L'interview politique intégrale de Manuel Bompard sur RMC
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le choix du gouvernement, c'est de repasser par une commission mixte paritaire en repartant donc du texte tel qu'il est sorti du Sénat. Or, le texte tel qu'il est sorti du Sénat, il est beaucoup plus dur que la version même qui arrivait à l'Assemblée, qui a donc été rejetée, durcie par les sénateurs LR. Donc vous allez vous retrouver finalement à avoir voté contre une loi que vous trouviez dure et en avoir une encore plus dure.
Je crois que vous n'avez pas très bien suivi les derniers événements, Apolline de Malherbe, parce qu'il y a des négociations dans une commission mixte paritaire. Il faut donc que les députés qui représentent l'Assemblée nationale se mettent d'accord avec les députés qui représentent le Sénat. Or, les députés qui représentent l'Assemblée nationale aujourd'hui, ils ne sont pas d'accord avec le texte tel qu'il a été issu du Sénat.
Vous pensez vraiment qu'ils ne vont pas se mettre d'accord ?
Je ne sais pas, on va voir.
Il y a un député de la France Insoumise.
Oui, d'accord. Mais je crois savoir que notamment les députés macronistes ont exprimé un certain nombre de lignes rouges par rapport à la version du texte du Sénat. Et je crois quand même que quand, par exemple, on est membre d'un parti comme le Modem, qui est traditionnellement issu de ce qu'on peut appeler les démocrates chrétiens, je pense que, par exemple, on n'est pas d'accord avec la suppression de l'aide médicale d'État, qui pourtant est dans la version du Sénat. Donc là, vous faites comme si tout était déjà bouclé, sauf que ce qui vous semble vous échapper...
Disons que le texte de départ, Manuel Bompard, qui devait être le texte qui arrivait à l'Assemblée, désormais, alors il peut encore évoluer, on est bien d'accord, mais disons que la matrice, ça va être ce texte du Sénat, qui vous le reconnaîtrait est beaucoup plus à droite.
D'abord, il faut que la... Excusez-moi, c'est un peu technique pour ceux qui nous écoutent, mais d'abord, il faut que la commission mixte paritaire soit conclusive, c'est-à-dire qu'il y ait une majorité pour se mettre d'accord sur un texte, sinon le président de la République lui-même a dit qu'il retirerait ce texte de loi.
Bien évidemment, moi je demande le retrait, ce texte, il faut quand même le rappeler, il a été battu par une majorité de députés à l'Assemblée nationale qui l'ont rejeté, et c'est quand même assez stupéfiant que la France soit à peu près la seule démocratie dans le monde où vous pouvez faire passer des textes de loi malgré le fait qu'une majorité de députés les ont rejetés. Donc on a eu la loi sur les retraites, il n'y avait pas de majorité de députés pour la voter, mais ça passe par le 49-3, on a les budgets, alors les budgets maintenant dans ce pays, les budgets ils passent...
Il y a des 49-3 quasiment tous les jours, on est fait la gamme un jour ou un hier.
Il y a une majorité de députés qui les votent, c'est quand même assez stupéfiant. Même pendant la monarchie, le droit de veto du roi, ça ne s'appliquait pas au budget. C'est pire là, vous trouvez que c'est pire ? Non, je ne vais pas dire que c'est pire qu'une monarchie, soyons raisonnables, mais je pense qu'il y a un problème d'une dérive autoritaire d'un pouvoir qui depuis un an et demi peut en quelque sorte faire passer tous ses textes sans que les députés qui sont l'émanation du peuple votent, c'est quand même stupéfiant.
Il y a parfois, Manuel Bompard, que je vous entends avec le sourire dire non, soyons raisonnables.
Mais je suis toujours raisonnable, Pauline. De manière, c'est vous parfois qui ne l'êtes pas. Par exemple, vous faites comme si, ça y est, la commission mixte paritaire avait été conclue.
Je vous parle du texte de départ. Et le texte de départ du Sénat est beaucoup plus d'horreur que celui du député.
