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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 18 août 2021 23 min

Sandrine Rousseau : "on ne va pas aller à un duel Macron-Le Pen comme on va à l'abattoir"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Dans le grand entretien ce matin, une économiste universitaire, ancienne numéro 2 d'Europe Écologie Les Verts, est candidate à la primaire écologiste pour la présidentielle 2022, aux côtés de quatre autres personnalités, Delphine Bateau, Yannick Jadot, Eric Piolle et Jean-Marc Governatori. Chers auditeurs, appelez-nous, nous vous attendons au standard 01 45 24 7000. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Question d'actualité pour commencer, l'Afghanistan. Le président Macron défend la nécessité de lutter contre les flux migratoires irréguliers. Julien Bayou, votre secrétaire nationale, a immédiatement réagi hier. Emmanuel Macron dit-il fait honte à la France.

Eric Piolle, avec plusieurs autres maires de gauche, on l'a entendu dans les journaux, se dit près dans sa ville à accueillir des réfugiés afghans. Vous êtes d'accord avec eux ?

0:50
Sandrine Rousseau

Mais bien sûr, quand on parle de flux migratoires irréguliers, on a l'impression de dire un bilan comptable alors qu'il s'agit de vide personne. Et on l'a vu, on est tous sous le choc des images que l'on a vues ces derniers jours sur les réseaux sociaux, où des gens s'accrochent à des avions, espérant sans doute rejoindre les Etats-Unis accrochés à la carcasse d'un avion. Et nous, on parle de flux, on parle de stock, ça n'a aucun sens en fait. Et la France a déjà par le passé accueilli, quand il y avait des crises politiques, des peuples. Ça s'est passé lors des boat people, quand les Khmer ont pris le Cambodge. Et on a accueilli 50 000 personnes.

On a accueilli 440 000 personnes lors de la guerre civile espagnole pour lutter contre Franco. Donc la France est capable de le faire, mais on l'a toujours fait. Et pourquoi aujourd'hui on ne le ferait pas ? Parce qu'en fait, on se fait enfermer dans des idées d'extrême droite et on se fait influencer par...

1:41
Présentateur

Le président Sandrine Nossot a bien dit quand même que la France continuera de faire son devoir pour protéger les plus menacés.

1:47
Sandrine Rousseau

Oui, bien sûr. Mais enfin, ça veut dire quoi faire son devoir pour les plus menacés ? Comment on va mesurer le degré de menace ? Je lisais tout à l'heure un tweet d'une maire d'une ville moyenne d'Afghanistan qui disait « J'attends qu'ils arrivent pour me tuer. » Donc on va faire quoi ? On va attendre de voir s'ils la tuent réellement ou pas avant d'agir. Donc vous, présidente, vous ouvrez grand toutes les frontières ? Mais là, on a une crise politique majeure. On a des personnes qui nous ont aidées dans la guerre. Et donc oui, il faut les accueillir. Bien sûr qu'il faut les accueillir. C'est notre devoir.

2:16
Présentateur

C'est notre devoir aujourd'hui. Alors, la primaire d'Europe écologie, les verts. Le premier tour, c'est du 16 au 19 septembre. Tout le monde peut voter contre 2 euros. Clôture des inscriptions, le 12. On en est à combien d'inscrits ce matin ?

2:30
Sandrine Rousseau

Alors, je crois qu'on en est à 15 000 ce matin. Mais je n'ai pas le chiffre de ce matin précisément. Enfin, je crois qu'on est autour de 15 000 personnes. Ce n'est pas suffisant. C'est peu. Donc, inscrivez-vous. Inscrivez-vous. Parce qu'en fait, là, on nous vend sur 2022 un duel Macron-Le Pen. Et on voit bien que déjà, ça s'installe dans les éléments de langage politique avec l'allocution du président d'hier. Et moi, je dis, mais rien n'est fait. Et on ne va pas aller vers un duel Macron-Le Pen comme on va à l'abattoir. On a autre chose à faire dans la politique. On a d'autres valeurs à porter. On a une gauche et une écologie à porter très fortement.

