Roland Lescure : "Faire de l'écologie, c'est plus difficile que d'en parler, et nous on en fait"
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C'est en ce moment le dossier qui est un peu en haut de la pile du bureau d'Emmanuel Macron à l'Elysée, la réindustrialisation de la France. Eh bien, on va en parler ce matin avec le ministre en charge de l'Industrie. Bonjour, Roland Lesqueur. Bonjour. Le projet de loi pour une industrie dite verte sera présenté mardi prochain au Conseil des ministres. « Industrie verte », alors qu'Emmanuel Macron veut au contraire faire une pause dans les normes environnementales européennes. Est-ce que ce n'est pas un peu contradictoire tout ça ?
Non, au contraire. C'est-à-dire que ce qu'il a dit jeudi, ce qu'il a répété hier à Dunkerque d'ailleurs, c'est que l'Europe est la mieux disante, en théorie, sur les normes et les objectifs. Maintenant, il faut livrer. Il faut être les mieux faisants, si je puis dire. Vous savez que l'Europe, c'est le seul continent à avoir baissé ses émissions de gaz à effet de serre depuis 30 ans. C'est le continent qui émet le moins. C'est-à-dire qu'un Européen, vous et moi, on aimait moins qu'un Chinois, un Indien, un Américain, un habitant du Moyen-Orient. Et en plus, c'est le continent qui s'est doté des objectifs les plus ambitieux. Ça, c'est sur le papier. Maintenant, il faut les livrer.
On ne va plus vendre un véhicule thermique en Europe en 2035. Est-ce qu'on veut les fabriquer chez nous ? Est-ce qu'on veut les importer ? Donc, ce qu'il dit, c'est qu'on a voté des normes, appliquons-les. Faisons en sorte qu'on soit non seulement les mieux disants, mais les mieux faisants. C'est extrêmement important.
Il dit surtout qu'il ne faut pas en rajouter tout de suite.
Attention, il y a déjà des choses qui sont en train d'être discutées. Typiquement, il y a une directive sur les pesticides qui est en cours de discussion, qui devrait être votée d'ici la fin de l'année. La France ne va pas dire qu'on arrête tout. Mais avant d'introduire de nouvelles normes, assurons-nous qu'on va déjà pouvoir mettre en œuvre celles qu'on a votées. C'est essentiel parce que vraiment la différence entre l'écologie des incantations ou des slogans, comme on le dit parfois, et l'écologie des solutions, de la réalité, elle est là. Soit on vote des choses, et puis l'intendant suivra, on verra plus tard, ce qu'on a fait pendant longtemps en France.
Vous vous souvenez des centrales à charbon ? On avait un gouvernement qui avait dit, on va fermer les centrales à charbon. On a attendu jusqu'à ce que nous, on arrive pour vraiment les fermer. Parce que faire de l'écologie, c'est plus difficile que d'en parler, et nous, on en fait, vraiment.
Ça ne va pas vous surprendre, vous allez vous mettre à dos les écologistes qui disent, justement, nous sommes au milieu du guet. C'est déjà fait. Nous sommes au milieu du guet, il faut au contraire accélérer encore les normes environnementales, parce que c'est là que ça se passe. Il faut accélérer l'action.
Non mais typiquement les voitures. Aujourd'hui, on a 10-12% des véhicules qui sont vendus en France, qui sont des véhicules électriques. La plupart sont importés, d'ailleurs. Nous, on veut qu'à 2035, ce soit 100% des véhicules vendus en France qui soient électriques. Est-ce que vous voulez que ces 100% de véhicules électriques, 2 millions en gros, ils soient produits en France ? Ce que nous, on veut. Ou est-ce que, parce qu'on a mis trop de normes en Europe, ils soient importés de Chine ou d'ailleurs, là où les normes vont être moins importantes ? Nous, on veut réconcilier, vous vous souvenez de l'histoire de fin du mois, fin du monde. On veut réconcilier l'économie et l'écologie.
La meilleure manière de le faire, c'est de décarboner l'industrie traditionnelle et de développer l'industrie de la décarbonation chez nous. Et donc, pour faire ça, il faut donner de la visibilité aux industriels. Ils vont investir des milliards d'euros et on va les aider, on va y revenir sans doute. Mais pour ça, il faut qu'ils y voient clair sur leur horizon. Donc, ça ne veut pas dire qu'on arrête. Au contraire, on accélère la transition écologique.
