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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 24 octobre 2024 29 min

Immigration : "Nous nommerons un missi dominici" pour négocier des accords bilatéraux, dit Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10.

0:05
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons donc ce matin le ministre de l'Intérieur dans le grand entretien du 7-10. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bruno Retailleau, bonjour.

0:19
Bruno Retailleau

Bonjour Nicolas Demorand.

0:20
Présentateur

Bonjour Léa Salamé. Et bienvenue sur Inter, on a évidemment beaucoup de questions à vous poser sur votre feuille de route, sur la nouvelle loi immigration que vous souhaitez, sur le budget également. Mais d'abord, petit retour en arrière, vous êtes souvent venu à ce micro, c'est le moins qu'on puisse dire. Et l'une des dernières fois, il y a quelques mois encore, après la présidentielle, vous nous disiez en substance Emmanuel Macron a abîmé la France, il l'aura affaibli, jamais nous ne fusionnerons avec la Macronie. Alors il ne faut jamais dire jamais, car finalement, aujourd'hui, vous êtes dans un gouvernement où il y a une bonne moitié de Macronistes. Comment ça se passe la fusion ?

1:00
Bruno Retailleau

Il n'y a pas de fusion Nicolas Demorand. Simplement, il y a un élément qui change tout, qui change la donne. C'est que Michel Barnier, issu de notre famille politique LR et Premier ministre, on est dans une situation qui n'est sans doute pas celle d'une cohabitation, mais qui s'approche beaucoup plus de la cohabitation que d'un schéma classique. Et c'est ce qui nous a permis d'envisager une participation. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première, c'était pour empêcher la gauche qui est sous la domination idéologique de l'extrême gauche d'accéder au pouvoir. Et ça, c'était fondamental. Et la deuxième raison, c'est qu'on était au bord du groupe.

Et quand là-bas, parce qu'il y avait la crise financière qui menaçait, et je pense qu'on n'a pas le droit de rester planqué dans ces cas-là. Et j'ai pris mes responsabilités. En prenant mes responsabilités, nous avons pris des risques. Nous ne l'avons pas pris sur des bases politiciennes. C'est tout simplement parce que c'était le pays, c'était l'intérêt supérieur, je crois, de la nation.

1:52
Invité

Mais reconnaissez que la dissolution a été pour votre camp, Léa LR, une divine surprise. Avec 47 députés seulement, Michel Barnier est à Matignon. Et vous, Place Beauvau ?

2:00
Bruno Retailleau

Elle a été une surprise, Léa Salamé, pour tout le monde, je crois. Divine ? Divine, je ne sais pas s'il faut y mettre, comment dirais-je, quelque chose de sacré sur cette dissolution. Mais en tout cas, le groupe a beaucoup mieux résisté. Vous vous souvenez, le départ d'Éric Ciotti, qui était quand même notre président, et je me souviens très très bien, c'était un mardi. Je l'apprends pendant la réunion de groupe, et je me dis, mais il va nous tuer. Et on a quand même un groupe avec Laurent Wauquiez, qui préside, qui est cohérent, qui a une unité, et ça c'est important.

2:33
Invité

On va y revenir, mais vous avez perdu quand même 20 députés dans l'histoire. Alors, Bruno Retailleau, vous l'avez martelé, lors de votre prise de fonction, vos priorités sont de rétablir l'ordre, rétablir l'ordre, rétablir l'ordre. Vous promettez de vous attaquer au trafic de drogue, de lutter contre l'immigration illégale, d'exécuter les OQTF. D'autres, avant vous, ont eu exactement les mêmes mots. Comment nous assurer ce matin que vous ferez mieux que vos prédécesseurs, que vous ferez mieux que Gérald Darmanin, que vous aurez les moyens d'y arriver ?

