Agnès Canayer - Le Barbier du matin du 29/11/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Agnès Canaillé, bonjour. Bonjour. Vous pouvez prendre Myriam en stage au ministère de la Petite Enfance. Vous avez quelqu'un qui connaît très bien les cas des enfants. L'ambiance n'était pas familiale cette nuit à l'Assemblée Nationale. On a failli en venir aux mains dans cette fameuse niche sur l'abrogation de la réforme des retraites où il y avait un jeu contre la montre, une cause contre la montre. Qu'est-ce que ça dit ? Vous qui venez du Sénat, où on est beaucoup plus placide, qu'est-ce que ça dit de notre crise démocratique ?
Ça dit surtout qu'on vit une période de fortes tensions et qui malheureusement s'exprime à l'Assemblée Nationale, ce qui est totalement inadmissible par des faits de violence. C'est vrai que l'Assemblée Nationale a une ambiance qui est très loin de celle du Sénat, beaucoup plus pacifiée, beaucoup plus respectueuse des débats. Et je pense que c'est vraiment là l'image que l'on doit donner de la démocratie.
Alors c'est vrai que l'ambiance est due à cette absence de majorité, mais aussi à la tension qui approche l'éventuelle motion de censure, peut-être dès la semaine prochaine. Michel Barnier, l'âge du lest, il négocie, il n'y aura pas de hausse de taxes de l'électricité, l'électricité baissera comme prévu, 14% quand même de baisse, ça ne sera pas rien, mais ça va coûter cher à l'État.
Écoutez, aujourd'hui, nous sommes dans une période de tension, on le savait effectivement d'entrée de jeu, puisque quand la majorité sur laquelle repose le gouvernement est une majorité composite, donc on savait qu'on aurait ces périodes de négociation, ces périodes de tension. Le Premier ministre a toujours dit que le budget se ferait avec les parlementaires, avec les propositions, pour construire un budget qui soit adopté, parce que la France a vraiment besoin d'un budget.
Maintenant, à quel prix, nous verrons à la fin, mais ce qui importe aujourd'hui, je pense, c'est que nous ne soyons pas en situation de crise législative, budgétaire et financière, parce que ce serait forcément des répercussions pour les Français. Mieux vaut un budget avec des concessions que pas de budget du tout ? Ah oui, certainement. Mieux vaut un budget avec des concessions, mieux vaut vraiment un budget pour la France. On voit bien qu'en termes d'investissement, de dette et de perspective, notamment parce que les fonctionnaires ne pourraient pas être payés au début de l'année, les hôpitaux auraient du mal à fonctionner, on est déjà dans une situation complexe avec une dette importante.
Rajouter de la dette à la dette, complexifier, et puis surtout de l'instabilité, et de l'anxiété pour les Français, je crois que ce n'est pas le moment.
Ça donne l'impression en ce moment qu'il y a un chantage de Marine Le Pen. Elle réclame, elle obtient, elle met un ultimatum, vous avez jusqu'à lundi. Qu'est-ce que ça vous entraîne comme réaction ?
Écoutez, la configuration politique fait qu'elle a un poids pivot. Elle est le premier groupe à l'Assemblée. Elle est le premier groupe à l'Assemblée. Ça lui donne un poids et des moyens pour négocier et puis faire pression. Maintenant, je pense que tout le monde amène ses éléments, tout le monde amène ses attentes. D'autres partis ont aussi fait part de leurs besoins et de leur volonté, d'autres groupes politiques, parce que ce qui importe quand même, c'est avant tout d'avoir cette majorité qui vote le budget à l'Assemblée nationale. Donc, et Michel Barnier l'a vraiment dit, ça sera en écoutant les propositions des uns et des autres et en trouvant un texte d'équilibre.
L'AME, l'aide médicale d'État, devrait voir son panier de soins restreint, réduit. Est-ce que dans votre domaine, vous craignez des conséquences ? Je pense aux enfants de migrants, de clandestins, il y a parfois des petits-enfants qui ont besoin de soins.
Oui, mais ça, c'est une revendication que le Sénat a portée aussi depuis de nombreuses années. Il faut mettre un peu d'ordre. C'est de réduire effectivement l'AME, qui est une dépense aujourd'hui exponentielle. Maintenant, réduire sur l'urgence, sur des actes médicaux qui correspondent vraiment aux actes majeurs et primaires. Et je pense qu'évidemment, derrière, ça permettra aussi quand même de préserver, d'éviter surtout des abus et d'éviter une immigration qui vient pour des questions de santé. C'est ça, l'enjeu de la réduction du panier de l'AME. À l'autre bout de la vie,
il y a cet ultimatum Marine Le Pen sur le gel des pensions de retraite. Est-ce qu'il faut lâcher et revaloriser les retraites comme prévu pour tout le monde au 1er janvier ?
