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interviewINA Actu· 16 avril 2025 10 min

Pourquoi De Gaulle voulait l'indépendance de la France face aux USA ? | INA Actu

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les alliances n'ont pas de vertus absolu quels que soient les sentiments qui les fondent. Est-ce que vous saviez que de Gaulle avait prévu que la France puisse un jour se brouiller avec les États-Unis et qu'en cas de conflit ou de guerre, elle ne puisse plus compter sur son soutien militaire ? Et oui, il était visionnaire notre général.

Il avait l'intérêt de la France chevillé au corps. Alors pour bien comprendre ce qu'il avait en tête, on zappe sur sa première grande interview à la télévision. Il s'exprime dans le cadre du second tour de l'élection présidentielle de 1965.

Vers la fin de l'entretien, le journaliste Michel Droit rapporte de récentes critiques à son égard. On dit aussi très fréquemment que vous êtes antiaméricain. Pour commencer, De Gaul réfute ses critiques.

Pour lui, les États-Unis sont d'abord nos alliés. Qui a été l'allié des Américains de bout en bout ? Sinon, la France de De Gaul.

Et si la liberté du monde était en cause, qui serait automatiquement les meilleurs alliés de nature, sinon la France et les États-Unis comme ils l'ont été souvent en par cas. Et ce ne sont pas des paroles en l'air. Au moment où il parle, la France a prouvé lors de deux crises récentes deux des moments les plus tendus de la guerre froide que ses alliés pouvaient compter sur elle.

La crise de Berlin qui dure de 1958 à 1963, durant laquelle sera construit le mur pour stopper l'exode des Allemands de l'est vers l'ouest et la crise de Cuba en 1962 lorsque les Américains découvrent que leur pays est menacé par les missiles nucléaires soviétiques installés à Cuba. Dans les deux cas, on a frôé la guerre nucléaire. Pour se rafraîchir la mémoire sur le rôle joué par deux Gaulle dans ces conflits, on va donner la parole à Dominique Mongin, grand spécialiste français de la dissuasion nucléaire.

Lorsque c'est la crise de Berlin vis-à-vis de l'Allemagne fédérale, tout de suite, il montre la détermination de la France à venir en appui de l'Allemagne fédérale face à l'Union soviétique de manière très faible en disant il faut tenir, il faut pas céder au chantage. Et idem de la même manière lors de la crise de Cuba hein, le président Kennedy va déléguer un émissaire à Paris à l'Élysée pour briefer de Gaulle sur l'état de la situation de cette crise de Cuba en octobre 1962. Alors même que en tant qu'allié, il a été en fait informé assez tardivement sur les les sur les événements.

Mais de tout de suite va dire voilà, il faut être très ferme, il ne faut surtout pas céder face à l'Union soviétique. Et dans les deux cas, voilà ce qu' a montré De Gaulle, c'est la fermeté. Et on peut même dire que parmi les alliés européens des États-Unis, de Gaulle dans les deux cas a été le plus ferme.

Pour autant, de Gaul n'est pas dupe. Dans la suite de sa démonstration, il rappelle que le soutien militaire des États-Unis à la France n'a pas toujours été automatique et que par conséquent celui de la France aux États-Unis ne doit pas l'être non plus. Ils nous ont pas toujours accompagné.

En 1914, que voulez-vous ? Nous étions en guerre contre Guillaume II. Les Américains étaient pas là.

Ils sont arrivés en 1917 et ils ont fort bien fait pour eux et pour tout le monde. En 1940, ils étaient pas là et nous avons été submergés par Hitler. Et ce n'est qu'en 41 parce que les Japonais ont coulé une partie de la flotte américaine à peur l'arbourg que les États-Unis sont entrés dans la guerre. loin de moi l'idée de méconnaître l'immense service qu'ils ont rendu à eux, au monde et à nous-mêmes en entrant dans la guerre en 1917 et en entrant dans la guerre en 1941.

Je le sais bien mais enfin je ne dis pas qu'ils sont antifrançais parce qu'ils nous ont pas accompagné toujours et ben je suis pas antiaméricain parce qu'actuellement je n'accompagne pas les Américains toujours. En tant qu'acteur historique des deux guerres mondiales héros de la résistance le général de Gaulle s'est forgé la conviction que la France devait prendre son destin en main comme le rappelle Dominique Mongin. il est engagé de lors de cette première guerre mondiale et il va d'ailleurs être fait prisonnier en 1916 et cela jusqu'à l'armistice de 1918 et il va d'ailleurs à plusieurs reprises tenté de s'évader et à chaque fois il sera repris.