On a une bataille culturelle presque à gagner. Et donc, cette espèce de duel qu'on nous survend, déjà, aucune élection présidentielle en France ne s'est déroulée comme prévu. Donc, allons-y. Venez choisir aujourd'hui les personnes qui incarnent le mieux à vos yeux les ambitions écologistes et sociales que l'on doit porter. Et puis, inscrivez-vous massivement. Et plus il y aura un mouvement social d'ampleur, plus les Français et Français se seront mobilisés sur cette primaire, plus derrière, nous aurons aussi la légitimité pour porter haut et fort les couleurs de l'écologie vers l'Elysée.

3:34
Présentateur

Oui, parce que c'est ça la crainte. Finalement, s'il y a peu d'inscrits, ce soit surtout des militants qui votent et qui ne votent pas pour le plus fédérateur. On parle par exemple d'Éric Piolle dans ce cas-là.

3:42
Sandrine Rousseau

Moi, je ne me prononcerai pas sur les pronostics parce que je pense que déjà, les écologistes ont déjoué à peu près tous les pronostics qui avaient été faits. Donc, je ne me prononcerai pas là-dessus. Je pense par ailleurs que ce n'est pas du tout ce qui est prévu, ce qui va se passer. C'est-à-dire qu'il y a aussi une manière de voir les choses. Mais plus il y a du monde, plus le candidat qui sort est fédérateur. Exactement. Plus il y a de monde, plus il est fédérateur ou elle est fédératrice. Et surtout, plus il y a aussi une légitimité ensuite à porter les couleurs de l'écologie très haut et très fort. Donc, inscrivez-vous.

Moi, je porte une écologie qui est sociale, qui vient de la société civile. J'ai un parcours et un rapport à la chose politique qui est très différente de mes concurrents et concurrentes dans cette primaire. Venez, on va faire de la politique ensemble. On va avancer. On va mener cette bataille culturelle parce qu'aujourd'hui, ce qu'on a besoin de mener en France, c'est une bataille culturelle.

4:32
Présentateur

Là, il reste peu de jours quand même. On est loin quand même des victoires aux municipales ou des 3 millions de Français qui ont voté écolo aux dernières européennes. Comment est-ce qu'on explique ce peu d'engouement ? Il y a un désintérêt pour la primaire ? Ça fait fuir ? Ou alors c'est le scrutin national ?

4:46
Sandrine Rousseau

Non, mais là, déjà, je pense qu'on sort quand même d'une période où tout le monde est un peu assommé par ce qui s'est passé entre les confinements, la crise sanitaire et puis ce qui s'est passé durant cet été avec des crises environnementales majeures partout dans le monde. Et il y a une espèce de...

On est tétanisé par l'enjeu, mais justement parce que c'est un défi très important qui est face à nous, parce que nous devons le regarder et avoir la force et le courage de prendre les mesures qui sont à la hauteur de ce défi, mais parce qu'aussi c'est enthousiasmant de recréer une société et de recréer des modalités de vivre ensemble qui soient respectueuses de la planète et des individus qui y vivent. Eh bien, allons-y ! Et au contraire, regardons nos enfants en étant fiers, en disant « Mais ça y est, on le fait pour vous ! » Ça n'a pas été facile de le faire, mais on le fait pour vous et on le fait avec enthousiasme.

5:34
Présentateur

Sandrine Rousseau, vous parliez de vos propositions qui sont différentes de celles des autres candidats, on va y venir. Mais finalement, le principe de la primaire, c'est ça aussi, afficher ces divergences, s'affronter au sein d'un même parti, ça peut être destructeur. On voit que certains, à droite, Xavier Bertrand ou même à gauche, Arnaud Montebourg pourrait finalement traper la primaire, y aller directement. Voix Europe Écologie, cette primaire, ce principe, vous n'avez aucun doute, il fallait qu'on en passe par là.

5:57
Sandrine Rousseau

Mais c'est la démocratie. Et la démocratie, c'est le pire. Même si elle fait des dégâts. Mais la démocratie, c'est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres. Comme disait Churchill. Churchill, exactement. Mais c'est la démocratie, c'est-à-dire que ça permet justement à des personnes qui ne sont pas encartées et pas à un espèce de petit carteron de militant, mais à tous les citoyens et citoyennes qui le veulent, de choisir et la personne et le programme qui leur ressemble le plus et qui veulent voir porter. C'est hyper intéressant.

