Le choc de l'abstention, le dernier défi de Macron #cdanslair 22.06.2021
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion, même pas mal. Hier, les images du président à la fête de la musique tranchaient quand même avec l'humeur d'une classe politique sonnée par le premier tour des régionales et une abstention record. Sur le terrain, les états-majors ont bouclé les derniers accords, la gauche rassemblée en Ile-de-France, le retour d'un front républicain en PACA. Mais tous s'interrogent sur le moyen de faire revenir les Français aux urnes d'ici à dimanche et au-delà.
Les bugs enregistrés dans l'organisation du scrutin n'ont rien arrangé et le Sénat et l'Assemblée demandent des comptes aux ministres de l'Intérieur. Mais plus généralement, l'urgence pour l'exécutif sera de trouver une réponse à ce désamour, cette indifférence, cette distance qui s'installe entre le pays et les élus, cette désacralisation même du vote. Alors quelle peut être la réponse d'Emmanuel Macron ? Peut-il vraiment enjamber ce scrutin ? Qu'a-t-il fait de cette promesse de renouveau démocratique ? Le choc de l'abstention, le dernier défi de Macron, c'est le titre de cette émission.
Avec nous, pour en parler ce soir, Cécile Gornudet, vous êtes éditorialiste politique au journal Les Echos. Citons votre édito d'hier régional, rien ne se passe comme prévu. Nous y reviendrons longuement dans le détail ce soir. Anne Rosencher, vous êtes directrice déléguée de la rédaction de L'Exprès. Je cite votre éditorial sur l'abstention, cette grande mélancolie démocratique. Nous y reviendrons et je signale votre prochain numéro à apparaître jeudi avec une grande enquête sur le Rassemblement national. Bruno Cotteres, vous êtes politologue, chercheur au CNRS et au Cevipof, le centre de recherche de Sciences Po.
Vous avez co-écrit un livre avec Anne Muxel intitulé « Histoire d'une révolution électorale » aux éditions Garnier. Enfin, Jérôme Fourquet, vous êtes directeur du Pôle Opinion et Stratégie d'entreprise de l'IFOP. Je rappelle naturellement votre livre « L'archipel français naissance d'une nation multiple » est divisé aux éditions du Seuil. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Cécile Cornudet, je citais ces images du président de la République qui appelait les Français hier à faire la fête alors qu'on avait l'ensemble de la classe politique qui était complètement sonné sous le choc de ce chiffre de l'abstention.
Elles passent mal ces images où au fond il est dans son rôle et il colle peut-être avec l'humeur du pays.
Je crois qu'il n'a pas voulu voir tout de suite.
Il est dur ce scrutin pour lui. À cause de l'abstention, il voulait réenchanter la politique. On voit qu'on en est très loin et à cause de LREM en marche qui fait des scores très très durs. Donc là aujourd'hui, la tonalité était quand même très différente. Quand on passait des coups de fil, ils nous disaient tous « on a pris une claque ». Certes, on dit qu'on ne tirera pas des leçons de ce scrutin, mais on va en tirer. Et on va annoncer des mesures pour renouveler la vie politique. On va en parler. Donc la tonalité a changé. Je crois que c'était l'histoire de la gueule de bois, de passer le premier jour.
Et là, on est dans une sorte d'après où ils sont tous en train de se dire autour d'Emmanuel Macron « comment on va faire à partir de lundi prochain ? »
Parce que quand même, la donne politique a changé avec ce scrutin. Anne Rezencher ? Oui, il y a un côté bella figura peut-être qu'il voulait faire, mais c'est vrai que c'est un peu surréaliste. Au lendemain d'une élection où il y a 68% d'abstention, c'est-à-dire un record historique et une cote d'alerte démocratique qui a été donnée, et où en plus, son propre parti ressort l'un des deux principaux perdants, si ce n'est le principal, même si la surprise venait plutôt du côté du Rassemblement National. Donc on en a plus parlé. Mais dire là-dessus « faites la fête », je ne sais pas, on dirait une parabole, quelque chose qui a été écrit pour un livre.
Les Français ont plus envie de faire la faute que d'aller voter. On a du mal-aile. Écoutez, je ne suis pas sûr que… Ce n'est pas son rôle. Je ne suis pas sûre, et puis en plus surtout, je ne suis pas sûre qu'à 68% d'abstention, le message soit qu'on veut faire la fête, en fait. J'entends bien ce qui se dit depuis dimanche, à savoir que peut-être il y a moins de colère qu'on ne le pense dans le pays, que peut-être la majorité silencieuse est une majorité heureuse. En vérité, je n'y crois pas trop. J'aimerais y croire. Je sais qu'il ne faut pas dépeindre le pays non plus de façon catastrophiste et toujours misérabiliste et je ne sais pas quoi.
Donc ça, je suis tout à fait d'accord pour ce contrepoint-là. Néanmoins, tout ce qui vient de se passer ces 30 dernières années et ce à quoi on a assisté, à la fois dans l'abstention, dans le vote rassemblement national, dans les gilets jaunes, les mouvements sociaux, etc., ne va pas tout à fait non plus dans le sens que, en vérité, les gens voudraient faire la fête. Voilà.
Jérôme Fourquet, il y a des gens qui vous regardent ce soir et qui se disent « Oui, bon, en même temps, que vaut un scrutin où si peu de Français sont allés voter ? » Est-ce qu'il n'a pas raison, le président de la République, en disant « Je ne vais pas tirer de leçons ? » Parce que c'est ce qu'il avait dit lors d'un Conseil des ministres la semaine dernière. Il a dit « Je ne tirerai pas de leçons politiques de ce scrutin. C'est un scrutin local. » Et en plus, il n'y a pas beaucoup de Français qui se sont déplacés. Il n'y a pas de message à en tirer. Il y a quand même un message à en tirer, c'est que quand on fait la moyenne des scores d'En Marche, c'est 10,5% des voix au premier tour.
Quand on regarde ce qu'était le score du Parti Socialiste au premier tour des régionales en 2015, quand François Hollande était président de la République, c'était 23%. En 2010, la droite, quand Nicolas Sarkozy était au pouvoir, c'était 25%. Donc on voit bien que l'implantation locale d'En Marche n'est pas là. Ils le savaient avant ? Ils le savaient avant. C'est pour ça que, comme on dit dans le jargon, on avait tenté d'enjamber. C'était un drôle d'enjambement parce qu'on en voit quand même 10 ministres au feu, dont M. Dupond-Moretti, qui ne parvient pas à qualifier la liste qu'il devait tirer vers le haut dans les Hauts-de-France.
Et puis, pour revenir sur tout ce qui a été dit, quand même, à 67 ou 68% d'abstention, pour mettre les choses en perspective, les régionales, c'est une vieille élection maintenant, ça commence en 86, en 92, deuxième élection régionale, il y a 68% de votants. Donc on a inversé en 30 ans.
Exactement.
Donc on peut raconter beaucoup de choses. Il y a quand même un gros, gros bug démocratique qui est massif et qui est majeur. Et je pense qu'Emmanuel Macron et la majorité présidentielle, leur arrivée au pouvoir, sont à la fois le symptôme de ce dérèglement de notre vieille horlogerie électorale et politique, et puis qu'ils ont aussi accéléré quelque part le phénomène.
Parce que dans un scrutin comme celui-ci, qu'on appelle les scrutins intermédiaires, il y avait un levier qui permettait d'amplifier la mobilisation, c'était la volonté d'envoyer un signal, souvent pas positif, au pouvoir en place, en sanctionnant les listes ou les sortants qui appartenaient au pouvoir en place au niveau national. Et historiquement, on a toujours en tête ces cartes d'une France en rose et en bleu, et on compte combien de départements, combien de régions sont passées de l'un à l'autre. Et on calcule un coefficient de claque, en disant voilà, ils ont perdu 30 départements, c'est historique, etc.
Là, cette fois-ci, en dépolitisant les choses, la République en marche n'a pas de sortants, eh bien c'est un ressort ou un registre en moins qui a été donné aux Français. On parlera tout à l'heure des professions de foi qui ne sont pas arrivées. Bien sûr, ça n'a pas aidé. Les meetings qui n'ont pas pu être tenues. Et donc tout ça a participé d'un phénomène qui est beaucoup plus profond, qui est un espèce de développement d'une apathie démocratique avec beaucoup de Français, notamment dans les jeunes générations, pour qui tout ça n'a plus de sens. On va y revenir longuement, parce que même l'acte d'aller voter...
Là, on a dans nos enquêtes 80% des moins de 35 ans, ce n'est pas des moins de 25 ans qui ne sont pas allés voter, 80%. Vous n'avez jamais vu ça ? Non, mais celui qui va voter, qui a moins de 35 ans, c'est un hurluberlu. Les gens disent « mais qu'est-ce qui lui prend ? » Et donc, quelque part, les démocrates et les républicains sont aujourd'hui, je pense, dans la situation qui devait être celle des gens d'église après Vatican II. Vous voyez, on allait à la messe tous les dimanches, comme on l'a, on va voter le dimanche en famille, et tout d'un coup, les gens n'y vont plus. Il y avait ce côté un peu sacralisé. On faisait la queue pour récupérer l'hostie.
