#RDLS28 : MAFIAS DE LA TOMATE, TRIBUNAUX D'ARBITRAGE, PAUVRETÉ, RETRAITÉS, FMI, ALLEMAGNE, GRÈCE
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Bonjour, c'est le 28e numéro de la revue de la semaine et je l'enregistre depuis Marseille où je me trouve en ce moment. Bon, alors, allons-y : générique ! Je vais vous parler d'un sujet qui a une grande importance parce qu'il va profondément modifier la vie politique dans les prochains mois, des pays de l'Union Européenne.
Voilà l'affaire. Comme vous le savez, il y a des accords de libre-échange qui sont conclus par l'Union Européenne avec telle ou telle zone du monde, n'est-ce pas ? Et, la discussion juridique c'est : est-ce que, quand un accord de cette nature est signé par l'Union Européenne, est-ce qu'il est de la compétence de l'Union Européenne et d'elle seule, et par conséquent, les États ne s'en mêlent pas ?
Ou bien est-ce que, c'est aussi de la compétence des États ? Et dans ce cas, les États doivent ratifier un par un, un accord de libre-échange. Vous suivez ?
C'est très important, cette affaire, parce que la Commission Européenne, elle, elle partait de l'idée qu'un accord de libre-échange, ben, comme le commerce est de la compétence de l'Union Européenne, *paf-paf* les États n'avaient rien à voir là-dedans. Voilà que la Cour de Justice de l'Union Européenne vient de trancher. Elle dit : "C'est vrai, le commerce, c'est la compétence exclusive de l'Union, mais... quand, dans un accord de commerce, il y a des dispositions particulières comme, fabriquer des tribunaux qui jugent des différends entre les États et les entreprises, ou les entreprises et les États, les fameux tribunaux d'arbitrage privés, alors, chaque État doit donner son avis." Vous comprenez ?
L'importance de l'affaire. Je vous le ré-explique. Les accords de libre-échange, bon, déjà en soi, pour moi, c'est condamnable parce que c'est une illusion de croire que si on peut déménager le monde d'un endroit à l'autre, ça va mieux, et que ça va faire développer l'activité humaine d'une manière sensée.
Non, moi je ne crois pas à ça du tout, hein. Je n'y reviens pas. Mais, c'est la chose particulière à l'intérieur de ces accords que sont la création de tribunaux d'arbitrage privés.
Il faut bien que vous compreniez ça. Quand une multinationale, autrefois, avait un conflit avec une autre multinationale, comme il n'y avait pas d'endroit où trancher leurs différends, puisque ce sont des multinationales, et qu'elles pouvaient avoir un désaccord sur plusieurs pays, ils avaient inventé des tribunaux d'arbitrage privés. Ça, c'est leur affaire.
Autrement dit, pour régler leurs contentieux, leurs conflits...
éventuels, ils convoquaient une cour avec un magistrat, des avocats, que sais-je encore... et le dossier était débattu.
Puis petit à petit, il y avait une jurisprudence de droit international, qui se constituait de cette manière. Et puis tout d'un coup, les multinationales, fortes de leur pouvoir, et les compagnies trans-nationales, se sont dit : "Mais, attendez, on va utiliser le même système avec les États. Quand on a un désaccord avec un État, et bien, on ira devant un tribunal d'arbitrage." Alors, là, évidemment, c'est plus du tout le même problème, parce que pour un État, ce qui compte pour lui, c'est la loi !
Et à la loi, tout le monde est soumis, toutes les entreprises. Si vous êtes en France, vous êtes soumis au droit français. "Ah non ! " disent les multinationales. "Même en France, on ne sera pas soumis au droit français.
Chaque fois qu'on aura un désaccord avec le gouvernement français, eh ben toc, on ira devant le tribunal d'arbitrage." Donc c'est plus la peine de faire des lois. C'est plus la peine même d'avoir un État, puisque les plus gros acteurs de la vie politique du monde, que sont les grandes firmes, pourraient avoir leur propre instance pour être jugées, et donc, tout ce que vous pourrez décider ne compte plus pour rien.
