Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewLCP — La Politique et moi (sur Podcast)· 14 mai 2024 14 minComplaisantFond programmatiqueSantéInstitutions & élections

Olivier Falorni, le combat pour une fin de vie digne

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:17OuverteRéponse directe

    Pourquoi les mots euthanasie et suicide assisté sont absents de ce texte ?

  • 1:33OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça veut dire qu'il y a la volonté d'atténuer la violence d'un acte ?

  • 2:26OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce texte provoque-t-il déjà d'importants remous en 1978 ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Comment expliquez-vous les remous autour de cette proposition de loi en 1978 ?

  • 4:47RelanceRéponse partielle

    La liberté ne heurte-t-elle pas le principe de fraternité ?

  • 5:44OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous répondez aux médecins qui disent ne pas avoir choisi de donner la mort ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24Invité politiqueFait
    « Parce que ce sont des mots qui créent la confusion, qui ne sont pas forcément identifiés par nos concitoyens, qui peuvent faire peur, parce que l'euthanasie est aussi connotée historiquement. »
  • 1:37Invité politiqueFait
    « Vous savez, moi, dans ma proposition de loi en 2021, je parlais d'aide médicale à mourir. »
  • 1:58Invité politiqueFait
    « C'est d'aborder avec humanité la fin de vie de personnes qui sont gravement malades, qui sont atteintes de maladies graves et incurables. »
  • 3:33Invité politiqueFait
    « Et je pense qu'à l'époque, la société n'était pas arrivée à la même maturation qu'aujourd'hui. »
  • 3:51Invité politiqueFait
    « Mon engagement sur ce sujet, il est dû en grande partie à ce monsieur. »
  • 4:32Invité politiqueFait
    « Ma boussole, elle est républicaine, et les quatre points cardinaux, c'est liberté, égalité, fraternité, laïcité. »
  • 5:51Invité politiqueFait
    « Ils auront une clause de conscience, comme pour la loi Veil. »

Temps de parole

  • Olivier Falorni54 %
  • Présentateur38 %
  • Invité4 %
  • Locuteur non identifié2 %
  • Locuteur non identifié 22 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

C'est un débat qui dépasse l'éclivage politique traditionnel. Il concerne à la fois l'intime et l'universel, l'individu et la civilisation. Faut-il autoriser l'aide à mourir ? Dans le cadre du débat sur la loi fin de vie, nous recevons les députés qui ont décidé de monter en première ligne sur ce sujet. Aujourd'hui, Olivier Falorni, député Modem et rapporteur général de ce projet de loi. Bonjour Olivier Falorni. Bonjour. Alors avant de voir comment vous êtes forgé votre opinion sur ce sujet, on va parler de ce texte, de ce projet de loi qui est proposé par le gouvernement. C'est un texte qui autorise l'aide à mourir sous deux formes différentes.

Il y a d'un côté ce qu'on peut appeler le suicide assisté, c'est-à-dire que le patient va s'inoculer lui-même un produit létal qui va être prescrit par un médecin. Et puis il y a aussi l'euthanasie. Quand le patient n'est pas en mesure de s'inoculer lui-même le produit, il va demander à un proche ou à un médecin ou à un infirmier de le faire à sa place. Alors je ne vais pas vous demander si vous êtes favorable à ce texte, c'est un combat que vous portez depuis des années. Je l'ai dit, vous êtes le rapporteur général de ce projet de loi. En revanche, j'aimerais savoir pourquoi les mots euthanasie et suicide assisté sont absents de ce texte.

1:24
Olivier Falorni

Parce que ce sont des mots qui créent la confusion, qui ne sont pas forcément identifiés par nos concitoyens, qui peuvent faire peur, parce que l'euthanasie est aussi connotée historiquement.

1:33
Présentateur

Mais ça veut dire qu'il y a la volonté d'atténuer aussi peut-être la violence d'un acte ?

1:37
Olivier Falorni

Non, de clarifier. Vous savez, moi, dans ma proposition de loi en 2021, je parlais d'aide médicale à mourir. Euthanasie, c'est un mot qui peut faire peur. Suicide assisté, ça peut créer de la confusion, parce qu'il ne s'agit pas de parler de suicide, il s'agit de parler, parce que finalement, parler de la fin de vie, c'est quoi ? Ça n'est pas parler de la vieillesse, ça n'est pas encourager au suicide, c'est d'aborder avec humanité la fin de vie de personnes qui sont gravement malades, qui sont atteintes de maladies graves et incurables. Donc le terme aide à mourir me semble être le plus précis, le plus humain. Et vous savez, les mots ont un sens dans l'accompagnement de la fin de vie.

