Jean-Luc Mélenchon : L'interview face cachée (Présidentielle 2022)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Aujourd'hui j'interview Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise et l'Union Populaire. Alors petite présentation avant de commencer, Jean-Luc Mélenchon a 70 ans, il s'est engagé en politique très jeune à gauche, d'abord au Parti Socialiste, il a notamment été sénateur à 35 ans, et puis en 2008 il a créé son propre mouvement, le Front de Gauche, devenu depuis la France Insoumise, et depuis 2017 il est député des Bouches-du-Rhône, c'est sa troisième candidature à l'élection présidentielle, après 2012 où il avait obtenu 11,1% des voix, et 2017 où il avait obtenu 19,6% des voix.
Alors vous commencez à le savoir, mais le principe de l'interview face cachée, je vous le rappelle, Jean-Luc Mélenchon fait face à un écran géant sur lequel défilent des émojis, à plusieurs reprises pendant l'interview il appuie sur le buzzer pour s'arrêter sur un émoji, dont la face cachée va révéler différents éléments qui seront à chaque fois le point de départ de questions de fond concernant son programme, qui s'appelle l'avenir en commun, et sa vision de la France.
Au passage l'interview a duré plus longtemps que prévu, et du coup pour respecter une égalité de temps de parole entre tous les candidats interviewés, j'ai supprimé une question entière, j'ai choisi de retirer une question sur un point qu'on avait déjà assez longuement abordé dans la vidéo de décryptage du programme de Jean-Luc Mélenchon. En effet, je vous le rappelle là aussi, ces interviews face cachée viennent en complément des décryptages de programmes pour chacun des candidats. L'objectif du coup avec ces interviews c'est d'apporter des précisions sur des sujets qui font débat, ou alors d'aborder d'autres questions potentiellement moins... médiatisées.
Et d'ailleurs, n'hésitez pas à vous abonner à cette chaîne YouTube pour ne pas rater les prochaines interviews et les prochains décryptages de programmes. Je crois que j'ai tout dit, je vous laisse du coup avec la vidéo. Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation. Est-ce que le principe et les règles déjà de cette interview sont claires ?
Non, j'ai pas compris.
Vous voulez que je recommence ?
Non.
Ok, on va être bon alors, on va pas recommencer. Vous pensez vraiment que je suis stupide au point de pas arriver à comprendre une consigne ?
Non mais vaut mieux les expliquer au début pour que tout le monde soit bon, même pour ceux qui nous regardent. C'est aussi pour eux. On va pouvoir du coup appuyer quand vous le souhaitez. Allez.
Et on va commencer donc. Ah voilà, ça y est.
C'est donc un emoji, c'est l'emoji journal. Un article de presse va donc s'afficher. Je vous propose de le découvrir et de le lire à voix haute. En tête dans les sondages, l'abstention refuse toujours de déclarer sa candidature. Vous l'aurez peut-être compris, devinez, c'est un article d'un journal parodique, le Gorafi.
Mais ça pose une vraie question. Il est octobre... Octobre 2021.
Exactement, octobre 2021. Ça pose en l'occurrence une vraie question, c'est la question de l'abstention. Aux dernières élections régionales, l'abstention a atteint un record pour une élection dans la Ve République. 65% des inscrits ne sont pas allés voter. Et c'est encore plus marquant chez les jeunes puisque c'est 87% des 18-24 ans qui ne sont pas allés voter. Par ailleurs, dans le cadre de la présidentielle en ce moment, c'est près de 3 Français sur 10 qui prévoient de ne pas voter lors de cette présidentielle, selon un sondage Odoxa qui est paru en janvier.
L'une des solutions que vous avancez, Jean-Luc Mélenchon, pour mettre fin à cette abstention, c'est de mettre fin à la Ve République, donc le régime politique actuel, pour passer à la VIème République. En quoi est-ce que ça aiderait à faire baisser l'abstention ?
Ça, ce n'est pas la seule cause. L'abstention, elle a une cause... Il y en a une qui est purement circonstancielle, mais on n'en parle pas. Il y a 13 millions de personnes qui ne sont pas inscrites ou mal inscrites. Si vous êtes étudiant, en général, vous êtes inscrit chez vos parents. Et bon, au dernier moment... Parce que vous avez oublié, vous n'avez pas pensé... C'est trop compliqué, faire une procu, tout ça. Donc, si vous voulez, il y a plein de mécanismes qui poussent à s'abstenir. Puis après, il y a un mécanisme politique, qui est les gens qui disent, de toute façon, ça ne sert à rien, racontent ce qu'ils veulent, ils font tous, de toute façon, à la fin, la même chose.
Et donc, il y a l'idée qu'on ne contrôle rien. Voilà. Et puis, ce n'est pas que faux. C'est une constitution qui est très verticale...
Beaucoup de pouvoir sur le président de la République, notamment.
Ah oui, c'est énorme. Je crois que les Français ne s'en rendent même plus compte. Dans quel pays au monde, on est 9 ans en guerre, avec un seul vote ? C'est ce qui vient de nous arriver au Mali. On a voté une fois, 3 mois après...
L'opération Barkhane...
8 milliards sont partis, 3 millions par jour. Et que fait la 6ème République ? Donc, les gens, c'est normal qu'ils se disent... C'est une comédie. Alors, changer la constitution, ça veut dire changer la règle du jeu. Ça veut dire surtout, quand on fait une constitution, que les gens disent quels sont les droits de chaque citoyen. Donc, si vous voulez, on se redéfinit les uns par rapport aux autres. Et puis ensuite... On peut mettre en place des outils nouveaux de démocratie. Celle-ci a été inventée en 1958. Il faut s'imaginer que ça y est à un moment, quoi.
Avec De Gaulle, à l'époque.
Oui, mais si vous voulez, avec De Gaulle, mais avec 13 départements français qui deviennent l'Algérie indépendante, avec des femmes dont 10% à peine travaillées, etc. Bref, un autre monde, hein. Donc, remettre tout ça à l'ordre du jour, puis étendre la démocratie. Parce que, contrairement à tous ceux qui disent que les gens sont plus bêtes, savent moins gérer, je ne crois rien de tout ça, moi. Je crois que c'est l'inverse. Et c'est justement parce que c'est l'inverse qu'ils n'aiment pas qu'on se foute d'eux.
