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interviewBFMTV· 12 novembre 2024

Suppression de postes d'enseignants, brevet, laïcité... L'interview d'Anne Genetet en intégrale

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Anne-Jeanet.

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes la ministre de l'éducation nationale et il y a justement de très nombreuses questions à vous poser. Vous venez nous annoncer l'acte 2 du choc des savoirs, la réforme du brevet, la réforme du bac.

L'objectif c'est de relever le niveau des élèves. On va aussi parler de la question de la sécurité à l'école. Et puis je voudrais vous interroger sur les propos de Nicolas Sarkozy.

Vous l'avez entendu bien sûr, pour lui la France n'a plus les moyens d'avoir un million de profs et puis surtout, est-ce qu'il bosse assez ? On l'écoute. On me dit qu'il n'y a pas assez de fonctionnaires dans l'éducation nationale.

Mais c'est d'une démagogie invraisemblable. Le statut du professeur des écoles, je ne critique personne, je ne veux d'ennuyer avec personne, je dis des faits. C'est 24 heures par semaine, mais François-Xavier, est-ce qu'on ne me dit pas 6 mois de l'année ?

Eh oui, parce qu'entre les vacances et les week-ends, et je sais que c'est un boulot difficile d'être enseignant, mais il faut dire la vérité maintenant. Nous n'avons pas les moyens d'avoir un million d'enseignants. Vous en dites quoi ?

Que je ne suis pas d'accord. Je ne comprends pas ses propos, ça m'étonne. Il parle des faits.

Moi, les faits, je suis sur le terrain depuis que je suis ministre de l'Éducation nationale. Moi, j'ai rencontré des professeurs qui sont très engagés, très dévoués, qui sont passionnés par leur métier, et franchement, qui font un métier très difficile. Ils me l'ont tous dit.

Donc moi, c'est ce que j'ai observé, et je crois qu'aujourd'hui, il faut saluer cet engagement de nos professeurs, et je veux leur apporter mon soutien, dans des conditions où, encore une fois, leur exercice est souvent difficile. Et je veux qu'ils sachent que je suis toujours à leur côté. Mais il dit aussi, Nicolas Sarkozy, « En vrai, on n'a pas les moyens d'avoir un million d'enseignants ».

Au fond, vous dites un peu la même chose, puisque dans ce budget, vous allez en supprimer 4 000. On a surtout 851 000 à peu près enseignants qui sont aux côtés de nos jeunes tous les jours, pour essayer de les faire réussir. Moi, ce que je veux dire, c'est que s'agissant des postes, moi, je me bats tous les jours.

Je me bats tous les jours pour justement pouvoir avoir les moyens de porter une politique qui permette à tous nos élèves de réussir. Et derrière, n'oublions pas que moi, j'observe que dans les deux assemblées, au Sénat comme à l'Assemblée, je vois qu'il y a un consensus politique sur le soutien à l'école. Et c'est ça auquel je crois. – Oui, mais sur ce nombre de postes de profs supprimés, on est bien d'accord, il y en a 4 000. – C'est ce qui est dans la copie initiale du budget. – Donc, vous allez réduire le nombre de… – J'attends de voir qu'elle sera à la sortie.

C'est les parlementaires qui sont à la main du budget maintenant. Donc, j'attends de voir ce qu'elle sera à la copie de sortie. – Mais vous êtes plutôt côté parlementaire ou côté gouvernement ? – Moi, je suis du côté du gouvernement. – Donc, vous êtes pour la suppression de ces 4 000 postes ? – Je viens de vous dire, je me bats tous les jours pour pouvoir avoir les moyens dont j'ai parlé.

Je suis allée présenter mon projet « Le choc des savoirs » dont nous allons parler au Premier ministre Michel Barnier, qui a compris le projet que je porte, qui est un projet ambitieux, qui va de l'école primaire jusqu'au lycée, et qui a pour objectif de revenir à une école qui permet l'égalité des chances. – Sur le brevet, sur le bac, sur le choc des savoirs, on va vraiment prendre le temps de comprendre, mais je m'arrête quand même là-dessus. C'est que je veux bien que vous soyez engagés pour les moyens, etc.

