Retraites : "Les gens n'en peuvent plus de l'arrogance du gouvernement" selon S. Rousseau
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– Et notre invitée politique ce matin, c'est la députée écologiste de Paris. Bonjour Sandrine Rousseau, merci beaucoup d'être avec nous. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane Vernet de Ouest-France. Bonjour Stéphane. – Bonjour, bonjour. – Bonjour. – Et Sandrine Rousseau, on commence évidemment en parlant de la réforme des retraites. L'examen du texte a donc pris fin à l'Assemblée nationale vendredi minuit. Loin d'être allé jusqu'au bout, l'article 7 sur le report de l'âge n'a donc pas été examiné. La France insoumise a maintenu un très grand nombre d'abendements jusqu'au bout de l'examen.
Est-ce que la France insoumise s'est trompée de stratégie ?
– En tous les cas, c'est une stratégie que je n'ai pas partagée. Et je pense que oui, il faudra en tirer le bilan après, oui, oui, bien sûr. – C'est-à-dire en tirer le bilan ? – C'est-à-dire qu'en fait, je ne suis pas certaine qu'on puisse mener un combat aussi important que celui des retraites en étant sur une stratégie qui soit isolée. – Oui, parce que que ce soit Philippe Martinez ou Laurent Berger ou nous, au sein de l'ANUPS, nous avions pour idée d'aller à cet article 7, d'en discuter puisque c'était le cœur de la réforme et que probablement nous le devions quand même aux citoyens et citoyennes.
– Et ce fameux article 7 pouvait être rejeté par l'Assemblée ? Puisque l'article 2, par exemple, a été rejeté. – Typiquement, ça aurait donné une force extraordinaire au mouvement, ça, si à l'Assemblée, l'article 7 avait été rejeté ?
– Oui, alors après, moi, je ne suis pas complètement convaincue que l'article 7 aurait pu être gagné parce que c'était… – Pourquoi ? – Oui, parce que c'était le cœur de la réforme et que…
– Mais c'est aussi ce qui cristallise toutes les…
– Oui, mais l'article 2, c'était vraiment… – Enfin, l'article 2, c'était vraiment… Moi, je l'ai appelé la feuille de salade de cet ordinateur. – Non, mais vraiment, c'était une pure décoration. Donc, il n'y avait pas d'enjeu, quelque part, à ne pas voter l'article 2, ce qui était un peu différent sur l'article 7. Donc, je pense qu'il y avait quand même un risque que l'article 7 passe. Mais, quelque part, c'est un mouvement social avant tout, ce qui s'est passé. C'est-à-dire, ce qui est en train de se passer, ce sont des grèves, ce sont des manifestations, ce sont des gens dans la rue, ce sont des personnes qui perdent des journées de salaire. Et tout cela est quand même orchestré.
et d'ailleurs, bien orchestré par les syndicats. C'est-à-dire, pour l'instant, les manifestations n'ont pas eu de débordement, elles sont nombreuses, elles sont… Enfin, vraiment, tout se passe bien dans la rue. – On est pris dans les lieux moyennes. – Donc, c'est pour cela que, pour moi, il y avait vraiment une danse à effectuer entre la rue et l'Assemblée, et que nous soyons en accord les uns avec les autres. – Et là, vous avez raté la fin de la danse. – C'est pour cela que si les syndicats qui organisent ces manifestations dans la rue nous disaient qu'il fallait aller à l'article 7, pour moi, il fallait y aller. Enfin, je veux dire, il n'y avait même pas de questions à se poser.
Non pas que ce soit les syndicats qui gouvernent, comme nous ont dit le gouvernement dans l'Assemblée, mais simplement par respect aussi du travail qu'ils effectuent de mobilisation des personnes, ce qui n'est jamais quelque chose de simple. Et là, le mouvement se passe bien, et donc, à mon avis, il y avait quelque chose à vraiment orchestrer.
– Mais donc, la France Insoumise, à nuit, au mouvement syndical pour vous ?