Maintenant, on faisait la queue pour aller mettre son bulletin. On appartenait à une communauté. Et ces gestes apparaissent complètement hors du temps et désuets à toute une partie de la population. Peut-être aussi parce que ces régions qui ont maintenant plus de 30 ans d'existence, les Français ont vu des alternances politiques. Et ce sont des gros paquebots, ces machines. Il y a à peu près 90% du budget qui est fléché. Donc les gens se disent « région de gauche ou de droite, qu'est-ce que ça change dans mon quotidien ? » Donc ce n'est pas important. On se réserve, c'est l'hypothèse optimiste, uniquement pour l'élection centrale qui est l'élection présidentielle.
Et on verra, on en reparlera dans un instant, parce qu'on a les dates, ça se déroulera au mois d'avril, la présidentielle en 2022, et on en reparlera. Parce qu'effectivement, vous dites « on verra » et ce n'est pas acquis qu'on ait un fort taux de participation à la présidentielle. Ce qui a toujours été le cas, je vous en prie. Dernier point, vous savez, au moment des municipales, le premier tour qui s'est passé au début de la pandémie, avec déjà une abstention massive, 60%, alors que les municipales étaient un scrutin qui faisait participer les Français. Et on avait dit, on avait regardé aussi les enquêtes, que tout cela s'expliquait par le Covid, la peur de la contamination.
Le deuxième tour, c'était un peu moins évident, parce qu'à l'époque, le virus avait reflué. Et on s'était dit « mais est-ce que c'est uniquement le Covid ou est-ce qu'il n'y a pas quelque chose en plus ? » On a eu la réponse dimanche dernier, il y avait quelque chose en plus, clairement. On a franchi une étape supplémentaire. Vous savez, quand la banquise s'effondre, ça craque pendant un moment, tout d'un coup ça s'effondre. C'est ce qu'on a observé dimanche. On y est. Voilà. Le Premier ministre, cet après-midi, Bruno Cotteres, a estimé que c'était un peu gros de faire porter la responsabilité de cette abstention à l'exécutif.
Il en a appelé à l'humilité et a promis d'en tirer toutes les conséquences. Ça fait des années que c'est écrit dans l'histoire de la vie politique, cet affaissement et cette désaffection. Il a raison, le Premier ministre, de dire en gros que c'est un peu court de faire porter la responsabilité sur les épaules d'Emmanuel Macron et moi. Certes, c'est un peu court, mais clairement, il n'y a pas eu non plus de la part du Premier ministre l'animation d'une campagne qui aurait été sur les régions, le pouvoir des régions. On a traversé deux crises en France, les gilets jaunes, la crise sanitaire. Toutes les deux, elles ont un point commun.
Elles ont souligné la difficulté du modèle de décision publique en France qui vient de Paris, on va dire. Et dans les deux cas, on nous a dit la solution, c'est le territoire. On a changé de Premier ministre, justement, pour faire du territoire. On aurait pu s'attendre à ce qu'on ait une occasion formidable d'avoir un débat, qui soit un débat sur la vision qu'a l'exécutif des pouvoirs régionaux à horizon de 5-10 ans, qui mettent ça sur la table, que les formations politiques s'en emparent et débattent. On aurait pu le faire sincèrement pendant cette crise sanitaire qu'on était en train de traverser, vous pensez ?
C'était sans doute difficile en sortie de crise sanitaire, mais un certain nombre d'éléments auraient pu quand même être mis sur la table. Néanmoins, c'est vrai qu'on a quelque chose qui vient de beaucoup plus loin. Comme Jérôme le disait, on a effectivement, on voit un effondrement de banquise, mais ça fait un moment que ça craquait. J'observe quand même qu'aux élections législatives de 2017, choisir le législateur, excuser du peu en démocratie, l'abstention est majoritaire aux deux tours. On a dit que c'est parce que c'est cinq semaines après la présidentielle. Aux européennes de 2019, il y a eu une remontée de participation pour atteindre péniblement 50%.
On a dit que c'est l'Europe, c'est compliqué. Aux municipales, on a dit que c'est le début du Covid. Là, on dit que c'est la fin du Covid. Donc il y a un moment donné... En fait, on cherche toujours une explication. Il y a un moment donné où il faut aller à l'essentiel, c'est-à-dire qu'on a véritablement un vrai essoufflement des modalités classiques de la participation politique. Quand on demande dans nos enquêtes, et on l'a fait dans le baromètre de la confiance politique du Célipof, est-ce que le vote, c'est toujours le moyen d'expression publique privilégié des Français ? Il y a dix ans, on était à pas loin de 70% qui disaient oui, le vote.
Et puis aujourd'hui, c'est 50%, un peu plus que 50%. Donc on voit qu'il y a une transformation dans nos sociétés du rapport aux politiques. Le vote continue d'être cet acte civique entouré un peu de sacrés, du mystère, on va dire du vote, la liturgie républicaine, d'une certaine manière, bien sûr. Mais on voit aussi que des modalités alternatives vont devoir être proposées aux Français. Et on voit qu'on tourne autour de ce problème sans cesse. Et on va en parler parce que ça va sans doute être un défi. Ça va être un des défis, sans doute pour la fin du mandat d'Emmanuel Macron, où la réforme institutionnelle est tombée en peine.
Il n'y a même pas eu l'échafaudage qui a été posé sur la réforme institutionnelle. Et ça, on va y revenir, je me permets de vous couper, parce que vraiment, on va y revenir au cours de l'émission sur quelles sont les réponses qu'Emmanuel Macron peut apporter sur ce sujet-là. Et vous avez, Bruno Cotteres, raison de souligner que c'était aussi un engagement du président de la République et qu'il est même arrivé, je pense que vous êtes d'accord avec ça, sur cette promesse-là, en disant on en termine avec les vieux partis et les vieux élus et on fait de la politique. Autrement, c'était censé réconcilier les Français avec le vote, l'acte de voter et aussi avec la politique.
En tout cas, on l'a dit, le Premier ministre promet de tirer toutes les conséquences, notamment des chiffres de l'abstention cet après-midi à l'Assemblée. Première réaction du duo de l'exécutif, comme on dit après ce premier tour des régionales, alors que depuis hier, le président déroule, lui, un agenda plutôt festif. Juliette Perrault, Wannan Goyen et Arnaud Foram.
Bienvenue à l'Élysée, bienvenue à toutes et tous.
Une ambiance de fête qui détonne pour un lendemain de défaite. Hier soir, la musique résonne dans la cour de l'Élysée, mais toujours aucun mot du président sur la déroute de son parti au régional. Comme si de rien n'était. Emmanuel Macron, qui prend même le temps de poser avec la star canadienne Justin Bieber en visite au palais.
Pourtant, au même moment, une autre partition se joue en France.
Celle de l'entre-deux-tours des régionales et ses grandes manœuvres. Retrait de la gauche en PACA pour faire barrage au RN, fusion des listes de gauche en centre Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes. Fusion des listes de gauche aussi en Ile-de-France. Hier après-midi, après 12 heures de tractation, c'était enfin l'heure de la photo de famille pour Julien Bayou, Clémentine Autain et Audrey Pulvar.
Il y a un espoir, dimanche, de l'emporter pour mettre la région Ile-de-France sur la voie de la transition écologique dans la justice sociale. Il y a eu beaucoup d'abstention, mais avec les scores que nous avons tous les trois réalisés, nous sommes en mesure de rivaliser avec la présidente sortante.
Pour leur premier déplacement commun, ils ont choisi Aubert-Villiers, au moins d'un habitant sur quatre à voter le week-end dernier.
Mais pas toujours facile, à trois, de convaincre les électeurs. Ce père de famille ancien infirmier a voté pour la France insoumise au premier tour.
Et moi je suis juste inquiet, parce qu'au niveau de l'alliance...
Mais de là à voter pour l'union des gauches... On a eu quand même un gouvernement Hollande qui a continué la classe du service public hospitalier. Donc d'un côté, je suis d'accord que pourquoi pas la gauche et la gauche unies passent à la droite. Mais ce qu'on veut, c'est casser la politique de droite justement, et la politique qui est de casse du service public. Donc moi, dimanche, pour aller voter, je ne sais pas trop. Parce que j'ai confiance en Clémentine, par exemple. Ce n'est pas vous madame, mais envers la politique du PS, beaucoup moins en fait. Au même moment où presque à une quinzaine de kilomètres de là, l'actuelle présidente de région, elle aussi, est sur le terrain.
Au programme de la journée, un déplacement à Alfortville, commune sinistrée par les intempéries.
Non, ça aurait pu être très très violent, on aurait pu avoir des morts.
Arrivé en tête avec 36% des voix au premier tour, Valérie Pécresse pourrait bien se faire rattraper par l'alliance de la gauche, contre laquelle elle ne mâche pas sainte.
Aujourd'hui, le PS en Ile-de-France, il a perdu son âme. Il a accepté de faire une alliance avec les amis de M. Mélenchon. Oui, il y aura un choix de société à faire dimanche. Et oui, ce sera serré. Parce qu'en Ile-de-France, rien n'est gagné. C'est pour cela que j'appelle à la mobilisation de tous les Franciliens. Qu'ils ne se laissent pas, j'allais dire, endormir par les très bons résultats du premier tour. En Ile-de-France aujourd'hui, cette alliance de la gauche radicale et de la gauche extrême, elle peut l'emporter. Et ce serait une catastrophe. Ce serait une catastrophe pour l'Ile-de-France, ça la conduirait à la faillite économique et à la faillite républicaine.
Reste deux autres listes, celle du Rassemblement national
Et le sursaut est nécessaire.
