François Hollande : "Notre vulnérabilité nous oblige à concevoir le monde avec plus de solidarité"
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Comment avez-vous vécu cette période de confinement ?
- 3:13OuverteRéponse directe
Diriez-vous que l'État en France a bien résisté au choc ?
- 4:42RelanceRéponse directe
Vous parlez de l'Allemagne, par exemple ?
- 5:31OuverteRéponse directe
Le gouvernement lance un Ségur de la santé, qu'en pensez-vous ?
- 6:15RelanceRéponse directe
Et qu'est-ce qui a moins marché ?
- 8:24RelanceRéponse directe
Avez-vous mal apprécié la gestion des stocks de masques en 2013 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:15Invité politiqueFait
« J'ai vécu, comme beaucoup de Français, la plupart, cette période de confinement à la maison, puisque c'était la consigne qui nous était donnée, je l'ai respectée. »
- 1:35Invité politiqueFait
« Moi-même, j'ai pu être éprouvé personnellement par le virus, puisque j'ai perdu mon père dans cette période. »
- 2:24Invité politiqueFait
« ça nous a rappelé que nous sommes tous vulnérables. Le monde est vulnérable, la planète est vulnérable. »
- 2:43Invité politiqueFait
« La démocratie, les principes de liberté sont instantanément mis en compte vulnérables parce que l'économie, et je vais en parler, je viens aussi ce matin pour ça, pour dire combien la crise économique et sociale qui nous attend est lourde de conséquences et suppose des mesures immédiates. »
- 3:39Invité politiqueFait
« Moi-même, pendant que j'étais président, on parlait de ras-le-bol fiscal en disant, mais pourquoi aller financer ces hôpitaux, ces écoles, ces administrations, ces services publics ? »
- 9:15Invité politiqueFait
« une décision a été prise en 2011, avant que je ne devienne président, de changer le système de stockage des masques. »
- 10:02Invité politiqueChiffre
« il y avait un peu moins d'un milliard de masques au moment où je suis arrivé et il y en avait 740 millions quand je suis parti. »
- 10:52Invité politiqueChiffre
« Quand la crise s'est prononcée, il n'y en avait plus que 140 ou 150 millions. »
- 13:33Invité politiqueChiffre
« je pense que les décisions ont été les bonnes dans cette période. Chômage partiel à un niveau très élevé, plus de 10 millions de salariés sont dans cette situation. »
- 16:06Invité politiqueChiffre
« Pour les plus modestes, je pense que ça doit aller de 300 pour les personnes seules à 700 euros. »
- 17:45Invité politiqueFait
« Il y aura de la dette. Il faut que cet emprunt soit bien utilisé. »
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 l'ancien président de la République François Hollande avec lequel vous pourrez dialoguer dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Monsieur le Président François Hollande, bonjour. Bonjour. Et merci d'être ce matin au micro de France Inter. Vous êtes, comme le disait Léa, le premier invité à revenir physiquement dans ce studio depuis le 17 mars dernier quand la France est entrée en confinement. La radio retrouve donc progressivement son fonctionnement et nos invités vont pouvoir retrouver, eux, le chemin de nos studios.
Alors, on ne vous a pas entendu, François Hollande, pendant toute cette crise. Vous avez jusqu'à ce matin préféré garder le silence. Dites-nous donc, pour commencer, comment vous avez vécu cette période doublement inédite et inédite sur le plan mondial, évidemment, mais inédite aussi pour chacun d'entre nous qui avons dû vivre un confinement total pendant deux mois.
Oui, d'abord, merci de m'inviter pour donner le signe que le fonctionnement normal de Radio France reprend. J'ai vécu, comme beaucoup de Français, la plupart, cette période de confinement à la maison, puisque c'était la consigne qui nous était donnée, je l'ai respectée. C'est une période qui est à la fois troublante, pourquoi être ainsi privé de sa première liberté, la liberté d'aller venir, et inquiétante, parce que c'est le risque d'une contamination et donc la nécessité d'une protection.