Mais attendez, ce n'est qu'une question de principes ! Comprenez bien ça. Je vous donne un exemple - c'est déjà arrivé - par exemple un Etat dit : "Fumer des cigarettes c'est très mauvais pour la santé, donc moi je fais une loi anti-cigarettes".
Ça, ça c'est produit en Australie. La multinationale a dit : "Vous faites bien ce que vous voulez chez vous avec les cigarettes, mais comme nous on avait un investissement et qu'on comptait sur tant de millions de cigarettes vendues par an et que c'est pour ça que nous avions fait l'investissement donc vous nous faites perdre de l'argent, vous nous le devez." Et ils font un procès pour que l'État australien leur paye des cigarettes que les gens n'ont pas fumées !
Simplement, justement que l'Etat australien ne voulait pas que les gens fument. Ça c'est un exemple. Il y a eu le même exemple au Canada, avec un produit que l'on mettait dans l'essence...
Bon, et donc ils se sont aperçus au Canada que ça encrassait les moteurs et que ça polluait davantage. "Ah beh peut-être bien, dit la firme, mais nous personne ne nous avait dit que ce truc-là serait interdit." Ils ont fait un procès à l'Etat canadien qui a payé une amende et qui a dû autoriser le fait que l'on continue à vendre cette cochonnerie qui pollue l'air et qui encrasse les moteurs.
Vous comprenez ? Ça veut dire que la loi nationale ne compte plus. Et puis surtout, le côté pervers de l'affaire c'est que si un jour, par exemple, vous avez un gouvernement progressiste ou un gouvernement humaniste, écologique et social - le mien -, on décide que, pour la cantine par exemple, c'est 100% bio.
Donc, cantine scolaire 100% bio, et tous les autres produits sont refusés. Alors vous pourrez avoir une firme quelconque de l'agro-alimentaire qui dise "Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Nous on avait prévu de vendre et d'ailleurs on vendait tant de milliers de ces produits aux collectivités locales pour leurs cantines.
On n'est pas d'accord. C'est notre investissement qui est mis en cause. Par conséquent, l'Etat nous doit des sous pour nous dédommager et donc doit nous payer ce qu'on aurait vendu." Alors, qu'est-ce qui se passe à partir de là ?
Vous vous dites, "Baaah, zut ! Si je vais avoir un procès comme ça et que je risque de le perdre, je ne prends pas la décision". Nous on est un grand pays, on prendra bien les décisions qu'on veut, mais imaginez-vous un pays qui n'a pas le rapport de force avec une multinationale.
Faut vous rendre compte de ce que c'est une multinationale ! Vous avez des entreprises multinationales qui à elles toutes seules ont le budget de plusieurs dizaines de pays ! Comment voulez-vous que ces pays à partir de là décident librement ?
Ils ne peuvent plus ! Ils ne peuvent tout simplement plus. Prenez l'exemple du Surinam, qui est là-bas, dans l'Amazonie.
Imaginez-vous qu'ils disent : "Ah ben nous, on veut pas qu'on vienne prendre le pétrole chez nous parce que ça va tout salir." Ben y'a des experts qui diront : "Mais si vous faites ça, vous avez déjà donné des autorisations dans le passé, vous allez vous prendre un procès avec la multinationale pétrolière qui est chez vous." Voilà !
Vous comprenez ? Donc, cette affaire des tribunaux d'arbitrage, elle est essentielle, parce qu'y a plus de démocratie, et les peuples n'ont plus de pouvoir, si les multinationales disposent du droit d'avoir leurs propres tribunaux pour régler leurs litiges avec les États. Et les États ne peuvent plus faire les lois qu'ils veulent, ou que leurs peuples veulent, dès lors que ça met en cause une multinationale.
Voyez le grand sujet que ça pose ! Alors la Commission Européenne, elle avait tranché ça - paf, paf - en disant "Ça ne vous regarde pas, on a réglé le problème ", et d'ailleurs dans l'accord de libre échange avec le Canada, on a réglé le problème. Il y a une nouvelle forme de tribunal d'arbitrage privé qui est là... bon, c'est des histoires hein...
Et donc personne n'a rien à dire, hop, ça doit passer. Gros sujet ! Comme le gouvernement actuel, celui de M.
