Boris Vallaud : "De peur de trop en dire, Michel Barnier n'a pas dit grand chose"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:22OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous retenu de l'atmosphère dans l'hémicycle hier ?
- 0:42OuverteRéponse directe
Entendu mais pas applaudi ?
- 1:23OuverteRéponse directe
Vous avez dit qu'il incarnait le prolongement du macronisme dans sa part la plus droitière...
- 1:47OuverteRéponse directe
Il n'a pas non plus dit qu'il préserverait l'AME, pour ne donner que cet exemple.
- 2:10RelanceRéponse directe
Gabriel Attal a fait le vrai discours de politique générale...
- 2:26RelanceRéponse directe
Il réclame l'ordre, l'ordre, l'ordre... De quel ordre s'agit-il ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:47PrésentateurFait
« Il n'a pas non plus dit qu'il préserverait à toute force l'AME. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« Michel Barnier annonce une hausse du SMIC de 2%. »
- 3:31PrésentateurFait
« Il annonce l'augmentation mécanique au 1er janvier du SMIC avec deux mois d'avance. »
- 3:40PrésentateurFait
« Ce ne sera à partir du 1er janvier absolument pas une amélioration du pouvoir d'achat de celles et ceux qui en France gagnent le moins bien leur vie. »
- 5:16PrésentateurFait
« M. Barnier a-t-il dit qu'il abrogerait la réforme des retraites qui est un impôt sur la vie ? »
- 6:06PrésentateurFait
« Nous poserons sur la table la régulation de l'installation des médecins parce que beaucoup trop de Français vivent dans des déserts médicaux. »
- 7:20PrésentateurPromesse
« Nous avons monté des groupes de travail transpartisans qui reprendront leurs travaux pour donner un statut aux familles monoparentales. »
Temps de parole
- Présentateur73 %
- Boris Vallaud27 %
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7h48, Sonia De Villers, votre invitée ce matin est députée PS des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
Bonjour Boris Vallaud.
Bonjour.
Patrick Cohen m'apprend donc un mot ce matin, ourvari, synonyme de grand tumulte. Vous qui n'étiez pas devant la télévision mais bien dans l'hémicycle hier pendant que le Premier ministre prononçait son discours. Qu'est-ce que vous avez retenu de l'atmosphère qui y régnait ?
Moi je n'ai pas senti le grand chahut que vient de décrire Patrick Cohen, peut-être pour en avoir vécu de plus ample et de plus bruyant encore. En tout cas j'ai eu le sentiment qu'il y avait de l'écoute et que chacun a entendu le peu que le Premier ministre a dit à la représentation nationale. Entendu mais pas applaudi ? Ecoutez le sentiment que ça a donné c'est un Premier ministre très esselé, en effet peu ou pas applaudi par la majorité qui est censée être désormais, ou la majorité très relative qui est censée désormais être la sienne. C'est-à-dire les matronistes ? Oui, très flou, Patrick Cohen disait mou, très flou parce qu'en réalité nous ne savons pas grand-chose de sa politique.
Il y a peu d'annonces, beaucoup d'intentions sans qu'on sache exactement ce qu'il y a derrière ces intentions. Les économies par exemple ne sont pas détaillées, on peut d'un côté dire que l'on veut renforcer le service public, mais si l'on ne dit pas les économies que l'on veut faire, il y a évidemment une grande difficulté à le croire. Peut-être que de peur de trop en dire, il n'a pas dit grand-chose.
Mais vous avez dit vous-même, en montant à la tribune après lui, qu'il incarnait le prolongement du macronisme dans sa part la plus droitière et la plus exaltée. Et pourtant pas d'envolée identitaire, pas de coup de menton autoritaire, pas d'épouvantail sur la submersion migratoire ou l'aide médicale d'État. Très clair sur l'État droit, c'est-à-dire tout ce qu'on aurait pu attendre du choix d'un Premier ministre issu de l'État républicain.
Il n'a pas non plus dit qu'il préserverait à toute force l'AME, pour ne donner que ce seul exemple. Dans quelle situation il est, et qui est à rebours en réalité du suffrage universel ? Il y a d'un côté Marine Le Pen, plein de bienveillance à l'endroit de ce nouveau gouvernement, et qui prête vie d'une certaine manière, pour quelques mois peut-être, à la prolongation du macronisme. Je dis prolongation du macronisme parce que de l'autre côté vous avez Gabriel Attal, qui a en réalité fait le vrai discours de politique générale, et qui a bien signifié que nous étions dans le prolongement du macronisme, dans sa part en effet la plus droitière, la plus réactionnaire et la plus exaltée.
