Patrick Stefanini : La cause majeure de la défaite de la droite, c'est la perte de l'électorat populaire"
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Questions et réponses
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- 13:56OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir éprouvé le besoin d'écrire ce livre ?
- 17:34RelanceRéponse directe
Est-ce que ce livre éclaire les Français ou rend service à votre famille politique ?
- 20:32OuverteRéponse directe
Hiérarchiquement, qu'est-ce qui a le plus compté dans la défaite ?
- 22:49RelanceRéponse directe
Vous donnez les raisons de la défaite : personnalité, divisions, manque de rassemblement, projet pas assez populaire. Comment les hiérarchisez-vous ?
- 25:31OuverteRéponse directe
François Fillon a-t-il cru jusqu'au bout qu'il pouvait l'emporter malgré les casseroles ?
- 28:39OuverteRéponse directe
Pourquoi Alain Juppé n'a-t-il pas pris le relais après sa défaite à la primaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 15:52PrésentateurFait
« À partir du moment où François Bayrou apporte son soutien à Emmanuel Macron, l'élection est jouée. »
- 16:41PrésentateurChiffre
« François Bayrou rejoint Emmanuel Macron le 21 ou le 22 février. Quatre jours plus tard, Emmanuel Macron a gagné 4,5 points dans les sondages. »
- 26:56PrésentateurFait
« François Fillon rêve d'être élu président de la République depuis plusieurs années. »
- 28:53PrésentateurFait
« Alain Juppé est profondément blessé par sa défaite à la primaire. »
- 35:49PrésentateurFait
« une majorité de ses électeurs trouve que la politique d'Emmanuel Macron va dans le bon sens »
- 35:57PrésentateurFait
« Emmanuel Macron n'a plus aujourd'hui de soutien majoritaire que dans deux électorats : le sien et celui de François Fillon »
- 36:46PrésentateurFait
« la situation de l'économie française en Europe reste une situation difficile »
- 39:07InvitéFait
« ils sont un peu dans la même logique Fillon et Macron »
- 39:16InvitéFait
« Macron il a fait ce qu'on a essayé de faire aussi »
- 43:20PrésentateurFait
« cette grille de lecture ne suffit plus »
- 44:31PrésentateurFait
« nous avons perdu l'esprit du compagnonnage, l'esprit gaulliste du compagnonnage »
- 45:00PrésentateurFait
« il y a eu une chute des cerveaux »
Temps de parole
- Présentateur72 %
- Invité8 %
- Invité 28 %
- ?6 %
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Bonjour
et bienvenue dans Question Politique, le rendez-vous politique de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Invité aujourd'hui, il était le directeur de la campagne présidentielle de François Fillon. Il publie Déflagration chez Robert Laffont. Les entretiens avec la journaliste Carole Barjon, un témoignage rare, important sur une séquence essentielle de notre vie politique. Le sous-titre Dans le secret d'une élection impossible, Patrick Stefanini viendra nous rejoindre dans quelques minutes. Vos questions, vos remarques, vos commentaires sont les bienvenus sur Facebook Live ou sur Twitter. Vous connaissez le mot-clé, Question Paul.
France
Inter, Question Politique, Ali Badoui. Et avec moi en studio, le club de lecture de Questions Politiques, Jeff Vittenberg de France Télévisions. Bonjour Jeff. Bonjour Ali. Françoise Fressos du Quotidien Le Monde, bonjour Françoise.
Bonjour Ali.
Et Karine Bécard de France Inter, bonjour Karine. Bonjour. Les fiches de lecture sont prêtes ?
Elles le sont. Elles le sont.
Un mot pour qualifier le livre de Patrick Stefanini. Un mot. Jeff. Honnête.
Édifiant.
Très précis. Ça
fait deux mots. Précis. Précis. Précis, c'est pas mal. Et on va maintenant commencer par le tour de table habituel. Qu'est
-ce
qui vous a marqué cette semaine, Jeff ? Alors on a entendu tout à l'heure dans le flash leur aliment des trois personnalités venues de la droite en marche. Ce qui m'a aussi marqué cette semaine, et j'ai peut-être été un peu seul sur ce coup-là, vous allez voir, c'est la naissance à droite d'un nouveau club, pardon, d'un nouveau laboratoire d'idées lancé par le député LR Julien Aubert, qu'il a baptisé Oser la France et qui a pour ambition, il n'est pas le premier, de rassembler les Républicains des deux rives. Alors du coup j'ai compté et j'ai dénombré au moins six nouvelles structures créées au sein des Républicains depuis la fin de la présidentielle.
Vous savez bien sûr que Valérie Pécresse est à la tête de son propre mouvement qui est baptisé Libre. Vous avez noté que Christian Estrosi a lancé en septembre La France audacieuse, je suis sûr que vous connaissez aussi Les Populaires de
Guillaume
Pelletier, ou encore Sauvons la Droite lancé par Daniel Pascal, et peut-être même Les Nouveaux Républicains, le mouvement initié par le député européen Philippe Juvin. Vous voyez que la liste est fournie et sûrement pas close. Ajoutez à tout cela Alain Juppé qui rêve d'un grand mouvement central aux Européennes, François Baroin qui veut, je cite, tourner la page, et François Fillon qui a arrêté la politique, mais de quoi Ali va donc hériter Laurent Wauquiez dans quelques jours s'il est élu président des Républicains
?
Y a-t-il encore un grand parti de droite ? Eh bien c'est peut-être Patrick Stéphanini qui va nous le dire tout à l'heure. On lui posera la question. Françoise ?
Eh
bien c'est Emmanuel Macron devant les maires de France, ou comment un président de la République qui commet parfois des erreurs des débutants, parce qu'il n'a jamais été élu, parvient finalement à les corriger. Souvenez-vous, l'été dernier, une avalanche de décisions extrêmement défavorables aux collectivités locales, réduction des emplois aidés, des aides au logement, économie de 13 milliards d'euros à réaliser sur les dépenses de fonctionnement, c'est aussitôt la bronca, d'autant plus forte qu'au fond, la droite se dit qu'elle pourrait peut-être reconquérir la France par les territoires, et qu'il s'agit de s'opposer.
Arrive l'événement annuel, ce fameux congrès de l'Association des maires de France, des milliers d'élus, réunis à Paris, un véritable chaudron, ça va chauffer, eh bien non.
Parce
que pendant un mois,
le
président de la République a chargé quelques-uns de ses ministres, bien en cours avec les élus, de déminer. Alors on a vu notamment Gérard Collomb, et puis aussi Édouard Philippe, qui a été maire du Havre, partir à la reconquête des élus, leur dire qu'il n'y a rien de dramatique, et leur dire surtout qu'on peut peut-être s'entendre. Et en fait, ce qui se passe, c'est qu'une fois de plus, la droite est très divisée. Il
y
en a qui disent, on va faire une opposition irréductible, et d'autres qui disent, mais pendant cinq ans, on ne peut pas tenir dans une opposition irréductible. Ensuite, Emmanuel Macron est aux manettes. Il va recevoir les petits maires. Il va les inviter à l'Élysée. Et l'idée, c'est de dire, on vous respecte. Ce n
'est
pas vous qui allez être inquiets, on va faire payer les gros. Vous, vous serez absolument hors du champ. Arrive l'événement, évidemment, où le président de la République se retrouve devant ses élus. Alors il y a bien quelques sifflets, mais là, on assiste à vraiment une démonstration de fermeté républicaine. La République n'est pas détenue par quelques-uns. Elle est en partage, dit le président de
la
République au maire. Et là, c'est le silence. Les sifflets cessent. La bronca est terminée. Emmanuel Macron n'a pas complètement reconquis les maires, mais en tout cas, il a arrêté. Et le lendemain, qu
'est
-ce qu'on découvre ? Qu'entre au gouvernement, un certain Olivier Dussops, un socialiste qui avait mené la bronca au nom des maires des petites villes moyennes, et bien voilà, dans l'opposition. La débandade se poursuit, et Emmanuel Macron continue de faire son marché.
