Laurent Marcangeli - Le Barbier du matin du 02/10/24
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Laurent Marc-Angeli, bonjour. Bonjour. Vous êtes également président du groupe Horizon à l'Assemblée Nationale, donc le groupe des députés qui sont rassemblés derrière Édouard Philippe. Nous allons parler bien sûr de la déclaration de politique générale du Premier ministre hier, mais un mot sur la situation internationale. Pour Jean-Luc Mélenchon, après le Liban et le Yémen, Netanyahou entre en guerre avec l'Iran et plonge toute la région dans la guerre. C'est votre opinion aussi ?
Il y a une drôle manière de voir les choses. Monsieur Mélenchon, hier, c'est l'Iran qui est attaqué. Et moi, je suis particulièrement inquiet de l'escalade dans la région. J'ai peur pour les civils, mais je pense que la sécurité d'Israël, elle n'est pas négociable, encore une fois. Israël a organisé une riposte par rapport aux atrocités du 7 octobre. Elle a attaqué un certain nombre d'objectifs, avec succès, de gens qui ont perpétré des attentats contre Israël, contre la France aussi, il faut quand même le rappeler. Le dracar, les militaires français. Voilà. Et aujourd'hui, M. Mélenchon, il est dans un positionnement très unilatéral.
C'est ce que le Premier ministre a dit hier à Mathilde Panot. Position très unilatérale et très éloignée de la réalité.
Les États-Unis, la France ont demandé un cessez-le-feu au Liban en fin de semaine dernière. Le ministre des Affaires étrangères français, encore lundi, demandait à Israël de ne pas entrer dans le sud-Liban. On a l'impression d'une impuissance diplomatique totale quand même, de la France, de l'Europe, du monde occidental.
Nous, nous proposons très simplement, comme le fait la diplomatie française, à ce qu'il y ait une désescalade, à ce qu'une solution pacifique puisse être retrouvée. Maintenant qu'un certain nombre de terroristes, puisque c'est de ça dont il s'agit, ont été stoppés par Israël, je crois que le calme doit revenir dans la région, sous peine d'avoir une généralisation du conflit. Et surtout, ce qui m'inquiète, vous le savez aussi bien que moi, c'est que ça aille au-delà du Moyen-Orient. Tout à l'heure, je voyais que l'ambassade du Danemark, il y avait quelques explosions, l'ambassade d'Israël au Danemark.
On a bien vu également en France ce que cela peut produire, malheureusement, avec le nombre d'agressions que cela peut représenter. Donc, moi je suis en ligne avec la position diplomatique de notre pays. Il faut que le calme revienne, mais il faut qu'Israël se sente en sécurité et ne soit pas attaqué également.
Face à l'antisémitisme qui a flambé en France depuis le 7 octobre, est-ce que les gouvernements successifs ont fait ce qu'ils pouvaient, ce qu'ils devaient ?
Moi, je pense que sous le précédent ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin, ça a été salué. Les gens ont pu constater qu'il y avait des moyens qui étaient mis pour protéger nos compatriotes de confession juive. Et il n'y a eu aucune faiblesse, aucune faiblesse lorsqu'il s'agissait de dire les choses. Ça a été encore le cas hier, je le crois, dans la discussion de politique générale du Premier ministre, qui a à lui dit qu'il n'y aura aucune faiblesse face à l'antisémitisme. Je l'ai pour ma part moi-même dit aussi dans mon discours.
Est-ce que la Corse demeure une sorte de sanctuaire où l'antisémitisme prospère moins qu'ailleurs en France ?
C'est historique. Que voulez-vous, même pendant la guerre, il n'y a pas eu de gens qui ont été donnés, dénoncés aux autorités de Vichy. C'est effectivement un endroit où les antisémitismites ne sont pas présents.
Alors cette déclaration de politique générale du Premier ministre à laquelle vous faisiez allusion, est-ce que vous considérez qu'elle a été réussie par Michel Barnier ?
Ce n'était pas spectaculaire, il faut dire les choses comme elles le sont, mais en même temps, pas toujours un moment spectaculaire.
C'était peut-être la meilleure des tactiques, de ne pas en faire trop, de ne pas provoquer, de ne pas faire des faits de manche ?
Je le pense, je le pense, c'était sobre, c'était assez efficace, ce n'était pas trop long, et surtout il y avait un certain nombre d'éléments qui, pour ce qui me concerne, c'est le plus important, vont dans le sens que j'appelle de mes voeux et que les députés que je représente appellent de leurs voeux.
Les philippistes, comme on dit, ont été satisfaits hier ?
Oui, globalement, oui, je n'ai pas eu le temps de voir tout le monde hier, mais je peux vous dire que ça a été le cas, et puis je me suis laissé dire également qu'Edouard Philippe avait trouvé l'intervention plutôt bien construite.
Pourtant, on a l'impression qu'avec ce qu'était la majorité macroniste il y a quelques semaines encore, Michel Barnier a un peu de mal à nouer un dialogue constructif.