Et donc, concrètement, vous parlez de 6ème République. Qu'est-ce que vous imaginez dans cette nouvelle République, avec cette nouvelle constitution ?
Déjà, si vous voulez, il y a une difficulté. C'est que si je dis, voilà ce que je vous propose, ils vont dire, tu te fous de nous. Tu nous dis qu'on va faire une constitution que tu as déjà écrite. Donc, on fera une assemblée pour ça. Une assemblée constituante. Une assemblée constituante. Ce que je peux dire, moi, c'est que les idées que mes amis, s'il m'en reste à ce moment-là, présenteront à la dite assemblée constituante, c'est des outils qui permettent qu'il y ait à la fois des institutions stables, parce qu'on ne peut pas vivre dans le régime de l'assemblée générale permanente, ou de la barricade permanente, et puis des éléments qui permettent au peuple d'intervenir à tout moment.
Quels éléments ? Le référendum d'initiative citoyenne, et puis le référendum révocatoire qui permet de virer un élu. J'ajoute que je suis pour le droit de vote à 16 ans. Obligatoire. Alors, pas pour 16 ans, justement. Ceux qui auraient 16 ans, entre 16 et 18, décideraient si oui ou non ils vont voter. Puisqu'ils ne se sentent pas prêts, ils ne vont pas.
Mais est-ce que c'est déjà le cas aujourd'hui en soi ? À 18 ans, on peut avoir... Alors, vous êtes pour le droit de vote obligatoire à partir de 18 ans ?
Ouais. Et avant...
Donc, facultatif entre 16 et 18, et 18, obligatoire.
Oui, parce qu'il faut respecter ça. Qu'il y ait des jeunes gens qui sont déjà assez conscients pour se dire « Non, ça me dépasse, je n'ai pas d'avis, je ne veux pas m'en mêler, je ne veux pas faire n'importe quoi pour faire comme tout le monde. » Mais il faut bien se rendre compte que, du coup, ça crée une autre obligation. Si le vote est obligatoire, il faut reconnaître le vote blanc ou le vote nul. Et en particulier, on peut imaginer des règles. Mais ça, c'est l'Assemblée Constituante qui le décidera. Du genre, s'il n'y a pas 50% de votants, on recommence l'élection.
Et petite question, justement, sur cette 6ème République et sur la mise en place. Vous avez parlé d'Assemblée Constituante. Donc, l'objectif, c'est d'avoir un référendum qui va permettre l'organisation de cette Assemblée Constituante qui est chargée de rédiger cette nouvelle Constitution, Exact. qui sera ensuite soumise au référendum encore. Oui, on fait comme ça en général. Ce processus, il prend combien de temps ? Est-ce que vous avez déjà une idée du temps que ça peut prendre ?
Moi, j'aimerais que ça prenne le moins de temps possible. Mais une Assemblée Constituante, elle est le plus souvent maîtresse d'elle-même. On peut penser qu'il y en a pour deux ans. Et pendant ce temps, de votre côté ? En plus, ils font ça proprement. Je veux dire, si ce n'est pas un petit cénacle entre gens qui s'enferment entre eux, mais que, comme j'ai vu dans certains pays, des délégations viennent avec des demandes, des injonctions et tout ça, bon, c'est forcément un organisme vivant, une Constituante.
Et donc, en attendant, pendant ces deux ans, disons, vous, vous gouvernez, vous êtes président de la Ve République, et donc vous appliquez les mesures que vous voulez mettre en place. Et pour bien comprendre, du coup, une fois que cette Constitution de la VIème République est votée, quelle est votre place, du coup ? Est-ce que ça veut dire qu'au bout de deux ans, vous pouvez quitter le pouvoir ? Est-ce que vous restez ?
Normalement, quand quelqu'un est élu, il va au bout de son mandat. Oui. C'est-à-dire, si je suis élu là, c'est pour cinq ans. Donc je serais légitime à dire à mes amis, ben, ça commence une fois que moi j'ai fini. Je pense que c'est pas raisonnable. S'il y a eu un référendum pour dire oui, on veut une Constituante, qu'il y a eu la Constituante, qu'il y a eu ensuite un référendum pour dire oui, on veut bien de ce texte-là, bon, je pense que s'accrocher au pouvoir devient discutable.
Donc, moi je pense que pendant deux ans, ou trois ans, je sais pas le temps que ça prend, la Constituante, je gouverne conformément à la Constitution, actuelle, en la respectant, parce que on peut pas comme ça, dans un claquement de doigts, décider que la Constitution n'existe plus, et qu'en attendant, je fais ce que je veux. Donc, pendant le temps en question, je gouverne d'après cette Constitution, et après, moi, mon goût personnel, c'est stop. La nouvelle s'applique.
Très bien. On va passer à la question suivante. On va donc relancer la roue, et je vous laisse appuyer quand vous le souhaitez, pour l'arrêter. On va découvrir sur quoi on tombe. Et on tombe cette fois-ci sur un téléphone. On va voir ce qui se cache derrière ce téléphone. Alors, c'est en l'occurrence... Je vais vous aider à le lire, parce qu'on n'arrive pas forcément à le lire depuis ici. C'est ce qu'on appelle un mème. Donc, une sorte de blague en ligne, avec quelqu'un qui se retrouve en difficulté face à différents boutons. Sur chacun de ces boutons, on voit différents noms de candidats à l'élection présidentielle. Tous des candidats de gauche. On voit Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon.
On voit pas mal de noms différents. Et ça montre une difficulté que connaissent pas mal de candidats à gauche. Aujourd'hui. Et la raison pour laquelle ça me semble intéressant de voir ce mème, c'est qu'on a reçu beaucoup de messages ces derniers jours de gens qui nous suivent, qui n'arrivent pas toujours à comprendre pourquoi est-ce qu'on a autant de candidatures à gauche. On peut en compter entre 6 et 7. Alors, sinon, on verra combien arrive à avoir leur parrainage. Mais comment est-ce que vous leur expliquez un nombre de candidatures à gauche aussi important ?
D'abord, puisqu'on est en liberté de parole, tout ça, c'est une grosse blague, quand même. De quoi ? Ça fait des mois que ça dure. Ah, vous êtes trop nombreux. Vous avez perdu. On a perdu d'avance. Là, on est à 40 jours. Et vous, vous venez me demander s'il n'y aurait pas moyen de moyenner.