Je crois que là, on sort d'un quinquennat et on sort de plusieurs quinquennats en réalité où cette espèce d'incarnation personnifiée du pouvoir, où on a un président du 20h unique, seul, solitaire, qui nous annonce ce qu'on va faire au nom de tout le peuple français, je crois qu'on n'en peut plus de cela. Donc en fait, la primaire, c'est l'inverse de la verticalité. Exactement, c'est aussi un moyen de reprendre le pouvoir sur la politique et de faire en sorte que ce soit nos choix qui s'imposent, y compris dans le débat politique.

6:52
Présentateur

Alors Sandrine Rousseau, vous êtes devenue un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes, vous brisez le silence, vous accusez Denis Bopin, ex-responsable du parti écologiste d'agression sexuelle, un an avant MeToo. Vous vous présentez d'ailleurs comme une éco-féministe. C'est quoi l'éco-féminisme ?

7:09
Sandrine Rousseau

L'éco-féminisme, le principe, c'est de dénoncer ce qui est au cœur de notre système économique et social qui est la prédation. On est dans une forme de prédation, on prend, on utilise, on jette et on prend, on utilise, on jette le corps des femmes quand on les viole et quand on les agresse. On prend, on utilise, on jette la nature quand on prend des ressources et qu'on salie les océans à coups de plastique ou quand on met du chlordécone dans les sols. On prend, on utilise, on jette aussi les corps des plus précaires dans la société.

C'est-à-dire quand on voit des personnes qui doivent faire deux heures de trajet pour rejoindre un lieu de travail qui sont payés en dessous du seuil de pauvreté parce qu'ils ne cumulent pas le nombre d'heures suffisant pour atteindre le seuil de pauvreté qui rentrent chez eux et qu'en plus, en ouvrant la télévision le soir, on les blâme de ne pas avoir été vaccinés, de ne pas avoir fait ci, de ne pas avoir fait ça et de ne pas avoir traversé la rue, on est dans une société violente et en fait, ce que je dénonce moi, c'est la violence et de dire qu'on ne pourra pas faire une transformation écologique et sociale sans s'adresser à cette violence, sans regarder cette violence et sans la limiter, la détruire,

8:14
Présentateur

faire en sorte qu'elle n'existe plus. Si vous avez cette étiquette, Sandrine Rousseau, est-ce que ça veut dire que les autres candidats d'Europe Écologie ne l'ont pas ? Un homme peut très bien être féministe, on est d'accord ?

8:25
Sandrine Rousseau

Un homme peut évidemment être féministe, enfin, il peut être allié en tous les cas et heureusement qu'il y a des hommes qui sont alliés. Maintenant, l'alliance, elle ne se décrète pas, ce n'est pas un pins qu'on se met au revers de la veste, c'est quelque chose qui s'inscrit dans les combats que l'on mène et en l'occurrence, moi je me souviens que quand on a dénoncé les violences sexuelles au sein de notre parti politique, je me souviens des soutiens que nous avons eus, des soutiens que nous n'avons pas eus et je me souviens des SMS qu'on a reçus et qu'on n'a pas reçus dans cette bataille. Vous voulez dire que là, dans les candidats à la primaire,

8:57
Présentateur

certains ne nous ont pas soutenus.

8:58
Sandrine Rousseau

Non mais je voudrais quand même rappeler qu'on était un an avant MeToo, que quand on l'a fait, ça a été une espèce d'effet papillon qui a donné, sans doute, qui a été cette espèce d'étincelle qui a donné le mouvement MeToo planétaire. La France, finalement, on dit que la France est en retard, mais nous avons été en avance sur ce mouvement-là. Et donc aujourd'hui, il nous faut retrouver la flamme de ce mouvement-là qui est un mouvement d'égalité, un mouvement d'émancipation, un mouvement où on change complètement la manière de vivre ensemble.

9:25
Présentateur

Et ça, vos rivaux n'ont pas. C'est ce que j'entends.

9:28
Sandrine Rousseau

En tous les cas, dans ce moment-là, j'aurais aimé avoir plus de soutien de la part de certains

9:34
Présentateur

de mes concurrents, oui. Sandrine Rousseau, nous allons faire un tour au standard où nous attendent les auditeurs de France Inter. On va commencer avec vous, Yvan. Bonjour, bienvenue sur France Inter.

9:44
Invité

Oui, merci. Bonjour à tous.

9:46
Présentateur

Nous vous écoutons, Yvan.