Moi-même, j'ai pu être éprouvé personnellement par le virus, puisque j'ai perdu mon père dans cette période, même s'il n'y a pas forcément de lien direct, mais les personnes âgées ont été quand même très affectées et directement touchées par cette crise. Et j'ai vu ce que c'était que les conditions de travail, des personnels, mon père était dans un EHPAD, je n'ai pas pu aller le voir, mais les personnels étaient là et ont accompagné les fins de vie le plus souvent dans dignité et une compétence remarquable. Mais j'ai vu aussi toutes les difficultés que les familles de victimes avaient pu rencontrer pendant cette période. Comment aller enterrer ses proches ?
Comment faire pour que la famille puisse se réunir ? Et si j'ai simplement une conclusion à donner, ça nous a rappelé que nous sommes tous vulnérables. Le monde est vulnérable, la planète est vulnérable. Un virus, et c'est l'activité du monde entier qui s'arrête vulnérable. Ça veut dire que la démocratie, les principes de liberté sont instantanément mis en compte vulnérables parce que l'économie, et je vais en parler, je viens aussi ce matin pour ça, pour dire combien la crise économique et sociale qui nous attend est lourde de conséquences et suppose des mesures immédiates.
Et donc l'économie a été directement touchée et la différence entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en auront peut-être pas au terme du confinement. Donc cette vulnérabilité nous oblige, je pense, à concevoir le monde avec beaucoup plus de solidarité et de solidité.
Vous parlez de la vulnérabilité, mais diriez-vous que par rapport aux autres pays européens, notamment, que l'État en France a bien résisté au choc, a bien réagi, que les services publics français ont donné leur pleine mesure ?
Oui, beaucoup s'interrogeaient sur l'État, sur le trop de services publics, le trop de fonctionnaires. Vous vous souvenez, c'est pas si loin. Sur le trop de dépenses publiques. Moi-même, pendant que j'étais président, on parlait de ras-le-bol fiscal en disant, mais pourquoi aller financer ces hôpitaux, ces écoles, ces administrations, ces services publics ? Et non, on a besoin de ces services publics. Pas simplement parce qu'il y a une épidémie, pas simplement parce qu'il y a une crise, mais parce que ça fait partie de ce qui nous garantit notre santé et notre cohésion sociale.
Alors après, il faut que ces services publics soient efficaces, qu'ils soient bien organisés, qu'ils soient bien commandés. Et là aussi, leçon de ce qui s'est passé, le service public, l'État, c'est pas simplement l'État central, c'est aussi les collectivités locales. Et les pays qui ont le mieux résisté et qui ont été les plus efficaces dans la lutte contre le virus, mais aussi dans la prévention de difficultés économiques, ce sont ceux qui avaient un État, mais ce sont aussi ceux qui étaient capables de décentraliser la décision et de faire de la pédagogie auprès des citoyens.
Vous parlez de l'Allemagne, par exemple ?
L'Allemagne ou la Corée, par exemple, qui a été extrêmement efficace sur les tests, sur la prévention, sur le suivi, sur la mise en quarantaine, et l'Allemagne, où on voit bien qu'un État décentralisé, qui est capable, avec les grandes régions, de trouver des solutions. En France, c'est pas tout à fait normal, si je puis dire, que ce soit l'État qui décide si les plages doivent être ouvertes, si les parcs doivent être ouverts. Enfin, il y a des élus pour ça, qui ont des responsabilités, et donc l'État, c'est pas simplement...
Pour ouvrir les parcs et jardins en France ?
Je pense que c'est au maire d'en décider, et de prendre des mesures pour éviter qu'il y ait des abus. C'est mieux que de voir, comme je l'ai vu encore ce dimanche, des familles sur le trottoir, près des caniveaux, pour essayer d'avoir un peu d'air pur, si je puis dire.
Service public, parmi les services publics en première ligne, l'hôpital, évidemment, dans cette crise, François Hollande, le gouvernement lance aujourd'hui un Ségur de la santé, il promet des engagements forts, notamment sur les salaires, les salaires des soignants, des infirmières. Olivier Véran n'exclut pas non plus de revenir sur les 35 heures à l'hôpital, il a raison.
Alors d'abord, j'ai présidé la France pendant 5 ans, donc j'ai ma part de responsabilité aussi, dans la situation de l'hôpital. Je peux dire que nous avons créé, sous mon autorité, 30 000 postes dans les hôpitaux publics, je peux dire que nous avons augmenté la masse salariale de 7%, je peux évoquer...
