Laurent Berger - Christophe Robert : "Ce que nous voulons, c'est peser dans le débat présidentiel"
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Et deux invités donc dans le grand entretien ce matin, l'un est secrétaire général de la CFDT, l'autre délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Ils viennent nous présenter un vaste programme intitulé Pacte du Pouvoir de Vivre. Vos questions, vous êtes déjà nombreux au standard en 10 minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Laurent Berger, Christophe Robert, bonjour. Bonjour. Et merci d'être sur Inter ce matin. Pour comprendre votre démarche, il faut remonter à l'après-crise des Gilets jaunes.
Avec de nombreuses associations et ONG, vous aviez présenté un premier pacte pour défendre la justice sociale, la démocratie et la transition énergétique. Les alarmes retentissent, écriviez-vous à l'époque. Près de trois ans plus tard, vous publiez donc un nouveau pacte plus ample, décliné en 90 propositions sur les salaires, la précarité énergétique, le logement, la santé. Les migrations sur les jeunes, on va y venir en détail. Il va y avoir des meetings, des campagnes d'affichage. Vous allez partir à la rencontre des citoyens à travers le pays. Quel message voulez-vous faire passer en lançant cette initiative aujourd'hui ?
Est-ce que vous êtes dans une démarche politique, voire en campagne, Laurent Berger ?
Non, nous ne sommes pas en campagne à proprement parler, tel qu'on l'entend habituellement, mais nous voulons peser dans cette campagne présidentielle pour que les sujets que vous avez évoqués et de nombreux autres soient au cœur des débats. Et donc nous avons un projet, un projet candidat d'une certaine manière, et c'est ça que nous voulons faire. Il y en a assez. Aujourd'hui, on va être dans une période où on va tous s'interroger sur la société et le monde que nous voulons. Et il va y avoir plein de gens qui vont se succéder pour dire ce qu'ils pensent. Et bien nous, nous voulons peser sur ces débats.
On est plus de 60 organisations aujourd'hui qui parlons d'écologie, de justice sociale, de lutte contre les inégalités, de démocratie. Et c'est ça que nous voulons, c'est-à-dire peser dans le débat.
Et vous pensez que vous allez y parvenir ? Vous voyez bien que la campagne telle qu'elle est partie, Laurent Berger, porte essentiellement à ce stade sur les questions d'immigrés, d'immigration, d'identité, et plus localement la question du pouvoir d'achat avec la hausse des prix de l'énergie.
Et bien à ceux qui portent des visions binaires, caricaturales, des visions extrêmes, nous, nous voulons porter des propositions concrètes et porter des vrais sujets qui parfois ne sont pas au cœur du débat public. La question du logement, la question des inégalités, de la pauvreté. Et donc oui, je crois que nous y arriverons parce que nous allons, avec les groupes locaux, il y a plus de 30 groupes locaux aujourd'hui, nous allons mener des initiatives qui veulent peser sur le débat public et porter des propositions très concrètes. Je crois que les citoyens ont besoin de ça.
Cette pré-campagne, Christophe Robert, depuis la fondation Abbé Pierre, dont vous êtes le délégué général, comment la voyez-vous sur les thèmes que je citais à l'instant à Laurent Berger ?
Pour le moment, pas à la hauteur des enjeux de la société française, de ce qui préoccupe beaucoup de nos concitoyens. Vous l'avez dit, les enjeux identitaires, de sécurité, de migration sont des vraies questions importantes. Mais il y en a beaucoup d'autres. Vers quoi allons-nous ? Comment préservons-nous les ressources naturelles ? Comment on partage les richesses ? Comment on peut vivre de son travail ? Comment on peut se soigner convenablement ? Comment on peut se chauffer convenablement ? Et de ce point de vue-là, on a le sentiment que beaucoup cherchent à diviser. Nous, on s'est rassemblés à plus de 60 organisations parmi les plus grosses.
