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interviewLCP (sur YouTube)· 19 avril 2026 57 min

Goût, production, importations : Quel avenir pour la tomate française ? | VIP Very Important Paysans

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique --- Chaque matin, ils sont debout aux aurores, ils prennent soin de leurs champs, de leurs bêtes, de leurs fermes, pour nourrir chacun d'entre nous. Ce sont nos 600 000 héros du quotidien, des VIP, des Very Important Paysans. -Amis des campagnes, amis des villes, bonjour.

Nous sommes très heureux de vous retrouver sur LCP pour un nouveau numéro de "VIP, Very Important Paysans", la première émission d'information consacrée au monde agricole. Et oui, dans "VIP", ce sont les agriculteurs et les agricultrices qui ont la parole pour vous faire partager leur quotidien, leur réalité, leurs valeurs, mais aussi et surtout ouvrir le débat sur des sujets d'agriculture qui nous concernent tous. Alors bien sûr, ils sont en coulisses, ils vont nous rejoindre bientôt, mais laissez-moi vous présenter mes VIP à moi, mes Very Important Partenaires.

Il y a Louise Lesparre, bonjour, Louise. -Bonjour, Fred. -Le Sud-Ouest est dans la place. -Exactement. -Vous êtes venue encore et toujours avec une belle personnalité qui défend le monde agricole, qui est dans son histoire. -Oui, du monde de la mer même, plus précisément, pour cette fois-ci.

On change un peu. -On a hâte de prendre le large, à vos côtés, JB, Jean-Baptiste Vervy. -Enchanté. -Ca va bien ? -Ne faites pas comme si on ne se connaissait pas.

Ce n'est pas vrai. -On se connaît. -Vous êtes agriculteur, céréalier, vous transformez vos bons produits et puis vous faites, on le voit là, des vidéos, du contenu, avec vos collègues agriculteurs pour partager vos solutions, vos problèmes, vos réussites aussi. -Oui, expliquer notre métier aussi. -Ca, c'est bien, oui.

Démocratiser, vulgariser, c'est ça ? On va découvrir tout ça dans quelques instants. On a un petit nouveau.

Mais oui, on a un petit nouveau. Il s'appelle Olivier Mével. Bonjour, Olivier. -Bonjour, Fred. -Comment ça va ?

Particulièrement bien parce qu'en fin de compte, j'ai l'honneur de succéder à Michel Biero. -Qu'on embrasse. -Qui m'a dit : "Tu vas voir, tu vas te régaler", et je pressens que ça va être le cas. -T'emballes pas trop quand même. -Oui, vous ne savez pas à côté de qui vous êtes, mais on en parlera dans quelques secondes. -On a un maître de conférences quand même, c'est tellement chic. -En économie, maître de conférences en économie à l'Université de Bretagne.

Et puis, vous devenez notre monsieur consommation. Vous allez nous expliquer tout ce qui se passe derrière ces produits qu'on achète en grande surface. Votre camarade, c'est notre sniper, c'est bien sûr Antoine Robin.

Comment ça va ? -On dit quelques mots sur votre sweat ? la jaune tournesol.

A mon avis, en régie, pour faire la couleur. Ils ont dû galérer. -Fred, elle est vachement dans le calendrier agricole parce qu'en ce moment, on sème les tournesols.

Le pull tournesol. -Il a compris, n'est-ce pas ? Alors vous, c'est l'actualité que vous récoltez. -Exactement, on va en parler. -Et que vous partagez avec nous, pour notre plus grand plaisir.

Et tout ça avec beaucoup de franchise, de cash. Et nous, on adore ça. Et tout de suite, on découvre le sommaire.

C'est la star de l'été qui approche, le fruit, enfin le fruit, le légume, on ne sait plus, préféré des Français, c'est la tomate. Oui, ça fait débat. Mais c'est aussi un produit sous le feu des critiques.

Il y a son goût, le problème écologique, la concurrence étrangère. Pas de panique, on va tout vous expliquer. Nous recevons également Aurélie Trouvé.

Elle est députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Et enfin, un bon produit, bon marché, facile à conserver, à cuisiner, bon pour la santé, pour la peau, bourré d'oméga 3, mais qui, le pauvre, traverse une crise importante. Ou la pauvre, plutôt, c'est bien sûr la sardine.

Mais d'abord, que s'est-il passé dans nos campagnes ces dernières semaines ? Eh bien, Antoine Robin a fait le tour de ces actualités. C'est notre Very Important Presse.

Jingle Alors, l'actualité ? -Je vais vous parler d'un petit sujet qui crispe nos amis agriculteurs en ce moment. On a beaucoup parlé, évidemment, des engrais phosphatés qui sont coincés, à cause d'une guerre en Iran, dans le détroit d'Hormuz.

Mais on a parlé assez peu, finalement, de l'augmentation du GNR. Vous savez ce que c'est ? -Le gazole non routier. -C'est effectivement un gasoil réservé aux spécialistes, aux travailleurs, qui est d'une couleur rouge, parce qu'il a une teneur en soufre moins importante.

Il est déjà fiscalement un petit peu aidé pour permettre à des travailleurs de pouvoir bosser sans y laisser leur fond de culotte. Malheureusement, on regardait le prix il n'y a pas très longtemps avec JB, il va nous en parler. Aujourd'hui, le litre est à 0,85, quand il était à 0,80 euro il a un an.

Ca veut dire quoi ? Sur un tracteur comme celui de JB, on faisait le plein autour de 250, 300 euros. Aujourd'hui, le plein est à 500, voire 600 euros.

JB, un plein, ça vous fait combien ? -En fait, suivant...

Par exemple, là, on prépare les sols pour semer. Tu peux cramer ton plein dans la journée. -Donc, on est à 500 euros par jour ? -Ce qu'il faut se dire, c'est très bien de parler de ce sujet-là, parce qu'en moyenne, les agriculteurs, on va consommer entre 80 et 100 litres à l'hectare pour produire du début jusqu'à la récolte.

Donc, en fait, quand le prix du GNR double, vous voyez tout de suite la mécanique. Et ce qu'il faut savoir, c'est que le résultat agricole l'année dernière était à peu près de 100, 150 euros à l'hectare. Rien que l'augmentation du GNR, c'est la marge qu'a dégagée. -Vous allez nous parler d'un film documentaire assez exceptionnel. -C'est un petit bijou qui est passé un peu inaperçu, un documentaire qui est sorti en mars dernier, dont le réalisateur, Antoine Vasquez, a suivi Benoît, pendant cinq ans.

Benoît et ses camarades, dans un petit village du Périgord Vert qui s'appelle Saint-Paul-la-Roche, ont eu une idée folle, créer une gay pride au milieu du Périgord Vert. En fait, au fil de ces rencontres, Benoît, qu'on voit ici, s'est rendu compte qu'autour de lui, il y avait une communauté homosexuelle qui se cachait un peu. Et pour faire évoluer les mentalités sur ce sujet qui, évidemment, est un peu tabou dans les campagnes où certaines régions sont encore un peu corsetées dans les a priori, ont décidé de frapper fort en créant cette gay pride.

Je ne vais pas vous raconter l'issue de ce documentaire. Ce qui est intéressant, c'est que Benoît va vivre un moment assez douloureux, une agression homophobe, et qu'une partie du village va venir le soutenir. Donc, ça veut dire que les mentalités sont en train d'évoluer.

Et ça, c'est un doc formidable. Il faut aller voir sur la plateforme Tenk parce que ce n'est plus au cinéma aujourd'hui. -Ca s'appelle "Pédale rurale". -Exactement, "Pédale rurale". -Une dernière actu. -C'est une initiative qu'on aime, chez "VIP", qui est formidable.

C'est une association qu'on connaît tous, qui s'appelle Les Voix Agricoles, une association qui a été créée en 2025 à Clermont-Ferrand, avec des agriculteurs, Alexandre Merle, et une jeune femme qu'on aime beaucoup ici, Marine Colli. Alors, qu'est-ce que fait cette association ? Elle apprend aux agriculteurs à causer dans le poste, à leur donner les outils pour pouvoir s'exprimer, savoir faire, faire savoir.

Je crois que c'est aussi le credo de "VIP". -C'est incroyable. Eh bien, on retient et on salue.