Je voulais vous dire que ça risque de coller au smell d'Emmanuel Macron comme la phrase de Nicolas Sarkozy en 2010 quand il avait dit aux agriculteurs, l'écologie, ça suffit. Ça doit faire la même chose un peu pour Emmanuel Macron, non ?
Peut-être, mais ce que je peux vous dire, c'est que depuis 5 ans, on a eu de la croissance et on a baissé les émissions. Ce n'était jamais arrivé avant. Et dans les 20-30 ans qui viennent, on va avoir de la croissance et on va accélérer la baisse des émissions. Ça, c'est du concret. Et j'espère qu'un certain nombre d'écologistes raisonnables vont le reconnaître.
Mais soyons précis, parce que là, on parle d'une pause, elle va durer combien de temps ? J'ai cru comprendre qu'elle pourrait durer 5 ans. Est-ce que vous le confirmez, ça, ce matin ? Est-ce que c'est déjà acté par le président français, Emmanuel Macron ? Et surtout, est-ce que vous allez donc demander à la Commission européenne, est-ce que ça va se passer comme ça, qu'il y ait cette pause ?
Non, mais on m'a demandé plutôt 5 ou plutôt 10. Donc, j'ai répondu à la question qui m'avait été posée, plutôt 5 que 10. Mais on n'a pas, évidemment, fixé de date. On est aujourd'hui dans une logique où on va discuter avec nos partenaires. Il va y avoir une réflexion commune pour savoir à la fois comment on accélère l'action, comment, avant d'introduire de nouvelles normes, on peut prendre un peu de temps pour y réfléchir.
Et les autres pays sont d'accord avec ça ?
Alors, vous savez quoi ? Il va y avoir des élections européennes, dans un an. Ça peut faire partie des discussions à mener et des débats qu'on aura, y compris d'ailleurs avec d'autres visions de l'Europe. Une Europe fermée sur elle-même, qui se désindustrialise, ou une Europe qui s'ouvre et qui se développe en se décarbonant.
Et donc, continuons à être très concrets. Donc, on vient d'essayer de voir le temps de la pause. Ce n'est pas si clair que ça pour l'instant. Sur les 50 mesures du fameux Green Deal européen, qui est incarné par la présidente de la Commission européenne, pardonnez-moi, Ursula von der Leyen, quelles sont les mesures que vous aimeriez voir suspendues pour l'instant ? Où est-ce qu'il faut freiner ?
Merci, Karine Mégaard. Vous venez de dire, on s'est mis d'accord sur 50 mesures. 50 mesures qu'on va mettre en œuvre. Donc, c'est, est-ce qu'on a besoin d'en rajouter une 51e ou une 52e avant d'avoir mis en œuvre les 50 ? Je vous donne un exemple très concret.
Mais pour l'instant, les 50, on ne les a pas encore.
Non, mais on est dans des discussions avancées. Je vous donne un exemple très concret. Là encore, on va vendre des véhicules électriques et que des véhicules électriques en 2035. Il y a une discussion aujourd'hui sur les normes qui doivent peser sur les véhicules thermiques pour les émissions de particules. Et un certain nombre de gens disent, on ne va plus vendre de véhicules thermiques en Europe. On va quand même mettre des normes pour ceux qu'on va y produire. Nous, on dit des normes sur les particules, sur les pneus, sur les freins, parce que ça, il y en a dans les véhicules électriques, très bien.
Mais changer les normes sur les véhicules thermiques alors qu'on ne va plus en vendre, ça, ça nous semble un peu absurde, effectivement. Et on va avoir un débat là-dessus.
Alors, le dossier du jour, la réindustrialisation de la France. Il y a quatre ans, Tesla avait préféré s'installer à Berlin, en Allemagne, plutôt qu'en France, à cause des délais d'implantation trop longs en France. Pourquoi les procédures prennent-elles encore trop de temps chez nous ?
Alors, on a quelques exceptions. À la fin du mois, le 30 mai, on va inaugurer une usine de batterie, ACC, à Douai, dont le projet a commencé il y a deux ans, jour pour jour. C'est une exception, il faut que ça devienne la règle.
Il faut en moyenne 17 mois en France.
17 mois juste pour l'autorisation, et ensuite 2-3 ans de construction. Donc, ça veut dire 4-5 ans. Trop long, disent les investisseurs, on préfère aller ailleurs.
Voilà, et là, deux ans, c'était exceptionnel.
