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interviewRadio J — L'interview politique· 3 juin 2026 14 min

Bruno Fuchs - L'interview politique du 03/06/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:12
Locuteur 2

Député Modem, président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale. Il y a beaucoup à dire en matière d'affaires étrangères ces jours-ci. Et d'abord, cette affaire qui concerne Eurosatori, le plus grand salon mondial de la défense qui se tient à Villepinte du 15 au 19 juin. À la demande du gouvernement français, les 29 entreprises israéliennes qui ont loué un stand ne pourront pas exposer d'armes dites offensives, c'est-à-dire roquettes, munitions téléopérées, missiles sol-sol. Seules les armes défensives pourront être exposées.

Et la décision du gouvernement interdit, je cite, « la participation officielle d'Israël » indique le ministère israélien de la défense dans un communiqué de protestation. Pourquoi cette décision ?

0:54
Locuteur 1

Le président de la République, le 5 octobre 2024, a annoncé que la France ne vendrait plus d'armes à Israël. Et on pensait particulièrement à des armes offensives. Nous, on est dans une position de paix. Il y a une divergence, bien évidemment, avec ce que pense l'État d'Israël. Mais la France assume ses responsabilités, le choix de faire sur son territoire ce qu'elle souhaite. Et on pense depuis un certain temps, le gouvernement pense, d'où la décision, qui permet d'interpréter, qu'Israël n'est plus uniquement dans la défense de ses intérêts, mais est allé trop loin sur Gaza, certainement trop loin sur le Liban.

Et donc, on est peut-être, si on veut regarder ce qui s'est passé dans le dernier salon, dans une situation où on permet à Israël de venir. On était plus contraignants, je pense, lors de la dernière édition. Donc là, Israël peut venir. Les officiels israéliens sont les bienvenus ? Oui, je pense, oui, avec des armes. Sauf ceux qui sont sous coup de sanctions, bien évidemment, du tribunal international. Mais Israël peut venir exposer des armes défensives. C'est la position de la France. On est pour la paix. Et on défend toutes actions qui permettent de consolider et de renforcer la paix en Israël, notamment, et des divergences sur les stratégies d'attaque, notamment concernant Gaza, le Liban.

2:18
Locuteur 2

Alors, le Liban, on va parler, mais un mot sur la relation diplomatique entre la France et Israël, qui n'a jamais été au plus bas. Elle n'a jamais été aussi glaciale ou aussi tendue ?

2:27
Locuteur 1

Oui, certainement. On a aussi, on se rappelle François Mitterrand à la Knesset. Enfin, les Français ont toujours rappelé une position très claire de paix. On souhaite la paix dans la région. Et la solution à deux États que le président de la République a annoncée lorsqu'il était à l'ONU l'année dernière vise d'abord à renforcer la sécurité d'Israël. Car si les pays dans la région reconnaissent Israël, c'est plus de sécurité pour Israël. Donc cette solution, qui est la solution qui est dans la doctrine française depuis toujours, vise aussi et avant tout, dans un premier temps, à renforcer la sécurité d'Israël.

Et c'est dans ce sens-là que la France tient des positions qui sont des positions anciennes déjà dans sa diplomatie.

3:16
Locuteur 2

De nouvelles discussions sont en cours entre Libanais et Israéliens depuis hier à Washington. Et sur le terrain, les combats continuent. Israël poursuit son offensive dans le sud. Le Hezbollah continue de viser des cibles israéliens. Il n'y a pas de quoi être très optimiste, non ?

3:30
Locuteur 1

Non, je crois que la méthode n'est pas la même des deux côtés. Je pense que la France et puis une partie de la communauté internationale souhaitent désarmer le Hezbollah. C'est ça l'objectif principal. Mais si vous continuez d'attaquer le Liban et le Hezbollah, quand on attaque le Hezbollah, on voit que c'est assez large. Il y a des morts ou des cibles qui sont assez larges et qui sont frappées. Vous ne pouvez pas convaincre le Hezbollah de se désarmer. Donc, il faut commencer par respecter le cessez-le-feu et que la communauté internationale accompagne le Liban et la France en particulier pour permettre au Liban de renforcer son autorité et de désarmer le Hezbollah.

Je pense que la solution est politique, elle n'est pas militaire. On sait bien que l'État libanais n'est pas en mesure de désarmer le Hezbollah pour toute une série de raisons. C'est la raison pour laquelle j'ai insisté sur la demande de l'État libanais d'avoir un accompagnement de la communauté internationale et de la France en particulier pour permettre de désarmer le Hezbollah, qui est l'élément central de cette relation entre Israël et le Liban.

Mais pour nous, la solution, elle est politique et on a aujourd'hui les moyens, si le cessez-le-feu est respecté, quand je dis « on », c'est la communauté internationale, de désarmer le Hezbollah et de renforcer l'autorité du gouvernement libanais.

