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interviewLe Média — Podcasts· 6 mars 2026 54 min

À gauche, qui a peur de la radicalité ? La vision de Sandrine Rousseau

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Sandrine Rousseau

J'ai reçu des photos de barbecue de la Terre entière. Je pense que j'ai à peu près tous les modèles de barbecue qui existent. La violence que j'ai subie à l'intérieur du parti est inadmissible, en réalité. J'ai arrêté la politique à cause de violences sexuelles. J'y suis revenue en dénonçant les violences sexuelles. Les violences sexuelles, c'est les racines de l'ordre patriarcal. C'est-à-dire, c'est vraiment ce qui structure le monde. On ne regarde pas notre histoire coloniale. Il y a un déni, il y a un refus d'obstacle. Moi, présidente, je ne vous fais pas une déclaration de candidature à ce moment-là. Moi, je crois que je commencerai par ça, en fait.

Qu'est-ce qu'on peut faire, aujourd'hui, au titre de la réparation ?

0:44
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue sur Le Fauteuil. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir la députée de Paris, Sandrine Rousseau. Bienvenue sur Le Fauteuil.

0:51
Sandrine Rousseau

Bonjour. Merci pour l'invitation.

0:53
Présentateur

Merci à toi de nous faire le plaisir d'être avec nous. Si vous voulez que ce format continue d'exister, n'oubliez pas de continuer de nous faire des dons et de nous soutenir sur soutenez.lemédiatv.fr. Sandrine, bienvenue. Merci beaucoup d'être là. On commence toujours avec la même question sur Le Fauteuil. Qu'est-ce qui t'a politisé ? Comment t'es arrivée dans la politique ?

1:12
Sandrine Rousseau

Mes premières réflexions politiques, elles sont arrivées très tôt pour moi parce que j'avais un grand-père qui était gueule cassé. Alors, gueule cassé, c'est qu'il avait une partie de... Il avait une oreille en moins et une partie de la joue en moins à la guerre. Il avait pris une balle allemande. Et donc, quand j'étais petite, il m'emmenait en vacances dans un village vacances spécial qui était le village vacances des gueules cassées. Donc, en fait, il n'y avait que des gens, que des hommes blessés de guerre et puis blessés gravement sur la face. Certains ne pouvaient pas du tout manger. Enfin, c'était vraiment assez terrible. Et en fait, très tôt... Donc ça, j'étais gamine.

J'étais vraiment toute petite. Je ne sais pas, j'avais moins de 10 ans. Et en fait, très tôt, la question de la guerre, de la paix, de pourquoi ces gens se retrouvaient dans cette situation m'a beaucoup, beaucoup travaillée, énormément travaillée. Et en fait, c'est marrant parce que là, depuis que je suis députée, j'ai repris contact pour la première fois avec les gueules cassées parce que je n'avais pas du tout repris contact. Je suis allée à leur siège à Paris et j'ai vu la lettre de mon grand-père qui demandait s'il pouvait emmener sa petite fille dans les gueules cassées.

Et en fait, parce qu'il n'y avait pas d'enfants là-bas et les gueules cassées avaient répondu oui, mais c'est quand même difficile pour une enfant. Et en fait, j'y suis allée. J'étais la seule enfant. Donc oui, les réflexions politiques me sont venues assez tôt.

2:30
Présentateur

Ça a duré combien de temps ? C'était l'été ?

2:33
Sandrine Rousseau

C'était l'été. En fait, ils avaient une maison à Toulon qui était une espèce de très grande maison bourgeoise. Mais à l'époque, elle était très vieillissante. J'ai vu qu'ils l'avaient rénovée. Mais à l'époque, il y avait, je ne sais pas, je dirais une trentaine, peut-être une cinquantaine de gueules cassées avec leurs femmes.

2:48
Présentateur

Et toi, la seule enfant ? Et moi, la seule enfant.

2:51
Sandrine Rousseau

Et moi, la seule enfant.

2:52
Présentateur

Mais tu faisais quoi de tes journées ?

2:53
Sandrine Rousseau

Ah ben, c'était dingue. Enfin, c'était... Alors, il y avait une espèce de piscine, donc j'y allais un peu. Mais surtout, en fait, c'était des gens qui étaient très blessés par la vie, mais blessés psychologiquement aussi. Et donc, il y en avait qui passaient les journées avec moi. Donc, ils me faisaient des tours de magie. Ils me faisaient visiter les choses. En fait, c'était des gens ultra gentils. Ils m'avaient vraiment ultra gentils. Et... Mais très, très, très, très effrayants. En fait, c'était... C'était terrible parce qu'ils étaient d'une humanité, d'une gentillesse incroyable. Et en même temps, tu vois, ils avaient des masques toute la journée.

Et quand ils étaient qu'entre eux, ils les enlevaient. Et le soir, ils buvaient beaucoup. Et donc, le soir, ça partait en...

3:41
Présentateur

Ouais, j'imagine.

3:42
Sandrine Rousseau

En cacahuètes, ouais. Enfin, c'était... C'est une expérience, quand même.

3:45
Présentateur

Pour un enfant, ça doit pas être...

3:46
Sandrine Rousseau

Je sais pas si j'aurais envoyé mes enfants, moi.

3:49
Présentateur

Oui. Et après, du coup, cette étape-là, ça t'a provoqué, du coup, plusieurs réflexions politiques, j'imagine. Et comment ça s'est concrétisé ? Je sais que t'as commencé aussi dans le milieu universitaire. Qu'est-ce qui t'a attirée vers la recherche ?

4:07
Sandrine Rousseau

C'est l'économie et puis cette question de l'articulation économie-écologie, quoi. Parce que j'ai commencé à faire mon mémoire de maîtrise à l'époque, puis mon mémoire de DEA. Je suis vieille, hein ? Bon, en tous les cas, ces mémoires-là, j'ai commencé à les faire là-dessus. C'est-à-dire comment concilier les contraintes écologiques avec l'économie. Et du coup, j'ai fait une thèse après, là-dessus aussi. Et j'ai fait toutes mes recherches là-dessus.

4:38
Présentateur

C'est-à-dire que t'as découvert que l'écologie n'avait pas de bord politique, qu'elle pouvait être de gauche comme de droite ?

4:42
Sandrine Rousseau

Alors, je pense que très tôt, j'ai compris qu'elle n'était que de gauche. Coucou, les amis qui pensent que l'écologie peut être de droite ou conservatrice, ça n'existe pas. Voilà, c'est dit.

4:55
Présentateur

La conclusion, finalement, de toute la partie...

4:59
Sandrine Rousseau

Je vais encore me faire des amis.

5:01
Présentateur

En soi, c'est quelque chose que vraiment t'as découvert très tôt, j'imagine.

