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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 16 août 2026 43 minComplaisantDivertissementNumériqueSolidarités & familleEnvironnement & énergieCulture, médias & sport

Ralentir, une question de survie

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:46OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez réussi à prendre votre temps cet été et pourquoi pas à ne rien faire ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir mis ce sujet en lumière dans Courrier international ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que la « saison des concombres » en Pologne ?

  • 6:36OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette impression que tout va plus vite est dans nos têtes ou est-ce vraiment le cas ?

  • 10:07OuverteRéponse directe

    Cette accélération et cette omniprésence du numérique ont-elles des conséquences au niveau du cerveau ?

  • 12:32OuverteRéponse directe

    En Chine, des jeunes gens renouent avec le mode de vie de leurs grands-parents. Racontez-nous.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:44InvitéFait
    « La vitesse ou la lenteur, ce n'est pas le problème. »
  • 7:06InvitéFait
    « La vitesse, l'accélération, c'est un symptôme. Ce n'est pas la cause de notre mal-être. »
  • 30:16InvitéFait
    « Nous sommes pauvres en expérience en réalité c'est ce que je disais par le fait de ne pas vivre ce que nous vivons. »
  • 38:27InvitéChiffre
    « le paresseux dort en captivité entre 15 et 20 heures, mais dans son environnement naturel dort autant que nous, entre 8 et 10 heures »

Temps de parole

  • Invité34 %
  • Invité 226 %
  • Présentateur19 %
  • Invité 313 %
  • Invité 43 %
  • Invité 53 %

≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour et bienvenue dans le magazine du week-end. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30 pour cette émission préparée par Apolline Limosino, réalisée par Nathalie Salle et Grégory Wallon à la technique Ludovic Auger. Ne faites rien, lâchez votre téléphone, ne pensez plus à rien, ne cherchez pas à vous occuper, restez là. Est-ce que vous y arrivez ? Pas facile, n'est-ce pas ? Parce qu'aujourd'hui, ne rien faire demande paradoxalement toute une organisation, tant nous sommes envahis par les écrans, les notifications, les agendas, les objectifs et tout un tas de choses à optimiser. Mais voilà qu'une partie du monde commence à dire stop. Alors que se passe-t-il ?

Sommes-nous simplement épuisés ou arrivés au bout d'un modèle fondé sur l'accélération permanente ? Luxe pour certains, acte de résistance pour d'autres, ralentir, est devenu une question de survie. Et pour nous accompagner en douceur ce dimanche, avec nous en studio, Virginie Lepetit, rédactrice en chef de Courrier international qui consacre son numéro estival au grand appel au calme. Bonjour. Bonjour. A vos côtés, Laurence De Villers, philosophe, essayiste et chroniqueuse pour le fil-philo sur France Culture. Bonjour. Bonjour.

Et à distance, Thomas Andrillon, neuroscientifique à l'Institut du Cerveau de l'hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, chercheur au sein de la Dream Team Sommeil, Rêves et Cognition. Bonjour.

1:41
Locuteur

Bonjour.

1:42
Présentateur

Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. Commençons par un petit tour de table. Est-ce que vous avez réussi à prendre votre temps cet été et pourquoi pas à ne rien faire ? Laurence De Villers, vous rentrez tout juste d'Islande.

1:53
Invité

Oui. Alors, moi, c'est une discipline des vacances. Et je dis discipline parce que, comme vous l'avez souligné, c'est difficile. La première expérience que je fais, c'est trois minutes sans rien faire. Et en fait, trois minutes, c'est trois siècles pour nous. Aujourd'hui, on expliquera, ne serait-ce que parce qu'on a l'habitude d'être en permanence occupé. Même occupé à ne rien faire, ce qui est paradoxal. Mais quand on passe son temps à regarder sur son téléphone, etc., on est occupé à ne rien faire parce que ce n'est pas constructif, en réalité. Donc, ça commence par le premier jour. Est-ce que je peux rester trois minutes ? C'est une discipline, quoi.

Et je pense que, de nos jours, nous sommes arrivés au point où ne rien faire, ce n'est pas un art parce qu'on ne peut pas se permettre d'être des artistes du ne rien faire. On n'y arrive pas. C'est une discipline. Et peut-être qu'à la fin de mes vacances, j'ai atteint l'art de ne rien faire. parce que je me suis bien entraînée à ne rien faire. Mais ça apporte, on en parlera, mais ça apporte des choses qu'on n'aurait pas si on faisait quoi que ce soit.

2:59
Présentateur

Thomas Andrion, là, vous êtes en Italie, c'est ça ?

3:02
Invité

C'est ça.

3:03
Présentateur

Est-ce que vous arrivez à décrocher ?

3:05
Invité

C'est la terre du Farniente. Donc, j'essaie, mais difficilement.

3:10
Présentateur

Difficilement.

3:11
Invité

Avec des petits-enfants dont il faut s'occuper, c'est difficile de ne rien faire. Virginie Lepetit, vous, vous avez déjà repris le travail. Oui, je suis déjà dans le rythme hebdomadaire. Mais malgré tout, les vacances ont été l'occasion de ne rien faire, ou en tout cas, de ne pas m'obliger à faire des choses.

3:32
Présentateur

Ce qui est déjà une nuance importante.

3:35
Invité

Et de se mettre au vert. Et je pense que ça compte aussi énormément dans cet art de ne rien faire.

