L'invité d'Apolline Matin : Édouard Geffray - 09/07
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Il est 7h41 sur RMC, et si le métier de prof faisait à nouveau rêver ? C'est ce qui ressort des chiffres du concours de profs que vous nous dévoyez ce matin en exclusivité sur RMC. Edouard Geffray, bonjour. Bonjour. Vous êtes le ministre de l'éducation nationale. Retour en Grince, les résultats du concours des professeurs cette année montrent qu'il y a eu davantage de candidats. Et combien d'admis ?
Alors, il y a eu 24 000 et demi contre 16 000 l'année dernière. Il y avait plus de place au concours. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'alors qu'on avait 40 % de place en plus, on a eu 49 % de lauréats en plus. Donc pour la première fois, je vous donne un exemple, les concours de recrutement de professeurs des écoles de Créteil et de Mayotte, pour la première fois depuis des années, on fait le plein cette année. On est à 100 % dans nos concours Créteil-Mayotte, là où on était à 90, 85, 92. Donc c'est une bonne nouvelle, et ça veut dire qu'on reprend des couleurs.
C'est une bonne nouvelle pour le métier de prof, c'est une bonne nouvelle pour les élèves. Est-ce que vous pouvez nous affirmer ce matin, Édouard Geffray, qu'il y aura bel et bien un prof devant chaque élève à la rentrée ? C'est devenu presque un marronnier, comme on dit dans notre métier. C'est-à-dire que chaque année, désormais, c'est cette angoisse des parents de se dire que peut-être qu'il n'y aura pas suffisamment de profs pour faire face aux élèves. Est-ce qu'à la rentrée, oui ou non, il y aura assez de profs ?
Alors, il y aura assez de professeurs pour le système éducatif, voilà. Après ça, c'est toujours pareil, garantir que tel ou tel professeur n'est pas absent et bien remplacé dans les deux heures, etc. Ce serait mentir que de le dire, mais en tout cas, nous aurons assez de professeurs cette année, et notamment en sciences.
Alors, il y a eu plus de candidats et plus d'admis, puisque vous aviez ouvert à davantage de places. Est-ce que ça veut aussi dire que le concours a été un peu bradé ?
Ah non, alors justement, la bonne nouvelle, c'est que non seulement on a plus d'admis, mais que globalement, les moyennes obtenues, quasiment dans toutes les épreuves, ont augmenté. Et vous voyez, si je vous prends par exemple les mathématiques, les mathématiques ont été à 74% de satisfaction en dernière, donc on avait 25% de postes non pourvus. On est remonté à 93%. Physique, pareil, 74-98%. Donc, on a quand même des bonnes nouvelles et avec des moyennes qui ont globalement augmenté.
Comment vous expliquez ça ? C'est-à-dire que les modalités du concours ont changé ? Est-ce que la rémunération, qu'est-ce qui fait qu'à nouveau c'est attractif ?
Alors, comme vous le savez, on a deux concours qui sont ouverts cette année. Un en L3, en fin de licence 3, un en fin de master 2. Les deux ont été donc pourvus dans des conditions très satisfaisantes. Ce qui est intéressant, c'est que le nouveau concours en fin de L3 attire, puisque nos lauréats vont faire leur master en étant rémunérés. 1400 euros nettes la première année en M1, 1800 euros nettes en M2. Et ça, ça attire. Et en fait, ça rétroagit sur l'ensemble de la boucle. Puis quand on regarde dans Parcoursup, on a créé cette année des licences de professeurs à des égoles qui vont donc préparer nos étudiants à passer ce concours de L3. Et on a eu dix candidats pour une place.
Dix candidats pour une place, ça veut dire que dès la terminale, vous avez eu des candidats en fait qui sont déjà en train de dire qu'ils ont envie de devenir profs.
En moyenne, dix vœux pour une place.
Alors, il y a encore quand même visiblement quelques complications ou dysfonctionnements. C'est ce que vous vouliez dire d'ailleurs, je crois. Roni, vous êtes en direct avec nous des Deux-Sèvres. Vous êtes à Nior, bonjour. Oui, bonjour. Et vous êtes enseignante sans classe depuis cinq ans. Alors, on parle des élèves qui n'ont pas de profs. Mais vous, vous êtes une prof sans élèves.