Mais sur le nombre de professeurs, qui est la question qui nous intéresse là, vous confirmez que vous souhaitez la suppression de 4 000 postes d'enseignants. – Je viens de vous dire, moi, je me bats tous les jours auprès du ministre du Budget, auprès du Premier ministre, pour pouvoir mener la politique que je souhaite mener, avec notamment, j'ai besoin de postes également, donc à voir, mais il ne faut pas oublier une chose. – Ça ne veut pas avoir ? – Mais il y a aussi une vérité qui faut dire. – Si au fond, on vous dit, à l'issue de ce débat parlementaire, « Bon, écoutez, on a trouvé des moyens ailleurs, donc on peut vous garder 4 000 postes, vous les garderez, c'est ça votre souhait ? » – Oui, tout en disant aussi la vérité aux Français, n'oublions pas une chose, on a deux réalités dont il faut tenir compte.

On a une réalité démographique et une réalité territoriale. La réalité démographique, c'est rien qu'à cette rentrée. On a perdu 100 000 élèves, c'est juste la démographie, c'est la vérité. – C'est la pyramide des âges, quoi. – La rentrée prochaine, 100 000 élèves encore de moins.

La réalité territoriale, c'est qu'il y a une grande disparité. Il y a des territoires où il y a vraiment besoin d'enseignants et des territoires où on a suffisamment d'enseignants. Donc voilà, ces deux réalités, il faut en tenir compte. – Ça veut dire qu'il faut supprimer 4 000 postes ? – Globalement, on a toujours tous les ans supprimé un peu des postes, heureusement parce que depuis 10 ans, on a perdu 750 000 élèves.

Donc c'était logique de s'adapter, d'adapter notre échelle de nombre de postes au nombre d'élèves que nous avons à accompagner. Donc c'est ça qu'il faut voir. Après, derrière, on a aussi de l'ambition pour l'école et comment on peut la servir.

Donc moi, je vois que la copie qui m'est proposée, je souhaiterais qu'elle soit… Enfin, je vois avec les parlementaires… – Vous n'en dites pas aux parlementaires, rendez-moi les 4 000 postes ? – Les parlementaires, ils n'ont pas forcément besoin que je leur donne des consignes. Je vois simplement qu'il y a consensus sur leur banc, dans tous les groupes politiques, pour dire que ce n'est pas forcément 4 000 postes qu'il faut supprimer.

Je l'observe. – Moins ? Un peu moins ? – Il y a même des groupes politiques, si je ne me trompe pas, qui ont demandé qu'on ne supprime pas du tout du tout de postes.

Je crois qu'il faut aussi dire la vérité aux Français, entre 0 et 4 000. Il faut surtout se dire qu'elle est probablement entre les deux, en tenant compte, encore une fois, de cette vérité qu'il faut dire, la réalité démographique d'un côté et la réalité territoriale de l'autre. – Mais le problème, c'est est-ce qu'il y aura, de toute façon, suffisamment de candidats pour avoir ces 4 000 ?

Je vois que la date limite d'inscription pour le concours des enseignants était fixée au 7 novembre, et elle vient d'être repoussée au 21 novembre à midi. Ça veut dire quoi, Serge ? Il n'y a pas assez de candidats pour les postes ? – On a un sujet d'attractivité, nous y avons répondu déjà en travaillant notamment sur les rémunérations, on a fait un pas important à ce moment-là.

Maintenant, l'attractivité du métier, c'est aussi les conditions d'exercice du métier. C'est un enjeu fort, c'est pour ça que je commençais tout à l'heure par cette notion à laquelle je tiens beaucoup, qui est de soutien aux enseignants. Car aujourd'hui, ils sont contestés dans leurs enseignements, contestés dans leur manière de faire, ça je ne l'accepte pas. – Est-ce que s'il y a moins de candidats, et visiblement pas suffisamment, puisqu'on remet deux semaines de plus pour pouvoir candidater, est-ce que le problème ne va pas être la baisse du niveau ?