Et de la République en marche. Dans les deux cas, hors de question de renoncer au second tour. Le moindre siège au Conseil régional est bon à prendre.
Moi, je veux que les voix de la majorité présidentielle pèsent. Je veux que nous soyons constructifs demain à la région. C'est-à-dire que quand quelque chose sera positif, nous puissions l'accompagner. Mais aussi que nous soyons une vigie, que nous soyons en contrôle de ce qui se fera pour le quotidien des habitants.
Lorsqu'on disait il y a quelques semaines que l'on pouvait être la première force d'opposition à Valérie Pécresse en région Ile-de-France, tout le monde nous riait au nez. Donc nous sommes aujourd'hui, c'est vrai, la première force d'opposition à Valérie Pécresse en Ile-de-France. Mais en Ile-de-France comme ailleurs, les électeurs du Rassemblement national ne se sont pas déplacés. Donc moi, je les appelle à aller voter.
En Ile-de-France, le taux d'abstention a atteint un niveau record au premier tour, près de 70%. Autant d'électeurs que chaque liste espère convaincre d'ici dimanche.
Jérôme Fourquet, elle est menacée, Valérie Pécresse, par cette union de la gauche ? Il faut regarder, si on fait le total arithmétique des listes de gauche, on a un score qui n'est pas négligeable. Ensuite, ça va se jouer, on l'a bien entendu, sous une forme de remake de l'élection régionale de 2015. Vous vous souvenez quand Valérie Pécresse affrontait la liste de Claude Barthelonne et que la ligne d'affrontement était passée sur les questions dites sociétales, la question de l'immigration, la question de l'identité, etc.
Donc là, on va jouer là-dessus avec un registre aussi économique, en disant, voilà, il y a une ambition de mettre les transports gratuits en Ile-de-France et donc j'en appelle à la responsabilité du contribuable francilien avec, comme vous l'aviez mentionné, plus de 70% d'abstention. Donc il n'y aura pas de rush et de sursauts civiques massifs. Mais le parti qui arrivera à dégeler, ne serait-ce qu'une toute petite frange de son électorat qui est resté à la maison, aura une avance. Donc il faudra voir comment les choses se passent. Et là où Valérie Pécresse a un avantage sur ses adversaires, c'est la cohérence.
C'est-à-dire qu'elle a la même liste, là vous avez vu dans votre son, un électeur qui dit, moi je prends bien le programme de Clémentine Autain, mais ceux des autres, je ne suis pas tout à fait d'accord. Je ne suis pas sûre d'aller voter comme il faut dimanche. Il faut arriver à se rabibocher, on n'est pas à deux, on est à trois là. En tout cas Valérie Pécresse, elle joue, elle dit, je suis le seul rempart contre cette gauche extrême. Donc évidemment, elle évoque la gauche de Mélenchoniste. Et Olivier Faure lui répond que le premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon, n'est pas un tyran sanguinaire qui va venir manger les petits-enfants.
Donc on voit bien qu'elle va remobiliser son camp, Valérie Pécresse, en jouant l'idée que c'est la gauche de Jean-Luc Mélenchon qui arriverait au responsable du pouvoir. Et puis elle joue sur leur train faible, c'est leur cohérence. Parce que c'est vrai qu'Anne Hidalgo, par exemple, qui soutenait Audrey Pulvar, elle a pris vraiment sa distance avec Mélenchon et avec les Verts en disant qu'ils ne sont pas républicains. Il y a quand même deux gauches irréconciliables depuis plusieurs mois qu'on voit s'affronter. Et là, aujourd'hui, ils présentent un front commun. Donc Valérie Pécresse, qui est quand même challengée cette fois. On pensait que le risque serait peut-être Front National.
En réalité, là, c'est plutôt la gauche. Elle joue sur cette cohérence-là. Bruno Cotteresse, en tout cas, c'est un laboratoire. Ce qui est en train de se passer au régional pour la gauche en vue de la présidentielle, avec l'idée peut-être de trouver une candidature commune, en tout cas d'avancer ensemble. Réclamant, vous savez, à la présidentielle de 2017, il y a une sorte de grosse structure de faisceau entre la gauche et ses électeurs. Très, très, très grosse. Il faut le rappeler, le score de Benoît Hamon et toutes les conséquences qui ont eu derrière.
Et depuis, à travers les municipales l'an dernier et les régionales cette année, on insiste à quelque chose qui pourrait ressembler à un travail de retissage des liens, retisser des fils. Alors la gauche, elle a une toile de fond qu'elle connaît bien, qui est à la fois l'histoire de l'union de la gauche, et puis un socle idéologique avec quand même des passerelles tout à fait communes. Il y a des forts éléments de différenciation aujourd'hui quand même. On voit dans certaines régions qu'il est difficile de faire la soudure sur des questions qui touchent à l'énergie.
En Normandie, par exemple, ça a l'air compliqué, entre la liste de la France insoumise PC, qui n'a pas obtenu 10%, et la liste socialiste-écologiste sur la question de l'énergie, du nucléaire en particulier. Mais il y a quand même une espèce de trame commune. Et donc la difficulté, ça va être effectivement pour la gauche de redonner du sens à ces fils qui sont en train de se retisser et d'essayer d'évoquer auprès de ces électeurs potentiels peut-être l'idée d'une nouvelle union de la gauche. Alors c'est une vieille histoire, l'union de la gauche, la désunion de la gauche, la réunion de la gauche à nouveau. C'est aussi vieux que la gauche en France.
Mais peut-être qu'on est en train d'assister à travers cette séquence municipale, régionale, à quelque chose qui commence à aller dans ce sens-là. Mais c'est un chemin qui va être compliqué néanmoins. Anne Rosencher, ce qui est intéressant, c'est qu'à la faveur de ce qui se passe dans cet entre-deux-tours, on se projette déjà peut-être à tort sur le prochain scrutin et on voit aussi que ce qui se passe en PACA peut être une vraie interrogation pour la droite, pour le parti Les Républicains, en fonction de l'issue du scrutin dimanche prochain. On voit ce qui se passe à gauche. Les choses sont en train de se mettre en place dans les états-majors.
Oui, ça c'est vrai. Mais alors en revanche, si vous voulez, parce qu'on parle de grandes manœuvres, notamment entre les deux tours, mais c'est des grandes manœuvres sur des minuscules électorats. Quand on regarde la gauche en Ile-de-France, si on enlève les 70% d'abstention, on se retrouve avec en fait Julien Bayou qui a fait près de 5% des inscrits, Clémentine Autain 4% tout juste des inscrits et je crois Audrey Pulvar entre les deux, donc 4,3%.
Donc on est sur des échantillons minuscules dont on se demande s'ils vont vraiment s'ajouter parce qu'en effet, donc là dans votre reportage, il y avait un jeune homme qui disait moi je veux bien voter pour Clémentine Autain, mais alors la social-démocratie d'Hollande hors de question. Mais vous avez à l'inverse des gens, les républicains, les socialistes, les républicains de gauche qui restent au PS, qui ne vont jamais aller vouloir voter avec Clémentine Autain, surtout après ce que Jean-Luc Mélenchon a sorti de Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines. Vous savez, sur on va avoir un attentat avant la présidentielle. Et donc du coup, je pense que c'est un...
c'est-à-dire qu'on se dit tous qu'il peut naître des nouvelles dynamiques parce que les gens peuvent se sentir renforcés, on parlera peut-être de Xavier Bertrand qui sort en marchant un peu sur l'eau, etc. Mais pour l'instant, on reste quand même avec ce 70% ou 68% d'abstention. Ça écrase tout, en fait, en vous écoutant.
C'est énorme. Habituellement, on commente les deux premières minutes l'abstention, puis on dit maintenant on passe aux choses sérieuses, on regarde les scores. Mais là, à 68% ou 67% d'abstention, c'est massif. Ça veut dire que même les modèles qui sont les vôtres ne fonctionnent plus ? Sur nos échantillons, on voit bien. C'est-à-dire qu'à un échantillon de 1000 ou 2000 personnes à 50% de participation, on a toujours dit qu'un sondage n'était pas un pronostic, mais la photographie était assez semblable à ce qui se passe. Une semaine après, quand on est sur une telle abstention, c'est quasiment un autre pays et c'est un autre corps électoral.
C'est-à-dire qu'on a une écrasante surreprésentation des personnes âgées, des personnes les plus diplômées. Donc il y a une prime très forte aux candidats les plus implantés. Sur la question de l'union de la gauche, il peut se passer des choses, mais le diable est dans les détails. Et dans les quelques régions où il y avait un derby entre les socialistes et les écologistes, Île-de-France justement, Auvergne-Rhône-Alpes, la deuxième région française, et Pays de la Loire, les écologistes sont arrivés devant le Parti socialiste, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, devant la liste de Najat Vallaud-Belkacem qui pouvait incarner générationnellement un renouveau.
Et donc il pourrait y avoir une union de la gauche. Donc on va se disputer comme la gauche a l'habitude de le faire sur le programme. Mais tout le monde va dire, ok, mais l'union, ça va être derrière nous. Et donc là, voilà, il reste moins d'un an. Alors la droite n'est pas forcément en meilleure posture, puisque des présidents de régions sortant ont été auréolés de très bons scores au premier tour. Et tout le monde piaffe déjà dans les starting blocks.
