DE VILLIERS : UN RÉACTIONNAIRE PAS SI FOU
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Chapitres
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« La France est peut-être en train de mourir, elle est en danger de mort. Nous ne pouvons pas accepter le “grand remplacement”, le remplacement d’une population par une autre, d’une civilisation par une autre. »
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« Vous avez dit que vous avez été soigné par Didier Raoult avec de l'hydroxychloroquine, mais du pastis ? »
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« Pour moi, l’avortement, c’est un crime. Il y a quinze ans on pouvait discuter, aujourd’hui les scientifiques sont unanimes. »
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« J'ai tout inventé. »
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« Le Covid a été créé par une élite mondialisée pour créer une humanité contrôlée par des intelligences artificielles. »
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« La Vendée, c'est un symbole. Depuis le 18e siècle, c'est une référence de la réaction française. »
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« De Villiers a financé avec de l'argent public cette école confessionnelle. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bon depuis le début de l’émission, on a eu Marchais, Chevènement, dont Zemmour disait du bien. Ensuite, on a eu Le Pen qui disait du bien de Zemmour, et là, on prend direct un soutien de Zemmour. Tu penses qu'on donne trop de visibilité à Zemmour ?
En même temps, dans le reste de Blast, il y a quoi ? Il y a Salomé Saqué qui invite des économistes qui veulent faire exploser l’euro, on a Paloma Moritz qui invite des gens sur le climat, “oui le climat, oui il fait chaud, on a vu, il n’y a plus de saison !” d’accord.
On a Denis Robert qui parle tout seul, on peut bien prendre un espace où on parle un peu de Zemmour, quoi. On devrait renommer notre émission : “Pourquoi tous les gens, dans nos vidéos, sont des fachos, sauf nous ?” Bah il y a des gens qui disent ça dans les commentaires.
Mesdames, messieurs, bienvenue. Aujourd'hui, nous allons vous parler d'un homme politique… Un facho. Un homme politique de droite, conservateur...
Un gros facho . Ouais, j'essaie de ne pas trop caricaturer notre propos mais c’est vrai, c'est un gros facho. En même temps, on vous l’a dit, il soutient Zemmour.
C’est parce qu’il est seul à avoir osé dire : “La France est peut-être en train de mourir, elle est en danger de mort. Nous ne pouvons pas accepter le “grand remplacement”, le remplacement d’une population par une autre, d’une civilisation par une autre.” Oui donc c'est un facho, et ces derniers temps ça a aussi été un des principaux pourvoyeurs de fausses infos et de théories du complot sur la crise sanitaire.
C'est le genre de gars à qui Raoult a pu faire avaler n'importe quoi, dont du pastis. Vous avez eu le covid ? Oui.
Vous avez dit que vous avez été soigné par Didier Raoult avec de l'hydroxychloroquine, mais du pastis ? Vous êtes sérieux ? Oui.
C’est à dire que…mais d’abord, vous êtes allé à Marseille ou vous avez échangé avec lui au téléphone ? On a échangé au téléphone. Et il vous a dit de prendre du pastis ?
Parce que ça, je n’ai jamais entendu ça. Tu te rends compte, même Pascal Praud le trouve bête. De toute façon, c’est une image que De Villiers se trimbale depuis quand même assez longtemps.
Vous vous souvenez, à l'époque des Guignols déjà, c’était le bigot fanatique un peu débile. Vous vous souvenez peut-être du sketch avec les “poraux.” Ah !
Pervers pépère rentre chez lui fouetter son jeune Adonys avant de l’oindre d’huile de monoï. Puis il l’obligera à lécher son corps flétri. Ah, monde de dégénérés.
Et lui ! Des “poraux”, Jésus Marie Joseph, des “poraux” qu’il va se mettre partout devant sa glace en se flagellant avec les fanes. Mais j’ai honte de cette France de tarés.
Il a un profil évidemment assez proche de celui de Christine Boutin : Catho tradi, homophobe, anti-avortement… D'ailleurs, il était allié avec elle au sein de la droite du début des années 90. Pour moi, l’avortement, c’est un crime. Il y a quinze ans on pouvait discuter, aujourd’hui les scientifiques sont unanimes.
Le Comité national d’éthique dit : “personne humaine potentielle”. Pour moi c’est une régression, comme le disait le cardinal Lustiger il y a quinze jours : “Une régression présentée comme un progrès.” Pour moi c’est un drame, pour l’enfant, pour la mère, pour la société.
Mais qui aurait pu penser qu'on les retrouverait tous les deux soutiens d'Éric Zemmour 30 ans plus tard ? Bah tout le monde. Enfin, c'est facile quoi.