J'ai vu votre introduction tout à l'heure, vous nous dites, ils ont voté pour la motion de rejet, ils vont se retrouver avec un texte. Mais vous savez qui le dit ?
Qui le dit ? Une députée de gauche qui a une certaine expérience de l'agilité ou pas, ou des affaires et des coûts politiques, et même des règles de l'Assemblée. C'est Delphine Bateau. Elle est la seule dans l'hémicycle, dans la partie gauche de l'hémicycle, à ne pas avoir voté la motion de rejet. Et elle explique pourquoi.
C'était un risque prévisible. Il y a une limite dans les manœuvres parlementaires. C'est les conséquences. Que des personnes soient ou pas soignées, que des enfants d'immigrés nés en France accèdent ou pas à la nationalité française, ça compte.
Elle, elle estime justement qu'en ayant rejeté le débat, vous aurez perdu ça.
Moi, je ne suis pas de son point de vue. Et je vous dis encore une fois que d'abord, il faut que la commission mixte paritaire soit conclusive. Et il y a quelque chose qui semble vous échapper aussi. Il faut ensuite qu'une majorité de députés vote en faveur du texte qui sera sorti, s'il y en a un qui sort, de cette commission mixte paritaire. Et bien moi, je vous dis qu'il n'y aura pas de majorité de députés à l'Assemblée nationale pour voter un texte qui revient sur l'aide médicale d'État, par exemple. Parce que c'est une hérésie de considérer qu'il faut supprimer l'aide médicale d'État.
Je précise que les sénateurs, en effet, avaient supprimé l'aide médicale d'État, qu'ils remplaçaient par ce qu'ils appelaient une aide médicale d'urgence.
Et vous avez reçu sur votre plateau, à Pauline Doréat, Patrick Stéphanini.
Qui dit exactement, et c'est très intéressant, Patrick Stéphanini, qui est issu des rangs de la droite. Ah oui, il était le directeur de campagne de Valérie Pécresse. De Valérie Pécresse et de François Fillon. Et pourtant, lui, qui a étudié l'aide médicale d'État, et vous avez raison de le préciser, affirme que l'aide médicale d'État n'est pas du tout un appel d'air pour l'immigration, comme certains à droite le disent, comme par exemple Bruno Retailleau le dit, et qu'il ne faut surtout pas s'assurer l'aide médicale d'État.
Bien sûr. Et d'ailleurs, peut-être que vous ne savez pas qu'en Espagne, l'aide médicale d'État avait été supprimée. Et finalement, elle a été rétablie parce que ça avait y compris un coût financier pour le budget de l'État, qui était plus important. Il faut que tous les gens qui nous écoutent le comprennent. Si vous ne soignez pas une maladie dès que vous la détectez, si vous la laissez s'empirer, à la fin, ça coûte plus cher. Et vous savez, les virus, ils se fichent bien de savoir si les gens ont des papiers ou s'ils n'en ont pas. Donc, y compris d'un point de vue sanitaire, la suppression de l'aide médicale d'État est une hérésie, est une absurdité totale.
Et c'est ce que disent aussi les médecins, en effet, et pas seulement...
Bien sûr. Qui disent d'ailleurs qu'ils n'appliqueraient pas une disposition de cette nature si elle est rentrée en vigueur, parce que ce serait contraire, y compris à leur déontologie médicale. Donc, voyez, par exemple, sur ce sujet, je vous dis, moi je prends les paris avec vous, si vous voulez, qu'il n'y aura pas de majorité de députés à l'Assemblée nationale pour voter en faveur de la suppression de l'aide médicale d'État. Donc, moi je pense, et en tout cas je souhaite, que ce texte de loi soit battu définitivement. On l'a battu une première fois lundi, et maintenant on va essayer de le battre une deuxième fois.
Ça s'était joué à cinq députés près. Là, vous l'avez dit, c'est une négociation qu'aura le dans cette commission mixte paritaire. Au fond, vous estimez qu'à partir du moment où c'est perdu, il faut arrêter tout de suite. Est-ce que vous iriez jusqu'à un souhait de dissolution ?