Deux ans, c'était l'exception, il faut que ça devienne la règle. C'est-à-dire qu'il faut ce qu'on appelle paralléliser les études. Aujourd'hui, vous faites une étude de faisabilité, une étude environnementale, une enquête publique. Tout ça, ça prend 18 mois. En fait, vous pouvez faire tout ça en parallèle. Ça veut dire qu'on ne fera pas dépendre l'étude environnementale d'une étude de faisabilité. On le fera dès le début. On consultera le public dès le début également. On va augmenter la durée de l'enquête publique. Ça, c'est important. Mais tout ça pour passer de 17 mois à 8 à 9 mois. C'est effectivement de diviser par deux.
Les procédures sont liées souvent à l'urbanisme, à l'archéologie, l'archéologie préventive et à l'environnement. Le gouvernement veut aussi plus de friches immédiatement disponibles. Si quelqu'un veut installer une industrie en France, ça veut dire qu'on va bétoniser un peu plus au préalable. Ce n'est pas très écologique, c'est contraire à votre politique écologique.
Exactement. Ce n'est donc pas ce qu'on va faire. Aujourd'hui, quand vous regardez la France, il y a 100 000 hectares de friches, de friches industrielles qui sont disponibles. C'est-à-dire des terrains qui sont déjà industrialisables ou des terrains sur lesquels il y avait une usine, sur lesquelles il n'y en a plus, mais qui ne sont pas nécessairement utilisables. C'est-à-dire que quand Prologium vient nous voir et dit « j'aimerais m'installer en France », on n'a pas, vous savez, la carte de France en disant « là, là, là, là, vous pourrez y aller ». Donc, c'est ça qu'on veut faire.
C'est les friches qui sont aujourd'hui, par exemple, à dépolluer puissent être dépolluées de manière à ce que quand un investisseur vient, on puisse lui dire « voilà, vous voulez un terrain de 500 hectares, de 10 hectares, de 1 hectare, il est disponible. L'électricité est branchée, il est dépolluée, vous pouvez vous y installer ». En fait, c'est de, là encore, c'est de simplifier. Aujourd'hui, un grand investisseur international qui veut faire des batteries ou autre en France, il regarde la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, la Chine ou l'Inde.
Si en France, on est capable de lui dire « voilà, vous avez un terrain, vous savez qu'on a de l'électricité décarbonée et pas chère », ça, c'est l'atout maître de la France, EDF. En plus, ce terrain, il est branché, il est dépollué, venez, banco, on va accélérer aussi leur décision, parce que parfois, la décision prend aussi un peu de temps.
– Alors, la France, justement, premier pays en Europe à attirer le plus d'entreprises pour la quatrième année consécutive, ça a été dit cette semaine, ça sera dit en grande pompe lundi à l'occasion du salon Choose France. C'est évidemment une très bonne nouvelle économique, on ne va pas dire le contraire, on voudrait juste comprendre pourquoi les investisseurs étrangers créent malgré tout deux fois plus d'emplois ailleurs qu'en France, et en particulier en Allemagne et en Angleterre. Pourquoi ça ? C'est-à-dire que nous, on crée des entreprises, mais il y a moins d'emplois malgré tout qui viennent chez nous.
– Oui, alors on crée plus d'entreprises quand même, c'est-à-dire que c'est vrai que le projet moyen crée moins d'emplois en France que le projet moyen en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais on en crée à peu près 800 en Allemagne et au Royaume-Uni, on est à 1200 en France, donc on fait beaucoup plus de projets. Pour deux raisons. Essentiellement parce qu'aujourd'hui, en gros, choisir la France, c'est l'adopter. C'est-à-dire que quand les industriels s'installent en France, en général, ils y font des extensions. Moi, j'ai inauguré une usine de Dupont-de-Nemours, dans le Pas-de-Calais, qui était une extension d'une usine précédente.
Donc évidemment, quand vous étendez une usine, vous ne recrutez pas de DRH, de comptables, de dirigeants, donc c'est moins d'emplois. Deuxième effet, on attire beaucoup de gens pour des centres de recherche et développement. Vous savez qu'en France, il y a le crédit import-recherche. Ça, ça permet de financer la recherche et l'innovation. C'est vrai que dans les laboratoires, dans les centres de recherche, il y a moins d'employés que dans les usines. Mais c'est en train de se développer, ça s'améliore. On a 40% des projets qui sont des projets industriels, quand même, et ça s'améliore, le contenu en emploi. Dernier point très important.