Accompagnement, justement, plutôt peut-être que palliatif. Aide à mourir, plutôt que euthanasie ou suicide assisté, qui sont des mots qui peuvent agresser, alors que c'est un processus profondément humaniste.

2:26
Présentateur

Alors cette question de l'aide à mourir, elle s'est déjà invitée plusieurs fois dans le débat parlementaire. Je vous propose de remonter à 1978 avec la proposition de loi du sénateur Henri Caillavé. C'est un homme politique qui a beaucoup compté pour vous, et il défendait à l'époque le droit de vivre sa mort. Et on va voir comment le sujet était évoqué à la télévision en 1978.

2:47
Invité

Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonsoir. Une loi peut-elle organiser la mort d'un être humain ? Depuis hier après-midi, depuis que le sénateur Caillavé a déposé son projet de loi visant à la légalisation, sinon de l'euthanasie, au moins d'un certain droit à la mort, la controverse s'est ouverte. L'euthanasie, vous le savez, c'est le sujet tabou. C'est le débat qui oppose certains malades incurables à leurs médecins, qui oppose les médecins entre eux, et qui est condamné par 20 siècles de religion chrétienne.

3:14
Présentateur

Alors, cette proposition de loi n'était pas du tout question d'euthanasie dedans. C'était un texte qui visait juste, entre guillemets, à empêcher ce qu'on appelle l'acharnement thérapeutique. Or, on voit que la question provoquait déjà d'importants remous. Comment est-ce que vous l'expliquez ?

3:28
Olivier Falorni

D'abord, c'était en 1978, c'était 4 ans après le vote de la loi Veil. Et je pense qu'à l'époque, la société n'était pas arrivée à la même maturation qu'aujourd'hui. Néanmoins, le sénateur Kayavé, comme souvent, puisqu'il avait été rapporteur 4 ans avant de la loi Veil, voulait mettre sur la table un grand sujet de société. Et vous savez, mon engagement sur ce sujet, il est dû en grande partie à ce monsieur.

3:56
Présentateur

Peut-être qu'on peut rappeler qui il était, figure importante du parti radical de gauche, combattant des libertés individuelles qui s'est battue pour le droit à l'IVG, mais pas seulement, aussi pour le droit des couples homosexuels à se marier, pour la reconnaissance du changement de genre des personnes transsexuelles.

4:12
Olivier Falorni

À l'époque, on était dans les années 70. Un homme pour qui j'avais beaucoup d'admiration. Vous savez, mon engagement sur le sujet, il est le fruit d'une éducation et d'une rencontre. La rencontre, c'est avec Henri Kayavé. Et puis l'éducation, c'est celle de mon grand-père, instituteur, hussard de la République, et qui m'a donné, finalement, recevoir une éducation, c'est finalement recevoir une boussole. Ma boussole, elle est républicaine, et les quatre points cardinaux, c'est liberté, égalité, fraternité, laïcité. Eh bien, quand on regarde le sujet de la fin de vie, on peut estimer que sur ces quatre grands points cardinaux, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup à faire encore.

4:47
Présentateur

Mais est-ce que la liberté ne vient pas heurter le principe de fraternité, qui veut aussi que, dans la société, on prenne soin de l'autre, et pas forcément en donnant la mort ?

4:57
Olivier Falorni

Alors, d'abord, c'est la maladie grave et incurable qui va tuer le malade. Donc, on n'est pas dans donner la mort sans condition, puisque la loi va définir...

5:08
Présentateur

Parce que les adversaires de l'aide à mourir invoquent la fraternité, justement, pour refuser cet acte-là.

5:14
Olivier Falorni

Mais chacun met derrière les mots sa propre conception philosophique ou religieuse. Certains parlent de fraternité, d'autres parlent de charité, d'autres de solidarité. Chacun a sa propre conception, et c'est la noblesse du débat, et je pense que c'est tout l'intérêt d'un sujet comme celui-là. Mais j'entends des médecins, certains disent, certains disent, ne l'oublions pas, que l'aide à mourir peut être un acte de soin, l'ultime acte de soin.