Et qu'est-ce qui a moins marché ?
Je pense qu'il y a deux... D'abord, l'hôpital a été, vous l'avez rappelé, d'une grande capacité de mobilisation et de réaction. Passer de 5 000 lits de réanimation à 10 000, être capable de ne refuser aucun patient, ça a supposé une mobilisation exceptionnelle des personnels. Bon, donc, tirons-leur un coup de chapeau, les Français m'applaudissent, mais ils nous disent, ça suffit pas.
Donc, depuis des années, on a contraint l'hôpital et on a imposé, j'ai pris ma part, donc je ne veux pas du tout m'exclure, même si j'ai apporté des moyens supplémentaires, on a mis une suradministration et c'est ce que aussi les personnes rejettent et notamment les médecins de codage, d'actes, etc., d'une tarification qui les a obligés à passer plus de temps parfois à remplir des papiers qu'à soigner, je ne veux pas ici caricaturer. Et puis, à la question des rémunérations, là aussi, j'avais fait en sorte, sous ma présidence, d'améliorer les parcours professionnels, de valoriser un certain nombre de catégories, aide-soignante ou infirmière, mais ça ne suffit pas.
Et s'il y a un Ségur aujourd'hui, je crois que c'est pour trois décisions importantes qui sont attendues. La première, c'est sur la gouvernance du système où il faut donner beaucoup plus de souplesse aux hôpitaux et moins de contrôle tétillon. Deuxièmement, c'est sur les rémunérations et là, il y a un retard qui a été pris, un écart qui a été constaté, il faut le rattraper. Et troisièmement, il faut que l'organisation du travail soit différente. Est-ce qu'il faut pour autant supprimer les 35 heures ? C'est votre question. Mais non.
Vous imaginez, vous allez dire à des personnels qui ont travaillé quelquefois, sans compter leur temps, qui ont fait des heures supplémentaires qui ne sont même pas peut-être payées, vous allez leur dire mais non, vous savez, il faut supprimer aussi les 35 heures. Qu'on mette de la souplesse, qu'on mette de la négociation, qu'on mette de la discussion, qu'on rémunère mieux un certain nombre d'activités. Mais enfin, de grâce, ne supprimons pas ce qui est aujourd'hui regardé comme un acquis social.
François Hollande, vous parlez de vos responsabilités. Vous avez la question de vos responsabilités peut-être sur la gestion des masques. Au moment où la crise éclate, il a beaucoup été question de la pénurie en France des masques chirurgicaux et des masques FFP2. Quand vous êtes élu en 2012, Xavier Bertrand, ministre de la Santé de l'époque, quitte ses fonctions et assure que les stocks de masques en France sont de 1,4 milliard. Selon l'enquête de la cellule à l'investigation de Radio France en 2013, donc sous votre mandat, pendant votre présidence, un changement de doctrine intervient qui voit les stocks de masques baisser et il ne resterait plus que 700 millions de masques en 2017.
Avez-vous mal apprécié la gestion des stocks de masques en 2013 ? Avez-vous manqué aux principes de précaution, M. le Président ?
Je vous remercie de poser cette question parce que j'ai été forcément interpellé par cette situation pendant la période de confinement. Je me suis demandé si je devais parler, ajouter ma voix. Mais je le fais aujourd'hui, même si Marisol Touraine l'a fait avant moi et de manière très claire. une décision a été prise en 2011, avant que je ne devienne président, de changer le système de stockage des masques, c'est-à-dire de ne pas les centraliser comme c'était le cas jusqu'à présent. En 2013, l'administration a considéré qu'il fallait confirmer cette décision et mettre les masques là où ils pouvaient être utilisés, c'est-à-dire auprès des hôpitaux, des collectivités locales, des entreprises.