D'abord, je veux dire que dans toute démocratie normale, un texte de loi qui est battu à l'Assemblée nationale, alors que dans nos institutions, c'est l'Assemblée nationale qui a le dernier mot, dans toute démocratie normale, ce texte serait retiré. Et celui qui le portait, en l'occurrence M. Darmanin, puisqu'il a engagé sa responsabilité en portant ce texte, serait parti avec ce texte sous le bras. Donc toute démocratie normale saurait fonctionner comme telle. Pour le reste, je vois bien que le gouvernement est bloqué, qu'en fait, il ne tient plus que par le fil de l'autoritarisme. Et je pense que ça ne peut pas durer comme ça pendant des semaines et des semaines, des mois et des mois.
Donc oui, tôt ou tard, la question du retour aux urnes, elle est posée. Donc ça peut être la dissolution de l'Assemblée nationale, ça peut être autre chose, ça peut être le président de la République qui décide de s'en aller. Mais écoutez, à un moment quand même, quand on gouverne un pays, c'est pour faire en sorte de pouvoir faire face aux défis qui sont devant nous. Que fait ce gouvernement depuis un an et demi ? Rien, strictement rien. Et les textes de loi qu'il arrive à passer, il les passe au forceps, en tordant le bras à une majorité de députés et à une majorité du pays. Donc oui, je pense que ça ne peut pas durer comme ça pendant longtemps.
S'il y avait une dissolution, poussons le scénario jusqu'au bout. Imaginons, on est en janvier, Emmanuel Macron annonce une dissolution. Est-ce que si vous obtenez la majorité, c'est toujours Jean-Luc Mélenchon le candidat à Matignon ?
Si il y a une dissolution, d'abord, je veux dire que nous serons candidats autour du programme de la NUPES pour proposer une alternative dans ce pays, pour faire en sorte qu'il y ait une autre majorité qui s'attaque enfin aux grandes questions qui sont posées devant nous. La question du pouvoir d'achat, la question de l'inflation, la question de la crise climatique, la question de la crise démocratique. Je vais répondre à votre question, mais quand même, ce qu'on vit aussi, c'est la fin de la Ve République. On voit bien que ces institutions, elles nous ont mis dans l'impasse. C'est-à-dire qu'elles conduisent à ce qu'un homme seul peut décider contre un pays tout entier.
Ce n'est pas sain, ça ne peut pas continuer à fonctionner comme ça. Donc la question d'une nouvelle démocratie et de nouvelles institutions de la Ve République, elle est posée. Ensuite, à partir du moment où vous candidatez pour faire en sorte de pouvoir être majoritaire, il est évident que le Premier ministre, il est issu de la formation politique de la coalition qui aurait le plus de députés. En l'occurrence, sans doute la France Insoumise. Ensuite, la France Insoumise décidera qui sera son candidat à Premier ministre. Parce que Jean-Luc Mélenchon l'était il y a un an et demi, je pense qu'il reste bien évidemment un très bon candidat pour ça.
Ce serait la logique. Il avait dit à l'époque, souvenez-vous, élisez-moi à Matignon.
Oui, bien sûr, puisque quand il y a une dissolution, là en l'occurrence ce n'était pas une dissolution, c'était les élections législatives après l'élection présidentielle. Mais s'il y a une dissolution, il faut que les gens nous comprennent. La question qui est posée, c'est choisissez quelle majorité vous voulez pour le pays.
Et si vous voulez une majorité qui va s'attaquer à la question du partage de la richesse, une majorité qui va faire en sorte qu'on mette un terme aux profiteurs de crise, et qu'on fasse en sorte, au contraire, qu'une grande majorité de la population puisse enfin vivre de son travail, si vous voulez une majorité qui s'attaque à la crise climatique, si vous voulez une majorité qui développe les services publics, plutôt que de les voir détruire, comme c'est le cas depuis maintenant des années et des années, par le gouvernement en place, bah oui, il faudra voter pour les candidats qui portent le programme de la NUPES.