Quand vous créez un emploi industriel, vous en créez 3 ou 4 autour. C'est-à-dire que vous créez des emplois de services, vous créez des emplois de transport, vous créez des écoles. Et donc, il y a un effet d'entraînement très fort de l'industrie. Donc, c'est pour ça que Choose France est important. Quand vous choisissez la France, vous développez la France. Choose France, je précise, ce sera lundi à Versailles, où on aura, je pense, un montant record d'investissements annoncés en France de la part d'investisseurs internationaux.
Autour de combien ?
On verra.
10 milliards ?
L'année dernière, c'était 7.
J'ai entendu parler de 10 milliards, vous confirmez ?
Je ne confirme rien, on verra lundi.
Alors, est-ce que le climat social, malgré tout, qui existe aujourd'hui en France, pourrait impacter nos futures capacités d'attractivité ?
Est-ce qu'il y a un gros risque ? D'abord, un, parce que je pense que ça va se calmer, que progressivement, on va reconnaître quand même qu'il y a des choses qui vont très bien en France, dans l'industrie, et que c'est le moment de passer à autre chose, mais pas de passer à autre chose en oubliant la séquence. De travailler sur la pénibilité, sur les carrières longues, sur la rémunération, etc. Et deux, parce que la France, elle a montré une capacité de résilience assez impressionnante.
De résilience ?
Oui, il y a un an, on avait l'équivalent d'un choc pétrolier, une forte hausse de l'énergie, électricité, gaz, suite à la guerre en Ukraine. Moi, j'étais à Aluminium Dunkerque, on y était hier avec le président, le 21 septembre, ils étaient en train de fermer des cuves. Ils réouvrent. Hier, ils ont annoncé que ça y est, ils tournent à pleine capacité.
Mais les investisseurs étrangers voient bien ce qu'il se passe en ce moment, en France. Donc, est-ce qu'ils sont en train éventuellement de s'interroger, de se dire, je vais peut-être suspendre ma petite idée, et je reviendrai plus tard.
Ce pays est toujours en grève. Oui, mais non, en fait, ce n'est pas vrai qu'il est tout le temps en grève, d'ailleurs. Vous êtes optimiste ? Non, mais on le voit bien. On a eu un mouvement social d'ampleur, mais la croissance a continué à tourner. C'est-à-dire que ce n'est pas la grève générale, heureusement. Ce n'est pas la France à l'arrêt, comme certains le voulaient. Vous vous souvenez, on va mettre la France à l'arrêt. En fait, la France, elle a continué à marcher. Elle a continué à avancer. Bon, maintenant, il faut que ça se calme et qu'on essaye, je pense, de tout se remettre au boulot, je vais le dire comme ça. Mais malgré tout, la France, elle ne va pas si mal que ça.
Moi, j'entends beaucoup de misérabilisme autour de moi, et surtout à l'Assemblée, d'ailleurs. Je pense que la vraie France, celle dans laquelle on était hier, elle ne va pas si mal que ça. Je peux vous dire qu'il y a un enthousiasme à Dunkerque autour des projets qu'on a annoncés hier, exceptionnel.
C'est peut-être une victoire d'abord culturelle, d'abord, l'industrie et la nation de la France, parce qu'il n'y a pas si longtemps, l'industrie, ça sentait mauvais en France. À croire, à écouter Emmanuel Macron, la réindustrialisation de la France, elle est venue en 2017, autrement dit, quand il a pris le pouvoir. Est-ce qu'Emmanuel Macron n'a pas surfé aussi ? Est-ce que vous reconnaissez qu'il a surfé aussi sur, par exemple, le pacte compétitivité, le CICE de François Hollande ?
Moi, je pense que ça a commencé à ce moment-là. Le frémissement, il a commencé à ce moment-là.
2015, 2016 ?
2013, le premier CICE. Oui, enfin, je pense que ça a mis du temps à être mis en oeuvre, quand même. Donc, à partir de 2015, 2016, ça a commencé à frémir. Mais ça, c'est, tout le monde le reconnaît, accélérer depuis 2017, et surtout, il faut accélérer encore. C'est-à-dire que jusqu'en 2016, on ferme plus d'usines qu'on en ouvre en France. Depuis 2017, on a ouvert 300 usines de plus qu'on en fermait. Et en 2021-2022, c'est 200 usines. Donc, l'essentiel, d'ailleurs, c'est plutôt la fin du premier quinquennat. Donc, on voit bien que ces choses-là prennent du temps.