Vous parlez pas forcément d'alliance. Mais je veux plutôt essayer de comprendre votre position par rapport à d'autres candidats sur le programme, notamment.
J'ai compris la question qui m'est posée. Entendez la réponse que je vous fais. Ma réponse est de dire que ça a duré des mois. Il y a eu un paquet de nigos qui se sont laissés prendre à cette histoire-là et qui ont été pleurer des grosses larmes partout en disant « Bah oui, c'est vrai, on a perdu d'avance ». Et il y en a un qui applaudissait des deux mains dans son bureau en se marrant. C'est Macron. Parce que c'est quand même inouï de voir des adversaires qui annoncent avant même qu'une élection ait lieu, qu'ils l'ont perdue. Bon. Après, premier élément. Deuxième élément, il y a la méconnaissance de l'histoire. De gens qui n'avaient pas envie de la raconter.
En réalité, le chiffre qu'il y a là, il est banal. C'est un chiffre ordinaire. La gauche... Il y a souvent beaucoup de candidats à gauche. Évidemment. Et moi, je viens de la gauche, comme vous le savez. J'ai passé toute ma vie dans la gauche. Mais les fois où on a gagné, c'est jamais qu'une candidature unique. On avait une candidature unique en 65, en 1974. Et... Il y en avait d'autres, d'ailleurs, qui n'étaient pas si uniques que ça. Et puis, on a perdu. Et la fois où on était 5 ou 6, François Mitterrand a gagné. Donc, si vous voulez, il y a... Je ne dis pas que c'est une bonne chose. Je ne suis pas en train de dire ça.
C'est pour dire juste que les faits montrent que tous ceux qui ont eu la bêtise d'aller pleurer en cadence quand on leur demandait, ont fait qu'une chose, c'est servir leurs adversaires.
Mais sans parler de l'union de la gauche, parce que ce n'est effectivement pas le sujet. On est à très peu de temps de l'élection. La question qui revient souvent, c'est les différences sur le programme et sur votre vision de la France, par exemple, vous, par rapport à d'autres candidats. Par exemple, par rapport à un candidat comme Fabien Roussel, donc le candidat du Parti communiste. Quand on voit les programmes, beaucoup se posent la question des différences. Qu'est-ce qui vous différencie, par exemple, de Fabien Roussel ? Je n'en sais rien.
Je ne sais pas. Parce que j'ai fait deux campagnes avec les communistes. Le programme a évolué dans les deux cas. Cette fois-ci, il a évolué, évidemment, avec le temps précis et tout. On était d'accord sur des choses raisonnables, c'est-à-dire 90%. Bon. Chacun des deux avait 10% de divergence avec le programme. Il faut bien s'entendre. Et puis là, ils ont décidé de démarrer tout seuls. On ne sait pas pourquoi. Sinon, parce qu'ils ont pensé, c'est leur droit, qu'il fallait qu'ils affirment la présence communiste dans l'élection. Et depuis, alors, M. Fabien Roussel dit des choses sur nos désaccords. Moi, je note. J'essaye de...
J'ai noté, une fois il était marqué, il était contre le revenu universel. Ben, ça tombe bien, je ne le propose pas. Une autre fois, c'était... Il dit, il va interdire de manger gras et salé. Ben, c'est... Non. Je combats le manger gras et salé parce que, en effet, ça rend malade les gens. Et d'abord, les gens les plus pauvres. Donc, il y a... Alors, il y a une divergence, celle-là, oui, je l'ai repérée. C'est sur le nucléaire. Où on n'est pas d'accord, puisque lui est... Favorable au nucléaire. Et moi, je suis contre. Bon, ben, la dernière fois, on s'était accordé. On avait dit, bon, comme toutes les familles politiques du pays sont partagées en réalité, hein, ben, faisons un référendum.
Si c'était la condition de l'union, moi, j'accepte le référendum. Et même question, pareil.
Pas pour parler d'alliance ou d'union, mais pour comprendre votre distinction sur le programme par rapport à Yannick Jadot. On peut voir pas mal de points communs, notamment sur les sujets environnementaux. Qu'est-ce qui vous différencie, selon vous, de Yannick Jadot ?
Ben, d'abord, Yannick Jadot, alors, sur le plan international, est complètement aligné sur les États-Unis d'Amérique. C'est-à-dire que, quoique disent les Nord-Américains, M. Jadot est d'accord avec. Alors, je le dis jusqu'à présent, j'évite de rajouter aux polémiques, parce que ça me saoule, ça ne m'intéresse pas. Je pense que ça ne fait pas avancer dans... dans mettre nos idées respectives. Mais là, je le dis quand même, parce que là, en ce moment, on est dans une situation très tendue. Et moi, ma position, c'est être non-aligné. Ni Poutine, ni Biden. Lui, c'est Biden, Biden, les Russes, le diable, tout ça. C'est pas très malin et pas très... à mon avis, pas adapté à la situation.
Mais, il y a d'autres sujets sur lesquels on n'est pas d'accord, c'est souvent sur l'international. Lui est un partisan absolu de l'Union Européenne, tout va bien, c'est comme ça qu'il faut faire. Mais, pour son propre programme, il est obligé de dire... pour son propre programme, il est obligé de dire des choses qui sont incompatibles avec les traités. Alors, moi, je lui ai dit, mais écoute, si tu veux vraiment, par exemple, faire du protectionnisme, même écologique, dis-moi comment tu fais avec un traité européen qui l'interdit. Donc, je pense que ça, si j'arrive au deuxième tour, il y aura moyen de discuter. Parce que de mon côté, j'ai aussi fait un pas, je l'admets.
Au lieu de dire, je ne veux plus entendre parler de cette Union Européenne, j'ai dit, ben écoute, il y a une chose que je veux, c'est mon programme s'applique, point barre. Le reste, on verra après. Tout la renégociation potentielle des traités européens. Ils seront obligés, vous verrez. Bonjour. De toute façon, ça se fera. Ça sera obligé, parce que non seulement le contenu est intenable, on l'a bien vu, ça n'a pas résisté.
C'est la règle, pour que les gens se situent bien, c'est notamment ce qu'on appelle la règle des 3% qui est dans un de ces traités-là. Oui, alors c'est le maximum de déficit qui doit être respecté.