En l'état, ce n'est pas gagné. Une élection ne s'est jamais gagnée par avance, à Pauline Neumière. Bien sûr, mais les sondages, en tout cas aujourd'hui, montrent qu'il faudrait quand même que vous arriviez à remonter nettement, puisque aux Français à qui on demande s'il y avait des élections législatives demain, qui souhaiteriez-vous l'emporter ? 28% disent une victoire du Rassemblement national, 16% une alliance de la gauche.
Bon, oui, bah vous savez...
Et vous pourriez vous réconcilier les uns les autres, par contre ?
Je pense que ça devrait être autour du programme de la NUPES. Moi, je suis resté fidèle depuis un an et demi au programme de la NUPES.
Mais c'est les autres qui sont partis.
Donc il faut leur poser la question à eux, de savoir s'ils seraient prêts dans cette élection. J'imagine que vous, vous leur posez, vous en parlez. Je dis que si on veut être en capacité de pouvoir constituer une majorité alternative à celle du pouvoir en place, il faut se regrouper autour du programme de la NUPES. Donc c'est eux qui devront répondre pour savoir si les moratoires et les suspensions sont terminées ou pas. Maintenant, oui, une élection s'est jamais gagnée par avance, Apolline de Malherme. Mais je me rappelle qu'un an avant l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon était annoncé à 8% dans les sondages. Il a fini à 22%. Donc vous savez, dans une campagne, il faut convaincre.
Moi, j'essaye de convaincre.
Manuel Bompard, sur cette question de la loi immigration, il y a un cas très concret qui se pose depuis quelques jours. C'est le cas de cet homme ouzbeck qui a été expulsé par la France, malgré la Cour européenne des droits de l'homme qui interdisait cette expulsion. Je rappelle les faits. Il avait demandé le droit d'asile, d'abord dans d'autres pays européens qui lui ont tous refusé, estimant qu'il avait des liens avec les extrémistes musulmans. Il n'a pas obtenu le droit d'asile en France, mais il a fait un appel à la Cour européenne des droits de l'homme qui a estimé que s'il retournait dans son pays, il pourrait être maltraité, voire même torturé.
Donc trop dangereux pour rester en France, mais trop maltraité pour retourner en Ouzbékistan. La France a quand même décidé de l'expulser et elle est désormais condamnée à aller le rechercher. Gérald de Darmanin dit « je n'irai pas le rechercher ». C'est ce qu'il faut faire.
Je ne sais pas, je ne connais pas ce cas, vous me l'apprenez, je le découvre. Mais non, pour sincèrement… C'est marrant, il y a plein de trucs comme ça. C'est un peu quand vous ne voulez pas voir, vous ne voyez pas. Mais ce n'est pas que je ne veux pas voir. Non, mais parce qu'il y a des articles un peu partout. Pour le reste, je vais vous dire, madame, il existe dans le code, le Cézéda, il existe la possibilité pour la France d'expulser des citoyens qui mettraient en danger les intérêts vitaux de la nation. Donc ça, c'est la loi. Ensuite, il y a des voies de recours. Ces voies de recours se sont exprimées. Bon, voilà. Donc après, il faut regarder en détail ce cas de figure.
Parfois, il faut expulser des gens. Parfois…
Mais est-ce qu'il faut aller contre la Cour européenne des droits de l'homme ? Là, c'est vraiment ça le point.
Je ne crois pas. Je pense qu'à partir du moment où on participe d'une communauté dans laquelle il y a une juridiction et une justice, il faut appliquer ces règles. Mais après, il y a d'autres manières de mettre en sécurité un pays. C'est par exemple d'enfermer des gens quand ils sont dangereux. Il n'y a pas que l'expulsion qui permet de résoudre des problèmes, vous le savez.
Enfermer quelqu'un… Alors, restons sur ce point. Vous dites enfermer quelqu'un qui est dangereux. En l'occurrence, il s'appelle M. A. Il a 39 ans. Il est considéré comme proche de la mouvance djihadiste. Il est considéré comme extrêmement dangereux par les services français. Pour autant, il n'a jamais été condamné. Peut-être que c'est ça la bonne question. On l'enferme, comme vous dites, les gens dangereux, on les enferme sans qu'ils aient commis, sans qu'ils soient passés à l'acte ?