Macron, est favorable à l'accord de libre échange avec le Canada, comme il est d'accord avec un autre accord de libre échange en Asie, pour eux, c'était très bien. Ils avaient plus qu'à dire : "Ben, c'est réglé, la Commission a dit qu'on n'a pas à donner notre avis." Mais si !
Maintenant il va falloir que la France se prononce, soit par un vote de l'Assemblée, soit par un référendum...
Et tous les autres États de l'Union Européenne. Donc premièrement, ça va prendre du temps. Deuxièmement, comme c'est l'Union Européenne et que ce genre de décision ne peut se prendre qu'à l'unanimité, il faut que tout le monde soit d'accord en Europe.
Inutile de vous dire que tout ça, ça va un petit peu changer l'atmosphère. Donc, le président Macron va être obligé de soumettre au vote de la prochaine Assemblée l'accord de libre-échange, d'une part avec l'Asie, d'autre part avec le Canada, et éventuellement avec les États-Unis d'Amérique. Alors, il faut bien vous rendre compte qu'après ça, vous aurez deux types de députés à l'Assemblée.
Ceux qui sont d'accord avec les tribunaux d'arbitrage privés ou quasi-privés. C'est à dire toute la coalition majoritaire : des socialistes - ils ont déjà dit, hein, qu'ils étaient pour - des membres des Républicains - eux, dès qu'il s'agit de faire des affaires, ils sont d'accord - et des centristes. Et puis de l'autre côté, ben il y aura nous, et il n'y aura que nous, parce qu'il n'y a que nous qui sommes contre les tribunaux d'arbitrage, nous, la France Insoumise et nos divers alliés, dans le groupe que nous formerons à l'Assemblée Nationale.
D'accord ? Pensez-y les gens, parce que, même si cette histoire est compliquée, elle n'est pas facile à expliquer autour de soi, eh ben elle a une très grande importance parce que l'enjeu, c'est la démocratie elle-même. Si dorénavant, il y a la loi pour tout le monde et d'un autre côté une loi spéciale pour les multinationales, eh ben vous voyez bien qu'on vit plus dans le même monde.
Et maintenant, je viens sur le sujet de la pauvreté. La pauvreté est en train de gagner pratiquement toute l'Europe De plus en plus fort et à tous les étages. Quand je dis "à tous les étages", il faut bien comprendre : Il y a des gens qui se figurent que, heu, on devient pauvre après avoir été, salaire très moyen puis petit salaire, et puis après *tchouf*, on devient pauvre.
Non, non. La pauvreté elle frappe partout. C'est-à-dire que vous pouvez être dans une catégorie de cadre supérieur, alors vous vivez avec un certain train de vie, etc.
Et puis vous vous faites liquider, et évidemment vous perdez votre emploi pour une raison X ou Y, et à ce moment-là, vous passez de cadre supérieur à plus rien. Parce que, d'un seul coup, vous n'avez plus vos revenus, mais par contre, vous avez les charges du revenu que vous aviez avant. La grosse maison, la grosse voiture, tout ça...
Il faut tout vendre, il faut tout passer par dessus bord. C'est un exemple, mais évidemment, on devient plus rapidement pauvre quand on est dans la classe moyenne ou dans la classe ouvrière et employés. C'est-à-dire que la marche entre le niveau de salaire et la pauvreté n'est pas très haute.
Vous savez qu'il y a à peine 150 euros de différence entre le seuil de pauvreté officiel et le SMIC, par exemple. Peu de gens le savent, ça. Mais c'est une toute petite marche.
Parce que, on est pauvre en France à 1000 euros, d'après les organismes internationaux. Mais 1000 euros déjà c'est beaucoup, pour pleins de gens qui ont des toutes petites petites retraites. Alors, c'est ça qui m'amène au sujet de la pauvreté.
Parce que...