Merci pour ces actualités du monde agricole. Si je vous dis "Cornue des Andes", "Rose de Berne" ou encore "Noire de Crimée", ça vous fait penser à ? -LA TOMATE. -C'est la tomate, oui.

D'ailleurs, on prend un petit accent quand on dit "la tomate". -La tomate. -Dans le sud. -L'accent de Louise.

N'essayez pas, je suis inimitable. -Vous aimez les tomates ? -Evidemment. -Vous en mangez.

On va parler de tout ça avec notre produit. 480 variétés cultivées en France, c'est pas mal. On en consomme 19 kilos par an et par personne.

C'est énorme, c'est 20 % de la totalité des légumes que nous achetons. Depuis 50 ans, sa production, on l'a remarqué, elle a beaucoup évolué, avec forcément des questions qui l'accompagnent, comme la saisonnalité, le coût, l'environnement, et puis le goût qui serait à jamais perdu. Eh bien, justement, on va répondre à tout ça, et c'est notre premier Very Important Produit.

Jingle Et pour plonger dans l'univers de la tomate, nous accueillons Vincent Clément. Bonjour, Vincent, soyez le bienvenu, prenez place. Vous êtes producteur de tomates à Arles, dans les Bouches-du-Rhône. -Bonjour, merci de m'accueillir. -Première télé pour Vincent.

Il a choisi "VIP", on est extrêmement honoré. -C'est comme Olivier, il y a du bizutage dans l'air. -On est très sélectifs. -Tout aussi honoré. -On est très sélectifs, absolument.

Merci d'être venu pour nous parler de votre métier, cultivateur de tomates. Vous avez 48 ans et la tomate, vous la connaissez depuis très, très longtemps. -Oui, depuis très longtemps, puisque mes parents étaient producteurs.

Donc oui, depuis que je suis né. -Et comment s'est développée cette exploitation ? Racontez-nous comment on passe de... -Vous êtes basé à Arles. -Oui, avec mon frère, on est producteurs en Provence. -Arles, c'est une terre de tomates ?

On connaissait les fruits, pêche, nectarines...

Il y a beaucoup de producteurs de tomates ? -Bouches-du-Rhône, il y a de la tomate. -Il y a deux grandes régions.

En France, il y a la Bretagne, mais il y a aussi le Sud-Est qui est la première région productrice de tomates. -Tomate grappe, tomate cerise ? -On produit tout type de tomates. -La tomate, fruit ou légume ?

Parce qu'en régie, je peux vous jurer que c'est la bataille. -Bizutage. -Ne vous trompez pas. -Je ne vais pas me tromper.

La réponse est assez simple. Si on le prend en entrée, c'est un légume. Si on mange des tomates au dessert, c'est un fruit. -Alors, on mange rarement des tomates au dessert.

Comment on va l'appeler ? Vous l'appelez comment ? -Un légume.

Donc on va continuer sur le légume, si vous êtes tous d'accord. On y va pour le légume validé. Donc la tomate, c'est une histoire de famille que vous, vous avez développée au four... fur et à mesure.

Tomates au four, très bon, ça aussi. Comment vous cultivez vos tomates ? Expliquez-nous. -Donc nos tomates, on les cultive comme la plupart des tomates, c'est-à-dire sous serre.

Donc la serre, il faut imaginer que c'est comme votre maison pour vous. Donc ça permet de protéger les cultures des intempéries, du vent, de la pluie. Et puis maintenant, depuis quelques années, on a inventé, en France, on a été très précurseurs à ce niveau-là, donc on a inventé des nouvelles serres qui permettent aussi de protéger les tomates des insectes.

Donc en fait on a rajouté des options, on avait le chauffage, on a rajouté la clim, là on a rajouté les moustiquaires. -C'est les serres bioclimatiques ? -On les appelle serres semi-fermées, donc l'avantage c'est que tout l'air qui va rentrer dans la serre on va pouvoir le filtrer et donc les insectes ne peuvent pas rentrer dans la serre.

C'est l'outil principal pour avoir des tomates labellisées sans pesticides. Donc toutes nos tomates sont garanties sans pesticides. -Donc zéro résidu pesticide, ça c'est votre credo.

On va parler de cela, mais avant cela, je voulais qu'on parle de l'installation, qu'on continue un petit peu, parce qu'en 2007, vous êtes installé, mais toujours en famille, c'est ça ? -En 2007, avec mon frère, on s'est installé à côté de chez mes parents pour créer une autre exploitation. Parce que les modèles de production ont évolué assez vite, donc on est reparti à zéro. -Mais oui, mais 2007, c'est un peu la crise quand même.

Comment on va demander de l'argent aux banques ? -Ce n'était pas évident, c'était une période difficile pour la filière tomate. Donc, il fallait déjà trouver des financements pour démarrer.

On y est arrivés après quelques mois, on a trouvé de l'argent dans une autre région. Mais on y est arrivés. Ensuite est arrivée la crise de 2008.

Donc 2008, crise financière, problèmes de prix de l'énergie, parce qu'on était dans un schéma traditionnel, donc énergie fossile. -Et vous l'êtes plus ? C'est le principal changement par rapport à l'exploitation de vos parents ?

L'énergie qui sert à chauffer les serres, vous avez muté ? -Des 2008, un des principaux changements, c'est qu'on a basculé sur une énergie biomasse. Parce qu'on avait plus de visibilité sur le coût de l'énergie. -C'est quoi, la biomasse ? -C'était le chauffage au bois.

Donc ça, c'était en 2008, 2009. Donc pour avoir de la visibilité sur nos coûts de production, parce qu'il faut savoir que dans notre filière, le coût de production, c'est 40 % la main d'oeuvre et après, 20 %, c'est l'énergie. -On avez plus de 100 salariés aujourd'hui. -Oui, on a 120 salariés. -Ce qui est énorme. -Donc aujourd'hui, vous dépendez pas des prix du gaz et des envolées qu'on voit actuellement avec la guerre du Moyen-Orient ? -Alors entre-temps, il s'est passé plein de choses parce que nos métiers évoluent très, très vite.

On a toujours la biomasse qui représente 50 % de nos besoins énergétiques, mais on a aussi les centrales électriques. L'hiver, on va produire de l'électricité à partir d'énergie fossile. Cette électricité, on la revend et nous, on récupère l'énergie fatale du processus, donc on va récupérer la chaleur pour chauffer les serres. -C'est de la cogénération.

C'est de la cogénération. Donc là, on peut être, avec le contexte géopolitique du moment, un peu affecté par ce qui se passe. -Alors Jean-Baptiste, justement, vous vous êtes penché sur les nouvelles technologies de culture de la tomate et vous allez nous en parler dans votre Very Important Pratique.

Jingle -Alors, je vais surtout rappeler ce qui vient d'être dit. Parce qu'en fait, l'exemple que tu présentes, c'est le cas typique, on va dire, de la production de tomates en France. 80 % des tomates sont faites sous serre.

Et alors, quand on dit serre, on aurait pu dire : "Ouais, c'est pas très écologique, cette affaire-là. Des trucs chauffés, du plastique et tout. Bouh, c'est pas terrible." Moi, je vais essayer de vous faire comprendre que non, c'est plutôt bien.

D'ailleurs, tu nous l'as expliqué. Parce qu'en fait, l'avantage d'être sous serre, ça fait que tu maîtrises ton milieu. Tu nous l'as dit aussi, tu maîtrises l'air qui peut rentrer, les insectes qui peuvent rentrer, la pluie qui peut y avoir.

Et ça, je ne vous l'avais pas dit, mais d'ailleurs, pour tous ceux qui nous écoutent, qui ont un petit jardin avec leurs petites tomates. -C'est mon cas. -C'est très bien ça. -Du coup, t'a planté tes tomates.

Tu pars en vacances, tu reviens, plus de tomates. Parce que... patati, patata. -Les escargots, les limaces... -Voilà.

Donc là, dans une serre, tu contrôles tout. Tu peux contrôler l'eau, tu peux contrôler l'énergie, tu peux maîtriser un peu tout ça. Et puis, tu vas contrôler la partie insecte, justement, qui peut arriver, qui peut venir handicaper la production.

Et donc, tu vas utiliser parfois des coccinelles pour manger des pucerons. Et puis, tu vas pouvoir balancer des bourdons pour augmenter la floraison. -Il y a des éleveurs de coccinelles qui les vendent pour manger les pucerons ? -Oui, on a des fournisseurs des petits insectes qui mangent les ravageurs. -Il y a des fermes aux insectes, en fait, aujourd'hui. -Sympa comme métier.