Parce qu'évidemment, s'il y a moins de candidats, techniquement, le concours baisse. – On a, sur certaines disciplines, on a effectivement parfois un manque d'abord de lauréats, de gens qui réussissent le concours derrière. Nous avons une politique derrière qui nous permet d'aller rechercher d'autres candidats, notamment ceux qui étaient juste à la limite, on a des contractuels également qui sont rechètes. – Si vous aviez eu plus de candidats, vous auriez eu des candidats de meilleur niveau ?

On a quand même un problème, c'est-à-dire qu'on veut un meilleur niveau pour les élèves, mais on va se retrouver avec des profs qui sont le même en même temps. – On a tout un dispositif de formation de nos enseignants, d'accompagnement. On a d'ailleurs des enseignants qui sont recrutés comme contractuels, et qu'on accompagne et qui finalement, en chemin, se disent « le métier me plaît, je vais passer le concours ».

Donc c'est aussi cette politique d'attractivité qui est très large, qui permet au bout du compte, n'oublions pas la formation continue, qui permet en permanence d'élever le niveau et d'assurer à nos enseignants qu'ils ont les outils pour pouvoir élever le niveau de leurs élèves et assurer leur réussite. – Choc des savoirs, acte 2, sur un certain nombre de points. D'abord, le brevet des collèges, il n'était plus obligatoire, il l'est désormais, et y compris pour passer en seconde, quelle que soit la seconde générale, professionnelle ? – Alors l'idée, c'est d'avoir un vrai diplôme, d'abord un diplôme qui soit vraiment avec la vérité des notes, il n'y a plus de correctif académique, il n'y a plus d'académie qui va gonfler artificiellement les notes.

Et au bout du compte, on a quelque chose que je veux pouvoir être motivant pour les élèves qui se disent « j'ai envie de leur réussir ». C'est quand même une grande étape dans leur vie. Je passe un vrai examen avec toutes les règles que représente un examen avant celui qui sera pour l'entrée éventuellement dans l'enseignement supérieur, que sera le baccalauréat.

Donc c'est vraiment un temps très important dans la formation d'un jeune et je veux que ce soit motivant pour lui. Motivant, mais pas non plus coup près. Donc là, nous mettons en place depuis cette année des moyens qui permettent à chaque élève, à plus d'élèves, d'être en dynamique de réussite.

Et donc c'est à cette première cohorte, qui est aujourd'hui en cinquième, que je dis « voilà, toi en cinquième, j'ai mis à ta disposition des outils pour réussir, eh bien derrière, ton brevet à toi sera obligatoire pour entrer directement en classe de seconde. » Et ceux qui échoueront, ils iront où ? Ils auront le choix, ils auront la possibilité de refaire une troisième, ils auront la possibilité d'aller vers ce que nous appelons les classes prépa seconde, qui sont un dispositif en expérimentation pour le moment, qui font l'objet d'une évaluation pour voir ce que ça va donner.

Alors ce sont des classes avec une vingtaine d'élèves à peu près, et qui permettent de revoir les fondamentaux et de projeter les jeunes, s'ils le souhaitent, vers une entrée en classe de seconde. On ne parle plus de brevet à ce moment-là. Et en gros, ça permet à des élèves d'être en réussite sur quatre ans, avec un parcours lycée derrière, plutôt que d'être en échec sur trois ans, pour le dire simplement.

Donc ils auront une année de plus pour faire le lycée en quelques ans. Exactement. Encore une fois, on veut les faire rentrer dans une dynamique de réussite.

Mais il y a aussi la possibilité pour d'autres qui le préféraient, d'aller vers une voie professionnalisante comme le sont les CAP, soit avec une alternance, soit avec un CAP scolaire, peu importe. L'idée, c'est de leur donner la moyenne de se projeter et d'être en dynamique de réussite, que ce soit sur une voie professionnelle ou sur une voie lycée. Anne Jeunetel, les maths, les résultats sont en baisse.

Et surtout, une inégalité aussi dans les résultats, entre les garçons, les filles. Vous allez remettre les maths pour tous ? Alors, il y a déjà des maths pour tous.

En classe de première, il y a déjà un parcours. Pour ceux qui n'ont pas l'intention de poursuivre des maths au-delà de la classe de première, il y a déjà un parcours d'une heure et demie par semaine. L'idée, c'est que moi, quand je me suis saisie du dossier, j'ai dit que c'est quand même étrange.