2:55
Bruno Retailleau

Vous ? Parce que c'est la volonté. Je pense que la politique, c'est d'abord une question de volonté. La politique, c'est aussi une question d'expression, de parler clair. Et peu importe pour moi la bien-pensance, le politiquement correct, je dis les choses telles que je les pense. Et il se trouve que ce que je dis rencontre l'assentiment des Français, de façon très très large. Et je me battrai avec, toujours, avant d'agir, une réflexion. C'est ce que je fais pour l'immigration, avec une stratégie qui consiste à une première ligne, très loin devant nos frontières européennes, avec des accords, avec les pays de transit d'origine, les pays tiers.

Ensuite, nos frontières extérieures, avec la renégociation que nous avons obtenue, de la directive retour, et ensuite avec un dispositif français. Sur la drogue, c'est la même chose.

3:49
Invité

On va y venir sur la drogue, mais sur les OQTF.

3:52
Présentateur

Par exemple, oui, ça fait des années qu'elles ne sont pas exécutées. Seuls 10-15% des OQTF sont respectées, parce que les pays d'origine refusent de délivrer des laissés-passés consulaires. Comment allez-vous réussir à en délivrer ? Vous serez au Maroc la semaine prochaine. Quels arguments allez-vous développer ?

4:11
Bruno Retailleau

Exactement. Ce que je souhaite faire, regardez, on voit bien que l'Italie a obtenu des résultats, grâce à l'Europe d'ailleurs, je veux quand même le dire. Pas grâce seulement au gouvernement italien ou madame Mélanie. C'est parce qu'il y a des accords, notamment avec la Tunisie, avec la Libye, dans une moindre mesure avec l'Égypte, qu'il y a eu une réduction des flux irréguliers de 64%. Eh bien, ce que l'Union européenne a fait avec la Tunisie, on peut le faire avec d'autres pays. Il faut d'abord contraindre le flux des entrées. Et ensuite, comment fait-on ? Eh bien, on négociera. Et si je vais avec le Président d'Armanin...

4:45
Invité

Mais Gérald Darmanin a essayé de négocier avec les pays...

4:49
Bruno Retailleau

Eh bien, nous nommerons un Missy Dominici, qui aura cette obsession, vous le saurez en temps voulu, de faire avec des pays tiers, des pays d'origine, des pays de transit, des accords bilatéraux. Et dès que ce sera possible, dans le cadre d'ailleurs d'accords européens. Et ça, c'est fondamental. Si je vais avec le Président de la République, la semaine prochaine au Maroc, c'est parce que c'est un grand pays, un grand pays ami. Et je pense qu'on ne peut pas refaire. On peut accélérer un certain nombre de réadmissions et de retours. Le Maroc est un pays, encore une fois, sûr.

5:19
Invité

Mais vous prenez l'engagement que si vous êtes toujours ministre dans un an, vos chiffres d'exécution des OQTF seront meilleurs que ceux de Gérald Darmanin ?

5:26
Bruno Retailleau

Je fais tout pour.

5:27
Invité

C'est une obligation de résultat, ce n'est pas que des mots.

5:29
Bruno Retailleau

Bien sûr. Mais je le sais parfaitement, Elia Salamé. Je serai jugé au résultat. Et je me bats pour avoir des résultats. Je ne peux pas m'engager sur un chiffre. Ce serait beaucoup trop léger. Mais croyez-moi que l'énergie que je mets et cette stratégie que je mets au point qui va se déployer dans la cohérence et dans la constance, elle produira, j'en suis certain, des résultats.

5:49
Présentateur

Bruno Rotaillot, Emmanuel Macron vous a reçu lundi à l'Élysée. Lui, avez-vous dit que vous vouliez une nouvelle loi immigration ? Est-il d'accord ? Vous soutient-il ?

5:59
Bruno Retailleau

Écoutez, je n'ai pas dévoilé le contenu de ma conversation avec Emmanuel Macron. Nous sommes rentrés dans le détail parce que c'est quelqu'un qui connaît très bien ses dossiers. Voilà. Et je lui ai dit quelle était ma façon de penser. Je lui ai dit aussi ce que je dis à votre micro. J'étais, il y a quelques jours, un Conseil européen qui réunissait tous les ministres de l'Intérieur. Les 27 ministres, dont moi, nous nous sommes exprimés, je vous mets au défi, au défi de relier l'expression des ministres de l'Intérieur avec la couleur du gouvernement.