– Non, pas nuit, mais en tous les cas, ils ont voulu s'imposer dans le débat, et je pense que ça n'était pas le moment. – Vous leur en avez parlé, pendant les débats, avant vendredi minuit,
il y a eu des discussions. – Ils savent que je ne suis pas très contente. – Non, mais au-delà de vous, est-ce qu'il y a eu des discussions dans cet intergroupe de la NUQ ? Comment ça s'est passé ?
– Tout à fait, oui, on a eu des réunions très régulières, parfois deux, trois par jour, donc vraiment, on se parlait beaucoup. Et oui, ils savent que nous n'étions pas sur la même ligne, et ils ont décidé de faire cela. Très bien, c'est leur stratégie, je la respecte aussi, mais je dis juste, là, je pense que…
– Mais ça veut dire que majoritairement, au sein de l'intergroupe de la NUQ, c'était votre ligne qui était majoritaire ?
– Mais je ne sais pas si on peut le dire… – Les socialistes étaient sur votre ligne, les communistes étaient sur votre ligne ? – Oui, les socialistes communistes et nous, voulions aller sur la CESF.
– Et une partie de la France Insoumise aussi, effectivement, il y a des discussions importantes.
– Donc ça veut dire qu'il y a eu un manque de respect de cet intergroupe pour vous ?
– En tous les cas, il y a eu une volonté de s'imposer, voilà. – Mais est-ce qu'il va falloir retravailler ? – Oui, je pense que ça signe un peu la fin d'un acte 1 de la NUPES, qui a fonctionné jusqu'à présent, qui était issu de l'élection présidentielle, et que maintenant, nous devons passer à un acte 2, lequel acte 2 doit être fait essentiellement, enfin d'abord, à mon avis, au sein de l'Assemblée, et puis après, on verra ce que les partis souhaitent faire. Mais en tous les cas, au sein de l'Assemblée, je pense qu'il va falloir revoir en effet la manière dont nous fonctionnons. – Comment ?
– Eh bien, en faisant en sorte qu'il y ait une coordination, qu'ils prennent des décisions avec quelque chose qui soit beaucoup plus, finalement, clair et démocratique. J'ai envie de dire s'il y a un vote… – Il y a trop d'hégémonie de la France Insoumise au sein de la NUPES ? – Ce n'est pas une question d'hégémonie, c'est une question de vouloir continuer sur la ligne de LFI. Et la LFI, je pense qu'il y a une différence entre LFI et la NUPES.
– Et ça, c'est un vœu que vous formulez aujourd'hui, où il y a déjà des discussions qui ont commencé autour de cet acte 2, ce qui devrait devenir…
– Non, non, pour l'instant, moi, je respecte aussi le débat sur les retraites. C'est-à-dire que là, il faut aller au Sénat, il faut qu'il y ait la CMP, il faut que ça revienne en hémicycle, il faut que nous soyons dans la rue. Et en fait, il y a toute cette séquence à terminer. Et vraiment, moi, je ne…
– D'accord, donc la suite de la NUPES, c'est après, après la fin de…
– Non, mais quand vous avez vu, par exemple, ce tweet de Jean-Luc Mélenchon, qui clairement tapait sur les communistes, c'est-à-dire sur ses alliés au sein de la NUPES…
– Oui, je n'étais pas contente, oui, je n'étais pas contente, et je pense que c'est une erreur, voilà.
– Donc il y a un problème avec Jean-Luc Mélenchon ? – Il y a eu un problème avec ce tweet. – Justement, on va en parler, et des conséquences, puisqu'hier, il y a eu un sondage du journal du dimanche sur le meilleur opposant à cette réforme, et c'est le Rassemblement National qui arrive devant la NUPES dans ce sondage. Est-ce qu'avec cette stratégie, Jean-Luc Mélenchon a fait le jeu du Rassemblement National ?