Et là aussi, ce qui est quelque chose d'assez sidérant, c'est de voir à la fois ces images du président de la République dans la cour de l'Elysée, mais aussi les discours des présidents de régions de droite à 20h02, envoyés subliminalement le message en disant merci d'avoir voté pour nous, maintenant ça me donne l'élan pour la présidentielle. Donc on est un peu comme... Vous pensez que ça c'est dévastateur dans l'opinion ? Pour moi, si vous voulez, si on prend une image, c'est l'orchestre qui joue sur le Titanic, pendant que le corps électoral est déjà dans les chaloupes, en fait. Il joue tout seul. Il n'y a plus... tout ça a été déserté. Et donc c'est toute cette...
C'est l'image que vous avez quand vous avez suivi par exemple les soirées électorales ou... Parti, c'est ça. C'est-à-dire qu'on a une espèce de rituel, de théâtre, qui n'intéresse plus que nous, une partie des électeurs assez âgiques. Heureusement, les téléspectateurs de Sénan-l'Air, je vous rassure, Jérôme Fourquet, on n'est pas tout seul. Bien sûr, mais c'est pour ça qu'on est là. C'est pour ça qu'on est là. Et qui aime la politique. On est un îlot résistant. Mais il y a toute une autre partie de la population qui est ailleurs, en fait. Et il va falloir lui parler.
Et c'est pour ça que nous avons choisi d'intituler ce soir cette émission le dernier défi de Macron, parce qu'il va falloir apporter une réponse dans les mois qui viennent. Mais juste cette question avant d'en parler, justement, Macron ne devrait-il pas assumer la déroute de La République en marche, publiquement ? Est-ce qu'il peut le faire ? Est-ce qu'il va le faire, à votre avis, Cécile Cornunet ? A priori, vous savez, il fait un tour de France en ce moment. La question se posait de savoir s'il continue cette semaine ou s'il enjambait l'élection. A priori, il va attendre l'élection prochaine. Il y a un gros agenda cette semaine parce qu'il y a un Conseil européen.
Donc, a priori, non, l'idée n'est pas de parler de l'abstention cette semaine. Que peut-il se passer d'ici au premier tour pour remobiliser les Français ? Est-ce que ça fait partie des choses qui sont en discussion au sein même du haut de l'exécutif, du gouvernement ? Il n'y a pas eu de campagne d'information pour donner peut-être déjà l'information aux Français qu'il y avait un vote pour les régionales, expliquer les compétences des... Ça se fait habituellement, non ? Oui, c'est vrai que ça se fait et qu'il y a très peu eu. Il y a eu, mais il y a très peu eu.
Les candidats, en fait, surfent sur le choc que ça a été quand même pour tout le monde en disant « Regardez, c'est quand même très dangereux. » On a vu Marine Le Pen gronder ses électeurs en disant « Pourquoi vous n'êtes pas venus ? Il ne faut pas faire ça. » En leur disant « Pardonnez-moi, je vous coupe parce que c'est intéressant et peut-être que ça pourra suggérer des réactions. » En leur disant « C'est pas tout de se plaindre. C'est pas tout d'être en colère. À un moment donné, votre devoir, c'est d'aller voter. » Oui, mais ce que disent les macronistes, c'est que les gens n'étaient peut-être pas si en colère que ça.
Ou en tout cas, peut-être qu'ils sont passés au stade supérieur qui est « Maintenant, on s'en fiche en fait. On ne va même plus voir. » Alors, la réponse, elle est en deux temps, manifestement, autour d'Emmanuel Macron. C'est d'abord, on va essayer de donner des outils pour la prochaine fois, pas pour dimanche, mais pour la prochaine fois, pour que les gens puissent plus facilement voter. Donc, il va y avoir des mesures annoncées dans les semaines qui viennent sur le vote électronique, sur le vote par correspondance, sur le fait qu'on pourra voter sur plusieurs jours. On ne sera pas obligé que ce soit forcément un dimanche.
Richard Ferrand, le président de l'Assemblée, dit par exemple « Est-ce qu'on ne pourrait pas inventer un système où ceux qui votent, les électeurs qui vont aux urnes, ça leur donne accès à certains droits ? » Donc, il y a vraiment toute une réflexion et d'ici juillet, il y aura la présentation d'un paquet au nouveau de la vie politique. La question de la proportionnelle revient dedans aussi. Et puis, il y a surtout comment on intéresse les gens, parce que la question, elle vaut beaucoup pour « En marche ». Ils se rendent compte que l'étiquette « En marche » est complètement décrédibilisée.
Personne ne vote en se disant « Tiens, je sais pour qui, pourquoi je vote quand je mets un bulletin « En marche ». » Il n'y a pas d'identité de ce parti-là ? La seule identité, c'est Emmanuel Macron. Et pour du coup, dans l'année qui vient, ça repose la question des réformes. Son seul ADN, son identité, c'est les réformes. Alors, est-ce qu'il faut qu'il aille sur cette réforme des retraites pour risque de mettre des gens dans la rue ? Mais en gros, ça a redonné quand même du pouvoir à cette idée de « Il faut être très identifié ». Parce que sinon, si les gens ne comprennent pas, s'ils ne savent pas pourquoi ils votent, ils ne se déplacent même pas.
Anne Rosanchère, est-ce que c'est vraiment une inquiétude, à votre avis, au sommet de l'État ? Je crois que c'est Jérôme Fourquet qui le disait tout à l'heure, en général, pour les soirées électorales, on dit « Oh là là, c'est vraiment horrible l'abstention ». Bon, sinon, qui est candidat ? C'est ça. Et on a l'impression que ça peut repartir de la même manière, alors qu'on a atteint des seuils historiques jamais atteints, qui sont une vraie cote d'alerte. C'est vous qui avez utilisé l'expression. Est-ce qu'il y a eu une inquiétude auprès des élus, avec lesquels vous avez pu parler, sur justement cette indifférence, ce désamour et sur l'étape d'après ?
Je pense que certains, bien sûr, que certains, quel que soit leur camp d'ailleurs, le comprennent. En fait, je pense qu'ils sont face à une montagne aussi, c'est-à-dire qu'ils ne savent plus très bien comment faire. Parce que si on revient aux raisons de cette abstention, il y en a plein, quand on a 70%, il y a plein de raisons. Mais il y a, je pense, fondamentalement, le ressort même du vote, qui est normalement l'expression de la souveraineté populaire, voilà, qui est mise en cause.
C'est-à-dire, on a l'impression que son vote ne va plus agir sur le cours des choses, parce que de toute façon, les politiques, la politique, nos élus, depuis, peut-être pas le maire, parce que le maire, il garde quand même, mais en tout cas, non plus vraiment cours face aux grands chambardements qui ont eu lieu, qui ont eu des effets positifs et négatifs, la mondialisation, la construction européenne, etc. Et il y s'est installé, et puis que quand on a fait un référendum, on ne l'a pas appliqué. Donc, s'est installé, si vous voulez, cette idée quand même d'impuissance électorale, à tort ou à raison, qui explique, je pense, dans beaucoup de sociétés occidentales, une désaffection.
Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on peut analyser, par exemple, le succès d'un slogan, le slogan des livres pour le Brexit, qu'on soit pour ou contre le Brexit, ce n'est pas la question, mais quand Boris Johnson dit « take back control », reprendre le contrôle, c'est cette idée de remettre du pouvoir dans le vote et dans la souveraineté populaire. Et je sais que les gens l'ont compris, même Emmanuel Macron s'est servi de ce slogan dans certains de ses discours. Sauf qu'il ne faut pas juste que ça reste sur un slogan, il faut convaincre que ça va vraiment prendre effet. Et puis, je pense qu'il y a un effondrement du sentiment et de l'effort citoyen.
Parce que c'est bien de faire la critique des politiques, des médias, moi je suis pour, allons-y, c'est très très bien. Mais je pense qu'il y a aussi en miroir une espèce de complaisance, d'autocomplaisance individualiste, où les gens se renferment sur des bulles, notamment sur les réseaux sociaux, leurs bulles de conviction, ils sont comme ça, ils ne sont pas contents, l'offre politique ne les satisfait pas en effet, etc. Mais il n'y a plus d'effort, la citoyenneté c'est aussi un effort, c'est quand même aller se déplacer, même si l'offre politique n'est pas terrible, même si on est en colère, mais ça reste quand même le ressort démocratique.
Et si on ne l'utilise plus, mais moi je ne sais pas, c'est quand même dangereux. Enfin, c'est une cote d'alerte, parce que les démocraties, c'est beau, mais c'est fragile quand même.
Alors, dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron avait justement théorisé dans sa campagne la nécessité de réconcilier les Français, tous les Français, avec la politique. Son outil, à l'époque, la démocratie participative, les comités de citoyens, les conventions sur le climat, les grands débats, et même, on s'en souvient, les cahiers de doléances dans les mairies après la crise des gilets jaunes. Mais au-delà de l'intention, qu'en reste-t-il vraiment ? Walid Berisoul avec Mathieu Lignot et Stéphane Lopez.
Mesdames, Messieurs, si vous voulez bien, on va commencer. Cet hémicycle, c'est le Conseil économique et social.
Et ce jour-là, ce ne sont pas des élus, mais des citoyens ordinaires qui vont débattre stratégie vaccinale avec Olivier Véran, le ministre de la Santé.
Tout d'abord, la séance plénière de ce jour, comme depuis des mois, se tient en partie en présentiel.