En clair, que vous soyez un ministre de l'Intérieur, d'un gouvernement de gauche, social-démocrate, ou d'un gouvernement de droite, conservateur, le discours sur l'immigration, il est le même. Pourquoi ? Parce que tous les peuples européens, tous, demandent à leur gouvernement de reprendre les manettes. Et quand les gouvernements ne les écoutent pas, les peuples les chassent et les remplacent par des démagogues et par des populistes.

6:51
Invité

Vous voulez dire que les 27 ministres de l'Intérieur européens disent, comme vous, que l'immigration n'est pas une chance ?

6:57
Bruno Retailleau

Il y a une volonté partagée, absolument partagée, de maîtriser. Et je le redis à ce micro, oui, bien sûr, que les conditions dans lesquelles se font les flux migratoires aujourd'hui, ça n'est ni une chance pour les migrants. Évidemment, je veux rappeler quand même les drames qui se passent en Méditerranée et dans la Manche, les drames qui se passent quand on ne veut pas s'intégrer, quand on reste dans des ghettos. Et je veux rappeler aussi que ce n'est pas une chance pour la France. Alors évidemment, dans les beaux quartiers, il n'y a pas de problème, parce qu'il y a le mur de l'argent. Quelle est la demande dans tous les peuples européens ?

C'est les gens qui sont les plus modestes, les gens qui n'ont pas les moyens de mettre leurs enfants dans les belles écoles, d'habiter les beaux quartiers.

7:40
Invité

Mais il n'y a pas que les beaux quartiers. L'immigration, elle est partout. Elle est dans les beaux quartiers, elle est dans les villes moyennes, elle est partout, Bruno Retailleau. L'immigration n'est pas une chance. Vous comprenez qu'elle est plus choquée, cette phrase. Vous vous laissez beaucoup de Français qui sont naturalisés, qui vivent et qui travaillent en France, qui sont intégrés quand vous leur expliquez qu'ils ne sont pas une chance pour la France.

7:56
Bruno Retailleau

Mais le bon sens commande de reconnaître aujourd'hui que lorsqu'on ne contrôle pas l'immigration, ça ne peut pas être une chance. Voilà. Est-ce que vous pensez que le déracinement dans les pays du Sahel, c'est une chance pour des gens qui aimeraient rester travailler chez eux ? Le pays d'ailleurs, parce que ceux qui émigrent bien souvent, ils sont assez dynamiques, ils en auraient besoin. Est-ce que c'est une chance lorsqu'ils sont jetés sur les routes de l'exogue ? Les femmes sont violées, parce qu'ils sont aux mains de trafiquants d'êtres humains. Ils traversent la Méditerranée en prenant le risque. Ils arrivent en France pensant que c'est l'Eldorado.

Ils se retrouvent par de la chapelle, et vous pensez que c'est une chance ?

8:31
Présentateur

Bruno Retailleau, c'est quoi un Français pour vous ? C'est un Français de souche ?

8:37
Bruno Retailleau

Un Français pour moi, c'est un Français qui aime la France. La France, ça n'est pas une couleur de peau, ça n'est pas une confession, ça n'est pas une condition sociale. Ce que nous a donné notre modèle républicain, c'est cette promesse républicaine, qu'on peut être de France, de cœur ou de racine. Ce qui est important, c'est de partager un héritage, et de vouloir partager aussi un destin commun. C'est fondamental. Et vous avez raison, l'intégration est en panne. L'intégration est en panne parce que du côté des nouveaux venus, il n'y a pas suffisamment de volonté souvent de s'intégrer. Elle est en panne aussi parce que de notre côté, on ne se présente pas comme un exemple, un modèle.

On a tellement culpabilisé la France. Jacques Julliard avait une belle expression. Il disait, il faut sortir de la vision lacrymale et pénitentielle de notre histoire. Mais si vous dites que la France, elle est condamnable, elle n'est pas aimable, vous pensez que vous allez pouvoir accueillir toute cette jeunesse dans notre destin collectif ? Impossible !