Merci
Françoise.
Alors
moi, je vais poursuivre, en fait, ce que dit François. Je reste sur la méthode Macron, et j'ai envie de parler du remaniement, parce que ça a marqué, malgré tout, la semaine, même si on l'a attendu très longtemps, ce remaniement. Parce que finalement, qu'est
-ce
qu'on a observé ? On a un Christophe Castaner, qui a bel et bien obtenu le droit de cumuler de fonction. Il est le chef d'un parti et le secrétaire d'État, comme il le souhaitait, aux relations avec le Parlement. Et puis on a effectivement, Françoise vient de le dire, un socialiste qui a été pour moi débauché, à savoir donc le député de l'Ardèche, Olivier Dussops, qui, je le rappelle, n'a pas voté le budget le mardi, et qui se retrouve quand même le bienvenu pour entrer dans ce gouvernement, devenir ministre, il faut quand même le préciser, il en rêvait, il en rêvait déjà sous le quinquennat de François Hollande, et donc cette fois-ci, c'est fait. Donc,
moi
j'ai envie de dire, les règles restent les mêmes. Comme ses prédécesseurs, on a Emmanuel Macron, qui recourt, pardon, comme toujours, au débauchage politique, qui s'accommode quand c'est nécessaire du cumul. Donc, on n'a pas le changement annoncé sur le plan éthique, on n'a pas le changement annoncé sur le plan des pratiques, pardon. Or, les Français, je crois, n'avaient pas exactement voté pour ça.
Merci Karine. Et pour lui, quel est le fait marquant de la semaine
?
On va le demander à notre invité, Patrick Stéphanini, qui va venir nous rejoindre dans le studio 221 de la Maison de la Radio. Patrick Stéphanini, qui publie donc Déflagration. Bonjour, monsieur, et bienvenue. Merci d'avoir accepté notre invitation. Je suis un soldat, c'est comme ça que vous vous définissez, mais pas n'importe quel soldat. Karine fera votre portrait dans quelques minutes. Directeur de la campagne présidentielle de François Fillon. Vous publiez donc Déflagration, 400 pages, un document important à verser à l'histoire de la Ve République. Nous l'avons lu de près, on va en parler. Mais d'abord, qu'est-ce qui vous a marqué dans l'actualité, Patrick Stéphanini
?
Ça n'est pas un phénomène de politique intérieure. Ce qui m'a marqué dans l'actualité de cette semaine, c'est le terrible attentat en Égypte dans une mosquée, qui montre que l'islam, dans cette région du monde, continue à être traversé par des courants violemment opposés.
Et
notre société en Occident n'est pas à l'abri des conséquences de ces tensions extrêmement fortes.
Donc
voilà l'événement qui m'a marqué. On sait que ces tensions se traduisent aussi
par
une forte poussée de l'immigration à destination de l'Europe.
Et
donc nous allons avoir dans la durée à gérer ces phénomènes.
Tout
de suite, le zapping politique de Laurence Perron. Mais enfin, Dina ! Ce n'est qu'un lapin avec une veste. Et une mou ! Oh, pardonnez, moustache ! Je suis sortant en commentaire
!
Tic-tac, tic-tac ! Mais que fait le maître des horloges ? Ce remaniement, c'est pour aujourd'hui ou c'est pour demain ? Eh bien non, Emmanuel Macron prend son temps. Et pour certains, se donner du temps, ça éviterait de faire des conneries. Le mot est de Gérard Filoche, exclu mardi du PS pour un tweet antisémite. Moi, j'assume. C'est mon fils, c'est mon fils, j'assume. Et je vous dis, c'est une connerie. Donc vous
accusez M. Temal d
'avoir monté cette opération avec ce tweet pour vous nuire. Pas de l'avoir monté, de l'utiliser. De mentir en me mettant en cause, moi, comme antisémite. Il fait très bien que c'est faux. J'ai d'autres vues de ne pas vouloir entendre qu'on ferait mieux à gauche se battre ensemble contre Macron plutôt que ce genre d'accusation. Tic-tac, tic-tac ! Lundi, mardi, mercredi, jeudi, toujours pas de remaniement. L'ancien Premier ministre, Emmanuel Valls, lui a pris son temps pour changer à nouveau d'avis sur la suppression du 49-3. Une connerie. Après, quand je me suis lancé dans la campagne, et avec ce qui s'était passé, j'aurais pas dû faire cette proposition.
Donc, l'évolution d'un
homme. Sur le 49-3, sur le 49-3, j'ai fait une connerie. Tic-tac, tic-tac ! Et le crissement des roues sur le gravier de l'Elysée. Les dirigeants des partis politiques, tous reçus pour discuter élections européennes. Marine Le Pen, elle, y a parlé fatwa bancaire.
Après la persécution judiciaire massive dont nous sommes la victime, nous assistons à un nouvel échelon dans la persécution contre le Front National, le bannissement bancaire. Est-ce que les opposants vont être réduits à un exil bancaire ? J'en appelle aussi aux autres partis politiques, qui demain seront peut-être victimes, eux aussi, de cette
fatwa bancaire. Tic-tac, tic-tac ! La semaine décidément très marquée par les finances. Hugo Bernalicis, député insoumis, interpelle le gouvernement. Je vais critiquer une entreprise qui réussit.
Plus
d'1,7 milliard d'euros de dividendes versés aux actionnaires, cela semble être un bon critère jupitérien de la réussite. Cette entreprise, c'est Engie, ex-GDF Suez. Aujourd'hui, les salariés sont au tribunal de Nanterre, au sujet de la délocalisation de 1200 emplois sur l'activité de relations clientèles en France. Ce problème peut être résolu, d'autant que notre président connaît bien les dirigeants d'Engie. Isabelle Cocher, actuelle directrice générale du groupe, a accompagné le président Macron dans son avion présidentiel pour son allocution à l'ONU. Elle était d'ailleurs à la manœuvre pour effacer un milliard de dettes en 2012, comme nous l'apprennent les Paradise Papers.
Ce beau monde serait-il plus intéressé par l'argent que par le progrès social ? Tic-tac, tic-tac ! Re-gravier qui crisse à l'Elysée pour les maires de France, cette fois. Mais là, une petite coupe de champagne au palais n'a pas suffi à éteindre leur colère. Notre pays
aime
la finance magique.
Il
aime cette finance où on peut baisser les impôts sans que jamais la dépense publique, quant à elle, ne baisse. Il veut que l'économie soit toujours le problème de l'autre. Tic-tac, tic-tac ! Et là, ce n'est plus tic-tac ! C'est boum en direct ! Huet et sifflé ! Alors,
pour
cela,
vous
pouvez être en désaccord.
J
'ai toujours, vous savez, j'ai fait campagne.
Les
sifflés ne m
'ont
jamais beaucoup étourdi. Mais j'ai toujours demandé aux gens dans mes mythiques de ne pas siffler.
C
'était des militants. Je peux demander la même chose au maire.
Tu
vois, le monde se divise en deux catégories. Ceux qui ont un pistolet chargé
et
ceux qui creusent.
Toi,
tu creuses.
Merci
Laurence Perron.
