Aurélien Pradié, député du Lot et candidat à la présidence des Républicains
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Le Grand Invité Nouvelle journée de mobilisation aujourd'hui. La CGT invite de nouveau à faire grève et manifester ce jeudi pour les salaires et les retraites. Au niveau national, le syndicat prévoit une mobilisation au moins équivalente à celle du 18 octobre, au plus fort de la grève des raffineries. La police avait alors compté plus de 100 000 manifestants. Pour en parler, nous sommes ce matin avec Aurélien Pradier. Bonjour. Bonjour. Vous êtes député du LOT et candidat à la présidence des Républicains. Aurélien Pradier, les revendications aujourd'hui sont claires. Coup de pouce au SMIC, hausse du point d'indice des fonctionnaires, indexation des salaires sur l'inflation.
Ces demandes, elles vous paraissent justes et justifiées ?
Ce que je sais, c'est que nous avons aujourd'hui une crise de pouvoir d'achat qui va même au-delà, qui est une crise de dignité aussi pour beaucoup des travailleurs de notre pays, dont les revenus ne permettent plus aujourd'hui de vivre dignement, de se déplacer, parfois même de s'alimenter. Et ce sujet, ce n'est pas un sujet de droite ou de gauche. C'est un sujet qui doit tous nous concerner, évidemment. Est-ce que l'augmentation mécanique du SMIC est la bonne solution ? Je ne le crois pas. Est-ce qu'un travail profond sur les salaires est la bonne solution ?
J'en suis absolument convaincu et j'ai toujours proposé que la droite républicaine traite cette question-là, qu'elle ne laisse pas ces sujets à la gauche, parce que nous avons besoin de faire en sorte que ceux qui travaillent le plus durement, qui souvent ont des salaires les plus faibles, soient de même mieux récompensés. Mais la situation actuelle, il faut ajouter qu'elle est aussi très liée à l'inflation, et notamment sur la question énergétique.
Nous avons totalement sacrifié notre filière nucléaire depuis quelques années, et ce sacrifice-là est en train de nous coûter très très cher aujourd'hui, y compris dans le portefeuille des Français, lorsqu'ils vont devoir payer leur facture d'électricité.
Justement, dans la nuit de mardi à mercredi, Aurélien Prédier, le Parlement a voté un budget rectificatif avec plusieurs rallonges anti-inflation, et notamment l'adoption d'un chèque énergie d'un montant de 100 à 200 euros pour les foyers les plus modestes. Est-ce que vous avez voté ce texte ?
Oui, parce que ce sont des mesures qui vont dans le bon sens. Vous savez, moi à l'Assemblée nationale, j'ai toujours fonctionné de cette manière-là. Je ne suis pas un opposant bête et méchant, je ne suis pas macroniste, je ne le serai jamais. Le projet d'Emmanuel Macron n'est pas mon projet politique. Mais quand une mesure va dans le bon sens, pourquoi voudriez-vous que nous ne la votions pas ? Souvent, d'ailleurs, ce sont des mesures que nous avons nous-mêmes proposées. Et c'est pour ça que le gouvernement est obligé d'y venir. C'est parce que nous l'avons poussé, et même souvent forcé, à y venir. C'est vrai pour ces dispositifs anti-inflation dont nous parlons.
Vous savez sûrement que la première liste tourne sur le prix des carburants. Elle a été obtenue grâce aux députés les Républicains, contre à l'époque le premier avis du gouvernement. C'est ça le rôle des députés. C'est de batailler pour que la vie des Français soit un peu meilleure demain.
Le rôle des députés, c'est aussi de rassembler la nation. Et la nation, on a l'impression qu'elle est très divisée. Inflation, crise énergétique, réforme des retraites, beaucoup de divisions. Justement, vous parliez de crise de la dignité au début de cette interview. Est-ce que la fraternité n'est pas devenue petit à petit le parent pauvre du triptyque républicain ?