Cette famille politique, elle est un peu différente du parti que je représente. Moi, quand vous regardez le parti Horizon, vous avez beaucoup de femmes et d'hommes qui ont appartenu aux formations de la droite et du centre pendant toute leur carrière politique. Ça va de l'UDI à l'UMP, il y a même des gens qui ont été au RPR, j'en fais partie. En revanche, du côté d'En Marche, devenue Renaissance, vous avez des personnalités qui viennent de la gauche, qui étaient au Parti Socialiste il y a encore quelques années. Et ça leur fait peut-être un peu drôle de voir un homme qui était au RPR, qui a été à l'UMP, qui était ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy à la tête d'un gouvernement.
Vous avez été servi, vous hier, en tant qu'élu Corse, puisque le dialogue sur l'autonomie, même si le mot n'a pas été prononcé, va reprendre. Il va reprendre sous l'égide de Catherine Vautrin, c'est-à-dire la ministre de la décentralisation, pas le ministre de l'Intérieur. Ça va dans le bon sens pour vous ?
Ça va dans le bon sens parce que ce ministère, il a été créé pour avoir un dialogue avec les territoires. Il s'avère que la Corse est un territoire parmi d'autres, qu'il y a un dialogue qui existe depuis 2022. Ce dialogue y est participé, aux côtés de Gérald Darmanin, sous l'impulsion également du président de la République, qui a tenu un discours à Jacques Chiu l'an dernier, très clair en la matière. Et moi, je souhaite qu'on reprenne là où ça s'est arrêté, c'est-à-dire au moment de la dissolution, avec les mêmes acteurs. Catherine Vautrin est une femme de qualité, elle connaît la Corse, c'est une amie et je vais l'aider.
Mais ce n'est plus la même Assemblée nationale. Vous avez déclaré hier, la Corse peut être un point qui peut faire consensus dans cette Assemblée tumultueuse. Pensez vraiment que Marine Le Pen à Manuel Bompard, vous allez les mettre d'accord ?
Alors ça, je ne vais pas m'aventurer à vous dire que je vais trouver la formule magique concernant cette entente qui me semble très hypothétique. Ceci étant dit, pour discuter avec des collègues d'autres groupes, je pense qu'il y a un bois de passage qui existe. Alors ça sera peut-être plus dur au Sénat, parce que le Sénat est plus conservateur, sur un certain nombre d'aspects. Un peu plus jacobin. Et un peu plus jacobin. Mais je crois qu'on peut avoir un dialogue qui soit construit et qui permette de créer des ponts, des consensus. Vous savez, il y avait une délégation de la Commission des lois qui s'était rendue il y a quelques mois en Corse.
Il y avait tous les partis politiques qui étaient représentés, ils avaient été reçus en Corse, j'avais participé à une réunion avec eux. Je trouve que ce qui en était sorti était plutôt consensuel. Donc je pense qu'en dépit de l'élection, en dépit de ce changement d'Assemblée nationale, il y a encore des possibilités de passer.
Le problème, il est aussi économique et social, en Corse comme ailleurs en France. Augmenter de 2% le SMIC début novembre plutôt que début janvier, ça fait vraiment sens ? Parce qu'il y a des marges de manœuvre budgétaire
qui sont particulièrement compliquées. Et je crois qu'hier, ce que nous avons compris, c'est que le Premier ministre faisait face quand même à un mur de difficultés particulièrement élevés en vue de construire la loi de finances et la loi de financement de la sécurité sociale. Donc nous, on est dans une optique de responsabilité tout en tenant compte, effectivement, d'une grande demande des Françaises et des Français qui soient en Corse ou ailleurs, c'est faire quelque chose pour le pouvoir d'achat. Il n'a pas prononcé le mot pouvoir d'achat, d'ailleurs, le Premier ministre. Il parle de niveau de vie. C'est une nuance ? C'est une nuance.
On peut parler de vie chère aussi parce qu'il y a une réalité. Quand on parlait de la Corse, moi, je sais qu'aujourd'hui, les prix sont différents. Pourquoi ? Parce qu'on est dans une région insulaire et on voit bien que c'est un problème qu'on voit dans d'autres îles bien plus lointaines. Donc, ce n'est pas une question de terme. C'est une question d'action. Je crois qu'il faut agir pour pouvoir simuler le pouvoir d'achat des Français. C'est une demande qu'ils nous font, quel que soit leur vote, quelles que soient les régions dans lesquelles ils évoluent.
5% de déficit en 2025. 3% de déficit en 2029. C'est le nouvel horizon fixé par Michel Barnier. Est-ce que ça vous satisfait ? Est-ce que ça manque d'ambition ?
Non. Moi, d'abord, je vais être dans le réalisme parce que malheureusement, nous avons eu des trajectoires parfois qui n'ont pas été respectées parce qu'elles étaient trop ambitieuses. et 2029, ça sera déjà dur. Nous sommes bientôt en 2025. On va parler d'un déficit qui va plus vers les 6% que vers les 5% de mon point de vue.