9:33
Invité

Est-ce qu'il y a des pages noires de l'histoire de la France qu'il faut affronter également ?

9:36
Bruno Retailleau

Mais bien sûr !

9:38
Invité

Sans être lacrymale ni victimaire ?

9:40
Bruno Retailleau

Mais évidemment, ne réduisons pas Léa Salamé. Ne réduisons pas le... Qui réduit ? Par exemple, l'extrême-gauche. Voilà ! Les indigénistes, les colonialistes, c'est un discours qui est un discours culpabilisateur. Vous êtes coupable parce que vous êtes coupable. Point final. Devant l'éternité. Eh bien non. On appartient à une civilisation et nous, à une république qui a promu, par exemple, l'égalité homme-femme, qui a promu la liberté, la liberté de conscience, qui a promu une fraternité, qui n'est pas une fraternité religieuse, mais qui est une fraternité civique, citoyenne.

10:16
Invité

Alors, on a beaucoup de questions, donc on va aller vite. Sur la loi immigration que vous souhaitez chez Renaissance, qui est maintenant votre camp, et ils sont très peu à vous suivre. Pour Gabriel Attal, ce n'est pas une priorité. Elisabeth Borne disait à ce micro, je pense que c'est une mauvaise idée de passer son temps à vouloir refaire des lois, alors même que les décrets d'application ne sont même pas pris, ce qui est le cas de la précédente loi immigration. Qu'est-ce que vous leur dites pour convaincre qu'il faut une loi immigration, une nouvelle loi, demain, en 2025, vous avez dit ?

10:42
Bruno Retailleau

Je leur dis que les Français la souhaitent, à 71%, et que la France en a besoin. Moi, j'ai un objectif qui n'est pas du tout idéologique, qui est très pratique. Mon objectif est de faire en sorte que la France, pour tous les dispositifs qui s'adressent aux immigrés, ne soit pas la mieux disante parmi les pays européens, mais qu'on soit en moyenne des pays européens. Surtout nos dispositifs de regroupement familial, de soins d'étudiants, d'accueil d'étudiants. Parce que si on est les mieux disants, alors on est très attractifs.

Et vous savez, mon collègue Danois me le disait il y a quelques jours au Conseil européen, ce sont les filières, les trafiquants, qui captent parfaitement ces signaux-là, et qui orientent les flux dans un pays plutôt que dans un autre.

11:27
Présentateur

Bruno Retailleau, donc on vous entend bien, vous irez jusqu'au bout, quitte à faire passer cette loi sans les voies de renaissance, mais avec celle du RN ?

11:36
Bruno Retailleau

Écoutez, d'abord il y a deux hypothèses, parce qu'il nous faudra de toute façon une loi de transposition. Il y a un paquet, asile-immigration, pour mieux tenir les frontières extérieures de l'Europe. Ça c'est fondamental. C'est fondamental. Donc il faut transposer. La question sera de savoir si, en même temps qu'on transpose, on ajoute des dispositions. Par exemple, le drame de la petite Philippine, faire en sorte que les individus les plus dangereux, qui ont commis des crimes sexuels dont on sait qu'ils sont souvent potentiellement récidivistes, le délai des tensions passait de 90 jours à 210 jours, comme pour les terroristes.

Donc soit on a un seul texte, soit il y a deux textes, un texte de transposition, un PJL, et par exemple une PPL, il y en a une qui est prête au Sénat. Je veux bien qu'on la revoie d'ailleurs, parce qu'il faut dialoguer. J'ai déjeuné avec Gabriel Attal. Il m'a donné, lui, un certain nombre de points sur lesquels il fallait qu'on travaille. Mais je pense qu'on peut faire évoluer les choses sur le délit, par exemple, de séjour irrégulier. C'est fondamental si on veut contrôler nos flux.

12:33
Invité

Donc si je vous entends ce matin, vous allez reprendre en fait la proposition de loi qui est au Sénat. Vous allez commencer par le Sénat.