Tu fais quoi dans la vie ? Je suis éleveur de coccinelles. -On dit que tu bosses avec des auxiliaires, tu bosses avec le vivant, tu fais de l'agroécologie, tu regardes les solutions qu'il peut y avoir.

Et grâce à ça, comme tu l'as dit, on peut largement diminuer l'utilisation de produits de protection, voire ne plus en utiliser, en tout cas choper un label zéro pesticide. Et ça, c'est quand même un super avantage sur nos productions françaises, parce que tout ce qu'on a dans l'assiette n'est pas à la même enseigne. -Il faut dire surtout qu'au niveau mondial, il n'y a qu'en France qu'on est capable de produire des millions, chaque année, de kilos de tomates labellisées zéro résidu de pesticides.

Il y a des gens qui viennent nous voir du monde entier, voir comment on fait. Et ça fait déjà dix ans qu'on a ce label et vous pouvez chercher partout ailleurs... -C'est une exception ? -Il n'y a qu'en France.

Vous pouvez chercher partout, vous ne trouverez pas des tomates labellisées ZRP. -Zéro résidu de pesticides, vous pouvez nous dire ce que ça veut dire exactement ? -En fait, c'est très, très simple.

On garantit au consommateur que toutes les tomates qu'il va acheter avec ce label ne contiennent aucun résidu de pesticides, et quelle que soit la famille des pesticides, d'origine de synthèse ou d'origine naturelle. C'est très clair. -Donc, aucun pesticide ? -Aucun, zéro. -Et donc, c'est tout l'avantage, parce que j'avais ma chronique, si vous aviez pas remarqué.

C'était tout l'avantage, en fait, de faire sous serre. Parce que tu maîtrises tous tes paramètres. En plein air, c'est beaucoup plus difficile. -Il l'a déjà dit. -Mais j'enfonce le clou pour nos téléspectateurs. -Vous avez bien raison. -Il faut dire que la serre n'a pas très bonne presse à cause du coût de l'énergie, évidemment.

La part de serre en France aujourd'hui qui utilise, par exemple, la géothermie, celle qui chauffe le gaz, c'est quoi ? C'est 30 % de géothermie, 70 % de gaz encore aujourd'hui ? -Si je peux me permettre... -Vous n'énervez pas. -Quand même, remettre les choses dans le contexte.

Il faut savoir qu'un kilo de tomate, même hors saison, chauffé, le bilan carbone est meilleur qu'un litre d'eau minérale. Juste par le contenu en plastique de la bouteille. Voilà.

Et aujourd'hui, en France, on a quand même la chance d'avoir une énergie électrique à 95 % décarbonée. Donc, le bilan de carbone de la tomate, si on veut l'améliorer, c'est assez facile. C'est quelques centimes de plus par barquette.

Mais bon, là on rentre dans le sujet de où sont nos concurrents en termes de prix, où on est nous. Mais nous, producteurs français, toute la filière française, en fait, aujourd'hui on sait tout faire. Produire sans pesticides, on sait faire depuis dix ans.

Demain, si vous nous dites qu'il faut produire avec un bilan carbone à zéro, on sait faire. Ca, c'est une barquette en carton recyclable. Là, on a enlevé le film, mais c'est un bioplastique, ce n'est pas un film en plastique issu des énergies fossiles.

Tous nos emballages sont déjà bilan carbone zéro. Demain, chauffer des serres avec de l'énergie électrique, l'électrification, c'est très facilement faisable. Encore faut-il qu'on ajoute quatre, cinq centimes sur le prix de la barquette. -Mais pourquoi tout le monde ne le fait pas, ça, finalement ?

Si on peut le faire, si on sait le faire. -Parce qu'aujourd'hui, vous voyez, ma barquette, moi, j'essaie de la vendre 1, 29 euro en magasin. -250 grammes de tomates cerises.

Et il y a les espagnols, les marocains. -Mais en fait vous allez trouver dans les magasins une barquette marocaine toute l'année, les 12 mois, qui vaut 0,99 euro donc là où les règles...

La main-d'oeuvre, c'est 17 fois moins cher c'est payé moins d'un euro. Je disais que tout à l'heure que 40 % de nos coûts de production c'est la main-d'oeuvre, donc forcément eux peuvent vendre peu cher. Je parle pas des règles environnementales et des pesticides que vous pouvez trouver ou pas dedans mais donc eux, ils vendent 99 centimes nous on vend un 1,29 euro. 90 % du marché, c'est eux qui l'ont.

Donc on peut toujours faire mieux, mais après, si ça coûte un petit peu plus cher, -Ca ne passe plus. -Ce que le consommateur ne sait pas, et à vous écouter, on comprend une chose, c'est qu'en fait, le consommateur qui achète aujourd'hui cette tomate marocaine, c'est la quadruple peine. Parce qu'acheter cette tomate marocaine, c'est vider l'Afrique de son eau, c'est importer des pesticides avec une charge carbone qui est insoutenable.

Et en plus, j'en parlerai tout à l'heure, avec une tomate sans goût. -Exact. Et un des principaux problèmes, c'est aussi que le consommateur qui achète cette barquette, il est souvent trompé parce que quand vous lui demandez si cette barquette, elle est française ou marocaine, il pense qu'elle est française alors qu'elle est marocaine.

Et comme l'origine, elle est écrite en caractère de deux millimètres, écrite en blanc sur un fond rouge, c'est complètement illisible. -C'est illisible. -Cette barquette, on la trouve rarement à 1,29 en grande surface. -Elle est plus chère ? -Ouais, c'est très rare. -Ca, c'est encore un autre problème. -Ca, c'est la marge du distributeur. 30 centimes de plus, ce serait tolérable. -Mais là, on a un expert. -Mais attendez, tout le monde n'est peut-être pas...

Je sais bien qu'entre 0,99 euro d'euros et 1,29 c'est pas si cher. Un peu plus, puisque voilà. Mais du coup, il y a des gens qui font encore cette différence et qui vont vers des tomates moins chères.

C'est incroyable. -Le consommateur, il doit savoir que quand c'est plus vert, c'est plus cher. Et donc, il faut accepter de se dire, pour garder notre socle agricole en tomates, parce qu'on a un vrai socle agricole en tomates, comme vous l'expliquez, mais pour le faire et pour le garder, il faut accepter ces quelques centimes de plus, mais surtout, acheter cette tomate française. -Sur une barquette à 1,29, vous gardez combien, vous, à la fin ? -Nous, le prix de vente, c'est 1,05. -La grande distribution le vend à 1,29. -En fait, le distributeur, aujourd'hui, de par la loi EGalim, quand il achète la barquette, aujourd'hui, à 1,05, il est obligé de prendre 10 % minimum de marge. -OK.

Ca va. -Parce que le seuil de revente à perte, c'est un peu technique, c'est le prix auquel le distributeur achète cette barquette. Il rajoute 10 %, mais il ne peut pas gagner sa vie sa vie avec ces 10 %, puisqu'il a besoin de 35 à 40 % de marge brute.

Donc il va rajouter un coefficient qu'on appelle coefficient avant. Il va multiplier le produit par un trois ou par un quatre. Ce qui va faire que dans chacune des grandes surfaces, il ne sera pas au même prix.

Et donc, le consommateur va se dire des fois : "Tiens, cette barquette, je ne la trouve pas à 1,29, mais je la trouve à 1,55..." -A contrario, il y a cette fameuse tomate marocaine à 250 grammes, à 99 centimes, et ce prix-là ne bouge jamais.

Ce qui devient une espèce de référence-prix pour pas mal de consommateurs. -Parce que la puissance de cette marque est telle qu'aujourd'hui, elle constitue un quasi-monopole de l'importation en provenance du Maroc. Et elle arrive à poser son prix et à laisser aux distributeurs assez de marge pour payer son loyer en grande distribution. -Et parce qu'on a des accords de libre-échange avec le Maroc qui permettent ces importations. -Oui, et ce qui est grave, c'est pourquoi on accepte aujourd'hui ces produits-là qui sont en fait issus d'une agriculture qui tolère des produits de synthèse qui ne sont pas tolérés chez nous.