Donc ça veut dire qu'il a je dirais dans sa chair vécu de manière très très forte cette première guerre mondiale et il a il a vu ce que c'était vraiment la guerre et et la manière dont il fallait résister face à l'occupant. De la même manière, lors de la Seconde Guerre mondiale là avec d'autres fonctions bien entendues en tant que que général, il va montrer que il faut résister face à l'occupant face à à l'occupant nazi donc qui a envahi la France à partir de mai 1940. Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré, libéré par lui-même.

De Gaul s'appuie donc sur son histoire personnelle pour se forger la conviction que la France doit d'abord compter sur elle-même avant de compter sur les autres. Et c'est justement de cette conviction que par sa volonté de construire l'indépendance militaire de la France. Cette vision, il l'explique lors de cette conférence de presse à l'Élysée.

Avoir aussi la libre disposition de soi-même et de quoi la garder dans la mesure de ses moyens. Pour un grand peuple, c'est là aussi un impératif catégorique car les alliances n'ont pas de vertus absolue quels que soient les sentiments qui les fondent. Et si on perd spontanément et même pour un temps la disposition de soi-même, on risque fort de ne la retrouver jamais.

Alors pour que la France garde la libre disposition de soi-même, de Gaul va agir. Il impulse une politique française de développement de l'atome sur le plan civil mais aussi militaire. Au centre atomique de Markou, le président de Gaulle a pu constater le chemin parcouru depuis qu'en 1945, il signa l'acte de naissance de l'industrie nucléaire en France.

Aujourd'hui, le centre fonctionne et produit. Et sous sa présidence, la France réalise 17 essais nucléaires au Sahara algérien. Ce matin, à 7h, un champignon comme celui-ci a marqué en plein cœur du Sahara l'accession de la France à la puissance atomique. 14 autres essais nucléaires sont menés en Polynésie française et ce malgré la pression de l'URSS et des États-Unis qui ne souhaitent pas voir d'autres pays que se doter de la bombe.

Il s'agit de savoir si pendant que les autres se sont faits et continuent de se faire des armes capable de détruire l'univers et nous aussi. Il s'agit de savoir si nous aurons ou si nous n'aurons pas nous aussi de quoi nous défendre. Mais si de Gaul tient temps à doter la France de la bombe atomique, ce n'est pas seulement pour que la France se défende, ni pour qu'elle attaque d'ailleurs.

En fait, pour lui, cette arme terrible est un gage de paix. C'est la doctrine de la dissuasion nucléaire que le général précise dans ce discours prononcé en 1966 à Tahiti. Nous sommes en train de réaliser une puissance moderne, non pas une puissance destinée à attaquer ou à dominer personne.

Au contraire, une force qui dans le monde très dangereux où nous nous trouvons doit nous donner la capacité de dissuader les autres, de nous attaquer jamais, c'est-à-dire de nous donner la plus grande chance de paix qui soit possible. En 1966, de Gaul franchit une nouvelle étape dans sa politique d'indépendance. Il s'affranchit encore un peu de l'allié américain en quittant le commandement armé de l'OTAN.

Il justifie sa décision lors d'une nouvelle conférence de presse. Rien ne peut faire qu'un traité soit valable intégralement quand son objet s'est modifié. Et rien ne peut faire qu'une alliance reste telle qu'elle quand on changeait les conditions qui étaient celles dans lesquelles elle avait été conclue.

Quand De Gaul parle des conditions, il fait allusion à une nouvelle doctrine que les Américains veulent imposer à leurs alliés et qui se nomme la riposte graduée. Dominique Mongin nous l'explique. C'est une stratégie qui euh indique que en cas de conflit, les États-Unis gradueront leur réponse en fonction de la de du conflit, soit avec du des armements conventionnels, soit avec des armements nucléaires tactiques, donc des armes de théâtre, soit avec des armements nucléaires stratégiques, donc ce qui est au sommet.

Et ça veut donc dire qu'il y a une graduation comme un des échelons que l'on monte sur une échelle et qui sont en fait à la libre disposition euh du président des États-Unis sans sans qu'il y ait forcément une concertation avec les alliés européens. Et ça pour Degel, c'est inacceptable. La France ne peut pas se voir imposer une stratégie ne même si c'est pas un allié mais de l'extérieur.

Et donc il la refuse. Et donc concrètement cette stratégie la répost gradué sera adoptée par l'Alliance atlantique en 1967. C'est-à-dire après que la France se soit retirée la structure militaire intégrée.

Cette stratégie de deux Gaules mélange de coopération avec nos alliés et de développement de notre indépendance par la dissuasion nucléaire pose les bases de la politique militaire française. C'est un héritage qui a été repris par tous les présidents de la 5e République jusqu'à aujourd'hui. Visionnaire notre général.

Vive la République ! Vive la France !