– Non, je ne me permettrais pas de dire ça du tout. Par contre, il y a quand même quelque chose qui me fascine absolument, c'est que, et je vais le dire avec les mots qui sont les miens, mais vraiment, le Rassemblement National a été nul dans cette séquence. Mais alors, nul, c'est-à-dire que ce soit en commission des affaires sociales ou en hémicycle, c'était dramatique. Les députés du Rassemblement National, en commission d'affaires sociales, ont été inexistants, mais inexistants. En hémicycle, ils votaient une fois pour Macron, une fois pour…
ils s'abstenaient, une fois de temps en temps un peu avec nous, mais le plus souvent avec Macron, et le plus souvent ils aidaient la réforme de Macron, et qu'ils s'en sortent, elle me fascine. C'est-à-dire qu'en fait, mais ça c'est tous les mouvements d'extrême droite, et on l'a vu au Brésil, on l'a vu aux États-Unis, c'est qu'en fait, d'une main, ils tendent une espèce de leurre pour que tout le monde s'accroche à ça. Et là, en l'occurrence, c'était la natalité, l'immigration, etc. Mais de l'autre, en fait, ils aident les intérêts économiques, partout. Et les plus grands intérêts économiques.
Bolsonaro, son mandat a été celui où les grandes entreprises qui détruisaient les forêts et qui bénéficiaient et qui faisaient du profit sur les biens communs, se sont le plus enrichies. Pareil pour Trump. Et en fait, c'est exactement ce qui se passe avec le Rassemblement national en France. C'est-à-dire que ce qu'ils font, c'est qu'ils aident les intérêts économiques, puis ils tendent une main comme ça en disant, regardez, regardez l'immigration. Mais en fait, au fond, ce sont les plus grands alliés des intérêts économiques. Et donc, oui, ça s'est vu lors de la réforme des retraites. Je suis navrée, par contre, que les personnes ne le perçoivent pas.
Et je me demande, et c'est une vraie question que je me pose, comment peut-on mettre en lumière ça ? Parce que c'est tellement flagrant, c'est tellement flagrant dans l'hémicycle que je suis surprise du fait que ça ne me transparaît pas.
La réponse est dans votre question. Le problème, c'est que dans l'hémicycle, qu'est-ce que les gens regardent ? Qu'est-ce qu'on regarde tous collectivement ? C'est le barouf, c'est les gens qui crient, c'est l'agitation. Et ça détourne toute l'attention. Là, vous êtes en train d'expliquer les choses, mais le spectacle qui est donné à l'Assemblée, vous avez quand même bien conscience que ce que tout le monde regarde, c'est le bordel, entre parenthèses, pour reprendre l'expression.
Oui, mais ça, c'est quelque chose aussi qui est très instrumentalisé, la question du bordel, comme vous le dites. Parce que, pour le coup, autant sur la stratégie, on en a parlé, j'ai des désaccords, autant sur une opposition, ça... Ça s'oppose, normal. Et ça le dit. Et l'hémicycle n'est pas en sa volonté, dans lequel nous discuterions de manière comme ça. Vous voyez bien qu'à un moment, la façon de faire la création...
Est-ce que ça a été constructif, votre opposition ? Est-ce que c'est ça aussi la question ?
Qu'est-ce que ça a amené à cette réforme ? Mais de toute façon, nous n'avons pas la majorité dans l'hémicycle. Donc, je veux dire, c'est au cœur du sujet. Et d'ailleurs, c'est au cœur du sujet de la Ve République. C'est-à-dire qu'on a un problème avec la Ve République. Moi, ce que j'ai expérimenté, et ce qui m'a vraiment frappée dans cette réforme des retraites, c'est que nous, députés de l'opposition, nous avons le décorum du pouvoir. Ça, nous avons le décorum du pouvoir. Mais nous n'en avons aucun, en réalité, dans l'hémicycle. À part de rendre public des choses, en fait, et de dire haut et fort des choses. C'est ce que nous avons fait.