9:48
Invité

Oui, Mme Rousseau, Éric Piolle, qui est candidat comme vous à la primaire, qui est ouverte à tous, donc, s'est engagé dans cette émission à lancer dès son élection, donc avant la législative, un référendum pour instaurer le référendum d'initiative citoyenne en toute matière. Alors, ce référendum est souhaité par 80% des Français parce qu'il leur permettrait, comme en Suisse par exemple, de mettre un veto aux lois injustes et d'en proposer de nouvelles.

Ce serait une première parce qu'en France, ça serait une première pour qu'on ait la certitude qu'une promesse d'un candidat sera tenue en cas d'élection, car sinon, deux mois plus tard, ça serait une Bérésina en législative qui coûterait 20 millions par an sur 5 ans à Europe Écologie des Verts. Alors, la question est simple et précise. Madame Rousseau, prenez-vous également cet engagement ? Oui ou non ?

10:38
Présentateur

Yvan, merci beaucoup pour cette question. Sandrine Rousseau, le RIC, le référendum d'initiative citoyenne. Oui, je vous prends

10:44
Sandrine Rousseau

cet engagement de mettre en place le référendum d'initiative citoyenne, mais au-delà de ça, je prends l'engagement aussi de réformer notre démocratie, de faire en sorte que l'on sorte de cette 5ème République qui est trop présidentielle et qui ne donne pas assez de place ni au Parlement ni au territoire et que l'on mette la démocratie au cœur d'un projet de transformation écologique et sociale. C'est-à-dire qu'il faut que chaque territoire, chaque citoyen et citoyenne, où qu'il habite, où qu'il soit, où qu'elle soit, puissent évidemment participer aux décisions de son avenir et de la construction de son espace de vie.

Et là, aujourd'hui, on voit bien que, on l'a vu dans la crise sanitaire, l'essentiel des mesures nous est imposé d'en haut et on voit aussi qu'il y a une espèce d'incapacité aujourd'hui à accepter des mesures qui relèvent quand même d'une forme d'autoritarisme et d'incompréhension. Donc, c'est la 6ème République que vous prenez ? C'est une autre République en tous les cas, oui. On a déjà entendu ça, quelque part ? Très bien, mettons-nous ensemble et faisons en sorte que la démocratie bouge.

11:40
Présentateur

Vous êtes prête, s'il le faut, vous parliez de ce duel qui s'annonce entre les macronistes et puis l'extrême droite. Vous feriez alliance s'il le fallait avec Jean-Luc Mélenchon ?

11:50
Sandrine Rousseau

Moi, je ferai alliance avec toutes les personnes qui sont en mesure de répondre oui à cette question. Est-ce qu'en 5 ans, on est capable de sortir des pesticides de synthèse ? Est-ce que si on se dit que la transformation écologique que l'on appelle doit être radicale, alors il nous faut prendre des mesures radicales ? Qui nous suivra sur ces mesures radicales ? Qui est capable de tenir sur la sortie des pesticides quand la FNSEA, par exemple, sera dans la rue ? Qui est capable ? Eh bien, des personnes qui répondent moi, je suis capable de tenir parce que je pense que nous ne pouvons pas vivre en détruisant nos sols qui sont la matière de notre nourriture.

Si nous ne pouvons pas vivre en détruisant nos sols, alors il nous faut avoir le courage politique d'aller jusqu'à la sortie.

12:32
Présentateur

à propos des pesticides, je crois que Pascal, qui nous appelle de Toulouse, a une question à ce sujet. Bonjour, bienvenue Pascal.

12:39
Invité

Oui, bonjour à vous. Ben oui, donc moi je voulais savoir, je reviens à l'écologie de base, justement je voulais parler du glyphosate et je ne comprends pas que le parti écologiste ne focalise pas là-dessus, ne soit pas capable de mobiliser les foules pour demander une interdiction absolue du glyphosate dans nos campagnes et interdire justement aux agriculteurs de la FNSEA de détruire notre avenir. Par le biais de ces pesticides dramatiques qui sont cause de tant de cancers, voilà, donc j'aimerais que l'Europe Ecologie se recentre sur les choses importantes, donc l'écologie et la lutte contre les pesticides.

13:15
Présentateur

Merci Pascal pour cette intervention du concret, de l'action, le glyphosate. Sandrine Rousseau, vous nous rappelez en quelques mots ce que c'est ?

