidemment c'est plus une idée qui m'était chère à moi que à ma soeur parce qu'il y
a
un côté acrobate sur un fil on se présente comme ça devant vous est-ce qu'on va chuter qu'est-ce que ça va donner c'est Napoléon qui disait je crois qu'entre le grandiose et le ridicule il n'y a qu'un pas et on sait jamais de quel côté on va retomber ça c'est la première chose donc bon je sais pas je pense pas que c'était ridicule mais vous mettrez des notes aussi vous mettrez des étoiles bon mais il y a
il
faut quand même terminer sur quelque chose qui est de l'ordre du combat enfin pour moi en tout cas la question a été évoquée on est passé à autre chose mais enfin la grande transformation de l'économie voilà il y a quand même un point qui nous rassemble c'est qu'on considère que l'essentiel de notre coeur politique notre colonne c'est quand même la question économique écologique et sociale et que ce que tu as porté chez Céralep mais chez Copla dans des tas de boîtes maintenant la question c'est comment on passe de la leçon locale à la grande transformation générale ce que tu évoques sur parce que dire qu'il va y avoir 50% des sièges au conseil d'administration qui vont être occupés par des salariés bon nous que les choses nous c'est pas notre programme nous on est pour un tiers pour le capital un tiers pour les salariés un tiers pour des ONG des élus locaux et ainsi de suite mais de toute façon dire ça ça veut dire en vérité sortir du capitalisme c
'est
à dire de tout le pouvoir qui serait entre les mains du capital pour faire du profit et évidemment on ne parvient pas à ça par des petites lois ou des grandes lois
pour
parvenir à ça il faut qu'il y
ait
un élan populaire qui soit gigantesque et donc que ça se passe dans la rue autant que dans l'assemblée municipale ou dans l'assemblée nationale et je pense que quand même l'essentiel des conversations qu'on a là ça y est je pars sur mon truc mais quand tu décris le fonctionnement des coopératives tout le monde de l'ESS avec les richesses qui ne servent pas et qu'il faudrait des réserves impartageables pour que ça serve à investir je dis juste qu'au niveau français ça a été décrit par Eric Lombard ministre de l'économie macroniste ancien président de la caisse des dépôts et des consignations on a un problème dans notre pays c'est que le capital les actionnaires ils mangent tellement c'est passé de 7% à 18% ils en mangent tellement à l'intérieur des entreprises qu'il ne reste plus rien pour les salariés mais qu'il ne reste plus rien pour l'investissement ils sont en train de détruire les entreprises de l'intérieur parce qu'ils n'investissent pas dans les entreprises et là je vous le signale il y a un rapport qui a été rendu par Mazzucato au niveau européen pour la confédération européenne des syndicats sur les 300 plus grandes entreprises européennes qui représentent 40% du PIB et bien le rapport dit la même chose les actionnaires bouffent tellement tout vous savez c'est comme ah ça y est c'est parti mais c'est Érysicton Érysicton était un roi de de Grèce et il à un moment il va pour abattre un arbre qui appartenait à une déesse Cérès je pense et donc il l'abat quand même les paysans refusent de le faire ils disent non c'est un arbre sacré on n'y touche pas le reste de la forêt d'accord mais cet arbre là tu n'y touches pas et quand même il y va tout seul il décide d'abattre l'arbre et là qu'est-ce qui se passe il a une malédiction il a faim et il a toujours faim il a toujours et toujours faim il dévore il dévore tout il dévore jusqu'à ensuite ses enfants il dévore sa maison il dévore son lit et il finit par se dévorer lui-même ce mythe là c'est le mythe du capital aujourd'hui qui est en train de dévorer la planète qui est en train de dévorer l'humanité en nous mais qui en plus est en train de se dévorer lui-même et voilà
merci merci merci merci merci merci merci merci merci merci ça va on se retrouve toute la soirée sur le stand de debout venez nombreux et nombreux écoutez DJ Corniche venir à notre karaoké et DJ Taylor ce soir
T
'en m'entend.
François Ruffin