Une
réaction, Patrick Stéphanini,
aux
appings politiques que vous avez regardés avec un œil amusé
? C
'est vrai que le Président de la République a manifestement réussi son grand oral devant l'Assemblée des maires.
Il
n'en reste pas moi, en tout cas c'est ce que je dis dans mon livre, que la question de la décentralisation, la question des libertés locales est une des questions sur lesquelles la droite peut se différencier de l'action de l'actuel gouvernement.
On
va y venir parce que c'est vrai qu'il y a du brouillage dans le paysage politique et particulièrement à droite. Votre portrait, Patrick Stéphanini, il est signé bien sûr. Karine Becker.
Bonjour
Patrick Stéphanini. Patrick Stéphanini, vous êtes un invité atypique, très connu des journalistes politiques, mais un parfait anonyme ou presque auprès du grand public. Parce que, pour vous trouver, il faut pouvoir se faufiler dans les coulisses, en général celles des campagnes électorales. Vous auriez un don, vous les narques rigoureux et méthodiques, pour diriger et faire gagner tous vos champions. Lesquels ? La légende est née avec Jacques Chirac, 1995. Tout indiquait qu'Edouard Balladur allait triomphalement l'emporter. Mais vous, vous vous êtes battu. Comme toujours, vous avez tout prévu. Résultat qui s'est imposé ? Votre candidat.
Même recette, 20 ans plus tard, certes, au dernier Régional avec Valérie Pécresse. Mais votre coup de maître, Patrick Stéphanini, celui qui a, a priori, le plus marqué, le plus surpris, c'est celui d'il y a tout juste un an, quand François Fillon, qui n'a jamais su faire la course en tête, écrase, malgré tout, tous ses adversaires des primaires. Qu'est-ce que vous leur dites ?
Qu
'est-ce que vous leur faites pour les faire arriver, finalement, là où vous, personnellement, avez toujours échoué ? Je m'explique, trois fois, vous avez tenté d'être député, et trois fois, le candidat Stéphanini a raté. Vous avez même espéré décrocher la mairie de Nice, enfin cela, c'était pour commencer il y a pas mal d'années. En fait, ce qui est amusant, c'est que vous avez tout du haut fonctionnaire classique, d'apparence plutôt lisse et pas très charismatique, sauf que vous adorez l'adrénaline de la politique. Vous avez été un pilier de la Chirakie, quitte à tomber pour les emplois fictifs de la mairie de Paris.
Vous avez aussi été un proche et un grand admirateur d'Alain Juppé, ce qui ne vous a pas empêché de partager avec Nicolas Sarkozy ses idées sur la sécurité. Et puis, vous avez enfin, donc, dirigé la dernière campagne présidentielle de la droite, celle de François Fillon,
en
l'abandonnant seulement plus d'un mois après les premières révélations. Vous dites aujourd'hui, Patrick Stéphanini, que votre parti est brisé, mais vous y avez, vous en conviendrez, immanquablement, votre part de responsabilité.
Vous
avez la parole, Patrick Stéphanini. Merci pour ce portrait qui me paraît, pour reprendre votre adjectif de tout à l'heure, précis et honnête. Oui, nous avons vécu une séquence particulièrement difficile avec cette élection présidentielle.
D
'abord parce que tout nous annonçait, au moins sur le papier, la victoire, et que quelques semaines plus tard ou quelques mois plus tard, la situation s'était complètement renversée. Alors, il ne
faut
pas exagérer le rôle des directeurs de campagne. Lorsque le candidat gagne, c'est parce que le candidat a été très bon. Et quand il perd, c'est la faute du directeur de campagne.
C'est dur.
Et quand le candidat perd, écoutez...
Ne soyez pas
modestes,
c
'est quand même un rôle absolument essentiel, celui de directeur de campagne, et particulièrement celui que vous avez joué dans la campagne de François Fillon, jusqu'à cette déflagration, comme est titré votre livre. On va en parler, évidemment, mais d'abord une question de Françoise Fresseuse.
Oui,
avant d'essayer de faire cette autopsie de la défaite, ce qui interpelle, c'est vous-même. Pourquoi vous éprouvez le besoin d'écrire
? C
'est quand même un livre pas mal à charge sur le candidat, François Fillon, dont vous décrivez une personnalité assez complexe. Vous, vous êtes d'ordinaire très réservé, très soucieux du devoir de réserve. Pourquoi vous avez tout d'un coup éprouvé le besoin d'écrire ce livre
?
Alors, d'abord sur le devoir de réserve. Le devoir de réserve, c'est une obligation qui s'impose aux fonctionnaires, mais elle s'impose à eux pour tout ce qui a trait à l'actualité gouvernementale immédiate. Donc tout à l'heure, si vous me demandez si je suis favorable ou pas à la baisse des APL, je ne
vous
répondrai pas et je me réfugierai derrière le devoir de réserve. Mais il n
'y
a pas de devoir de réserve
sur
la participation à des activités politiques passées et de surcroît qui ont été particulièrement intenses. Quand on est candidat à la présidence de la République, comme l'a été François Fillon, on sait que la règle du jeu, c'est qu'on se présente devant l'ensemble des Françaises et des Français et on se présente en toute transparence. Alors, la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre,
je
crois qu'elle est partagée par beaucoup d'électeurs de droite, c'est que j'ai voulu comprendre ce qui nous était arrivé. J'ai voulu trouver un petit peu le fil rouge qui nous a fait passer de la certitude de la victoire à la fin du mois de novembre à la certitude de la défaite après la mise en examen de François Fillon.
Mais on a le sentiment que vous avez
tout vu et que vous n'avez
rien empêché
et que c'est ça finalement qui vous pose un petit problème là aujourd'hui.
Oui, parce qu'il y a eu une combinaison de facteurs qui ont fait... Alors ça, c'est une des thèses que je soutiens dans le livre et qui donnera lieu incontestablement à des polémiques. Moi, j'écris qu'à partir du moment
où
François Bayrou apporte son soutien à Emmanuel Macron, l'élection est jouée. Et je ne l'écris pas en l'air parce qu'on a
tous
le droit d'avoir des opinions. Mais à partir du moment où on présente des analyses, il faut les démontrer,
il
faut les argumenter. Or, quand vous regardez la courbe des sondages d'intention de vote, vous êtes des journalistes politiques, vous êtes des professionnels. Nous avons été accompagnés dans cette campagne jour après jour par des sondages et notamment par une méthode de sondage qui consiste tous les jours à prendre le pouls de l'opinion en faisant une moyenne mobile sur trois jours. Et j'ai amené avec moi le document en question. C'est un institut de sondage chez l'IFOP fiducial qui réalisait ces analyses. Elles étaient à la disposition de tous les responsables politiques. François Bayrou rejoint Emmanuel Macron le 21 ou le 22 février.
Quatre jours plus tard, Emmanuel Macron a gagné 4,5 points dans les sondages. Il ne les reperdra plus jamais et plus jamais François Fillon ne reviendra dans les deux premiers candidats. Et c'est ce qui est passionnant et justement on va en débattre parce que pour vous François Fillon a perdu la présidentielle à cause de l'affaire évidemment, mais pas seulement, il y avait cette raison politique. Et deuxième petite chose avant de passer la parole à Jeff, vous allez faire des heureux, les sondeurs. Vous êtes Patrick
Stéphanini, la première personne que je
rencontre et qui dit du bien des sondages, qui les utilisent comme des outils scientifiques pour mener une campagne électorale, ça détonne par rapport au discours général
sur les sondeurs.
La politique c'est une activité humaine et Dieu merci, il y
a
une part de rationalité, la négliger c'est se tromper. C'est vrai, monsieur Stéphanini, qu'on s'interroge sur le but de votre livre.