5:05
Sandrine Rousseau

Oui, parce qu'en fait, quand on est économiste, on regarde un peu comment on peut concilier les deux, comment on peut faire en sorte de préserver la planète. Et en fait, très vite, on est confronté au fait que la croissance, il n'y a pas de croissance immatérielle. Ça n'existe pas. La croissance, elle peut avoir une base matérielle plus ou moins forte, évidemment. Mais enfin, une croissance, elle a toujours une base matérielle. Et donc, qui dit base matérielle, dit base extractiviste. Qui dit base extractiviste, dit colonialisme, dit conquête de terre, dit conflit armé, même pour avoir des ressources. En fait, il y a vraiment un énorme sujet autour de...

Pour consommer, pour notre confort, pour notre nihilisme immédiat, c'est-à-dire pour notre satisfaction de quelques secondes d'avoir acheté un objet et de le jeter la plupart du temps très vite. En fait, on met en marche forcée une planète entière et on abîme une planète entière. Et donc, ce principe de... Moi, j'ai toujours été fascinée, par exemple, en économie, par les théories de l'état stationnaire ou de... En fait, comment on se contente d'un niveau de confort qu'on estime correct, mais comment on n'est pas dans une espèce de surenchère permanente, de toujours plus, parce que ça ne tient pas. Enfin, ce n'est pas possible, en fait.

6:21
Présentateur

Et c'est ce constat-là qui t'a amené en politique, où tu t'es dit, maintenant, il faut que je passe à l'action, ou c'était un peu par hasard ?

6:28
Sandrine Rousseau

Alors, quand j'étais jeune chercheuse, en fait, j'étais très, très effrayée. Moi, j'ai soutenu ma thèse en 2002, mon doctorat en 2002. Et pendant ma thèse, je lisais tous les articles qui sortaient sur le réchauffement climatique, toutes les recherches scientifiques sur lesquelles je pouvais m'appuyer pour structurer une pensée autour de l'économie et de l'écologie. Et en fait, très vite, j'ai eu une angoisse qui m'a prise, parce qu'en plus, moi, j'ai eu deux enfants pendant ma thèse. Donc, je veux dire, j'avais ces enfants, je voyais ce qui allait se passer. Et très, très vite, j'ai été prise d'une espèce d'urgence. Donc, alors, je n'ai pas fait de la politique tout de suite.

7:19
Présentateur

Je veux dire de la politique électorale, en soi.

7:21
Sandrine Rousseau

De la politique électorale, oui, mais quand même, j'en ai fait assez rapidement, en fait. Alors, les Verts sont venus me chercher, ce n'est pas moi qui ai fait la démarche. Mais à l'époque, j'étais quand même dans un syndicat étudiant écolo qui s'appelait Chiche.

7:34
Présentateur

Ça existe encore ?

7:35
Sandrine Rousseau

Je ne sais pas si ça existe encore, je ne crois pas. Mais alors, c'était génial.

7:38
Présentateur

Le nom est très bien trouvé.

7:40
Sandrine Rousseau

Chiche, c'était, pour une alternative écologiste et sociale, c'était génial. C'était un syndicat radical, où déjà, on faisait la parité complète, où on faisait les tours de parole en fermeture et claire.

7:53
Présentateur

Vous étiez bien plus en avance que des parties de gauche de nos jours, dis donc. Ensuite, du coup, les Verts sont venus me chercher. Et tu te retrouves députée.

8:07
Sandrine Rousseau

Oh, pas tout de suite. Oh là, mon Dieu, tu fais un raccourci énorme.

8:10
Présentateur

Je fais un raccourci, il est vrai. Mais ralentissons. Les Verts viennent te chercher. Et comment tu l'évalues à l'époque ? Est-ce que tu te poses des questions ? Tu te dis, j'y vais, j'y vais pas.

8:21
Sandrine Rousseau

Les Verts viennent me chercher. C'était pour les régionales, pour les européennes, pardon. Où il y avait Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové. Et ils viennent me chercher une première fois. Je dis non. Parce qu'en fait, moi, j'avais... Enfin, il faut remettre dans le contexte. J'avais mené la bataille à l'université sur la précarité étudiante. Et j'avais fait venir le secours populaire pour alerter sur le fait qu'il y avait des étudiants qui mangeaient pas à leur faim, des étudiantes qui mangeaient pas à leur faim. Et à l'époque, j'étais la première université à faire ça. Donc, ça avait créé un mouvement. Et les syndicats étudiants s'en étaient emparés.

Et à la fin, ça avait donné le dixième mois de bourse. Parce qu'à l'époque, on avait des bourses que sur neuf mois. Donc, en fait, c'est pour ça qu'ils sont venus me chercher. Une première fois, j'ai dit non. Une deuxième fois, j'ai dit non. Une troisième fois, j'ai dit bon, ok. Mais à la fin de la liste, vraiment, vous me mettez tout en bas pour que ça se voit pas trop. Et quand la liste est sortie, qu'elle a été publiée, j'ai vu que j'étais cinquième.

9:18
Invité

Ah, ils t'ont pas prévenu ?

9:19
Sandrine Rousseau

Et donc, c'était pas du tout éligible. Parce qu'il n'y avait que la première place qui était éligible. Mais du coup, cinquième, c'était dans le haut de l'île. Et donc, j'ai commencé à faire des débats. Et c'est à ce moment-là que j'ai été piquée.

9:37
Présentateur

Une fois que t'as commencé tes premiers débats, ça t'a vraiment marqué ?

9:41
Sandrine Rousseau

Mon premier débat, c'était un débat à Boulogne avec des pêcheurs au moment des quotas de pêche. Je peux vous dire que c'était ultra chaud. Et puis, voilà, l'écologiste, elle n'était pas la bienvenue dans ce débat, je peux vous dire. Et c'était vraiment... Bah ouais, c'était la bataille, quoi. C'était la fin. Et en fait, je me suis dit, les articles de recherche que je publie, il y a trois personnes qui les lis et aucun politique dedans. Alors que si je commence à faire de la politique, peut-être que tout ce que j'ai appris dans la recherche me permettra de faire de la politique qui sert à quelque chose. Voilà. Puis après, j'ai arrêté la politique, puis j'y suis revenue.

Enfin, moi, j'imagine qu'on va revenir.

10:19
Présentateur

OK. Ce retour, du coup, je voulais te parler de ça parce qu'on a déjà posé la question à Daniel Opono quand on l'a reçue. Particulièrement des profils comme toi ou comme Daniel, vous subissez un harcèlement violent pour votre action politique. Comment tu le vis quotidiennement ? Est-ce que tu t'attendais à ça quand tu es devenue députée ou pas ?

10:44
Sandrine Rousseau

Ah oui, je m'attendais à ça quand je suis revenue en politique parce que moi, je suis revenue en politique. J'ai arrêté la politique à cause de violences sexuelles. J'y suis revenue en dénonçant les violences sexuelles. Donc je savais parce que les violences sexuelles, c'est les racines de l'ordre patriarcal. C'est-à-dire, c'est vraiment ce qui structure le monde. Et d'ailleurs, on le voit avec l'affaire Epstein. C'est-à-dire qu'il y a une relation très intime entre le pouvoir et les violences sexuelles. Et donc, je savais qu'en revenant et en dénonçant ça, j'allais me prendre à peu près tous les partisans de l'ordre et puis à tous les agresseurs sur la tête aussi.