Il suffit d'écouter le ministre de l'Intérieur et un certain nombre de ses envolées. Il réclame l'ordre, l'ordre, l'ordre, mais de quel ordre s'agit-il ? De l'ordre qui tire sa puissance dans la haine ? De l'ordre qui laisse mourir en Méditerranée ? De l'ordre qui règne à Budapest ? De l'ordre qui se défie de la Constitution et de l'État de droit ? Écoutez, ce n'est pas la conception qui est la nôtre. Et donc nous sommes dans cette situation d'avoir une majorité de députés qui a été élue dans l'élan démocratique du Front populaire, qui n'avait qu'une seule loyauté, qu'une seule fidélité, qu'un engagement à tenir, qui était de ne rien concéder à l'extrême droite.
C'est pour ça qu'au nom de votre devoir démocratique le plus élémentaire, je vous cite Boris Vallaud, nous vous censurons, c'est ce que vous avez annoncé hier à la tribune. Et pourtant, vous l'avez dit, la majorité dans ce pays, la seule majorité qui vaille, c'est celle des vies difficiles. Vous êtes député des Landes, vous êtes député d'une zone rurale. Ceux et celles qui défilent dans votre permanence, vous en avez fait leur portrait dans ce petit livre qui sort là, chez Odile Jacob, qui s'intitule « En permanence ». Michel Barnier annonce une hausse du SMIC de 2%. N'est-ce pas pour eux qu'il annonce précisément cette hausse du SMIC ?
Il annonce l'augmentation mécanique au 1er janvier du SMIC avec deux mois d'avance. C'est-à-dire que ce n'est en aucun cas un coup de pouce. Ce ne sera à partir du 1er janvier absolument pas une amélioration du pouvoir d'achat de celles et ceux qui en France gagnent le moins bien leur vie. Vous avez raison de dire...
Ça a été quand même salué par les syndicats, la CGT, la CFDT, on les a entendus dans le journal de 7h30.
Mais tout ce qui est bon à prendre sera pris. Et nous, nous nous mettrons toujours du côté... Tout ce qui est bon à prendre sera pris, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que par exemple, je ne sais pas si, puisque je l'ai vu se déchirer sous nos yeux, si le bloc macroniste soutiendra l'augmentation des impôts pour ceux qui sont aujourd'hui les passagers clandestins de la solidarité nationale.
Mais quand vous dites tout ce qui sera bon à prendre sera pris, est-ce que vous dites comme François Hollande hier soir au journal de 20h, les socialistes devront aller dans le sens de tout ce qui va vers une justice fiscale ? Est-ce que ça signifie les socialistes ?
Bien sûr, et nous irons plus loin. Et nous irons plus loin que ce qu'a promis ou a esquissé le Premier ministre. Regardez la situation dans laquelle nous sommes. Le pouvoir n'est pas à l'Elysée. Il n'est pas non plus à Matignon. Il est au Palais Bourbon. Et quelle est notre responsabilité ? De mettre sur la table tout ce qui concerne ces vies difficiles. Vous avez raison, dans mon livre en permanence, je parle de ces vies difficiles, de ces aides-soignants, de ces gens qui sont en prise avec une administration qui ne leur permet pas de faire valoir leurs droits. Je parle de ces chefs d'entreprise qui ne dorment pas parce qu'ils ne savent pas s'ils vont pouvoir vivre de leur travail.
Mais ça signifie que si, dans le projet de Michel Barnier, il y a des mesures qui vont dans leur sens, il y a des textes qui vont dans le sens de ces vies difficiles,
vous les voterez ? Madame, comme nous l'avons toujours fait, mais à chaque fois que ça ira à rebours des engagements qui sont les nôtres, d'augmenter le pouvoir d'achat, d'augmenter les salaires, de partager la richesse, de limiter les écarts de rémunération, M. Barnier a-t-il dit qu'il abrogerait la réforme des retraites qui est un impôt sur la vie ? Il n'a pas fait. Notre combat, ce sera pour préserver. Il va vers la concertation, pourquoi ? Pour améliorer une loi qui, si elle a besoin d'être améliorée, c'est qu'elle est une mauvaise loi.
On vous propose la concertation, vous la refusez ?
Je ne refuse jamais la concertation, mais vous savez, ça fait maintenant 7 ans qu'on nous promet la main tendue, qu'on nous promet d'écouter tout le monde, de prendre le meilleur. Je demande des preuves. Aujourd'hui, je n'en ai aucune. La seule preuve que j'ai, c'est la continuation du macronisme et le soutien de l'extrême droite. Pardon, mais ce ne sont pas les leçons du scrutin de juin et de juillet dernier. Madame, je le dis, aujourd'hui, le pouvoir est au Palais Bourbon. Les socialistes, la gauche et avec les majorités républicaines les plus larges que nous arriverons à constituer.