3:39
Présentateur

Virginie Lepetit, j'ai eu l'idée de faire cette émission en lisant le dossier du numéro triple de Courrier international, dont le dernier est paru ce jeudi 13 août, consacré à l'appel au calme un peu partout dans le monde. C'est un dossier qui fait du bien. Pourquoi avez-vous décidé de mettre ce sujet en lumière ?

3:54
Invité

Alors, à la base, on avait l'idée de faire quelque chose sur la lenteur et la lenteur du voyage, notamment. Et puis, Courrier international, nous, notre matière première, c'est la presse internationale. On se nourrit, en fait, et on donne à lire ce que publie la presse internationale. Et finalement, elle parlait de lenteur et de calme, mais plus généralement. C'est-à-dire, effectivement, se retrouver le calme, ralentir. Donc, ça, c'est ce qu'on a trouvé. Et puis, je pense que ça répondait aussi à un besoin de la part de la rédaction, parce que l'accélération, vous en parliez.

On constate, nous, depuis le Covid, mais surtout depuis la guerre en Ukraine, et encore plus depuis l'élection de Donald Trump, qu'il y a eu une accélération de l'actualité de l'information. On est submergé. Et je pense qu'on avait besoin aussi de faire ce dossier pour nous. Et en se disant, on est quand même aussi proche de nos lecteurs, et ça va leur plaire également. Et alors, quel a été le processus ? Vous êtes partie des mots, c'est ça qui existait ? Non, c'est un à côté. On est allé chercher dans la presse internationale des articles sur le sujet. On en a trouvé beaucoup.

Et par ailleurs, comme on est une rédaction internationale, on a interrogé nos journalistes pour savoir si, dans leur langue, ou les langues qu'ils pratiquaient, il y avait des mots un peu intraduisibles qui pouvaient exprimer ce besoin de calme. Et en même temps, ça exprime aussi d'autres cultures et les spécificités de chaque culture. C'est un exercice qu'on fait très régulièrement. On a un podcast sur le sujet, d'ailleurs. D'accord.

5:22
Présentateur

Alors, parmi ces mots, moi, j'ai choisi l'expression polonaise « saison des concombres ». Oui, la saison des concombres. Alors que les Polonais me pardonnent, je vais essayer de le prononcer, peut-être que vous y arriverez mieux que moi, « saison ogorkowi ». Je suis contente que ce soit vous qui disiez, parce que je n'aurais pas fait mieux. Qui est défini comme une période de stagnation estivale de la vie culturelle, pendant laquelle l'actualité ralentit. C'est ça. Donc, effectivement, ça fait du bien.

Et puis, j'aime bien aussi « saubiller », un terme libanais qui signifie « matin » et fait référence à une tradition matinale où l'on traîne autour d'un café pendant une, voire deux heures, le rêve. Entre copines, entre voisines, « la saubiller réunit les comères en manque de potins », écrit la journaliste libanaise Medea Azouri dans le quotidien francophone « L'Orient le jour ».

6:06
Invité

Oui, il y en avait d'autres. Moi, j'ai beaucoup aimé aussi le « aramse » en hindi, le « doucement, doucement », qui visiblement est une espèce de mantra qui revient régulièrement. « Doucement, doucement, take it easy ». C'est vraiment qu'on entend dans la rue, apparemment, beaucoup.

6:25
Présentateur

D'accord. Et donc, c'est vrai que quand on voit toutes ces expressions, tous ces mots et puis toutes ces cultures, on a l'impression quand même que sur le plan du temps, c'était peut-être un peu mieux avant. Est-ce que cette impression que tout va plus vite, c'est dans nos têtes ou est-ce que c'est vraiment le cas, Laurence de Villers ?

6:42
Invité

Alors, d'abord, peut-être que je vais vous surprendre, je pense que la vitesse ou la lenteur, ce n'est pas le problème. Je pense qu'on peut avoir un vrai plaisir dans la vitesse. Il y a des choses qui peuvent être fulgurantes, rapides et qui apportent un véritable plaisir. Il y a des lenteurs qui créent de l'impatience et qui sont pénibles. Je crois que ce n'est pas le problème. Je crois qu'en fait, on confond la cause et le symptôme. La vitesse, l'accélération, c'est un symptôme. Ce n'est pas la cause de notre mal-être. Je crois que la cause de notre mal-être, c'est de rester à la surface de tout ce qu'on fait. Et c'est ça aussi l'obsession de faire quelque chose. C'est en réalité...

Pourquoi ça procure un sentiment de vide ? Tout le monde, moi-même, quand j'ai passé du temps à regarder des vidéos sur le téléphone, j'ai eu l'impression d'avoir perdu mon temps. Le problème, ce n'est donc pas l'accélération, c'est ce sentiment de perte. Pourquoi ? Parce qu'on est resté à la surface. En fait, on n'a pas vraiment vécu. On a fait les choses superficiellement et c'est pour ça qu'on peut aller vite. C'est pour ça que la vitesse, en fait, c'est le symptôme du mal-être. C'est parce que je crois qu'on a perdu en présence. Ça va peut-être être étonnant.

7:54
Présentateur

Je pense que ça va parler à beaucoup de gens.