Vous avez sûrement raison. Et c'est quelque chose que je dénonce depuis plusieurs années. Je crois même pouvoir dire, sans vouloir faire de politique politicienne, mais parce que c'est la vérité qu'Emmanuel Macron y a une grande part de responsabilité. Ce qui me préoccupe, c'est la fracturation de la société. Je pense qu'on peut parler vraiment de fracturation. Les uns et les autres ont été dressés en permanence, les uns contre les autres. Et cette situation, elle est en train de devenir tout à fait explosive, absolument périlleuse.
Vous avez raison de dire que dans la vie politique, on a souvent oublié que ce qui était peut-être le plus silencieux, mais le plus difficile et le plus nécessaire, c'était de faire en sorte que les Français vivent les uns avec les autres. Ça s'appelle de la fraternité. Ça peut s'appeler sous différents noms, mais au final, ça s'appelle la nation. La cohésion de la nation, c'est un grand défi politique qu'on a beaucoup sous-estimé. Je pense qu'il est temps d'arrêter de jouer avec le feu.
Vous dites qu'Emmanuel Macron y a une grande part de responsabilité. Pourtant, on apprend ce matin dans un article du Figaro qu'un certain nombre de députés LR en coulisses s'organisent pour travailler avec la majorité présidentielle, Philippe Juvin, Virginie Dubuis-Muller. Selon eux, les deux tiers des députés LR de l'Assemblée sont prêts à travailler en bonne intelligence avec le président. Est-ce que vous en faites partie ?
Je n'ai aucune intention de me rallier à Emmanuel Macron. Et je dis à ceux qui ont l'intention de le faire qu'ils ne se cachent pas en coulisses. Enfin, qu'est-ce que c'est que cette vie politique ? Pardon de vous le dire un peu brutalement, mais ça vient du cœur. Lorsqu'on a des intentions, il ne faut pas les cacher, on ne fait pas les choses en coulisses. Moi, je ne suis pas macroniste parce que le projet politique d'Emmanuel Macron n'est pas le mien. Est-ce que ça m'empêche, sur des mesures comme celles que nous avons évoquées tout à l'heure, qui vont dans le bon sens de les voter ? Évidemment que non, mais c'est ce que tous les députés devraient faire.
D'ailleurs, c'est ce que les députés des autres partis font aussi. Il leur arrive de voter des mesures lorsqu'ils considèrent qu'elles vont dans le bon sens. Mais nous avons besoin aujourd'hui d'autre chose que de faire des alliances contre nature. On a besoin d'autre chose que d'avoir une vie politique dans laquelle les uns se vendent aux autres. Je n'aime pas cette période et je pense qu'elle fait du mal à la politique et à la démocratie.
Vous dites que le projet d'Emmanuel Macron n'est pas le vôtre. Votre projet, justement, c'est celui d'une droite sociale. Un concept qui vous est cher, mais c'est quoi les propositions d'une droite sociale aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a de la place dans le débat démocratique pour une droite sociale ?
Il y a de la place pour une droite populaire. Je parle plus souvent de droite populaire que de droite sociale. La droite populaire, c'est celle qui parle à tous les Français. Et c'est vrai que la droite, depuis des années, n'a plus parlé à tous les Français. Qu'est-ce que nous avons à dire aux Français les plus modestes ? Bien souvent, la droite ne leur parle plus. Mais la droite populaire, c'est aussi celle qui parle de tous les sujets. Vous m'avez souvent entendu parler d'immigration avec sûrement un peu plus de sérieux que ce que nous pouvions faire jusque-là.
Mais vous m'avez aussi beaucoup entendu parler d'éducation, d'écologie, de retraite, y compris avec des visions différentes de celles d'Emmanuel Macron sur cette réforme-là. La droite que je souhaite rebâtir demain, c'est une droite qui parle de dignité à tous les Français. Et tout ça, ça nous est arrivé depuis très longtemps. J'étais hier soir dans un département. Nous avons beaucoup parlé, par exemple, de la question de l'eau, qui est une question essentielle, le gaspillage de l'eau, le retraitement des eaux usées pour notre agriculture. Ça, c'est un vrai sujet environnemental. On n'entend plus la droite sur des sujets aussi essentiels que l'éducation.