12:39
Bruno Retailleau

Non, ça n'est pas encore arbitré. J'ai dit très précisément que soit il y aura un PJL de transposition avec des dispositions...

12:45
Invité

PJL, c'est projet de loi.

12:46
Bruno Retailleau

Projet de loi proposé par le gouvernement. Soit il y a ce vecteur au Sénat... Vous reprenez la proposition. ...mais qui peut être modifié. Qui peut être modifié. Et bien entendu, il y aura un dialogue entre le socle commun.

12:56
Invité

Oui, alors vous savez que plusieurs des dispositions que vous vouliez ont été censurées par le Conseil constitutionnel. Il y a eu 32 sur 35 de vos propositions qui ont été rejetées, car elles étaient considérées comme des cavaliers législatifs.

13:09
Bruno Retailleau

Les raisons de pure forme, donc. Pas de fond, de pure forme.

13:11
Invité

Oui, alors sur le fond maintenant, est-ce que vous allez mettre fin à l'automaticité du droit du sol, par exemple ? Question concrète.

13:20
Bruno Retailleau

Ça, c'est dans les amendements, dans les articles qui avaient été supprimés. Il y avait un dispositif que nous avions voté, qui avait été voté au Sénat et à l'Assemblée. D'ailleurs, moi je ne proposerai rien qui n'ait pas déjà été voté de ce point de vue-là. Je vous rappelle que le Sénat l'avait voté à une très forte majorité, et quasiment une majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale. Et je pense, moi, j'y suis favorable, mais ça sera l'objet d'une discussion, je pense qu'on ne peut pas devenir français sans s'en apercevoir. Je pense qu'une déclaration d'intention en disant « je rentre dans la communauté nationale », voilà.

Je pense que c'est important parce que, quand on veut s'intégrer, il faut le vouloir. C'est une question de volonté et pas d'automaticité.

14:02
Présentateur

Et sur l'AME, l'aide médicale d'État que vous voulez supprimer, Michel Barnier ne vous suit pas. Comment allez-vous le convaincre ?

14:11
Bruno Retailleau

Non, non. D'abord, un, je ne veux pas supprimer l'AME, je veux la transformer en aide médicale d'urgence. Exactement ce que font les autres pays européens. Le dispositif d'aide médicale d'État, plus le séjour pour étrangers malades, nous singularise dans le monde entier. Ce n'est même pas l'Europe. Je veux, moi, qu'on ne laisse mourir personne. Les femmes qui sont enceintes, on s'en occupe. La prophylaxie, la vaccination, on s'en occupe. Mais simplement, Michel Barnier m'a déjà, si j'ose dire, écoutez, puisqu'il a donné ordre à ses ministres du budget de plafonner à 1 milliard l'AME. Mais ça ne marchera pas comme ça.

Parce que si on ne change pas les règles, il n'y aura pas de plafonnement possible.

14:51
Invité

Comment vous allez le convaincre de passer à l'AMU ? Parce que pour l'instant, il ne veut pas.

14:54
Bruno Retailleau

Ce que je pense, il ne veut pas, il veut la plafonner. Simplement, ce que moi, je dis, c'est qu'encore une fois, il faut qu'on adopte la même position que les pays européens. Deuxième chose, le rapport de M. Stéphanie, de M. Évin, avait dit que l'AME était un moyen d'enquyster, de faire durer dans la clandestinité des immigrés.

15:14
Invité

Que l'AME ne provoquait en aucun cas un appel d'air.

15:17
Bruno Retailleau

10%. Mais vous avez un autre rapport de l'EGF, de l'IGAS, de grandes inspections, qui indiquait qu'à hauteur de 25%, il y avait des déclarations comme quoi c'était ce qui avait motivé ça et autre chose sur les soins de la migration. Simplement, je termine. Donc, première chose, on se singularise parmi les autres pays européens, il ne faut pas. Deuxième point, là encore, c'est un encouragement à la clandestinité. Troisième point, on va faire, on va dérembourser pour les Français. Les Français vont devoir faire des efforts dans le cadre du projet de loi de la sécurité sociale.