Oui, ils vont revenir à 5% en 2025,
dit Michel Barnier. Donc, on part de 6. On part de 6 cette année pour avoir une trajectoire à 3% en 2029. Ça demandera des efforts et je pense que c'est quelque chose qui est raisonnable aujourd'hui et qui tient compte, je pense, d'une réalité qui va être assez compliquée à gérer.
Ces efforts, ça sera pour les deux tiers la baisse des dépenses. Mais il n'a pas identifié hier de dépenses faciles à couper. Vous, au Parlement, vous êtes prêts à couper des dépenses ? Vous voyez où on peut couper ?
Bien sûr, vous avez un certain nombre d'organismes aujourd'hui qui coûtent beaucoup d'argent à l'État et qui fonctionnent très peu ou qui fonctionnent mal. Mais on le dit depuis des années, on ne les supprime pas. Vous avez des réformes de structure. Pourquoi ne pas réenvisager la création du conseil territorial qui était proposé par Nicolas Sarkozy ? Fusionner conseiller régional et conseiller départemental. Pourquoi ne pas revoir aussi le système de notre administration déconcentrée de l'État où on pourrait supprimer un certain nombre de doublons ? Moi, je pense que les exemples sont nombreux. On fera une liste le moment venu. Nous sommes consultés dans le cadre de la loi de finances.
Je serai demain reçu par le ministre de l'économie, des finances et celui du budget. On aura un certain nombre de propositions avec les députés de mon groupe qui siègent à la commission des finances. De baisse des dépenses concrètes ? Baisse des dépenses concrètes.
Alors, il y aura aussi la hausse des impôts. Est-ce que Michel Barnier a trouvé la juste mesure ? C'est-à-dire les Français les plus riches et puis les entreprises
les plus prospères ? Je crois que si on ne va pas sur cet objectif-là, à savoir augmenter pour ceux qui ont les moyens de pouvoir payer, on risque d'avoir des difficultés. J'ai été rassuré hier par ce qu'a dit le Premier ministre puisque j'ai dit, notamment dans le discours qui a été le mien, qu'il ne fallait pas d'augmentation indifférenciée. C'est un terme. C'est-à-dire que si elle est généralisée et que tout le monde en prend pour son grade, je pense que ça ne va pas fonctionner. Pas de hausse de TVA d'ailleurs, ça ne sera pas envisagé ? Non, non, je ne pense pas.
Et ce que je dis encore, n'oublions pas, la France a un gros déficit mais elle est également championne d'Europe des prélèvements obligatoires, 48%.
L'immigration était aussi au cœur de cette déclaration de politique générale. Rétablir les contrôles aux frontières à la mode allemande, est-ce que ça sera suffisant ?
Ça ne sera pas suffisant et il y a un certain nombre de propositions que nous avons faites et que nous avons votées, notamment en décembre dernier, qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel, si elles devaient revenir sur la table, puisque je pense que le ministre de l'Intérieur souhaite mettre ce débat, nous serons constants par rapport à ce que nous avons dit. Même si, de mon point de vue, aujourd'hui, les voies de passage majoritaires sur un débat sur l'immigration risquent d'être difficiles à trouver. Mais déjà, contrôler nos frontières, c'est possible. On ne sort pas de l'Union européenne parce qu'on contrôle nos frontières. L'Allemagne le fait, le chancelier social-démocrate.
Je pense qu'on peut le faire également en France. Et il y a aussi d'autres mesures qui devront être prises, notamment au niveau européen. Le Premier ministre l'a dit hier. Et la comparution immédiate pour les mineurs récidivistes, est-ce que là, il y aura une majorité à l'Assemblée ? Je ne sais pas s'il y aura une majorité, mais je peux vous dire aujourd'hui que je suis favorable à une réflexion et une réforme de la justice des mineurs. Comme je suis favorable au fait de doter les moyens de notre justice et de notre police pour lutter contre les réseaux de trafic de stupéfiants et la criminalité organisée.
C'était prévu par Éric Dupond-Moretti, le précédent garde des Sceaux, qui avait des propositions à la matière. Je l'avais aidé notamment sur ce qu'on appelle le statut de repenti qu'il fallait, à mon avis, transformer pour le rendre beaucoup plus efficace pour lutter contre les mafias. Et si le ministre de la Justice, si le Premier ministre va dans ce sens-là, je l'ai dit hier encore à l'Assemblée nationale, je serai à leur côté. En 30 secondes, que devient Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 ? Il va très bien. Vous l'avez vu à Reims il y a peu. Je suis en lien avec lui de manière régulière. Il soutient Michel Barnier, il l'a dit. Il a été reçu par lui.
Et je pense qu'il va plutôt bien. Il va retourner voir les Français ? Oui, je le pense. De toute façon, il n'a jamais cessé d'aller à la rencontre des Françaises et des Français depuis qu'il est engagé dans la vie politique, depuis qu'il a été Premier ministre et depuis qu'il a créé le parti auquel j'appartiens, Horizon.
Laurent Marc-Angeli, président de ce groupe Horizon. Merci et bonne journée.
Laurent Marcangeli