Est
-ce qu'il s'agit d'éclairer les français ou de rendre service à votre famille politique, aux idées de laquelle vous croyez toujours,
je
l'imagine, qu'à raconter avec autant de détails les arrangements, les rancœurs, les occasions perdues, ça ne va pas forcément redorer le blason de la droite qui est aujourd'hui brisé, déboussolé, hébété comme vous dites. Est-ce que vous voulez en quelque sorte la libérer pour reprendre l'expression d'un homme qui vous est cher ? Non
mais
j'ai pris mes risques en écrivant ce livre et je ne vais sans doute pas me faire beaucoup d'amis. Mais je n'ai pas écrit ce livre pour rendre hommage à telle ou telle personnalité politique ou pour favoriser tel ou tel courant des républicains. J'ai écrit ce livre, encore une fois, pour essayer de comprendre et de faire comprendre aux électeurs de droite ce qui s'était passé. Et j'ai également écrit ce livre parce que je sens venir depuis quelques jours l'idée que tout ça, ce n
'est
pas intéressant. Qu'il ne faut pas se tourner vers le passé, qu'il ne
faut
pas regarder dans le rétroviseur, qu'il faut se projeter dans l'avenir.
Bruno Rotaillot
a dit qu'il avait cassé son rétroviseur à
propos
de votre
livre. Je ne voulais pas lui regarder en arrière. Je
propose qu'on se cotise pour lui en racheter un de rétroviseur parce que... Donc
le droit d'avant-terre
c'est important quoi.
Regarder les raisons, essayer de regarder en face les raisons pour lesquelles nous avons perdu, je crois que c'est juste indispensable. Nous
ne l'avons pas fait en
2012 parce que nous n'avons pas voulu prendre le risque de mettre en situation difficile Nicolas Sarkozy, qui était le président sortant battu et qui aspirait à jouer encore un rôle important au sein de notre famille politique. Donc je ne dis pas que nous avons eu tort, je constate simplement que nous ne l'avons pas fait en 2012,
que
du coup nous n'avons pas porté suffisamment attention au fait, par exemple, car il n'y a pas que le centre, nous n'avons pas porté suffisamment attention au fait que nous avions largement perdu l'électorat populaire depuis 2008 et que nous avions commencé à perdre une partie des classes moyennes à partir des augmentations d'impôts de 2011, pour être clair, eh bien quand on ne fait pas l'inventaire, on se condamne à revivre les mêmes erreurs. Cette fois-ci, François Fillon a annoncé qu'il se retirait de la vie politique, donc je pense que les circonstances sont réunies et mon livre est aussi une pierre que j'apporte à ce devoir d'inventaire. Je ne prétends pas du tout
que
les analyses que se présentent ne soient pas contestées, j'espère même qu'elles donneront lieu à un débat, je ne prétends pas
avoir... Le débat a
commencé. Le débat a commencé, je m'en réjouis.
Et
on apprend aussi que Brigitte Bardot est quelqu'un d'absolument incontournable dans une campagne électorale. Il faut avoir le soutien de Brigitte Bardot quand on est un candidat de droite. François Fressot.
Plus
sérieusement, vous donnez
les
raisons de la défaite, qu'il y
a
la personnalité du candidat,
il
y a les divisions endémiques de la droite, parce qu'on les voit marcher, le manque de rassemblement vers François Bayrou, et puis peut-être le projet qui n
'est
pas assez tourné finalement vers les milieux populaires. Hiérarchiquement, comment vous déterminez tous ces éléments ? Qu'est-ce qui a le plus compté pour vous
?
Patrick Stéphanini. Ce qu'on a appelé les affaires, c'est ce que les historiens appellent la cause immédiate, c'est le détonateur, c'est ce qui fait exploser tout le reste.
Donc je ne sous-estime pas l'influence. Une petite question, vous savez d'où elle
vient cette affaire ? Parce qu'on se pose tous la question.
Ça c'est la question.
Vous avez une
petite idée forcément. Est-ce que
c'est
vraiment le travail d'enquête des journalistes du Canard Enchaîné ou est-ce qu'il y a autre chose
?
Écoutez, moi je ne sais pas s'il y a eu un complot. J'observe que François Fillon avait dit qu'il connaissait les noms, etc. et qu'il les donnerait. J'observe qu'il ne les a pas donnés, mais peut-être le fera-t-il dans un avenir plus ou moins proche. Ce que je veux dire c'est que... Vous y croyez à cette idée
?
Alors d'une part je ne suis pas suffisamment naïf pour penser que certaines personnes ne se sont pas occupées de trouver des arguments à charge contre François Fillon. Et en ce sens il y a peut-être eu un complot, mais je ne sais pas qui en a été l'auteur. Mais ce que je crois en revanche, c'est qu'en campagne électorale, dénoncer le complot,
ça
n'a strictement aucune utilité.
La
théorie du complot, quand vous êtes en campagne, elle ne vous sert à rien. D'autant que François Fillon était au courant qu'il y avait une enquête ou en tout cas des questions sur l'emploi de sa femme, les enfants également, et ça il vous l'avait caché
? Oui,
il n'a pas éprouvé le besoin. Moi Gérald Larcher m'a donc dit au mois de juillet, donc bien après la campagne et bien après ma démission, que François Fillon avait évoqué une première fois avec lui avant Noël, enfin juste avant Noël 2016, le fait que l'emploi de son épouse à la revue des deux mondes suscitait des interrogations. François Fillon ne m'en a pas parlé. Moi attention, je ne fais pas du tout reproche dans l'absolu à François Fillon de ne pas m'en avoir parlé. Mais ça se passe comment
en général dans les campagnes ? Et un homme
politique a le droit de conserver le secret sur un certain nombre d'informations
à
condition que le fait de conserver le secret serve à quelque chose. Ce que je n'aperçois pas au cas particulier, c'est en quoi le fait d'avoir attendu l'apparition de l'article du Canard Enchaîné nous a aidé en quoi que ce soit.
Mais je
voudrais répondre à la Françoise Fressos sur la hiérarchie des causes. Donc la cause immédiate, ce sont les affaires et les causes profondes, c'est évidemment le décrochage de l'électorat populaire et dans une certaine mesure des classes moyennes par rapport à la droite classique. Ça, évidemment, ça permet à cet électorat, au moment où éclate l'affaire, cet électorat, naturellement, il se cherche un autre candidat et ce candidat, ça va être Emmanuel Macron. Sauf qu'en même temps, vous dites qu'il est formidable
ce projet, vous l'appréciez beaucoup, vous le soutenez encore aujourd'hui sur
je ne sais combien de points.
Sauf qu'effectivement, quand on le regarde, il parle à qui ? Il parle au chef d'entreprise, il parle aux assujettis de l'ISF, il parle à l'électorat catholique.
On savait dès le départ, vu la radio...
C'était un très bon projet pour la primaire.
Et
de ce point de vue-là, François Fillon, c'est une de ses qualités, car le portrait que je fais de François Fillon, ce n
'est
pas du tout un portrait à charge.
C'est un portrait... C'est un portrait... La statue du
commandeur. Non, c'est un portrait qui se veut équilibré et dans la balance des
qualités... Pas sûr que ça
lui plaise. Dans la balance des qualités éminentes de François Fillon, il y a non seulement la ténacité, le sang-froid et la détermination, il y a aussi l'intelligence tactique. Et François Fillon, il gagne la primaire parce que
c
'est celui qui a le mieux analysé avec son équipe ce que va être l'électorat de la primaire et qui a construit un projet puissant parce que contrairement à Alain Juppé qui s'est laissé enfermer sur le thème de l'identité heureuse,
c
'est-à-dire au fond de l'absence d'aspiration au changement, François Fillon, il a compris que l'électorat de droite aspirait au changement et il a construit un projet puissant qui a séduit les électeurs de la primaire à la grande surprise de beaucoup de commentateurs mais qui a séduit les électeurs de la primaire. En revanche, je voudrais le dire à Karine Becker, ensuite, pour gagner l'élection présidentielle.