Oui c’est logique. Et en même temps, Zemmour récupère tous les parias et les marginaux de la droite. Il récupère les pires tocards, tous ceux qui auraient pu, tout simplement, se retirer de la vie politique et puis mourir un jour dans leur circonscription, avec un petit entrefilet dans la presse régionale.
Bah non, grâce à Zemmour, on les revoit à la télé. En vrai De Villiers, il s'était un peu retiré de la vie politique mais, en vrai, pas tout à fait. On en entend toujours parler notamment parce qu'il sort plein de bouquins.
Ça c’est l'”astuce bouquins”. Tu sors un bouquin, du coup on t’invite, voilà, on te voit à la télé et puis tu es là, tu peux donner ton avis sur Macron, le monde, sur l’islam qui islamise tout. C'est un peu la méthode Chevènement, sauf qu’à la différence de Chevènement, de Villiers, ses bouquins, il en vend plein.
Quand je parlais de l’islamisation de la France avec les mosquées de Roissy, qu’est-ce que je me suis pris ! Dans le public, des curieux, mais aussi un cadre du Front National qui observe. Le discours de Philippe de Villiers séduit.
Son livre est un best seller, 220 000 exemplaires vendus. L’ancien homme politique est devenu un écrivain à succès. Donc ça c'était en 2016, mais il a sorti pas mal de trucs depuis, toujours avec des titres qu'on pourrait qualifier de “putaclic pour livre”.
Le genre de truc qu’on trouve dans les gares, dans les Relay, vous savez, entre les Marc Levy et les Pringles. “J'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu.” “Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au nouveau monde.” “Les cloches sonneront-elles encore demain ?” “Je voulais planter des “poreaux”, ils avaient planté des minarets.” Bon, le dernier tu l'as inventé.
Oui, mais je suis sûr que tu mets ça à la Fnac, t'en vends 200 000. Bon, en tout cas, nous, on a celui-ci : “Le moment est venu de dire ce que j'ai vu”. C’est délicieux, c’est bourré de dialogues, d’anecdotes.
On va vous en faire une, on va faire l’histoire avec Chirac. Allez ouais ok. Nous sommes dans les années 80, à un grand dîner avec de Villiers et des dirigeants européens.
Alors y a Kohl, y a Thatcher, Mitterrand et Chirac. Pendant la discussion, les convives décident de citer leur date favorite : Kohl et Thatcher le font, puis Mitterrand prend la parole. Chirac n'a encore rien dit, il prend un air stratosphérique et inspiré.
Il est à ses libations, les yeux dans sa bière. Mitterrand se tourne vers lui : Alors il lève sa pinte avec fierté, c'était une manière de dire : “Je m'en fous”. C'est marrant comme anecdote !
Et puis en plus avec les imitations et tout, ça a de la gueule, quoi. Par contre, la totalité de cette histoire est fausse. Comment ?
De Villiers aurait affabulé ? Oui, c'est un gros mytho cette histoire, il a même dit lors d'un dîner, très fier de lui : “J'ai tout inventé”. On a trouvé ça dans cet article de l'Express.
Oui parce que le type ment tellement que l'Express a fait une enquête en deux parties juste sur ses mythos. Et encore aujourd'hui, il raconte n'importe quoi : l'article mentionne son ouvrage “Le jour d'après” sorti en 2021, dans lequel il relaie des théories complotistes sur la crise sanitaire. Il va expliquer que le Covid a été créé par une élite mondialisée pour créer une humanité contrôlée par des intelligences artificielles.
Et à nouveau, dans ce bouquin, il va inventer des conversations. En tout cas, c'est ce que sous-entend l'article de l'Express : “Son dernier livre fourmille ainsi de récits et dialogues croustillants, faisant intervenir des politiques comme Jacques Chirac et Michel Rocard, ou des intellectuels comme Max Gallo et Maurice Allais, des éminences qui lui donnent toutes raison. Seul problème : tous sont morts, et ces propos tenus sans témoins sont invérifiables.” Bon, il ne ment pas pour rien, Philippe de Villiers.
Quand il raconte toutes ces balivernes, c'est en fait pour soutenir un propos. Bah oui, par exemple, l’anecdote sur Chirac, c'est pour sous-entendre que Chirac ne s'intéresse pas à l'histoire de France, et donc que, quelque part, il n'aime pas la France. Plus loin, il souligne l'intérêt de Chirac pour l'art asiatique, histoire de nous vendre l’idée d’un Chirac mondialiste, déraciné, qui ne respecte même pas son pays.