Syndicales, associations de lutte contre l'exclusion, associations environnementales, associations de jeunesse, éducation populaire. On a des valeurs communes, on représente des millions de personnes, on a une vision de ce qu'il faudrait faire à partir de l'expertise de terrain, qu'on confronte aussi avec des chercheurs, avec la connaissance, et en disant, voilà, on peut faire autrement. On peut un autre modèle de développement économique qui préserve l'emploi, qui partage les richesses. Et donc, plutôt que de diviser, on veut travailler sur ce qui nous rassemble. On a besoin de ça pour un pays, pour transformer un pays, pour défier les nouveaux défis, en fait, du monde d'aujourd'hui.
Il faut absolument qu'on soit rassemblés, il faut emmener tout le monde. Ça ne viendra pas d'en haut, d'un président du haut de l'Elysée. Ça viendra de la mobilisation de tous dans le milieu rural, dans les quartiers populaires. Ça viendra de l'engagement de tous. Et nous, ce qu'on veut faire, c'est participer à ça, être partie prenante de ce dispositif. Et ces 90 propositions, j'invite vraiment les auditeurs à les lire, parce qu'il me semble qu'elles sont réalistes, ambitieuses, et quelque part un peu radicales aussi.
Alors, venons-en à certaines de ces 90 propositions, dont on peut dire qu'elles sont d'abord et avant tout d'ordre social. Vous voulez le pouvoir de vivre dignement. Vous voulez revaloriser les minima sociaux, un minimum garanti d'au moins 50% du niveau de vie médian. Une revalorisation des bas salaires dans les accords de branche, les entreprises. Laurent Berger, estimez-vous aujourd'hui que le travail ne paye pas suffisamment ?
Oui, il ne paye pas suffisamment. Notamment pour tous ces travailleurs et travailleuses particulièrement, qui ont été extrêmement exposés pendant cette période et qui n'ont jamais vu la reconnaissance qu'on leur avait promis. Je pense à ces travailleurs de l'agroalimentaire. Par exemple, dans l'agroalimentaire, il y a actuellement des mouvements sociaux, des mouvements dans les entreprises, parce qu'il n'y a pas de revalorisation salariale. Ces travailleurs, ils ont été présents, tout comme ceux du déchet, de la propreté, de la sécurité.
Donc oui, aujourd'hui, pour un certain nombre de salariés, le partage de la valeur créée dans l'entreprise, il n'est pas également réparti entre le capital et le travail. Donc il y a une logique d'augmentation des salaires à avoir, notamment dans les branches les plus faibles.
Et pourtant, vous écrivez dans le PAC que le montant du SMIC n'est pas le seul curseur sur lequel il est possible d'agir pour la revalorisation des bas salaires, augmenter le SMIC. Est-ce que c'est un faux débat, notamment quand on voit beaucoup des candidats à la présidentielle à gauche défendre et promettre des augmentations substantielles du salaire minimum ?
C'est un débat paresseux, le débat sur le SMIC, parce que ça donne le sentiment qu'il suffirait d'être au SMIC pour que tout le monde... Aujourd'hui, le SMIC, c'est le salaire minimum. Et après, il y a la reconnaissance professionnelle, ça passe par les évolutions des branches, des classifications dans les branches. Et là-dessus, les branches professionnelles sont totalement absentes. Enfin, en tout cas, certaines d'entre elles sont totalement absentes. Donc, il faut des négociations dans les branches pour augmenter tout au long de la carrière. On ne peut pas rester le SMIC toute sa vie, ce n'est pas possible.
Le travail ne suffit pas à assurer aujourd'hui une vie digne, Christophe Robert ?
Non, non, non. On connaît le phénomène des travailleurs pauvres depuis bien longtemps maintenant. Vous savez, le débat qu'il y a eu là sur la pauvreté qui n'a pas augmenté...