5:41
Présentateur

Effectivement. Certains médecins disent cela. D'autres disent aussi qu'ils n'ont pas choisi de faire ce métier pour donner la mort. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

5:49
Olivier Falorni

Eh bien, ils auront une clause de conscience, comme pour la loi Veil. Un médecin, un infirmier, ne sera pas tenu de faire ce geste s'il ne le souhaite pas. Donc, c'est vraiment une loi de liberté qui n'impose rien à personne et qui ne retire aucun droit à quiconque.

6:05
Présentateur

Vous évoquiez le fait religieux. Les trois grandes religions monothéistes s'opposent à l'aide à mourir, s'opposent à l'euthanasie en soi. Vous répétez souvent que dans notre République, la foi ne fait pas la loi. C'est vrai. Mais l'interdit de tuer, il n'est pas seulement religieux. Il fonde aussi notre civilisation. Est-ce qu'on n'attaque pas un peu ce principe fondamental de notre civilisation en autorisant l'aide à mourir ?

6:31
Olivier Falorni

Non, je ne pense pas. Vous savez, la loi, elle est faite pour définir un cadre. Quand toutes les solutions ont été proposées, et notamment les soins palliatifs, qui sont la réponse principale, primordiale...

6:45
Présentateur

Et qui sont présentes dans ce projet de loi.

6:47
Olivier Falorni

Et je suis un militant des soins palliatifs. Je me suis battu dans ma circonscription pour qu'on ait une unité de soins palliatifs. Donc, les soins palliatifs sont la réponse principale. Mais il y a certaines circonstances. Quand la vie n'est devenue qu'une agonie insupportable, eh bien, il faut savoir, je pense, avoir ce geste de fraternité, de proposer une aide à mourir, qui ne dépendra que de la seule volonté du malade.

7:14
Présentateur

En 2013, lors d'une séance de questions au gouvernement, vous avez choisi de briser l'omerta d'une douleur intime. Ce sont les mots que vous avez employés dans l'hémicycle. Vous avez évoqué le combat de votre mère contre le cancer. Vous avez évoqué sa fin de vie douloureuse pour plaider pour la légalisation d'une forme d'aide à mourir. Est-ce que la mort de votre mère vous a fait évoluer sur cette question-là, de la fin de vie ?

7:37
Olivier Falorni

Non. Ça n'a fait que conforter ce que je pensais. Mais ça n'est pas le décès de ma mère qui m'a amené à défendre cette cause. Pas du tout.

7:47
Présentateur

D'ailleurs, vous prenez souvent les devants en disant « ce n'est pas un combat personnel que je mène ». Ah non.

7:51
Olivier Falorni

Je vais vous dire, je défends des convictions, mais je n'ai aucune certitude. Aucune. Je n'ai pas la vérité. Je pense qu'aucun collègue dans l'hémicycle n'a la vérité.

7:59
Présentateur

Est-ce que vous avez évolué sur vos positions ? Oui. En rencontrant les uns les autres, vous avez fait un gros travail en tant que parlementaire pour évaluer les lois Clès-Leonetti.

8:07
Olivier Falorni

Oui, j'ai évolué parce que c'est vrai que quand j'étais jeune, et vraiment je me suis intéressé jeune au sujet, j'étais dans l'idée d'une forme d'absolu, c'est-à-dire qu'on doit disposer de son corps, on doit pouvoir disposer de sa mort. Et quelque part, j'estimais que c'était finalement un droit sans condition. Et puis, quand vous réfléchissez, quand vous travaillez, quand vous rencontrez les gens, quand vous pensez contre vous-même, pensez contre soi-même. Ça, je crois que c'est important sur un sujet pareil.

Et évidemment, j'en suis arrivé à dire que, certes, il faut une aide à mourir, c'est ma conviction profonde, je respecte ceux qui pensent l'inverse, mais qu'il faut définir des conditions extrêmement strictes. Et c'est l'objet de cette loi. Et notamment, la question des maladies psychiatriques. Je considère, c'était dans ma proposition de loi, qu'elles ne peuvent pas être intégrées dans ces possibilités d'accéder à l'aide à mourir.