C'est la règle qui dit que le libre-échange est généralisé, non seulement à l'intérieur de l'Union, mais avec le reste du monde, ce qui détruit tous les pays. Avec des traités, avec les États-Unis ou autres. Ben oui, imaginez. Je prends un exemple. On achète tous les droits de pêche au Sénégal ou dans d'autres pays comme ça, ramasse tous les poissons qu'il y a là. Tous les gens qui vivent le long de la côte, ils n'ont plus que la langue à tirer, parce que c'est tout ce qui leur reste. Donc si vous voulez, il y a plein d'effets pervers. On va être sympa, on va dire peut-être qu'au début on ne pouvait pas l'imaginer, mais maintenant tout le monde a compris.
Donc moi, j'ai bon espoir qu'à la fin, les points de vue se rapprochent. Et de toute façon, la chose dont je suis sûr, c'est que les traités seront renégociés, y compris par les gens qui les aiment beaucoup aujourd'hui. Tout simplement parce que ça ne tient pas de vous.
On va passer à la question suivante. Je vous laisse du coup à nouveau appuyer sur ce buzzer. Et c'est un chronomètre, toujours un exercice pas forcément évident. En fait, je vais vous poser une série de questions. Il faudra répondre par oui ou par non à un maximum de questions en une minute. J'en suis conscient. C'est pas un exercice très intelligent. Alors, je ne suis pas forcément d'accord. Je suis d'accord quand c'est des questions très complexes. Mais quand c'est des questions, on peut facilement répondre par oui ou par non. Autant pour moi. J'ai été trop vite. Ça me semble intéressant.
C'est intéressant pour justement mieux connaître votre programme sur certains aspects qu'on va voir ici et on va pouvoir en parler. Voyons, voyons. Première question. Faut-il légaliser le cannabis ? Oui. Faut-il augmenter le SMIC à 1400 euros ? Oui. Faut-il revenir sur la réforme du bac ? Oui, oui, oui. Doit-on pouvoir prendre l'avion pour faire un Paris-Marseille ? Il y a le train. Très bien. La police a-t-elle trop de pouvoir ?
Oui, clairement.
La France doit-elle rester dans l'OTAN ? Non. Faut-il aller sur Mars ? Oui. Faut-il réduire le nombre de députés et de sénateurs ? Non, pourquoi faire ? Sommes-nous en démocratie aujourd'hui ? Pas facile celle-là.
Ben suivant un organisme international, on est en pas très belle démocratie.
Pas facile en oui-non, j'en suis conscient de celle-ci. Le pass vaccinal est-il une bonne chose ? Non. La Corse devrait-elle être indépendante ?
Ben non, pas à mon goût à moi, mais il y a des Corses, oui. Par contre, on doit changer leur statut, ça c'est clair.
Faut-il rétablir l'uniforme à l'école ?
On va dire non, parce qu'il y a plus d'inconvénients que d'avantages.
C'est un débat qui revient beaucoup dans les élections.
Toujours, parce que tout le monde regrette une image du passé ridicule. On me dit « ah, c'était mieux avant, tu parles, j'y étais avant ». Non, je peux vous dire que t'es pas mieux.
On va passer à la question suivante, et je vous laisse, encore une fois, appuyer sur le buzzer. Ça c'est un petit cadeau. Un cadeau, mais en l'occurrence c'est une question derrière ce cadeau qui a été laissé par... un autre candidat à l'élection présidentielle. Je vous propose donc d'écouter la question et ensuite d'y répondre directement.
Jean-Luc Mélenchon, vous exprimez un intérêt non dissimulé pour l'environnement. Et nous le concevons tous, parce que c'est notre planète dont il s'agit. Mais pour le coup, je ne comprends pas du tout votre position sur le nucléaire. Le nucléaire est aujourd'hui précisément l'élément de production d'une énergie décarbonée. C'est même l'énergie la plus décarbonée. Donc pourquoi s'opposer à ce point au nucléaire qui est peu cher, qui permet justement de l'électricité peu chère, et qui est une industrie qu'on maîtrise sur le bout des doigts ?
D'abord, merci pour la question. Parce qu'en effet c'est un cadeau. En fait, ce n'est pas un argument idéologique que j'ai contre le nucléaire. Il y a des gens qui disent que le nucléaire c'est encore un truc super vertical, qui pousse à un flicage généralisé. Ce n'est pas mon point de vue. Moi, mon point de vue, c'est dangereux. C'est trop dangereux. On pouvait dire avant, on ne sait pas, arrête, tu exagères. Bon, c'est dangereux parce que c'est un système qui est assez rustique, c'est une cocotte minute avec des circuits, bon, c'est assez simple. Mais quand ça casse, la catastrophe est totale. Il y a beaucoup de choses qui poussent à ce que ce soit plus fragile.
Un, c'est qu'elles sont toutes très vieilles nos centrales. Là, dans les cinq ans qui viennent, il y en a 17 de plus qui seront encore, ont dépassé l'âge limite. C'est un premier élément. Deuxièmement, il y a le climat qui change. Alors, tout le monde a l'air de s'en foutre, mais je signale que comme l'eau est de plus en plus chaude, on est obligé d'arrêter de plus en plus souvent parce que l'eau ne refroidit plus les centrales nucléaires. Le climat le change et le danger, quand il a lieu, je ne dis pas que... Je ne veux pas non plus affoler les gens, mais c'est 100% cata. Donc, mettez-vous dans la situation. Il n'y a pas de risque zéro. Bah, écoutez, regardez.
La région parisienne, nous avons la centrale de Nogent. Il y a un pet. 12 millions de personnes à déplacer. La centrale de La Blaille qui est dans le bras.
Mais les standards de sécurité aujourd'hui, ils sont très élevés ou en tout cas beaucoup plus élevés qu'ils ne l'étaient à d'autres époques. Et c'est ce qu'affirment en tout cas ceux qui défendent le nucléaire. Ils affirment qu'au niveau sécurité, il y a du mieux par rapport à ce qui se faisait jusqu'ici. Ils avancent aussi d'autres arguments, l'argument de la stabilité, l'argument qu'on a entendu là avec Marine Le Pen du fait que c'est une énergie effectivement qui est peu émettrice de CO2. Ce sont aussi des arguments qui peuvent être convaincants dans la situation.
Vous avez le droit d'être convaincu par ce que vous voulez. C'est des arguments qui reviennent souvent dans le débat. Si vous voulez, je réponds un à un, allez-y.