4:52
Locuteur 2

Alors, ça se tend aussi entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou. Selon le site Axios, qui est bien renseigné, avec notamment le journaliste Barack Ravid, le président américain, au cours d'une conversation téléphonique il y a deux jours, a traité Benjamin Netanyahou de fou, et c'est la traduction française, la version originale en anglais est un peu plus musclée, un peu plus vulgaire. Je le cite, « tout le monde te déteste, tout le monde déteste Israël à cause de ça ». Il serait très énervé parce que justement, les combats au Liban ne s'arrêtent pas.

5:21
Locuteur 1

Oui, là, je ne pense pas que cette façon de parler à Netanyahou était le cas il y a quelques semaines. Visiblement, les divergences stratégiques apparaissent au grand jour. Les deux pays ont mené des opérations conjointes en Iran, dans une vision stratégique qui était partagée, pas forcément tout à fait la même, en tout cas dans une même vision militaire. Aujourd'hui, on voit que Donald Trump est scotché dans sa stratégie d'attaque militaire iranienne. Scotché voulait dire qu'il est coincé.

Il est coincé parce qu'on voit bien aux États-Unis qu'on lui demande et qu'on pense que la solution est la plus politique qu'aujourd'hui dans la négociation avec l'Iran que militaire et qu'après avoir affirmé que l'ensemble de l'arsenal nucléaire avait été détruit en Iran, on voit bien que ce n'est pas le cas. Donc les objectifs militaires n'ont pas été atteints. Et il y a une divergence très forte entre Israël qui veut continuer l'action militaire et les États-Unis, dans lesquels l'opinion publique et une grande partie aussi, je pense, de l'état-major militaire lui demandent aujourd'hui de sortir de cette crise, de cette opération militaire le plus vite possible.

Donc il y a une divergence aujourd'hui dans les stratégies finales et dans les modalités de continuation de cette opération. Et là bon, c'est son langage habituel, je pense qu'il est plus en panique lui, Donald Trump, devant un certain nombre d'accumulations de décisions contradictoires, d'expressions contradictoires. Je ne m'arrêterai pas tellement à cette expression qui peut être remplacée dans les minutes qui viennent par une autre.

7:05
Locuteur 2

Alors justement, sur le front iranien, la réponse aux propositions américaines serait toujours en discussion à Téhéran. Mais hier, un haut responsable des forces iraniennes a déclaré, je cite, « Les États-Unis ne veulent rien d'autre que notre capitulation totale et le peuple iranien ne capitulera jamais. » Et ce responsable assure que la République islamique n'a pas encore abattu ses cartes maîtresses. Là encore, pas de quoi être très optimiste.

7:29
Locuteur 1

C'est le jeu du chat et de la souris. Je pense que Trump s'est transformé en souris alors qu'il voulait être le chat. Et donc là, aujourd'hui, à un moment où vous affichez clairement que vous avez besoin de vous retirer, vous perdez le contrôle du temps. Et dans une négociation, celui qui a le temps, c'est celui qui a le plus de chances de remporter la négociation. Ça veut dire que l'Iran, pour vous, a la carte maîtresse de disposer du temps ? C'est l'Iran aujourd'hui qui a la maîtrise du temps, la maîtrise de la négociation. Ils annoncent qu'ils vont négocier. Et puis finalement, trois jours après, la négociation ne continue plus.

Et donc, la maîtrise du tempo de la stratégie de négociation, c'est aujourd'hui l'Iran, à mon avis, qui a la mainmise sur la situation, non pas militaire, parce que les frappes continuent de façon plus sporadique, j'allais dire. Mais dans la stratégie de sortie de crise, c'est l'Iran, aujourd'hui, clairement, qui a la mainmise. Mais dans une drôle de guerre, même si en réalité, cette guerre n'a rien de drôle. Dans une guerre qui a été déclenchée, pensant que les objectifs affichés étaient faciles à atteindre. La chute du résumé. Il y a quelques jours, c'est quand Donald Trump, vous parliez tout à l'heure de l'Ukraine, annonce qu'en 24 heures, il va régler la guerre.

On en est très, très loin. Alors justement... Il se lance dans des opérations extrêmement lourdes, sans grande stratégie moyen terme. Et là, visiblement, il va en subir les conséquences. Et les États-Unis également. Parce qu'à moyen terme, on voit bien sûr un affaiblissement de l'influence des États-Unis dans le monde, très clairement, dans les années qui viennent.

9:06
Locuteur 2

Justement, sur l'Ukraine, la Russie a lancé dans la nuit de lundi et mardi une attaque massive, meurtrière. 656 drones, 73 missiles, 13 personnes ont été tuées, plus de 100 blessés. À Kiev, à Dnipro, à Kharkiv, c'est près du front. On a le sentiment que l'enlisement des forces russes sur le terrain, à l'est de l'Ukraine, décupe les attaques meurtrières contre les civils.