7:55
Invité

Je crois qu'on a perdu en présence. Ce qui fait qu'on a plein d'expressions, en français, je ne sais pas s'il existe en polonais, qui disent ce mal-être. On dit, j'ai eu le nez dans le guidon, je ne sais pas ce que j'ai fait hier, j'étais dans l'essoreuse, j'étais noyée. Tout ça veut dire quoi ? Qu'on n'a pas vécu ce qu'on devait vivre, qu'on n'était pas là. Et je crois qu'en fait, que plutôt que de cultiver la lenteur, moi-même, j'aime beaucoup la vitesse. Sur un bateau, quand ça va vite, quand ça chante, le vent et tout, il y a un plaisir dans la vitesse. Encore une fois, ce n'est pas le problème, vous voyez. C'est de vivre ce qu'on doit vivre.

Et j'ose le dire, d'être plus vivant que nous le sommes. Je trouve qu'on peut passer des journées ou des semaines même à être des morts vivants. On fait des choses. On ne les vit pas. Et je crois que c'est ça, le problème. Oui, c'est vrai. C'est assez terrible, quand même, comme constat. C'est plus grave qu'on imagine. Parce que si c'est la vitesse le problème, effectivement, on peut essayer d'aller moins vite. Mais on se rendra compte que ce n'est pas le problème. On pourra faire des choses avec lenteur, mais sans être là. Il y a une densité dans la vie. La vie, je crois, est la chose la plus dense qui existe. Et en fait, on ne s'immerge pas dans la matière de la vie. Next, au suivant.

Qu'est-ce qu'on fait ? Regardez le vocabulaire qu'on utilise. Scroller, surfer, glisser. On n'est pas dans ce qu'on fait. C'est vrai. Et je crois que c'est ça qui nous procure une forme de tristesse particulière. Alors, moi, j'appellerais la tristesse numérique parce que, pour vous répondre vraiment en un mot, je crois que toute notre technologie, quelle qu'elle soit, conspire à faire qu'on ne vive pas ce qu'on doit vivre. Donc, ce n'est pas une conspiration pour l'accélération. Encore une fois, ce n'est pas ça, le problème. C'est une conspiration de la superficialité.

9:46
Présentateur

On n'a rien compris à la civilisation moderne tant qu'on n'a pas compris qu'elle est une conspiration contre toute forme de vie intérieure. C'était Bernanos, je crois, qui disait ça. Toute forme de vie intérieure est plus grave.

9:56
Invité

Toute forme de vie, je crois que ça nous empêche d'être vraiment à ce qu'on fait, de s'appartenir, même de vivre.

10:03
Présentateur

Et donc, une conspiration contre la vie. Thomas Andrillon, cette accélération, cette omniprésence du numérique, est-ce que tout ça aussi, ça se voit au niveau du cerveau ? Il y a des conséquences ?

10:22
Invité

Alors, on peut en effet utiliser certains concepts des neurosciences pour expliquer tout ça, même si cela ne veut pas forcément dire que ce sont des choses qui ont été suffisamment étudiées, suffisamment prouvées, parce qu'on peut difficilement, avec les techniques des neurosciences, vraiment étudier ce qui survient dans la vie de tous les jours. On est un peu contraint par nos méthodes. Il y a toujours un côté un peu artificiel aux études qui utilisent, par exemple, l'imagerie cérébrale.

Néanmoins, quand on décrit ces activités où on va défiler d'un article à l'autre, d'un poste à l'autre, on va utiliser des circuits cérébraux qui sont spécialisés dans la gestion de plusieurs tâches en même temps, de plusieurs buts, qui sont des réseaux essentiellement frontaux, donc à l'avant du cerveau, dont on sait qu'ils se fatiguent rapidement. Et on les sur-sollicite en passant comme ça d'une activité à l'autre, sans, comme on disait, nécessairement rentrer en profondeur dans cette activité. Et c'est des réseaux qui sont extrêmement utiles, bien entendu, mais aussi très polyvalents et du coup aussi un peu fragiles, puisqu'ils vont moins tenir sur la longueur.

Or, on se trouve peut-être dans une époque moderne où on les utilise à tel point qu'on va au-delà de ce qu'ils sont capables de faire et on n'a pas assez cette alternance avec d'autres réseaux qui, eux, au contraire, nous permettent de rentrer à l'intérieur de choses, notamment à l'intérieur de notre vie interne, de notre vie mentale. Et c'est peut-être ce manque d'alternance qui est si épuisant.

Normalement, quand on lit un livre, par exemple, le cerveau va faire un aller-retour entre ces réseaux qu'on va appeler exécutifs, attentionnels, qui nous permettent de bien monitorer ce qu'on veut faire, pourquoi on veut le faire, porter son attention, et des réseaux qu'on appelle de mode par défaut qui sont plus utiles pour, on va dire, se concentrer sur ce qu'on a d'interne, éventuellement réévoquer des souvenirs, avoir des nouvelles idées. Et ce manque d'alternance peut donner cette impression d'accélération et de fatigue, tout simplement.

12:29
Présentateur

Et donc, vous dites la même chose dans des langages différents. Virginie, le petit, vous expliquez qu'en Chine, épuisée par la course à la productivité, des jeunes gens renouent avec le mode de vie de leurs grands-parents. Alors, c'est ce qu'on appelle le nonamaxing, soit le fait d'adopter le mode de vie d'une grand-mère. Plus généralement, ils revendiquent, je cite, une vie vintage. Racontez-nous.