Donc, quand on connaît sa propension à déformer, enjoliver ou même inventer, ça devient difficile d'accorder du crédit à ce qu'il raconte. Et nous, ça nous pose problème pour l'écriture. Qu'est-ce qu'on croit, si on doit se méfier de tout ce qu'il écrit ?
En plus, il n’y a pas de livre d'enquête sérieuse sur lui. En tout cas, on n’en a pas trouvé. On a trouvé ça “Le mystère Villiers”, c’est écrit par un mec, un journaliste qui a bossé pour Valeurs Actuelles.
Le problème, c’est que le gars est fan de de Villiers, manifestement, et lui-même reprend toutes les anecdotes de de Villiers au premier degré sans les remettre en question. Bon, ben voilà, Donc c’est encore pire, c’est une source de seconde main. Ouais au moins sur Chevènement, on avait des chercheurs qui avaient écrit un livre, on avait des documentaires.
Mais là, sur de Villiers, rien, ou presque rien. C’est pour ça qu’on va se baser surtout sur des images d’archives. On va essayer de prendre ça au sérieux, on ne va pas partir du principe que c’est juste un débile.
Peut être que le manque de littérature sur Philippe de Villiers s'explique par son manque d'envergure politique. Contrairement aux personnes dont nous vous avons déjà parlé dans les épisodes précédents, de Villiers n'a jamais été chef d'un parti important et il n'a jamais été un ministre de premier plan. Cet énarque a accédé à la scène nationale en 1986 quand le ministre de la Culture de l'époque, François Léotard, l'a nommé secrétaire d'État, pendant le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac.
Je l’ai appris à la gare Montparnasse, je partais aux États-Unis pour faire tout autre chose que de la politique. Quelqu’un m’a arrêté, et j’ai entendu la phrase : “Il faut aller immédiatement rue de Villersexel”. Alors je dis : “Mais pourquoi ?
Quelle est cette rue ?” “Parce que vous êtes secrétaire d’État. C’est François Léotard qui vous a choisi.” J’ai tout de suite pensé à Philippe de Villiers.
Je l’avais rencontré auparavant, plus d’un an auparavant. Nous avions parlé, j’avais été transporté par ce qu’il m'avait dit. Je trouvais qu’il avait une conception de la vie culturelle, de l’animation, de la vie associative, formidable.
Ah mais je le connais lui, il a été condamné dans l'affaire Karachi ! Oui. Ah bah ça, c'est la droite.
Quand ils sont au gouvernement, ils construisent des prisons et quand ils sont à la retraite, ils les testent. C’est beau, cette implication. Et là, la question qu'on peut se poser, c'est : pourquoi Léotard est allé chercher le Vicomte Philippe Marie Jean Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon pour un poste à la culture ?
Normalement, de Philippe de Villiers, vous devez au moins connaître le Puy du fou. Vous connaissez le Puy du fou ? Bon, vous connaissez, hein, les chevaliers, les explosions, les “chevals”, les méchants révolutionnaires contre les gentils paysans vendéens...
Ça en jette, mais ça n’a pas toujours eu cette gueule-là. À 60 kilomètres de Nantes, en plein coeur du haut bocage vendéen, rejoignons au pied de son étrange château, un homme qui sait merveilleusement faire revivre au creux de murailles lézardées par les siècles et les guerres, un souvenir impressionniste du passé et du patrimoine de la Vendée. Avec un merveilleux don de soi-même et l’aide totale et bénévole de toute la population des onze communes environnantes, Philippe de Villiers assure pour une deuxième saison d’été consécutive, le succès de son spectacle d’art et d’histoire intitulé “Ce soir la Vendée”.
Ce qu'il faut savoir, c'est que ce spectacle, c’est vraiment son œuvre. À l’époque, le gars, il l’a écrit, il l’a mis en scène, il a mis ses bottes, il a fait le tour de tous les villages pour demander aux bonnes gens de travailler pour lui gratuitement. Bah ça reste la droite… Ah bah y'a un business model, on y reviendra.
Mais il faut avoir en tête que de Villiers, il a vraiment beaucoup investi, il s’occupait de tout là-dedans au début. Qu’est-ce que vous faites, là ? Là, on fait des fusils.
C’est Philippe de Villiers, un soir de répétition qui nous a vus avec des fusils qui ne pétaient pas, il nous a simplement dit : “Chambroteaux, faut que vous fassiez des fusils qui pètent.” Alors, on s’est mis tous ensemble, toute l’équipe de Chambroteaux et on a fabriqué des fusils, effectivement maintenant, qui pètent. Ah oui t'as raison, c'est un génie, c’est un visionnaire, parce que le gars, il voit des fusils qui ne pètent pas, et il se dit : ‘Il faut que ça pète.” Voilà.