Alors le premier argument, c'est la question de la peu émettrice de CO2. Argument avancé par le GIEC notamment en tout cas pour la description de ces énergies.
Quand on fait le total de tout ce que ça coûte en énergie pour fabriquer la centrale, pour couler le béton, pour installer les choses, et une fois qu'on a les déchets, qu'est-ce qu'on en fait ? Personne n'en sait rien. Mais je redonne ma question, vous préférez quoi ? 12 millions de personnes déplacées ou pas de personnes déplacées ? Le sujet n'est pas de savoir si c'est décarboné ou pas. C'est de savoir si c'est dangereux ou pas. C'est plus dangereux que ça n'a jamais été. Et depuis Tchernobyl et depuis Fukushima, on sait que c'est très dangereux. Et du coup, qu'est-ce qu'on fait ? Autre chose. Mais bon, c'est incroyable.
Vous savez, on croirait que le monde n'existait pas avant qu'il y ait du nucléaire et qu'il n'existera pas après qu'on ait arrêté. Non mais c'est un débat dans la présidentielle, c'est pour ça qu'elle est pertinente, y compris à gauche d'ailleurs on en parlait. Je ne vous reproche pas de poser la question. Je vous demande d'entendre l'ordre de mes réponses. On nous dit que c'est une énergie indépendante. Ce n'est pas vrai, il n'y a pas d'uranium en France. Il faut aller le chercher et vous savez à quel prix à l'étranger. Au Niger notamment. Au Niger notamment, mais ce n'est pas là que c'est le plus ennuyeux.
C'est au Kazakhstan, parce que c'est un dictateur qui est là-bas en place et qu'on cotise pour cet homme. Alors après, ce n'est pas vrai que c'est comme une énergie constante. Deuxièmement, elle a dit que c'est ce qu'il y a de moins cher. Ce n'est pas vrai. On est absolument certain. Ce qui est tout sur le papier, absolument certain. Qu'en 2030, un peu avant d'ailleurs, en 2025 je crois, l'éolien coûtera moins cher que le nucléaire. De toute façon, je redis aux gens, écoutez, il y a le risque. Et puis deuxièmement, qu'est-ce que vous faites des déchets ? Mais personne n'en parle. Aujourd'hui, on est arrivé au maximum à la hague du stockage. On veut en mettre à bure, tout le monde est con.
Les projets d'enfouissement souterrain à bure. On ne sait plus quoi faire. Donc ça ne me paraît pas raisonnable, comme a dit le président de la République. Je vais vous faire 14 EPR de plus. Il est pas mal celui-là, il n'y en a pas un qui marche. Deux EPR, le seul qu'on a en construction, il a 10 ans de retard et 10 milliards de rab. Bon, tout ça n'est pas sérieux.
Là, ce qui est certain, c'est qu'il y a des besoins en énergie aujourd'hui qui sont très importants. Ça, c'est le cas. Ça risque d'augmenter aussi dans les années qui viennent, malgré les économies d'énergie qu'on peut vouloir faire. Comment est-ce que du coup, on s'assure d'avoir cette énergie qui est disponible ?
Quelle est la transition que vous proposez ? Écoutez, déjà, commençons par dire une chose. Je n'ai pas l'intention d'arrêter les centrales nucléaires comme ça en arrivant à l'Élysée. Ça n'a pas de sens. Donc, on arrêtera à mesure qu'on aura les relais. Moi, je suis pour que les relais aillent le plus vite possible. Quels sont ces relais possibles ? Il y a l'énergie qui se trouve dans la terre, il y a l'énergie qui vient du soleil, on connaît tout ça. Et moi, mon chouchou, c'est l'énergie en mer. Alors, c'est d'une part les éoliennes offshore, c'est à 20 km de la côte, c'est supportable. Il y a l'énergie de la marée, du mouvement de la mer. C'est 66 fois ce dont on a besoin à terre.
Alors ça, c'est gratuit. Et c'est là, tous les jours, qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente. Il y a celle dont j'ai dit qui vient de là-haut. Il y a l'énergie qui vient du chaud à la surface de la mer et du froid au fond qui fait tourner d'immenses machines. Bon, alors vous me direz, elles sont où vos machines ? Très bien, on est en train de les faire. Aujourd'hui, on a installé, on a une première éolienne offshore. C'est la seule qu'on a. C'est quand même la honte totale pour les Français. Il y en a plus de 1000 là-bas dans le nord. Nous, on en a une et elle est expérimentale. Mais elle marche avec des pales de seulement 40 mètres. L'idée, c'est qu'on ait des pales qui fassent 120 mètres.
Donc, on aura une énorme machine de 140 mètres. Vous imaginez, ça brasse. Et comme c'est en mer, c'est beaucoup plus régulier, comme c'est au large, que si vous le mettez à terre où ça casse les pieds à tout le monde et où il y a des histoires sans fin, et où c'est beaucoup plus intermittent. Donc, je demande qu'on comprenne que quand on veut, on peut. Notre pays a été, je ne veux pas prendre de mauvais exemples, assez souvent en guerre, et il savait trouver les moyens de construire ce qu'il fallait. Ben, ne me dites pas que c'est une affaire d'installer des parcs en mer. Parce que d'éoliennes en mer à 20 bornes de la côte, tout le long, on a 1000 km de côte. Alors, ça va.
A votre tour d'ailleurs, je vous propose de poser une question à une candidate à l'élection présidentielle. Est-ce que vous avez une question à poser à Anne Hidalgo, la candidate du Parti Socialiste ?