Alors, je suis un prof. Un prof, pardon. Mais oui, en effet. Là, je le dis avec le sourire, mais ce n'est pas vraiment le cas. Moi, je suis enseignant, donc titulaire. J'ai eu mon concours il y a une dizaine d'années. Très bien. Et à la suite des naissances de mes enfants, je me suis mis en disponibilité. Les enfants ayant grandi, j'ai souhaité réintégrer l'éducation nationale depuis maintenant trois ans. Mais chaque année, j'ai porte-close. C'est-à-dire que mon département auquel j'appartiens me laisse quitter le département. Mais mon département d'accueil ne souhaite pas me voir intégrer ces effectifs.
Mais quels sont les arguments qui vous sont opposés ?
C'est là où c'est un peu compliqué. On n'a pas d'arguments qui nous sont avancés. La confidentialité, le manque d'interlocuteur. On n'a pas d'informations.
Mais vous êtes rémunéré, Rony ?
Ah ben non.
Non, c'est ça. Donc là, vous êtes sorti. Vous étiez sorti. Vous étiez en disponibilité. Donc vous étiez sorti des effectifs. Exactement. Est-ce qu'il y a des réponses à apporter sur ce point-là ? Ou c'est un dossier trop complexe pour vous ?
En l'occurrence, ça ne vous dérange pas. Je prendrai juste le nom de votre interlocuteur pour regarder cette situation.
Rony, si ça vous va, on fait ça ?
Oui, ça me va, ça me va. Très bien. Effectivement, ça, c'est une personne qui est sortie du système éducatif. Il est ce qu'on appelle en disponibilité. C'est-à-dire qu'il a demandé à être, si je puis dire, en parenthèse. Entre parenthèses, et il revient. Et donc, parfois, il peut y avoir des petits blocages. Mais ça, pour le coup, je vais regarder. C'est un peu dommage de se passer de quelqu'un.
Exactement. Et ensuite, c'est la question, effectivement, de si on sort, comment est-ce qu'on fait pour revenir ? Un mot aussi du bac, Édouard Geffray, 85,5% de taux de réussite. On l'a appris hier. C'est sensiblement la même chose qu'il y a un an. Ça veut dire que vous aviez dit, normalement, que ça devait être plus dur. Ça ne l'a pas été.
Alors, deux choses. D'abord, ça baisse un petit peu. Zéro, légèrement.
Là, vous nous parlez de l'épaisseur du trait, quand même.
Oui, 0,5%. Mais c'est la première fois depuis au moins cinq ans que ça baisse. Donc, je le signale, quand même.
C'est quand même marrant, pardon, mais c'est la première fois qu'un ministre de l'éducation se félicite que ça baisse. C'est-à-dire que ce soit plus exigeant ?
Non, je ne m'en réjouis pas, mais je le constate. D'accord. Et deuxième chose, on avait effectivement durci les règles, notamment sur ce qu'on appelle les points juristes. Vous savez, c'est le système qui faisait qu'on rattrapait une personne quand elle avait 7 minutes pour l'amener à 8. Et puis, après, on la rattrape encore pour l'amener à 10. Ça, on y avait mis fin. Donc, très clairement, il y a un effet. Ensuite, il y avait effectivement, moi, je souhaitais un durcissement des consignes, notamment sur le niveau d'expression. Voilà, l'orthographe, la grammaire, la syntaxe.
Il y a eu un certain nombre d'articles qui ont montré que c'était, j'allais dire, plus ou moins, que ça avait plus ou moins imprégné les esprits. Et ça ne m'étonne pas parce que ce sont des enjeux culturels de long terme. Mais ça n'est pas sûr qu'on va retravailler calmement quand on aura tous les résultats.
Je voudrais également que l'on puisse accueillir Hélène qui nous appelle du Canet. Bonjour, Hélène. Bonjour. Vous êtes infirmière et vous vouliez parler de la question du recrutement des étudiants futurs profs.