Il fallait non pas se renier, il ne fallait pas renoncer à ce projet puissant qui était axé notamment sur l'impératif du redressement de l'économie française mais il fallait par contre élargir ce projet et s'adresser ce que nous n'avions pas fait pendant la primaire parce que nous savions que l'électorat de la primaire ce n'était pas celui-là, s'adresser à l'électorat populaire comme avait su le faire Jacques Chirac en 1995 à travers le thème de la fracture sociale ou comme avait su le faire Nicolas Sarkozy en 2007 à travers la fameuse formule travailler plus pour
gagner plus. Et ça, il n'y
arrive pas. Au
mois de
décembre, il patine entre guillemets. Il
n'y arrive pas en fait.
L'ancien directeur de campagne de France-Sophie en Patrick Stéphanini est notre invité ce dimanche. Il publie Déflagration chez Robert Laffont.
France
Inter Alibadou Question politique Et question de Jeff Wittenberg. Patrick Stéphanini, vous n'êtes pas dans la tête des personnes mais vous étiez très proche et vous connaissez bien la psychologie de François Fillon. Est-ce que selon vous, il a véritablement songé au fond de lui qu'il pouvait quand même l'emporter malgré les casseroles qui jalonnaient sa campagne au propre comme au figuré ? On se souvient des concerts de casseroles qu'il y avait dans ses meetings par exemple.
Oui, je pense
que François Fillon a cru jusqu'au bout qu'il pouvait l'emporter en tout cas, je l'espère parce qu'il a pris la décision entre le 1er mars et la manifestation du Trocadéro il prend la décision de maintenir sa candidature alors même qu'il avait annoncé que s'il était mis en examen il renoncerait à se porter candidat donc il maintient sa candidature.
Et pourquoi
selon vous tout le monde doutait sauf lui pour quelles raisons vous qui le connaissez si bien
?
Les raisons humaines sont assez évidentes. François Fillon rêve d'être élu président de la République depuis plusieurs années il considère je l'explique dans mon livre parce que je crois que ça explique une partie de ce que j'appellerais son animosité à l'égard de Nicolas Sarkozy elle n
'est
pas seulement personnelle cette animosité même si à l'évidence les relations entre les deux hommes entre 2007 et 2012 n'ont pas toujours été iréniques
mais
il y a chez François Fillon
l
'idée
que
Nicolas Sarkozy n'a pas su
ou
n'a pas voulu mettre en oeuvre entre 2007 et 2012 le projet sur lequel il avait été élu en 2007
et
il y a chez François Fillon
la
prétention mais je ne le dis pas de manière péjorative ou si vous voulez on peut dire il y a chez François Fillon l'ambition d'être celui qui va réussir enfin à partir de 2017 à mettre en oeuvre un véritable programme de droite
c
'est à dire le programme sur lequel Nicolas Sarkozy
s'était fait
élire en 2007
et cette ambition
elle
va le
porter et elle va lui donner le succès à la primaire parce que le succès à la primaire c'est fondamentalement le fait d'électeurs de droite qui avaient été déçus
par
ce qui s'était passé entre 2007 et 2012 et qui se disent alors ils avaient été déçus en partie par certains aspects de la personnalité de Nicolas Sarkozy mais ils avaient été déçus parce qu'ils estimaient que le compte n'y était pas on leur avait promis la suppression de l'ISF l'ISF n'avait pas été supprimé on leur avait promis la remise en cause des 35 heures on
avait
gardé
les
35 heures et finalement ils ont un nouveau candidat François Fillon qui peut-être en termes de caractère n'a pas le même profil que Nicolas Sarkozy je vais le dire comme ça donc qui les rassure davantage que le profil de Nicolas Sarkozy et qui leur dit mais par contre j'ai le même projet la seule différence c'est que moi je vais vraiment le mettre en application et bien il fait un tabac et c'est comme ça qu
'il
gagne la primaire François Spressoz
quand
nous on observe ce qui se passe c'est-à-dire ce naufrage de la droite on se dit mais à un moment ils vont quand même sortir un plan B pourquoi le plan B Juppé n'a jamais pris alors que finalement il caracolait dans les sondages pendant la primaire est-ce que c'est la faute de Juppé est-ce que c
'est
la faute de Nicolas Sarkozy qui n'en voulait surtout pas comment vous voyez les choses
Patrick Stéphanini non moi je ne sais pas si Nicolas Sarkozy ne voulait pas d'Alain Juppé enfin je n
'ai
jamais perçu ça non je crois qu'il y a deux choses qui se passent la première c'est le fait qu'Alain Juppé est profondément blessé
par
sa défaite à la primaire parce qu'elle est sévère donc il n
'y a
jamais eu de plan B en fait parce qu'elle est sévère alors c'est une des questions que j'essaye d'élucider dans mon livre est-ce que vraiment Alain Juppé a conservé après sa défaite à la primaire l'envie de se porter candidat j'ai eu plusieurs conversations avec lui pendant cette période et je ne suis pas en mesure d'apporter une réponse catégoriquement positive à cette question vous
insistez et puis
et puis et puis le deuxième élément qui a joué
c
'est que François Fillon lui manifestement ne souhaitait pas être remplacé
par
Alain Juppé ça peut se comprendre encore une fois pour des raisons humaines et à partir du moment où Alain Juppé parce que ce n
'est
pas son style n'a pas donné le coup d'épaule qui permettait de pousser François Fillon sur le bas côté du chemin et je voudrais dire que de ce point de vue là l'attitude d'Alain Juppé a été éminemment respectable il n'a pas cherché à forcer le destin parce que parce que ce n'était pas la vision qu'il avait de la famille politique qui était la sienne et du parti politique qu'il avait contribué très largement à fonder en 2002 à partir de ce moment là François Fillon a fait l'analyse qu'il n'y
avait
pas de plan B qu'il restait le meilleur candidat
il
s'est trompé il s'est trompé et dans ma lettre de démission qui est un peu un cri vers François Fillon en lui disant est-ce que tu es sûr de ton coup parce qu'à partir du moment où tu es mis en examen à partir du moment où l'opinion publique compte tenu de cette mise en examen peut s'interroger sur la crédibilité de ta candidature il faut vraiment que tu te poses la question est-ce que tu es encore le meilleur parce que sinon tu vas nous emmener dans une défaite sans précédent tu vas être éliminé au premier tour de la présidentielle et les conséquences sur les législatives entre nous elles étaient facilement prévisibles
mais du coup
qu
'est
-ce
que vous pensez du processus des primaires qui finalement première question est-ce qu'il a vraiment permis de trouver le meilleur des candidats à la présidentielle est-ce qu'il a vraiment permis de faire taire cette guerre des chefs et est-ce qu'il n
'a
pas donné une surlégitimité à François Fillon qui du coup a passé son temps à se cacher derrière ces 4 millions d'électeurs qu'il avait intronisé candidat à la présidentielle et derrière lesquels on n'a jamais pu le faire descendre
je
crois que c
'est