Parce qu'évidemment, il y en a beaucoup. Et donc, je savais que ce serait violent. Mais on peut savoir que c'est violent. Pour autant, le vivre, c'est encore autre chose. C'est-à-dire que quand on a toute la journée des insultes, quand toute la journée, quoi qu'on dise, on est ridiculisé, etc. Bon, ce n'est pas extrêmement agréable à vivre. Je dois dire quand même que ça s'est calmé. Parce que depuis que j'ai quitté Twitter, en fait, ça s'est énormément calmé. Énormément calmé. Et donc, maintenant, je vis ma vie tranquille d'écologiste radicale et féministe, antiraciste et anticapitaliste.

11:56
Présentateur

C'est quoi ton hygiène vis-à-vis de ça ? C'est quoi ton organisation quotidienne pour justement lutter contre ça ou éviter d'y être confrontée ?

12:07
Sandrine Rousseau

Je n'ai pas vraiment d'hygiène. Déjà, j'essaye de, moi, tenir mes réseaux sociaux, ce qui fait enrager mon équipe.

12:15
Présentateur

C'est toi qui gères directement tes réseaux sociaux ?

12:16
Sandrine Rousseau

Oui, alors un peu moins maintenant, parce que sur Insta, par exemple, c'est beaucoup mon équipe. Mais c'est moi qui les gère, parce qu'en fait, vu la vie...

12:26
Présentateur

Les collabs sont d'accord ?

12:27
Sandrine Rousseau

Moyennement. Moyennement. Libérés, délivrés. Il y a un collabs qui est juste derrière.

12:36
Présentateur

Oui, parce que pour le coup, c'est un des trucs les plus enrageants pour les collaborateurs, c'est de ne pas avoir accès aux réseaux sociaux et de découvrir des publications en direct.

12:47
Sandrine Rousseau

Oui, mais nous avons trouvé un modus vivendi là-dessus. C'est-à-dire qu'en fait, ils arrêtent de râler sur mes publis et moi, je ne râle pas non plus quand ils en publient et que ça me plaît moyen. Parce que sur Insta, par exemple, ils en publient des fois. Donc voilà, on a trouvé un mode opératoire. Mais par contre, je ne dirai jamais, c'est la faute de mon collab. Vous voyez, parce que j'assume les choses.

13:10
Présentateur

Alors que d'autres l'ont fait.

13:11
Sandrine Rousseau

Absolument. Mais sur les réseaux sociaux, je me maîtrise. Parce qu'en fait, quand je recevais vraiment des torrents de merde. Alors vraiment, j'en ai reçu. Enfin, Daniel Obonot aussi. Quand je recevais ces torrents de merde, il y a quand même eu des moments où pour mes collabs, ça a été très dur d'ouvrir les réseaux. Je pense par exemple à l'affaire du barbecue. Le barbecue gate. Donc, le fait d'avoir dit que faire un barbecue et une côte de bœuf sur un barbecue pouvait être un symbole de virilité. Donc là, je pense que tout le monde a découvert qu'en fait, c'était les hommes qui faisaient le barbecue et que les femmes faisaient la salade dans la cuisine.

13:49
Présentateur

En soi, c'est quelque chose de... Ce que moi, en tout cas, j'apprécie dans ta trajectoire, c'est que tu as toujours cherché à politiser des choses qui, pour les gens, ne sont pas forcément politiques. Et c'est un truc, à gauche, qu'on a du mal à faire, d'expliquer. En fait, même ce que vous faites quotidiennement sans vous poser de questions, c'est de la politique en soi. Et le barbecue, pour le coup, c'est assez criant, comme tu l'as dit. C'est vraiment des hommes qui sont là et qui sont en train de se faire un concours de qui cuit mieux la viande.

14:20
Sandrine Rousseau

Avec de la bière et puis le bite qui sort un peu, tu vois. Mais d'ailleurs, juste termine là-dessus, j'ai reçu des photos de barbecue de la Terre entière. Je pense que j'ai à peu près tous les modèles de barbecue qui existent. Je les ai en photo. Et donc, comme j'ai des super collabs qui sont végétariens et végétariens, quand ils ouvraient les réseaux sociaux et qu'ils voyaient cette viande sanguinolente à 8 heures du matin qui, je rappelle, la viande est quand même un cadavre d'animal sanguinolent, en fait, au bout d'un moment, il y en a qui m'ont dit « Mais moi, je ne veux plus ouvrir tes réseaux, donc je ne veux plus voir ça.

» Donc voilà, c'était juste pour dire qu'il faut aussi préserver un peu les collabs.

14:55
Présentateur

Je voulais te demander, du coup, c'était l'expérience que tu es en train de vivre de député, mais aussi de cadre. Je ne sais pas si on dit, si tu aimes bien l'utilisation de cadre dans un parti de gauche majeur. Comment tu te situes vis-à-vis de ça ? Est-ce que toi, par exemple, qui a toujours eu une idéologie politique et une réflexion d'une idéologie de combat, finalement, tu as toujours développé ta pensée politique. Est-ce que tu trouves qu'à gauche, on a toujours ces réflexes de pensée ou est-ce qu'il y a moins la pensée et plus la strate en ce moment ? On a du mal à faire de l'idéologie, j'ai l'impression.

15:36
Sandrine Rousseau

Je pense que les partis politiques actuellement, mais je pense qu'ils n'ont toujours été par ailleurs, sont des antithèses de la pensée. C'est-à-dire qu'ils étouffent toute pensée, ils étouffent toute pensée un peu connexe, différente, rebelles un peu à l'ordre social. Parce que ce sont des mini-représentants de l'ordre social, en réalité. Donc, je pense que les partis politiques ne sont pas les lieux de la pensée. Pour moi, les partis politiques, alors là, je vais encore me faire des amis, mais c'est des espèces d'âgés de copropriétaires. C'est-à-dire qu'on répartit le pouvoir. Ce sont des lieux de répartition du pouvoir.

16:20
Présentateur

C'est des outils utiles en soi ?

16:22
Sandrine Rousseau

Il n'y en a pas d'autres, en fait. Il n'y en a pas d'autres. Mais je veux dire, il ne faut pas fétichiser un parti politique. Vous n'allez pas faire le grand soir dans un parti politique. Mais par contre, vous allez répartir le pouvoir. C'est en ça que c'est une agite copropriétaire. Après, aujourd'hui, je n'ai pas trouvé mieux. C'est pour ça que je suis très critique et en même temps, j'y reste parce que je ne vois pas d'autres solutions. Mais par contre, j'invite vraiment tous les leaders des partis politiques à checker leurs privilèges, à checker leur fonctionnement parce que vraiment, on a des dysfonctionnements majeurs.

En termes de reproduction sociale, en termes de reproduction raciale, en termes de reproduction sexiste, en termes de reproduction genrée, je devrais dire. Enfin voilà, c'est incroyable à ce point-là. Pour des partis qui se disent progressistes, c'est vraiment incroyable.