Ce n'est pas ce que dit le Rassemblement national. Eux, ils disent que si la NUP avait voté avec nous la motion de censure, si la NUP avait voté avec nous la motion référendaire, ça aurait pu faire changer les choses. Mais elle ne passait absolument pas. Elle ne passait absolument pas. Quand ils disent que c'est vous, les alliés d'Emmanuel Macron, parce que vous avez empêché de bloquer cette réforme, qu'est-ce que vous dites ?
Elle ne passait absolument pas. Il faut une majorité. Mais le RN le sait très bien. Il faut 50%. Donc, eux plus nous, ça ne fait pas le 50%. Par ailleurs, moi, à titre personnel, et je le redis, je l'ai déjà dit plusieurs fois, je ne voterai jamais, jamais, une loi venant du Rassemblement national. Jamais. Voilà. – Jean-Denis Bardella, hier soir, disait que c'est du sectarisme. – Eh bien, il peut penser que c'est du sectarisme. Pour moi, il y a une ligne rouge qui est que je ne collabore pas avec l'extrême droite. Jamais. Jamais. Et ça n'est pas discutable. Et je comprends que dans la rue, les gens puissent avoir des doutes en se disant « On a tellement banalisé le Rassemblement national.
On l'a tellement simplifié et dit que finalement, c'était un parti comme les autres. Que bien sûr que les gens ne comprennent plus. Mais précisément, c'est ce qu'il faut réinstaller. Il y a une ligne rouge. L'extrême droite n'est pas un parti comme les autres. Et donc, jamais je ne collaborerai avec ça. » – Pour revenir à la suite du mouvement, Stéphane.
– La suite du mouvement, c'est quoi aujourd'hui ? C'est-à-dire que là, au niveau du Parlement, on est dans un espace de pause. Le mouvement, il va continuer peut-être dans la rue. Les syndicats peuvent innover, inventer des nouvelles choses. À quoi vous attendez ? Qu'est-ce que vous espérez ? Avant le 7 mars, j'entends.
– Déjà, parlons du 7 mars quand même. J'espère que le 7 mars, il y aura énormément, énormément, énormément de monde. J'espère que vraiment le pays sera bloqué. J'espère qu'il y aura cette colère de la rue qui s'exprimera. Parce que l'arrogance à laquelle nous avons fait face à l'intérieur de l'hémicycle, je pense quand même, de la part du gouvernement, je pense quand même, est apparue à l'écran. Et je crois que les gens n'en peuvent plus de cela. Vraiment, cette arrogance du gouvernement, parce que ce qui qualifie LREM quand même, dans le paysage politique, c'est que ces gens n'ont pas de valeur. Ces gens n'ont pas de valeur.
Ils n'ont que le fric, le fric, le fric, la croissance, la croissance. Ils n'ont que ça comme ligne de conduite. Ils n'ont pas de valeur profondément. Ils n'ont pas d'ancrage dans les territoires. Ils n'ont pas d'ancrage dans les petites villes et les campagnes, les ruralités. Ils n'ont aucune ville. Et en fait, ils n'ont qu'une seule chose à la tête, c'est le fric, le fric. Moi, je ne veux plus... Enfin, vraiment, c'est d'une arrogance qui défie l'entendement.
Eux, il vous rétorque que vous n'avez qu'une seule chose, ce sont les taxes et les impôts.
Ah ben, je rappelle quand même que les impôts, c'est la justice sociale. Pardon, mais ça aussi, c'est fascinant. C'est-à-dire que... D'ailleurs, ça confirme exactement ce que je vous dis. C'est-à-dire que les impôts, c'est la justice sociale. Il n'y a pas de justice. Il n'y a pas d'égalité dans un pays sans impôts. Et là, ce que l'on fait depuis des années maintenant, c'est de réduire les impôts des plus riches et d'augmenter ceux des plus pauvres. Donc, en fait, ce que l'on fait, c'est qu'on fait peser la réforme fiscale sur les plus pauvres. Et là... Il y a eu des baisses d'impôts.