Oui, les chiffres de l'INSEE, on en a parlé déjà. Oui, il ne dit pas tout, oui, tout à fait. Mais allons-y, évidemment. On en a parlé avec Thomas Piketty et Dominique Seu tout à l'heure.
D'abord, c'est intéressant de s'apercevoir que les mesures de protection ont évité que de nouveaux ménages basculent dans la pauvreté. Mais ça ne dit rien sur l'état de la pauvreté, c'est-à-dire ceux qui étaient pauvres avant, qui vont s'enfoncer un petit peu plus. Mais ça ne dit rien non plus sur les dépenses des ménages. Et c'est là... Vous savez, ce qui est assez intéressant dans le pacte du pouvoir de vie, avec ses plus de 60 organisations, c'est qu'on n'est pas juste sur une lecture macroéconomique. Le taux de pauvreté, c'est une lecture macroéconomique. Dire que l'emploi repart, c'est une bonne chose.
Mais si vous avez 1000 euros, et puis que vos coûts du logement ne cessent d'augmenter, et que vous ne pouvez pas accéder au logement social, que les coûts de l'énergie ne cessent d'augmenter, en fait, il faut regarder ce que vous avez en poche une fois que vous avez honoré. Le reste à vivre. Une fois que vous avez honoré vos dépenses qui partent dès le premier jour du mois. Et c'est ça, ce sentiment décalé entre les statistiques qui nous disent que le pouvoir d'achat augmente. Les gens disent que non, il n'augmente pas.
Ben évidemment, si jamais je dois augmenter considérablement pour me chauffer mes dépenses d'énergie, ça vient bouffer une partie de mon pouvoir d'achat, et je m'alimente moins bien, je me soigne moins bien. C'est là où il y a, dans ce pacte, des mesures d'urgence à prendre dès l'élection. Sur l'énergie, sur le logement. Complètement, des mesures immédiates, des mesures de plus long terme, parce qu'il faut transformer nos modèles de production sur la voiture électrique, sur l'agroalimentaire. Donc on est aussi conscient que tout ne peut pas changer en un jour. Mais il y a des choses d'urgence à faire. Par exemple, le chèque énergie.
Il faut impérativement le doubler, tant qu'on n'a pas rénové toutes les passoires thermiques, notamment des plus pauvres, qui en fait chauffent l'extérieur. Eh bien, il faut les aider. On ne peut pas les laisser comme ça, s'enfermer dans une toute petite pièce, pendant 4 mois dans l'hiver, parce qu'on n'arrive pas à payer son chauffage. Donc, il y a des mesures de court terme, des mesures de plus long terme, mais des mesures qu'il faut prendre très très vite. Parce que si on n'engage pas la transformation de modèles économiques, et si on ne partage pas les richesses très vite, on va dans le mur.
Laurent Berger ? Il y a des mesures aussi, et structurelles, pour compléter ce que dit Christophe. C'est-à-dire que, par exemple, on fait des propositions sur la fiscalité. Si dans notre pays, on ne se redit pas quel type de société on veut, et comment chacun doit y contribuer, et comment les plus hauts revenus doivent y contribuer, on aura loupé une étape.
Donc, ces propositions du pacte, ces 90 propositions du pacte, dont j'insiste sur le fait qu'elles sont expertisées, chacune de ces propositions, on a produit une fiche, on pourra les retrouver sur le site du pacte du pouvoir de vivre, et bien, elles montrent qu'on met en système à la fois les mesures d'urgence, les mesures de plus long terme dans la transition écologique et la lutte contre l'égalité, mais aussi les choses à faire, très concrètes, pour que chacun contribue au bien commun et à la société que nous avons.
Comment avez-vous reçu, Laurent Berger, les chiffres de l'INSEE sur la pauvreté avant et après le Covid, que citait à l'instant Christophe Robert ?