Donc ces fameuses clauses miroirs qu'on n'applique pas et qui nous permettent de faire entrer des produits quasi inacceptables, la quadruple peine dont on parlait, à des prix qui ne sont pas les mêmes parce qu'à Agadir sous serre, on produit une tomate très différente. Avec des conditions de travail différentes. -Tout à l'heure... -Ca vous inquiète, ça ?

Parce que c'est quand même... c'est perturbant, quoi. -Nous, producteurs, globalement, on a quand même des valeurs.

Je le dis souvent, on travaille dans l'environnement parce qu'on cherche des modèles. Tous les jours, on réfléchit à des modèles plus vertueux. -Oui, mais le consommateur ne fait pas la différence, si ce n'est par le goût. -La souveraineté alimentaire, c'est un sujet important.

C'est quand même la première des sécurités. Sans ça, il n'y a aucune sécurité. Vous avez beau avoir la bombe atomique, si demain vous avez faim, c'est la guerre civile.

Donc voilà, on essaye de se battre. Ce n'est pas évident. Après, ce qui est très, très énervant, c'est qu'effectivement, si vous allez dans le rayon fruits et légumes et que tous les produits devaient respecter les mêmes normes que nous, les mêmes contraintes, nos rayons fruits et légumes, ils seraient vides. -Donc, il y a quand même un gros, gros problème.

Il y a un autre problème qui est moins grave, moins impactant, mais quand même, c'est une critique qui revient de plus en plus souvent, c'est que nos tomates auraient perdu leur goût, leur goût d'antan. Olivier, vous avez enquêté sur cette question-là, je crois, et vous avez des réponses à nous apporter. -J'entends tout le temps que les tomates sont plus fades, j'entends tout le temps qu'elles ont perdu leur goût, et que ce serait une question de variété, que les tomates de la grand-mère, que les tomates de terre seraient meilleures.

Et la question n'est pas tant une question de variété qu'une question de logistique. Finalement, si nos tomates ont perdu le goût du soleil, elles ont plutôt pris le goût des frigos. Je m'explique.

La consommatrice ou le consommateur, aujourd'hui, a trois choix. Soit il a une tomate locale. C'est une tomate qui, entre le moment où elle est cueillie et le moment où elle est dans l'assiette, se passe entre 48 et 72 heures.

Effectivement, c'est une tomate à maturité. Cette tomate à maturité, elle aura eu sa montée en sucre et elle sera bonne et elle aura du goût. L'autre tomate, qui est celle des circuits plus longs, celle de GMS, celle de grande surface, quand vous achetez, aujourd'hui, dans votre hypermarché ou supermarché, ou même en magasin de proximité, cette tomate, elle arrive après quatre à sept jours en frigo.

Alors effectivement, elle est cueillie, elle passe en station de conditionnement, ensuite elle passe en plateforme des grandes surfaces. Et effectivement, le frigo est devenu majoritaire et le frigo à quatre degrés va altérer le goût de la tomate. -C'est fini, ça tue la tomate. -Ca tue la tomate, mais il y a l'autre tomate, celle d'importation, et elle, ce n'est pas entre quatre et sept jours.

Celle-là, c'est entre 7 et 15 jours de frigo. Puisqu'elle vient du Maroc, cette tomate-là, elle est profondément altérée en goût. C'est celle dont on parlait.

Et donc, le consommateur, avec sa carte bleue, il a le choix... -Ca passe aussi par l'éducation, la rééducation à travers le goût, mais aussi les écoles.

Bref, en tout cas, il faut le faire savoir. -Ca veut dire que la logistique, pour vous, c'est quelque chose de très important pour assurer le bon goût de vos tomates dans les rayons ? -C'est la clé.

C'est comme si demain, vous voulez boire un Bourgogne à six degrés, un vin rouge à six degrés, il n'est pas bon. La tomate, si elle est passée par un frigo à six degrés, à moins de douze degrés... -Mais c'est important aussi de dire la manière dont on consomme, bien évidemment.

Donc, on ne met plus ses tomates dans le réfrigérateur, s'il vous plaît. Merci beaucoup, Vincent, d'avoir partagé avec nous votre quotidien, puis votre vision des tomates françaises. Il faut manger des tomates françaises, ne l'oubliez pas. -Puis maintenant, on connaît le prix, c'est 1,29.

Si un acteur de la grande distribution n'est pas capable de respecter ce prix-là, on va aller le voir. On sait que c'est ce prix-là. -Et on l'a dit dans "VIP" et avec notre producteur de tomates.

Merci beaucoup. Bon retour dans le Sud. Arles, quelle chance. -Merci. -Faites-nous confiance pour cuisiner vos tomates en ratatouille ou en salade cet été.

On a hâte. Merci beaucoup, Vincent. -Au revoir. -L'agriculture, c'est politique.

Et dans "VIP", nous, on aime bien recevoir des personnalités impliquées dans la vie politique agricole. Et c'est donc l'heure de notre Very Important Politique. Jingle Aujourd'hui nous recevons Aurélie Trouvé.

Bonjour, Madame la députée, merci d'être avec nous. -Bonjour. -Vous êtes donc députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis.

Vous n'êtes pas du monde agricole mais vous le connaissez très bien puisque vous travaillez avec lui en étroite collaboration puisque vous êtes ingénieure agronome de formation. Alors on va commencer avec un petit portrait chinois, ça vous dit ? Je vais vous demander de répondre à trois questions.

Si vous étiez un animal de la ferme ? -Ah...

Pfou ! -Qu'est-ce qu'on a eu ? On a eu des poulets, des vaches... -Oui... -Lâchez-vous. -Oh, un âne, parce que je suis butée. -J'adore, j'adore.

Rires -Je suis obstinée. -C'est bien, il en faut pour faire de la politique, de l'obstination. Et si vous étiez un aliment fétiche ? -Un aliment fétiche ?

Eh bien une légumineuse. Pourquoi ? Je m'expliquerai, parce que c'est la base, pour moi, de l'agroécologie.

La légumineuse remet de l'azote organique dans les sols et donc ça permet de se passer davantage d'engrais azotés, chimiques et, par ailleurs, c'est très bon pour la structure des sols et on en importe beaucoup trop. -Donc une lentille ? -Voilà, par exemple, une lentille ! -Ou un pois chiche. -Par exemple, une lentille. -Aurélie, je vais rentrer directement dans le sujet.

J'ai interviewé plus de 200 agriculteurs partout en France, tout modèle de production, jusqu'à des exploitations qui ont 300 salariés. Cet agrobusiness-là, quand je vais dans les exploitations agricoles aujourd'hui, je n'ai pas le sentiment de le voir. Qu'est-ce que vous mettez derrière ce terme ? -Alors, il est là, j'ai écrit un bouquin, mais il y a plusieurs années, qui s'appelle "Le business est dans le pré", justement.

D'abord, je pense qu'on est à un moment charnière. C'est-à-dire que, soit on arrive à maintenir, préserver une agriculture familiale. Vous avez raison, la plupart des fermes, c'est quoi ?

C'est un agriculteur, une agricultrice, d'ailleurs, de plus en plus d'agricultrices, avec zéro, un, deux, trois salariés. Mais c'est une structure familiale. Mais se développe un agrobusiness, c'est-à-dire des grandes structures.

Par exemple, vous preniez la tomate. Il y a un gros groupe néerlandais...

Il y a une bataille citoyenne contre ce groupe. Douze hectares, c'est énorme, de tomates sous serres industrielles. C'est un gros groupe néerlandais et là, on est vraiment dans la ferme-usine capitaliste.

Et ça, ça menace, évidemment. Et peut-être qu'en France on est à ce moment charnière, sachant que des pays ont déjà basculé, notamment aux Etats-Unis. Et moi, ma première crainte, c'est une agriculture et une alimentation duales.

En fait, il resterait une toute petite partie des terres pour de l'agriculture biologique, mais qui serait réservée à des consommateurs qui ont les moyens. -Donc une agriculture testimoniale qui serait là que pour montrer le passé. -Mais surtout pour des consommateurs qui ont les moyens ? -20 % des consommateurs qui peuvent acheter de l'origine française. -A peu près, voilà.

Et 80 % avec de plus en plus de l'agrobusiness et de la malbouffe. -Dans les 20 ans, on perdra un agriculteur sur deux. -A titre personnel, moi, j'ai vu des fermes bien mieux tenues à plus de 100, 120 têtes que des fermes à 30 ou 40 têtes où le modèle économique n'est pas rentable et... -La taille est vraiment l'ennemi ? -C'est ça le problème ? -Alors... -En France.