Donc, on demanderait aux nationaux, aux Français, de faire des efforts et on ne demanderait aucun effort pour ceux qui ont fraudé. Parce que ce sont des immigrés clandestins, irréguliers.

15:57
Invité

Allez-vous parvenir à faire réviser la Constitution comme vous le souhaitez pour ne pas mettre un référendum sur l'immigration ?

16:03
Bruno Retailleau

Non mais, c'est une question faussement candide. Il n'y a pas de majorité déjà, même pas relative d'ailleurs, à l'Assemblée nationale. Comment voulez-vous obtenir qu'un congrès avec une majorité renforcée puisse se dérouler ? Je n'y renonce pas. Je pense que les conditions politiques ne sont pas réunies. Simplement, je pense, et je le redis à votre micro, je pense que sur une question qui a vraiment tellement bouleversé la société française, qui est celle de la migration, je pense qu'à un moment ou à un autre, quand on est démocrate, il fera donner la parole aux Français.

16:35
Présentateur

On en vient au budget, Bruno Retailleau, des députés Renaissance vous ont écrit pour déplorer une baisse des crédits liée à la lutte contre l'immigration irrégulière dans le budget 2025. De plus de 40%, selon eux. Une baisse qui ne permettra pas, notamment, de prolonger la durée de rétention maximale pour les étrangers les plus dangereux que vous souhaitez pourtant. Vous assumez ces coupes budgétaires dans votre ministère ?

17:01
Bruno Retailleau

Un, le Premier ministre, à Menton, s'est engagé à ce qu'il y ait un amendement budgétaire qui viendra donc augmenter le budget et notamment cette mission sur l'immigration. Première réponse. Deuxième réponse. Moi, je ne m'exonère pas, comme tous les budgets, des efforts. Par exemple, on va passer de 96 000 Ukrainiens accueillis à 39 000. Ça a des conséquences sur l'hébergement. Par exemple, on va renforcer l'OFPRA qui permettra de 29 équivalents en plein. Ça permettra de réduire les procédures. Il faut accélérer les procédures. Et en réduisant les procédures, pour ceux qui demandent l'asile, ils ont une allocation. Eh bien, on va réduire l'allocation, etc. Donc, la réponse en deux temps.

Premièrement, il y aura un amendement, un accroissement budgétaire promis par le Premier ministre. Deuxièmement, il faut mieux gérer. Et c'est pareil, dans les hébergements, il y a des publics qui ne devraient pas s'y trouver. Et donc, là encore, on en tirera les conséquences.

17:58
Invité

Bruno Retailleau, vous aviez présenté cet été avec Laurent Wauquiez un pacte législatif censé être la base d'une participation de LR au gouvernement. Et vous faisiez de toute hausse d'impôts une ligne rouge. Je cite Laurent Wauquiez en juillet dernier. Un gouvernement qui augmente les impôts et qui ne revalorise pas les retraites, c'est une motion de censure. Aux dernières nouvelles, dans le budget 2025, il y a un, des augmentations d'impôts et deux, un report de six mois d'indexation des retraites sur l'inflation. Vous avez donc cédé ?

18:23
Bruno Retailleau

Il ne s'agit pas de cédé. Simplement, entre le mois de juillet et le mois de septembre, que s'est-il passé ? Une information stupéfiante qui va d'ailleurs donner lieu à une commission d'enquête à l'Assemblée nationale. C'est qu'on a appris que ce n'était pas 20 milliards qu'il fallait trouver. C'était trois fois plus. Sinon, c'était la crise financière. Dans quelques heures, on aura, vous le savez, une agence de notation qui va déterminer, encore une fois, la valeur de la dette française. On est au bord du précipice.

Donc, je comprends parfaitement que dans ces conditions, il fallait trouver d'abord des économies, et je l'ai souvent dit au Premier ministre, d'abord des économies, mais que des mesures de justice fiscale étaient impératives. Et de ce côté-là, je suis solidaire du gouvernement.

19:04
Invité

Mais vous assumez donc ce matin faire partie du gouvernement qui augmentera les impôts ?