Mettre une discipline qu'on enseigne sans moyen de vérifier, de l'évaluer, de voir comment ils ont réussi, comment ils ont performé, c'est étonnant. Il n'y avait plus d'épreuves de maths pour tous ? Absolument.

Et puis, même chose, on dit, les fondamentaux, c'est maths et français. Et dans plein de pays au monde, d'ailleurs, on évalue nos jeunes à l'issue de leur parcours, leur premier parcours scolaire sur les maths également. Il n'y a pas de fatalité qui est de dire que certains sont bons en maths, d'autres ne sont pas bons en maths.

Ça, c'est un demi très français. On peut tous être bons en maths, avec un niveau qu'il faut adapter. Et c'est le cas du programme qui est prévu pour cette heure et demie en classe de première.

Moi, ce que je dis, en classe de première, je veux que les maths soient évalués. On évalue bien le français pour tout le monde. De la même manière, on évaluera les maths pour tout le monde.

Nos deux fondamentaux, maths, français, seront évalués de la même manière en classe de première. Donc, ça veut dire qu'à la fin du bac de première, dans l'épreuve anticipée du bac, il y a le bac français, ça prend tout le monde, et il y aura une épreuve de maths pour tout le monde. Il y aura une épreuve de mathématiques et qui n'empêche pas ceux qui font des maths experts en terminale de poursuivre en maths expert et d'avoir leur épreuve de maths expert en terminale de la même manière.

Et ceux qui ne souhaiteront plus faire de maths, ils ne feront pas plus de maths en terminale qu'ils en font aujourd'hui. Les groupes de niveau, appelés groupes de besoin, enfin, on a bien compris que c'était quand même des groupes de niveau, donc en français et en maths, ils sont maintenus, ils sont étendus. Donc, l'idée, c'est qu'aujourd'hui, ils sont en place pour les sixièmes et cinquièmes sur la totalité du volume horaire, donc quatre heures en maths, quatre heures en français, toutes les semaines, pour permettre à tous nos élèves d'être dans une dynamique de réussite.

On est vraiment sur, j'allais dire presque des groupes de réussite, on veut pouvoir réussir. C'est ça qui nous manque aujourd'hui. N'oublions pas qu'on a un collège très inégalitaire, avec des élèves qui sont en très grande difficulté et d'autres qui avancent.

Donc, cette inégalité, ce fait que certains ne parviennent pas à réussir, c'est ça que je veux combattre. Je veux permettre à chacun de pouvoir réussir. Mais ça marche.

Quand on écoute les témoignages, il y a quand même de nombreux professeurs, on en entendait un ce matin sur RMC qui est prof de français, qui disait en fait, les demi-groupes de niveau ont donné le sentiment à certains qu'ils étaient coincés chez les plus mauvais, d'autres au contraire. Il dit, il y a un problème d'émulation, je n'arrive plus à créer cette émulation. Alors, chacun met, on a laissé la main aux enseignants et aux équipes de direction la manière de mettre en œuvre ces groupes.

Moi, j'ai vu des groupes qui étaient plutôt sur un mode de vitesse d'apprentissage, d'autres qui étaient sur une hétérogénéité un peu moindre, tout en conservant l'hétérogénéité au sein d'un groupe. Chacun le met en place comme il le souhaite. L'objectif, et je suis certaine que ce professeur a le même objectif, c'est faire réussir nos élèves, leur donner les moyens de se sentir à l'aise.

Moi, j'ai rencontré des élèves qui m'ont dit, écoutez, là pour une fois, moi j'ai besoin d'un plus de temps pour apprendre. Enfin, j'ai le temps d'avoir aussi du temps avec mon professeur pour me réexpliquer. Et j'ai l'impression d'avancer plus vite.

Et puis, au bout du compte, quand vous retrouvez la classe entière et que ceux qui étaient en difficulté ont pu progresser, c'est toute la classe qui en bénéficie. Donc, c'est ça l'esprit de ce qu'on voudrait mettre en place en 4e, 3e. Avec des élèves, il ne vous a pas échappé qu'entre les 12, 13 de 6e, 5e et les 14, 15, voire 16 de 4e, 3e, on change beaucoup.