Résultat : aujourd'hui, tous les fusils pètent. Son engagement va encore plus loin, il a même appris à cracher le feu. Ce n’est pas normal.
On vous rappelle que c’est un énarque. Un énarque qui crache du feu, qui fait le tour des villages pour habiller les vieux en Moyen-âge, c’est bizarre, ce n’est pas normal. Et ce mec-là, quand des gens de droite le reçoivent, ils doivent se dire : “Soit c’est un génie, soit c’est un con.” C'est d'ailleurs ce qui a dû se passer dans la tête de Giscard en 1979, quand il a reçu de Villiers dans son bureau pour lui proposer un poste.
Le Vicomte raconte cette anecdote dans son livre. Oui, c'est dans son bouquin, Ne vous occupez pas de savoir si c'est vrai, si c’est faux, laissez-vous porter par le récit. C’est comme au Puy du Fou. “Valéry Giscard d'Estaing est là, en face de moi.
Il me regarde avec son œil de colin froid et, pour ajouter à mon embarras de menu fretin, il mâchonne et savoure sa première question comme un barbon chuintant du bec : Bon, c'est n'importe quoi. Oui c'est n'importe quoi, mais il a quand même créé un truc avec le Puy du Fou. Oui, de Villiers, s’il passe pour un idiot, c’est qu’à l’époque il a fait un pari qui semble absurde pour la droite, il a parié sur la culture.
Alors que la culture, c'est de gauche, et particulièrement à l'époque. Dans les années 70 déjà, et encore plus dans les années 80 avec l'arrivée des socialistes au pouvoir, la culture, c'est grave de gauche, plus qu'aujourd'hui. Les acteurs du monde de la culture sont de gauche, ceux qui subventionnent la culture, c'est la gauche.
Bref, c'est la période d'une certaine hégémonie culturelle de la gauche, même le public est de gauche. Non mais alors, si même le public est de gauche, on ne va pas s’en sortir. On est en plein dans les années Jack Lang, depuis 1981.
C'est un moment où la gauche va surinvestir le monde de la culture. Oui, et particulièrement après le tournant de la rigueur de 1983, on ne peut plus faire du social, alors on va se rabattre sur les politiques culturelles. Jack Lang obtiendra même le doublement du budget du ministère de la Culture, en plein tournant de la rigueur.
Pour les socialistes, à cette époque, les politiques culturelles, c'est aussi un moyen de faire oublier l'inflation, le chômage. Le pays est morose, alors autant organiser de petites fêtes. C'est comme ça qu’est née la fête de la musique.
Est-ce bien le moment d’organiser des fêtes ? Je crois que si on veut gagner les batailles contre la dépression, contre le chômage, pour la réanimation économique du pays, il faut avoir confiance en soi-même. Un pays morose, un pays déprimé, ce n’est pas un pays qui gagne les batailles économiques.
À cette époque, Jack Lang va célébrer l'art sous toutes ses formes : l'art amateur, les arts urbains, les arts populaires, le hip hop, la techno, la mode et même la pub. La créativité sous toutes ses formes est encouragée par le pouvoir socialiste, elle est subventionnée. La culture, c'est la gauche et la gauche, c'est la culture.
C'est ça qu'on appelle l'hégémonie culturelle de la gauche, et à cette époque-là, même les gens de droite ont laissé tomber. Oui, à cette époque, eux, ils sont à fond dans le marché, la bourse, les costards trop grands, le fric. Ils découvrent le management à l'américaine, ça les passionne.
Et pendant le temps-là, au Puy du Fou, y'en a un qui rode son nouveau spectacle, Jacques Maupillier, paysan vendéen. Ca s’appelle “Jacques Maupillier, paysan vendéen”. Jacques Maupillier a vécu au Puy du Fou, ce que je veux, c’est raconter fidèlement, avec les fantaisies d’un scénario et d’une mise en scène, comme dans toute création, je veux raconter fidèlement ce qu’a été l’histoire de cette famille Maupillier.
Bon alors pourquoi la Vendée ? Pourquoi cette fixette sur la Vendée ? Tu connais l’histoire de la Vendée ?
Oui, le Mont-Saint-Michel, la culture de la betterave… La puissance du port du Havre… Tu ne connais pas du tout la Vendée en fait. Pas trop. La Vendée, une terre de liberté, une terre de contrastes, entre tradition, modernité, mais quand même pas mal tradition.