12:48
Invité

Alors, effectivement, c'est un article du South China Morning Post qui décrit ça. Donc, des jeunes gens qui font des promenades, cuisinent, prennent beaucoup plus le temps. Alors, c'est en Chine, mais le nonamaxing, ça vient d'Italie, l'expression. Et c'est exactement la même chose, cuisiner, pétrir la pâte à pain, etc. Le tricot aussi. Le tricot. Très bien, notamment en Australie. Le crochet. Voilà, le tricot, le crochet. La calligraphie. La calligraphie. Et donc, c'est vraiment un espèce de retour à des activités un peu plus manuelles, déjà. Et en droit à la déconnexion aussi, des choses qui sont plus analogiques ou qui ne sont pas numériques.

Après, moi, c'est tout le paradoxe, je trouve, de ces modes et de ces tendances. Nonamaxing, c'est maximiser ce mode de vie. Donc, en fait, on se retrouve à nouveau avec une espèce d'injonction. Et moi, je pense qu'il y a une dimension politique là-dedans, en fait, aussi, c'est que même le repos doit être productif ou utile. Le problème aussi, c'est qu'on n'a pas le droit d'être improductif dans nos sociétés. Oui, il faut quand même

13:56
Présentateur

faire quelque chose.

13:57
Invité

Même le repos doit être beau ou utile. Donc, à la fois, c'est très très chouette. Moi, je trouve ça intéressant, tout ce retour aux sources. Mais quand même, c'est aussi une mode qui se partage sur les réseaux sociaux et c'est aussi une injonction.

14:12
Présentateur

Avant d'y venir, Thomas Andrion, ces activités, la calligraphie, le tricot, la cuisine, est-ce que déjà, ça, c'est bon pour notre cerveau, ce qui est plutôt calme, manuel, répétitif, ou est-ce que ça ne change rien ?

14:24
Invité

On l'apparente à une sorte d'état qu'on appelle en anglais un état de flow qui est un état où on n'est pas en train de rien faire. Donc, on est dans une activité, mais une activité que l'on sait bien faire. Et donc, le niveau de difficulté, pour ainsi dire, est suffisant et élevé pour que ça soit prenant et qu'on ne commence pas à penser à autre chose, à reminer, ressasser éventuellement. Et en même temps, ce n'est pas trop difficile dans le sens où il faudrait sur-engager les réseaux dont je parlais précédemment, qui sont des réseaux qui se fatiguent plus facilement.

Donc, vous êtes dans une sorte d'équilibre idéal où votre cerveau fait quelque chose et est engagé dans une activité qui ne va pas divaguer et éventuellement trop divaguer. Et en même temps, ce n'est pas si difficile que ça engendrerait un phénomène de fatigue.

Et ça, on le retrouve en effet beaucoup dans des activités manuelles qui peuvent être des activités on va dire traditionnelles comme le crochet ou plus modernes comme certains jeux vidéo qui nous permettent comme ça d'être bien à la fois avec notre cerveau, notre vie mentale mais aussi avec notre corps et qui se rapprochent peut-être d'un concept développé par Merleau-Ponty du geste habituel qui n'est pas quelque chose qu'on fait de façon inconsciente mais au contraire quelque chose qu'on sait faire et qui met en bonne entente le cerveau et le corps d'une certaine manière.

15:50
Présentateur

Bon également pour notre corps et notre cerveau Lonnie Liston-Smith et son titre Mystical Dreamer un hommage à Miles Davis issu de l'album Exotic Mysteries sorti en 1978.

16:01
Locuteur non identifié

Le magazine du week-end

16:29
Présentateur

Bienvenue si vous nous rejoignez sur France Culture dans ce magazine du week-end consacré à notre besoin collectif de ralentir ou en tout cas on l'a vu de vivre réellement ce qu'on vit. Alors le dossier spécial de courrier international est parti d'un papier du Guardian de la journaliste britannique Anita Chaudury intitulée « Je me plains de courir partout mais je panique dès que j'ai du temps libre » dans lequel elle cite une étude menée par des psychologues de l'université Harvard durant laquelle les participants ont préféré s'infliger des décharges électriques plutôt que de rester sans rien faire pendant 6 à 15 minutes.

Thomas Andrion c'est quand même plutôt inquiétant est-ce que notre cerveau sait encore ne rien faire ?

17:35
Invité

Je pense que le détail de ce genre d'études est très important et il y a une grosse différence entre ne rien faire quand ça vous est imposé par rapport à ne rien faire lorsque c'est un choix. Donc dans cette étude il y a vraiment cette idée d'ennui total mais aussi d'ennui dont on ne peut pas s'échapper puisque le temps est imposé par autrui et là effectivement je peux comprendre que ça soit quelque chose de désagréable.

Et cette possibilité ce choix peut-être cette liberté de ne rien faire explique peut-être les différences qu'on peut voir dans beaucoup d'études où dès qu'on voit cette inaction sur le lieu de travail par exemple ou sur le lié d'études c'est plutôt connoté négativement mais ça peut être au contraire relaxant voire thérapeutique dans des conditions où c'est un état choisi voire recherché.