13:22
Sandrine Rousseau

Le glyphosate, c'est un des produits qui est le plus cancérigène dans ce qui est utilisé aujourd'hui dans l'agriculture et évidemment qu'il faut immédiatement sortir du glyphosate, je viens de le dire donc je le redis. Mais la FNSEA

13:34
Présentateur

demande des actions, pourquoi finalement il n'y a pas des grosses mobilisations, des appels à des manifestations ?

13:37
Sandrine Rousseau

On fait des manifestations, on fait des actions, on a fait tout le mouvement de ce qu'on appelait l'épiceur volontaire, c'est-à-dire des personnes qui mesuraient justement le taux de glyphosate dans leurs urines et on voit que toutes les personnes, même quand on mange bio, même quand on mange sain, on a du glyphosate dans les urines et puis il y a le glyphosate ici, il y a le chlordécone en Guadeloupe et Martinique, dans les Outre-mer qui empoisonnent les sols pour des dizaines d'années.

Donc oui, il nous faut sortir, c'est dans ça que je vous dis qu'il nous faut du courage politique, c'est que oui, il nous faut sortir aujourd'hui du glyphosate et on a vu dans le mandat qui vient de se dérouler que dès qu'un lobby, dès que des intérêts privés entraient à l'Elysée ou entraient dans un ministère, ils avaient gain de cause en ressortant. L'écologie, ça se mesure à la capacité à résister aux lobbies et aux intérêts privés pour l'intérêt collectif, pour le bien commun. Oui, nous devons sortir

14:29
Présentateur

du glyphosate maintenant. On a tous entendu l'appel du GIEC, ce groupe d'experts de l'ONU sur le climat qui nous dit que le réchauffement climatique va encore plus vite que prévu. En priorité, si vous étiez au commande, Sandrine Rousseau, que feriez-vous ?

14:43
Sandrine Rousseau

Il y a plein de choses à faire mais il y a des mesures écologiques pures à prendre et notamment, il y a à accompagner les entreprises dans leur transformation écologique, le fait qu'elles n'émettent pas autant de carbone qu'elles l'émettent aujourd'hui, qu'elles dépensent moins d'énergie qu'elles n'en consomment aujourd'hui. Et puis, il y a le bâtiment, il y a la limitation des transports, il y a une taxe aux frontières de l'Europe, une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Et puis, il y a quand même une loi climat qui a été adoptée par l'Assemblée. Non, mais la loi climat elle est très insuffisante, il n'y a aucun calendrier, il n'y a pas d'obligation de résultats.

Mais surtout, moi ce que je voudrais dire,

15:17
Présentateur

des logements passeport thermique interdits d'ici 2025, bien sûr, il y a des choses, supprimer les lignes aériennes à moins de 2 heures à l'initre.

15:24
Sandrine Rousseau

La France est en dessous, la France s'est fixée des objectifs qui sont en dessous de l'Union Européenne et la loi climat se fixe des objectifs qui sont en dessous des engagements de la France qui sont déjà en dessous de l'Union Européenne. Donc je veux dire, non, la loi climat n'est pas à la hauteur et on ne passe pas des lois climat tous les ans. Donc là, on a loupé un coche, c'était un coche important, on aurait pu marquer le coup. Il faut vraiment arrêter le système dans lequel on est et encore une fois, le carbone est ce qui nous met le plus en danger aujourd'hui. Le carbone met nos vies en danger et aujourd'hui, c'est ce qu'il y a de plus gratuit.

C'est-à-dire que toutes les entreprises peuvent émettre autant de carbone qu'elles le veulent ou quasiment, il n'y a pas de limitation à la quantité de carbone qui est émise.

16:01
Présentateur

Donc comment vous les accompagnez parce qu'on ne va pas les fermer ces usines ?

16:04
Sandrine Rousseau

Certaines devront fermer et d'autres devront être accompagnées. Oui, et accompagner, ça veut dire mettre de l'argent sur la table. Il nous faut 50 milliards par an. 50 milliards par an jusqu'à 2030 minimum. Eh bien, mettons-les.