Bonjour Anne Hidalgo. Comme vous le savez, la première fois qu'on a inventé la retraite, c'était en 1910 et c'était à 65 ans. Et puis ensuite, on a amélioré ça au fur et à mesure du temps, parce que la bataille pour la diminution du temps de travail c'est la bataille constitutive du mouvement socialiste. Aujourd'hui encore, on pourrait partager le temps de travail mieux pour travailler tous. Alors, pourquoi vous accrochez-vous à la retraite à 62 ans avec 43 annuités à payer ? Ça veut dire que pour des jeunes gens qui commencent comme c'est la moyenne à 23 ans, ça leur fait la retraite à 66 ans. Est-ce que ça, c'est une politique socialiste ? Je ne crois pas. Et je pense que
vous pensez comme moi. On va passer à la question suivante. Donc là, concrètement, c'est une bulle. Et derrière cette bulle, il va y avoir une phrase qui a été prononcée par un autre candidat. Est-ce que vous avez une idée de qui aurait prononcé ces mots-là ? C'est le dictateur Poutine qui menace la démocratie ukrainienne. Il faut maintenir les menaces et sanctionner l'oligarchie corrompue russe. Est-ce que vous avez une idée de qui aurait pu prononcer ce mot ? Ça peut être
beaucoup. N'importe lequel des gens qui sont alignés sur le vocabulaire de la guerre. Moi, je suis pour une position non-alignée. Les Russes ne passent pas la frontière. Les Américains n'annexent pas l'Ukraine. C'est donc en l'occurrence
pour que tout le monde ait le contexte, Yannick Jadot qui a prononcé ces mots le 28 janvier 2022. Ça fait écho à la discussion qu'on avait tout à l'heure sur la question de l'Ukraine. Votre position, c'est la suivante, celle d'un
non-alignement. La démocratie ukrainienne, voyons, il y va fort, parce que c'est vrai que le président de l'Ukraine a agréablement surpris tout le monde. Volodymyr Zelensky. C'est un acteur de cinéma et on se disait ce gars-là, il tiendra le coup. Mais il fait preuve de beaucoup de sang-froid. Mais dire que c'est une démocratie en Ukraine, c'est assez audacieux.
Sur la question du non-alignement, vous venez de l'évoquer. En quoi ça consiste, très concrètement, un non-alignement
dans cette situation-là ? D'abord, il faut partir de l'idée, comment le monde est organisé. Il a été longtemps entre l'URSS et les États-Unis d'Amérique. Ou globalement, le camp communiste et le camp capitaliste. Parce qu'il faut compter la Chine là-dedans. Bon, cet ordre du monde s'est disloqué. Aujourd'hui, l'ordre du monde reste dominé militairement par les États-Unis d'Amérique qui représentent 50% des dépenses militaires du monde. 80% avec leurs alliés. Mais c'est un empire qui est fragilisé et qui est en train en déclin. Avec la Chine notamment et d'autres... Avec la Chine et d'autres.
Et alors, comme ils ont du mal à se mettre d'accord déjà entre eux sur ce qu'il faut faire, les uns disent le problème c'est les Russes, ils ont l'habitude, et les autres disent non, c'est les Chinois. Résultat, ils font les deux à la fois. Ce qui est totalement stupide, parce que ça pousse les Russes dans les bras des Chinois et vice-versa. Mais enfin, c'est leurs affaires. Nous les Français, de quoi on est comptable ? De nos intérêts à nous Français. Et notre premier intérêt, c'est que l'Europe se transforme pas en champ de bataille. Donc moi, je suis pour que la France soit un pays non-aligné. Quand il y a un problème, nous ne sommes pas systématiquement avec l'un ou avec l'autre.
Nous regardons, nous intervenons et nous inspirons confiance, parce que nous ne sommes pas alignés. Donc nous pouvons être un interlocuteur accepté par les uns et par les autres. Et surtout, nous Français, on défend nos propres intérêts
d'abord. Et donc là, dans la situation actuelle avec un pays comme l'Ukraine, il y a la question, par exemple, de l'OTAN. On a compris que vous souhaitez que la France sorte de l'OTAN. Et donc cette alliance militaire menée... Oui, ça marche avec nos alliés. ...par les États-Unis. Donc ça veut dire pas d'invasion de l'Ukraine par la Russie, mais ça veut dire pas non plus
de... D'annexion de l'OTAN dans le cadre de... Pardon, de l'Ukraine dans le cadre de l'OTAN. Parce qu'il faut bien... C'est une annexion pour vous, si l'OTAN... Ah bah oui, bah oui, bien sûr. Bien sûr, une fois que vous êtes là-dedans, c'est fini. Vous décidez de plus rien. Regardez, les Européens sont tous dans l'OTAN. Quand on... La France
notamment. Oui. La France est annexée aujourd'hui par les États-Unis pour comprendre le...
Pour sa défense, évidemment. La preuve, ils nous jettent quand ils veulent. Ils ont décidé par exemple que... C'est pas nous qui ferions les sous-marins des Australiens. On a été mis dehors, mais comme ça. Allez, hop, rentrez à la maison chez vous avec vos contrats et le reste.
Mais sur l'opération Barkhane, par exemple, c'est une opération qui est menée par la France. Ça peut être un exemple. Ouais. Il y a... C'est une opération qui est menée par la France. Ouais. Quand on parle d'annexion de l'armée française ou de la défense française, c'est des mots qui sont forts.
Ouais. Bien sûr, c'est des mots qui sont forts. La preuve, c'est que vous ferez la guerre, jeune homme, si jamais les États-Unis d'Amérique ont décidé de se taper avec les Russes. Vous êtes content ? Non. Vous êtes comme moi. Vous vous dites, s'il y a moyen d'éviter ça,
je suis preneur. Une sortie de l'OTAN, et plus généralement, non-alignement. Ouais, mais il faut voir... On a l'air cherché d'autres partenaires.
Si vous voulez, il faut comprendre ce qu'on apporterait au monde. C'est pas seulement que... On dirait, nous, Français, on n'est plus les petits soldats de plomb des Nord-Américains, mais c'est qu'on serait écoutés et écoutables pour faire des propositions. Par exemple, moi, je dis, le non-alignement doit nous permettre d'avoir une diplomatie alter-mondialiste. Qu'est-ce que c'est ? Ça veut dire, par exemple, défendre le tribunal international que les Boliviens ont proposé contre le crime d'écocide. Ça veut dire que vous allez sur un traité international de non-diffusion des énergies carbonées. Mais vous êtes crédibles quand vous dites ça.
Si vous vous amenez en disant « Ah ben nous, on est dans le commandement militaire intégré des Américains », ben ils vous répondent ce que
disent Poutine. Et du coup, qui sont nos alliés aujourd'hui ? Si jamais il faut sortir de l'OTAN, qui seraient nos alliés selon vous ? Alliés pour quoi faire ? Alliés, que ce soit militaires, par exemple. Vous parlez notamment d'alliance alter-mondialiste. C'est un terme que vous avez beaucoup utilisé. Ce serait quel pays selon vous ?
