L'interview en intégralité du Préfet de police de Paris, Laurent Nuñez
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Quelle est la situation à Paris ? Bonsoir Laurent Nunes, merci d'être avec nous en direct sur BFM TV, préfet de police de Paris. Avant que l'on revienne effectivement sur ces images que vous voyez sur BFM TV, ce groupe de manifestants qui est encerclé par les forces de l'ordre depuis une heure maintenant, est-ce que vous pourriez nous faire un point sur la situation dans la capitale à l'heure où l'on parle ?
Oui, bonsoir. Écoutez, sur la capitale, nous avions, comme vous le savez, un rassemblement qui avait été déclaré, qui se tenait sur la place de l'hôtel de ville. Et donc il y avait 4000 personnes qui étaient rassemblées sur la place de l'hôtel de ville. C'est une déclaration de l'intersyndicale qui s'est évidemment très bien passée. Puis ensuite, on a eu un départ massif en cortège chauvage sur la rue de Rivoli. J'ai évidemment donné ordre de disperser ce rassemblement, qui s'est alors, puisque c'était une manifestation non déclarée, avec des individus qui renversaient des poubelles, qui mettaient le feu.
Donc évidemment, quand c'est le cas, nous intervenons immédiatement pour mettre un terme à ces dégradations, à ces violences. Et puis des groupes d'individus se sont ensuite disséminés dans les rues de la capitale. Et nous avons dû donc intervenir à de nombreuses reprises. Il y a eu plus d'une trentaine de mises à feu de poubelles avec des risques forts de propagation sur des véhicules, sur des immeubles d'habitation.
Donc nous sommes intervenus avec les fonctionnaires de police de la préfecture de police, les fonctionnaires des compagnies républicaines de sécurité, les gendarmes mobiles et bien sûr les sapeurs-pompiers de Paris, que je veux saluer, qui font encore en ce moment un travail formidable, qui a permis de disperser l'ensemble de ces groupes qui commettaient de nombreuses exactions dans les rues de la capitale.
Mais à l'heure où l'on parle, monsieur le préfet, est-ce qu'il y a des tensions encore à signaler ? Ou est-ce que la situation est plutôt calme ?
Alors la situation, entre 19h et 20h30, nous avons eu à traiter ces différents groupes, qui encore une fois ont commis de nombreuses violences. J'insiste. Donc comme d'habitude, nous donnons la force uniquement lorsqu'il y a des violences, des dégradations. Je veux le redire, parce que quand les cortèges se passent bien, il n'y a pas d'intervention de police. Mais sur des cortèges sauvages, qui ne visent finalement qu'à créer des barricades, créer des troubles à l'ordre public, nous intervenons. Donc juste à partir de 20h30, le calme est revenu.
Et puis là, nous avons encore quelques groupes éparses, qui sont répartis dans la capitale, et que donc les forces de l'ordre poursuivent pour essayer de les disperser.
On a été interpellé, Laurent Nunes, par deux images. La première image, on a vu des forces de l'ordre en train de matraquer, c'était en direct sur BFMTV, des manifestants. On ignore si ce sont les manifestants qui sont encore retenus depuis une heure par les forces de l'ordre. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qui s'est passé ? On les voit, les images à l'antenne.
Alors il y a deux, vous décrivez deux situations. La première, évidemment, c'est que les forces de l'ordre sur des individus à risque qui commettent des exactions, qui dégradent des vitrines de commerce, qui mettent le feu à des poubelles. Évidemment que les forces de l'ordre interviennent pour disperser ces groupes. Et ce sont les scènes que vous décrivez où, évidemment, il y a pu avoir des coups de matraque pour disperser ces groupes.
Et puis la deuxième scène que vous décrivez, je suppose, c'est une de ces scènes où nous avons interpellé des groupes d'individus qui commettaient des violences et pour lesquels nous retenons la qualification de groupements constitués en vue de commettre des violences ou des dégradations. Et ce sont ces images que vous avez actuellement à l'antenne. Ce sont des individus qui ont été interpellés. Je pèse mes mots. Ce sont des individus qui ont été interpellés parce que ces groupes ont commis des violences. Et vous savez, vous savez, comme par hasard, comme par hasard, comme par hasard, quand nous les arrêterons, quand nous les interpellons, généralement, les mises à feu cessent immédiatement.
Ils sont combien d'interpellés ?
Écoutez, au moment où je vous parle, je n'ai pas le nombre exact d'interpellés. Nous avons quelques dizaines de personnes qui ont été interpellées. On affinera le chiffre dans la soirée. La priorité actuellement, c'est surtout de disperser ces groupes à risque qui, encore une fois, commettent des exactions. Donc toutes les forces de l'ordre mises à ma disposition, encore une fois, les fonctionnaires de la préfecture de police, les compagnies républicaines de sécurité, les gendarmes mobiles et les sapeurs-pompiers qui interviennent pour éteindre les mises à feu. On en a eu plus d'une trentaine depuis 19h. Donc ils sont totalement mobilisés pour disperser ces groupes.