Je pense que cette orientation qui n'est pas fondée sur des questions de coût, mais sur des questions de proximité et d'efficacité, cette décision était bonne. Après, ça supposait qu'il y ait un contrôle du stockage des masques, de savoir où on en était. Moi, je l'ai fait trois fois. Trois fois. Vous avez rappelé, il y avait un peu moins d'un milliard de masques au moment où je suis arrivé et il y en avait 740 millions quand je suis parti. Il y avait trois moments où il fallait absolument vérifier si le stockage correspondait aux besoins. Premièrement, il y a eu un virus en 2013. Personne n'en avait entendu forcément parler. Il n'était pas de la même intensité.
Enfin, il pouvait provoquer les mêmes effets. Nous avons vérifié, il y avait suffisamment de masques. Plus de 700 millions. Ensuite, il y a eu Ebola, vous vous souvenez ? Ebola en Afrique, mais ça pouvait venir en France. Nous avons vérifié, il y avait des masques en nombre suffisant. Et enfin, les attentats où on pouvait imaginer qu'il puisse y avoir l'utilisation de je ne sais quels produits pour terroriser la population. Et nous avons là aussi vérifié. Comme pour les respirateurs où nous avons constaté qu'il manquait des respirateurs et donc nous en avons commandé. Quand je suis parti, il y avait donc 743 millions de masques.
Et quand la crise s'est prononcée, il n'y en avait plus que 140 ou 150 millions. ça veut dire qu'il a été détruit des masques à partir de 2017 et il n'a pas été reconstitué de stock de masques suffisant.
Vous n'avez pas détruit de masques sous votre mandature ?
Non, enfin, moi je n'ai pas été saisi d'une demande de destruction. Peut-être n'y a-t-il pas eu assez, pourrait-on dire, de renouvellement de masques puisqu'ils se périment. mais nous avons considéré que le niveau de 750 millions était suffisant dans les trois crises que j'ai eues.
Donc vous nous dites ce matin je n'ai pas failli sous ma présidence. Sur ce plan-là,
je pense que les chiffres ont été donnés. Est-ce que la décision de décentraliser était la bonne ? Je pense qu'elle était la bonne et je crois que ça supposait, mais ça n'a peut-être pas été fait suffisamment depuis 2017, une vérification régulière du stock de masques.
Aujourd'hui, au moins 71 plaintes devant la Cour de justice de la République, vise le gouvernement pour sa gestion de la crise, François Hollande, redoutez-vous que des responsabilités soient également cherchées pour des décisions, on parle des masques là, prises pendant votre quinquennat ?
Moi je souhaite qu'il y ait commission d'enquête, transparence, examens contradictoires. Si la justice est saisie, il y aura nécessairement des instructions. C'est normal qu'il y ait des demandes d'explications, des demandes même de responsabilité politique. Il faut assumer certains choix, je le fais aujourd'hui. Est-ce qu'il faut pour autant chercher un bouc émissaire dans cette affaire ? Moi j'avais demandé que la Cour de justice de la République soit supprimée, parce que c'est une justice particulière. Vous ne l'avez pas fait ? Je ne l'ai pas fait parce qu'on ne m'a pas donné la possibilité de le faire, c'est le Sénat qui s'y était refusé à cette époque.
C'est dommage, parce que c'est à la justice de travailler et d'aller jusqu'au bout. Mais il y a aussi des responsabilités politiques. Si on pense que certains ministres, gouvernements, présidents n'ont pas fait ce qu'ils devaient faire, eh bien il y a un moyen de trouver la sanction. Je ne vais pas l'indiquer mais vous l'avez à l'esprit. Le vote. Le vote, oui, bien sûr.
L'économie. Allez, on y va.
Le gouvernement a engagé un plan d'urgence de 110 milliards d'euros pour soutenir précisément l'économie. Je rappelle qu'il a pris de larges mesures pour assurer le chômage partiel. Il a créé des prêts garantis, un fonds de solidarité pour les petites entreprises, les commerçants, les indépendants. Toutes ces mesures, François Hollande, étaient-elles à la hauteur du choc ? Le gouvernement, sur ce point-là, a-t-il bien et vite agi ?
Oui, je pense que les décisions ont été les bonnes dans cette période. Chômage partiel à un niveau très élevé, plus de 10 millions de salariés sont dans cette situation et exonération de cotisations sociales. pour les secteurs les plus impactés et enfin, prêts garantis. Mais, nous sortons de cette période de confinement et c'est là que la crise va surgir sous nos yeux et que le chômage va atteindre des niveaux que nous n'avons jamais connus, y compris dans la période de la crise financière dont j'ai eu à éviter qu'elle touche trop profondément notre pays.
