Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous· 5 juin 2025 11 min

LFI : un dialogue rompu avec le PS ? Manuel Bompard répond

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- M.Bompard: C'est pour ça qu'on a inventé le principe de précaution. Je comprends que les agriculteurs disent qu'il y a un problème.

Le fait est que les autres pays l'utilisent. On a proposé une clause de sauvegarde sanitaire: on refuse d'importer des produits qui sont produits ailleurs avec ce pesticide. Alors, on protège la santé et il n'y a pas de concurrence déloyale pour nos agriculteurs. - P.Cohen: Je reviens à la politique et à la situation de la gauche.

Les militants socialistes tranchent aujourd'hui le duel incertain entre les 2 prétendants au poste de premier secrétaire du PS, O.Faure et N.Mayer-Rossignol.

Des adversaires qui parlent ainsi de vous, leur ancien partenaire au sein du NFP, LFI. - O.Faure: Je souhaite que toute la gauche qui refuse l'alignement sur J.-L.Mélenchon puisse se retrouver.

J.-L.Mélenchon est un candidat parfaitement capable d'atteindre des scores importants sur un 1er tour, mais chacun le sait, il est aussi celui qui, au 2d tour, est le pire candidat pour la gauche.

Il coalise la droite avec l'extrême droite. - N.Mayer-Rossignol: Il n'y aura pas d'alliance avec LFI.

La radicalité, ce n'est pas l'extrémisme, le populisme, la fracture. Tant que LFI sera alliée à la gauche, la gauche perdra. - P.Cohen: Vous dites que c'est blanc bonnet et bonnet blanc? - M.Bompard: Dans le vote du congrès socialiste, au vu des extraits, les 2 disent des choses similaires.

Quelle que soit la décision des militants socialistes ce soir, ce sera une décision de division. - P.Cohen: Elle n'est pas déjà actée? - M.Bompard: Disons que le PS a déjà bien amoché le NFP.

Le résultat de ce soir sera la confirmation de la rupture par le PS de sa participation au Nouveau Front populaire. Ce NFP a permis, il y a un an, après la dissolution de l'Assemblée nationale, d'arriver en tête des législatives à des députés PS. Je prends acte de cette situation et je la regrette, mais c'est comme ça. - A.-E.Lemoine: Comment ça peut se traduire dans les prochaines échéances électorales? - M.Bompard: C'est à eux qu'il faut poser la question.

Nous, insoumis, avons toujours été extrêmement clairs. Nous sommes pour rassembler, pour l'union autour d'un programme de rupture. - A.-E.Lemoine: Le vôtre. - M.Bompard: Madame, le programme de la Nupes ou du NFP... - P.Cohen: Il ressemble beaucoup à "l'humain d'abord". - M.Bompard: C'était le nom de notre programme de 2012.

Maintenant, c'est "l'avenir en commun". - P.Cohen: J'ai une élection de retard. - M.Bompard: Le programme de la Nupes a été approuvé par les socialistes, Ecologistes et communistes.

Personne ne leur a imposé. Il y a une décision de rupture aujourd'hui. Quand on a été élus il y a un an sur des engagements programmatiques, la moindre des choses est de rester fidèle au programme que l'on a défendu.

Après, on s'étonne que les gens ne votent pas, se disent que les responsables politiques font des promesses qu'ils ne respectent pas...

Si après un an, on froisse le programme et on le jette à la poubelle, ça pose un vrai problème de confiance. Nous ne sommes pas des gens qui font des promesses aux élections et font l'inverse une fois élus. On reste fidèle au programme que l'on a défendu et on lui restera fidèle.

On le portera avec toutes celles et ceux qui voudront le porter, manifestement pas avec le PS. - E.Tran Nguyen: Les grands choix du budget 2026 seront dévoilés mi-juillet.

Il faut trouver 40 milliards d'euros. Où trouve-t-on cet argent? Question posée ce matin au ministre de l'Economie, qui repousse encore les hausses d'impôts. - E.Lombard: Nous voulons la stabilité fiscale et la stabilité des prélèvements obligatoires.

Nous n'avons pas un problème de prélèvements obligatoires et de niveau d'impôts en France. Nous avons un problème de dépenses publiques, 1700 milliards, vous l'avez dit. Il faut stabiliser la dépense publique. - Donc il n'y aura pas de hausses d'impôts dans le budget 2026, point final? - E.Lombard: Il n'y aura pas de hausse d'impôts dans l'ensemble. - E.Tran Nguyen: Le Fonds monétaire international a averti qu'il y aurait des décisions difficiles à prendre en France si l'on voulait rétablir les finances publiques.

On a l'impression qu'on ne pourra pas échapper à ces hausses d'impôts. La TVA sociale est la 1re source de recettes en France... - M.Bompard: La TVA tout court. - E.Tran Nguyen: Pardon.

La piste de la TVA sociale serait une bonne piste? - M.Bompard: Non.

C'est la décision la plus injuste que l'on peut prendre. La TVA, pour les 10 % les plus pauvres, c'est à peu près 12,5 % du budget. Pour les plus riches, c'est 5 % du budget.

Ce serait une décision irresponsable. Contrairement à ce que disait E.Lombard, ce n'est pas vrai de dire que le déficit est dû à un problème de dépenses publiques.