Nous poserons sur la table la régulation de l'installation des médecins parce que beaucoup trop de Français vivent dans des déserts médicaux. Nous poserons sur la table... Les déserts médicaux, c'était dans le discours de Michel Barnier hier. Oui, bien sûr. Et vous avez compris ce qu'il allait faire, vous ? Ben non, moi non plus. Eh bien nous, nous savons ce que nous allons faire, la régulation de l'installation des médecins pour qu'ils s'installent là où il n'y en a pas.
Là, pour le coup, il y avait quand même quelques mesures concrètes.
Est-ce que ça veut dire que nous en aurons plus dans nos territoires ? J'en aurais plus, moi, dans les Landes, des médecins généralistes ?
Et encourager les jeunes internes
sans les obliger à s'y installer. C'est-à-dire que c'est exactement la même chose que ce qui se passe aujourd'hui. Nous poserons sur la table tout ce qui peut améliorer la vie des Français. Vous avez parlé de la justice fiscale. Nous, on n'est pas des obsédés de l'impôt. On dit juste qu'il faut faire payer des impôts à ceux qui le peuvent encore. Pardon, Dominique Seux, je le vois réagir, mais le taux d'effort fiscal... C'est exactement ce qu'il vient de dire. Le taux d'effort fiscal des hyper-riches est inférieur à ceux qui rendent dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Et pardon, la justice fiscale, ça ne s'accommode pas de mesures temporaires et exceptionnelles.
Ça doit être tout le temps et pour tous la justice. C'est le principe de la République. Eh bien, nous, nous sommes socialistes, nous sommes républicains. Nous ferons avancer les causes que nous croyons justes et nous opposerons à chaque fois qu'il y aura une régression à l'état social de services publics. Voilà notre ligne. Et les compromis, eh bien, nous avons toujours cherché à les poser sur la table. Nous avons monté des groupes de travail transpartisans qui reprendront leurs travaux pour donner un statut aux familles monoparentales. Est-ce que nous serons suivis par d'autres ? Je l'espère, parce que nous sommes au service de celles et ceux qui ont leur travail pour vivre.
C'est-à-dire qu'Olivier Faure,
premier secrétaire du Parti Socialiste, en appelait la semaine dernière à la responsabilité des macronistes de gauche de faire sécession et de faire alliance avec vous sur un certain nombre de points. Mais est-ce que vous, vous êtes capable de faire sécession avec une partie de votre groupe ?
Madame, nous ne sommes pas au service de tel ou tel parti ou d'artel, nous sommes au service des Françaises et des Français. Ce que je dis dans le livre que je sors aujourd'hui chez Odile Jacob en permanence, c'est qu'au fond, la politique qui ne parle que d'elle-même ne m'intéresse pas. Qu'elle apparaît à beaucoup de Françaises et les Français comme aveugles à leur vie. Je veux redonner la vue à une politique qui est aveugle aux vies réelles, à la difficulté du quotidien, aux fins de mois qui arrivent de plus en plus tôt, à l'obscurité d'un certain nombre de politiques publiques qui paraissent faire pour personne.
Donc voilà, soyons au service d'une France réconciliée et je crois à la possibilité de cette France réconciliée.
Alors comment on peut être au service d'une France réconciliée quand le PS s'entre-déchire plus que jamais ? Samedi, Carole Delga, qui est présidente de la région Occitanie, a réuni dans l'eau tous les opposants à la ligne Olivier et Fort, qu'ils accusent d'être trop cléments à l'égard de la France insoumise. Est-ce que vous étiez censé en être ? Est-ce que...
J'ai été invité l'année dernière, je n'étais pas invité à intervenir cette année, je n'en prends aucun nombrage. Je veux dire une chose, là aussi, moi j'en ai ras-le-bol des débats qui consistent essentiellement à se regarder le nombril ou à s'invectiver les uns les autres.
Vous êtes pour le dire un nouveau premier secrétaire
qui ne soit pas au pied fort au prochain congrès ? Il y aura un congrès, c'était annoncé par le premier secrétaire lui-même. Chacun fera ses offres, ses propositions. Moi je veux un congrès de réconciliation. Je veux un congrès où nous revenons à l'essentiel, où nous revenons aux choses humaines, où nous faisons de la politique à l'échelle humaine. Je vous dis, tout le reste ennuie tout le monde et moi le premier.
Alors, ces vies que je fais miennes en permanence parait chez Odile Jacob. Merci Boris Valle.
Merci à vous. Et merci Sonia. Merci à 7h58.
Boris Vallaud