Une terre brûlée, au vent, des landes de pierre, une terre contre-révolutionnaire surtout. Les Vendéens, les Chouans comme on dit, c'est ceux qui ont résisté à la révolution française. Ils se battaient contre la République pour défendre l'église catholique, pour le retour du roi, les deux tours, la communauté de l'Hermenault.
La communauté de quoi ? De l’Hermenault. C'est un bled en Vendée.
Bah si, quand tu vas de Fontenay-le-Comte à la Roche-sur-Yon, tu prends la D148, avant Pouille, t'as Petosse, et au rond point, tu as le “panier de Camille”, tu sais, qui fait de la vente directe, Là, tu prends à droite et c'est l'Hermenault. Ah ouais, moi je serais passé par Pissote en fait. Mais ça rallonge, Pissote.
Tout ça pour vous dire que la Vendée, c'est un symbole. Depuis le 18e siècle, c'est une référence de la réaction française et plus largement du mouvement contre-révolutionnaire. Tous les idéologues de cette école de pensée ont essayé de populariser la thèse d'un génocide vendéen, qui nous dresserait le portrait d'une France révolutionnaire cruelle, violente, qui se serait imposée contre les populations, des familles de gentils paysans attachés à leur curé, à leur seigneur, qui ont vu débarquer un jour des révolutionnaires parisiens assoiffés de sang et qui se sont donc fait massacrer par la République de Robespierre.
Voilà c’est ça, le génocide vendéen. Et le spectacle sur les Maupillier au Puy-du-fou, il met une de ces familles en scène. Jacques Maupillier, c'est un paysan, un homme du peuple, qui a pris les armes pour défendre la Vendée.
Donc, de Villiers, au moment où la gauche est hégémonique, essaie de réactiver un vieux discours contre-révolutionnaire qui était pourtant tombé en désuétude. C'est vraiment une histoire qui faisait partie du folklore de la droite et de la réaction. C'est n’est donc pas un hasard si Zemmour lui-même s'est rendu aux Sables d’Olonne en Vendée pour lui-même reprendre le fil de ces récits contre-révolutionnaires et anti-républicains.
Et en plus, y a tout un lore sur la Vendée, toute une histoire qui plaît à l’extrême droite avec des généraux, des chevaliers, des nobles et tout quoi. C’est bien simple, la Vendée, c’est un panthéon de géants et de héros. Voilà.
Voilà qui pourrait nourrir notre cinéma français en récits épiques, si celui-ci daignait s’intéresser un peu plus à l’histoire de France, au lieu de nous proposer des films d’auteur sur les migrants, vegans et transgenres. Voyez comment ce genre de récits peut être utilisé par l’extrême droite aujourd’hui. Et bah de Villiers, ça a été un pionnier là-dedans, en mettant en avant cette histoire, en lui donnant un second souffle alors qu’elle n’est pas du tout validée par les historiens, on pourrait même dire qu’elle est révisionniste, il va continuer à en faire le fond de commerce du Puy du Fou, et c’est toujours le cas aujourd’hui.
Vous comprenez mieux pourquoi c’est lui que Léotard a choisi pour venir au ministère de la Culture en 86. C’est un des rares à droite à oser se lancer dans la bataille culturelle contre la gauche. Et ça va même aller plus loin que ça.
Avec l’argent gagné grâce au Puy du Fou et au travail gratuit de ses bénévoles, de Villiers, il va investir parce que ce n’est pas seulement un saltimbanque, c’est aussi un entrepreneur, c’est un gars qui a une vision. Le spectacle du Puy du Fou réalise chaque année des bénéfices de plusieurs millions de francs. Les profits sont, pour une part, réinvestis sur place pour le spectacle et la rénovation du château, mais ils servent aussi à financer une multitude d’associations.
Ils ont permis en 1981 la création d’une radio locale, Alouette FM, aux Herbiers, une ville de 10 000 habitants. Une radio qui emploie 35 personnes. C’est la plus importante radio privée en région.
Pour l’avoir créée et dirigée, Philippe de Villiers connaît bien les problèmes de la FM et François Léotard lui a confié le dossier. À lui de mettre un peu d’ordre dans l’anarchie qui règne sur la modulation de fréquence. Notre principe, c’est que nous ne voulons pas jouer médias contre médias.