17:23
Présentateur

Ces mécanismes de dysfonctionnement, comment tu les expliques ? Est-ce qu'il y a un moment où on passe du militant sincère au cadre de partis et on oublie de la représentation, les questions raciales, les questions de genre ? Ou c'est plutôt plus naturel que ça ? C'est des questions qui ne se posent pas ?

17:48
Sandrine Rousseau

C'est un mélange de plein de choses. Là, par exemple, on a vécu une expérience la semaine dernière qui a été très désagréable. Parce que moi, j'avais poussé par exemple deux personnes à Paris qui étaient deux personnes racisées sur les listes. Il y en a une des deux, Théo Garcia-Badin, qui s'est fait virer de la liste. Et il s'est fait virer de la liste pour la diversité. C'est-à-dire qu'en fait, on a dit qu'il faut plus de diversité. Donc, on a mis une personne racisée en haut et on a viré une personne racisée un peu plus loin dans la liste. Parce qu'en fait, il ne fallait pas trop de personnes racisées.

18:19
Présentateur

Oui, il fallait de la diversité, mais le quota de diversité maximum...

18:22
Sandrine Rousseau

En fait, il faut que ça se voit sur l'affiche. Il faut que ça se voit sur l'affiche et donc il faut que ça soit en haut de l'affiche. C'est scandaleux. Alors vraiment, je vous dis, c'est scandaleux. Ça m'a mis dans une colère, mais bon, il faut avoir de la patience en politique. Je pense que c'est une des qualités premières. Ce n'est pas la mienne, mais il faut avoir de la patience et il faut prendre le temps du changement. Donc, je pense que pour répondre à ta question, dans les partis politiques se rejouent en fait les rapports sociaux que se jouent dans la société.

C'est-à-dire que des personnes qui sont précarisées économiquement, prenons ça pour exemple, des personnes qui n'ont pas d'argent, en fait, il faut déjà qu'elles aillent aux réunions, qu'elles soient ultra présentes. Il faut qu'elles soient suffisamment confiantes en elles pour pouvoir prendre la parole, affirmer des idées, pouvoir la prendre avec autorité pour pouvoir être identifiées comme étant potentiellement sur une liste, etc. Et donc éligibles.

Tout ça, vous voyez bien que quand vous n'avez pas d'argent, que vous êtes pris par un quotidien, où vous ne savez même pas si demain vous allez réussir à avoir trois repas pour manger, évidemment que vous n'avez pas la confiance nécessaire pour vous imposer dans une réunion, parler, que votre parole soit suffisamment ancrée pour pouvoir marquer les esprits, etc. Et évidemment, en plus, peut-être que vous n'aurez même pas la possibilité de venir à la réunion parce que vous n'aurez juste pas suffisamment l'argent pour venir. Donc, je veux dire, c'est très, très compliqué. Et si on n'a pas une volonté chevillée au corps de changer ça, ça ne changera jamais.

Parce qu'en fait, il faut l'avoir vraiment, il faut que ça soit du matin au soir, une volonté. Parce que tout est fait. Pour moi, c'est comme quelque chose qui tournerait et il y a des forces centrifuges qui font que toutes les personnes fragiles sont éjectées au fur et à mesure. Et si on n'arrive pas à tenir cette roue, si on n'arrive pas à tenir dans le mouvement, en fait, ce qui se passe, c'est que les gens arrivent, ils militent trois mois, six mois, puis ils repartent parce qu'ils n'y arrivent pas.

Et donc, ceux qui tiennent le parti, ceux qui tiennent les postes de pouvoir à l'intérieur du parti, sont souvent des personnes qui, elles, ont un capital social, un capital économique extrêmement fort et qui sont un peu... C'est en ça que j'appelais l'âgé de copropriétaire. Je parlais d'âgé de copropriétaire. C'est que c'est des propriétaires d'un territoire ou d'un espace politique et donc qu'ils tiennent le truc. Et quand on est plus fragilisé, on éjecte au bout d'un moment. Ça, c'est très, très dur. Et contrer ça, ça demande vraiment une volonté politique énorme. Énorme.

20:57
Présentateur

Tu as parlé toi-même de ça tout à l'heure. Tu as toujours eu un aspect critique envers les directions de partis, même la direction de ton parti, des écologistes. Comment tu le vis en interne ? Est-ce que déjà, c'est un espace ouvert à la critique ? Est-ce que tu as l'impression que tu en payes le prix et qu'il y a des répercussions ensuite quand tu prends la parole ?

21:28
Sandrine Rousseau

Là, je peux vous faire deux types de réponses. Enfin, je peux te faire deux types de réponses. C'est une réponse politiquement correcte, une réponse politiquement sincère. C'est ce que tu veux faire. Voilà. La réponse politiquement correcte, c'est de dire qu'être minoritaire dans un parti, c'est pas facile. Voilà. Et c'est vrai. La réponse politiquement incorrecte et sincère, c'est de dire que la violence que j'ai subie à l'intérieur du parti est inadmissible, en réalité. Et que moi, j'ai subi, c'est une chose. Parce que moi, j'ai encore le socle qui me permet de tenir, la notoriété qui me permet de m'exprimer.

Mais ce qu'ont subi certaines des personnes qui m'accompagnent dans le parti, c'est ultra trash. Et en fait, moi, je pense par exemple à Harmonie Lecerc, qui a été désignée pour être candidate aux législatives. Elle a fait la photo, elle a fait la profession de foi. Puis au dernier moment, on lui a dit « Ah ben non, parce que t'es rousseauiste, donc ça va être quelqu'un d'autre ». Enfin, je veux dire, c'est dingue, quoi. C'est dingue. Donc non, c'est pas possible de fonctionner comme ça. C'est pas possible.

22:34
Présentateur

Tu as l'impression d'avoir servi de... J'ai l'obligation de citer Médine à n'importe quel épisode du fauteuil. Tu as servi de paratonnerre pour les autres ? Tu as pris...

22:43
Sandrine Rousseau

Je pense que c'est plus que ça. C'est que j'ai servi de... C'est plus que paratonnerre. Ça a permis à la direction actuelle du parti de faire une coalition. en disant « Regardez comme elle est méchante, c'est la sorcière ». Et donc, « Venez avec nous, nous on est les gentils ». Et en fait, ça a permis de souder un collectif uniquement de façade, parce que je pense que ce collectif n'est pas du tout un collectif. mais ça a permis de faire une espèce de solidité de façade contre ce que je représentais et ce que mon courant représentait. Mais au détriment du fond. Oui, c'est ce que je voulais dire. Au détriment du fond.

23:28
Présentateur

En soi, la radicalité qui est présente chez toi, de ce que j'ai vu chez les jeunes écologistes, par exemple, on en reçoit ici, on les croise en manif souvent, il y a une radicalité qui est demandée, qui est exigée même de la part des jeunes. Et j'ai l'impression qu'il n'y a pas... Enfin, qu'à part chez toi justement et les gens qui partagent ta ligne, ils sont toujours un peu déçus des prises de position du parti et de la stratégie du parti. Donc je pense que l'isolement en soi, c'est un isolement en haut, pas dans la base.