19:08
Bruno Retailleau

Je l'assume parce que la situation est tellement exceptionnelle que si demain, nous avions une crise financière, ça se passera comme en Grèce. C'est les plus fragiles qui trinqueront. Les épargnants, les fonctionnaires, les retraités.

19:20
Présentateur

Sur l'application Radio France, plusieurs questions. François-Bruno Retailleau dit que la gauche est sous la domination de l'extrême-gauche. Est-ce que la droite est sous la domination de l'extrême-droite ?

19:32
Bruno Retailleau

Pas du tout. Je pense que le problème de la droite, souvent, a été plutôt d'être placé sous l'hégémonie idéologique médiatique de la gauche. Et c'est la raison pour laquelle on a perdu des électeurs qui sont partis, d'ailleurs, souvent au rassemblement national. Moi, je pense qu'il faut qu'on soit nous-mêmes. Et nous sommes nous-mêmes, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que sur le plan économique, nous sommes plutôt des libéraux. On veut libérer l'entreprise. On ne veut pas trop d'impôts. On vient d'en parler.

19:59
Invité

Là, vous venez d'assumer, d'augmenter les impôts sur les entreprises.

20:02
Bruno Retailleau

C'est de la justice fiscale et ce sera temporaire. Et c'est d'abord la baisse de la dépense publique. Et sur le plan du régalien, on est ferme. On veut restaurer l'autorité de l'État. Et c'est mon travail au ministère de l'Intérieur.

20:13
Présentateur

Franck vous pose la question suivante dans toute démocratie saine. Un ministre de l'Intérieur disant que l'État de droit n'est pas sacré devrait démissionner. Comment expliquez-vous cette phrase ? Vous dites que vous assumez tout ce que vous dites.

20:26
Bruno Retailleau

Je l'assume parfaitement parce que je lutte contre ce qu'on appelle l'impossibilisme juridique. Il y a beaucoup de gens qui veulent nous faire croire qu'on ne peut pas changer les règles. Je l'ai dit dans le cadre de la triste affaire Philippines. On ne peut pas changer les règles parce que ces règles-là appartiennent à l'État de droit. Eh bien, je dis non. L'État du droit, on peut le changer. L'État de droit, je n'ai jamais voulu l'atteindre. C'est quoi l'État de droit ? Des normes, une hiérarchie des normes, un contrôle juridictionnel de ces normes, la séparation des pouvoirs, mais c'est la démocratie.

Et moi, je me bats parce qu'un certain nombre de personnalités voudrait mettre l'État de droit en dehors de sa source démocratique. Et je pense que quand une règle ne protège pas, quand une règle juridique n'est pas bonne, on doit la changer. Édouard Balladur avait même, pour des questions migratoires, M. Boninter présidait le Conseil constitutionnel en 1993. Il censure une disposition d'une transposition, d'ailleurs, sur la migration. Et là, Édouard Balladur dit, mais ce n'est pas au Conseil constitutionnel de dire ce que le constituant, le peuple veut. On va réviser la constitution, l'article 53. M. Balladur, ce n'est pas un individu qui est illibéral.

Simplement, là encore, on peut changer la constitution et on peut changer la loi ordinaire.

21:39
Invité

Un mineur a été tué près d'un point de deal à Grenoble cette semaine encore. Le maire de la ville, Éric Piolle, vous demande plus de moyens. Allez-vous les lui accorder, pardon ?

21:50
Bruno Retailleau

Moi, ce que je voudrais déjà, c'est qu'Éric Piolle déploie beaucoup plus de caméras de vidéoprotection.

21:57
Invité

Il dit que ça ne marche pas.