Non, mais s'il est considéré comme très dangereux, c'est que sans doute il y a des éléments qui permettent de déterminer qu'il est très dangereux.
Il est en effet considéré comme très dangereux. Simplement, il est aussi considéré comme en menace d'être torturé dans son propre pays. D'accord.
Mais attendez, ce n'est pas la question qui est posée. La question qui est posée, c'est en France, s'il est considéré comme étant très dangereux, c'est donc qu'on dispose d'éléments qui permettent de considérer qu'il doit, par exemple, être jugé et condamné. S'il est dangereux, il y a des faits qui permettent de dire qu'il est dangereux, non ? Donc, dans ce cas-là, qu'on aille devant la justice, que la justice potentiellement le condamne. Et s'il doit être condamné, qu'il soit mis hors d'état de nuire, entre guillemets. Bon, moi, je ne suis pas pour dire qu'il n'y aurait que deux solutions, l'expulsion ou le fait que la personne puisse circuler librement sur le territoire national.
Et de manière générale, c'est un problème dans ce débat sur l'immigration, parce que ce débat a été abordé comme s'il y avait un lien avéré entre l'immigration et la délinquance ou le terrorisme de manière générale.
C'est ce que dit Gérald de Darman. Vous vous souvenez de cette liste de personnes qui ont dit « ils sont délinquants, ils sont dangereux, je ne peux pas les expulser ». C'était l'un de ses arguments pour faire avancer cette loi.
Je vais vous dire quelque chose. Ce qu'on appelle le CEPI, qui est un organisme de recherche qui est rattaché à la Première Ministre, a publié au mois de mars de cette année une étude dans laquelle il réfute totalement un lien entre immigration et délinquance. Et donc toute la logique sur laquelle la proposition de loi de M. Darmanin a été construite s'appuie sur une vision qui est démentie, y compris par des instituts de recherche qui sont rattachés à Mme la Première Ministre. Ça devrait quand même nous faire réfléchir.
Manuel Bompard, je voudrais qu'on puisse parler santé, pouvoir d'achat, écologie. Santé d'abord avec ce qui se passe à Strasbourg, les urgences de Strasbourg qui craquent. Et ce n'est pas d'hier, malheureusement ça fait un petit bout de temps. Mais désormais, les infirmiers et le personnel soignant ont décidé carrément d'assigner l'État pour mise en danger d'autrui. Les patients se retrouvent parfois pendant des heures à être soignés, à même les ambulances sur le parking de l'hôpital. Que faire ?
D'abord, je veux dire que malheureusement, ça ne concerne pas que les urgences de Strasbourg. On a des cas de figure comme ça partout en France. Il y a eu une mobilisation récemment à propos des urgences de Carré en Bretagne. Je sais qu'il y a des mobilisations depuis des mois et des mois sur les urgences de Draguignon dans le Var. Je pourrais vous donner des dizaines d'exemples. Qu'est-ce qu'on fait ? On fait en sorte qu'il y ait enfin des moyens supplémentaires qui soient mis pour faire en sorte que nos hôpitaux puissent accueillir les patients dans des bonnes conditions. Or, nous sommes en train d'examiner en ce moment ce qu'on appelle le projet de loi. Enfin non, c'est fini.
Le projet de loi de finances de la sécurité sociale. Et qu'est-ce que fait le gouvernement ? Il refuse tous nos amendements qui visent à augmenter le budget et le financement des hôpitaux. Et il passe par 49-3 pour faire en sorte que ces amendements ne puissent être balayés.
Il faut carrément aller en effet jusqu'à ce que tous ces hôpitaux, tous ces personnels soignants lancent des procédures judiciaires contre l'État. Vous les soutiendriez ?