Il y a eu des baisses d'impôts pour les classes moyennes. Il y a eu des baisses d'impôts pour les Français les plus modestes.
Ben là, c'est un impôt sur la vie de deux ans. C'est ça qui se passe. Pour payer les entreprises, en fait. Donc là, c'est à fond renversé complet. Et on n'a jamais autant baissé les impôts sur les entreprises et sur les plus riches que sous Emmanuel Macron. Donc, en fait, quand ils disent pas d'impôts, pas d'impôts, il faut entendre pas d'impôts sur les plus riches. Oui, ben d'accord. Ben donc, on est exactement dans ce que je vous dis. C'est le fric, le fric, le fric.
Sur le mouvement social, donc vous appelez un blocage le 7 mars, on a compris. Est-ce que vous appelez aussi à une action le 8 mars, jour de la journée des droits des femmes ? Pardon. Qu'est-ce que vous allez faire ce jour-là ?
Ah, mais je vais aller manifester. Il y a une très grande manifestation qui est prévue et je serai parmi les personnes qui marcheront dans ce cortège. Et j'appelle vraiment les hommes à venir soutenir ce mouvement de libération et d'émancipation des femmes. Et vous ferez des actions symboliques ce jour-là ? Oui, bien sûr, j'en ferai. Et puis, je ne vais pas vous les dire à l'avance. Ce serait une surprise pour lui, Marc ? Exactement. Mais surtout, vraiment, il y a quelque chose sur lequel je voudrais alerter. C'est que ce qui est apparu dans le débat sur les retraites et qui est nouveau, je trouve, dans le discours du Rassemblement national, c'est la question de la natalité.
Pardon, mais la natalité, qui est une natalité, en fait, de femmes blanches. Puisqu'ils ne veulent pas de ce qu'ils appellent, et qui est un fantasme, le grand remplacement. Et ça, c'est vraiment un marqueur d'extrême droite que de renvoyer les femmes à un corps, à une natalité, à une fonction de procréation. Il n'est pas question, et je le dis avec solennité...
C'est quoi la natalité de femmes blanches ? Parce que vous avez dit ça dans l'hémicycle, qu'il a été beaucoup question de la natalité de femmes blanches. Ça a quand même suscité quelques critiques. C'est quoi une natalité de femmes blanches ?
En fait, le Rassemblement national a estimé que le problème de la retraite, c'était la natalité. Ce qui est faux, puisque de toute façon, avant qu'un enfant qui naît aujourd'hui travaille, il y a 20 ans minimum, donc de toute façon, ça n'est pas le sujet. Ça n'est pas vrai. Par contre, ils voulaient profiter de cette réforme des retraites pour faire des politiques natalistes, pour relancer la natalité en France, parce qu'ils estimaient qu'on avait un problème de natalité. Et ça, c'est profondément renvoyer des femmes à une fonction uniquement de procréation. Moi, je dis, nos ventres ne sont pas la variable d'ajustement de la réforme des retraites. Et encore une fois...
Mais en fait, c'est une natalité de femmes blanches, c'est ça qu'on croit. Il n'y a pas que des femmes blanches. Parce que, par exemple, s'il y a un problème de population, qu'on ouvre un peu les personnes immigrées, qu'on les fasse rentrer. Au nom de quoi des personnes qui viendraient travailler en France, ça permettrait de faire venir... Parce qu'on a une fée française, il n'y a pas que des femmes blanches. Ah ben oui, mais quand on les entend, je pense que... Parce que la théorie qui était sous-jacente, c'était la théorie du grand remplacement.
Et cette théorie du grand remplacement, c'est que c'est la population blanche et chrétienne qui est menacée par d'autres populations, et notamment la natalité de ces autres populations. Et précisément, ça, c'est fasciste. Enfin, je le dis, c'est raciste et c'est fasciste. Donc, il n'y a pas à aller vers ça d'aucune manière.