Ce qui veut dire combien ? Vous imaginez un chômage ?
D'ici la fin de l'année, je ne veux pas approuver de chiffres et de statistiques, je ne suis pas non plus un devin, mais on peut penser qu'il y aura plus d'un million de chômeurs de plus d'ici la fin de l'année.
D'ici la fin 2020 ? Oui,
entre les licenciements si rien n'est fait qui vont se produire, les ruptures de CDD d'intérim pour beaucoup, le fait que des petites entreprises, des commerçants, des artisans vont être amenés à être en faillite ou en dépôt de bilan et puis enfin le fait qu'une génération va arriver, les jeunes, 600, 700 000 au terme de leur formation au mois de septembre, qui va les recruter ? Donc moi je propose, c'est pour ça que je tenais à m'exprimer en cette période de déconfinement et où les problèmes vont apparaître dans toute leur actuité, je propose un plan en cinq points. Très rapidement. Premièrement, il faut prévenir les licenciements.
Donc, il faut proposer un contrat aux entreprises qui permettent la transition, qui fassent que le salarié reste lié à l'entreprise même s'il est en activité partielle et qu'il puisse suivre une formation y compris pour apprendre d'autres métiers. Deuxièmement, un plan pour les jeunes parce qu'il faut absolument que l'embauche des jeunes soit favorisé par des exonérations de cotisations ou des primes.
Zéro charge pour les entreprises qui embauchent des jeunes dit Valérie Pécresse. Oui,
ça fait pratique du dispositif sauf qu'il ne reste plus beaucoup de charges sur maintenant les jeunes au niveau du SMIC. Mais il faut une prime pour que l'embauche soit soutenue. Troisième élément du plan, il faut que les entreprises qui sont soutenues par des prêts puissent avoir des fonds propres. Un prêt, c'est de l'endettement. Un fonds propre, c'est ce qui vous permet de suivre. Il faut un plan pour le pouvoir d'achat et c'est pour ça qu'un chèque déconfinement doit être versé à près de 10 millions de personnes pour qu'on achète ce qu'on n'a pas pu acheter, qu'on puisse partir en vacances.
Un chèque de combien ?
Pour les plus modestes, je pense que ça doit aller de 300 pour les personnes seules à 700 euros. C'est ce qui est proposé par certains. Je pense que c'est juste. Pour d'autres, c'est un peu moins. Il faut qu'il y ait une reprise de la consommation. Et enfin, il faut préparer, Jacques Attali a eu cette bonne expression, les industries de la vie. Et il faut que les industries de la vie puissent être soutenues directement par les investissements publics. Et ce plan-là, ce n'est pas au mois de septembre qu'il faut qu'il soit pris. C'est au mois de juillet. C'est tout de suite. Parce que sinon, le niveau du chômage sera trop élevé.
Tout ça va coûter beaucoup d'argent. Si on vous suit, François Hollande, la France atteint déjà 115% de la dette, 10% de déficit. On flirte avec les 10% de déficit. Le gouvernement compte sur la reprise économique pour assainir les comptes publics. Est-ce qu'il a raison de compter sur ça ou est-ce qu'il faut faire autre chose ? Est-ce qu'il faut taxer davantage le capital, taxer davantage les plus riches ? Êtes-vous favorable au rétablissement de l'ASF ou ce serait symbolique et démagogique comme le dit Bruno Le Maire ?
Alors d'abord, plus tôt on prendra le plan dont je viens de parler qui peut être complété par d'autres, moins le niveau du chômage sera élevé et plus la reprise interviendra rapidement. Si on attend, on paiera plus cher. D'une certaine façon, les sommes que l'on va mettre tout de suite à disposition de l'économie seront des sommes qui seront demain à dépenser en moins pour soutenir le chômage.
Vous dites avant l'été, on a compris le message.