35 membres, tirés au sort, composent ce collectif citoyen sur les vaccins,
qui, dès sa création par le gouvernement, s'est retrouvé sous le feu des critiques de l'opposition. Excusez-moi de ma grossièreté, mais c'est du foutage de gueule. On n'associe pas les maires, on n'associe pas les présidents de région. Et là, on met 35 citoyens pour faire croire qu'on fait un peu de démocratie. Non.
Mais que vont-ils faire ? Que vont-ils dire ? Un rapport pour l'été. Que peuvent-ils dire ? C'est pas sérieux. Quelques mois plus tard, le collectif citoyen sur les vaccins s'apprête à rendre son rapport. Et l'une de ses membres n'a pas l'impression d'avoir perdu son temps.
Les unités mobiles, c'était une recommandation qu'on avait faite. Les unités mobiles de vaccination, comme les publicités médiatiques adaptées à plusieurs âges de la population, comme les jeunes, les moins jeunes, les plus âgés. Donc oui, ça sortait de nos recommandations. Au fur et à mesure des mois qui s'écoulent, on s'aperçoit qu'on a quand même un rôle essentiel dans la stratégie vaccinale. La parole citoyenne, invitée de plus en plus à participer à la décision politique. Une méthode qui fait suite à une irruption, celle des gilets jaunes.
La démocratie représentative est mise au défi. Et Emmanuel Macron y répond en organisant pendant plusieurs mois un grand débat national. D'abord face aux élus, puis avec les Français.
La démocratie participative, je partage totalement ce que vous avez dit. Quelque part, c'est ce que nous sommes en train de faire. Ce que les uns et les autres, vous êtes en train de faire aussi dans vos communes. On tâtonne tous un peu. Mais on est en train de devoir construire une nouvelle forme de démocratie délibérative.
La suite, c'est la Convention citoyenne pour le climat. 150 Français représentatifs planchent pendant plusieurs mois sur une série de mesures pour l'environnement. Des mesures qu'Emmanuel Macron promet dans un premier temps de reprendre sans filtre, avec l'idée de multiplier à l'avenir ce genre d'initiatives.
Moi, je souhaite fort de ce qu'on m'a fait, non seulement développer d'autres conventions citoyennes pour notre pays, mais proposer aux partenaires européens une convention citoyenne européenne.
Mais depuis, il y a eu comme un désenchantement.
Le référendum promis aux citoyens de la Convention climat semble s'éloigner.
Et la distance entre gouvernants et gouvernés, elle, ne s'est pas vraiment comblée. Le président avait promis que les 150 propositions seraient présentées sans filtre. On voit qu'en réalité, elles ont été complètement saccagées et qu'il n'en reste quasiment plus rien. Vraiment, ça fait mal au cœur parce qu'on se dit que c'était une bonne idée, c'était démocratique, il y avait tout calais. Et en fait, non, ça ne va pas jusqu'au bout et ça peut mettre un peu en colère.
Pourtant, à l'échelle locale, c'est une tendance de fond. En 2014, il y a eu 7 expériences de budget participatif en France. En 2020, il y en a dans 141 communes, dans 18 départements et même dans une région, l'Occitanie. En tout, un tiers des Français peuvent aujourd'hui voter une partie du budget de leur collectivité. Petit à petit, la démocratie participative s'installe. Grégoire Fleury, un ancien de la Convention climat, tente aujourd'hui de répliquer l'expérience près de chez lui. Aujourd'hui, on est au Conseil Régional de Normandie pour essayer de demander à Hervé Morin, président du Conseil Régional de Normandie, d'organiser une convention citoyenne régionale sur le climat.
On n'est pas là pour remplacer les politiques, on n'est pas là pour renverser la table, mais on est là pour être aussi autour de la table, pour co-construire quelque chose, pour leur apporter de nouvelles propositions. Parce que combien de fois on a entendu, moi, citoyen, on ne m'écoute pas, moi, citoyen, on ne m'entend pas, de toute façon, je ne suis pas représenté. Là, l'idée, c'est d'aller chercher ces citoyens et de les mettre autour de la table
et leur donner voix au chapitre. En 2021, la participation à la décision n'a sans doute jamais été aussi importante, dans un pays où le taux de participation aux élections, lui, n'a jamais été aussi faible. Et voilà, le diagnostic était le bon, il faut donner la parole au français, leur donner voix au chapitre, c'est l'expression qu'on a entendue à l'instant, notamment sur la question du climat. Ça avait été bien mené, bien amené, bien construit, et puis rien. Enfin, pas grand-chose. Non, c'est le paradoxe depuis le début. Emmanuel Macron, en 2017, avait beaucoup fait campagne sur la démocratie participative, en disant même qu'on pourrait avoir des lois inspirées par des citoyens.
Et puis finalement, c'est Jupiter. Dès la première semaine de son élection, il a finalement choisi un tout autre registre, peut-être parce qu'il était jeune et qu'il voulait qu'on le croit en tant que président, mais il n'a jamais réussi à harmoniser les deux objectifs, à la fois être président, être conforme aux institutions françaises et à cette attente française quand même de centralisme, etc., et d'écoute et de co-construction avec des représentants, des citoyens. Bruno Cotteres, ce sont des gadgets, ce genre de conseils, comités, etc., ou est-ce que c'est avec ce genre d'outil qu'on peut réconcilier une partie des Français avec la politique ?
Si c'est très bien fait, ce n'est pas du tout des gadgets. Dans très nombreuses démocraties européennes, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, qui pratiquent beaucoup au niveau local ce type de consultation citoyenne, c'est très utilisé dans les pays d'Europe du Nord, dans d'autres pays. Donc on voit qu'il y a une problématique qui est transversale à toutes les démocraties aujourd'hui, qui est comment revitaliser, comment redonner la parole aux citoyens. Dans très nombreux pays, on s'inquiète de voir les citoyens qui boudent les yeux, on se demande comment les réconcilier avec la politique.
Mais ce qui est compliqué, c'est d'abord de le faire vraiment sérieusement, c'est-à-dire que la parole citoyenne soit vraiment prise en compte et au sérieux. Mais il y a une grande difficulté, qui est la difficulté de faire coïncider ça avec la légitimité qui est sortie des urnes. Et on l'a très bien vu dans la Convention citoyenne, le chef de l'État dit « je reprends sans filtre », mais l'Assemblée nationale dit « mais c'est aussi mon boulot ». Donc là, il y a une problématique. Il y a une deuxième problématique, dans l'opinion, il y a une double demande.
Il y a le couple empathie-proximité qui fait l'objet d'un fort investissement aujourd'hui. Il y a beaucoup de demandes, mais il y a aussi le couple efficacité-décision.
Les citoyens, ils veulent à la fois qu'on leur donne la parole et que le politique fasse son boulot. On a conduit une expérience un jour dans une enquête qu'on avait faite au Cévi-Pof, on a demandé aux mêmes personnes « est-ce qu'il faut que les politiciens arrêtent de parler
et décident enfin rapidement une écrasante majorité ? » Il dit « oui ». Quelques minutes après, on leur dit « il faut que les politiciens prennent votre avis,
prennent le temps de consulter avec vous ». Bien sûr. Mais bien sûr. Donc on voit que c'est ça aujourd'hui, la difficulté, de faire concilier ces différentes exigences.
Jean-Pourquet ?
Alors, c'est à la fois redonner la parole, mais écouter la parole aussi. C'est-à-dire, à partir du moment où il y a des choses qui sortent de ce genre de procédure, comment on le décline concrètement ? Parce que, vous savez, c'est la formule de Coluche, c'est « cause toujours, tu m'intéresses ». Et donc là, c'est ça, en fait, l'idée. C'est-à-dire que pas mal de citoyens sont de bonne volonté. On va passer plusieurs week-ends à se pencher sur des sujets, etc. Mais Bruno Cotteres parlait d'efficacité dans les entreprises, dans les services publics. Le maître mot aujourd'hui, c'est l'efficacité. Il faut délivrer. Il faut être pro, il faut être agile, il faut être efficace.
Et donc là, les gens disent « nous, on joue le jeu ». Mais est-ce que derrière, le politique déroule et met en musique la feuille de route que certains citoyens ont appliquée ? Et là où c'est pire que tout, c'est de s'engager dans cette partie et de ne pas aller jusqu'au bout. Parce que là, c'est une autoroute pour tous ceux qui disent « mais en fait, tout ça, c'est que de la com', ce sont des artifices, voyez bien qu'au final, c'est toujours les mêmes qui tirent les manettes, etc. » Donc c'est très compliqué. Et effectivement, Emmanuel Macron, on l'a vu, on a eu le grand débat au moment des Gilets jaunes avec ses cahiers de doléances, ce Tour de France.
On a ensuite le Beauvau de la sécurité, le Grenelle de la justice, etc. Le Ségur de la santé. La santé. Bruno Cotteres parlait de la légitimité des élus. Il y a aussi la légitimité des corps intermédiaires, les élus locaux, les syndicats dans certains secteurs où ils sont encore présents. Comment on arrive à articuler tout cela ? Mais c'est ça le point de départ de la réflexion, à votre avis, Jérôme Fourquet, vous qui travaillez sur ces sujets-là depuis longtemps.