Si on se concentre sur la France. -Au bout d'un moment, oui, parce que déjà, on n'est plus dans une agriculture familiale. En fait, elle n'est plus transmissible.

C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, ça coûte tellement cher de le transmettre que ça ne se transmettra pas dans un cadre familial. Et c'est là que vous basculez dans un cadre capitalistique. C'est des fonds qui achètent, une firme agroalimentaire ou que sais-je.

Donc moi, je tiens, et je crois que les Français tiennent à l'agriculture familiale, mais ça, ça demande une politique particulière. Et moi, rien que vous prenez le droit humain fondamental de manger de façon suffisante et saine avec une agriculture qui respecte le vivant, rien que ça, c'est révolutionnaire, en vérité. Parce que ça demande, d'abord, de mettre à bas les accords de libre-échange, d'avoir un protectionnisme, quand même.

Donc, ça demande aussi de mettre à bas l'Europe néolibérale, en fait. On ne... -Donc, on ne peut plus exporter.

On a été une balance commerciale-agricole excédentaire pendant des années, qui a permis de nourrir la France. -Alors, il ne s'agit pas d'être en autarcie, mais là...

Vous savez que c'est la première année depuis 50 ans que la France devient déficitaire en produits agroalimentaires. Ca y est, nous qui étions le grenier agricole de l'Europe... -Depuis longtemps, parce qu'en fait, elle a été tenue par deux productions.

Le poulet, c'est déjà plus longtemps. -Le vin, en fait. -Le vin...

Parce que sans le vin, ça fait très longtemps qu'on importe...

Vous avez raison. -Mais souveraineté alimentaire avec libre-échangisme européen et prix bas, ça ne peut pas marcher. -Alors j'y arrive.

Parce que c'est là que c'est, pour moi, révolutionnaire. Ca demande de revoir toute la politique. A LFI, ils ont dit "tout le programme et rien que le programme... -Donc qu'est-ce qu'il faut faire ?

Ce n'est pas par dogme, en fait. Je vais vous expliquer. Pour se nourrir de façon suffisante et saine.

Je vais vous montrer. Un, il faut faire du protectionnisme solidaire, ce qui veut dire mettre à bas les accords de libre-échange, et même le libre-échangisme total européen, parce que sinon, on va continuer à avoir des tomates très bas prix. -Derrière ces accords de libre-échange, il y a d'autres enjeux. -J'y arrive.

Ensuite, il faut travailler le fait que les agriculteurs puissent faire une bifurcation vers une agriculture économe et autonome, notamment parce que le prix de l'énergie devient de plus en plus important, les engrais azotés sont de plus en plus chers, donc il faut faire de l'agroécologie, donc refaire un contrat avec les agriculteurs. On vous protège, mais vous bifurquez, vous faites de la transition, et pour ça, on vous donne les moyens. Donc, c'est un contrat avec, par exemple, sur cinq ans, on leur donne des aides pour, soit aller vers le bio ou de l'agroécologie, en tout cas.

Ca, c'est au niveau de l'offre. Et au niveau de la demande, comment on fait quand on n'a pas assez de pouvoir d'achat pour tout ça, parce que ça coûterait plus cher. Ca veut dire aussi qu'il faut revoir la répartition des richesses.

Ca veut dire qu'il faut un smic, non pas à 1400 euros comme aujourd'hui, mais à 1600, 1700 euros pour que les gens puissent vivre dignement de leur travail, qu'il puisse y avoir une garantie de l'emploi, qu'il puisse y avoir des minima sociaux qui permettent de se nourrir. -Madame la députée, mais ça, c'est dans le meilleur des mondes. C'est ce qu'on voudrait tous et c'est ce qu'on espère.

Mais pour tous les gens qui nous regardent... -C'est très concret.

C'est le programme, par ailleurs, de LFI. -Qui finance cette transition ? La transition agroécologique permet, à terme, de relier rendement et économie.

Mais du coup, comment on subventionne cette transition et d'où sortent les sous ? -J'y arrive. Alors, déjà, parce qu'on ne prend jamais en compte les coûts totaux de tout ça, notamment les coûts pour la santé.

C'est-à-dire que là, vous avez d'ailleurs une dégradation à vitesse grand V de la santé liée aux pesticides. Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu beaucoup de médecins, de sociétés savantes et médicales qui se sont élevés contre la fameuse loi Duplomp qui voulait réautoriser un pesticide. -L'acétamipride. -Parce que vous savez que vous avez 30 % en plus de cancers chez les enfants depuis 20 ans et que les scientifiques, des médecins disent qu'il y a un lien. -Pas tous, pas tous. -Pas tous, il y en a deux ou trois. -Pas direct, mais là, on arrive sur un sujet... -On peut en discuter, mais ce qui est certain, c'est qu'il y a toute la société de cancérologie qui le dit.

Toute la société d'hématologie, etc. Alors, vous pouvez trouver un ou deux cancérologues, ce que sont allés faire les macronistes, pour dire le contraire, mais quand vous avez toute la société qui dit ça, de cancérologie, plus le conseil scientifique du CNRS, plus l'Ordre des médecins lui-même, plus la Ligue nationale contre le cancer, tout ça dit : "Attention, stop, sur les pesticides, on est en train de dégrader la santé humaine." Et donc déjà, il y a ces coûts de la santé qui seront évités.

Et c'est énorme, y compris pour la Sécurité sociale. -Pour revenir à la demande quand même, parce que, somme toute, il faut que, d'un côté, il y ait une demande. On a l'exemple du bio.

En 2019, quand la Commission européenne a montré un marché en disant : "Finalement il faut 25 % de la surface agricole utile en bio." La bio, aujourd'hui, c'est 6 % de la consommation alimentaire. Et donc, on a montré un marché qui n'existait pas aux agriculteurs.

Et beaucoup d'agriculteurs se sont convertis et pour les conséquences que l'on connaît aujourd'hui, ils se déconvertissent parce qu'en face, le marché n'existe pas. -Il y a un levier, pour moi, qui est très important, qui est celui de la restauration collective et particulièrement de la cantine. Moi, je considère que tous les enfants en France, tous, quelle que soit la classe sociale, devraient manger au moins une fois par jour bio. -On aimerait tous. -Et donc, j'y arrive, c'est possible.

Il y a plein de villes qui le font. Pas plein, justement pas assez. Et ça peut être un énorme levier de débouché pour les agriculteurs en bio.

Parce que si vous leur dites...

Demain, si le Gouvernement, et nous-mêmes, si on votait cette loi, on dit : "On va aider toutes les communes, par une aide spécifique, toutes les communes qui s'engagent à, dans cinq ans, avoir du 100 % bio, local." Je peux vous dire que pour... -Le sujet clé, c'est comment ?

Tout ça, effectivement, ce sont de louables intentions, mais la question de comment on le finance. Vous me permettez d'intégrer un mot qui est la planification agroécologique. Planification écologique tout court, qui est le fait de prévoir sur cinq ans, sur dix ans, la façon dont on va faire monter tout ça en puissance.

Parce que du jour au lendemain, on va pas arrêter d'importer. -C'est un peu la musique qu'on entend quand même. "On arrête l'acétamipride." OK, mais qu'est-ce qu'on fait ? -Bien sûr, l'acétamipride.

Les noisettes, il se trouve que 95 % de nos noisettes sont importées et elles sont blindées d'acétamipride, d'accord ? Donc, moi, je pense qu'il faut absolument l'interdire sur le sol français. -Donc, on bloque ?

Mais il faut interdire progressivement les importations et faire monter en puissance la filière noisette sans acétamipride, parce qu'il n'y a que 300 producteurs en France, pour qu'elle puisse être réellement en mesure, par exemple, d'aller approvisionner les usines de Nutella. -D'ACCORD. -Tout ça se planifie, on va pas dire : "Du jour au lendemain, on fera ça." -Du coup, on peut aussi planifier qu'on arrête maintenant les importations.

On peut se dire, on le fait dans cinq ans, le temps que tout le monde se prépare et tout. -Je vous rejoins totalement. Et pour finir, c'est là qu'on fait de la macro générale... -Vous êtes professeur d'économie, donc c'est très bien. -Ils sont d'accord, JB et Mme la députée. -On se dit que le droit à l'alimentation, c'est le droit à ses bateaux.