9:27
Locuteur 1

Oui, on peut condamner une nouvelle fois des attaques meurtrières contre les civils, qui sont certainement des crimes de guerre. En fait, ça paraît, il faut les documenter, mais ça paraît assez évident. Rien n'y fait. Poutine continue d'attaquer des civils, des bus, des gens dans les capitales, dans la capitale Kiev ou d'autres villes. Et on voit, comme vous l'avez dit, la dégradation des comptes de l'économie russe. Également, certainement, du doute d'une partie de l'état-major sur les capacités de Vladimir Poutine de gagner la guerre, qu'il continue d'afficher, il continue de dire qu'il va gagner la guerre.

Et donc, j'espère que c'est des signaux avant-coureurs d'un effondrement, ou en tout cas d'une volonté très rapide de négocier pour sortir de la guerre, que je ne vois pas la Russie gagner aujourd'hui. Pour nous, Européens, et le Premier ministre hongrois est à Paris aujourd'hui, pour nous, Européens, l'Ukraine doit gagner la guerre, clairement, de façon à pouvoir protéger l'Europe d'une nouvelle guerre ou de nouvelles menaces de la Russie. Donc, la victoire de l'Ukraine pour la paix, pour la liberté des citoyens européens est absolument essentielle.

10:45
Locuteur 2

Un mot sur le cas de Xenia Fedorova, la chroniqueuse ruse sur CNews et d'autres médias français de la galaxie Bolloré. Et le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrault, l'a durement fustigé, je cite, « Madame Fedorova est une propagandiste patentée qui sert de relais à la désinformation du Kremlin. Ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine. »

11:11
Locuteur 1

Il a raison ? Il faut regarder ce que dit cette jeune femme. D'abord, il y a eu une première polémique sur son titre de séjour, ça. Il y a une enquête qui est en cours, on verra quelle est la nature, s'il y a eu des erreurs ou pas. Mais sur ses propos, clairement, quand vous niez l'existence d'enlèvements de dizaines de milliers d'enfants ukrainiens en Russie, tout ça est documenté très clairement, vous faites de la propagande et là, vous faites de la désinformation. Donc, la question, bien sûr, c'est ce que cette jeune femme raconte.

On est clairement dans la mise en cause, en tout cas, de la sécurité nationale, de la cohésion nationale certainement, et certainement de la sécurité nationale, elle met en danger. Et donc, il faut se pencher sur ses déclarations et surtout se pencher sur les médias qui lui donnent la parole. On est là, typiquement, dans ce qu'a dit le ministre des Affaires étrangères, une opération de déstabilisation et de propagande.

12:12
Locuteur 2

Qu'est-ce qu'il faut faire contre la suite chroniqueuse et contre ces médias à partir du moment où il y a de la propagande et de la désinformation ?

12:17
Locuteur 1

Eh bien, l'ARCOM a été saisi, la justice a été saisie et on va documenter ce qu'elle a dit. Et si elle tient des propos contraires aux intérêts de la France, surtout en état de guerre, si elle cherche à affaiblir la France, eh bien, il faut qu'elle soit renvoyée. Et puis, également, on s'adresse aux médias qui lui donnent la parole, sans filtre et sans regard journalistique évident. Elle doit être sanctionnée et éventuellement renvoyée. En tout cas, son titre de sûr doit être supprimé. Mais également, les médias, je pense qu'il faut regarder les gens qui lui donnent la parole. Et on voit, bien sûr, que c'est un certain nombre de médias du groupe Bolloré pour ne pas la citer.

13:00
Locuteur 2

Dernière question, vous avez réuni jeudi dernier vos homologues européens à Paris, les présidents de la Commission des Affaires étrangères. Quel diagnostic il pose sur l'Europe qui est à la fois sous pression de Vladimir Poutine, de Donald Trump, et traversé aussi par des vents intérieurs contraires, si j'ose dire ?

13:17
Locuteur 1

Eh bien, hier encore, j'ai déjeuné avec le ministre finlandais du commerce extérieur, qui était un eurosceptique au départ. Je pense qu'avec Vladimir Poutine et les actions de président Trump, les Européens, même eurosceptiques, ont compris que seule une Europe puissante est une Europe qui peut protéger les citoyens français. Après, il faut garder des formes de souveraineté des pays. C'est la raison pour laquelle j'ai réuni ces présidents, parce que je pense que dans le débat public actuel, les parlements nationaux ne sont pas suffisamment entendus, ne s'expriment pas suffisamment.

Et c'est avec les citoyens européens de chacun des pays qu'il faut construire une Europe plus puissante, qui protège.

13:53
Locuteur 2

Merci Bruno Fuchs d'avoir répondu aux questions de Radio-J. A très bientôt.

13:57
Locuteur 1

Merci beaucoup de nos vrais invités.

13:59
Locuteur 2

Merci beaucoup David. On vous retrouvera demain. Votre invité sera Ariel Veil, maire PS de Paris Centre.

Bruno Fuchs - L'interview politique du 03/06/26 — Bruno Fuchs · Pourquijevote