Nous voulons que tout le monde puisse vivre. Quand je dis “tout le monde”, c’est les réseaux bien sûr, les radios périphériques qui sont maintenant sur la FM, les radios décentralisées de Radio France, qui ont leur place aussi, et les radios communautaires et associatives. De Villiers est cohérent, il aime l'initiative privée, et il est farouchement anticommuniste donc il voit de l’État totalitaire partout.
Pour lui, la maison de la culture, les TNP, les MJC, c'est déjà trop d'État, c’est l'horreur, quasiment le stalinisme. Alors pour lui, Jack Lang qui subventionne tout et qui met son nez dans tous les vernissages, c'est effrayant. D'autant que la gauche fait la promotion d'une culture ouverte, le rock, le rap, le tag, c'est l'américanisation, c'est le mondialisme.
Or, c'est dans le local et dans les traditions qu'il s'agit pour Philippe de Villiers de faire vivre une culture authentiquement française, enracinée et farouche. Une culture qui résisterait à l'air du temps comme au pouvoir des socialo-mondialistes qui veulent dissoudre l'identité française et l'initiative privée. Radio, spectacle vivant, de Villiers sent qu'il a une marge de manœuvre dans son territoire et mine de rien, sa stratégie, un peu moquée à l'époque, est en fait plutôt bien pensée.
Bon, ça vient de ce livre-là, mais on n’a pas la date de la citation. Alors le bouquin est sorti en 2006, peut-être qu’il l’a dit à ce moment-là, mais ça aurait très bien pu être en 91. On n’en sait rien, il n’y a même pas de note de bas de page !
Je vous ai dit, c'est de la merde, ce bouquin. Mais, même si dans les années 80, il utilise tous les moyens modernes, Philippe de Villiers diffuse des idées d'arrière-garde. En France, on parle d'Europe, de mondialisation, de modernité, de l'an 2000 qui se rapproche, et lui, il raconte ses trucs avec des paysans crottés, des nobles sabres au clair et des coups de canon.
Seulement, on va arriver en 1989, et là, c'est le bicentenaire de la Révolution française, donc tout le monde va se mettre à parler de ça, de guillotine, de Robespierre… Les plateaux de Pivot vont se garnir d'historiens, et on aura même le droit à un retour des débats sur le retour de la monarchie. À ma droite, Stéphane Bern, journaliste à Jours de France, auteur de l’ouvrage “L’Europe des rois” aux éditions Lieux communs, et face à lui, Jean-Michel Blanquer, président de l’association pour la déclaration du 26 août 1789, vous nous direz dans un instant ce que cela signifie exactement. Stéphane Bern, est-ce bien raisonnable de dire en 1989, au moment où nous célébrons le bicentenaire de la Révolution : “Eh bien, la France mériterait un roi” ?
Et cette fois-ci, c'est à l'État de nous donner sa vision de la Révolution française. Et ce que va faire le pouvoir, c’est qu’il va faire comme de Villiers, il va organiser un gigantesque spectacle son et lumière. Sauf qu'entre-temps, Mitterrand a gagné la présidentielle de 88 et donc Léotard et son secrétaire d'état Philippe de Villiers ont été délogés du ministère de la Culture, qui est retombé entre les mains de Jack Lang, le multiculturel anti-France.
Les Champs-Elysées en révolution. Sur les deux kilomètres et demi de la plus prestigieuse avenue du monde et pendant plus de trois heures, le défilé de toutes les folies. Une gigantesque parade en douze tableaux vivants, 6000 artistes et figurants, pour la Marseillaise de Jean-Paul Goude.
Alors Jean-Paul Goude, c'est un artiste, graphiste, réalisateur qui est surtout connu pour avoir réalisé des pubs, mais aussi, donc, ce défilé. Rappelez-vous ce qu'on vous disait sur Jack Lang, qui voulait mélanger les arts, les cultures, art noble, art moins noble, et bah là, on donne ce défilé à un gars qui vient de la pub. C’est moderne.
C’est moderne, mais c’est aussi un peu n’importe quoi. Oui mais bon en même temps les années 80 c'est pas les années de la sobriété. Le moment le plus émouvant au crépuscule.
La Chine, un immense tambour encadré d'échafaudages de bambous accompagné par les étudiants chinois marchant vélo à la main au son du vent et des sonnettes. Les valseuses géantes avec leurs robes noires portant dans leurs bras des enfants de tous les continents. Ca, c’est vraiment la Révolution française, les tambours chinois, les danseuses géantes.
Non, on se moque un peu mais en vrai, les gens ont aimé. Par contre, ça a énervé les conservateurs, vous vous doutez bien, sur le fond comme sur la forme. Ca a été un grand moment de débats, de controverses et évidemment, Philippe de Villiers était très loquace.