Quand on dit réconcilier les Français à la politique, leur donner envie d'aller voter pour des exécutifs locaux ou même pour la présidentielle, est-ce que ça passe par cette idée qu'il faut les rapprocher de la décision, de les rapprocher de la consultation, faire des référendums locaux ? Est-ce qu'à votre avis, c'est un... Parce qu'il y a d'autres pays, pardon, excusez-moi, je termine, mais il y a d'autres pays comme la Belgique, la Grèce, le Luxembourg, qui ont juste dit qu'on va obliger les gens à aller voter, sinon ils auront des amendes ? Alors, il y a deux choses. D'abord, si on les consulte, on applique ce qu'ils ont décidé. Ce qui n'est pas toujours le cas.
Ce qui n'est pas toujours le cas. Et deuxièmement, il y a ce que disait Anne Rosin-Cher, je pense que c'est quasiment anthropologique, en fait, c'est-à-dire que le côté sacralisé du vote, on participe, on a un corps de citoyens, on est dans une société qui est hyper individualiste, hyper consumériste, et donc on a beaucoup aussi de citoyens qui disent, en fait, moi, je vais y aller une fois tous les cinq ans pour élire le patron, et le reste du temps, je vous donne les clés et vous débrouillez, il faut que ça marche. Et si jamais je ne suis pas content, je vais sur le rond-point ou je fais autre chose, mais on a aussi ça.
Et quand vous voyez le taux d'abstention dans les jeunes générations, on est sur une société qui est très, très consumériste. Dans les réflexions sur qu'est-ce qu'on peut améliorer dans le vote, je pense que va fleurir l'idée d'un vote électronique. Oui, bien sûr. Et donc là, on est dans la vidéo à la demande, ou dans l'abonnement à Amazon, en fait. C'est-à-dire, on va avoir... Ça veut dire que ça n'a pas de poids, à vos yeux ? Pour moi, c'est désactualisé, mais si c'est vers ça qu'on va, c'est aussi pour s'adapter. Vous savez, à une époque, on disait, les électeurs sont zappeurs, qu'ils aient une zappette, mais maintenant, on n'est plus à l'âge du zapping, on est à la vidéo à la demande.
C'est-à-dire que les gens disent, moi, c'est sur le menu, je fais ce qui me plaît, qu'est-ce qui peut m'apporter, etc. Et donc, c'est beaucoup plus profond que juste... Juste remettre quelques référendums. Est-ce qu'on appartient à un commun ? Est-ce qu'on a envie de faire des choses ensemble ?
Anne Rosencher. C'est exactement ça. En fait, je pense que ce genre de choses, ça peut être intéressant pour améliorer une démocratie qui va déjà pas trop mal, si vous voulez. Pour éventuellement, en effet, rajouter... de l'efficacité démocratique. Mais quand on est à 70% d'abstention, j'espère pas pour la présidentielle, mais ça veut dire quand même que, pour moi, je suis un petit peu old school, mais il faut revenir d'abord aux fondamentaux. Comment on fait pour reconvaincre que la citoyenneté, c'est quand même pas un gadget ? Et pour aussi, excusez-moi, mais il y a une deuxième chose dans cette histoire de participation démocratique.
Cette histoire de tirage au sort, moi, je la trouve intéressante. Elle séduit beaucoup. Et je comprends par certains aspects, parce qu'il y a cette idée que finalement, il n'y ait pas assez de représentativité dans les partis politiques ou dans les corps intermédiaires de la France d'en bas. Et c'est un diagnostic qui a été largement porté ces dernières années. Simplement, il faudrait résoudre ce problème-là, mais tout en, je pense, ne disqualifiant pas totalement l'importance de l'expertise. Moi, je trouve que des politiques qui ont quand même des compétences, de l'expertise qui ont été formées pour gérer, ça ne se remplace pas comme ça.
Quand on dit qu'on va prendre des décisions par tirage au sort, on se dit, mais on aurait fait ça pour des campagnes militaires. Je veux dire, il y a des corps de métier avec des savoirs, des savoir-faire, des compétences. Il faut trouver un moyen qu'il puisse être représenté une plus large partie de la population. Mais l'idée qu'on va tout remplacer par du tirage au sort me semble quand même un petit peu dangereuse.
En tout cas, il y a l'idée, Cécile Cornudet, vous l'avez évoquée rapidement tout à l'heure, de faire cette dernière partie de mandat en proposant une réforme institutionnelle. C'est dans les tuyaux de la Macronie, comme on dit ? Je ne sais pas si ça s'appellera réforme institutionnelle, en tout cas de déverrouiller le vote pour le faciliter. Parce que là, l'analyse qui est faite, c'est que les gens ont préféré aller en week-end, etc. Donc au moins, qu'ils aient des instruments pour faciliter. Mais en même temps, c'est sûr que ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça, on pourra voter de la plage. Ce n'est pas ça qui va complètement changer.
Il faudrait surtout réintéresser au débat politique, à la politique. Il faut donner confiance en les représentants. C'est rarement un sujet présidentiel qui prend les institutions, la façon dont on renoue le dialogue avec les Français. En général, c'est en tout début de campagne. On présente la VIe République, notamment. C'était Jean-Luc Mélenchon qui avait fait une grande partie de sa campagne là-dessus. Mais en trouvant assez peu d'écho, en tout cas dans l'ensemble du débat, c'était assez peu repris. Est-ce que ça peut l'être cette fois-ci ? Ça dépend comment c'est présenté. Parce qu'en fait, je ne suis pas tout à fait d'accord. Si c'est sur la mécanique institutionnelle, ça ennuie vite.
Parce que les gens ne comprennent pas forcément. Mais si c'est pour redonner du souffle, c'était ça un petit peu 2017. Emmanuel Macron, il avait commencé avec sa grande marche. Il disait, vous verrez, je vous écouterai davantage. Il s'est renoué le lien avec les Français. Ça, ça peut intéresser, évidemment. Les gens sont demandeurs, je pense. En tout cas, il y a un sujet qui est en train de prendre une tournure assez embarrassante pour le gouvernement. Le ratage de la distribution de la propagande électorale est dénoncé aujourd'hui par les élus. Gérard Larcher réclame une commission d'enquête au Sénat et le ministre de l'Intérieur sera auditionné demain matin.
Gérald de Darmanin met en cause, lui, de son côté, la société privée en charge de la distribution des documents dans 51 départements. Laura Radeau, Juliette Vallon et Arnaud Faurat.
En 38 ans de vie politique, Jean-Claude Rousselin n'avait pas connu un tel niveau d'abstention.
260 inscrits, 79 votants, c'est-à-dire un taux très très bas puisque 30,38% exactement, très exactement, ont voté.
Pour le maire de ce village normand, l'explication est simple. Aucun programme de candidats n'a été distribué aux électeurs de sa commune.
On les envoie voter dans le vide, c'est un peu ça. Et ça, je pense que les électeurs, ceux qui se sont le plus manifestés sur ce point-là, ils l'ont ressenti en tant que tel, en disant, bien, c'est un manque de considération vis-à-vis de nous, c'est un manque d'informations que ne nous a pas donné et qui est effectivement dommageable, aussi bien d'ailleurs pour eux que pour les candidats.
Augustin Perdrija et sa femme font partie des anciens du village. En signe de protestation, ils se sont déplacés, mais pour voter blanc.
Je vais voter pour le principe de voter, mais ça s'arrête là. Je ne voterai pas pour un candidat, donc on ne connaît rien. Ça ne ressemble à rien, de toute façon. Je pense qu'il y en a beaucoup qui ont été dans ce cas-là.
Des professions de foi absentes des boîtes aux lettres, l'erreur se serait répétée un peu partout sur le territoire. Le responsable désigné Adrexo, un opérateur privé choisi par l'État. La polémique s'est invitée dès le soir du premier tour.
Il est temps de s'interroger publiquement sur les causes de tels dysfonctionnements.
Et se poursuit aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
En confiant aux prestataires privés Adrexo la distribution des courriers de propagande électorale, vous avez organisé le chaos. Parmi les électeurs que j'ai croisés ces derniers jours, aucun, vous entendez, aucun, n'avait reçu correctement les courriers concernant les deux élections.
Nous allons dès la fin du deuxième tour dénoncer le marché public, puisque effectivement, ce sont des dysfonctionnements graves et importants. Convoquée pour s'expliquer, la société Adrexo se dit victime d'une cyberattaque au mois de mai. Mais pour cette élue syndicale, l'échec était totalement prévisible.
La stratégie de l'entreprise a reposé intégralement, pratiquement sur l'intégration matérinaire,
qui ne sont pas des gens qui ont l'habitude de distribuer des courriers ni des publicités, ce qui est le cœur du métier d'Adrexo. Et donc, ils sont arrivés avec des véhicules personnels chargés de milliers d'enveloppes sur des communes qu'elles ne connaissaient pas forcément, avec des plans qui étaient plutôt approximatifs
et qui ont parfois abandonné très rapidement devant l'ampleur de la tâche.
Des couacs qui se sont multipliés, y compris le jour de l'élection. À Marseille, des assesseurs aux abonnés absents.
Moi, je suis là, vous êtes obligé ? Alors, tu n'as jamais vu ? À moi, non. Tu n'as jamais vu. Mais quand tu me dis... Bien, Marseille, hein ?
Bravo. Merci.
À l'ouverture supposée des urnes, 34 bureaux de vote n'ont pu accueillir les électeurs. Faute de bénévoles. Une difficulté à recruter des assesseurs presque généralisés. À Saint-Etienne, à Rennes ou encore à Sceaux. Pour cet élu local, cette désaffection inquiétante risque de se reproduire à l'avenir.