– Après, on a quand même un problème sur notre système de répartition, et pas comme la retraite. C'est aussi la sécurité sociale, le chômage, etc. Un certain nombre d'assurances sociales qui sont financées par les actifs qui travaillent. Et derrière, il y a la problématique de la démographie. Vous venez de parler de la natalité, mais on a quand même un problème de démographie dans ce pays. – Non, non, on n'a pas... – Vous dites que la solution, c'est d'ouvrir et de compenser en faisant venir des travailleurs immigrés, comme le fait l'Allemagne ou d'autres pays européens ?
– La Terre a suffisamment d'humains sur cette planète. On a même un problème, objectivement, de corrélation entre les ressources et le nombre d'humains.
– Donc, on organise les déplacements pour compenser et préserver notre modèle social ?
– Oui, il n'y a aucun problème de population. Il y a juste un problème de fermeture des frontières et un problème... Mais quand je dis ça, je ne voudrais pas non plus laisser entendre que l'immigration se résoudrait à une question économique. C'est-à-dire, c'est une question avant tout humaine, avant tout de droits humains. Et d'ailleurs, là, on va voir la loi immigration qui va arriver dans les métiers... – Alors, pour vous, il y a un lien entre les deux ?
– Et qui très probablement va ouvrir la possibilité d'avoir des titres de séjour plus facilement dans des métiers dits en tension, et notamment dans les soins des personnes, probablement dans les métiers du soin, qui manquent cruellement de salariés. – Pour vous, ça, c'est une solution. – Je ne pense pas que ce soit une solution. Je pense juste qu'en fait, il suffit de faire ça pour qu'il n'y ait aucune espèce de discours sur la natalité, sauf que c'est précisément ce que le Rassemblement national ne veut pas faire.
– Une dernière question là-dessus, après on va passer au reste de l'actualité. Le texte va revenir à l'Assemblée nationale après son examen au Sénat. Est-ce que vous souhaitez une autre stratégie pour la NUP lors du retour de l'examen de ce texte ?
– Au retour dans l'hémicycle ? Mais de toute façon, là, il va y avoir une commission mixte paritaire, la CMP, c'est de la technique parlementaire, mais en fait, à la fin, il y aura juste un vote solennel en hémicycle avec une prise de parole par groupe. Donc ça ne changera rien. Enfin là, il n'y a plus de questions de stratégie maintenant. Cette question-là est derrière.
– On va parler d'Europe Écologie Les Verts, puisque Marine Tondelier, la nouvelle secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts, se donne 150 jours pour poser les bases d'un nouveau mouvement écologiste avec un objectif ambitieux, 1 million de sympathisants en 2027. Je rappelle que vous avez 11 000 adhérents aujourd'hui. C'est réaliste ?
– Des sympathisants, je pense qu'on en a même déjà pas mal, en fait. Je ne saurais pas les chiffrer, mais je pense qu'on en a déjà pas mal. Il se voit à chaque élection. Donc oui, non seulement c'est réaliste, mais il faut qu'on y arrive.
– C'est réaliste pour vous. Est-ce qu'il faut mettre fin à Europe Écologie Les Verts tel qu'il existe aujourd'hui ? – Mettre fin à Europe Écologie Les Verts ? – Non, mais est-ce qu'il faut repenser le mouvement ? Je posais la question à Marine Tondelier, elle a dit qu'elle n'était pas contre repenser les bases,
rechanger de nom, refaire autre chose ? – Mais de toute façon, je pense que c'est une question qui est posée à tous les partis politiques. Je pense que la forme partidaire aujourd'hui est une forme qui est très contestée par les citoyens et citoyennes. – Donc qu'est-ce qu'il faut en revoir ? – Ils ne se reconnaissent pas dans cette forme-là. Donc oui, revoir de fond en comble. Après, moi j'ai toujours cette phrase en tête qui est « on peut tout changer pour ne rien changer ». Mais l'idée c'est de revoir à quoi sert un parti politique aujourd'hui en France et à quoi il peut servir des mouvements sociaux. Et je pense que ça, on a une discussion à avoir là-dessus.