Ce que je viens d'évoquer, il y en a des dizaines dans le monde. Mais comprenez-moi bien que déjà, votre vocabulaire est curieux. Des alliés pour quoi faire ?
La lutte contre le terrorisme, ça peut être un exemple. Ça peut être des alliances économiques d'ailleurs aussi, selon les sujets. L'alliance,
la lutte contre le terrorisme, tout le monde est allié. Le monde entier est allié. Ça donne d'ailleurs lieu à des débordements qui sont très discutables. Sur ce qui se fait dans un certain nombre de pays, sous couleur de lutte contre le terrorisme, je pense aux Ouïghours en Chine, aux Rohingyas en Birmanie, j'en passe et des meilleurs, les Yémenites et le reste. Bon, donc ça c'est pas un sujet. En général, tout le monde est allié, se passent les renseignements. Les... Soit quoi je pense moi, c'est ceux qui seraient nos alliés pour faire avancer des idées qui sont d'intérêt général dans le monde.
À ce moment-là, vous allez trouver des dizaines de pays, parce que toute l'Amérique latine est d'accord pour faire reconnaître le crime d'écocide. Les États-Unis veulent pas. Nous pourrions avoir des alliés, pour faire appliquer, par exemple, la convention internationale de l'OIT sur le droit des enfants au travail. Les États-Unis d'Amérique n'en veulent pas. Ou des handicapés. Les États-Unis d'Amérique n'en veulent pas. Et à partir de là, vous faites avancer le débat. Mais vous êtes respectés parce qu'on dit, bah eux ils sont avec personne, ils sont d'accord. Donc ils sont libres de décider selon eux. Voilà.
C'est à ça que, si vous voulez, il y a un lien entre non-alignés et diplomatie alter-mondialiste. Et je... Je voudrais qu'on comprenne que mon point de vue, il est fondé sur une analyse de l'histoire. Une puissance déclinante, mais tous les autres en danger. C'est ce qui se passe avec les États-Unis d'Amérique. Mais ça veut pas dire pour autant que je trouve les autres sympathiques, hein. C'est pas ça que... Je pense que la bonne politique, c'est le réalisme. On a compris votre position
sur le sujet. On va passer à la question suivante. Toujours la même chose, je vous invite à appuyer sur le buzzer. Ah oui, ça y est, ça s'arrête, voilà. C'est une... Il y a toujours un petit décalage. C'est une vidéo qu'on va regarder ensemble. Et ensuite, je vous propose d'y réagir. Je vais vous poser une petite question sur
ce sujet-là.
Jean-Luc Mélenchon, la promesse de 0 sans abri, c'est une promesse que vous portez, que vous avez eu l'occasion de développer notamment à la Fondation Abbé Pierre il y a quelques jours. C'est un sujet, vous le voyez, qui est présent depuis des dizaines d'années dans la campagne présidentielle en général, qui aussi touche beaucoup de personnes, puisque on est tous forcément... On trouve ça insupportable de voir des gens qui dorment encore dans la rue par centaines de milliers. Très concrètement, sur ce sujet-là, pourquoi est-ce qu'on devrait vous croire, selon vous ?
D'abord, il ne faut croire personne sur parole. Moi, je dis juste une chose, vous voyez écrire autre chose ? Ou ne rien écrire ? La question, c'est sur la mise en place... Vous me dites pourquoi je dois vous croire. Moi, je vous explique que quand on est candidat à une fonction comme celle-là, qu'auparavant, je ne sais combien de gens...
Vous croire capable de mettre en place les bonnes mesures qui permettent de lutter contre. Parce que ce qu'on voit, c'est qu'un certain nombre de présidents de la République notamment ont porté ce message-là. Il n'y a plus à avoir des avancées, mais de là à parler de zéro sans-abri, effectivement, on n'y est pas du tout.
Il y a encore près de 300 000 sans-abri en France. Mais mettons les choses à leur place. Il y a de plus en plus de monde qui est sans-abri. C'est-à-dire qu'il s'est passé le contraire de ce qu'ils voulaient. 300 000 sans-abri aujourd'hui en France... Soit se dire que c'était des gros menteurs et qu'ils le faisaient exprès avec cynisme, ou se dire qu'ils n'ont pas utilisé la bonne méthode, ou se dire, de toute façon, le sans-abrisisme est le résultat
de la politique... Ça a doublé en 10 ans, ce qui montre que c'est un problème majeur.
Faciliter que l'immobilier soit un marché comme un autre, et faciliter le rôle particulier du marché de l'immobilier sur l'accumulation... Imaginez-vous à Paris, moi dans la rue dans laquelle je suis, je ne suis pas loin de la gare de l'Est, on en est à 11 000 euros du mètre carré. J'ai donc vu le mètre carré que j'ai acheté au départ augmenter de 350% en l'espace de 10 ans. Je n'ai rien fait. On n'a pas balayé la rue mieux, on n'a pas mis des bords de trottoirs en diamant, ou je ne sais pas quoi. On voit bien que c'est purement spéculatif.
Ceux qui ont accepté que ça aille jusqu'à ce point devaient admettre l'idée que du coup, à l'autre bout de la chaîne, il n'y aurait des gens que plus d'abri. Qu'est-ce qu'on fait dans ce cadre ? Concrètement, immédiatement et tout de suite. Non, pas forcément. C'est une urgence en même temps. C'est un problème qui est majeur. Il y a 2 000 personnes tous les ans qui meurent de la rue. Je trouve qu'il y a une forme de désinvolture à l'égard de ça, comme à l'égard des morts au travail. Ça fait trois ans que j'en parle, comme je peux. 560 personnes meurent sur leur poste de travail.
Pour la première fois, on a vu un journal en faire sa une, il n'y a pas longtemps, c'est Libération, et je veux le saluer. Là, c'est pareil, on s'est habitués. 2 000 morts de la rue par an. Alors, peut-être qu'on peut imaginer des choses aussi compliquées que réquisitionner les logements vides. Il y a 3 millions de logements vides. Admettons, comme le dit l'abbé Pierre, la Fondation Abbé Pierre, qui a un roulement, en réalité, il n'y en a que 1 million qui sont libres depuis 3 ans. Juste si je dis je vais tout réquisitionner, je vous garantis qu'ils les loueront. Et que du coup, on aura des gens qui seront mieux logés. Pas forcément ceux qui, aujourd'hui, sont dans la rue.