Oui, parce que c'est le cas de ma fille qui est en Master 2. Donc, elle a passé le concours ouvert au L3. Comme elle est obligée de travailler à côté parce qu'il n'y a pas de rémunération sur les études, elle n'a pas réussi son concours et son année est un peu compliquée à gérer. Et il se trouve que sur Nantes, en Master 2, il n'y a plus l'alternance du nouveau programme. Alors que cette alternance est proposée quand même sur d'autres facultés. Donc, il y a une inégalité dans le recrutement.
Une alternance pour devenir prof ? Pour devenir professeur des écoles. Cette inégalité territoriale, Edouard Geffray, vous en aviez conscience ?
Alors oui, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris la situation parce que Madame dit que ça fait à la fois en Master, mais également en Master. Donc, il faudra juste qu'on regarde ça de près. Mais en tout cas, ce qui est vrai, c'est que selon les universités, vous avez plus ou moins d'abord de postes ouverts au Master, c'est normal. Et mécaniquement, il peut y avoir ou pas de l'alternance. Mais ça, c'est une question un peu d'opportunité locale.
Vous l'encouragez, l'alternance ? C'est une manière d'apprendre ?
En réalité, bientôt, on n'en aura plus besoin. Parce que comme on recrute les étudiants en L3, ils vont directement être dans un système de quasi-alternance pendant leur Master. Puisqu'ils vont être rémunérés et qu'ils vont être en prêtant à l'élève.
Et que ce sera un Master déjà professionnalisant.
Donc là, en fait, on est sur les élèves qui sont un peu dans une situation de transition. Mais on va regarder un petit peu ça de près. Mais en tout cas, je ne suis pas forcément surpris qu'effectivement, il y ait ce phénomène.
On a parlé à l'instant de la demande que vous aviez formulée d'être plus exigeant sur la syntaxe, l'expression, l'orthographe. Il y a une autre demande qui a été formulée, qui est de demander aux établissements scolaires d'organiser une cérémonie pour commémorer l'armistice du 11 novembre. Semble-t-il, un certain nombre de professeurs disent que c'est une militarisation de l'école. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Écoutez, pardon, mais je ne vois pas ce qu'il y a de militarisation à célébrer la journée nationale de la victoire et de la paix.
C'est la journée, en effet, de la victoire et de la paix.
Et de la paix, voilà. Et c'est la victoire, c'est la journée au cours desquelles on rend hommage à tous les morts pour la France. Vous savez, moi, je pense que c'est important de savoir où on habite. On a une histoire commune qui dépasse les histoires singulières des différents Français. On a une histoire commune qui est un lègue et qu'on se doit de transmettre si on veut construire un destin commun. Et ce que le président de la République a décidé, effectivement, ça a été dit il y a déjà plusieurs mois, c'est qu'il souhaitait que le 11 novembre puisse aussi être commémoré dans l'établissement. Alors, pas le 11, ce sera le 10 ou le 12, sur un jour ouvrable.
Mais parce que, simplement, il faut rappeler aux élèves d'où ils viennent, collectivement, d'où nous venons collectivement, pour savoir où nous allons collectivement.
Donc, vous ne céderez pas là-dessus ?
Non, mais parce qu'il n'y a pas de raison, ni de céder, ni de quoi que ce soit. Il faut, là aussi, prendre les choses avec sérénité. Une fois encore, on a une histoire commune qui dépasse l'histoire singulière de chacun d'entre nous. Qu'on soit arrivé en France il y a deux jours, que nos ancêtres aient fait la Première Guerre mondiale, c'est pareil. C'est notre lait commun, parce qu'il y a des hommes et des femmes qui se sont battus pour qu'on soit libre. Leur rendre hommage, s'en souvenir, et savoir le prix de la liberté, ce n'est pas de limitarisation, c'est du bon sens.
Merci beaucoup, Edouard Jeffrey, d'avoir répondu à mes questions. ministre de l'Éducation nationale, et vous nous dites donc, en exclusivité sur RMC ce matin, que le nombre de recrutements est en hausse cette année au concours d'enseignement, plus ?
Plus 50%.
Plus 50%. Merci beaucoup, Edouard.
Édouard Geffray