18:26
Présentateur

Alors on l'a évoqué en première partie des missions se développent tout un tas de grandes tendances alors on peut citer les clubs sans téléphone les retraites déconnectées les hôtels du sommeil les applications de méditation les abonnements sans notification des tendances assez prisées par la génération Z notamment Laurence De Villers est-ce que le piège n'est pas donc de transformer le ralentissement en produit ? Et oui c'est le problème c'est-à-dire que

18:51
Invité

si vous transformez le ne rien faire l'art ou la discipline en produit de consommation vous tombez à nouveau dans ce à quoi vous voulez échapper c'est-à-dire que vous faites une activité pour ne rien faire mais qui revient à faire encore quelque chose moi je me méfie beaucoup de ces modes parce que je trouve que ça souligne le fait qu'on ne sait pas être libre je crois que en fait tout ce qu'on essaie de dessiner ne rien faire en être capable ne pas le supporter l'aimer le rechercher en réalité c'est être en lien avec sa liberté profonde sans qu'il y ait une injonction sans qu'on nous dise là c'est un hôtel où vous allez ne rien faire là c'est une occupation où vous allez ne rien faire ce qui est encore une marchandisation du farniente je crois qu'en fait il faut retrouver sa liberté sans aucune injonction ma liberté à moi quand je commence par ces trois minutes mais peut-être que chez les auditeurs c'est autre chose c'est ça qu'il faut aller rechercher comment quel est le lien privilégié que nous pouvons avoir avec notre vie et notre vie intérieure par exemple la nostalgie qui est quelque chose qu'on voit comme négatif moi je trouve ça génial la nostalgie c'est quelque chose de merveilleux parce que ça ne vous met pas en lien avec un passé que vous regretteriez et donc ça serait un sentiment douloureux ça vous met en lien avec un ailleurs moi j'ai la nostalgie d'endroit où je ne suis pas allée ou peut-être qui n'existe pas et donc quand on arrive à trouver sa liberté qui est profonde elle aussi la liberté elle n'est pas en superficialité quand on arrive à trouver sa liberté on va sentir qu'on est habité par des tas de sentiments qu'on n'explore plus la nostalgie l'ennui mais l'ennui c'est merveilleux l'ennui parce que vous touchez le temps du doigt vous savez ce temps qui ne passe pas rêvassé et donc on est pris je crois à chaque fois qu'on essaie de ne rien faire on est rattrapé en fait entre l'omniproductivité il faut absolument que ça rapporte quelque chose donc on va faire du tricot ce n'est pas ne rien faire l'omniproductivité et l'injonction l'absence de liberté alors qu'en fait je crois qu'il faudrait essayer de faire l'expérience difficile encore une fois mais de ne rien faire du tout par exemple contempler la beauté du monde mais sans la prendre en photo juste contempler la beauté du monde si on arrive à faire ça on se rend compte qu'on voit dix fois plus que ce qui était prévu et on voit au-delà de tout ce que peuvent écrire les guides vous voyez je crois qu'il faut retrouver en fait sa liberté sans aucune injonction et le courage d'être totalement

21:40
Présentateur

mais alors totalement improductif oui un sacré programme et ça donne envie et ça pose aussi évidemment la question de qui peut se permettre de profiter de ce temps de cette liberté Virginie Lepetit est-ce que les pratiques qui sont décrites dans Courrier international concernent principalement des urbains privilégiés ou est-ce que ça concerne toutes les classes sociales

22:01
Invité

alors nous ce qu'on a recensé on a l'impression effectivement qu'on parle beaucoup de gens qui réagissent à une vie urbaine où ils sont surstimulés par les réseaux sociaux mais aussi par leur environnement en général et effectivement ce qui pourrait s'opposer à tout ça ce n'est pas l'ennui parce que comme le disait Thomas Andrion l'ennui peut être subi il peut être douloureux mais c'est effectivement la contemplation donc il y a des choses qui et c'est la contemplation beaucoup de la nature donc il y a vraiment des choses qui se mettent en place en réaction à ça depuis plusieurs années il y a la télévision suédoise qui diffuse un programme deux programmes même un où l'on prend le train et on suit absolument tout le parcours en tête de train donc on ne voit que des rails et des villes la perte de vue ça dure sept heures je ne sais plus d'où on part voilà et l'autre c'est sur la migration des reines et pareil il y a des caméras installées les gens regardent ça pendant des heures en famille donc il ne s'agit pas là vraiment de s'ennuyer mais de contempler et de contempler effectivement l'extérieur la nature voilà donc tout ça pour dire je pense effectivement que tous ces articles ont été écrits par des gens ou sur des gens qui sont plutôt désurbains plutôt aisés et surstimulés Laurence Levilaire vous souhaitiez réagir ?

la liberté elle consiste aussi à refuser par exemple les notifications on peut décider encore une fois je ne donne pas de leçons tout ça est difficile je me rends compte moi-même que j'ai du mal à me remettre dans la lecture par exemple ça demande de se réhabituer à ne pas faire le niveau d'attention exactement donc c'est difficile mais par exemple moi je refuse toute notification mais pas seulement en vacances je pense qu'il y a une réglementation politique générale à avoir et on est déjà en retard je pense qu'on a déjà abîmé alors je dis nos cerveaux mais pour moi il y a plus grave nos esprits voire nos âmes nos vies on a déjà abîmé nos vies donc il faut une réglementation gouvernementale politique c'est de la responsabilité politique pour empêcher cette sur-sollicitation numérique et je pense qu'on peut avoir des règles de vie pour soi-même de refuser la notification on sait que passer d'un poste à l'autre c'est une structure commerciale financière d'addiction pour qu'on regarde le plus possible l'économie de l'attention l'économie de l'attention parce que ça rapporte en fait il y a un business derrière même les vidéos de chaton qui sont inoffensives il y a un business donc on peut se dire j'arrête et je trouve que de plus en plus ces activités qui ne sont pas du faire qui ne consistent pas à être occupées à faire quelque chose ces activités comme rêvasser contempler vont devenir un droit un droit parce que en fait c'est pas respecté il y a une conjuration pour qu'on ne puisse pas bénéficier du silence même et je crois que ces choses qui paraissent abstraites et qui étaient évidentes contempler rêvasser ne rien faire être dans le silence je crois que ça va devenir des droits que nous devrons revendiquer ou en tout cas il faudra être dans la résistance pour les avoir Thomas Andrion vous souhaitiez réagir ?