Avec deux regards. Le premier, c'est qu'il y a malheureusement aujourd'hui plus de 9 millions de personnes en situation de pauvreté. Que ces chiffres, ils sont rassurants, parce qu'ils peuvent montrer que les mesures que nous avons préconisées les uns et les autres, notamment le pacte du pouvoir de vivre, et particulièrement les associations de lutte contre la pauvreté, ont fonctionné en partie pendant cette crise Covid. mais ils ne montrent pas, encore une fois, les chiffres macroéconomiques, la réalité concrète.
C'est-à-dire que nous, ce qu'on essaye de montrer avec ce pacte du pouvoir de vivre, c'est qu'à hauteur de femmes et d'hommes, ce dont on parle, ce n'est pas des chiffres, ce sont des vies, ce sont des parcours, et que ça ne dit pas tout. Donc, tant mieux, on n'a pas besoin, nous, de la misère pour parvaloir nos idées. On a besoin de se dire quel type de société plus juste et plus égalitaire on veut construire.
Christophe Robert ? Oui, il y a vraiment un sujet par rapport à ce débat sur la pauvreté, c'est un indicateur monétaire, en fait. On regarde tous les ressources et on dit combien sont en dessous de temps. Bon, c'est intéressant à suivre dans le temps, mais ça ne dit pas grand-chose sur ce que vivent nos concitoyens au quotidiennement. Mais il y a un autre indicateur que publie l'INSEE, c'est la pauvreté en condition de vie. On regarde vos ressources, on regarde ce que vous dépensez qui est incontournable, et on regarde ce qui vous reste ensuite. Et là, on s'aperçoit que l'étude de l'INSEE montre qu'il y a 20% des ménages qui sont pauvres en condition de vie.
Parce que, justement, on a laissé partir un certain nombre de prix, parce qu'on n'a pas rénové les logements, parce qu'on n'a pas accompagné les ménages pour avoir des véhicules qui soient moins consommateurs, parce que, parce que... Et donc, c'est là-dessus que doivent porter les efforts. Ce n'est pas simplement se dire, oh, bah, c'est chouette, on a évité le pire. Bah oui, mais il n'y a plus de 9 millions, Laurent vient de le dire. Donc, il faut bien mesurer que tout est lié. La transition écologique ne pourra pas se faire sans une attention sur la question sociale, sans le partage des richesses.
Il faut partager le pouvoir, il faut partager les richesses, et il faut préserver nos ressources naturelles. Et tout ça, ce n'est pas un slogan. Ce n'est pas une mesure qu'on balance un jour dans les médias. Ça passe par un ensemble de mesures. J'allais dire, c'est systémique, c'est global cette histoire-là. Et je crois que les 90 propositions portées par le pacte aujourd'hui vont dans ce sens-là.
Sur la question des salaires, à droite comme à gauche, les candidats à la présidentielle demandent fermement une hausse des salaires. Bruno Le Maire avait mis les entreprises à la rentrée face à leurs responsabilités. Geoffroy Roux-de-Bézieux avait reconnu que la hausse des salaires arriverait sans doute en début de l'année prochaine, celle qui arrive là. Aujourd'hui, les entreprises, Laurent Berger, vous semble-t-elle rechignées ?
Oui, dans certaines branches professionnelles, elles rechignent. Il y a, c'est vrai, des négociations annuelles obligatoires dans certaines entreprises où il y a des augmentations conséquentes. Mais dans certaines branches professionnelles, j'ai parlé de l'agroalimentaire. Ce dont on parle, ce sont ces travailleurs et travailleuses qui, pendant la crise, ont été en présentiel, ont produit ce qu'on consommait en termes d'alimentation et qui ont eu des propositions d'augmentation de salaire dans les branches de moins de 1%, avec 1,9% d'inflation. Donc il y a des endroits, ces branches-là, il y a beaucoup de branches qui aujourd'hui rechignent, et beaucoup d'entreprises qui rechignent.
Il y a un conflit à LDC en Nouvelle-Aquitaine, parce que la proposition qui est faite est juste insupportable.