16:17
Présentateur

Un impôt sur la fortune climatique ou encore la création d'un million et demi d'emplois verts. Ça, ce sont des propositions d'Éric Piolle. Vous êtes d'accord avec lui sur le fond ? Non, mais moi,

16:26
Sandrine Rousseau

je suis économiste et je ne vais pas vous dire que ça va créer X emplois parce que je me souviens de toutes les mesures où on a annoncé un nombre d'emplois et où en fait, on a été au dixième ou au cinquantième du nombre d'emplois annoncé. Donc, je ne vais pas rentrer dans les chiffres. une transition écologique, une transformation écologique, oui, ça crée de l'emploi. Oui, ça crée de l'emploi dans la rénovation des bâtiments. Oui, ça crée de l'emploi dans l'entretien de la nature. Oui, ça crée de l'emploi mais aussi dans l'émancipation parce que le projet écologiste, c'est aussi un projet d'émancipation.

C'est-à-dire, c'est aussi des moyens mis dans l'école, des moyens mis dans la culture, des moyens mis dans le sport, des moyens mis dans les liens sociétaux, dans le soin, dans la santé. Tout cela, ce sont des emplois et ce sont des emplois en plus de qualité, des emplois non délocalisables et des emplois qui ont un sens parce qu'aujourd'hui, combien des auditeurs et auditrices qui nous écoutent aujourd'hui ont un emploi dont ils ne trouvent pas le sens ? Et donc l'écologie, c'est aussi ça, c'est de dire mais retrouvons des emplois auxquels on est heureux d'aller le matin.

17:28
Présentateur

Donc vous êtes en train de nous dire qu'Éric Piolle s'avance un petit peu en donnant ce chiffre d'un million et demi ?

17:32
Sandrine Rousseau

Je ne dirai rien, mais je ne dirai rien, vous voulez vraiment que je me prononce contre Éric Piolle, mais je ne dirai rien. Je sais savoir si vous êtes d'accord. Oui, on a beaucoup d'emplois à créer dans la transition écologique mais on a aussi une autre chose à faire qui est le partage du travail. Aujourd'hui, on a un nombre de chômeurs qui va augmenter en sortie de crise Covid et il nous faut envisager toutes les solutions pour faire en sorte qu'on retrouve et de la qualité de vie et de la manière de vivre ensemble. Et dans cette manière de vivre ensemble, il ne peut pas y avoir deux catégories de personnes en France, celles qui ont des emplois et celles qui n'en ont pas.

Il faut que l'on arrive à partager ce travail et donc à diminuer aussi le temps de travail parce que l'écologie, c'est la mesure la plus écologiste que l'on puisse prendre, c'est la diminution des inégalités. C'est faire en sorte que les 10% les plus riches voient leur revenu diminué parce que ce sont eux qui polluent le plus et qui émettent le plus de carbone. Donc, dans les mesures écologistes, il y a aussi des mesures

18:28
Présentateur

sur le travail. On repart au standard avec Esther qui nous appelle de Briançon. Bonjour, bienvenue Esther.

18:35
Auditeur

Oui, bonjour. Bonjour à tous et à toutes. J'avais une question ultra simple aux invités là. À Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste. Il n'y en a qu'une, pardon, excusez-moi, je me suis embrouillée. Est-ce que Europe Écologie Les Verts pense vraiment pouvoir améliorer les choses, notamment sur l'environnement ? Je ne parlerai pas du social sans sortir du capitalisme. Est-ce qu'on peut vraiment amender le capitalisme ? Est-ce qu'on peut le transformer pour l'améliorer ? Moi, je n'y crois pas, une seconde.

Et deuxième phase de question, est-ce qu'elle connaît un peu le travail de Bernard Friot ou de Frédéric Lordon qui proposent des choses très concrètes pour améliorer tout ça, le social, l'environnement ?

19:16
Présentateur

Merci Esther. Donc, deux questions. On va répondre à la deuxième peut-être. D'abord, est-ce que vous connaissez le travail de Frédéric Lordon par exemple ?

19:24
Sandrine Rousseau

Bien sûr, et de Bernard Friot, évidemment. Ce sont des collègues et des collègues économistes et on travaille ensemble, notamment dans le cadre des économistes atterrés ou dans d'autres cercles d'économistes. Donc, évidemment, je connais leurs travaux et ils sont très intéressants. Pourquoi est-ce qu'on peut changer le capitalisme de l'intérieur ? En tous les cas, on ne peut pas continuer dans le libéralisme. Ça, c'est clair. C'est-à-dire que là, on ne peut pas continuer à ce que les entreprises, l'activité des entreprises soient dérégulées. Il nous faut retrouver la notion d'un État social et d'un État écologiste.