Et là, on ne peut pas tout à fait proposer la même chose. C'est ça aussi l'idée des groupes de besoin, proposer un temps où on est vraiment plus près du besoin de l'attention qu'on porte à l'élève, le temps de classe entière, et puis on a le hors-classe. Qu'est-ce que je peux faire hors-classe pour continuer à pleurer ?

Le hors-classe, c'est quoi ? C'est les devoirs le soir ? C'est les devoirs de soutien ?

Les devoirs faits, là, on va être parfois en tout petit groupe. Là, on va rejoindre des tout petits groupes qui peuvent être à moins de 10, par exemple. C'est ce qu'était l'étude, mais de manière plus efficace.

Voilà, mais c'est du coup très égalitaire. Tout le monde y a accès. Ça, c'est important, et notamment ceux qui en ont le plus besoin.

On est vraiment sur un service public de l'aide aux devoirs. Et puis, on a également les stages de réussite. On peut avoir de vacances scolaires, recommencer un peu plus tôt dans la rentrée scolaire, pré-rentrée, par exemple.

Moi, j'ai rencontré des stages de réussite aux vacances d'automne, là, récemment, à Besançon, avec un matin plutôt consacré aux apprentissages, et l'après-midi avec beaucoup de sports. Les sports, c'est en l'occurrence de rue, je ne sais pas comment on dit précisément, avec du skate, du BMX, des choses comme ça. Et vraiment, les élèves étaient hyper contents du dispositif.

Et là, ils se sentent à la fois avec de l'activité, de l'action physique. Donc ça, vous allez le généraliser. Et ça, on va l'offrir beaucoup plus.

On va doubler. Ça existe déjà en quatrième, troisième, mais on va le donner accessible à 800 000 élèves. C'est deux fois plus d'élèves qu'aujourd'hui, parce que nous savons que nous avons des élèves qui sont en difficulté et qui ont tous envie de réussir, tous envie d'aller vers le brevet et de poursuivre.

Anne Genté, vous avez eu immédiatement la levée de boucliers d'un certain nombre. Sophie Vénétité, qui est à la tête du SNEF SSU, qui dit avoir déposé un préavis de grève chaque semaine. Il ne suffira pas qu'Anne Genté nous dise merci pour la 2732e fois et qu'on est les chevaliers du chemin des Lumières.

On veut des hausses de salaire sans contrepartie. On veut la suppression du jour de carence. On veut des postes en plus.

Elle dit même que le SNEF SSU est prêt pour nos salaires. Nos métiers leur sont à la riposte. Construisons une mobilisation qui s'inscrit dans la durée.

Je n'ai aucun doute que Mme Sophie Vénétité est tout à fait favorable à ce que nous ayons une école qui soit juste et efficace. Je n'en ai aucun doute. Je suis certaine que nos enseignants sont sur cette ligne également.

Donc vous ne prenez pas au sérieux cet appel à la riposte ? Je ne dis pas que je ne prends pas au sérieux. L'appel social, j'ai pris très au sérieux.

Les syndicats, l'ensemble des organisations syndicales ont été reçues par mon ministère dans les 72 heures qui ont suivi leur alerte sociale. Donc oui, je prends les choses très au sérieux. S'agissant des rémunérations, elles ont été revues.

Elles ont été revues largement de plus de 11%. C'est 268 euros nets de plus par mois chaque mois avec vraiment un gros effort qui a été fait, notamment sur les débuts de carrière. Nous avons un sujet, une question qui est posée sur ce qu'on appelle les milieux de carrière.

Je sais que Mme Vénétité, nous lui avons proposé d'ouvrir le dialogue social sur ce sujet-là. Et je suis vraiment, mon ministère est ouvert pour que nous puissions en parler, voir comment nous pouvons avancer sur l'attractivité des métiers. Elle a raison.

C'est vrai qu'on manque de profs dans certains secteurs, dans certaines disciplines. C'est vrai que c'est tout le paradoxe. C'est-à-dire qu'il y a quand même dans ce projet de loi de budget 4 000 postes supprimés et vous nous dites qu'on manque de postes.