Il n'y a plus de militant politique. Dans le passé, il y a encore une vingtaine d'années, pour un militant politique, être assesseur dans un bureau de vote pour représenter le candidat qu'on soutient, c'est un honneur. C'est une distinction. Aujourd'hui, tout ça n'existe plus.
Le second tour des régionales et des départementales s'annonce au moins aussi compliqué. En attendant, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, doit être auditionné demain par la Commission des lois.
À la faveur de cette polémique, Cécile Cornudet, on découvre quand même que c'est une société privée qui distribue ce genre de documents. Oui, pour le coup, Jean-Luc Mélenchon avait alerté, et personne n'avait entendu. C'est vrai que c'est incroyable, c'est complètement scandaleux. Peut-être que tous les gens ne lisent pas les programmes, mais c'est une sorte de déclic, vous recevez les documents. Ah oui, c'est vrai, il y a un vote dimanche et je vais y aller. C'est très important pour la monisation. Justement, il y a cette remarque de Chris qui habite en Haute-Savoie. Je ne vote pas pour une tête, mais pour un programme. Là, je n'ai reçu aucune info, aucun programme.
Bon, je vais voter quand même. Ça la fout mal, c'est l'expression qui me vient. Oui, alors, encore une fois, Bruno Cotteres l'a rappelé, il y a des raisons anciennes et profondes à cette abstention, mais c'est une couche supplémentaire. C'est-à-dire, on ne nous prend pas en considération si il n'y a pas eu de campagne, il n'y a pas eu de meeting. Si, en plus, je n'ai pas reçu la fameuse enveloppe Kraft, c'est que ce n'est pas si grave. Et puis, d'ailleurs, le lendemain, le président nous appelle à faire la fête depuis le perron de l'Élysée, donc tourner ma neige et on continue comme ça. Donc, c'est quand même, voilà, beaucoup de signes d'une désacralisation.
Avec les assesseurs, pareil, qui ne veulent pas aller rester tout le dimanche dans un gymnase. Et donc, on est, voilà, ce maire qui dit, regardez, sur 78 votants, enfin, inscrits, j'ai 5 votants dans ma commune. Et tout ça est dévitalisé plus, quand même, de manière subliminale, un peu comme au début de la crise du Covid. L'idée qu'un certain nombre de fonctions essentielles, qui historiquement étaient assurées par l'État, ne fonctionnent plus. Vous vous souvenez de ces images d'infirmières qui avaient des sacs poubelles en guise de surblouse, en disant, mais il y a une forme de paupérisation de l'État.
Et là, on se dit, on a sous-traité au privé, qui a laissé des liasses de prospectus devant la mairie de telle commune parce qu'ils ne savaient pas comment les distribuer. Et donc, ça donne le sentiment d'une déliquescence, quand même, une espèce de grande déglingue générale qui frappe beaucoup de secteurs de la société. Et donc, ce que disait Anne Rosencher tout à l'heure, le discours un peu quiétiste et un peu guiré en disant, profitez de ce déconfinement pour faire la fête, quand vous mettez les autres images en contraste, ça donne une drôle d'impression, quand même.
– Ça donne le sentiment que le président de la République ne veut pas, peut-être, prendre la mesure tout de suite de ce modèle déglingué, comme vous le disiez à l'instant, puisqu'on va reprendre cette expression, Jean-Pourquet. – La grande déglingue.
– La grande déglingue qui est une expression de Jean-Pierre Le Dauvre. – Voilà, rendons-lui, c'est Kaysar Kaysaré. – En effet, et cette grande déglingue, entre guillemets, en tout cas de la paupérisation de l'État, elle est d'autant plus incompréhensible, je pense, que, rappelons-le, la France est quand même le niveau de dépense publique rapporté au PIB, au PIB, le plus élevé du monde. Donc les gens se demandent, mais attendez, comment c'est possible ? – Qu'avez-vous fait du pognon, on se souvient ? – Rendez l'argent, où va l'argent ? – Où va l'argent ? – Voilà, les gilets jaunes.
– C'était, voilà.
– Où va l'argent ? Non, mais c'est, je pense, une question, alors là, pour le coup, que l'on se pose, que l'on soit libéral ou de gauche aujourd'hui, qu'on soit pour ou contre, en fait, ce niveau de dépense publique, ce n'est pas la question. La question, c'est, mais comment c'est possible, si on a des infirmières qui doivent se mettre des sacs poubelles pour faire blouse ? – Et que la poste ne peut pas distribuer des tracts ? – Que la poste ne peut pas distribuer des tracts, qu'on manque de juges, qu'on manque de policiers, qu'on manque d'instituer, qu'on paye mal nos instituteurs.
Donc c'est quand même, oui, là, ça participe d'un sentiment, oui, toujours ce même sentiment d'impuissance du politique qui est assez glaçant.
– Bruno Cotteres, le gouvernement, enfin en tout cas, Gérald de Darmamin, dit de toute façon, tout ça n'explique pas, bien sûr, cette grande abstention, naturellement, et il a raison de le rappeler. Néanmoins, ce sont des couacs, plus que des couacs d'ailleurs, très dommageables pour l'image qu'on se fait même dans ce scrutin. C'était intéressant ce reportage de voir que dans ces petites villes, ces petits villages français, c'est une forme d'irrespect vis-à-vis des électeurs. – Je pense même qu'il y a beaucoup de Français qui ressentent, pour reprendre l'expression, la très grande déglingue.
Parce qu'on a un sentiment presque d'humiliation nationale qui s'est installée dans le pays, on n'avait pas les masques, les tests, on n'a pas eu de vaccins français, la Poste ne peut pas distribuer, assurer une mission essentielle de service public en démocratie, qui est d'amener vers l'électeur les professions de foi des candidats, ce qui normalement devrait être une mission tout à fait sacrée, relevant du service public.
Et donc l'envoi des dysfonctionnements, il y a beaucoup de régions, ou beaucoup quand même de communes, ont vu beaucoup d'électeurs ne pas recevoir, alors ils pouvaient aller sur Internet, c'était disponible, la plupart des candidats avaient mis leur profession de foi sur Internet, mais quand même. Et donc effectivement, ça participe dans l'opinion de ce sentiment diffus qu'il y a un souci en France, à la fois que ça ne fonctionne plus très bien, et puis qu'il y a une certaine perte de sens, on se dit mais pourquoi on est dans cet état-là, ça fait deux ans et demi qu'on a connu les Gilets jaunes, on a eu la crise des retraites, on a eu la crise Covid.
Effectivement, moi j'avais été très marqué dans un soir de débat national, du grand débat national, et quelqu'un s'était levé et avait dit moi ce que je veux c'est qu'on m'explique où est passé mon fric et si on ne peut pas me le dire, qu'on me le rende. Et là je trouvais que c'était à la fois terrible comme énoncé, et en même temps quelque chose qu'on peut comprendre. C'était Jacqueline Mouraud, c'était un peu un des points de départ de la crise des Gilets jaunes, avec cette phrase mais qu'avez-vous fait du pognon ? C'était effectivement le point de départ des Gilets jaunes, nous revenons maintenant à vos questions. Emmanuel Macron est-il devenu un président sans parti ?
Au fond, Emmanuel Macron a toujours été un président sans parti, depuis qu'il est président, il s'en désintéresse totalement. Là il y a une grosse réflexion pour le coup, qui est engagée autour de lui, parce que ça y est, la prise de conscience est là, c'est un petit peu tard, on est à la fin du quinquennat, mais il va y avoir des changements, ils ne savent pas... En remaniement ? Alors ça c'est pour le côté gouvernemental, mais sur le parti, peut-être... Oui, oui, oui, un remaniement dans le parti, et est-ce qu'il faut garder comme ça ? Est-ce qu'il faut le fondre dans une majorité présidentielle le plus large ?
En tout cas la marque LREM, tout le monde me dit là, ces derniers jours, elle est morte, on ne va pas s'attacher à lui courir après, donc essayer de reconstruire quelque chose qui crée un semblant de force militante pour la présidentielle de 2022, parce qu'aujourd'hui, il n'y a pas de militant. Patria, je me souviens de son prénom,
François Patria, qui est le président des sénateurs LREM, m'a dit aujourd'hui, on n'a pas de militants, on n'a que des cliqueurs.
Sur le remaniement plus généralement, puisque ça aussi, ça va être une question qui va être posée au lendemain du second temps. Ça n'est plus tabou, ça n'est plus tabou non plus, c'est possible que ça intervienne peut-être juste en septembre, et peut-être quand même avec Jean Castex, mais il y aura des aménagements du gouvernement. Avec des ministres qui sont un peu essorés après cette campagne. Essorés, beaucoup dont on ne sait même pas ce qu'ils font, et puis peut-être qu'il faudrait faire des figures plus identifiées, puisque l'idée encore, c'est qu'on sache pour qui on vote, donc des choses plus claires et nettes. Signe-t-il l'échec de la stratégie d'Emmanuel Macron ?
9,4 ou 9,5% avec 5 ministres. Ça ne fait pas beaucoup par ministre. Ça ne fait pas beaucoup par ministre, et donc il est un temps où les ministres qui se présentaient quand ils étaient battus, ça peut être une clé de lecture pour un remaniement, mais dans ce cas-là, il va falloir en sortir beaucoup, parce que je crois qu'il y en avait une dizaine qui étaient candidats, et pour rebondir sur votre question, sur s'il n'y a pas de consistance dans ce parti, la région où En Marche fait son meilleur score, c'est je crois dans la région centre, avec Marc Fénaud, qui est un élu ancré du Modem, c'est-à-dire la seule plus-value, c'est des gens qui étaient là avant En Marche.
