Israël/Palestine: l'interview d'Alain Finkielkraut en intégralité
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- 0:00OuverteRéponse directe
La France tient-elle son rang depuis le massacre du Hamas en Israël, 7 octobre ?
- 3:03OuverteRéponse directe
Vous y croyez ? Peut-on encore croire à la paix dans cette région ?
- 4:57RelanceRéponse partielle
À l'Afrique El Crote, il y a aussi l'opinion publique arabe qui a applaudi l'attentat du Hamas.
- 6:15OuverteRéponse directe
Et en France, alors, est-ce que vous craignez l'importation du conflit ? Ça a peut-être déjà été le cas.
- 6:33OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes aussi sévère que cela avec le leader de la France insoumise ?
- 8:11RelanceRéponse directe
Donc, il n'y a pas de conviction. C'est uniquement un calcul politique. C'est aussi cynique que ça.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:22Invité politiqueFait
« Je pense que les initiatives et les propos d'Emmanuel Macron sont très justes. »
- 0:48Invité politiqueFait
« Ce n'est pas une conséquence, c'est un ennemi, c'est notre ennemi, et c'est l'ennemi aussi de la cause palestinienne. »
- 1:46Invité politiqueFait
« Moi, je m'oppose très fermement, depuis toujours, à la colonisation rampante de la Cisjordanie. »
- 2:21Invité politiqueFait
« Mais surtout, on peut même dire que le Hamas répond à la décolonisation de son territoire par la terreur. »
- 3:23Invité politiqueFait
« L'autorité est corrompue. »
- 3:30Invité politiqueFait
« Le président Abbas, Abou Mazen, il a perdu les élections en 2006. »
- 7:08Invité politiqueFait
« Gaza n'est pas un territoire occupé. »
- 7:12Invité politiqueFait
« Il n'y a pas d'apartheid à Gaza. »
- 7:15Invité politiqueFait
« Il n'y a pas de colonie israélienne à Gaza. »
- 8:37Invité politiqueFait
« Un antisémitisme antiraciste. »
- 9:06Invité politiqueChiffre
« Il y a des actes antisémites, quand même, qui sont plus importants depuis le 7 octobre. »
- 10:21Invité politiqueFait
« À la différence de ce que fait Israël, sans prévenir les civils, parce qu'il y a un préavis de la part d'Israël. »
- 10:56Invité politiqueFait
« Ce n'est absolument pas un massacre. »
- 14:08Invité politiqueFait
« Avec le Hamas, nous avons affaire à quelque chose comme Daesh. »
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La France tient-elle son rang depuis le massacre du Hamas en Israël, 7 octobre ?
Oui, bien sûr. Je pense que les initiatives et les propos d'Emmanuel Macron sont très justes. Il est bon parce que, si vous voulez, il désigne le Hamas très clairement comme un ennemi, en proposant d'élargir la coalition, même s'il a précisé ce qu'il entendait. Et c'est très important, parce qu'on a tendance, ici ou là, et même à l'ONU, à considérer le Hamas en quelque sorte comme une conséquence. Même ces attentats ont une conséquence de la politique israélienne de colonisation. On l'a beaucoup entendu, ça. Ce n'est pas une conséquence, c'est un ennemi, c'est notre ennemi, et c'est l'ennemi aussi de la cause palestinienne.
Il est bon qu'ils le disent, mais justement, arrêtons-nous à cet effort de contextualisation. Tout le monde dit, voilà, c'est horrible, c'est des atrocités, etc. Mais contextualisons-moi, je veux bien contextualiser, mais pas comme ça. La contextualisation dont on nous parle est, si vous voulez, indécente, puisqu'elle fait presque porter la responsabilité de ce qu'Israël subit à Israël même, et en même temps, elle est fausse, parce qu'on nous dit que c'est une politique de colonisation terrible, qui pousse les Palestiniens au désespoir. Moi, je m'oppose très fermement, depuis toujours, à la colonisation rampante de la Cisjordanie.
Et ça fait 40 ans même que je plaide pour une autre politique. Mais voyons les choses d'un peu plus loin. Israël, pays expansionniste, s'est retiré du Sinaï. Israël s'est retiré de Gaza. Israël s'est retiré du Sud-Liban. Drôle d'expansionnisme. Mais surtout, on peut même dire que le Hamas répond à la décolonisation de son territoire par la terreur. Et cette terreur, elle a visé d'abord des kibbutz, c'est-à-dire les hauts lieux de la gauche israélienne. Donc on est là, non pas dans une forme de résistance, mais dans une volonté très claire d'extermination. Et c'est pour ces raisons aussi que je suis très inquiet. Oui, il faut relancer le processus de paix.
Vous y croyez ? Peut-on encore croire à la paix dans cette région ?