Parce qu'on voit bien qu'on a en plus une inégalité territoriale, des contraintes démographiques, ça dépend des disciplines. Ce n'est pas la même chose au premier degré ou au second degré. C'est une pression de postes envisagée au second degré qu'au premier degré.

Mais on a un vrai sujet d'attractivité des métiers. Je pense notamment à certaines disciplines comme maths et français. Mais quand même concrètement, le SNES-FSU réactive son fonds de solidarité de caisse de grève avec effectivement l'idée de pouvoir anticiper des grèves dans la durée.

L'appel que je veux lancer, c'est aujourd'hui, j'entends Mme Vénétité, elle ne veut pas que je lui dise merci. Moi, c'est ma façon de faire. J'ai besoin de dire merci aux gens parce que je reconnais la difficulté de leur métier.

Je reconnais leur engagement. Je reconnais leur détermination. Et je veux qu'au-delà d'ailleurs de la ministre de l'Éducation nationale que je suis, la totalité de la société française d'ailleurs soit en soutien de nos enseignants qui font un travail difficile, mais un travail essentiel.

L'école, c'est le cœur de la République. Et quand l'école réussit, l'école publique réussit, derrière, c'est la République qui triomphe. Donc moi, j'ai besoin de ça.

Et je suis certaine que nos enseignants ont à cœur de faire réussir notre élève, ont à cœur, je suis sûre que Mme Vénétité a à cœur, de réduire ces inégalités que nous observons aujourd'hui, qui font que le collège est devenu profondément inégalitaire dans la réussite de nos élèves. Donc c'est le projet que je propose. Anne-Jenté, j'ai encore plusieurs questions à vous poser sur la sécurité, sur la sécurité aussi des élèves, sur la question de l'islamisation, sur la question du harcèlement.

D'abord, sur la question de l'islamisme ou non à l'école, est-ce qu'aujourd'hui, ça reste un problème majeur ? On sait qu'un de vos prédécesseurs, Gabriel Attal, en avait fait un des éléments majeurs de son combat. Est-ce qu'aujourd'hui, ça reste un problème majeur ?

Ça reste un combat essentiel. Apprendre la laïcité, expliquer ce que c'est, apprendre les valeurs de la République, expliquer ce que c'est, comment on doit chacun, chaque élève, chaque parent, chaque enseignant les respecter, c'est fondamental. Nos enseignants sont formés, mais ils me l'ont dit.

Ils me l'ont dit. Parfois, le contenu de la formation, nous souhaiterions qu'elle soit plus dense, plus étoffée. Ils m'ont dit aussi qu'ils avaient besoin d'outils pour mieux savoir comment passer, comment transmettre ces valeurs fondamentales à leurs élèves.

C'est une question très précise, très concrète, qui paraissent presque anodines, qui sont l'endroit où se trouvent le miroir et les toilettes. Je vais vous prendre un exemple. Cette professeure qui a été giflée par une élève à qui elle demandait d'enlever le voile dans l'enceinte de l'établissement.

Ce qu'on comprend lorsqu'on s'intéresse un peu au dossier, c'est que les jeunes filles qui portent le voile veulent l'enlever et le remettre devant un miroir. Et que ces miroirs sont dans les toilettes. Et que les toilettes, elles sont à 20 mètres à l'intérieur de l'enceinte de l'établissement.

En l'occurrence, la jeune fille avait remis son voile dans les toilettes et donc elle était encore dans l'enceinte de l'établissement lorsqu'elle croit cette professeure qui lui demande de l'enlever. Il y a certains lycées qui ont décidé de mettre des miroirs sur le mur extérieur de l'enceinte du lycée. D'autres qui ne le font pas et qui disent qu'on tolère les 20 mètres.

C'est dans ce genre de détails que se trouve l'espace de la confrontation. Qu'est-ce que vous dites ? Est-ce que vous avez des solutions à leur proposer y compris sur des questions aussi matérielles d'application de la loi ?

Je ne pense pas que ce soit à moi, ministre de l'Éducation nationale, de rentrer dans les détails. Encore une fois, je crois beaucoup aussi et je veux saluer cette professeure qui a simplement fait appliquer et la loi et le règlement intérieur de son établissement. Et c'est ça que nous attendons des professeurs.