Bah oui, dans le défilé, il n’y avait rien sur les Vendéens. Vous savez, les gentils paysans catholiques trucidés par les méchants bobos révolutionnaires de Saint-Germain-des-prés. On nous cache la mort pour ne pas gâcher la fête.
Mais, on ne cache rien du tout ! La difficulté de ces commémorations, c’est que ça a été une rupture, parce que, précisément, il a fallu imposer les idées nouvelles. Et ça a été terrible.
Donc, vous justifiez la Terreur. Mais non, je ne justifie pas la Terreur ! Simplement, moi, j’attache autant de compassion aux morts de la Terreur blanche, tués dans les prisons après Thermidor, qu'à ceux qui ont été tués dans les massacres de septembre.
Vous connaissez la phrase de Benjamin Constant : “A vouloir justifier l’injustifiable, on risque de donner des armes à ceux qui calomnient ce qui est légitime.” En 1989, de Villiers est enfin quelqu’un à droite. Inconnu quatre ans plus tôt, le Vendéen va maintenant essayer toute sa carrière de peser sur la ligne politique de la droite républicaine.
Pour aller vite, en 92, évidemment, il s’oppose au traité de Maastricht, il fait alliance avec Pasqua, notamment. Puis, arrive la présidentielle de 95. Il doit choisir entre Balladur et Chirac et, finalement, il se choisit lui-même, et se vautre, avec un score sous la barre des 5%.
Sauf en Vendée, bien sûr, où il arrive en tête devant tous les autres candidats. Dans son département, il va être réélu très régulièrement. Il va être plusieurs fois député, 22 ans conseiller général.
Voilà. C’est au niveau national que ce sera toujours compliqué pour lui. Bon, à partir de 95, par exemple, c’est Chirac.
Et bien, de Villiers, il n’aime pas Chirac. Bah oui, parce que Chirac, il n’est pas assez Français: il regarde du sumo à la télé, il collectionne les vases Ming et les arts premiers. C’est un agent du mondialisme, souvenez-vous !
Et Sarkozy non plus, il ne l’aime pas ! Sarkozy, il se fout de sa gueule en public même. Je voudrais que nous ayons une pensée, pour celui que nous avons appelé avec Charles Pasqua, tant il lui ressemble, le “lapin tambour Duracell”.
Il en a le dynamisme, il en a les gestes. “J’aime la politique ! J’aime la politique !” Mais on s’en fout que tu aimes la politique, nous on aime la France !
Oui, parce que Sarkozy, il n’aime pas la France non plus. C’est un mondialiste. Oui, c’est comme Marine le Pen.
Limite, il est de gauche, quoi. Mais oui, mais oui ! C’est un bordel dans leur tête… Il y a deux droites de gouvernement.
Il y a la droite américaine, euro-mondialiste, communautariste, celle de Nicolas Sarkozy. Et il y a la droite patriote, de gouvernement, la mienne. Quelle est la différence ?
Ben, il y en a deux au moins : Nicolas Sarkozy, il est pour le droit de vote des étrangers, il est pour le financement public des mosquées, il est pour la discrimination positive, qui consiste à accorder plus de droits aux étrangers qu’aux citoyens français. Bon, avec tout ça, vous vous doutez bien que de Villiers, il n’avait pas beaucoup de potes à droite. Ben ouais, depuis 95 jusqu’à nos jours, l’histoire de la droite au pouvoir, c’est soit Sarkozy, soit Chirac, soit les deux.
T’ajoutes à ça que le gars, il raconte des bobards, hein, on l’a vu, et, en plus, il est méchant ! C’est Sarkozy qui le dit dans “le temps des tempêtes”. Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy.
Oh, bonjour Nicolas Sarkozy ! Alors, de Villiers, on en pense quoi? Plus tard, il a essayé de faire ami-ami avec Macron.
Ils ont même visité le Puy du Fou ensemble. Mais, au final, les deux hommes ont fini par se brouiller. Moi, je crois que Macron, il l’a “ghosté” au bout d’un moment, quand il n’avait plus eu besoin de lui et que l’autre, du coup, il s’est vexé.
J’ai à vous dire que je ne suis pas socialiste. Je suis au gouvernement, d’un gouvernement de gauche. J’ai moi-même pris des initiatives politiques qui ne vous ont pas échappées, nous en avons parlé tout à l’heure.
Mais, je veux dire : quelle importance? Du coup maintenant de Villiers, il se retrouve chez Eric Zemmour. Il a quand même assez peu de chances de finir ministre de quoi que ce soit.