9:11
Présentateur

Alors, on va évoquer justement cette proposition de loi que vous avez défendue en 2021, donnant le droit à une fin de vie libre et choisie. Une majorité de députés étaient prêts à voter votre texte ce jour-là, sauf que c'était sans compter sur l'obstruction de quelques adversaires.

9:28
Locuteur non identifié

Aujourd'hui, le visage de l'Assemblée nationale, il est là, devant moi. Ce sont ces 4000 amendements, ces feuilles. Elles n'ont qu'un but, d'empêcher les représentants de la nation, d'empêcher les députés de voter ici. Voilà ce que c'est ! Voilà l'image ! Voilà l'image que vous donnez ! Voilà !

10:03
Présentateur

Alors, cette séance, on le voit, elle a été particulièrement tendue avec l'obstruction menée par quelques députés du groupe LR. Mais aussi, on le voit sur ces images-là, on voit des députés du groupe LR se lever pour vous applaudir. Quel souvenir vous gardez de cette journée-là, de cette séance ?

10:18
Olivier Falorni

C'était une journée inoubliable, et c'est là où on a pu mesurer toute la force du sujet. On a pu mesurer aussi que c'était un thème transpartisan. Finalement, les questions d'étiquette politique ne jouent pas. Voilà, c'est un débat de conscience. Et ça a été une journée très forte, et il y avait certains collègues très chevronnés qui étaient présents ce jour-là, et qui m'ont dit, lorsque nous nous sommes arrêtés, hélas à minuit, qu'ils avaient vécu probablement le plus grand moment de leur parcours parlementaire.

Alors que nous n'avions même pas pu voter ce texte, même si, vous l'avez signalé, nous avions voté l'article 1, qui fondait le droit à l'aide à mourir, avec les conditions de manière précise.

11:03
Présentateur

Vous avez dit qu'on a arrêté l'examen à minuit, tout simplement parce que c'était examiné dans le cadre de ce qu'on appelle une niche parlementaire. C'est-à-dire que vous n'aviez qu'une journée de séance dans l'hémicycle pour débattre de ce sujet. Est-ce que vous pensez sincèrement pouvoir légiférer sur un sujet aussi sensible, aussi complexe, en aussi peu de temps ?

11:18
Olivier Falorni

Non, bien sûr. Moi, ce que je voulais absolument, et vous avez suivi, c'était l'enjeu de voter cet article 1, parce que voter l'article 1, c'était voter le droit à l'aide à mourir. Et quand 83% des députés ont voté cet article 1,

11:31
Présentateur

et nous y sommes arrivés,

11:33
Olivier Falorni

malgré l'obstruction, c'était un signal politique qui enclenchait évidemment la campagne présidentielle et la volonté du président de la République de demander une convention citoyenne, et à partir de cette convention citoyenne, d'avoir ce projet de loi.

11:48
Présentateur

Vous attendiez cette loi sur la fin de vie depuis longtemps. Est-ce que ça marque l'aboutissement de votre combat pour vous ?

11:56
Olivier Falorni

Ah non, c'est un commencement. C'est un commencement. C'est-à-dire ? C'est un commencement, parce que cette loi, qui va prendre du temps, il y a la première lecture à l'Assemblée nationale, mais il y aura la navette parlementaire. Le Sénat est beaucoup plus rétif à ce texte que l'Assemblée nationale, je le pense. Donc, c'est un commencement de cette dernière étape, quelque part. Et quand cette loi sera votée, comme je l'espère, il faudra aussi faire en sorte qu'elle soit appliquée. Parce que j'ai toujours dit qu'il y avait deux impératifs sur ce texte, l'impératif d'égalité et l'impératif d'effectivité.

Et quand ce texte sera voté comme je le souhaite, il faudra veiller à ce que ce droit soit effectif et appliqué. Parce que si nous nous battons, c'est un peu pour nous tous, parce que c'est un droit qui concernera éventuellement tout le monde, même si très peu l'utiliseront. Mais c'est en pensant, aujourd'hui, aux malades. Aux malades qui attendent. Merci beaucoup, Olivier Falorni,

13:03
Présentateur

d'être venu dans cette émission spéciale de La Politique et moi. Merci beaucoup.

13:08
Locuteur

Merci.