L'inflation vous inquiète ? L'inflation vous inquiète ? Elle pourrait durer plus longtemps que prévu ?
Oui, surtout que ce qui produit de l'inflation, c'est aussi les produits qui pèsent le plus sur les ménages les plus modestes. On sait tous que le logement, l'énergie, les produits de consommation basique de l'alimentation, ça pèse plus sur les ménages les plus modestes. Et donc oui, ça nous inquiète, parce que c'est justement ceux qui parfois, notamment dans les branches professionnelles, ne sont pas revalorisés.
On va filer au standard, où il y a de très nombreux auditeurs qui nous attendent. Bonjour Olivier !
Oui, bonjour Nicolas Demorand, et bonjour à Laurent Berger et Christophe Robert. Voilà, je vous remercie d'avoir pris ma question, et elle était simple, et je voulais savoir, est-ce qu'on ne pourrait pas profiter de la... Enfin, diminuer le temps de travail, et consacrer ce temps sauvé à la communauté des hommes, quoi. Voilà.
Merci Olivier pour cette question. Qui veut répondre ? Laurent Berger, puis un mot Christophe Robert.
Nous, il y a une proposition qu'on fait, qui est dans les propositions du pacte, qui est de réduire le temps sur toute la durée de la vie en ayant une espèce de banque des temps, et qui permettrait de s'impliquer, par exemple, dans du projet bénévole, de donner du temps à d'autres. Moi, je crois que... Et c'est des choses qu'on porte aussi dans les propositions du pacte, on ne le dit pas assez. L'engagement bénévole, la reconnaissance de l'engagement bénévole, du bien commun qu'on fait les uns aux autres. Et oui, c'est absolument indispensable, et ça peut se prendre sur le temps de travail en partie.
Isabelle, au standard, bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour, bonjour à toutes et à tous. Moi, je travaille comme assistante sociale. Et en fait, je suis de plus en plus gênée par la fracture numérique, qui, en fait, n'est plus qu'une simple difficulté pour accéder à des droits, mais qui maintenant sert, en fait, du mur numérique. C'est-à-dire qu'en fait, ça empêche certains à... Je pense, par exemple, au problème en préfecture, quand on n'arrive pas à avoir de rendez-vous, eh bien, on perd son titre de séjour, et donc on perd ses droits, et voilà. Donc la fracture numérique, maintenant, est devenue un mur.
Merci pour cette question. Christophe Robert vous répond.
Oui, alors vraiment, on partage totalement au Pâques du Pouvoir de Vivre cette réalité-là, qui s'est accélérée avec les modalités techniques pendant la crise Covid aussi. Donc l'accès à l'administration, par exemple, pour faire valoir ses droits, pour faire des réclamations, pour faire ouvrir des droits, était beaucoup dématérialisé. Donc nous, on a une proposition sur ce sujet, qui est de dire qu'il faut impérativement qu'il puisse y avoir un accès humain. Alors, dans les maisons France Service, par exemple, qui peuvent rassembler jusque dans les murs rurales l'ensemble des administrations, il faut accélérer, il y en a un peu plus de mille aujourd'hui, mais il faut aller bien au-delà.
Et puis aussi, on a une proposition autour de l'accessibilité à moins de 20 minutes pour chacun d'un lieu où on puisse avoir un accueil physique. Alors, ça ne veut pas dire que la dématérialisation n'a pas un intérêt pour ceux qui ont la chance de pouvoir se servir des outils, avoir les outils nécessaires pour le faire. Ça peut simplifier la vie au quotidien, mais pour beaucoup, ça n'est pas facile. Et donc, il faut un accompagnement et il faut un accès humain dans toutes les administrations. Ça fait partie de nos propositions.