Mais la réforme du marché du travail, la baisse des impôts, la baisse des impôts sur le capital, l'attractivité des investisseurs, tout ça, ça paye dans la durée et ça bénéficie à la France. Pas au monde entier, c'est la France qui en profite.
Roland Lescure, ministre en charge de l'industrie, un mot sur le bonus voiture, le bonus à l'achat des véhicules électriques. Il va être corrigé pour prendre en compte l'empreinte carbone de la fabrication du véhicule. C'est une mesure frontale contre les véhicules fabriqués en Chine ?
Non, c'est une mesure qui va sans doute se traduire par ça. C'est vrai que les véhicules qui sont fabriqués, je dirais, de manière plus environnementale, sont des véhicules fabriqués en Europe parce que le bilan carbone de l'Europe est meilleur et le bilan de la France est en plus.
On va dire des choses plus simplement. Le bonus voiture électrique n'ira que pour les véhicules qui seront produits en Europe et pas pour les produits...
En tout cas, non, non, c'est pas aussi... C'est pas aussi net que ça. Mais en tout cas, c'est pas du protectionnisme. C'est très important. On ne ferme pas les frontières.
Est-ce qu'on n'a pas le droit ?
Non, c'est pas seulement ça. C'est quand vous fermez une porte, vous la fermez dans les deux sens. Si vous empêchez les gens d'entrer chez vous, vous ne pouvez pas se sortir non plus. Il ne faut pas rêver. Donc, si on ferme les frontières européennes, on n'exportera plus d'avions, de centrales nucléaires, de voitures, de luxe, de produits, etc. Donc, il ne faut pas fermer les frontières.
Donc, vous faites une politique de primes, de bonus. Mais pourquoi ne pas aller plus loin en étant plus frontale, en mettant par exemple une taxe carbone aux frontières de l'Europe et de la France en particulier ?
Il y en a une. On va la mettre en œuvre. Elle est pour l'instant...
La taxe carbone mise en place, elle ne concerne, je crois, que 2% des produits manufacturés qui viennent de Chine. 2% ce n'est pas beaucoup.
Ce sont les biais intermédiaires. Il va falloir sans doute qu'on l'élargisse à terme, comme quoi on n'arrête pas complètement le travail européen. Mais, non, c'est important. C'est-à-dire qu'on n'est pas là pour empêcher des véhicules chinois d'entrer. On est là pour dire, un véhicule chinois qui est déjà subventionné en Chine, de 30 à 40%, il n'y a aucune raison que vous et moi, on le subventionne à nouveau quand il entre en France. Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a 1,2 milliard d'euros qui sont destinés à ce bonus. Il y en a 400 millions qui partent en Chine. Moi, je préfère que ces 400 millions financent des emplois en France qu'ailleurs.
Alors, ce projet de loi Industrie Verte, c'était votre projet, Roland Lescure, avec Bruno Le Maire. Emmanuel Macron a repris les annonces que vous auriez dû faire, comme il a repris les annonces de Papendiaï, par exemple, sur l'augmentation des professeurs récemment, ou comme il a repris l'annonce sur la réforme des lycées professionnels. J'ai envie de vous demander, à quoi servent encore les ministres du gouvernement, si tout est incarné par Emmanuel Macron ?
Je trouve ça assez... Je suis désolé, mais ça me fait sourire, parce qu'il est président de la République. Il oriente les grands choix de la nation. Il donne des commandes aux ministres. Et je peux vous dire que la commande à Bruno Le Maire, à un moyen d'annonces, c'était vous accélérer. Parce que la réindustrialisation, c'est bien, mais il faut qu'on change de braquet. Nous, on travaille pendant huit mois. On fait des consultations avec les chefs d'entreprise, des parlementaires. On fait des propositions. Oui, c'est le chef de l'exécutif qui décide si ces propositions, elles sont bonnes ou pas bonnes.
Non, mais qui décide, oui, mais après, le ministre est là pour porter.
Et on va porter. C'est Bruno Le Maire qui va présenter ça au Conseil des ministres. Ce sera à ses côtés. C'est nous qui allons le porter à l'Assemblée. Mais que le président de la République puisse incarner la réindustrialisation de la France, qu'il a portée depuis six ans, qui va d'ailleurs au-delà de la politique économique de Bercy, parce que vous l'avez dit, lycée professionnel, formation, aménagement du territoire, cette réindustrialisation, elle concerne quasiment la moitié du gouvernement.