Écoutez, aujourd'hui, c'est vrai que c'est une demande forte. Alors, elle vient de Marine Le Pen, elle vient d'autres groupes. Maintenant, dès lors que l'enjeu, c'est le pouvoir d'achat des Français, il faut regarder les mesures qui portent sur le pouvoir d'achat. Si c'est pour les petites retraites, ça peut avoir du sens. Il faut rester concentré sur ces petites retraites. Il faut rester concentré, comme on l'a fait sur les allègements de charges, sur les plus bas revenus. Je pense qu'aujourd'hui, on a un certain nombre de Français qui ont des difficultés pour avoir à rajouter les deux bouts à chaque fin de mois. Il faut vraiment qu'on travaille sur ces pauvretés et sur ces petits salaires.
Que répondre à la gauche qui dit que le RN est en co-gestion ?
Le gouvernement est sous la tutelle du RN. Écoutez, non. Le gouvernement a sa propre majorité, travaille avec sa propre majorité, sauf que, je vous le redis, il y a une configuration politique qui fait qu'elle n'est pas suffisante. Et si on a une alliance des improbables, l'extrême droite et l'extrême gauche, on sait que nous n'avons plus de majorité et que le gouvernement peut être renversé.
Nous travaillons pour le fait, et le Premier ministre, avant tout, travaille pour le fait qu'il n'y ait pas cette alliance des improbables, qui serait avant tout une alliance politique, sans cohérence politique, mais simplement dans un enjeu de renverser le gouvernement, de mettre le chaos et de créer en France les conditions d'une réelle instabilité.
Cette réelle instabilité, certains disent, mais il y a une solution. Il faut que le président de la République démissionne. On l'a entendu chez Jean-François Copé, cette solution chez Charles de Courson.
Que leur répondre ? Écoutez, non. Je pense que le président de la République, il est élu pour cinq ans. La démocratie repose sur un président au-dessus des partis qui est arbitre. C'est le fonctionnement des institutions en France. Et je ne pense pas que la démission du président de la République changerait, mais rajouterait là aussi encore de l'instabilité, du chaos. Et ça ne permettrait pas d'avancer.
Venons-en maintenant à vos dossiers, notamment la protection de l'enfance. Le Premier ministre a parlé aux patrons de départements, parce que ce sont les départements qui sont en première ligne. Est-ce que vous allez leur donner des moyens ?
Écoutez, ce n'est pas qu'une question de moyens. Aujourd'hui, la protection de l'enfance est en crise. On voit qu'on a besoin de réformer pour faire en sorte que les enfants qui sont pris en charge, près de 300 000 enfants en France, sont pris en charge par les départements dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance, et bien qu'il y ait les conditions de leur réussite, de leur épanouissement, et qu'on leur donne les mêmes chances que tous les enfants en France. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Quand on passe par la SE, on a un destin compliqué.
Oui, alors mon enjeu aujourd'hui, c'est vraiment de protéger tous les enfants et de faire en sorte que tous les enfants, surtout ceux qui sont déjà l'objet de vulnérabilité parce qu'abandonnés, aient des chances de réussite. Il n'y a que 1% des enfants qui sortent de l'aide sociale à l'enfance qui font des études. Donc on voit bien... Au-delà du bac, oui. Ils ont 12% le bac, 1% font des études. C'est très faible. C'est très faible. Donc on voit bien qu'ils n'ont pas les mêmes conditions de réussite que les autres enfants français. Donc il faut réformer la protection de l'enfance et ce n'est pas qu'une question de moyens. C'est une question d'attractivité des métiers.
C'est une question de meilleure orientation des jeunes vers des environnements plus familiales plutôt que dans des grandes institutions où ils sont un peu noyés dans le collectif. C'est véritablement mieux former les professionnels. C'est travailler avec l'éducation nationale, travailler avec la santé, travailler avec la justice aussi, évidemment les départements, pour avoir des parcours qui sont personnalisés, concentrés autour de l'enjeu de l'intérêt avant tout de l'enfant.
On manque aujourd'hui de familles d'accueil prêtes à accueillir dans une vraie famille ces enfants ?
Oui, alors il y a de moins en moins de familles d'accueil parce qu'elles sont vieillissantes et c'est vrai qu'on a une baisse du nombre de familles d'accueil alors que je considère que c'est quand même un des meilleurs moyens de prendre en charge ces enfants et de les remettre dans des vraies familles, dans d'autres familles qui sont professionnelles, qui sont les familles d'accueil.
Néanmoins, il y a aujourd'hui un peu d'espoir parce que j'ai rencontré plusieurs départements, je pense au Finistère, je pense à la Seine-Maritime où là, la courbe du nombre des assistants familiaux remonte parce qu'il y a des politiques proactives de la part des départements qui en font des vrais travailleurs sociaux, qui les intègrent dans les équipes des travailleurs du département, les forment, leur donnent des outils, des temps de répit et ça rend plus attractif ce métier-là.