Eh bien, il faut essayer d'y croire. Mais Emmanuel Macron nous dit que le Hamas ne représente pas la cause païsinelle. Parlons à l'autorité palestinienne. Qui est très décriée aussi. L'autorité est corrompue. Et s'il est corrompu, ce n'est pas la faute d'Israël. C'est un négationniste. Et en outre... Le président Abbas. Le président Abbas, Abou Mazen, il a perdu les élections en 2006. Depuis lors, il n'y a plus aucun processus électoral. Donc tout laisse à penser que le Hamas, aux prochaines séances, prendrait le pouvoir en Cisjordanie. Comment voulez-vous que les Israéliens, même épris de paix, veuillent céder la Cisjordanie aujourd'hui ?
Parce que c'est le pays tout entier qui serait à portée de pogroms et de domiciles. Mais donc, on est dans une situation véritablement tragique. La séparation entre les deux peuples s'impose. Et elle est aujourd'hui rendue impossible, notamment par le Hamas. On dit qu'il faut faire un geste pour les Palestiniens. Mais j'aimerais que le jour vienne où les Palestiniens feront un geste pour les Palestiniens. Les Palestiniens eux-mêmes. Arafat a négocié à Camp David. Ehud Barak lui a cédé 90% de la Cisjordanie. Jérusalem-Est pour capitale de l'État palestinien. Il a dit non. Il a été accueilli pour ce nom en héros ou à Gaza. Abou Mazen, Mahmoud Abbas a négocié avec Ehud El Mert en 2008.
Même scénario. Il a dit non. Il a dit non parce qu'effectivement, il avait l'impression que les Palestiniens voulaient autre chose. Le droit au retour des réfugiés notamment. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Oui mais à l'Afrique El Crote, il y a aussi l'opinion publique arabe qui a applaudi l'attentat du Hamas. Qui a applaudi l'attentat.
Partout, on a vu des manifestations. Oui. Et ça aussi, ça fait terriblement pleurs, cette rue arabe. Là, j'ai lu un texte de Kamel Daoud, vous savez, dans Le Point il y a quelque temps. Il se disait, mais au lieu, s'il voulait, de se mobiliser pour construire un pays, pour même libérer leur croyance religieuse du fanatisme, il ne trouve rien de mieux à faire que de se mobiliser sur un mode imaginaire pour la cause palestinienne. à Casablanca, à Bagdad, à Tunis. Mais pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi ne s'occupent pas de leur propre nation ? Mais c'est un événement terrible, si vous voulez. Il faut aussi s'interroger de la situation.
Il ne faut pas flatter la rue arabe dans les réflexes qu'elle a. Il faut la renvoyer à la situation qui est aujourd'hui la sienne, et exiger de l'opinion publique arabe qu'elle se préoccupe d'abord de ce qui se passe chez elle.
Dans son pays. Et en France, alors, est-ce que vous craignez l'importation du conflit ? Ça a peut-être déjà été le cas. Il y a eu un tout d'un débat avec la France insoumise, qui refusait de qualifier le ramasse de mouvements terroristes. On l'accuse même Jean-Luc Mélenchon de tenir des propos antisémites. Est-ce que vous êtes aussi sévère que cela avec le leader de la France insoumise ?
Alors, je dirais un mot sur ce qu'on appelle l'importation du conflit. La France insoumise a dit que les attaques de l'offensive armée des forces palestiniennes menées par le Hamas se faisaient dans un contexte d'insensification de la politique d'éducation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Donc, ce n'est même pas renvoyer dos à dos. C'est dire que tout procède de la politique israélienne. Je répète que Gaza n'est pas un territoire occupé. Ce n'est pas vrai. Il n'y a pas d'apartheid à Gaza. Il n'y a pas de colonie israélienne à Gaza. Il n'y a pas de colonie israélienne. Elles ont été démontlées. Actuellement, c'est une erreur. Et ça a été très difficile.
Et d'ailleurs, le parti, le pire d'Israël, Force juive, celui d'Islamar Bien-de-Vir, est né en réaction à ce démantèlement. Tellement, ça avait traumatisé une partie de la nation israélienne. Donc, voilà. Et le problème, évidemment, de la France insoumise, c'est, et je ne suis pas le premier à le dire, c'est d'abord l'électoralisme. Ils ont fait carton plein en Seine-Saint-Denis. Et ils se disent qu'avec l'immigration, il y aura de plus en plus de Seine-Saint-Denis en France. Et un jour, ils arriveront au pouvoir. C'est seulement ce calcul cynique, en fait. Ils spéculent sur ce nouveau peuple. Et ils se disent que la judéophobie y est très répandue.
Et donc, ils accompagnent cyniquement ce processus mortifère.
Donc, il n'y a pas de conviction. C'est uniquement un calcul politique. C'est aussi cynique que ça.
Alors, vous avez raison. Il y a aussi une conviction qui est l'antisionisme, l'anticolonialisme. C'est-à-dire antisionisme, sionisme égale racisme. Voilà ce qu'on pense à la France insoumise. Et ainsi surgit aujourd'hui une modalité inédite de l'antisémitisme. Un antisémitisme antiraciste. Donc, inculpabilisable. Nous, on est contre le racisme dont témoigneraient les Israéliens, les Juifs d'Israël. Voilà. Donc, ce n'est pas seulement un calcul. C'est aussi une conviction. Mais une conviction aussi détestable que le calcul lui-même. Quant à l'importation du conflit. Pas du tout. Il n'y a pas de conflit. Les Juifs de France ne se battent pas aujourd'hui contre la communauté musulmane.