Mais à partir de là, il faut financer. Et là, il faut une révolution fiscale. C'est sûr qu'on n'y arrivera pas. -Il y a beaucoup de choses.

Il y a quand même beaucoup de choses. -Rien qu'à partir de là, ça vous fait dire que c'est compliqué de changer un tout petit bout. On est obligé de changer globalement un système politique. -On dirait que vous pour vous les agriculteurs sont pollueurs.

Et je trouve que nos agriculteurs ne méritent pas ça non plus. -J'y arrive. -Je vous remercie, d'ailleurs. -On a du mal à vous situer par rapport aux agriculteurs. -Je travaille constamment et quotidiennement avec des organisations agricoles, pas que la Confédération Paysanne ou la Fédération d'Agriculture Biologique.

Sur la loi Duplomp, on a bossé avec les apiculteurs. Ca m'arrive de bosser, y compris avec des gens de la Coordination rurale ou de la FDSEA. Donc j'en vois tout le temps.

La plupart des agriculteurs me disent : "Nous, on est prêts à la transition écologique." Vous savez ce qu'ils me disent ? "On a de plus en plus de mal à pouvoir le faire." De plus en plus de mal.

Pourquoi ? Parce qu'il y a une concurrence de plus en plus brutale. Premièrement.

Deuxièmement, il y a de moins en moins d'aides. Dans le dernier budget, je suis désolée, le Gouvernement a coupé les aides, par exemple, au programme pour aider les agriculteurs à baisser les pesticides. Des aides pour le bio ont été supprimées.

On dit aux agriculteurs : "Faites de la transition écologique", on leur donne de moins en moins les moyens. -C'est le marché qui doit nous payer. En fait, moi, je ne suis pas né pour ni empoisonner les gens, ni demander des aides à chaque fois.

Il faut que le marché paye. Donc ça veut dire qu'en bio, le marché doit payer. En agroécologie, si je fais des efforts sur un blé qui a moins de produits dessus, il doit être payé.

Et c'est quelques centimes sur la baguette de pain. On ne va pas dire à chaque fois, parce qu'il y a 20 % des gens en France qui sont pas capables de payer, on ne peut pas le faire. On ne peut pas tirer vers le bas. -On a 30 % aujourd'hui de la population qui est en précarité alimentaire, donc 9 à 10 millions de ménages sur 31, qui ont déjà du mal à se nourrir.

Acheter de la bio... -Moi, je suis d'accord avec toi, Olivier.

Non, mais je suis d'accord avec toi, mais je connais...

Je ne voudrais pas faire de l'analyse de bar quand je dis ça, mais c'est quand même une question de priorité. -Oui. -Moi, je connais aussi des gens qui n'ont pas les moyens, qui vont chez le boucher, qui vont chez l'agriculteur.

Dans le milieu de Paris, c'est plus compliqué. Bah ils partent pas en vacances. Alors si on dit qu'on a besoin de bien manger, de partir en vacances, d'avoir un smartphone, d'avoir Netflix... c'est vrai que tu n'y arrives pas. -Attends... -Mais la base de la base, c'est de bien manger parce que c'est la santé. -Moi d'abord, je voudrais revenir vers ce que vous dites.

Et je suis d'accord, il faut des prix, pas des primes. Ca veut dire qu'il faut réguler les marges de la grande transformation et de la grande distribution. Nous, on avait fait une proposition de loi...

Elle n'est pas passée à quelques voix près en niche parlementaire de LFI. Il y a deux ans, on avait proposé le plafonnement des marges de la grande transformation et de la grande distribution sur les produits alimentaires. Ce n'est pas passé.

Et deuxièmement, il faut que les gens puissent acheter vos produits. Si vous avez des bons produits, sains, vous voulez que les gens les achètent. Or, ça a été dit, il y a une personne sur huit, et c'est de pire en pire.

Désolée, mais les chiffres sont très clairs. Il y a de plus en plus de gens qui ont du mal à s'acheter suffisamment, je ne vous parle même pas sainement, suffisamment de produits pour se nourrir. Quand même, il faut avoir une idée.

Moi, dans ma circo, alors je suis en Seine-Saint-Denis, il faut voir qu'il y a des profs qui me disent : "Je donne des pommes aux élèves parce qu'ils n'ont pas l'argent pour aller à la cantine." -L'équation, elle est très dure à résoudre. -Mais il y a de l'argent.

On est la septième puissance économique du monde. Il y a des inégalités de richesse hallucinantes. Il n'y a jamais eu autant de milliardaires en France.

Il n'y a jamais eu autant de richesses concentrées dans les mains de quelques-uns. Il y a un moment, cet argent, il se répartit. -Sans aller jusqu'au milliardaire. -C'est important parce que l'argent est là.

Vous me demandiez où le chercher, il est là. -Il y a une réalité, c'est-à-dire que quand on regarde aujourd'hui le revenu disponible des Français et son utilisation, effectivement, la consommation alimentaire a régressé. -Vous savez au profit de quoi ? -De l'immobilier. -Exactement.

De l'immobilier. -De l'immobilier. L'immobilier pèse aujourd'hui 35 %... -Et donc il y a des rentes immobilières hallucinantes pour des mégas propriétaires.

Mais ça veut dire que les faits sont têtus. -Votre grand ennemi, c'est les rentiers de l'immobilier. -C'est peut-être un peu facile. -C'est un peu provocateur.

Mais par ailleurs, c'est aux politiques de régler ça. -Il y a quand même un sujet qu'on entend, c'est collectif. Il y a une incohérence de propos entre "il faut faire..." Quand on revient sur les territoires, allons à la cantine de l'Assemblée, allons dans la cantine des ministères.

Tous ces gars-là, déjà, doivent montrer l'exemple. -Et on ne le montre pas pour l'instant, malheureusement. Nous, on a fait une demande, d'ailleurs, qu'il y ait du bio, local partout. -Il n'y a pas que le bio. -Merci, Jean-Baptiste. -Pas que là.

Dans les hôpitaux, les maisons de retraite... -Il n'y a pas que le bio dans la vie, même si on aurait très envie d'en manger.

En tout cas, merci d'être venue partager avec nous vos idées. Merci pour vos réactions. On va continuer maintenant avec un autre produit.

On va prendre le large, on va quitter l'Assemblée nationale pour vous emmener dans le Finistère, à la rencontre de ceux qui font l'âme de ce territoire. Ce sont les pêcheurs de sardines. Jingle Et pour parler de ce beau produit, nous recevons Gaëtan Lappart, pêcheur à Pennmarch.

Bonjour Gaëtan, soyez le bienvenu sur le plateau de "VIP". Alors vous, vous êtes dans le Finistère Sud, c'est ça ? -Oui. -Vous avez 50 ans et vous avez commencé la pêche à la sardine il y a près de 30 ans.

Comment vous êtes tombé dans le bateau de la sardine ? -Histoire familiale, mon père avait un bateau, un petit bateau côtier. -Comment on appelle le bateau du pêcheur de sardines ? -Un bolincheur. -Et vous, vous êtes un... -Je suis un...

Je suis un marin pêcheur sur un bolincheur. Rires -Pour bien se rendre compte à quoi ressemble ce métier si particulier et exigeant, je vous propose de regarder quelques images de vous et de votre équipage sur le fameux bolincheur. Vous nous emmenez en mer.

C'est parti, Gaëtan ? Musique --- Mouettes Gaëtan, vous allez nous raconter un petit peu ce qu'on a vu sur ces images. C'est le fameux bolincheur, c'est ça ?

Vous êtes combien à bord ? -Je navigue sur celui-ci, l'Artemis. Et on est six à bord, ça demande beaucoup de manutention parce qu'en pleine saison, on peut pêcher une quinzaine de tonnes de sardines par nuit. -C'est quand la saison de la pêche à la sardine ? -Il y a la sardine toute l'année, mais le pic de production, c'est entre juin et octobre.

Quand le taux de graisse est...

Il est bon pour mettre en boîte. -Vous partez avec un de ces quatre bateaux que vous avez, avec votre équipage. Combien de temps dure un tour de pêche comme ça, comme on le voit ? -Une marée au plus long, ça doit faire une douzaine d'heures.