Je souhaite qu'on reflète vraiment nos enseignements. C'est vrai, l'éducation et l'écologie,
on y viendra dans un instant. Mais justement, comme la gauche, la droite républicaine a perdu les classes populaires. Au-delà de parler des sujets d'éducation, d'écologie, comment est-ce que vous expliquez ce phénomène ? Est-ce que c'est aussi que la droite a peut-être diffusé des concepts qui n'étaient pas propres aux classes populaires ou que ne comprenaient pas les classes populaires parce que ça ne les concernait pas ?
La droite a fait moins de 5% à la dernière élection présidentielle. Ça veut donc dire qu'il y a quelque chose que nous avons raté. Et moi, vous ne m'entendrez jamais dire qu'il faut continuer exactement comme avant. C'est d'ailleurs pour ça que je suis candidat à la présidence des Républicains. C'est parce que je pense qu'il faut désormais tourner des pages, écrire un nouvel avenir pour la droite. Et ça passe par la relève politique que je tâche d'incarner avec d'autres de mes amis. La droite ne parlait plus aux catégories populaires. Elle a arrêté de le faire.
Sur les retraites, par exemple, je pense qu'il faut que nous ayons une approche qui respecte mieux ceux qui ont commencé à travailler très tôt. Tous ces sujets-là sont des sujets sur lesquels nous avons déserté politiquement. Et oui, si les Français populaires ne nous regardent plus à droite, c'est parce que la droite ne leur parlait plus. Je veux à nouveau que nous leur parlions.
Et justement, vous étiez hier réuni à Colombay, les deux églises avec tous les dirigeants de la droite pour commémorer les 52 ans de la mort du général de Gaulle. Vous avez joué l'unité. Est-ce que c'était un simple coup de com' ? Et justement, vous avez aussi dit vouloir moderniser les grandes valeurs du gaullisme. Concrètement, ça veut dire quoi ?
L'unité, ce n'est pas un coup de com'. Nous sommes des concurrents politiques pour cette élection interne, mais nous sommes aussi des amis politiques. Et je me fixe une exigence, c'est que lorsque je deviendrai président des Républicains, après la confiance des adhérents, je veillerai à rassembler mes concurrents parce que nous avons trop souffert des divisions. Le gaullisme, c'est une idée qui doit être, à mon sens, remise totalement dans l'actualité. Le gaullisme, c'est le rassemblement des Français. Le général de Gaulle ne dressait pas les Français les uns contre les autres. Et puis, le gaullisme, c'est le respect de la parole du peuple.
Lorsque les Français ont parfois pris des décisions contraires à ce que souhaitait le général de Gaulle, il a lui-même été jusqu'à quitter le pouvoir. Il faut que nous retrouvions ce rapport du politique aux citoyens qui respecte le vote des citoyens et nous l'avons perdu depuis bien longtemps. J'ajoute un dernier mot. Le gaullisme, c'est aussi la transmission. Hier, on me rappelait qu'à Colombais, le jour des obsèques du général de Gaulle, les onze qui portaient son cercueil avaient moins de 20 ans parce que le général de Gaulle considérait que ce qui était nécessaire en politique, c'était de transmettre le flambeau. C'est un peu pour ça que je suis candidat aussi, pour passer la relève.
Justement, l'éducation, vous en faites un axe fort de votre campagne mais avec cette proposition étonnante, l'uniforme, l'uniforme à l'école. Est-ce que c'est vraiment la priorité dans les établissements scolaires, le débat sur l'uniforme ? Est-ce qu'il n'y a pas plus urgent ?
C'est un tout et tout est devenu urgent aujourd'hui. Dans les propositions que j'ai faites, il n'y a pas que l'uniforme à l'école. J'ai proposé que nous reformions vraiment nos enseignants en recréant une école normale de la République. J'ai proposé qu'on redonne de l'autorité aux enseignants en leur permettant de prendre des sanctions dans les salles de classe d'eux-mêmes, en leur permettant aussi d'attribuer des bourses au mérite lorsque les élèves le méritent vraiment.