Mais il n'est pas en train de se garder un peu les bonnes nouvelles en ce moment, Emmanuel Macron, pour essayer de calmer la colère qu'on entend encore en France ?
Non, mais ce n'est pas comme ça que ça se passe. On n'a pas une espèce de gâteau au milieu de la table du Conseil des ministres où le président dit, moi, je prends la meilleure part, puis toi, tu prends la fève. Ce n'est pas du tout comme ça que ça se passe. On est une équipe avec, oui, un capitaine, un patron, un meneur de jeu, une première ministre qui, elle aussi, je peux vous dire, sur la planification écologique, Elisabeth Borne, elle nous réunit tous les mois, et on a intérêt à livrer, parce que sinon, évidemment, on se fait challenger.
Donc, il y a une équipe qui travaille, il y a un patron qui incarne, et souvent, c'est ce qui se passe, y compris dans des entreprises, le patron, il incarne.
Mais toutes ces bonnes nouvelles, j'ai l'impression que ça calme la colère en France en ce moment ?
Moi, je pense que oui. Je pense qu'aujourd'hui, la vraie France, elle est en train de réaliser que ça ne va pas si mal, qu'on se projette vers l'avant, et qu'on a intérêt à le faire.
C'est quoi la vraie France ?
C'est, moi, la France que je rencontre dans les usines. Quand je vais dans les usines, souvent, il y a 30 ou 40 syndicalistes à l'entrée, quelques casseroles, on discute, on est d'accord pour ne pas être d'accord sur les retraites, et après, je rentre dans l'usine, je retrouve les mêmes. Et là, je peux vous dire qu'ils sont attachés à l'outil de travail, attachés à leur usine. Quand Duralex démarre, tous les salariés d'usine, ils ont la banane, et je le comprends, parce qu'ils ont eu peur que leur entreprise ferme. Et ça, on est tous alignés là-dessus. L'actionnaire, le patron, le ministre, et tous les ouvriers.
Roland Lescure, les ennuis de l'équipementier Valdune, près de Valenciennes, dernier fabricant français de roues et d'essieu pour les trains. L'actionnaire chinois ne veut plus injecter un seul euro. Vous souhaitez prendre le temps de retrouver un repreneur. Y a-t-il, ce matin, un investisseur, désinvestisseur déclaré ?
Non, c'est trop tôt. J'ai rencontré l'actionnaire mercredi. Ils ont annoncé le fait qu'il se retirait vendredi dernier. J'ai rencontré les organisations syndicales jeudi. Ma priorité à court terme, déjà, c'est que l'actionnaire continue à faire vivre l'entreprise jusqu'à la fin de l'année. Donc, il y a des enjeux de liquidité, comme on dit. Il faut que ça tourne, il faut qu'on paye les salaires. Et nous, on va profiter de cette période pour chercher un repreneur. Évidemment, on va tout faire pour en trouver un. Ça prend du temps, ces choses-là.
Cela dit, la SNCF ne passe plus commande. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est très peu, beaucoup moins qu'avant. Il y a un marché encore pour les roues et les essieux ?
Il y a un marché pour les roues et les essieux. Il faut qu'on soit compétitif. Donc, il y a un enjeu d'investissement. Il y a une forge chez Val d'une qui date de 1950. C'est vrai qu'elle n'est plus tout à fait au standard de marché. Donc, il y a un défi d'investissement. Donc, il faut qu'on trouve... On l'a fait pour Carline. Vous savez, les poches à perfusion à Tourcoing.
Mais donc, c'est possible à Val d'une de trouver un repreneur ?
Mais bien sûr que c'est possible. Est-ce qu'on va y arriver ? Je ne peux pas vous le dire aujourd'hui, mais en tout cas, je peux vous dire qu'on va tout faire pour.
Et les salariés disent que les Chinois ne sont venus chez Val d'une que pour prendre le savoir-faire français.
Ça fait 10 ans qu'ils sont là. Ils ont investi plus de 100 millions d'euros. Je regrette qu'ils partent, soyons clairs. Avec les brevets ? Avec les brevets des roues à TGV. Aujourd'hui, on en fait partout dans le monde. Donc, ce n'est plus tout à fait ce que c'était il y a 15 ou il y a 20 ans.
Merci beaucoup, Roland Lescure, d'être venu parler ce matin et de nous éclairer sur la politique du gouvernement. Merci et bonne journée.
Roland Lescure