Oui on parlait de liberté et c'est en effet une dimension essentielle mais cette liberté donne aussi parfois ces paradoxes où on va s'occuper à ne pas s'occuper on va méditer sur une application ou ce genre de choses une autre à mon avis dimension qui est très importante là-dedans c'est s'abandonner au hasard c'est-à-dire faire des activités où on n'a pas forcément de but mais il y a des choses qui peuvent survenir dans notre esprit dans ce genre de contexte parce que si quelque chose si on a appris quelque chose des neurosciences dans les dernières décennies c'est qu'il se passe beaucoup plus de choses à l'intérieur de notre cerveau dont on n'a pas conscience que ceux dont on a conscience et ces processus qui sont en arrière-plan dont on n'a pas forcément ni connaissance de l'existence ni de capacité à les explorer ils sont extrêmement importants pour tout un tas de choses qui nous sont utiles dans la vie de tous les jours avoir des idées créatives consolider nos souvenirs etc.

et ces processus ne peuvent pas forcément se mettre en place si on est toujours occupé à faire autre chose donc dans ces activités dont on parlait de contemplation de marche des activités sociales en fait on peut aussi donner la voix à ces processus inconscients ces processus implicites qu'on ne contrôle pas mais qui sont extrêmement importantes pour notre cognition

26:59
Présentateur

et arrêtons-nous un instant sur un roman de circonstance le magnifique depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvaire paru au seuil un extrait sur l'art de la paresse lu par Apolline Limosino

27:10
Invité

la paresse est un art la paresse n'est pas molasserie poisseuse n'est pas intoxication cannabique n'est pas délectation morose n'est pas léthargie post-prandiale n'est pas neurasténie chronique n'est pas détachement veule n'est pas dédain romantique n'est pas morne prostration n'est pas je m'en fout isme mufle n'est pas indolence blasée n'est pas dandisme là n'est pas ce que communément on appelle glande ou glandouille ou flemme ou flemangite ou feignardise ou feignasserie avec lesquelles souvent ont faim de la confondre la paresse est un art subtil discret et bienfaisant une manière heureuse et chérie des poètes de résister au mendement que le monde marchand nous inflige avec son ventre énorme et ses dents carnassières un instrument de charme et de volupté calme une musique douce une façon légère gourmande et infiniment libre d'habiter le monde et d'y cueillir le jour comme nous y exhortait un certain horace carpe diem cam minimum credula postero cueille le jour présent sans te soucier du lendemain la paresse est ni plus ni moins qu'une philosophie

28:34
Présentateur

la paresse est ni plus ni moins qu'une philosophie qu'est-ce que le vrai farniente selon les philosophes Laurence de Villers oui c'est c'est une philosophie parce que c'est

28:46
Invité

une discipline alors je ne veux pas en décourager certains mais la philosophie c'est pas facile donc ça demande d'accepter de faire quelque chose qu'on n'aime pas faire c'est-à-dire réfléchir par soi-même et à l'heure où on demande à l'IA tout et n'importe quoi c'est-à-dire de penser par nous-mêmes je crois que ça devient de plus en plus difficile donc ça demande de se dire que les choses qui sont les plus précieuses sont celles qu'on fait justement comme on le disait par hasard c'est-à-dire les choses qui nous sont données je crois que si on examine nos souvenirs ce qu'il y a d'inoubliable dans nos vies ce ne sont pas des choses qu'on a faites ce ne sont pas des choses qui étaient programmées ce ne sont pas des choses où on a subi une injonction parce qu'il fallait le faire ce sont des choses qui nous ont été données et je voudrais insister sur le fait que ce n'est pas du tout élitiste de dire ça parce qu'on pourrait croire que là on est en train de parler d'une retraite 5 étoiles de déconnexion je déteste le mot connexion parce qu'on n'a pas à être connecté d'abord mais pas du tout je pense que voir une lumière sur un bâtiment à Paris c'est accessible et ça dure une seconde moi je crois que la beauté est infiniment modeste elle avance sans faire de bruit elle est presque incognito et c'est pour ça qu'on la rate donc en fait il ne faut pas vous voyez de nos jours on parle beaucoup on utilise beaucoup le terme expérience tout devient expérience l'expérience Islande l'expérience Croatie l'expérience France Culture pour deux raisons je crois parce que nous n'avons plus d'expérience je crois que nous sommes pauvres en expérience en réalité c'est ce que je disais par le fait de ne pas vivre ce que nous vivons donc nous sommes pauvres en expérience et parce que nous fabriquons des expériences mais plus elles seront fabriquées moins elles produiront de l'inoubliable donc je crois que c'est en fait ce dont on est en train de parler le far niente vraiment ne rien faire il est modeste il peut être fugace ça dure rarement toute une journée on est rattrapé par l'obligation de faire quelque chose et puis je crois que ça nous grandit c'est ça qui nous nourrit ce qui restera nos vies vous savez c'est ce que disait Nicolas Bouvier qui est le plus grand écrivain voyageur qui existe qui est pour moi philosophe il a vu la terre entière il a vu des choses magnifiques et en fait il dit que c'est quelques secondes de la vie seulement où justement la vie nous donne quelque chose et il dit à la mesure de notre pauvre coeur bah oui c'est pas tous les jours qu'on a du spectaculaire mais parfois il y a des moments justement de silence de ne rien faire qui créent les plus beaux de nos souvenirs qui font que la vie vaut la peine