Et la situation est totalement sous contrôle. Et je veux vraiment saluer le travail extrêmement réactif des effectifs placés sous mon autorité.
Dominique Rizet. Oui, bonsoir, M. le Préfet. Du point de vue du droit, parce que c'est important, c'est la suite de l'interpellation. Comment ça va se passer ? Parce que là, il y a tout un groupe de personnes. On ne peut pas imaginer que toutes ont renversé des poubelles ou toutes ont mis le feu à des poubelles. Il va falloir faire du tri. Comment ça va se terminer ? Comment est-ce que vos policiers vont trouver, t'as bien, que celui-ci ou celui-là ?
Dominique Rizet, ce n'est pas au grand spécialiste que vous êtes que je vais expliquer que des individus, on a l'infraction de groupements constitués en vue de commettre des violences ou des dégradations. C'est une infraction qui existe depuis une loi de 2010. On interpelle des groupes d'individus. Et puis, si l'OPJ décide de les placer en garde à vue, donc c'est lui qui décide, c'est sous l'autorité du procureur de la République. Et on a le temps de la garde à vue pour établir la responsabilité pénale des uns et des autres, le cas échéant. Vous savez, ce sont des règles de droit. Moi, je ne fais qu'appliquer des règles de droit.
Ça, qui pour partie se termine sous l'autorité du procureur de la République. Et en amont, moi, je suis préfet de la République. Et ma mission, c'est de maintenir l'ordre républicain dans la capitale. Et c'est ce que me demande le ministre de l'Intérieur. Et c'est ce que je fais actuellement avec l'ensemble de mes effectifs.
— Pour ce week-end, M. le Préfet, la note de renseignement territorial, prévoyez des actions, notamment à Paris. Est-ce que vous avez un dispositif particulier qui va être mis en place ? Est-ce que vous anticipez des actions dès demain dans la capitale ?
— Oui. Vous savez, depuis le début du mouvement, on a eu des manifestations intersyndicales. Et puis souvent, des actions spontanées, des cortèges sauvages. Bien évidemment que nous les anticipons. Nous nous mettons en capacité, à chaque fois, de faire cesser des violences, des exactions. J'ai entendu un peu avant, sur votre antenne, on parlait de manifestants pacifiques. Non, ce n'est pas ce que j'ai vu, moi, ce soir, depuis la salle de commandement de la préfecture de police. Ce n'est pas ce que mes effectifs ont vu aux caméras avec lesquelles nous travaillons. Moi, j'ai vu des actes de violence. Évidemment, nous nous préparons. Ce soir, c'est le cas. Et demain, dimanche, ce sera le cas.
C'est ce que nous demande le ministre de l'Intérieur, c'est de mettre un terme aux exactions. C'est le travail et c'est la fierté et l'honneur des effectifs que je dirige d'éviter ces exactions et ces débordements. Et moi, je n'ai pas vu ce soir, lorsque le cortège sauvage s'était lancé, je n'ai pas vu que des manifestants pacifiques. J'ai vu beaucoup de mises à feu, beaucoup de dégradations et de violences sur des commerces.
Mélanie ? Oui, M. le Préfet, tout à l'heure, les syndicats ont appelé à une mobilisation massive lors de la journée du 1er mai. Est-ce que vous avez déjà une idée du dispositif qui sera mis en place dans la capitale ?
Non, je n'ai pas d'idée. C'est évidemment trop tôt pour en parler. Mais vous savez, ça ressemblera forcément aux manifestations intersyndicales que nous avons jusqu'à maintenant. Nous discutons avec les organisations syndicales d'un itinéraire, d'un parcours. Nous nous mettons d'accord sur plein de choses. Évidemment que, comme d'habitude, nous pensons qu'il y aura un pré-cortège avec des individus violents, probablement une constitution de black bloc, comme à chaque fois. Et puis nous interviendrons dès qu'il y a des violences pour y mettre un terme. Voilà, je ne suis pas particulièrement inquiet en tant que préfet de police de Paris de cette manifestation.
Nous avons eu plus d'une dizaine, enfin douze manifestations intersyndicales qui se sont bien passées, dans le sens où les organisations syndicales ont pu mener leur cortège jusqu'à leur terme. Il a fallu, et nous l'avons encore fait hier, intervenir pour disperser les black blocs, les individus ultra radicalisés, extrêmement violents, qui ne viennent pas pour défendre une cause autre que celle de mettre à mal notre démocratie représentative. Ce sont contre ces groupes violents que nous intervenons. Hier, tout l'ensemble des cortèges syndicaux sont arrivés à bon port sans encombre, et je ne doute pas que le 1er mai, il en sera de même.
Merci beaucoup Laurent Nunez. Merci d'avoir été en direct avec nous sur BFM TV ce soir. Vous avez fait un point sur la situation, donc plus d'une trentaine de mises à feu dans la capitale et quelques dizaines d'interpellations.
Laurent Nuñez