une question compliquée moi dans mon livre je formule plusieurs remarques sur la primaire et notamment parce que ça je l'ai vécu avec mes tripes et dans ma chair je crois que nous avons organisé trop tard la primaire qu'il aurait fallu organiser la primaire au mois de juin 2016 de manière à ce que l'été 2016 passe là-dessus que les hommes puissent se reparler je souligne dans mon livre le fait que François Fillon n'a retrouvé Alain Juppé que deux mois après la primaire et alors que les accusations du canard enchaîné avaient déjà été publiées et il a retrouvé Nicolas Sarkozy 8 ou 10 jours avant bon tout ça incontestablement nous apportait préjudice et si la primaire avait eu lieu au mois de juin les retrouvailles entre les principaux leaders de la droite auraient été plus faciles pour autant je sais bien et j'ai déjà beaucoup entendu dans ma famille politique de gens dire la primaire il faut s'en débarrasser c'est un très mauvais système attention moi je dis qu'il ne
faut
pas jeter le bébé avec l'eau du bain parce que les raisons pour lesquelles on avait inventé la primaire elles sont toujours là c'est à dire qu'on a un candidat du Front National qui s'appelle aujourd'hui Marine Le Pen qui s'appellera peut-être demain autrement mais peu importe en tout cas on a un Front National qui est bien installé dans le paysage politique
et
si la droite se divise entre plusieurs prétendants à l'élection présidentielle au premier tour de
l
'élection présidentielle c'est sûr et je voudrais insister sur ce point parce que ça dépasse ma famille politique je pense que on reviendra pas on a fait voter 4 millions et demi d'électeurs au second tour de la primaire
on
reviendra pas
à
un système dans lequel ça sera 150 000 ou 200 000 militants qui désigneront le candidat de la droite à la prochaine élection présidentielle en tout cas si on le fait on est sûr de se planter par contre est-ce qu'il faut garder le système de la primaire tel qu'il a été organisé ça j'en suis pas convaincu Florence Portelli je crois a fait cette semaine des propositions sur un aménagement de l'organisation de la primaire mais ce que je crois surtout fondamentalement parce que c'est ça la politique moderne c'est que le candidat qui l'emportera en 2022 c'est le candidat qui aura réussi à susciter autour de sa candidature
autour
de son projet un vrai phénomène de participation citoyenne enfin la vie politique elle a changé et c'est pas un homme de 64 ans comme moi qui va vous l'expliquer le mieux les réseaux sociaux ont bouleversé beaucoup de choses nos concitoyens n'ont pas envie d'être seulement des spectateurs de la scène politique ils ont envie d'être des acteurs et dans ce qui s'est passé avec l'élection d'Emmanuel Macron nous avons des choses à apprendre et François Fillon d'ailleurs en était conscient puisqu'il avait associé plus que ne l'avait fait par exemple Nicolas Sarkozy il avait associé la société civile à sa campagne mais celui qui a le mieux réussi son coup de ce point de vue là c'est Emmanuel Macron et donc moi je suis convaincu que les responsables de la droite
qui
n'ont pas besoin de moi pour réfléchir s'ils lisent mon livre je m'en réjouirai et s'ils y trouvent quelques idées soit utiles soit contestables et donc qui alimentent le débat je m'en réjouirai encore plus mais je suis convaincu que les responsables de la droite qu'il s'agisse de Laurent Wauquiez qu'il s'agisse de Valérie Pécresse qu'il s'agisse de Xavier Bertrand c'est des gens ils ont vécu tout ça avec une intensité inouïe et donc je suis convaincu qu'ils ont réfléchi à ça et qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas aller avec le parti des républicains ils ne peuvent pas aller à l'élection de 2022 sans bâtir un phénomène de participation citoyenne autour de notre projet et autour de notre futur candidat
et
surtout ne pas se faire offrir de costumes ça aussi
ça compte dans une élection
sur le projet justement est-ce que la droite peut encore inventer un programme économique alternatif aujourd'hui est
-ce
qu'il
y a
une politique plus libérale plus favorable aux demandes des chefs d'entreprise que celle menée par Emmanuel Macron qu'est-ce que vous pouvez proposer de différent est
-ce
qu'il faut vous tourner vers le social plutôt l'apanage des partis de gauche en général est
-ce
que vous n'êtes pas dans une impasse programmatique créée par la politique d'Emmanuel Macron Patrick Stéphanini alors c'est vrai que nous avons une vraie difficulté et la vraie difficulté ce ne sont pas les constructifs les constructifs c'est l'arbre qui cache la forêt la vraie difficulté pour la droite aujourd'hui c'est qu'une majorité de ses électeurs trouve que la politique d'Emmanuel Macron va dans le bon sens tous les sondages je suis désolé je vais passer
pour un maniaque mais tous les sondages tous
les sondages montrent que Emmanuel Macron n'a plus aujourd'hui de soutien majoritaire que dans deux électorats le sien et celui de François Fillon au premier tour de l'élection présidentielle
alors
Jeff Wittenberg ça ne va pas être simple parce qu'en effet Emmanuel Macron
sur
le terrain de l'économie met en oeuvre une partie des idées de François Fillon
mais
pas tout je voudrais quand même noter deux différences puissantes d'abord sur la baisse des dépenses publiques le moins qu
'on
puisse dire c'est qu'elle n'est pas franchement au rendez-vous alors que François Fillon en avait fait un axe majeur de son projet
et
deuxièmement sur la compétitivité il y a certainement des bonnes choses qui se font mais la situation de l'économie française en Europe reste une situation difficile les autres économies de la zone euro se sont relevées plus rapidement que la France et nous conservons un problème de compétitivité c'est ce qui avait d'ailleurs conduit François Fillon voyez que je reste fidèle à son projet à préconiser une augmentation de la TVA pour favoriser nos petites industries nos agriculteurs nos artisans etc donc voilà quelques sujets de différence vous
avez des nuances mais vous
diriez que la politique va dans le bon sens si on vous entend bien
la
politique économique suivie par le gouvernement je vous
ai
dit
que j
'étais tenu par le devoir de réserve donc je ferai juste
je ferai juste
le constat parce que ça j'ai pas de devoir de réserve pour faire ce type de constat je ferai juste le constat qu'encore une fois une partie de nos électeurs trouve qu'il n
'y a
pas grand chose à redire aux orientations économiques du président de la république mais enfin nous sommes en novembre 2017 c'est à dire que la droite elle va se reconstruire en tout cas je l'espère il
y a une partie de la droite qui a déjà rejoint
Emmanuel Macron et ben ça c'est un élément c'est un élément est
-ce qu
'Edouard Philippe avait déjà rejoint Emmanuel Macron avant l'élection présidentielle ? Non Vous êtes
sûr
de ça ? On n
'est
jamais sûr de rien dans la vie mais je connais assez bien Edouard Philippe il a jamais
cru au plan B
alors ça peut être mais en tout cas il a consacré une large partie de sa vie politique et personnelle à Alain Juppé et je suis convaincu qu'il est resté fidèle jusqu'à jusqu
'à quand ?
au moins jusqu'au Trocadéro ah bah
oui donc c'est avant
l'élection
présidentielle bien avant l'élection présidentielle ben ça vous lui poserez la question
non
mais
vous en parlez dans votre livre et j'aimerais savoir on ne devient pas premier ministre du jour au lendemain ce sont des choses qui ne s'improvisent pas quand Edouard Philippe est-il entré en contact avec Emmanuel Macron pour devenir son premier ministre ? il ne
m
'a pas fait il
ne m'a pas fait cette
confidence vous lui
poserez mais vous en avez une idée et quelle
impression vous avez
?