31:18
Présentateur

d'être vécu et au-delà de cette technologie qui nous envahit nous sommes quand même nombreux à avoir grandi avec l'idée que la paresse c'est la mère de tous les vices à quel moment être occupé c'est devenu une valeur morale depuis toujours

31:31
Invité

ça commence avec Abel et Cain c'est dans la Bible c'est dès le début c'est à la fois une punition et une promesse c'est à dire qu'en fait le travail le fait de ne pas se laisser aller à la paresse ça fait nos villes nos studios de radio ça a créé le monde ça a créé le monde mais en même temps c'est une punition parce qu'il y a tellement de bonheur à être dans la contemplation donc nous sommes à la fois des êtres maudits et promis au bonheur donc il faut trouver sa place entre les deux mais oui depuis toujours enfin moi je me souviens ma grand-mère m'a élevée en me disant tu ne peux pas rester à ne rien faire parce que oui ça ouvre ça ouvre à la liberté et la liberté c'est une matière dangereuse c'est prendre le risque et bien oui c'est prendre le risque que tout d'un coup je pense à quelque chose que je ne veuille plus faire ce que je fais que je réfléchisse sur ma vie il y a un risque à ne rien faire il y a un vrai danger c'est pour ça d'ailleurs que nous faisons tout pour ne pas être dans cet état mais oui je crois qu'il y a une morale de il y a une morale de la productivité après tout le capitalisme il est né dans un pays de puritanisme j'ai des protestants puritains américains où le fait de ne rien faire est peut-être le signe que Dieu ne m'a pas compté parmi les élus donc je crois qu'il faut se défaire de cette moralisation de la productivité qui est un business aussi Thomas Andrion oui à mon avis dans ces débats culturels sur ne rien faire et la valeur morale de ne rien faire il y a aussi une dimension peut-être climatique je pense qu'on l'a tous vécu en France métropolitaine dans les derniers mois quand il fait extrêmement chaud c'est difficile de faire quelque chose et étant actuellement en Italie le le fargnante n'est pas forcément une activité qu'on fait pour se relaxer etc mais c'est aussi une adaptation tout simplement à la chaleur et au fait qu'il y a des moments de la journée où faire quelque chose devient même contre-productif on ne peut juste pas le faire il faut le faire à un autre moment et se rien faire du coup il est une adaptation en fait à l'environnement il est quelque chose qui est comme une sorte de respect pour le fonctionnement de son corps de son esprit et il n'est pas forcément vécu comme quelque chose d'extrêmement on va dire élaboré d'un point de vue intellectuel

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Présentateur

et bien sûr et donc quand il fait chaud quoi de mieux qu'une bonne sieste pour Jean Carmé c'était un art aussi expliqué dans le film documentaire Jean Carmé ou le piéton décapotable présenté par Spécial Cinema une émission de la RTS diffusée le 26 avril 1982

34:24
Invité

la sieste pour moi c'est important ça doit venir de mes origines faire la sieste on dit faire marienne dans mon pays en Touraine mon père il accordait une importance prépondérante dans ce moment de la journée il faisait la sieste tous les jours ils avaient de la chance eux ils pouvaient maintenant on fait la sieste en week-end généralement quand on arrive chez des amis pour passer une fin de semaine à ne rien faire à se reposer le premier mot c'est de dire qu'est-ce qu'on va faire qu'est-ce qu'on fait alors qu'on est là pour ne rien foutre on se précipite sur les cartes on fait on invente des occupations moi je je monte je monte dans une chambre en principe pour la sieste c'est ma chambre que je préfère je me glisse entre les draps avant j'ai pris un bain je me suis parfumé même pas parfumé je me suis pensé ma meilleure eau de Cologne parce que je trouve il faut se sentir bon pour rester avec soi-même et et quand je suis entre les draps je me replie la sieste c'est un repli vers l'enfance je ferme les volets je laisse un petit peu de soleil filtré comme ça et je m'enferme

35:42
Présentateur

quel bonheur il y a beaucoup de choses là-dedans mesdames une réaction à cet extrait savoureux Virginie le petit c'est difficile d'enchaîner on a envie