Il faut le faire avant l'été. Deuxièmement, la croissance est un élément de réponse pour financer les déficits et résorber la dette. Mais dans un premier temps, il y aura de la dette. Il y aura de la dette. Il faut que cet emprunt soit bien utilisé. Mais un euro, même emprunté, ce n'est pas un euro gaspillé. C'est un euro qui doit être bien investi. Et si on gâche par une dette trop importante ces moyens-là, eh bien, c'est ce qu'on n'aura pas demain. Après, sur la fiscalité, vous savez que j'ai regretté profondément qu'on supprime l'impôt sur la fortune et, pire encore, qu'on diminue les prélèvements sur les revenus du capital.
Donc, il faudrait, pas simplement parce qu'une erreur a été commise, mais parce qu'on a des besoins de financement, réintroduire ces instruments. Ça reprend 10 milliards. Mais 10 milliards, soyons justes et soyons francs. Oui, c'est symbolique par rapport à l'emploi. C'est pas ça qui va compenser les 150 milliards de déficit de budget de l'État, sans doute, et les 50 milliards pour la sécurité sociale. Alors quoi ? Donc, il faut accepter pendant un temps, mais un temps limité, la dette.
Il faut avoir le soutien de l'Europe à travers les instruments qui sont proposés et il faut mettre en place une économie qui retrouve de l'activité, pas forcément la croissance carbonée comme on l'a connu, mais de la croissance. C'est en ce sens que tous ceux qui me parlent de décroissance, je leur dis, vous allez voir ce que c'est que la décroissance. Vous allez comprendre ce que c'est que la décroissance. C'est-à-dire quand on produit moins, quand on produit plus, quand des usines s'arrêtent, vous allez voir ce que ça veut dire.
Ça ne veut pas dire qu'il faut faire n'importe quelle croissance ou faire redémarrer n'importe quelle usine ou utiliser n'importe quelle énergie, mais il faut de l'activité. C'est pour ça que je propose un plan où on embauche, où on crée du travail, où on refait des industries nouvelles, c'est l'industrie de la vie, et où on donne à des entreprises des moyens de pouvoir se développer.
On relocalise aussi. Vous dites, ceux qui me parlent de décroissance me font sourire. Ceux qui vous parlent de démondialisation comme Arnaud Montebourg, par exemple, vous pensez quoi, François Hollande, de ça ?
La relocalisation d'activités stratégiques, j'y suis favorable. On l'a bien vu pour les questions pharmaceutiques ou pour les questions d'industrie majeure, de souveraineté. Mais enfin, s'il s'agit de nous couper du monde, s'il s'agit de dire que nous n'avons plus besoin du monde, mais cette crise-là, qu'est-ce qu'elle nous prouve avec le virus qui a arrêté le monde ? C'est que nous sommes liés les uns les autres. La France, première destination touristique mondiale, on demande la relocalisation du tourisme ? Je veux bien croire que les Français doivent partir en vacances en France. Enfin, si plus personne ne vient en France, c'est pour l'activité touristique un problème.
L'automobile, on veut produire des automobiles que pour les Français et donc pas les exporter, nos voitures ? Pareil pour notre industrie d'avenir, de grandes technologies, on les garderait pour nous. Donc, nous avons besoin d'un monde, d'un monde différent, mais nous avons besoin de rester ouverts. Et moi, ce que je crains dans cette crise, c'est que les nationalistes, bien sûr, vont utiliser la peur pour dire...
Mais est-ce qu'ils n'ont pas déjà gagné ? On parle de frontières, on voit qu'elles ont été fermées au fur et à mesure de la crise en ordre dispersé, parfois y compris dans l'espace Schengen, souveraineté, souverainisme, est-ce qu'il n'y a pas là les éléments d'une victoire idéologique ? Idéologiquement,
ils peuvent gagner. Mais il se trouve que, politiquement, ils ont perdu. Quels sont les héros des populistes, des extrémistes, des nationalistes ? Il y a trois héros. Donald Trump, on peut penser qu'on avait envie d'être dirigé par Donald Trump pour lutter contre le virus et pour faire repartir l'économie. Bolsonaro, qui, on l'a vu, a nier encore l'évidence du virus. Boris Johnson, qui en a payé, d'ailleurs, pour une part, lui-même, les frais en étant contaminés. Donc, les héros populistes, les héros nationalistes, ceux qui disaient, mais il n'y a pas de danger, il faut fermer, il faut s'enfermer, on voit ce que leur gestion a donné.