C'est-à-dire d'un État qui est garant du bien commun et qui limite les activités économiques en fonction de la garantie du bien commun et de l'intérêt collectif.

20:00
Présentateur

Donc, vous nous faites changer de république et de système, Sandrine Rousseau ?

20:03
Sandrine Rousseau

Mais bien sûr qu'il nous faut changer de système. On ne peut pas continuer dans une croissance effrénée. Comment on change

20:07
Présentateur

de système seule, la France seule ?

20:09
Sandrine Rousseau

Eh bien, déjà, en commençant, c'est-à-dire en faisant en sorte que les entreprises françaises soient contrôlées et qu'on ne puisse pas les laisser libres de polluer la planète, d'utiliser des emplois précaires qui rendent les personnes pauvres et malades. Enfin, c'est la base, en fait. C'est la base. Et après, il nous faut construire une Europe sociale et une Europe qui soit différente de celle d'aujourd'hui. Mais la France a une puissance en Europe qu'elle n'utilise pas suffisamment.

20:36
Présentateur

Retour au Standard avec Jean-Laurent. Vous nous appelez du Lavandou. Jean-Laurent, bonjour, bienvenue.

20:41
Invité

Bonjour.

20:42
Présentateur

Votre question à Sandrine Rousseau.

20:44
Invité

Alors, ce n'est pas forcément une question, c'est juste saluer par sympathie Sandrine, puisque nous appartenons à la même famille politique. Je me réjouis qu'elle fasse partie de ce grand débat de la primaire. Je ne doute pas, d'ailleurs, que son courage mette à profit l'ensemble de nos idées.

21:01
Présentateur

Donc, on sait pour qui vous allez voter à la primaire, Jean-Laurent. Merci, Jean-Laurent.

21:04
Invité

Non, non, pas forcément, parce que je ne suis pas un soutien de Sandrine, mais je veux saluer son courage parce que depuis de nombreuses années, elle a montré à quel point sur de nombreuses thématiques elle était présente.

21:16
Présentateur

Votre question, votre commentaire, Jean-Laurent.

21:18
Invité

Je voulais simplement l'entendre affirmer que quelle que soit la sortie de cette primaire, nous soyons tous responsables face à là ou au candidat qui sera sorti du chapeau parce que l'urgence est telle que nous avons un devoir de responsabilité collectif.

21:35
Présentateur

Merci beaucoup, Jean-Laurent. Autrement dit, Sandrine Rousseau, si vous n'êtes pas élue à l'issue de la primaire, est-ce que vous vous alignez quel qu'il soit derrière le candidat d'Europe Écologie Les Verts ? Est-ce qu'il faut que ce candidat ensuite aille jusqu'au bout ?

21:46
Sandrine Rousseau

Non seulement, quel que soit le résultat de la primaire, je participerai à la suite et si c'est moi qui gagne, j'aimerais beaucoup qu'on pose cette question aussi à mes concurrents et concurrentes pour savoir s'ils sont prêts à aller derrière moi mais bien sûr que je serai loyale et jusqu'au bout et que je porterai l'écologie jusqu'au bout et je pense qu'en effet l'écologie est aujourd'hui la force motrice, la force modernisatrice aussi de la gauche et qu'il nous faut aller jusqu'au bulletin du premier et du second tour de la présidentielle avec un nom écologiste au-dessus.

Je vous remercie et je te remercie en l'occurrence d'avoir salué mon courage parce que dans la période et si l'on veut prendre des mesures radicales en cinq ans, qu'elles soient sur le plan social ou sur le plan environnemental, il va nous valoir du courage politique.

22:33
Présentateur

Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste pour la présidentielle 2022, merci à vous, au revoir et puis bonne route jusqu'à Poitiers puisque ce sont les journées d'été du parti qui commencent.

22:42
Sandrine Rousseau

Merci beaucoup et je signale un podcast qui sort aussi aujourd'hui qui s'appelle Sensiblement politique et je vous invite vraiment à l'écouter et bonne journée d'été à tous les écologistes, j'arrive. C'est noté. Le dernier quart d'heure du 6-9 à suivre. France Inter