Sur l'application France Inter, Astrid nous dit la chose suivante, le nombre de migrants cherchant à traverser la Manche explose. Comment faire pour aborder la situation à Calais qui semble inextricable ? Je rappelle ce que nous disait Christelle Rebière dans le journal de 8h. Un TER a fauché hier des Érythréens qui se trouvaient sur la voie entre Calais et Dunkerque. Un mort, une personne en urgence absolue. Et 800 migrants étaient secourus en mer pendant ce temps. Laurent Berger ?
Ce n'est pas inextricable. Ce n'est pas inextricable. On doit d'abord un accueil en toute humanité. Et moi, j'ai écrit, et le pacte du pouvoir de vie fait des propositions, j'ai écrit au Premier ministre, il faut à tout prix renouer le dialogue avec les associations. Ce n'est pas possible d'avoir une espèce de contrainte permanente mise sur les associations qui viennent en aide de façon humanitaire à ces migrants. Et donc, il faut d'abord renouer, permettre à ces associations de faire ce travail qui est le travail basique, j'ai envie de dire, d'accueil en humanité.
Ensuite, on voit bien que les règles, et on fait des propositions dans le pacte du pouvoir de vivre là-dessus, les règles qui régissent aujourd'hui les migrations en Europe, elles sont totalement obsolètes. Il faut leur permettre d'accéder davantage aux droits d'asile, d'accéder davantage à la sécurité. Je rappelle que ce qui est fait aujourd'hui, ce qui se passe aujourd'hui, il y a eu une grève de la faim de personnes du secours catholique qui sont membres du pacte du pouvoir de vivre. Ce qui est fait, ce qui se passe aujourd'hui à Calais est insupportable. Il faut revenir à un peu de raison. Et je crois que le gouvernement... Le médiateur n'apporte pas de la raison ?
Il va falloir qu'il en apporte. Pour l'instant, ce n'est pas le cas.
Oui, enfin, de quoi parle-t-on là ? De pratiques administratives qui consistent à faire que les gens ne puissent pas s'installer. Donc, on les évacue en permanence, on les expulse en permanence, on détruit les biens. Donc, la première question, c'est celle de la dignité. Et j'allais dire, c'est notre responsabilité vis-à-vis du droit international. Par exemple, quelqu'un qui arrive sur notre territoire doit pouvoir bénéficier d'un hébergement. Je ne dis pas d'un logement durablement, mais d'un hébergement pour faire valoir ses droits. Cet hébergement-là, il n'est pas aujourd'hui calibré pour répondre aux besoins des personnes.
Donc, ça veut dire qu'il y a des gens aujourd'hui qui s'exposent à ces... Ils perdurent ce qu'on vient d'entendre. Et c'est tous les jours, et c'est depuis dix ans qu'on entend ça. Alors là, on accélère ces expulsions, on accélère la destruction des biens. Humainement, ça n'est pas acceptable. D'où cette grève de la faim, évidemment, qu'on soutient.
Mais quand le médiateur dit relogement, mais ailleurs, pour éviter que des crampements se reconstituent...
Oui, ça on peut discuter, on peut discuter. Mais je l'ai encore entendu ce matin dire, non mais en fait, tout va bien, on propose à chacun un hébergement. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe concrètement. On propose une douche à chacun. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Il faut absolument avoir des réponses d'urgence immédiate.
Je vais vous dire, il faut arrêter de suspecter les associations. Je vais vous dire, quand des femmes et des hommes s'engagent au service de l'humanité, de l'humanisme, avec des valeurs pour aider des personnes migrantes, il faut arrêter de les suspecter. Il faut arrêter de les... Voilà, voilà, de les embêter. Et il faut les laisser faire ce qu'elles ont à faire en lien, en discussion, en accord avec l'administration et avec les pouvoirs publics, mais pas en donnant le sentiment qu'on serait en combat les uns contre les autres.