Il s'est produit quelque chose d'assez extraordinaire, c'est que le FMI, c'est à dire, le Fond Monétaire International, qui est une grosse institution financière mondiale, qui surveille - essentiellement pour le compte des Etats Unis d'Amérique, son premier actionnaire - qui surveille l'état de l'économie du monde. La présidente de cette affaire, c'est madame Christine Lagarde, et c'est un organisme qui, parfois, prête aux Etats, et ensuite leur dit quelle politique ils doivent appliquer. Alors...
Quand vous tombez dans les griffes du FMI, en général, c'est fini. Vous pouvez fermer. Le pouvoir politique, il n'y en a plus, c'est eux qui décident de tout.
Alors, le FMI a dit : "Il y a un problème de développement de la pauvreté dans le pays le plus riche de toute l'Union Européenne : l'Allemagne." C'est intéressant à comprendre. D'abord parce que ça montre ce que vaut le soi-disant "modèle allemand" pour tous ceux qui vous ont joué du violon sur le sujet...
Au point que j'avais écrit un petit livre dont vous avez peut-être le souvenir, qui s'appelait "le Hareng de Bismarck", où je racontais - point par point, hein - tous les grands exemples qui étaient pris de la réussite allemande ; je vous montrais que c'était complètement bidon et que, au contraire, c'était une économie fragile, très concentrée sur quelques activités, et qui développe un nombre de pauvres et de gens mal payés absolument unique en Europe. Alors là, c'est le FMI, donc le Fonds monétaire international, qui dit : "Ça ne peut plus continuer comme ça, parce que le risque de développement de la pauvreté et de l'extrême pauvreté en Allemagne est très fort." Et il faut bien comprendre que tout ça a à voir avec une politique économique, n'est-ce pas ?
Et au même moment, le Gouvernement allemand exporte son modèle. Vous savez que ce sont les Allemands qui ont été les plus durs avec les Grecs. Alors il y avait Hollande, à l'époque qui faisait le "good cop" pendant que Dr Schäuble et Mme Merkel tapaient sur Tsipras, Hollande disait "Ah !
Aide-moi à t'aider"... des phrases comme ça, pour lui faire avaler le texte à signer.
Et Tsipras a signé, ce qui est quand même une bêtise de première grandeur, en disant "Ben je vais... - vous savez, le baratin habituel - "Je vais changer ça de l'intérieur..." Et alors évidemment, tous les journalistes me tombaient dessus, en disant : "Votre ami Tsipras a eu une attitude plus raisonnable que vous." "Regardez , il va faire les efforts, il va changer de l'intérieur, etc" Résultat : On en est pire qu'au point de départ.
C'est-à dire que ça n'a strictement rien changé pour la situation de la Grèce, et qu'ils se sont déjà avalé 2 plans supplémentaires... on n'ose même plus dire "de rigueur" parce que cette fois-ci, ils sont en train de gratter l'os.
Et là, il y a, à nouveau un plan qui va être appliqué. Et regardez bien comment ça se passe. Parce que c'est intéressant de voir la façon avec laquelle ils procèdent, parce qu'après dans tous les pays ils appliquent le même modèle.
Vous, vous vous dites : “Bah, c’est politique d'austérité”. Non c'est plus malin ! Ils commencent à détricoter le pull-over à l'endroit où il y a un fil qui dépasse.
Et dont ils se disent : “Ceux-là ils vont moins se défendre”. Et évidemment, leur cible numéro un, ce sont des retraités. Parce que les retraités, au départ, ils ont moins de charges que les autres : des fois, ils ont acquis leur appartement, ou bien ils habitent au même endroit depuis fort longtemps, et donc les loyers sont restés à des niveaux du point de départ, ils n'ont pas progressé aussi violemment que quand il y a un renouvellement de bail.
Ou bien que sais-je encore, bref ! Et puis, les retraités, souvent, sont déjà équipés, donc ils ont moins les besoins d'investir dans la vie de tous les jours que les plus jeunes couples ont. Donc, les retraités, quand ils reçoivent les premiers coups, bon bah ils sont pas contents bien sûr, mais ils se font une raison, en disant : “Bon on a connu dans le passé, on a été plus malheureux que ça, bon après tout...
Puis si c'est pour le bien des jeunes on veut bien faire des sacrifices...” Puis après, de sacrifice en sacrifice, tchouc-tchouc-tchouc, on leur rogne tout ce qu'ils ont ; et c’est exactement ce qu'il s'est passé en Grèce.