Mais du coup, ça fait de la place pour ceux qui sont dans la rue, dans les logements. Ensuite, ça c'est la réquisition. Deuxième élément, c'est créer ce qu'on appelle des pensions de famille. Aujourd'hui, il y en a une vingtaine de milliers de places, et donc on veut arriver à 100 000. Alors, une pension de famille, il faut que vous compreniez quelque chose qui est un peu difficile à dire et à admettre, c'est que quelqu'un qui est dans la rue la grande difficulté, souvent, c'est à se réhabituer, à avoir une vie avec un appart à s'occuper, des choses comme ça.
Donc la pension de famille, c'est à la fois vous êtes autonome, vous êtes respecté, vous êtes libre, hein, vous êtes libre, mais il y a de l'accompagnement, de l'aide humaine... Vous appartenez à un logement, partagé avec d'autres personnes, des espaces communs... Il y a d'autres gens, vous apprenez, bon, vous retrouvez les règles de fonctionnement. Et puis, il y a surtout construire du logement, parce que la meilleure solution aux gens qui n'ont pas de logement, c'est de leur donner un logement. C'est la raison pour laquelle dans le programme, on prévoit de monter à 200 000 logements créés par an. Aujourd'hui, on est à peine à 100 000.
Bon, 200 000, j'ai connu une époque dans les années 70 où on en faisait 300 000, hein. Donc ça n'a rien d'inatteignable. Moi, je pense que c'est pas possible qu'il y ait 300 000 sans-abri dans un pays qui a notre puissance et sa richesse, bon. Mais il faut s'atteler à ça en disant on va y mettre des moyens financiers, ça c'est pas le plus important, mais surtout des moyens humains pour décider, suivre les mesures que l'on prend. On doit en tout cas moi je ne vois pas ce que quelqu'un d'honnête peut afficher comme autre objectif que zéro SDF. Ou alors, on me dit combien on en laisse. Mais personne n'osera dire ça. Donc si vous dites zéro, alors dites comment.
Voilà, moi je viens de vous expliquer comment je pense qu'on peut le faire. Et qu'on peut le faire si, bon, on a la volonté. Et pour ça, il faut avoir la volonté. C'est pour ça que c'était un sujet qui nous semblait essentiel à évoquer aujourd'hui, parmi les 78 questions qu'on a... Vous avez raison, c'est bien, parce que ça permet de parler et de faire prendre conscience aux gens de la détresse qui nous entoure. Et des 300 000 sans-abri... 8 millions de gens qui sont à l'aide alimentaire. 12 millions qui ont froid, qui ne chauffent pas. Et on est un grand pays. Tout ça est une histoire de fou.
On va passer à la dernière question. Je vous invite à appuyer une dernière fois sur le buzzer. Et c'est... Ce sera le drapeau français pour terminer. Alors, concrètement, derrière ce drapeau français, l'idée va être pour conclure, on va dire, cet échange et mieux comprendre, enfin, même si on a eu l'occasion de le faire pendant tout ce temps-là, votre vision de la France. De reprendre une formule que vous connaissez très sûrement, enfin, que vous connaissez sans aucun doute. C'est celle de François Hollande qui a été prononcée en 2012. Le fameux « Moi, Président » qui a été prononcé en 2012 face à Nicolas Sarkozy. Le principe est assez simple.
Des phrases, des séries de phrases vont s'afficher à l'écran. Je vous propose de les compléter comme vous le souhaitez à chaque fois en une phrase. De la lire et de la compléter. D'accord. Histoire de comprendre votre vision de la France. Et c'est là qu'elle
débute la phrase. Et on va... Et donc,
voilà. Là, je vous laisse la lire et la compléter en une phrase.
Moi, Président, les jeunes seront appelés à se rendre utiles. Moi, Président, mon ennemi sera... Bon, je le laisse se découvrir lui-même. Passons au suivant. M'occuper des pauvres gens. Les plus riches... paieront plus. Ils se sont bien gorgés, là. C'est en dernier. Donc, il faut partager, là.
Et enfin, un dernier. Moi, Président, la France...
sera assez aimée par tous les Français pour que les gens arrêtent de se détester
entre eux. Merci beaucoup, Jean-Luc Mélenchon, d'avoir pris le temps de venir échanger avec nous. On a abordé un certain nombre de sujets. Je précise, du coup, dès maintenant que cet échange qu'on a pu avoir, vient en complément d'une autre vidéo. Une vidéo de décryptage et de présentation de votre programme, où on se penche sur un certain nombre de mesures.
Et moi, je précise que je ne l'ai pas vue, la vidéo. Donc, c'est sous sa responsabilité, pas la mienne. Très bien. Non, mais parce que c'est pas facile. Le programme, le nôtre, il y a, je ne sais pas combien, 690 mesures. Moi-même, je peux toutes les expliquer. Parce qu'il y a beaucoup d'expertise dedans. Et je sais que c'est dur, souvent, de présenter. C'est complexe.
Ça a été l'objectif, mais j'inviterais, du coup, à la voir. On a présenté, du coup, une dizaine de mesures que vous portez. Merci pour votre temps. Merci. Jean-Luc Mélenchon,
aujourd'hui, je précise... C'est encore angoissant, ce truc
tout noir. C'est sobre. Au moins, c'est sobre. Il n'y a pas de...
Oui, mais je m'aperçois que j'ai des gestes de type qui ont angoissé, parce que je me tiens les doigts.
Non, non, mais c'était l'occasion de parler de sujets de fond pendant le temps. C'était intéressant de pouvoir... On est dans le noir. Il y a juste ça qui brille, vous et moi. Mais ça va. Au moins, on n'est pas déconcentrés. C'est clair qu'on n'est pas déconcentrés. Je précise, d'ailleurs, pour ceux qui regardent cette vidéo, que pour... Étant donné qu'on est sur YouTube, pour découvrir les autres interviews des candidats à l'élection présidentielle ou encore les décryptages des autres programmes des candidats, je vous invite à le voir directement sur cette chaîne YouTube. Vous pouvez aussi vous abonner pour ne pas louper les vidéos suivantes.
On met en description des liens pour en savoir plus, en l'occurrence, dans le cadre de cette interview sur le programme de Jean-Luc Mélenchon. Merci encore pour votre présence aujourd'hui. On suivra
donc avec attention la suite de la campagne.
Jean-Luc Mélenchon