Est-ce avec la politique ou avec leurs hommes politiques qu'il faut réconcilier les Français ? Avec leurs hommes politiques, parce que lorsque l'on regarde les choses de près, on voit que les Français s'intéressent à la politique. Ils aiment la politique. Ils aiment la politique, on est un pays paradoxal, le nombre de livres politiques qui sont publiés toutes les années est absolument invraisemblable, le nombre de sondages politiques publiés, lui aussi absolument vertigineux. Le nombre d'émissions politiques. Le nombre d'émissions politiques, bien sûr.
Et par contre, souvent, on voit ce regard extrêmement désabusé, défiant des Français, donc c'est visiblement du côté du personnel et des dirigeants politiques qu'il y a un écho.
C'est peut-être même justement pour ça qu'il y a un désamour et un fort désamour, c'est-à-dire que plus on en attend quelque chose et plus la déception peut être grande. Donc je pense en effet que les Français restent un peuple politique au premier sens du terme. Ils s'intéressent quand même au débat de fond, enfin pas tous, il ne faut pas exagérer, mais quand même. Et même, quelque part, le mouvement des Gilets jaunes était un mouvement très politique, vous voyez. Donc je suis tout à fait d'accord avec ça. C'est plus avec, de manière générale, les hommes politiques, mais...
Et avec la façon de faire de la politique, vous parliez aussi de ces images d'Emmanuel Macron. Alors il n'y avait sans doute pas de malice de sa part de vouloir faire la fête et de dire aux Français, c'est vrai que ça a été des années tellement difficiles, allez-y, faites la fête. Mais c'est vrai que des images du président avec Justin Bieber, ce qu'il a fait avec les Youtubers, etc. Est-ce que ça, à votre avis, parce que l'idée, c'est aussi de se rapprocher d'une partie des Français qui ne votent plus, de cette jeunesse qui se désintéresse de la politique ? Oui, mais à force de désacralisation, à un moment, vous avez cette rupture de banquise.
C'est-à-dire, au début, ce n'est pas grave, on est proche des gens, etc. Mais alors, le président de la République actuelle n'en a pas la responsabilité. On peut faire remonter ça à l'accordéon de Valéry Giscard d'Estaing, vous voyez, ça fait une quarantaine d'années, mais ça fait aussi à peu près une quarantaine d'années que l'abstention. Donc ce n'est pas forcément lié. Et après, attention aussi aux recettes un peu techniques, qui disent, voilà, on a la panacée. Vous voyez, beaucoup disent, par exemple, pour les législatives, il faut de la proportionnelle. Les régionales, c'est à la proportionnelle. Avec un seuil de qualification à 10%, ce qui n'est pas énorme, fusion à 5%.
Donc, on me dit aussi, c'est l'offre politique. Il y a des régions, il y avait 12 listes, où les gens ne sont pas allés voter. Donc c'est plus profond que ça, en fait. Et on ne sera pas uniquement avec des rustines, en fait. Dimanche prochain, je retournerai voter sans enthousiasme, ni conviction, ni espérance. J'ai 72 ans et l'avenir politique me préoccupe. C'est aussi un devoir, vous le disiez tout à l'heure, pour certaines personnes. Pour certaines générations. Pour certaines générations.
C'est un devoir, un rituel. Un rituel. Et je pense que l'image de Jérôme, tout à l'heure, de dire que c'est comme... C'est pas une religion, mais...
La messe républicaine.
La messe républicaine. Je pense que c'est ce qui saisit beaucoup de ceux qui sont allés voter dimanche.
Les électeurs du Rassemblement National pourraient-ils se déplacer davantage pour le second tour et créer la surprise, surtout en cas de triangulaire ? Vous croyez à un rebond ? Déjà, ils se sont fait morigéner par les représentants de leur parti. Donc ça ne va pas forcément aider. Et historiquement, en général, il y a une mobilisation quand il y a une perspective de victoire. Là, il y a plutôt un coup sur la tête qui est arrivé. Donc il faudra surveiller quand même en PACA, où il y a une situation un peu particulière. Mais sinon, en plus, les candidats du RN sont assez loin. Vous voyez, il y a 15 points ou plus de 15 points dans les Hauts-de-France, derrière Xavier Bertrand.
Donc il y a assez peu de chances. Il y aura peut-être un petit sursaut, mais il n'y a jamais eu de renversement de tendance d'un tour à l'autre dans des élections à deux tours. Non, des fois, on voit une augmentation de participation si le deuxième tour semble dessiner quelque chose de très indécis. En PACA ? Les électeurs aiment bien quand l'élection donne le sentiment qu'elle n'est pas jouée d'avance. Et les camps vont se mobiliser. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de régions où l'écart du premier tour ne donne pas envie aux électeurs du RN, sans doute, de se déplacer. La coalition Julien Bayou, Audrey Pulvar, Clémentine Autain peut-elle faire vaciller la sortante Valérie Pécresse ?
Je vous posais la question tout à l'heure. Il faut être prudent et modeste. On va voir, sur le papier, encore une fois, il y a des rapports de force qui sont à peu près identiques. Maintenant, il y a ce problème de cohérence. Et puis, il y a quand même une dynamique. Valérie Pécresse, c'est 36% au premier tour. Et là, elle a commencé à sonner le toxin sur cette gauche, entre guillemets, woke, qui serait très décoloniale, etc. Et puis, il y a un autre thème de droite classique sur... C'est une gauche qui va être très, très dépensière.
Et donc, on rappelle qu'au dernier régional de 2015, là, pour le coup, il y avait eu un sursaut de participation au deuxième tour, au profit de Valérie Pécresse, qui avait surmobilisé son électorat. En tout cas, si on prend les trois qui pensent déjà à 2022, ils ne sont pas que trois, mais à droite. En tout cas, Pécresse, Wauquiez, Bertrand, c'est elle qui a le match le plus difficile à jouer au second tour. Oui, et puis c'est elle, surtout, qui, symboliquement, au premier tour, a fait le moins bon score. Et donc, ses petits camarades vont lui faire sentir que le match va se jouer à guichet fermé.
Les Français, tous absorbés par l'euro, le déconfinement, le soleil, vont-ils bouder encore davantage le second tour ? Alors ça, ce serait la catastrophe, mais c'est possible comme scénario ? Tout est possible ? Tout est possible. La grande déglingue le permet. La suite de la grande déglingue, allez. Pour limiter l'abstention, ne faudrait-il pas diversifier les méthodes de vote et récompenser fiscalement les votants ? Je ne sais plus qui est-ce qui disait que ça faisait partie des pistes, en tout cas, de le fait de voter. Fiscalement, oui, accès à des droits sociaux, plus que fiscalement. En revanche, le vote obligatoire a l'air d'être exclu en France.
Encore une fois, je le rappelle que ça existe dans de nombreux pays européens. Oui, mais manifestement, ça ne marche pas très fort. Ça ne marche pas très fort. Les gens préfèrent payer que d'aller voter. Parce qu'il y a des amendes, hein, dans certains pays. Pourquoi voter par Internet ou sur son smartphone ? N'est-ce pas une bonne solution pour réduire l'abstention ?
Non, mais ça pourrait probablement, notamment auprès des jeunes qui se sont abstenus à plus de 80%, faire partie des choses qui feraient gagner quelques points. Mais en vérité, je ne pense pas que ça réglerait le problème de fond. Or, c'est quand même le problème de fond qui s'est manifesté avec de tels étiages.
Il y a toujours une problématique un peu technique de sécurisation du vote, qu'il n'y ait pas de fraude, que le vote continue d'être parfaitement secret. Et donc, il y a des équipes de chercheurs en informatique qui travaillent sur ces questions en ce moment. Donc, ça débouchera sans doute un jour sur des outils sécurisés. Notre démocratie vit-elle en mode dégradé ? À 68% d'abstention, oui. On est là-dessus, oui, tout à fait. On peut aller jusqu'à 70, jusqu'à 80 et puis faire des décès dans l'air en disant « Mon Dieu, c'est la catastrophe ». Ou est-ce qu'à un moment donné, il y a un point de rupture ? Et c'est quoi le point de rupture ? Là, déjà, on l'a atteint, je pense.
On n'est pas loin de l'avoir atteint. Notre président a-t-il prévu un grand oral dans les médias le 14 juillet, Cécile Cornudet ? Oui, mais a priori, ce n'est pas là qu'il annoncera ses grandes réformes pour la fin du quinquennat. Ce serait la semaine d'avant, la semaine du 5 juillet. Le RN surestimé au régional dans les sondages, risque-t-il d'exploser à la hausse à la présidentielle ? Ces électeurs sont là. Ils ont manifesté qu'ils avaient l'intention de voter pour le RN. On les a entendus dans nos enquêtes. Ils ne sont pas déplacés. Ils ont dit qu'ils étaient sûrs d'aller voter, puis ils ne sont pas allés. Ils ne sont pas allés, mais ils sont là.
Ils sont là et peut-être se réservent-ils pour la grande bataille, celle de la présidentielle. Qui sera au mois d'avril 2022. Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 23h50. On se retrouve demain. Tout de suite, c'est à vous.
Clémentine Autain