Et maintenant, ils frappent, ils frappent, ils frappent encore et encore sur les retraités. Alors, les retraités ils souffrent, ils se suicident...
Bref, ils mènent une vie affreuse. Et là, bon, ils se rebellent. Mais regardez ce qu'il se passe en France.
Par où commence le gouvernement Macron ? Par les retraités ! Il dit “Bon, il n'y aura plus de cotisations sociales pour le chômage”.
Il faut bien que quelqu'un paye, non ? Il n'y a plus de cotisations, bah les indemnités de chômage elles existent, encore heureux ! Même s'ils ont l'intention de surveiller de plus près les chômeurs, parce que pour eux c'est juste une bande de resquilleurs.
Mais l’indemnisation du chômage elle est là. D'accord, il n'y a qu'un chômeur sur deux qui est indemnisé, mais elle est là. Donc, il faut le payer.
Or, la loi prévoit que chaque fois qu'on exonère d'un euro de cotisations sociales, et bien il faut que le même euro soit donné par le budget de l'État. Où Monsieur Macron compte-t-il trouver la somme qui lui permette de compenser les cotisations qui ne seront plus payées dans les entreprises pour le chômage ? La CSG !
Et donc, qui paie la CSG ? Aussi, les retraités ! Regardez bien l'absurdité du truc !
Un ou une retraité.e va payer la CSG pour compenser le financement du chômage. Dans le système de l'assurance sociale, on donne d'après ses moyens et on reçoit d'après ses besoins, face à un risque dont on se protège par ce moyen !
Vous me suivez ? C'est une assurance sociale. Mais dites-moi voir, un retraité, il ne court pas le risque d'être au chômage, puisqu'il est à la retraite !
Par conséquent, on va le faire cotiser de manière indirecte pour un risque qu'il ne court pas. C'est donc bien un impôt. Et c’est donc bien un impôt qui va prendre sur les moins favorisés aujourd'hui.
Voilà. Vous voyez, il y a une politique cohérente. La pauvreté, c'est le mal qui gagne la société, c'est le signal de son échec absolu, hein, le grand beau modèle libéral, blablabla, tout ça ça marche, tout le monde est heureux, on achète des téléphones portables tous les six mois différents, etc. tout ça c'est de l'invention pure et simple.
Dans la vie quotidienne des gens, c'est un nombre de plus en plus grand de gens qui souffrent. Et c'est par les plus faibles que le système attaque : ronge, ronge, ronge...
Et tout ça pour quoi, on se le demande ! On se le demande, parce que, à la fin, quand même on vit bien tous dans la même société, et est-ce que les riches se figurent qu'ils vont pouvoir s’enfermer entre eux, se barricader - ils essayent hein - en ignorant ce qui se passe dans le reste de la société ? Ils vont y déchaîner une violence terrible.
Donc, tout ça, ça fait partie des questions qui vont se régler, là, dans les prochaines élections et le reste. Mais surtout, moi ce que je veux qu'on comprenne bien, c'est que notre adversaire, le capitalisme financier, il a une stratégie ; il a ses hommes politiques, ses marionnettes médiatiques, mais il a une stratégie, il ne tape pas à l'aveugle ! Il prend par un bout, et le bout par lequel ils prennent c'est toujours le même : ruiner les systèmes de protection sociale où on se protège mutuellement, hein, pour renvoyer les gens à la lutte de chacun contre tous.
Dites, maintenant je vous parle d'un sujet qui va vous paraître un peu saugrenu, mais quand même, je le trouve tellement significatif. Voilà de quoi il s'agit : la tomate. Tout le monde mange des tomates, vous ne le savez pas ?
Ben si. Les gens, ils mangent 5 kg et demi de tomate par an, chaque personne. Donc vous voyez, ça consomme beaucoup.
Donc, faut en produire, donc on le vend. Et évidemment, comment on produit et comment on le vend avec la logique libérale ? C'est-à-dire, là où on peut payer les gens le moins cher à ramasser les tomates, c'est là qu’on les met.