35:52
Invité

de le rejoindre on a envie de le rejoindre effectivement il y a quelque chose d'extrêmement lui il a une grande liberté il le dit il l'affirme mais il y a quelque chose d'extrêmement moral effectivement dans tout ça et ça me fait penser à un des articles qui est dans le dans le dossier qui parle du paresseux et de l'image de cet animal oui l'animal cet animal qui était vraiment très méprisé décrié et qui a été baptisé par un défaut au lieu d'avoir une description physique ou quelque chose comme ça et qui aujourd'hui est en train d'être redécouvert et apprécié à nouveau alors je me dis peut-être c'est ça en fait on est en train de vivre ce virage moral qui consiste à redescendre la productivité de son piédestal pour remplacer par peut-être autre chose ou au moins quelques instants par autre chose Laurence de Villers moi j'ai été frappée par quelque chose qu'on n'a pas encore mentionné c'est la sensualité du farniente il y a un érotisme on l'entend d'ailleurs dans cet extrait le parfum les bras le rapport oui je crois qu'il y a même un érotisme on a essayé de dire art ou discipline du farniente moi je crois que c'est un érotisme au sens premier étymologique héros le plaisir le plaisir de ne rien faire en s'immergeant totalement dans ce qu'on est en train de vivre en fait un repli sur l'enfance il le dit voilà et on retrouve comme je le disais je crois que quand on fait silence déjà c'est important parce qu'on est dans un brouillage permanent on est sans arrêt avec un flot continu même quand il n'y a pas l'information en continu on l'a dans la tête en fait quand on fait silence et qu'on arrête ses activités on redécouvre une profondeur de notre vie qui va jusqu'à l'enfance et on découvre des sentiments totalement négligés des choses peut-être qu'on n'a même pas les mots donc c'est pour ça que je vais lire avec intérêt les mots en langues étrangères parce que je pense qu'effectivement on trouve qu'il y a en nous tellement plus qu'on imagine en fait on est beaucoup plus intéressant que quand on fait les intéressants

38:03
Présentateur

quand on est occupé à quelque chose Thomas Andrillon est-ce que la sieste permet de vraiment récupérer et pourquoi pas de compenser des nuits trop courtes

38:12
Invité

alors oui pour reprendre l'exemple du paresseux qui est très intéressant parce que le paresseux a cette image de grand dormeur à tort puisque le paresseux dort en captivité entre 15 et 20 heures mais dans son environnement naturel dort autant que nous entre 8 et 10 heures et c'est vrai pour la plupart des animaux qui sont en captivité ils dorment beaucoup puisqu'ils n'ont tout simplement pas à se nourrir donc ce sommeil comme ça en excès il est juste adaptatif il permet comme on le disait plus tôt de passer les heures chaudes de la journée dans un état on va dire plus adapté que l'état d'éveil ou alors il peut être un sommeil qui n'est pas juste une adaptation au fait qu'on a rien d'autre à faire mais qui peut être un sommeil de récupération parce qu'on n'a pas suffisamment dormi pendant la nuit et c'est à mon avis un sommeil très très différent et d'ailleurs ça correspond à des durées différentes la langue française ne le fait pas mais certaines langues font une différence entre la sieste courte et la sieste longue par exemple donc on a différentes façons de faire la sieste qui n'ont pas forcément le même le même rôle ou le même but et quand on a besoin de faire des sieste longue pour récupérer alors il peut se poser la question de savoir si on ne dort pas on ne dort pas assez surtout quand on les fait exclusivement le week-end il y a un côté récupéré de la semaine qui n'est pas forcément une stratégie qui va permettre de récupérer tous les aspects d'un manque de sommeil qui serait chronique

39:55
Présentateur

et quels sont les effets de toutes nos technologies sur la qualité et la durée de notre sommeil

40:00
Invité

elles sont assez disruptives en général donc l'objet que nous touchons régulièrement le premier le matin et que nous laissons le dernier le soir avant de se coucher c'est le téléphone portable qui est un perturbateur de sommeil à plusieurs niveaux le premier niveau qui est très biologique c'est que c'est un appareil avec un écran donc il produit de la lumière or la lumière et l'information dont se sert notre cerveau pour savoir si dehors il fait jour ou il fait nuit et donc synchroniser nos rythmes biologiques avec ces rythmes solaires c'est un système qui fonctionnait parfaitement jusqu'à ce que l'humanité invente la lumière artificielle notamment ces lumières d'écran ou de néon qui sont très riches dans le bleu qui vont envoyer en fait la nuit une information au cerveau qu'il est plein jour et donc qu'il s'agit d'être réveillé et ça c'est quelque chose de très très biologique c'est un circuit dont on n'a absolument pas conscience et qui vient réveiller le cerveau mais un téléphone ça nous sert aussi à communiquer avec les autres et une dimension sociale ça nous sert aussi à suivre l'actualité avec tout ce qu'elle peut avoir d'anxiogène et donc il y a ces perturbations là aussi où on va être aux aguets de l'éventuelle vibration aux notifications ce qui va automatiquement alléger le sommeil mais on va aussi en consultant des sites ou des applications juste avant de s'endormir éventuellement avoir une plus grande proportion à ruminer à ressasser ce qui aussi va avoir un impact négatif sur le sommeil donc c'est vraiment quelque chose qui se joue à différents niveaux et on n'en a pas forcément on n'a pas forcément conscience de tous ces niveaux on peut reprocher au téléphone certains aspects sans voir les autres

41:50
Présentateur

donc le mieux est de n'avoir aucun appareil électronique dans la chambre

41:54
Invité

voilà dans la chambre c'est bien de se débarrasser de tout ce qui pourrait produire de la lumière ou du bruit etc

42:04
Présentateur

et bien voilà qui est dit merci Thomas Andrillon neuroscientifique à l'Institut du Cerveau merci Laurence de Villers philosophe essayiste et chroniqueuse pour le fil-philo sur France Culture et merci Virginie Lepetit rédactrice en chef de Courrier International merci de nous avoir suivis on se quitte en douceur avec Lonnie Liston-Smith toujours Quiet Moments prenez votre temps surtout et puis vivez à fond en profondeur descendez en vous à samedi prochain et bonne suite de programme sur France Culture Merci d'avoir regardé cette vidéo !

42:35
Locuteur

Merci d'avoir regardé cette vidéo ! Merci d'avoir regardé cette vidéo !