non moi je crois que ce qui est clair ce qui déclenche les choses c'est notre déroute en race campagne pour reprendre le titre d'un livre d'un de ses principaux conseillers au soir du premier tour de l'élection présidentielle
mais
vous dites des
choses
étonnantes dans votre livre qui montrent que la droite était pratiquement prête déjà à aller du côté de Macron et pas seulement la droite jupéiste on voit par exemple Bruno Le Maire qui dit on va trouver une mesure pour les milieux populaires et c'est l'allègement de la taxe d'habitation que vous retrouverez ensuite chez Emmanuel Macron on voit vous même vous dites ils sont un peu dans la même logique Fillon et Macron c'est faire les français veulent que le fasse
et
puis vous dites finalement Macron il a fait ce qu'on a essayé de faire aussi c'est mobilisation de la société civile et ce qui est intéressant dans votre livre c'est qu'en fait on voit déjà une partie de la droite en tout cas dans les idées et dans le comportement politique prêt à basculer du côté de Macron
parce que je reprends dans mon livre l'analyse qui a été faite par quelqu'un que je considère comme un des maîtres de l'analyse politique qui est Jérôme Jaffray et qui dit désormais la France politique c'est quatre blocs
et
il y a un bloc des électeurs aisés urbains et plutôt âgés qui a voté Fillon il y a un bloc des électeurs urbains aisés et plutôt jeunes car ce qui nous a manqué incontestablement dans la campagne de François Fillon c'est la jeunesse ça je m'en suis rendu compte assez vite malheureusement j'ai pas trouvé la parade donc ce bloc urbain aisé jeune il est allé vers Emmanuel Macron et on sent bien qu'entre ces deux blocs là la compétition parce que ces deux blocs ça forme ce que Alain Juppé appellerait le bloc central de la vie politique française la compétition entre ces deux blocs va être extraordinairement vive dans les semaines et dans les mois qui viennent et à côté de ça vous avez deux autres blocs le Front National et la France Insoumise qui correspondent à une autre sociologie électorale
Patrick
Stéphanini ancien directeur de campagne de François Fillon est notre invité ce dimanche
Il
y a des choses qu'on découvre dans votre livre Patrick Stéphanini des choses très surprenantes pour les lecteurs François Surot personnage de l'ombre personnage
peu
connu du grand public avocat proche de François Fillon voilà l'homme qui a écrit le discours du Trocadéro et c'est cet avocat qui a déposé les statuts qui a permis la
création
d'En Marche
c
'est un niveau de consanguinité dans le monde politique qui est sidérant
écoutez
moi je l'ai découvert après ma démission et je crois même après la fin de l'élection présidentielle
mais
vous avez vu que dans mon livre François Surot expliquez nous
comment on peut à la fois écrire le
discours du Trocadéro et aider Emmanuel Macron à se lancer à la conquête du pouvoir
d
'abord François Sfressos nous a dit il
y a
quelques instants que sur le plan idéologique les différences entre ce que j'appelle les deux blocs centraux n'étaient pas à ce point marquées enfin entre le Trocadéro et le discours
d'Emmanuel Macron si il y a de la
différence François Surot qui est un homme pour lequel j'ai beaucoup d'estime et je le dis dans mon livre mais François Surot c'est un intellectuel et donc un intellectuel ça reste d'abord fidèle à ses idées
bon
ben il se trouve qu'une partie de ses idées il les retrouve chez François Fillon
et
une autre partie il les retrouve chez Emmanuel Macron en tout cas à
moins qu'il ait décidé en fait de faire
mal à François Fillon pour faire gagner Emmanuel Macron ça vous ne le
proposez pas dans votre livre comme hypothèse non moi j'ai
trop d'estime pour François Surot pour dire ça je suis convaincu qu'il n'a pas joué un double jeu mais voilà il a une personnalité qui est originale qui est d'ailleurs très sympathique il a des thèses sur l'immigration qui ne sont pas du tout
celles des
républicains
qui ne
sont d'ailleurs pas seulement des thèses parce que François Surot c'est aussi un homme d'action c'est à dire que à ma connaissance il agit dans une association qui facilite l'accueil des migrants en France ou en tout cas qui fait en sorte que les migrants qui arrivent en France soient accueillis dans de bonnes conditions et personnellement je trouve que ça mérite le respect et il a écrit donc ce discours du Trocadéro pour Jean Wittenberg puis Karine Becker vous disiez tout à l'heure que la droite de toute façon va se reconstruire ça veut dire que vous pensez qu'il y a encore en France une droite et une gauche et que tôt ou tard on reviendra à ce mouvement de balancier à cette alternance classique ou alors le centrisme est peut-être installé pour de nombreuses années avec Emmanuel Macron comme le souhaitaient beaucoup de français pendant des années c'était
l
'équation impossible elle est en train de se réaliser qu'en pensez-vous ? Patrick Stéphanini je ne
suis
pas capable de répondre aujourd'hui à cette question je crois
en plus fait dans le livre
page 352 ce
ne
sera plus demain le combat de la droite et de la gauche cette grille de lecture ne suffit plus oui ça c'est vrai
je crois vous avez répondu je crois qu'il
existe un tempérament de droite et un tempérament de gauche mais je crois qu'aujourd'hui en effet il y a d'autres critères il y a par exemple le critère de la société ouverte ou au contraire de la société fermée et il y a des gens de droite qui sont plutôt sur un positionnement ouvert sur les questions de société donc ça c'est un autre c'est un autre critère et puis il y a un critère fondamental c'est le populisme il y a des gens de droite qui ont envie de frayer avec une vision populiste de la...