J'ai un ensemble de propositions et l'uniforme en fait partie pour une raison simple, c'est que je ne veux plus que l'école de la République soit le lieu de toutes les incursions et de toutes les attaques communautaristes, islamistes et parfois même sociales. Au premier coup d'œil, je ne veux pas qu'on reconnaisse un enfant selon son milieu d'origine sociale ou le milieu religieux de ses parents. et il faut désormais que la République se réarme et qu'au sein de l'école, elle dise il y a là un lieu neutre où l'on reconnaît les enfants par leur travail, par leur effort et par leur mérite et par rien d'autre.
Il est temps de passer des paroles aux actes, je pense que nous avons trop reculé depuis de nombreuses années et c'est le sens de cette proposition.
Nous sommes avec Aurélien Prézier, député du Lot et candidat à la présidence des Républicains. Autre sujet, l'écologie, la COP 27 s'est ouverte dimanche soir à Chermelchec. On a l'impression que la droite sur l'écologie. Est-ce qu'il y a un problème de manque de propositions à droite sur ce sujet-là ? C'est vrai
qu'on ne nous a pas entendus depuis des années et pourtant la droite a beaucoup fait. Le discours de Johannesbourg, de Jacques Chirac, c'est nous, les cordèles de l'environnement, c'est Nicolas Sarkozy, le premier ministère de l'environnement, c'est Georges Pompidou, enfin tout ça pour vous dire qu'on peut remonter loin. Je considère qu'un des enjeux environnementaux aujourd'hui est de faire en sorte que ce ne soit pas une cause qui divise les Français mais qui les rassemble. Je vous parlais tout à l'heure de la question de l'eau. Dans notre pays, on gaspille entre 20 et 40% de l'eau potable avant même qu'elle arrive au robinet.
Dans notre pays, on réutilise très très peu de l'eau usée pour notre agriculture, là où d'autres pays du monde le font beaucoup. Eh bien, vous voyez cette question de l'eau, je souhaite que la droite y revienne, qu'elle y retravaille, parce que cette question de l'eau, elle est bien plus importante que l'interdiction des barbecues, des piscines ou des sapins de Noël sur nos places de village. Je refuse de laisser aux écologistes politisés extrémistes le soin de parler seul d'écologie. C'est une affaire trop importante, l'écologie, pour le laisser aux écologistes politiques.
Bruno Retailleau dit que vous êtes jugé parti en tant que secrétaire national des Républicains dans cette campagne pour la présidence du parti. Est-ce que vous envisagez de suspendre vos fonctions le temps de la campagne, vos fonctions de secrétaire national des Républicains ?
Je ne suis pas jugé parti. Je suis au contraire expérimenté parce que c'est un atout d'être secrétaire général des Républicains, de bien connaître la machine de l'intérieur. Vous savez, dans une bataille interne, il ne faut pas être mauvais joueur. Il faut respecter les règles, je les respecte. Vous dites que Bruno Retailleau
est mauvais joueur ?
Non, je dis qu'il ne faut pas l'être. Je suis certain qu'il ne l'est pas. Je dis simplement que Bruno Retailleau lui-même est président du groupe parlementaire au Sénat. Vous voyez, ce n'est pas rien. Et pour autant, je ne lui ai pas demandé de se mettre en retrait. Non, ce qui compte dans cette campagne, c'est que chacun respecte son concurrent. C'est ce que je fais et c'est ce que je demande, y compris à mes concurrents, de me respecter. Et c'est ce qui se passe ? Oui, c'est ce qui se passe. Parfois, il faut rappeler un peu les règles, mais je n'hésite pas à les rappeler. Vous savez, j'ai une vraie liberté de parole. Je l'ai toujours eue et je continuerai à l'avoir.
Et je suis convaincu pour monter cette campagne aux quatre coins de la France que peut-être, y compris mes amis politiques, se disent, tiens, celui qu'on n'avait pas vu venir est en train de tracer un sillon et peut-être un espoir pour notre famille politique. Demain, je suis certain que Bruno Rotaillot comme Éric Ciotti seront absolument ravis de travailler à mes côtés et ils auront toutes leurs places dans l'équipe que je vais constituer.
Merci beaucoup Aurélien Pradié. Vous êtes préquité du lot, candidat à la présidence des Républicains. Merci d'avoir été l'invité de RCF dans la matinale RCF ce matin.
Merci. Merci.
Aurélien Pradié