24:05
Sandrine Rousseau

Alors ça, je suis très sûre que c'est un isolement parmi les cadres du parti. Parce que par contre, que ce soit chez les jeunes écolos, que ce soit dans la base des écologistes ou que ce soit dans la société, je suis absolument certaine de ne pas être isolée. Alors ça, je n'ai aucun doute là-dessus. Aucun doute. C'est vraiment... Dans l'âge est copropriétaire, je n'ai pas assez de tantième.

24:26
Locuteur

C'est vraiment ça.

24:28
Présentateur

Et pourquoi ils ont peur de la radicalité en fait ? C'est quoi qu'ils... Pourquoi ils ont peur de ça ? J'ai l'impression qu'il y a quand même un constat à gauche, enfin dans le peuple de gauche, qu'il y a vraiment un besoin de radicalité en ce moment, surtout face à l'extrême droite, face à l'augmentation du racisme, de l'islamophobie, de plein de sujets en ce moment.

24:48
Sandrine Rousseau

Je ne sais pas répondre à ça.

24:50
Présentateur

Ok.

24:50
Sandrine Rousseau

Je n'ai pas de réponse à ça.

24:51
Présentateur

Je voulais te demander aussi, il y a quelque chose qui anime en soi les débats dans la gauche décoloniale, etc. C'est la question du féminisme blanc. Enfin, du féminisme libéral. Comment tu fais pour maintenir dans ta réflexion féministe un aspect décolonial, un aspect antiraciste ?

25:14
Sandrine Rousseau

En ne prenant pas tous les codes du féminisme blanc-bourgeois et en écoutant les personnes. Je vais prendre l'exemple du voile parce que je trouve que c'est très emblématique de ce qu'on me reproche. d'avoir juste dit attention, ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Et ce n'est pas parce que il y a un foulard sur la tête que les femmes n'ont pas de pensée, n'ont pas de réflexion, n'ont pas d'autonomie, d'émancipation et de capacité à choisir. C'est dingue d'ailleurs de penser ça. Moi, ça me pose beaucoup de questions sur comment on peut considérer que dès lors qu'on a un voile sur la tête, ça annihile complètement la personne et la personnalité qu'il y a derrière ce voile.

J'ai beaucoup travaillé avec des femmes qui le portaient, qui le portent, qui m'ont expliqué toutes les motivations pour lesquelles elles le portaient, qui sont très diverses. C'est dingue d'ailleurs d'écouter ça parce que ça va d'une foi religieuse réelle, ça va aussi vers une volonté de se montrer à la personne qu'on aime et que à la personne qu'on aime. Ça va à... Ça peut aussi être une forme de camouflage dans l'espace public. Moi, j'ai vu, par exemple, dans l'association parler aussi des femmes qui avaient été victimes de violences sexuelles et qui, comme ça, avaient une stratégie de cet ordre. Ça va aussi sur la conviction religieuse très forte, ça y est évidemment aussi.

Ça va sur des terrains comme aussi la tradition. Et puis, ça va aussi sur la réappropriation. Et ça, c'est vraiment quelque chose que je pense qu'on devrait réfléchir. C'est que tout ça a un lien avec l'histoire coloniale de la France. Tout ça a un lien avec la violence aussi de la colonisation sur le corps des femmes. C'est quelque chose qui n'est pas très documenté mais qui n'est pas très connu dans l'espace politique, pas très débattu dans l'espace politique. Mais la colonisation a été une appropriation du corps des femmes.

27:47
Présentateur

Oui, au Maghreb, c'était beaucoup des chefs d'État qui étaient soutenus par la France ou des soldats français eux-mêmes qui venaient et qui se baladaient pour retirer le voile des femmes ou les habits traditionnels le savent c'est du en Tunisie. Et c'était censé être un moment de libération mais c'était très violent pour les femmes qui l'ont subie parce qu'elles étaient dans la rue et qu'un homme venait les déshabiller.

28:12
Sandrine Rousseau

Et puis ça renvoie aussi en miroir à toute la sexualisation l'érotisation du corps des femmes au nom d'une forme d'exotisme. Je vous invite à voir les fresques qu'il y a par exemple dans le musée de l'immigration dans le XIIe où il y a une exotisation du corps des femmes et une sexualisation de ceci.

Et on voit enfin je veux dire on ne peut pas interroger la question du port du foulard aujourd'hui dans les jeunes générations sans avoir un regard là-dessus mais sans aussi avoir un regard sur la masculinité dans la religion dans les trois grandes religions monothéistes et puis dans les quartiers ou dans toutes les sphères de la société que ce soit d'Eipstein au quartier la masculinité est quelque chose et la masculinité toxique est quelque chose qui traverse la société. Donc je veux dire il n'y a pas de on doit interroger tout ça mais on ne peut pas résoudre le problème en disant interdiction du voile au nom du droit des femmes c'est trop facile.

29:26
Présentateur

La question de la masculinité dans les quartiers tu viens de l'évoquer comment on peut se poser cette question sans justement sans ajouter de la criminalisation au quartier ?

29:37
Sandrine Rousseau

Non mais la virilité dans les quartiers elle se joue elle se joue je pense dans la même intensité qu'elle se joue ailleurs simplement elle peut prendre des formes différentes mais elle se joue avec la même intensité mais quand on voit la virilité par exemple de la police aussi d'ailleurs c'est très intéressant là il y a au moment où on enregistre il y a un procès des CRS qui ont tabassé un gilet jaune

30:01
Présentateur

dans un burger king

30:04
Sandrine Rousseau

et qui dit c'était un geste viril et en fait la virilité de la police elle se joue aussi dans les quartiers face à des jeunes des quartiers particulièrement les jeunes hommes des quartiers qui sont considérés comme un peu enfin qui sont considérés comme sauvages comme une espèce de de force à dompter à civiliser presque très colonial comme approche en soi absolument et donc en fait évidemment qu'il y a un truc de d'affrontement masculin viril dans cette histoire là évidemment et donc évidemment aussi que les hommes des quartiers jouent ça surjouent ça jouent mal ça évidemment mais en fait je veux dire on les renvoie aussi à cela c'est en fait c'est en ça que pour moi la déconstruction de la masculinité de la virilité est quelque chose d'extrêmement important en regard des transformations sociales à faire c'est que si on ne si on n'interroge pas ça alors c'est pas juste le revenu c'est aussi toute une construction sociale de représentation de de d'assignation de de surjeux de quelque chose qui crispe qui contamine et pollue l'accès à l'égalité pour tout le monde

31:34
Présentateur

c'est la manière dont tu l'as abordé c'est assez criante du coup de l'importance de l'intersectionnalité parce que quand on parle de masculinité à un homme on a l'impression que tout de suite il se braque c'est un peu comme parler de privilège blanc ou de blancheur c'est vraiment des choses qu'on a du mal à les déconstruire même à gauche d'ailleurs même à gauche d'ailleurs je sors