On est calé entre le coucher et le lever du soleil. Si on n'a pas atteint notre objectif de pêche, on va rester jusqu'au dernier moment, jusqu'au lever du soleil. Et après, il faut rentrer rapidement au port pour fournir... -Comment vous fixez cet objectif de pêche ?

Avant de partir ou c'est en fonction des commandes ? -Avant de partir, on a des commandes qui sont passées directement par les mareyeurs, par les usiniers, en général, ou les industriels. -C'est une pêche qui est réglementée, organisée ? -Très réglementée.

On a cinq jours maximum de pêche par semaine. -Pour éviter la surpêche ? -Pour éviter la surpêche et puis pour ne pas saturer le marché. -Et est-ce qu'il y a des coins à pêche ?

Est-ce que les Anglais, là, ils viennent pêcher chez les Bretons ? -Alors, les Anglais, en fait, la loi en France, c'est qu'il n'y a pas de bateau étranger qui rentre dans les 12 milles. -J'aimerais qu'on revienne sur la petite sardine.

Notre belle sardine, c'est quand même le poisson... un poisson, en tout cas, plébiscité par les Français.

Il est bon marché, jusqu'alors. On parlera des prix, bien évidemment. Il est bourré d'oméga 3, facile à conserver, à préparer.

Et on en mange jusqu'à cinq à six kilos par an, j'étais assez étonnée, par personne. Autour de la table, vous la mangez comment, la sardine ? Louise ? -Moi, on boite directement comme ça, naturellement. -Avec la boîte ? -J'essaie d'enlever la boîte. -A l'apéro, avec du beurre salé, un filet d'huile d'olive et du citron, un verre de blanc. -Et alors, notre Breton ? -Grillée à l'huile d'olive. -Donc au barbecue ? -Oui, à la plancha.

Avec un beurre salé, mais grillée à l'huile d'olive. -Il a les yeux qui brillent. -C'est pas bon pour la planète. -C'est pas bon pour la planète. -Mais c'est très bon. -Laissez-nous faire des trucs quand même dans la vie.

Avec des bons produits français. -Et Gaëtan, le professionnel, il la mange comment ? -Moi, je la mange souvent avec un bon pain beurre. -Voilà.

On l'aime comme ça. Quand vous parlez de la pêche à la sardine, vous dites que c'est une chasse. En fait, on se court après ?

Des bancs de poissons disparaissent d'un seul coup ? Expliquez-nous. -La sardine, c'est un poisson bleu, un peu comme le thon, le maquereau ou l'anchois.

Ils sont constamment en mouvement. On joue par rapport au courant, par rapport au vent, par rapport à la lune. Il y a tous ces paramètres-là.

Et puis le feeling un peu, l'expérience. On va aller dans un endroit un jour et dans un autre endroit un autre jour. -Et une fois rentré au port, du coup, vous vendez à qui ? -Alors, nous, en tant que producteur, on essaye de fixer un prix barrage, en fait. -Par exemple ? -Donc, aujourd'hui, c'est à 0,80 euro le kilo, 800 euros la tonne. -Olivier, le prix de la sardine, nous consommateurs, quand on l'achète sur nos étals.

Il a bondi. -Il a bondi parce que la semaine dernière, beaucoup de grossistes sur la Bretagne qui ont l'habitude d'acheter six, sept tonnes chaque jour, pas que de la sardine, diversité d'espèces, ne trouvaient plus qu'une tonne, une tonne et demie. Et donc on a vu tout de suite le prix des poissons, et pas que la sardine, monter en flèche sur les marchés.

Mais c'est aussi une question de diversité. Donc en fait, vous, vous continuez à pêcher, mais certains ont décidé de rester à quai, parce qu'ils estiment aujourd'hui que ce n'est pas à eux de tamponner la hausse du prix de l'énergie, c'est-à-dire de prendre sur leur coût de production ce que le prix de marché ne leur donne pas. Et on a une situation très tendue, parce qu'on voit bien que les prix ont monté de quatre, cinq euros pour les consommateurs, On trouve aujourd'hui du cabillaud à 30, 35 euros le kilo.

Je ne parle même pas du bar et du turbot qui deviennent quasi inaccessibles. Et la sardine, entre huit et dix euros le kilo à Paris, aujourd'hui. -On va rester dans le monde de la mer qui nous passionne tant et qui nous nourrit merveilleusement bien grâce à des pêcheurs comme Gaëtan.

Dans la longue histoire de la pêche en Bretagne, il y a eu des pionniers, ça on le sait, mais il y a aussi eu une pionnière et vous avez choisi de nous en parler. C'est notre Very Important Personne. Jingle -Je vais vous parler d'une femme qui, du haut de ses 1,50 mètre, a fait sa place dans un des métiers les plus rudes qui soient.

Je vais vous raconter l'histoire de Scarlette le Corre. Alors, Scarlette, elle est fille de pêcheur du Guilvinec. Guilvinec, c'est bien ça.

Bigourden. -Bigouden. -Bigouden.

Je suis landaise. Je suis un peu loin de la Bretagne. A la pointe de la Bretagne.

Et dans les années 80, elle est devenue la première femme marin pêcheur de France. C'est un métier qui est très dur, qui est très physique. Elle n'était pas attendue là.

Au début, rien n'est simple. Elle n'a pas les autorisations pour naviguer. Les banques ne suivent pas.

Sur le port, il faut faire sa place. Et même intégrer le lycée maritime a été un combat. Mais elle s'est accrochée et ça a été une réussite puisque depuis 40 ans maintenant, Scarlette part en mer tous les jours, seule, pour partir à la pêche. -Et Scarlette, elle ne s'arrête pas là. -Eh non, ça lui a pas suffi d'être pionnière sur la pêche.

Dans les années 90, elle a pris un nouveau virage, celui des algues, à l'époque où c'était pas du tout la mode et personne n'y croyait. Alors, en plus de pêcher, elle cultive et elle ramasse ses algues, elle les transforme en produits alimentaires et elle transmet son savoir à tous les curieux qui veulent en savoir plus sur ce condiment. -Et aujourd'hui, une autre étape arrive pour Scarlette. -Et oui, et pas des moindres, parce qu'elle a 70 ans, donc elle prépare la suite avec son fils et sa belle-fille.

Alors, elle leur transmet tout, la pêche, les algues, la relation client. Mais transmettre, c'est pas seulement apprendre à l'autre, c'est aussi accepter de laisser la place. Et je crois que c'est un des plus grands challenges pour tout pêcheur, agriculteur ou même entrepreneur qui a dédié sa vie à son entreprise. -Alors, qui sera là demain pour reprendre la relève ? -C'est un poisson très tendance, on va le voir.

Normalement, vous devez attirer. C'est sexy de faire de la sardine. -Il y a vos enfants qui sont dans la boucle. -Oui, j'ai mes enfants. -Racontez-nous.

Mes deux fils sont en mer avec moi. -Ils ont envie de continuer cette histoire-là ? -Ils ont envie, oui.

Ils ont l'envie, ils ont la passion. Donc, c'est top, déjà. On voit Adrien à gauche, Antoine à droite, là.

Enfin, Adrien au milieu. -Et ça vaut pour tout le monde, cette passion de la pêche ? Est-ce qu'il ne faut pas être né dedans ?

C'est un métier difficile. -J'étais partie avec un bateau de Coquille Saint-Jacques...

Je suis partie de 4 h 00 à 15 h 00. J'ai halluciné de la difficulté du métier. -Tu as vomi. -Oui, plusieurs fois.

Rires -On n'a pas obligé de dire toutes les coulisses. C'est des métiers qui sont très difficiles. Et pour trouver de la relève, et de la main-d'oeuvre pour travailler sur les bateaux, ça doit être un sacré sujet, non ? -Ca va, en fait, ça dépend.

Tant qu'on a des quotas, le problème, c'est que là, on nous sert la vis de plus en plus. -C'est-à-dire ? -Je vous donne l'exemple du maquereau.

Il y a trois ans, je pêchais cent tonnes de macro à l'année. Et là, on ne me donne même pas deux tonnes cette année, en 2026. -Non, de 100 à 2 tonnes ? -Donc, voilà. -Pour préserver l'espèce ? -Reconstituez les stocks. -Apparemment, en fait, on a un stock commun.