– Donc il faut mettre fin à Europe Écologie Les Verts tel qu'il existe aujourd'hui ? – Oui, je pense, oui.
– Mais c'est ce qui est prévu dans le cadre de la refondation. Mais quel sera précisément votre rôle personnel dans cette refondation ? Vous y prenez part ou pas ? Ou pas du tout ?
– Je prendrai tout de ma part. – Ce sera quoi ? Prends sa part ? – Pour dire vrai, je ne sais pas encore, puisque je ne sais pas encore quel contour précis ça va prendre, cette refondation, mais j'y prendrai ma part.
– Il y a l'idée de changer de nom pour devenir les écologistes, c'est une piste ?
– Oui, mais ça, vous voyez bien que ma contribution là-dedans va être restreinte.
– Vous êtes pour les écologistes ?
– C'est très simple, c'est très bien. D'ailleurs, le groupe à l'Assemblée s'appelle déjà les écologistes.
– Et ce n'est pas un peu dommage de perdre le marqueur Europe ? Dans Europe Écologie Les Verts, il y a Europe, c'est votre force ?
– Oui, mais enfin, en fait, on ne parle pas d'Europe Écologie Les Verts, la plupart du temps, on parle de EELV, et je pense que vraiment, c'est le nom le moins enthousiasmant qui puisse exister.
– Yannick Jadot est candidat pour être sénateur de Paris, ce sera un bon candidat pour vous ?
– Mais tous les candidats seront bons pour les sénateurs, et je pense que la phase des candidatures n'est pas terminée, donc on verra, je ne sais même pas qui sera candidat en fait.
– Vous souhaiteriez que ce soit lui ?
Vous êtes élue de Paris, vous aussi ? – Je verrai déjà tous les candidats qu'il y aura, et on verra, et de toute façon, ce sera un bon sénateur, s'il est sénateur à la fin, bien entendu.
– Il y a une autre actualité dont on ne parle plus du tout, ou très peu, en tout cas, on n'entend plus parler, c'est la Convention citoyenne pour la fin de vie. Est-ce que vous suivez les travaux, ou est-ce qu'on en est ?
– Ce sont des travaux qui… Enfin, il y a la Convention citoyenne, et il y a le groupe parlementaire. La Convention citoyenne a donné un premier avis hier, qui n'est pas encore formalisé, mais qui montre que 70% des membres de cette Convention souhaitent une évolution de la loi. Moi, je souhaite, mais je souhaite de toutes mes forces, une évolution de la loi. – Oui, ce sont plus de 80% à souhaiter une évolution de la loi,
et 75% à vouloir une aide active à mourir.
– Et moi, de toutes mes forces, je soutiendrai une aide active à mourir, et une évolution de la loi. Pourquoi ? Parce que je pense qu'aujourd'hui, notre fin de vie peut être douce, et comme nous le souhaitons, mais elle peut aussi, pour certains et certaines, nous être volées. Et ça n'est pas possible, en fait. C'est le dernier acte, c'est un acte très important, en fait, que de mettre un point final dans une aventure aussi incroyable qu'est la vie. et celles et ceux qui souhaitent en avoir la maîtrise doivent pouvoir l'avoir.
– Donc vous demandez à Elisabeth Borne, qui recevra ses conclusions mi-mars, ce n'étaient pas les conclusions définitives, c'était un vote, mais vous demandez à Elisabeth Borne de suivre ça et de lancer un processus législatif pour qu'il y ait une aide active à mourir ?