Et un héros comme le professeur Raoult à Marseille, qui défend le recours à l'hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19, il y a aujourd'hui des pros et des anti-Raoult, des pros et des anti-chloroquine. Vous vous êtes fait une religion sur le sujet ? Est-ce que c'est une figure qui entre dans celle que vous venez de décrire ? Mais moi, je ne me fais pas de religion
parce que je suis un être rationnel. J'essaye de savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je n'ai pas de tabou sur telle ou telle recommandation, mais je n'ai pas non plus de fantasme. J'ai trouvé qu'il y avait là une perte de lucidité. C'est qui ?
C'est les Français ? C'est qui ?
Les Français, on leur dit qu'il y a un produit qui peut fonctionner, pourquoi n'ils ne pas l'utiliser ? Moi-même, je peux l'admettre. Mais ceux qui dirigent doivent bien sûr prendre en compte ce qui est proposé par des grands professeurs et Raoult en est un, mais essayer de vérifier et ne pas laisser penser qu'il y a une solution miracle.
Mais vous avez l'impression que les dirigeants ont laissé penser qu'il y avait une solution miracle ?
Je pense qu'on est tous tentés de croire au miracle. Mais dans la vie, il faut croire d'abord en nous-mêmes. Il faut être capable de produire nous-mêmes des solutions. Donc je pense que dans cette crise, comme toujours, il y a eu ceux qui étaient dans l'émotion, dans l'illusion, dans la peur et ceux qui essayaient de rester rationnels et lucides. Et je suis du camp des lucides, ce qui veut dire de favoriser la recherche, de favoriser la science et d'investir là où c'est nécessaire.
L'état d'urgence sanitaire François Hollande est prolongé jusqu'au 10 juillet. Vous aviez instauré l'état d'urgence pour la lutte contre le terrorisme pendant votre quinquennat. Beaucoup redoutent une fragilisation des libertés publiques aujourd'hui. Ils vous critiquaient d'ailleurs au moment de l'état d'urgence après le terrorisme. Christiane Taubira disait non au moindre grignotage des libertés. Est-ce que vous craignez un recul des libertés publiques ?
D'abord, quand une crise se produit, qu'elle soit sécuritaire ou sanitaire, j'en ai connu pour une part dans ma présidence, pour la sécurité, les libertés sont forcément à un moment limité. pour la sécurité, c'était à travers l'état d'urgence, les assignations à résidence et les perquisitions. Là, nous avons concédé une liberté, une liberté fondamentale, la liberté d'aller et venir. Et nous avons vu qu'il y avait même des risques sur nos propres données personnelles. Donc, il faut, je pense, que les états d'urgence soient limités dans le temps.
C'est pour ça qu'on les appelle les états d'urgence et qu'ils ne soient surtout pas intégrés dans la législation du droit commun, ce qui a été hélas fait pour l'état d'urgence sécuritaire.
Il semble qu'Emmanuel Macron ait beaucoup consulté Nicolas Sarkozy pendant cette crise. Et vous, est-ce qu'il vous a consulté ? Est-ce qu'il vous a appelé ?
Moi, j'ai été appelé une fois par le président de la République. C'était au lendemain du premier tour pour me demander s'il devait y avoir un deuxième tour. Je pense que la réponse était évidente, mais je n'ai pas été, après, sollicité. Mais je crois que c'est au président de la République de choisir ses interlocuteurs. Je crois qu'il a beaucoup téléphoné ces jours derniers, mais je n'étais pas parmi ceux-là.
C'est une question de Marc, un de nos auditeurs. Emmanuel Macron appelle Éric Zemmour, Jean-Marie Bigard et gère le Puy-du-Fou personnellement avec Philippe De Villiers. Un président doit-il parler à tout le monde ?
Vous voulez dire, un président ne doit pas téléphoner comme ça ? C'est possible ?
On en reste là. Merci François Hollande. Merci d'avoir été présent ici en studio.
Je remets mon masque, je vous le promets dès la sortie.
Et à très bientôt. Merci.
Merci. Merci.
François Hollande