C'est ça qu'ils font tous les jours. Et je veux les soutenir dans ce travail qui est difficile. Je comprends qu'ils sont régulièrement contestés, qu'ils sont régulièrement menacés pour certains d'entre eux, verbalement, physiquement, moralement, et que c'est totalement inacceptable.

Il y a des cours pour les profs et puis il y a des cours pour les élèves. Richard Malkin, qui était à ce même micro il y a une semaine, demandait à ce qu'il y ait des cours de laïcité pour les élèves, comme il y a des cours d'éducation civique. Est-ce que vous y pensez ?

C'est prévu dans l'enseignement moral et civique. C'est prévu d'expliquer justement, c'est ce que faisait d'ailleurs M. Samuel Paty, qui expliquait à ses élèves ce que c'est que la laïcité, ce que c'est que la liberté d'expression.

Je veux saluer le courage qu'il a eu. Et tous les jours, nous avons des enseignants qui dispensent cet enseignement, souvent les professeurs d'histoire. Mais je note aussi que certains autres enseignants sont parfois contestés, je pense à certains professeurs de mathématiques notamment, ce qui est totalement inacceptable.

Donc nous avons cet enseignement qui est déjà prévu, qu'il faut renforcer. Oui, je veux que chaque élève comprenne ce qu'est la laïcité à la française. Donc n'oublions pas que nos élèves sont également soumis à...

Ils sont devant les enjeux de laïcité à l'anglo-saxonne, qui est très différent de la nôtre, qui est très perturbante pour eux. Raison de plus pour que notre enseignement moral et civique contienne, notre enseignement d'histoire, contienne, comme il le fait déjà, cet enseignement à la laïcité et qu'on renforce les moyens pour nos enseignants de bien...

Le ministère de l'Intérieur va redonner cet après-midi les tout derniers chiffres de l'antisémitisme. Est-ce que vous avez des dernières remontées ? On sait que l'antisémitisme, y compris dans les toutes premières classes, c'est-à-dire même en maternelle, est présent dans les écoles de France.

Est-ce que vous avez des chiffres et des remontées là-dessus ? Je note qu'en effet, les phénomènes de harcèlement d'un côté ou d'atteinte à la laïcité aux valeurs de la République de l'autre ne sont pas à l'apanage uniquement des collèges ou des lycées, que ça existe également au premier degré, en école primaire, de la part d'élèves, de la part parfois de parents d'élèves, et que pour toutes ces raisons, la formation de l'ensemble de nos professeurs, depuis les toutes petites classes jusqu'aux plus grandes, est fondamentale, et que la formation continue doit prévoir cela. Nous avons à peu près, enfin nous avons des centaines de milliers d'enseignants qui sont déjà formés, mais l'objectif c'est que tous soient formés d'ici 2027, c'était un cycle de 5 ans, et moi je tiens, j'ai demandé d'ailleurs qu'on aille au-delà de ça, car une fois la formation passée, il faut recommencer, c'est un éternel recommencement, il ne faudra jamais lâcher, jamais, sur les enjeux de laïcité, d'antisémitisme, et d'atteinte aux valeurs de la République, jamais, jamais, et je veux que nos professeurs sachent que je serai toujours en soutien, en soutien très fort, et que je n'accepte pas que chaque fois qu'ils seront contestés, pas un soutien ne doit manquer à un seul de nos professeurs.

Et vous soutiendrez, y compris juridiquement, chaque professeur qui sera...

Alors, avec un élément important, donc aujourd'hui, ils ont automatiquement, dès qu'ils sont menacés, ce que nous appelons la protection fonctionnelle, je veux pouvoir travailler, notamment avec mon collègue ministre de la fonction publique, pour que nous puissions ajouter un élément qui permettra à un établissement scolaire de déposer plainte, pour le moment la plainte est déposée à titre individuel, professeur par professeur, je veux aussi que l'établissement puisse le faire, et montrer ainsi son soutien complet et total à nos professeurs menacés. Merci Anne Jeunet, ministre de l'Éducation nationale, d'avoir répondu à mes questions. 8h53 sur RMC BFM TV.