On a beaucoup parlé aussi récemment des crèches avec la publication du livre de Victor Castanet chez Flammarion, Les Ogres, qui pointaient notamment People and Baby, c'est-à-dire l'un des gros opérateurs du système. Vous intervenez ?
Écoutez, oui, il y a eu plusieurs rapports de l'IGAS, il y a eu le fameux livre de Victor Castanet que vous citez qui a montré des dérives, des dérives inadmissibles, des dérives avec des conséquences réelles pour les enfants et ces dérives sont aujourd'hui extrêmement documentées et donc nous avons transmis au procureur de la République de Paris via un article 40 les effets pour qu'il y ait une instruction qui soit menée pour voir si ça relevait ou non du judiciaire. Et est-ce que plus globalement sur tous ces opérateurs du monde des crèches, l'État va remettre un peu un tournevis ? Oui, de toute façon, tout à fait.
Alors déjà, nous allons remettre à plat le financement de l'ensemble des structures Petite Enfance. C'est un gros chantier que nous lançons autour de la prestation PSU, autour de la page, tous les moyens de financement qui sont extrêmement complexes aujourd'hui de ces structures Petite Enfance et tous les opérateurs nous disent que ça les contraint et que ça ne leur donne pas les moyens de pilotage fin de cette politique pour la Petite Enfance. Et ensuite, on va mettre en place plus de contrôles. Ligas a lancé des contrôles déjà sur des entreprises privées de crèches. Je pense à la Maison Bleue, on devrait avoir le rapport bientôt.
Il y aura d'autres contrôles et puis nous allons prendre des mesures pour aligner le taux d'encadrement notamment dans les micro-crèches. Les micro-crèches, c'est très peu de bébés. C'est 10 bébés. Aujourd'hui, ces micro-crèches qui sont souvent portées par des entreprises de crèches lucratifs ou non lucratifs ont des taux d'encadrement inférieurs aux petites crèches et elles ont des moyens de financement, notamment je pense au coût horaire qui est peu encadré et c'est ces mesures-là que nous allons prendre pour avoir plus de lisibilité et plus d'encadrement des pratiques aujourd'hui des crèches privées.
Est-ce qu'aujourd'hui, mettre son enfant dans une micro-crèche, c'est le mettre en danger ? Non, aujourd'hui, ce n'est pas le mettre en danger. C'est comme dans tout secteur. Il y a des secteurs dans lesquels des micro-crèches qui fonctionnent très bien. Moi, j'en vois régulièrement. Je rencontre les professionnels et quand je vois la manière dont ils sont engagés, la manière dont ils accompagnent les enfants, la manière dont ils cherchent à développer les sens et l'éveil des enfants, ils sont véritablement formidables et les parents n'ont aucun crainte à confier leur enfant le matin. Il y a des structures dans lesquelles ça marche moins bien.
Il y a des structures dans lesquelles le taux d'encadrement n'est pas bon. Il y a des structures dans lesquelles les professionnels ne sont pas suffisamment formés. C'est ces structures que nous devons contrôler et sur lesquelles nous devons, dès lors qu'ils ne respectent pas la qualité de l'accueil de l'enfant qui est au cœur du sujet, prendre des sanctions.
À la marge de la tranche d'âge dont vous vous occupez, il y a tout le débat actuel sur le programme d'éveil à la vie affective et sexuelle qui va entrer à l'éducation nationale. Certains disent qu'il faut parler de l'identité de genre, du phénomène trans très tôt, dès la maternelle. D'autres disent non, ça doit être beaucoup plus tard.
Quelle est votre position ? Je pense que dans l'éducation des enfants, il faut les éclairer sur tous les sujets. Ne serait-ce que parce qu'il est nécessaire qu'ils forgent leurs propres idées et leurs propres réflexions. Si vous ne parlez pas d'un sujet, l'enfant, qu'est-ce qu'il fera ? Il ira chercher sur les écrans. Il ira chercher sur les réseaux sociaux. Il ira chercher aujourd'hui le vrai sujet aussi c'est la nécessité de à la fois ouvrir l'esprit de l'enfant et de lui donner les armes pour pouvoir forger sa propre opinion et faire en sorte aussi qu'il n'ait pas les moyens d'aller voir trop fréquemment dans des sources incontrôlables qui sont celles du numérique. Vous êtes optimiste ?
Vous serez encore ministre les semaines prochaines ? Vous pourrez revenir nous voir ? Bien sûr. Il faut être fataliste pour faire ce métier aussi. Écoutez, nous travaillons et on continue pour faire en sorte, moi je crois beaucoup en Michel Barnier, il a vraiment, les Français le soutiennent et je pense qu'il sera encore là et nous derrière. Agnès Canaillé, merci beaucoup et bonne journée.
Merci beaucoup Christophe. On se retrouve lundi matin pour votre édito comme chaque semaine. A lundi. A lundi. Sous-titrage Société Radio-Canada
Agnès Canayer