– Oui, et je ne sens pas aujourd'hui le gouvernement extrêmement proactif là-dedans. Je le pense trop prudent. Je pense que c'est un débat qui est très majoritairement tranché dans la société et beaucoup de nos concitoyens veulent une aide active à mourir, veulent au moins la possibilité d'une aide active à mourir. En plus, ce qu'il faut bien comprendre dans cette aide active à mourir, c'est qu'on n'y recourt pas forcément. Mais le fait même de savoir qu'on y a recours peut apaiser la fin de vie. Donc en fait, c'est vraiment du bon sens. – Mais vous craignez que le gouvernement ne suive pas le vote de la France ? – Oui, je n'ai pas senti de volonté farouche du gouvernement d'aller vers ça.
– Donc elle va être enterrée pour vous ? Il y a un risque d'être enterrée ? – Je pense qu'il y a un risque, mais je pense aussi que nous sommes plusieurs parlementaires à l'intérieur de l'hémicycle à ne pas vouloir que ce soit enterré.
– Et justement, ça pourrait faire l'objet d'une proposition de loi transpartisane ?
– Oui.
– Vous commencez à y réfléchir ? Vous y avez travaillé ou pas ?
– Alors concrètement, non, mais je fais partie du groupe d'évaluation de la loi Claes-Léonetti. Et je pense qu'à l'issue de cela, quand les conclusions seront rendues, nous verrons qu'il y a besoin d'une évolution de la loi.
– Une dernière question sur ce qu'a dit hier Gérald Darmanin, suite à l'accident de Pierre Palmat, Stéphane.
– Oui, Gérald Darmanin, suite à cet accident, propose un retrait du permis, moins 12 points d'un coup, en cas de conduite sous stupéfiants. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'on en revient à un fait divers, une proposition de loi ? Ou est-ce que c'est justifié, à votre avis ?
– Non, mais c'est exactement la politique de Sarkozy. Un fait divers, une proposition de loi, ça n'a aucun sens. C'est de la coup, c'est du sensationnel. Et ça n'a pas de… – Donc il ne faut pas se faire la loi ? – C'est dramatique même, en fait, pour la démocratie, véritablement. Surtout que sur la question des addictions, il y a bien mieux à faire que d'être dans la répression, comme ça, bête et méchante, j'ai envie de dire. La consommation de drogue, de stupéfiants, est avant tout un problème de santé publique. Avant tout, avant tout. Et donc, où sont les politiques de santé publique ? Où sont-elles ?
Où sont les politiques qui permettent de diminuer et d'accompagner les personnes qui sont dépendantes ? Il n'y en a quasiment pas. Quasiment pas. – Mais juste pour qu'on soit clair, il ne faut pas durcir la loi ? – Non mais, je viens sur la loi, mais il y a quand même un truc qui est que dans la politique de lutte contre les drogues, on est soit dans la drogue, c'est mal, soit dans on tape, on tape les consommateurs. Mais enfin, il y a quand même un tout petit peu plus intelligent à faire. Et là, en l'occurrence, j'appelle Gérald Darmanin à faire preuve d'un tout petit peu d'ouverture.
Et quant à sanctionner davantage les comportements sous emprise de drogue, qui mettent en danger d'autres vies sur la route, oui, mais pas comme ça, pas sur un coup de tête, et avec une politique de prévention et avec une politique… – Alors lui, il dit que ce n'est pas un coup de tête,
qu'il a augmenté les contrôles depuis un an, qu'il travaille sur la question de l'homicide depuis décembre avec Jupont-Maurice.
– Gérald Darmanin n'a qu'une seule chose, c'est de taper sur les consommateurs, en fait. C'est ça, sa seule politique de répression des drogues, mais c'est vraiment la pire des manières de faire, en fait.
– Merci Sandrine Rousseau, merci beaucoup d'avoir été notre invitée. On regarde la lune de Ouest France, les accueils d'urgence si essentiels aux enfants. C'est à la lune de votre journal, Stéphane. Stéphane, on se retrouve demain ?
– Oui, avec plaisir.
– Bonne journée, merci Sandrine Rousseau. On passe au Club des Territoires. – Sous-titrage ST' 501
Sandrine Rousseau