Gilles, depuis deux, la ville de Grenoble. Bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour, merci de prendre ma question. Voilà, j'ai bien compris que le pacte de pouvoir de vivre voulait donner vie à la société civile, lui donner un certain poids politique, et donc poser un certain nombre de questions aux candidats aux présidentielles. Alors, je voudrais savoir, dans l'hypothèse qui est quand même assez probable, qu'on se retrouve au deuxième tour avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen ou le mal absolu Éric Zemmour, je voudrais savoir quelle serait la position du pacte de pouvoir de vivre.
Est-ce que ce serait comme en début de mandat où la CFDT a appelé, contrairement au recentrage, à la position que prenait la CFDT à partir du recentrage de Montmère, est-ce qu'il y aura une consigne de vote pour voter, en l'occurrence, pour Emmanuel Macron ?
Merci, Gilles, pour cette question que j'adresse donc à Laurent Berger. Réponse ?
Oui, on a toujours été clair. En cas de présence de l'extrême droite au second tour, et on voit bien qu'il a plusieurs visages aujourd'hui, cette extrême droite, la présence de l'extrême droite au second tour de l'élection présidentielle, la CFDT dira ce qu'elle a toujours dit, c'est qu'il faudra voter pour l'autre candidat ou l'autre candidate.
Christophe Robert ? En tout cas, nous, on va tout faire. On va tout faire pour que les colères qui s'expriment dans notre pays, et ces colères, elles se superposent parce que les crises se superposent, parce que les douleurs, les souffrances se superposent, leur proposer une autre issue politique que propose l'extrême droite. Vous sentez la colère ? Oui, évidemment qu'on sent la colère. Mais enfin, il faut un petit peu à un moment qu'on mesure... C'est pour ça que je posais tout à l'heure avec Laurent la lecture macroéconomique avec un chiffre, trois chiffres, quatre chiffres, est-ce que vivent les gens ?
Enfin, la colère, on l'a vu s'exprimer au début du mouvement des Gilets jaunes, après, qui a pris d'autres tournures, mais cette colère, elle a une forme de légitimité. Enfin, je veux dire, vous avez le sentiment qu'il n'y a pas de partage du pouvoir, qu'il n'y a pas de partage des richesses. Les gens ne comprennent pas les salaires exorbitants, ne comprennent pas le fait que, par exemple, le patrimoine des Français soit concentré sur les 10% les plus riches et que ça s'accentue d'année en année. Il y a un moment, ce sujet, il va falloir le mettre sur la table.
Parce que si on veut des hôpitaux convenables, si on veut des écoles partout, y compris dans les quartiers populaires de qualité, si on veut du logement pour tous, si on veut, etc., il va falloir, à un moment, qu'on ait des moyens financiers. Et ces moyens financiers, il va falloir aller les chercher en développant notre économie, autour de l'économie verte notamment, mais aussi en partageant ces richesses. D'ailleurs, on a des propositions qu'il faudra analyser, discuter avec nos concitoyens dans nos meetings, sur aussi la fiscalité, sur le patrimoine. À un moment, il va falloir poser ce sujet. Je sais qu'il n'est pas très sexy pour tout le monde, mais il est intéressant.
Un mot, Laurent Berger, sur la colère en France ? Oui, il y a une colère. Il y a un sentiment qui se développe beaucoup, c'est l'incertitude. Et l'incertitude, quand vous la coupez à la colère, ça peut donner démocratiquement des choses assez dramatiques. Et ce que porte le pacte du pouvoir de vivre, c'est un contre-projet de société par rapport à ceux qui nous promettent du repli sur soi, du dénigrement des uns et des autres, du bouc émissaire. Nous, on offre un projet qui parle d'égalité, de fraternité, de droits sociaux. Et je crois que pour lutter contre ce que ressentent aujourd'hui le nombre de citoyens, il faut aller voir ce que porte le pacte du pouvoir de vivre sur notre site.
On indiquera l'adresse sur le site internet du 7-9, l'adresse internet. Merci à tous les deux, Laurent Berger et Christophe Robert, d'être venus nous dévoiler ce matin sur France Inter quelques-unes des mesures de ce pacte.
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Christophe Robert