En fait, l'héritage de Philippe de Villiers, il est ailleurs. Si on l'a choisi pour ce portrait, c'est que mine de rien il a été précurseur, et c'est un influenceur de la droite. D'abord le plus évident, c’est le succès du Puy du Fou, le parc existe depuis plus de quarante ans, et malgré quelques polémiques, il ne désemplit pas.
Philippe de Villiers a osé remettre au goût du jour une culture réactionnaire alors que la gauche la pensait disparue, il a osé se lancer dans une bataille que la droite pensait perdue d'avance, cette bataille, c'est ce qu'on appellerait aujourd'hui la guerre culturelle. Et si aujourd'hui, cette vision de l'histoire révisionniste, contre-révolutionnaire, réactionnaire, on la retrouve un peu partout, c'est sans doute parce qu’il a contribué à la remettre au goût du jour. Ce récit, on le retrouve jusqu'à la télévision publique, avec les émissions de Stéphane Bern ou Franck Ferrand, qui n'évoquent la Révolution française que sous l'angle de la légende noire et de la Terreur et qui ne se privent pas d'en faire des caisses sur les guerres de Vendée.
Les récits que nous proposent ces deux animateurs ont beaucoup à voir avec la manière dont Philippe de Villiers a essayé de nous vendre son histoire de France. Et puis y en a qui ont essayé de reprendre son sens du spectacle, avec plus ou moins de succès, comme cette improbable comédie musicale sur Napoléon de Dimitri Casali. On va regarder ça, vous savez nous on adore Napoléon ici, donc on va se faire un petit kiff, attention c’est parti !
Les victoires d’Austerlitz, de Iéna, de Friedland, de Wagram, de la Moskowa, Hourra ! Hourra ! Hourra !
Oui, ensemble invincibles, de l’Atlantique jusqu’au Niémen. Le plus grand des capitaines… Mais de Villiers au niveau du soft power, ce n’est pas que le Puy du Fou, on le rappelle. Déjà la radio qu’il a créée existe toujours, elle est aujourd’hui dirigée par son frère Bernard.
Il a aussi créé une université, l’ICES, l’Institut Catholique d'Études Supérieures. Mediacités, en 2017, expliquait que c'était, je cite : “La pouponnière de la droite catholique légitimiste française” et de Villiers a financé avec de l'argent public cette école confessionnelle. La création de cette école, elle vient d’un constat de de Villiers : il s’est rendu compte que la droite catholique réactionnaire manquait de cadres imprégnés de son idéologie.
Du coup, ceux qui avaient le dessus à droite, c'étaient les cadres qui eux étaient finance, business, machin tout ça. Ce n’est pas tout à fait la culture de de Villiers, et la nièce Le Pen va avoir exactement la même idée, et va faire son école nulle, vous savez, à Lyon où il n’y a pas d’élèves. Et puis de Villiers, il pèse aussi à travers ses bouquins.
Ses livres se vendent, le gars est toujours sur les plateaux, il a aussi capitalisé ces dernières années sur les théories conspirationnistes. On le présente à son grand plaisir comme un homme de l'ombre dont les conseils sont écoutés et appréciés des hommes politiques. Ils surestiment sans doute un peu son influence, on vous rappelle que c’est un gros mytho.
En tout cas, son lobbying sur les questions culturelles, il a vraiment été avant-gardiste. Et même sa ligne politique, violemment islamophobe, et ses obsessions sur la grandeur de la France, ces idées-là reviennent au goût du jour et avec plus de moyens. Aujourd'hui, on a deux candidats d’extrême-droite à l’élection présidentielle et on a surtout un Vincent Bolloré pour les soutenir dans leur guerre culturelle avec une chaîne de télé et même un groupe de presse rien que pour eux.
C'est paradoxal qu'à un moment où Philippe de Villiers finalement aurait toute sa place dans le paysage, il est cramé, il est ridiculisé aux yeux de la droite républicaine. De Villiers était un réactionnaire au moment où même la droite essayait d'être moderne, et aujourd’hui qu'il faut être réactionnaire même quand on est de gauche, de Villiers n’est finalement qu'un réactionnaire parmi d’autres et ce n’est certainement pas le plus moderne des réactionnaires. T’as vu la bête de phrase ?
Merci d’avoir suivi ce nouvel épisode des Portraits. En attendant, n’oubliez pas de vous abonner à la chaîne Youtube de Blast et d’activer la cloche, tout ça. On se retrouve le mois prochain pour un nouveau portrait de facho, ou peut-être pas de facho.
On sait pas, on verra !