Il y a des actes antisémites, quand même, qui sont plus importants depuis le 7 octobre. Il y a sous couleur de la solidarité, sous le glorieux étendard de la solidarité avec la Palestine, un déchaînement en France de la nouvelle haine anti-Juive. C'est une nouvelle, parce qu'elle n'a rien à voir avec Maurras, avec Barès, ni a fortiori avec Hitler. C'est un autre support. C'est autre chose. Et ce qui accompagne cette autre chose, ce n'est pas l'extrême droite, c'est une partie de l'extrême gauche.
Et je suis très inquiet, parce que nous sommes au début de cette guerre, parce que l'offensive terrestre risque d'arriver, et parce que plus il y aura de victimes dans cette guerre, plus on accusera Israël des pires turpitudes, on part dès aujourd'hui de massacres. Mais ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. Je veux dire, toutes... Quand la coalition internationale, dont parle Macron, a fait la guerre à Daesh, elle a largué les bombes. Et des civils sont morts. Forcément. Et à la différence de ce que fait Israël, sans prévenir les civils, parce qu'il y a un préavis de la part d'Israël, puisque le ramasse lui-même a dit, quand il n'y aura pas de préavis, on va éliminer un otage.
Ça veut dire qu'il y a un préavis. Ça veut dire aussi que les Israéliens ont demandé, on le sait, ont demandé à une partie de la population palaisienne de quitter le nord de Gaza.
Il y a quand même des civils qui sont tués à Gaza.
Mais il y a aussi des civils qui meurent. Il faut se méfier des chiffres fournis par le ramasse. Mais c'est vrai. Simplement, ce n'est absolument pas un massacre.
D'accord. Mais je ne sais pas si vous avez entendu la reine Rania de Jordanie, qui a pris la parole pour condamner, justement, le silence assourdissant des pays occidentaux après les bombardements d'Israël à Gaza. Elle dit qu'on a condamné, elle condamne bien sûr, les attentats du 7 octobre. Mais elle dit, aujourd'hui, pourquoi les Occidentaux ne condamnent pas les civils tués à Gaza ? En fait, il y a deux poids, deux mesures, selon elle.
D'abord, on n'a entendu personne, et pas elle non plus, dans le monde arabe, et surtout dans l'arabe, condamner les atrocités. Elle les condamne, elle. Oui, elle les condamne, mais elle doute qu'il y ait eu des décapitations. Et surtout, dès qu'elle les condamne, elle dit que cet enchaînement de violences, ce déchaînement de violences, vient des violations répétées du droit international par Israël. Donc, toujours, Israël est à l'origine même de ce qui lui arrive. Et premièrement, deuxièmement, en Occident, les protestations contre les bombardements israéliens à Gaza se font entendre. Il y a de plus en plus de manifestations dans les rues européennes, dans les campus américains.
Les Occidentaux en appellent à un respect du droit humanitaire. Mais je n'aime pas l'expression deux poids, deux mesures, parce que ces deux réalités ne sont pas du même ordre. Et j'ajoute que le Hamas n'a jamais combattu l'armée israélienne. Et eux-mêmes, aujourd'hui, se réfugient dans les mosquées, dans les écoles. C'est de là qu'ils lancent leurs requêtes. C'est là aussi qu'ils stockent leurs armes. Donc, il est vrai que pour eux, les Palestiniens habitant Gaza sont un bouclier humain. C'est une réalité dont il faut tenir compte.
Une dernière question. L'attaque terrestre n'a pas commencé. Le conflit peut durer. Vous n'avez pas peur qu'à un moment donné, finalement, on n'ait plus le souvenir du massacre du 7 octobre, mais qu'on voit, jour après jour, les dégâts causés par la guerre menée par Tsaal, et que l'attaqué devienne l'attaquant qu'il faudra condamner ?
Mais je pense qu'une partie de l'opinion est déjà en train de se retourner. Oui, je crois, je crois, oui. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que j'ai très peur des retombées en France de ce qui se passe aujourd'hui en Israël. Les actes antisémites se multiplient, et on n'est pas à l'abri d'attaques plus violentes encore. Je n'ai que des raisons de m'inquiéter aujourd'hui. Simplement, il faut le dire, avec le Hamas, nous avons affaire à quelque chose comme Daesh, et la coalition internationale ne s'est embarrassée d'aucun scrupule pour essayer de détruire l'État islamique. J'appelle l'armée israélienne à faire preuve, elle, de prudence et de scrupule dans un contexte particulièrement difficile.
Mais il faut éradiquer le Hamas ? Je le répète, je l'ai dit, le Hamas assassine la cause palestinienne. Si on peut avoir un espoir à long terme, c'est effectivement que les Palestiniens soient débarrassés du Hamas et que surgisse enfin en Palestine un leader modéré, digne de ce nom, face aussi à un gouvernement israélien un peu plus ouvert. Et c'est une anecdote que celui de Benyamin Netanyahou. Merci d'avoir regardé cette vidéo !