Le stock de maquereau, il part de l'Espagne et il monte jusqu'à la mer du Nord. Et de là, l'Europe a décidé, avec les campagnes scientifiques, que le stock était en danger. A côté de ça, on a l'Islande, on a le Royaume-Uni, qui vont taper dedans sans limite. -Ah, je savais bien que les Anglais venaient vous embêter. -C'est toujours la faute des Anglais. -C'est pas la première fois. -Donc voilà, on a du chinchard, on en voit plein, il y en a plein à la mer, on n'a pas le droit de le pêcher, on nous donne cinq tonnes pour faire l'année.

Donc c'est dur de tenir un discours positif à ses enfants. -Et aujourd'hui, le papa, alors, il encourage ses enfants en disant à ses deux garçons : "Il faut quand même faire attention parce que c'est un métier risqué." -On fait attention.

Après, on a des obligations qu'il n'y avait pas à l'époque avec les sauvetages, les VFI, les trucs. Donc on fait très attention quand même à ça. Et il ne faut pas trop forcer le temps non plus quand la nature, quand il y a vraiment du gros mauvais temps... -Il faut être raisonnable aussi. -Mais bon, c'est toujours pareil, c'est l'envie, on se dit : "Il y a moins de bateaux en mer, ça va faire l'affaire, on va faire le bon coup du moment." Ou alors on a beaucoup de charges et puis on n'a pas le choix, malgré le mauvais temps, il faut y aller.

On a le banquier qui nous pousse derrière. -Justement Gaëtan, vous vous en sortez financièrement, vous arrivez à en vivre, vous avez des salariés, vous y retrouvez dans cette pêche ? -Oui... -C'est votre activité principale ? -Pour l'instant mais ça se complique de plus en plus et on commence à avoir de la main-d'oeuvre étrangère qu'on n'avait pas avant, qu'on ne voyait pas sur les ports.

On commence à avoir des Indonésiens en équipage et tout ça. -De si loin, parce que ce sont des marins pêcheurs expérimentés ? -Nous, quand on fait une pêche, il y a un 50 % de la pêche qui va à l'armement, donc au bateau et à l'armateur.

Et les autres 50 %, c'est pour l'équipage et le patron. Donc le salaire est en fonction de la pêche. -Variable. -Variable. -On peut faire des très bonnes années, comme des années moyennes.

Mais on doit, dans tous les cas, on doit un minimum... comme un SMIC annuel à nos équipages. -Est-ce qu'on paye ces gens qui viennent de l'étranger de la même manière qu'on paye les travailleurs français ? -Non, justement.

Pour pouvoir continuer, je pense qu'on sera obligé d'avoir cette main d'oeuvre-là, à qui on va donner un salaire fixe, admettons 1500 euros par mois. Et puis, derrière, on pourra peut-être payer nos charges et compagnie. -En termes de pêche de la sardine, il y a un savoir-faire français ? -Bien sûr, c'est un savoir-faire qu'on se doit de transmettre, d'ailleurs.

Donc, j'espère que nos politiques vont tout faire pour nous décrocher plus de droits de pêche. En plus, la ressource est là. -La ressource est là, les stocks se sont reconstitués. -Oui, la ressource est là, nous on le voit tout l'hiver. -C'est important de le dire parce qu'on a l'impression, quand on écoute, effectivement, aujourd'hui certains journalistes ou certains partis politiques même, que finalement la ressource est à genoux et qu'il est urgent de ne pas pêcher, de ne pas redonner des quotas de pêche. -Oui, non, on ne fait plus n'importe quoi.

Dans les années 80, c'était la kermesse, il y a eu toutes sortes de choses. -C'était la kermesse ? -Un petit peu, la kermesse, on ne se posait pas...

Le marin ne se posait pas les mêmes questions. Il allait en mer, il pêchait, il ramenait son poisson, il était vendu...

Aujourd'hui, nous, on se pose énormément de questions. Tous les 31 décembre, on attend que le couperet tombe pour savoir ce qu'on va pouvoir pêcher au 1er janvier à nouveau. Donc, c'est tous les ans.

On n'a pas de visibilité, au fait, sur plusieurs années. Donc... on ne fait plus n'importe quoi.

On est très respectueux de la ressource. Mais quand on nous ferme des quotas, en fait, on se retrouve tous sur des espèces comme la sardine qui n'est pas sous quota. Donc, il y a d'autres métiers, quand on leur coupe les vannes sur une espèce, ils vont se rabattre sur une autre espèce. -Et ainsi de suite. -Merci beaucoup, Gaëtan. -Alors, on l'a dit, la sardine, c'est un produit phare de nos assiettes, mais il est aussi devenu une tendance, moi je ne le savais pas, je l'ai découvert, pour les bienfaits qu'il aurait sur notre santé et surtout sur notre peau.

C'est la trend du moment sur les réseaux sociaux. Regardez, vive la sardine ! *-Si vous voulez avoir une belle peau, *mangez des sardines.

Je vais le répéter. *Si vous voulez avoir une belle peau, *mangez des sardines. *Musique *-Bon, il faut que je vous parle de ça. *La sardine, c'est vraiment un produit extraordinaire. *-Une seule boîte de sardines, c'est 125 grammes de protéines de haute qualité. -Voilà, ça y est, les influenceurs aiment la sardine.

Ca, ça peut faire changer les choses, bouger les lignes, si je puis dire sans mauvais jeu de mots. Vous confirmez que la sardine est très bonne pour la santé, bourrée d'oméga 3. -Oui, oui, oui. -Non, non.

Mangez de la sardine, française, surtout. -Regardez comme il est en pleine santé. Propos indistincts -C'est le soleil du Finistère. -Bien sûr, évidemment. -Merci beaucoup d'être venu nous parler de ce produit passionnant et puis de votre métier qui n'est pas facile et que vous faites avec beaucoup d'amour, d'engagement et on aime ça dans "VIP".

Merci encore. Un tour de plateau pour savoir ce qui vous a marqué aujourd'hui, dans cette émission. Ma Louise ? -Moi, c'est le débat avec Madame la députée, la difficulté de concilier économie et environnement et de comprendre que l'agriculture française, c'est complexe. -Notre ami Jean-Baptiste. -Un peu ces sujets-là. -Oui, ça t'a chauffé. -Oui, un peu.

En fait, si on veut vraiment avancer, il faut dépasser les caricatures. Moi, je pense très franchement aux agriculteurs, on a envie d'avancer. On n'est pas plus bêtes que les autres.

Par contre, il faut arrêter les clivages et les messages un peu simplistes qui sont donnés. -Merci, le message est bien passé. Notre ami Gaëtan. -Moi, j'ai rencontré un producteur de tomates très sympa. -Vincent ! -J'ai bien accroché et j'ai appris beaucoup de choses. -Une recette sardine-tomate, ça peut être pas mal.

Antoine ? -Moi, j'ai appris quand même qu'on venait du monde entier pour aller visiter Vincent et notamment ses serres et son zéro résidu de pesticides qui est visiblement une fierté internationale et qu'on se le dise, c'est formidable. -Et enfin, Olivier ? -Pour ma part, c'est une prise de conscience face aux propos de Gaëtan, parce qu'il n'est pas possible aujourd'hui, en 2026, que d'un côté, des hommes partent à la mer sans pouvoir construire à cinq, dix ans des plans d'entreprise.

Et en se disant : "Je suis soumis à un tas d'aléas, et notamment à des aléas législatifs européens, qui vont des fois conditionner, finalement, la poursuite ou la fin de vos entreprises. Et ça, c'est quelque chose qui me gêne. -Merci beaucoup, Olivier.

Merci à tous. -C'est sa première, aujourd'hui ! -Mais oui ! -Bravo ! -Le maître de conférences, c'était sa première ! -On l'applaudit, Bravo, vous l'avez bien descendu. -Merci à vous pour votre accueil. -Merci à vous et merci à tous ceux qui ont collaboré à cette émission.

On espère que nos échanges vous ont nourris, au figuré comme au propre. En tout cas, ce qu'on peut dire, c'est que l'agriculture française n'a pas fini de nous surprendre. Et nous, dans "VIP", on vous le montre, on vous le prouve tous les 15 jours à la même heure pour un nouveau rendez-vous.

C'est le rendez-vous qu'on vous fixe. D'ici là, on se retrouve en replay et sur les réseaux sociaux de LCP. A très bientôt.

Merci pour votre fidélité.

Goût, production, importations : Quel avenir pour la tomate française ? | VIP Very Important Paysans — Aurélie Trouvé · Pourquijevote