Oui, bien sûr que je les soutiens. Mais à la fin, la solution, elle est politique. Donc il faut que ce gouvernement arrête de faire la sourde oreille, arrête de balayer toutes les propositions de l'opposition pour faire en sorte qu'on finance enfin nos hôpitaux à la hauteur des besoins que l'on a. Et de faire en sorte qu'il arrête ces 49-3 à répétition parce que précisément, les gens peut-être ne le comprennent pas, mais quand le gouvernement utilise un 49-3, ça veut dire que toutes les propositions que vous faites pour améliorer ce budget sont balayées d'un revers de la main. Donc à un moment, il faut qu'on puisse débattre de ces sujets.
On ne va pas laisser nos hôpitaux comme ça, petit à petit, se détruire comme l'ensemble de nos services publics. La Macronie met notre pays en danger. Nos services publics sont à l'arrêt. Nos services publics sont détruits en permanence. C'est le cas des hôpitaux. C'est le cas de notre système public d'éducation. À un moment, il faut se ressaisir. On ne peut pas continuer comme ça.
Le système public d'éducation avec des professeurs qui craquent et qui craquent à la fois sous la pression des manques de moyens, mais aussi sous la pression des parents et des élèves qui contestent de plus en plus le contenu des enseignements. Il y a eu évidemment le cas d'Issou avec ces élèves qui ont détourné le regard, qui ont même retourné leur chaise pour ne pas voir un tableau, un tableau français du XVIIe sur lequel on voit effectivement des femmes dénudées. Les parents, certains parents d'élèves ont également contesté. Et se sentant menacés, les professeurs ont exercé leur droit de retrait. Que faire ?
Il faut faire de la pédagogie. Il faut expliquer. Il faut expliquer ce qu'est notre conception de la laïcité. Il faut expliquer le fait qu'on doit apprendre aux élèves à avoir un regard critique. Voilà ce qu'il faut faire. C'est des élèves, c'est des enfants à qui il faut parler, avec qui il faut discuter le problème que l'on a.
Là, c'est aussi les parents.
Eh bien, aux parents aussi. Il faut leur dire que ce n'est pas acceptable de faire ça. Mais ça, ça s'inscrit dans un contexte qui est un contexte de malheureusement des menaces vis-à-vis d'enseignants, parfois pour le contenu des cours, parfois avec des gens qui rentrent dans les établissements scolaires et qui vont menacer des enseignants. Parfois, comme ça a été le cas à Libourne en Gironde, avec des menaces racistes contre une professeure et un certain nombre d'élèves. Tout ça n'est pas acceptable. Donc, il faut faire en sorte que nos enseignants puissent enseigner dans des bonnes conditions. Et qu'est-ce qu'ils disent, nos enseignants ? Ils disent qu'il faut davantage de moyens humains.
Il faut davantage de personnel d'éducation. Il faut davantage de CPE. Il faut davantage de psychologue scolaire. Parce que sinon, à la fin, effectivement, si vous ne mettez pas de l'humain, il y a des situations qui dégénèrent.
Et c'est le cas à Issou, puisque ça faisait effectivement des mois qu'il dénonçait les conditions. Sauf que le moment où ils se sont sentis le plus menacés, c'est cette question d'atteinte aux croyances. En tout cas, c'est comme ça que ça a été exprimé. Quand vous voyez ce sondage IFOP qui dit que 75% des Français de religion musulmane en France disent que s'il y a un conflit entre ce que dit la religion sur la création du monde et ce que dit la science, c'est la religion qui a raison. Qu'est-ce que vous leur dites ? Qu'est-ce qu'on leur dit ?
Mais attendez, d'abord...
Vous êtes un ancien prof, vous êtes mathématicien.
Non, je ne suis pas ancien prof, mais je suis mathématicien, effectivement. Donc la question des sciences, la question du rapport aux sciences. Il y a la question des croyances personnelles. Chacun peut croire ce qu'il en vit. Il y a la question des lois de la République. Et les lois de la République, ils s'imposent à tous.
On peut croire que la... Non, parce qu'il y a des croyances. Mais qu'est-ce que vous voulez faire ? Est-ce qu'on peut croire, quand on est chrétien, par exemple, que c'est Adam et Ève, les premiers hommes, et que c'est Dieu qui a créé le jardin, le paradis ?