Il est dû à un problème de pas assez de recettes. Il n'y a pas que moi qui le dit. Si on était restés au même niveau de recettes en pourcentage du PIB qu'à l'arrivée d'E.Macron en 2017, le déficit serait inférieur à 3 % du PIB en France.

Depuis 2017, monsieur Macron a supprimé des recettes, fait des cadeaux aux riches, aux grandes entreprises et aux multinationales. Aujourd'hui, il vient nous dire que c'est à nous de payer la facture de ses cadeaux. Je ne suis pas d'accord pour que le peuple paye la facture des cadeaux d'E.Macron aux plus riches. - E.Tran Nguyen: Il a voulu garder les plus riches en France.

Aujourd'hui, nous sommes un des pays les plus attractifs. - M.Bompard: Non.

Vous confondez 2 choses. D'un côté, les investissements étrangers. Y compris sur ce chiffre, les chiffres avancés par la macronie ne sont pas justes.

Ensuite, la question de la fuite fiscale. Quand E.Macron a supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune, il nous a dit que ça permettrait de faire revenir des gens qui partent.

Ca a été évalué, l'impact de cette réforme. Ca ne va pas faire venir des gens. Ce n'est pas vrai.

La décision n'a servi à rien et a été un cadeau, un chèque fait aux plus riches du pays. Aujourd'hui, une très grande majorité ne s'en sort pas. C'est une décision totalement injuste.

Il faut faire l'inverse. La première, c'est la taxe Zucman, l'impôt sur les milliardaires. Faire en sorte que les milliardaires payent au moins 2 % du patrimoine en impôts.

C'est une recette de 14 à 15 milliards d'euros. La deuxième: l'impôt sur les multinationales. Quand une multinationale fait de l'évasion fiscale, déclare ses bénéfices au Luxembourg, vous l'imposez en France au regard de son chiffre d'affaires.

Recettes estimées: 25 milliards d'euros. 15 plus 25, ça fait 40. Vous les avez et vous laissez tranquilles les gens. - P.Cohen: Ils seront partis. - M.Bompard: Qui va partir? - P.Cohen: Vous dites que l'ISF a fait revenir personne.

Là, vous n'allez pas garder grand monde. - M.Bompard: Vous trouvez éthiquement compréhensible...

J'ai parlé de 2 mesures dont l'une s'appelle l'impôt universel sur les entreprises. - P.Cohen: Il est universel, mais il est français. - M.Bompard: Des entreprises qui font leur chiffre d'affaires en France puis en évacuent une partie en déclarant leurs bénéfices au Luxembourg pour ne pas payer d'impôts, vous trouvez ça normal? - P.Cohen: Non. - M.Bompard: Alors vous pouvez être d'accord avec une mesure qui demandera simplement aux entreprises de régler la part d'impôts en France.

Quand on demande 2 % d'impôts sur le patrimoine à des milliardaires en France...

Leur seuil de rentabilité est de 5 à 6 %. Donc chaque année, leur patrimoine augmente de 5 à 6 %. Même en leur prenant 2 %, ils vont continuer à s'enrichir.

Je pense qu'ils peuvent contribuer. Ce n'est pas absurde de mettre à contribution 147 personnes qui ont vu leur fortune doublaient depuis qu'E.Macron est au pouvoir.

Vous pouvez entendre cette demande de justice sociale et fiscale. - P.Lescure: Autre annonce du ministre de l'Economie: la suspension dès l'été du dispositif d'aide à la rénovation énergétique, MaPrimeRénov'.

E.Lombard met en avant l'encombrement des demandes et l'excès de fraude. Il évalue à 16 000 dossiers suspects, soit 12 % du budget prévu, dans ce dispositif.

Ce serait du bon sens de le supprimer, ou la pénalité des gens qui ont engagé des travaux devrait faire de qu'on le laisse en l'état? - M.Bompard: Revenir sur MaPrimeRénov'est irresponsable.

On a des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. L'an dernier, déjà, les aides ont été diminuées et il y a eu 40 % de rénovations énergétiques en moins. Si vous voulez respecter les objectifs, vous êtes obligé de rénover... - A.-E.Lemoine: Il ne fallait pas supprimer les ZFE, alors. - P.Cohen: Ce n'est pas le changement climatique. - M.Bompard: C'est la qualité de l'air.

Je vous répondrai sur les ZFE. Sur MaPrimeRénov', c'est irresponsable et ça s'inscrit dans une longue série de recul en matière écologique, de coupes dans le budget de l'écologie. C'est une décision qui sera catastrophique.

Si vous voulez que l'on parle des zones à faible émission...

Je suis député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, à Marseille. Le 3e arrondissement de Marseille est l'arrondissement le plus pauvre de France. 50 % des gens vivent sous le seuil de pauvreté.

Cet arrondissement est inclus dans la ZFE de Marseille. - P.Cohen: Il est en vigueur?

Non. - M.Bompard: C'était en train d'être mis en place.

Ce qui n'est pas entré en vigueur, c'est que les Crit'Air 3 soient concernés. Les Crit'Air 4 et 5 étaient concernés. Allez faire un tour dans cet arrondissement et rencontrer des gens qui n'ont pas les moyens, qui veulent travailler, qui n'ont pas de métro ni de tramway dans cet arrondissement.

Ils n'ont pas d'autres options et se retrouvent obligés de rester chez eux parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter une nouvelle voiture. Evidemment qu'il faut lutter contre la pollution de l'air dans les centres-villes, mais en développant