mettez des
noms un peu non
non parce que ma
famille politique Karine Bécard n'a pas besoin de procès d'attention mais
vous parlez de Laurent Wauquiez et bien justement je
ne ferai pas de procès d'attention à Laurent Wauquiez
donc il n
'est
pas populiste
c
'était pas de lui dont vous parliez
au moment où vous utilisiez ces mots là en tout cas
c'est trop tôt pour le dire et dans ma famille politique
je
voudrais bondir sur ce qu'a dit Françoise Fressos parce que mon livre il s'intitule Déflagration il aurait pu s'intituler précis de décomposition de la droite oui
vous
me l'accorderez il aurait pu s'intituler comme ça parce que nous avons perdu l'esprit du compagnonnage l'esprit gaulliste du compagnonnage et bien je souhaite que nous le retrouvions
derrière
Laurent Wauquiez le cas échéant il peut recomposer ce qui est décomposé écoutez en tout cas nous ne devons pas succomber d'emblée aux anathèmes et aux procès d'attention nous avons au sein des républicains et de façon plus générale au sein de la droite des personnalités expérimentées des personnalités talentueuses enfin
de moins en moins il y a eu une chute des cerveaux nous avons
nous avons aussi des personnalités
qui
peuvent être dans ma famille politique des sages je pense bien sûr à Alain Juppé je pense à Gérard Larcher je pense à Bernard Acquoyer ce sont des hommes qui ont une immense expérience politique ce sont des hommes qui tous à leur manière depuis 6 mois ont fait en sorte de maintenir l'unité des républicains enfin en tout cas d'éviter l'explosion pure et simple en vol des républicains et je pense qu'ils ont un rôle à jouer aux côtés des personnalités plus jeunes parce que je pense qu'aujourd'hui en effet ni Alain Juppé ni Gérard Larcher ni Bernard Acquoyer ne nourrissent d'ambition présidentielle et bien les hommes qui ne nourrissent pas d'ambition présidentielle ils peuvent être extrêmement utiles pour aider les femmes comme Valérie Pécresse ou les hommes comme Laurent Wauquiez Xavier Bertrand et dans les femmes je citerai également Florence Portelli et dans les hommes Maël Decalan donc
nous avons des
talents je pense que ces talents sont convaincus comme moi qu'il faut tirer les leçons de l'expérience moi je le fais dans un livre il y a sans doute d'autres manières de le faire et puis vous l'avez suffisamment souligné dans mon portrait au début de cette émission moi je ne suis pas un homme politique même si j'ai participé à beaucoup de campagnes les personnalités que j'ai citées sont des personnalités politiques il leur appartient pas seulement de faire un inventaire abstrait il leur appartient
de
faire en sorte d'abord que les militants des républicains participent à cet inventaire puis dans un deuxième temps qu'on fasse participer au-delà des militants des républicains tous les sympathisants de droite à cet inventaire avant de repartir de l'avant et de reconstruire un vrai projet pour l'alternance Françoise Fresseuse
il y a
une question clé que vous soulevez c'est la reconquête de l'électorat populaire
mais cette question elle se pose à nous mais elle se pose aussi si j'ose dire au président de
la république vous
avez une proposition précise qui est assez surprenante d'ailleurs dans votre bouche c'est le revenu universel
expliquez-nous ce que j'ai voulu dire c'est que pendant la campagne de François Fillon Gaspard Koenig parce qu'il faut le citer nous a dit vous devriez vous intéresser au revenu universel c'est-à-dire à un système dans lequel tous les citoyens perçoivent un revenu de manière à ce qu'on évite les phénomènes de grande pauvreté c
'est la
proposition de Benoît Hamon
non
je
vais dire c'est son côté c'est son
côté harmoniste en fait
non c'est pas la proposition c'est pas
la proposition de Benoît Hamon c'est même très différent et si j'ai pris l'exemple de la proposition de Gaspard Koenig c'est parce que Gaspard Koenig est un intellectuel libéral très libéral
certains diront même
ultra libéral mais au point où nous en sommes après cette terrible défaite nous devons faire vivre le débat d'idées sans tabou alors peut-être que cette solution imaginée par Gaspard Koenig elle présente plein d'inconvénients
bah
faisons-en l'inventaire mais
désormais vous êtes
celui qui a fait rentrer sens commun au parti des républicains
oui
mais ça c'est vraiment des contradictions invraisemblables le même homme le même homme libéral ultra libéral est celui qui a fait rentrer sens commun au
parti des républicains et aujourd'hui vous dites que c'est une impasse
politique sens commun c'est vrai que vous êtes hyper contradictoire sur ce sujet
non j'essaye d'avoir l'esprit clair j'ai
aussi écrit
ce livre pour cela non c'est pas moi qui ai fait rentrer sens commun aux républicains attendez
je vais vous retrouver
la page
pour vous citer très précisément puisque c'est exactement ce que vous dites je dis
que j'ai avec eux une proximité notamment sur le sujet des chrétiens d'Orient et ça je l'assume complètement et en effet j'ai rencontré un certain nombre de responsables de sens commun à l'occasion d'un rassemblement que j'avais organisé de soutien aux chrétiens d'Orient au cirque d'hiver pour le compte de François Fillon vous vous en souvenez plusieurs d'entre vous étaient présents
à ce rassemblement
pour le reste j'écris en effet dans mon livre que je pense que sens commun tel que nous l'avons vu fonctionner au cours des 12 ou des 15 derniers mois
est
une impasse d'abord parce que la communauté catholique en France est la communauté chrétienne plutôt est diverse
et
que personne ne peut prétendre aucun courant ne peut à lui seul prétendre représenter cette communauté chrétienne sur le terrain politique
et
puis je pense que bon on a vu ce qui s'est passé avec Christophe Billan au cours des dernières semaines le président de sens commun
dont vous dites le plus grand
bien dans votre livre et dont vous dites qu'il n'ira pas qu'il n'incarne pas quelque chose qui vous rapprocherait de l'extrême droite et pourtant il a franchi le pas depuis disons que Christophe a été maladroit mais s'il fait ses premières armes en politique donc ça arrive il
est
maladroit ou d'extrême droite ? non il n
'est
certainement pas d'extrême droite
mais
en l'espèce il a été maladroit je pense d'ailleurs qu'il en est conscient en son fort intérieur mais il fait ses premières armes en politique en tout cas je ne suis pas de ceux qui lui jeteront la pierre il a fait une erreur politique et il l'a payé d'ailleurs il l'a assumé parce que c'est quelqu'un de courageux il a démissionné de la présidence de sens commun
mais vous n'êtes pas clair
quel a été le
rôle exact de sens commun dans la campagne de François Fillon il y a beaucoup de choses qui ont été dites et écrites sur ça est-ce que vous pouvez nous éclairer vous ne dites pas grand chose dans votre livre sur cette question là en particulier
je crois avoir commencé à répondre mais je vais compléter ma réponse François Fillon était de tous les candidats à la primaire celui qui était le plus engagé dans la cause du soutien aux chrétiens d'orga et sur ce sujet là nous nous sommes retrouvés avec sens commun
ensuite il s'est appuyé sur l'électorat
chrétologique
par ailleurs François Fillon a pris des positions sur les questions de société qui ont convenu à sens commun de sorte que sens commun sans faire sien la totalité du programme de François Fillon a décidé de lui apporter son soutien à partir de septembre 2016 moi à l'époque je dirigeais la campagne de François Fillon pour la primaire nous étions je vous le rappelle donnés dans les sondages en troisième voire en quatrième position à ce moment là donc j'ai intégré les responsables de sens commun dans la campagne ils se sont d'ailleurs intégrés je dois dire avec à la fois beaucoup de discipline et beaucoup d'allant et ils nous ont été utiles incontestablement dans la campagne des primaires parce qu'ils correspondaient assez bien
à
ce que pensait une partie du coeur de l'électorat de droite il reste une minute Jeff très rapidement on va parler de l'avenir vous avez servi des hommes politiques différents on l'a dit Jacques Chirac Alain Juppé François Fillon est-ce que si demain même si vous avez un devoir de réserve Laurent Wauquiez était en situation de devenir candidat à
l
'élection présidentielle vous pourriez travailler à ses côtés moi j'ai 64 ans j
'ai fait beaucoup
de campagne je crois que dans l'élection d'Emmanuel Macron il y avait une exigence de renouveau de la vie politique et que Emmanuel Macron l'incarnait bien ça
veut dire quoi pour vous ça
veut dire que désormais c'est à une nouvelle génération de prendre les manettes y compris monsieur Wittenberg en termes d'organisation de campagne
Votre livre est très intéressant aussi par la psychologie des personnages est-ce que vous diriez qu'il
y a
un profil type pour être président de la république autrement dit être hédoniste comme vous le dites de François Fillon est-ce que ça condamne à ne pas être président de la république
c
'est vrai que j'ai essayé de faire des portraits dans mon livre et j'espère qu'ils ont été réussis mais ce que je crois par contre pour répondre à votre question François Fressoz en
quelques mots
l'élection présidentielle c'est la plus difficile de la 5ème république donc il faut se donner à fond
non
seulement en effet il ne
faut
pas avoir un cadavre dans le placard il
faut dégager l'autorité mais
il faut se donner à fond avec une énergie incroyable
c'est terminé
et c'est ce qui a fait le succès de Chirac et de Sarkozy
une
phrase de Hegel que vous citez les hommes font l'histoire mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font c'est à méditer merci infiniment Patrick Stéphanini Déflagration avec Carole Barjon c'est publié chez Robert Laffont merci à tous les trois question politique c'est fini prochain numéro dimanche prochain quant à moi je vous retrouve juste après le journal d'Yves de Caen pour le grand face-à-face de France Inter
Merci à tous
les deux
Sous
-titrage ST' 501