31:56
Sandrine Rousseau

un petit livre petit moment promo le 5 mars qui s'appelle tu nuis à la cause où je parle de tout ça parce que c'est ce qu'on m'a beaucoup reproché en me concentrant en ayant une parole forte sur les combats sociétaux on me dit tu nuis à la cause donc je le pose juste parce que j'en parle justement

32:12
Présentateur

mais justement cette question de tu nuis à la cause pour en parler le titre il est volontairement il attaque volontairement les gens qui te reprochent ça par souci y compris à gauche par souci d'aborder des sujets j'ai pas envie de dire nouveaux parce que ça a déjà été travaillé d'un point de vue universitaire mais nouveau dans la scène politique est-ce que tu trouves quand même du soutien chez d'autres camarades chez des personnalités politiques qui disent tu nous as ouvert la porte peut-être

32:45
Sandrine Rousseau

de plus en plus et puis de plus en plus puis il y a vraiment des soutiens du monde des artistes j'en ai beaucoup vraiment et de la société civile d'une manière générale et puis je vais vous dire il suffit que je me balade dans la rue pour que les gens me disent merci pour ce que vous faites c'est quand même mon quotidien donc c'est pour ça que je tiens aussi c'est parce que je sais que il y a d'un côté des logiques de pouvoir et de répartition de ce pouvoir et de l'autre il y a une aspiration à ouvrir les portes et les fenêtres et à dire on a envie d'autre chose

33:22
Présentateur

tu as parlé de l'aspect décolonial de l'écologie et tu as parlé de l'histoire coloniale de la France tu as dit que ce qui t'a amené aussi à la politique c'est justement ces questions de guerre et ces questions l'écologie comment on fait pour qu'elle parle au pays du sud global comment on fait pour faire en sorte que ce ne soit pas quelque chose qui crée un nouveau déséquilibre entre les nations parce que aussi les pays pauvres sont les pays les plus touchés par les catastrophes climatiques au Maghreb on a eu des inondations catastrophiques au Maroc qui ont fait des morts en Tunisie on a eu une catastrophe chimique agabès qu'on a traité ici il y a toujours une responsabilité occidentale comment on fait pour traiter ça de manière à faire que ça ne soit pas éloigné pour les pays du sud

34:19
Sandrine Rousseau

j'ai envie de répondre à cette question en disant il faudrait le leur demander c'est à dire en fait il faudrait qu'on arrive à savoir ce qui serait acceptable pour eux ce qui serait digne pour eux ce qui serait de l'ordre de la réparation pour eux parce que moi je pense qu'on ne peut pas aborder la transformation écologique sans aborder le volet de la réparation je pense que tant qu'on n'a pas abordé frontalement cette question de la responsabilité versus la réparation on ne peut pas passer à une autre étape qui est comment on fait mieux comment on fait différemment comment on fait et cette question de la réparation elle est très taboue en France en particulier mais je pense un peu partout d'ailleurs c'est intéressant ce qui se passe au Groenland là-dessus parce que le fait que Trump ait voulu mettre la main sur le Groenland a obligé le Danemark à interroger son rapport colonial au Groenland et aussi les exactions qu'il y a eu et donc la réparation de ces exactions et je pense notamment aux enfants qui ont été enlevés de leur famille et qui ont été placés et en fait ce volet réparation pour enfin là j'ai envie de dire une phrase mais qu'il ne faut pas interpréter au premier degré mais moi présidente je ne vous fais pas une déclaration de candidature à ce moment-là mais moi je crois que je commencerai par ça en fait

35:45
Invité

moi je crois

35:46
Sandrine Rousseau

que je commencerai par ça en disant qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui au titre de la réparation d'une histoire violente et comment on peut du coup passer sur un autre rapport c'est-à-dire un autre rapport plus égalitaire dans la discussion et qui nous permettent de trouver des solutions

36:05
Présentateur

et ce tabou tu l'expliques par le fait que ce soit un sujet difficile ou j'ai l'impression qu'il n'est pas porté par grand monde non plus enfin je n'ai pas l'impression qu'on parle beaucoup des réparations coloniales justement

36:18
Sandrine Rousseau

alors il n'y a pas que coloniales il y a aussi les réparations du productivisme d'une manière générale mais évidemment les réparations coloniales en font partie mais pas que c'est tabou parce que je pense qu'on n'a pas regardé on ne regarde pas notre histoire coloniale il y a un déni il y a un refus d'obstacle là-dessus et quelque part je trouve que la montée du RN est aussi le révélateur de ça c'est-à-dire qu'on voit que le RN s'appuie beaucoup sur des mouvements comme l'OAS comme la nostalgie de l'Algérie française ou la Tunisie française et que ce n'est pas interrogé en tant que tel et que derrière ça nourrit évidemment des relents racistes ça nourrit une hiérarchie sociale et nous à gauche on a du mal à poser ça et je trouve qu'on le pose de manière très maladroite c'est-à-dire qu'on le pose comme une espèce de revendication mais sans poser le fait colonial et moi je suis je ne me revendique pas des mouvements décoloniaux ou quoi je regarde ça et je me dis on a quand même une responsabilité à poser le fait colonial et à en poser toutes les conséquences et à en poser toutes les réparations aussi qu'on devrait poser et toute l'attention qu'on connaît actuellement avec l'Algérie pour moi me semble être vraiment une des conséquences de ce fait colonial et donc voilà je pense qu'on arrive aussi un peu au bout et les générations de colons sont en train de vieillir et de disparaître et avec ces générations de colons et de colonisés peut-être qu'on perd aussi une part de l'histoire très humaine de cette colonisation et de cette décolonisation moi par exemple mon père est né au Maroc dans une famille de colons enfin je ne vois pas comment on peut dire ça d'ailleurs je lui ai dit t'étais colon parce que pied noir égal colon et il a refusé ce terme ce qui est très intéressant parce qu'en plus

38:19
Présentateur

il dit qu'il est maghrébin français comme Jean-Luc Mélenchon

38:21
Sandrine Rousseau

non pas du tout ça va non par contre ça non mais il dit j'étais trop petit pour être colon c'est pas faux c'est-à-dire qu'il était enfant il était enfant il n'a pas fait l'acte d'eux mais bon de fait il était quand même ça et quand je parle avec mon père je trouve que on s'enrichirait vraiment aussi d'avoir ces histoires individuelles pour interroger ce que c'était très concrètement le rapport de colonisation c'est-à-dire l'histoire de l'école l'histoire de l'après-école l'histoire de du rapport de travail en fait il y a plein de choses parce que la colonisation ça reste un terme comme ça qui est posé de manière un peu générique mais en fait ça a des implications très très intimes dans la vie des familles et je pense que les familles françaises toutes les familles françaises ont une histoire intime avec la colonisation d'un côté ou de l'autre mais elles ont une histoire intime avec la colonisation et ne pas le poser sur la table c'est rester dans un tabou qui un tabou qui est violent et qui génère un rapport violent au racisme