Le rôle de l'éducation, c'est d'essayer de s'appuyer sur des faits pour essayer d'enseigner une théorie, qui est la théorie qui est aujourd'hui reconnue scientifiquement de la constitution du monde, de l'émergence de la vie. C'est ça, le rôle des professeurs ? Mais on a quand même l'impression que jusqu'à présent, ça s'était plutôt... Mais qu'est-ce que vous voulez faire, Apolline Demer ? Vous n'allez pas interdire aux gens de penser ce qu'ils ont envie de penser, même si vous pensez que c'est une erreur.
Donc, qu'est-ce que vous voulez faire d'autre que du dialogue, de la pédagogie, d'expliquer pourquoi on pense aujourd'hui que le monde s'est constitué comme tel, pourquoi on pense aujourd'hui que la vie s'est construite comme telle ? Bon, ça, c'est l'histoire de l'éducation, pour lutter contre parfois certaines croyances. Mais bon, qu'est-ce que vous voulez faire d'autre que de la pédagogie ?
Mais ça ne vous angoisse pas, vous, scientifique ?
Moi, en tout cas, je ne crois pas à ces théories, mais ça, c'est ma conception personnelle. Et la question n'est pas si ça m'angoisse ou pas, la question, c'est qu'est-ce qu'on apprend à nos élèves ?
Non, mais de savoir que 75% d'une partie de la population préfère ne pas croire dans les théories, ou en tout cas à ce conflit.
Je ne crois pas ça. Et je crois que l'immense majorité des gens dans ce pays qui ont des croyances religieuses ou n'en ont pas, d'ailleurs, ont envie tout simplement de pouvoir pratiquer leur religion, mais ont envie de le faire dans le respect des lois de la République. C'est le cas de 99,99% des gens. Et donc, je voudrais qu'on fiche un peu la paix aux gens avec leurs religions. Voilà ce que je voudrais. Et qu'on nous fiche globalement la paix avec les religions. Moi, j'ai l'impression qu'on fiche la paix aux profs, en l'occurrence. Oui, mais moi aussi, je voudrais qu'on fiche la paix aux profs. Je crois que j'ai commencé par ça.
Mais je voudrais aussi qu'on nous fiche la paix de manière globale avec les religions. Encore une fois, je pense que l'immense majorité des Françaises et des Français, ils ont envie de vouloir pratiquer leur religion tranquillement, dans le respect des lois de la République. Et je voudrais qu'on évite d'essayer de transformer ce pays en permanence dans des oppositions entre telle et telle religion. Parce que je pense que ce n'est pas bon pour notre pays, tout simplement.
Manuel Bompard, coordinateur national de la France insoumise, député des Bouches-du-Rône. Merci d'être venu répondre à mes questions.
C'est dommage, on n'a pas parlé d'inflation.
On n'a pas parlé d'inflation.
Je voulais dire qu'il y a quelques semaines de ça, à l'Assemblée nationale, à six mois près, on bloquait les prix. Et je pense qu'on en aurait eu bien besoin.
Heureusement, il se trouve que l'inflation descend quand même. Mais enfin, on verra.
Oui, mais les profits des grandes entreprises, ils continuent à bondir. Et les prix, ils continuent à augmenter. Donc il faut faire quelque chose. Et Bruno Le Maire, il ne fait rien. Il ne veut plus partir. Ça suffit.
Manuel Bompard ne veut plus partir.
C'était intéressant comme sujet.
Allez, à plus tard. Merci beaucoup, Apolline. Dans un instant, le live sur BFM TV. Nous reviendrons sur cette annonce de Tsaal. La dépouille d'un otage franco israélien a été retrouvé à Gaza. Il s'agit d'Elia Toledano. Il avait 28 ans. Nous reviendrons aussi sur l'incroyable histoire d'Alex Baptiste, britannique retrouvée six ans après sa disparition à Toulouse. Et puis la fin du procès de Monique Olivier. Nous allons recevoir le psychiatre qui l'a expertisé pour ce procès. C'est dans un instant dans l'IPFM.
Manuel Bompard