Et on met des tomates d'une variété particulière pour pouvoir les transformer en concentré, vous savez ? Quand vous préparez vos pâtes - ou que vous faites d'ailleurs n'importe quoi avec du jus, avec la sauce tomate - regardez bien d’où ça vient, écrit sur la boîte, hein, et vous allez voir que c'est souvent très très loin qu’on produit des tomates. Et une chose qui va bien vous surprendre, c'est que c'est des tomates qui sont pas comme les autres.
Elles poussent sous terre. Et elles ont une peau plus épaisse. Et c'est avec ça qu'on fait du jus de tomate, par des quantités industrielles.
Et devinez où ? En Chine ! Eh bah oui.
Parce que là-bas, ça permet de trouver des gens qui vont ramasser ces tomates en étant payés au lance-pierre. Et vous avez donc un flot de tomates en sauce qui arrive depuis la Chine. Alors, il arrive, hop, où ça quand il arrive en Europe ?
En Italie. Et qui s'en charge ? La mafia.
Évidemment. Et la mafia, hop, elle remet ça en circulation, et elle fait des profits extraordinaires sur ces quantité de tomates qui arrivent. Il y a un livre qui a été écrit sur le sujet.
Bon, ça décrit le système mafieux de la consommation de la tomate dans le monde, ça s'appelle "l'Empire de l'or rouge : enquête mondiale sur la tomate aujourd'hui." Mais là aussi c'est un sujet de réflexion : Comment peut-on avoir une mafia de la tomate ? Bon, la tomate c'est quand même,...
Jamais ça vous était venu à l'idée qu'il pouvait y avoir un enjeu politique, hein, et économique avec ces malheureuses tomates. Bah, parce qu’on est partis de l'idée que le grand déménagement du monde c'était la méthode ordinaire. Si on partait de l'idée que, comme la France peut produire des tomates, eh bah elle décide qu’elle produit ses tomates.
Point ! Et les Espagnols produisent les tomates pour eux, les Portugais produisent leur tomates pour eux...
Alors on va me dire : “Oui, mais il y a des pays où il y a jamais de tomates : la Suède, la Norvège…” À voir. Mais bon, ben on dira : “Quelle quantité faut-il ?” Ça, ça s'appelle le protectionnisme solidaire.
On va produire de la tomate, et on va produire à la quantité qui est nécessaire aux autres quand ils ne peuvent pas en produire. Mais pas : chacun, dès qu'il a l'occasion de produire des quantités industrielles de tomates et en produire le plus possible au plus bas coût pour écrabouiller tous les producteurs de tomates d'ailleurs ! Bon voilà, ça c'est la logique libérale.
Donc vous voyez, quand on réfléchit au jus de tomate ou au concentré de tomates qu'on met dans ses pâtes, eh bah il y a un enjeu politique. Eh bah vous verrez vos pâtes autrement la prochaine fois, non ? Voilà.
Bon, j'espère que ça vous a plu, vous avez vu j'ai pas parlé de l'actualité politique. Parce que j'ai d'autres endroits pour le faire. Je fais des fois des petits films, des petites vidéos, ou bien je m'exprime ici ou là, et on met ça en circulation.
Donc j'ai voulu un petit peu, comme on dit, sanctuariser la revue de la semaine, pour parler des sujets que je trouve, moi...
Qui font réfléchir, qui parlent de la vie de tous les jours...
Et où on voit le lien qu'il y a entre la pensée qu'on a sur le monde, l'économie et la politique, plutôt que les choses qui sont strictement reliées aux campagnes électorales auxquelles je participe évidemment. Voilà. Si cette revue de la semaine vous a plu, vous mettez des petits pouces bleus, parce que ça nous fait monter dans les classements, et puis ça augmente la capacité de diffusion de cette chaîne YouTube qui est déjà quelque chose de très impressionnant, puisqu’on approche de très près les 400 000 abonnés, et si vous voulez qu’on les atteigne, eh bah, il vous suffit de vous abonner !
Voilà, eh bien merci pour l'intérêt que vous avez accordé à cette petite vidéo.
Jean-Luc Mélenchon