39:34
Présentateur

tu as mentionné plusieurs fois je vais finir là-dessus avant qu'on passe à la partie plus agréable de cet entretien tu as mentionné régulièrement l'affaire Epstein pendant cet entretien et du fait que ça démontre quelque chose du rapport du pouvoir au VSS et aux violences sexuelles récemment aussi on a eu des affaires en France de personnalités politiques majeures qui ont commis des agressions sexuelles et qui ont mis beaucoup beaucoup beaucoup de temps à être ne serait-ce qu'inquiétés par la justice c'est quoi le rapport qu'ont les gens de pouvoir au VSS est-ce que c'est en train d'évoluer ou est-ce c'est toujours il y a une forme d'impunité qui est généralisée dans les milieux de pouvoir sur ces questions-là

40:26
Sandrine Rousseau

les VSS sont très intimement liés au pouvoir très intimement liés c'est-à-dire qu'un père par exemple va être incestueux dans une famille parce qu'il a le pouvoir dans la famille et donc il peut le faire et s'il peut le faire certains passent à l'acte pas tous mais certains passent à l'acte et tellement passent à l'acte que c'est quand même trois enfants par classe donc le pouvoir ce n'est pas un pouvoir forcément politique médiatique économique ça peut être un pouvoir très restreint dans un noyau familial mais les VSS ont toujours parti pris parti intimement pris avec le pouvoir c'est-à-dire j'exerce un pouvoir sur toi et je l'exerce par la violence et pour moi c'est très intimement lié aussi aux questions écologiques mais aussi aux questions sociales c'est-à-dire que avoir être en position de pouvoir pouvoir exercer ce pouvoir c'est aussi la question de se mettre une éthique du pouvoir une limite dans le pouvoir et une responsabilité liée à ce pouvoir et c'est en cela que on est tous responsables de la situation parce qu'on est homme on est femme ça on ne le choisit pas on est blanc on n'est pas blanc on ne le choisit pas mais par contre on a une responsabilité intime individuelle et personnelle sur la manière dont on exerce le pouvoir est-ce qu'on bénéficie de privilèges ou est-ce qu'on refuse ces privilèges est-ce qu'on est dans une forme d'éthique ou pas et en fait enfin quand on refuse une partie au moins des privilèges et en fait c'est ça la question qui est aujourd'hui posée pour moi y compris dans la question écologique et c'est pour ça que je me revendique de l'écoféminisme c'est que finalement on a le pouvoir de détruire la planète et on a ce pouvoir là puisqu'on a les moyens techniques on a le capital économique qui nous permet de le faire donc est-ce qu'on se met une éthique et une limite dans la prédation de la planète comme on se met une éthique dans la prédation des corps de l'autre et donc un interdit ou est-ce que au contraire parce qu'on peut le faire on le fait et en fait c'est ça qui est au fondement je pense des transformations écologiques et sociales à faire c'est est-ce que oui on peut s'enrichir autant qu'on veut mais est-ce que collectivement on décide que notre éthique est de permettre ça ou au contraire de mettre des limites donc de la redistribution de faire en sorte qu'il y ait des personnes qui dorment pas à la rue et qui soient pas pauvres etc et en fait là on est dans un moment où je pense qu'on est à la fin d'un cycle à la fin du cycle capitaliste mais où il va falloir qu'on se pose des questions qui sont pas juste combien d'argent on donne de subvention pour changer une chaudière mais vraiment quelle est l'éthique de responsabilité au nom de laquelle on fait de la politique et pour moi c'est une question qui est passionnante en réalité et qui est très enthousiasmante parce que ça nous permet de redéfinir notre manière de vivre ensemble

43:25
Présentateur

oui redéfinir d'un point de vue systémique absolument la formulation elle est particulièrement importante dans le contexte actuel où on a une responsabilité occidentale dans plusieurs guerres dans le monde on a vu le génocide à Gaza depuis deux ans et demi j'ai l'impression corrige-moi si je me trompe que la gauche dite l'union de la gauche s'est fracturée là-dessus sur la question palestinienne comment tu l'expliques comment tu expliques que cette union nouveau front populaire s'est fracturée sur la question palestinienne

44:05
Sandrine Rousseau

j'avais écrit une tribune dans le monde au tout début juste après le 7 octobre qui à mon avis n'a pas été suffisamment lu pour ce que ça posait bon après voilà ce que je dis est tout à fait modeste donc je le formule autrement mais pour moi ce conflit enfin la guerre qui a lieu là-bas la colonisation aussi quand même du territoire palestinien versus la violence de l'action politique terroriste sur Israël renvoie à mon sens à deux traumatismes sociaux non réglés d'un côté le génocide de l'autre la colonisation et en fait c'est nous qui sommes responsables des deux

44:59
Présentateur

oui

45:00
Sandrine Rousseau

mais enfin c'est quand même pas rien c'est à dire qu'en fait il y a quelque chose où l'impensé de ces deux choses là conduit à laisser la situation comme elle est c'est à dire en dehors du droit international incroyablement dangereuse pour l'équilibre du monde aussi au delà de juste localement et en fait pour moi la gauche n'a pas pris les choses dans le bon sens c'est à dire de prendre notre responsabilité c'est à dire qu'elle a pris fait et cause dans un sens ou dans un autre finalement sans interroger les sous-jacents de ce et ni l'histoire de ce conflit et enfin de cette de cette situation et je pense que l'ostracisation de LFI là dessus est scandaleuse je pense aussi que la manière dont LFI a abordé le sujet au départ a crisper tout le monde

46:11
Présentateur

l'ostracisation maintenant ça se généralise c'est plus que LFI il y a de plus en plus de gens qui sont on a couvert au média la criminalisation de la cause palestinienne et c'est des fois des manifestants qui se retrouvent accusés de qui se retrouvent devant la justice qui se retrouvent avec des grosses amendes etc il y a eu une volonté aussi gouvernementale

46:36
Sandrine Rousseau

bien sûr

46:36
Présentateur

de criminaliser la cause palestinienne

46:38
Sandrine Rousseau

bien sûr mais évidemment évidemment mais c'était aussi maintenir un ordre social

46:43
Présentateur

tu veux dire pour éviter les

46:46
Sandrine Rousseau

pour éviter quand on quand on dit éviter d'importer le conflit

46:51
Présentateur

on entend

46:52
Sandrine Rousseau

derrière éviter une espèce d'enflammement ou une espèce de revendication de populations qui sont discriminées quand on est dans les quartiers etc c'est ça en fait quand on dit ne pas importer moi j'entends ça en tous les cas

47:14
Présentateur

du coup

47:15
Sandrine Rousseau

c'est aussi priver ces populations d'avoir un pouvoir politique c'est

47:20
Présentateur

c'est ne pas importer aussi c'est un peu incohérent avec ce que tu expliquais c'est plutôt la France et l'Europe qui ont exporté ce problème plutôt que la responsabilité occidentale dans la guerre et le génocide

47:35
Sandrine Rousseau

la responsabilité occidentale très concrètement immédiatement elle a été de ne pas rappeler Benjamin Netanyahou au droit international au moment où il fallait le faire pour moi le poste 7 octobre a mis le dernier clou dans le cercueil du droit international qui n'était pas parfait loin de là les instances internationales n'étaient pas parfaites loin de là mais elles étaient quand même ce qu'on avait fait de mieux depuis la seconde guerre mondiale donc en fait ça aura des conséquences en cascade d'une gravité à mon avis extrême

48:14
Présentateur

on va passer à la partie la plus agréable de l'entretien on finit toujours par parler un peu de culture dans le format en te demandant si tu devais écouter que 3 projets cette année 3 albums ça serait quoi ?

48:41
Sandrine Rousseau

3 albums de musique

48:42
Présentateur

oui

48:42
Sandrine Rousseau

le dernier de Jeanne Chérald parce que je suis allée la voir en concert et qu'elle est juste incroyable ça va être la question d'après c'était mon dernier concert

48:53
Présentateur

ah oui c'est ça tu avais les déroutes

48:55
Sandrine Rousseau

Jeanne Chérald

48:56
Invité

alors moi

49:07
Sandrine Rousseau

je sais pas j'écoute plus trop la musique par album donc c'est un peu compliqué c'est pas grave

49:12
Présentateur

tu peux te dire des singles

49:15
Sandrine Rousseau

j'aime beaucoup aussi la chanteuse Mathilde

49:18
Invité

j'ai été rabaissée humiliée agressée frappée j'ai été vilipendée harcelée consolée 4 collées insultées touchées contre mon gré si jamais je m'en remets on doutera de ma vérité

49:30
Sandrine Rousseau

il y en a beaucoup que j'aime bon je sais pas allez I will survive parce que c'est quand même ce que je me mets dans les oreilles avant chaque interview donc je me dis même sur une île déserte

49:40
Invité

là tu t'es mis

49:48
Présentateur

à will survive avant de venir oui oui je me mets à will survive ok d'accord je sais pas comment le prendre ok et en cinéma du coup si tu n'as regardé qu'un film tout au long de l'année

50:02
Sandrine Rousseau

un seul c'est compliqué enfin c'est des films politiques évidemment parce que quand on est dans le critique c'est le care confidentiel que moi j'aime beaucoup au titre de l'analyse politique qui pose je trouve ça assez incroyable

50:17
Présentateur

ok tu peux teaser un peu les gens qui connaissent pas

50:20
Sandrine Rousseau

ça se passe dans le care et c'est les rapports de pouvoir en fait il y a un autre film qui s'appelle la conspiration du care qui est un peu du même réalisateur et qui est un peu sur la même donne c'est à dire en fait comment le pouvoir s'incarne aussi par des une face cachée de ce pouvoir en fait peu reluisante fait de conflits d'influence de rapports de force de malversation malhonnêteté aussi parfois et c'est très intéressant je trouve la manière dont il le traite parce que je trouve ça extrêmement fin et moi il y a un autre film que j'aime beaucoup alors ça va peut-être faire râler mais c'est Argo

51:08
Invité

parce que

51:09
Sandrine Rousseau

ce qui me plaît énormément dans ce film c'est le sang froid de Ben Affleck et moi j'avoue que la politique c'est beaucoup de sang froid et c'est aussi je pense qu'il faut mettre beaucoup d'émotions dedans parce que il faut faire avec ses trip mais c'est aussi une forme de garder la tête froide et j'aime beaucoup ce film pour ça

51:32
Présentateur

ok tu m'as spoilé sur ton dernier concert c'était

51:36
Sandrine Rousseau

incroyable c'était hallucinant

51:38
Présentateur

c'était où ?

51:39
Sandrine Rousseau

c'était au Grand Rex

51:41
Présentateur

ok est-ce que tu fais souvent des concerts c'est quoi tes activités pour décompresser

51:47
Sandrine Rousseau

je vais voir des spectacles alors des concerts j'y vais pas suffisamment parce qu'à chaque fois que je vais à un concert après je me dis mais c'était trop bien je devrais y aller plus souvent je fais pas mal de stand-up ok

52:01
Présentateur

c'est quoi tes humoristes du moment ?

52:03
Sandrine Rousseau

le dernier que je suis allée voir la dernière que je suis allée voir c'est Swan Périssé par exemple du stand-up et puis des pièces de théâtre ok

52:09
Présentateur

et t'arrives à trouver le temps on en parlait souvent avec des gens qu'on reçoit qui nous disaient qui

52:13
Sandrine Rousseau

je n'ai absolument pas le temps mais j'essaye quand même

52:18
Présentateur

tu te l'imposes ?

52:19
Sandrine Rousseau

en fait c'est quand même d'un moment ce sont les seuls moments avec les moments où je fais la cuisine mais ce sont les seuls moments où j'arrive vraiment à être embarquée dans quelque chose d'autre que mon quotidien politique donc en fait c'est quand même assez intéressant

52:34
Présentateur

t'arrives pas quand t'es chez toi à sortir de ton quotidien politique ?

52:38
Locuteur

non

52:38
Présentateur

ok

52:39
Sandrine Rousseau

je devrais dire oui par hauteur de la maison

52:43
Présentateur

ok ok pas du tout mais c'est du coup ça devrait te donner plus envie d'aller voir des concerts et des spectacles

52:54
Sandrine Rousseau

oui mais j'ai pas forcément le temps puis après c'est aussi un autre truc c'est que voilà comme je suis reconnue et tout c'est pas complètement non plus toujours

53:05
Présentateur

c'est pas très agréable ?

53:07
Sandrine Rousseau

agréable ça dépend mais c'est des fois pour me mettre dans ma bulle

53:13
Présentateur

ça te remet dans ton quotidien oui voilà

53:16
Sandrine Rousseau

il y a un truc un peu contradictoire ça fait quoi

53:19
Présentateur

d'être reconnue dans la rue ?

53:22
Sandrine Rousseau

on peut savoir les gens sont hyper gentils en fait moi je crois en l'humanité

53:26
Présentateur

ça te pèse pas ? ça te pèse pas ?

53:30
Sandrine Rousseau

ça me pèse quand je suis en vacances ça me pèse quand je suis à la plage en maillot de bain ça je t'avoue que oui ça me pèse beaucoup ça me pèse quand je suis en montagne avec

53:39
Présentateur

les gens se permettent pas enfin si ils se permettent pendant qu'il est à la plage ? bien sûr

53:42
Sandrine Rousseau

ils se permettent bien sûr bon voilà ça me pèse à ces moments là

53:48
Présentateur

ok je pense qu'on peut finir là-dessus on aura pas mieux

53:52
Sandrine Rousseau

mais ça me pèse pas dans le quotidien

53:54
Présentateur

ok ok Sandrine merci beaucoup d'avoir été avec nous dans le fauteuil on retiendra la séquence de fin en imaginant tes fans venir te chercher à la plage un petit selfie yes

54:06
Sandrine Rousseau

non

54:07
Présentateur

merci beaucoup d'être venu sur le fauteuil et merci à vous de nous soutenir pour que ce genre de format puisse exister n'hésitez pas à continuer sur soutenez.lemédiatv.fr et on vous retrouve très vite pour un nouveau fauteuil merci à vous

54:24
Locuteur

merci à vous