21:58
Bruno Retailleau

Il a un discours anti-sécuritaire. Moi, je pense que la production de la sécurité, désormais, on le voit bien dans toutes les grandes villes, elle doit être à la fois l'affaire du maire qui a des pouvoirs de police, légalement, et l'affaire de l'État au niveau national. Mais quand je vois, il a un discours, il veut, par exemple, banaliser, en tout cas, légaliser le cannabis. Il y a simplement 200 caméras pour une ville qui compte plus de 160 000 habitants. Dans une petite ville voisine qui vienne, 30 000 habitants, il y en a 240 caméras. Vous savez, si on avait eu suffisamment de caméras dans l'affaire du fourgon, on aurait pu, sans doute, suivre beaucoup mieux les attaquants.

Donc, aide-toi, le ciel t'aidera, voyez.

22:42
Invité

Lui dit que la vidéosurveillance ne marche pas, que ça n'empêche pas les tueurs de passer à l'acte. Et donne un exemple récent où, devant la caméra vidéo, ils sont...

22:50
Bruno Retailleau

Mais qu'il a un ministre qui discute avec le maire de Nice, qu'il discute avec beaucoup d'autres maires. C'est fondamental qu'ils viennent discuter avec le patron de la gendarmerie nationale, avec le patron, par un terrible, la patronne de la police nationale. Et ils lui diront, ils convaincront. Donc, pas plus de moyens. Ce matin, pas de renfort. Non, en tout cas, je ne dis pas que je ne ferai rien. Simplement, je dis qu'il commence d'abord par adopter un certain nombre de mesures sécuritaires.

23:18
Présentateur

Un mot sur le député LFI, Andy Kerbrat, qui a reconnu avoir été pris en flagrant délit d'achat de stupéfiants à Paris. Vous avez écrit sur X, « Il n'est pas tolérable de voir un député de la République acheter des drogues de synthèse à un dealer de rue. Un député a un devoir d'exemplarité. Andy Kerbrat doit tirer les conséquences de ses actes. Vous l'appelez donc à démissionner ce matin. »

23:41
Bruno Retailleau

Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Moi, je me bats, je vous assure, les informations que j'ai comme ministre de l'Intérieur me font penser qu'en France, on a un énorme problème avec le narcotrafic. C'est la cause racine de l'hyperviolence. Mais par la corruption, par la corruption, croyez-moi, il menace nos institutions. Il menace même, pour partie de notre territoire, la souveraineté du pays. Donc, je vais faire, nous allons faire un plan très, très puissant. Et il faut marcher sur ses deux jambes. La première jambe, c'est qu'on ne peut plus dire que fumer un joint, un rail de coque, tout ça, c'est récréatif.

Non, parce que le joint, ce rail de coque, il a le goût des larmes, il a le goût du sang. Au bout de la chaîne, il y a des jeunes, des enfants, qui ont lard de coups de couteau, qu'on brûle vif. C'est ça. Je veux responsabiliser les consommateurs parce que, sans demande, il n'y a pas d'offre. Et puis, il y aura l'autre temps. Moi, je pense que, et j'utilise souvent ce parallélisme, il va falloir produire l'effort sur le narcotrafic tel qu'on l'a produit il y a dix ans, contre le terrorisme.

24:45
Présentateur

Et sur le sénateur Joël Guériot, soupçonné d'agression sexuelle sous emprise chimique, de la drogue, donc pour le parler simplement, vous lui demandez de démissionner aussi ?

24:57
Bruno Retailleau

Je lui demandais de se mettre en retrait, parce que vous l'avez dit vous-même, il est présumé, il y a un soupçon. Donc, on ne peut pas préempter, si j'ose dire, ce que la justice va faire. Mais alors là, c'est encore plus grave. Pardon. Si cela était avéré, il s'agissait, je vous rappelle, de mettre de la drogue dans le verre d'une députée, possiblement pour abuser d'elle. Ce serait encore plus grave. Simplement, attention, l'un a reconnu, l'autre dispose de la présomption d'innocence, puisqu'il y a une procédure judiciaire.

25:28
Invité

Il reste une minute pour trois questions. Vous recevez aujourd'hui les instances du foot après les champs homophobes encore au Parc des Princes. Vous allez leur dire quoi ? Vous allez faire quoi ?

25:38
Bruno Retailleau

Je vais leur dire que c'est devenu insupportable. On ne peut plus supporter des champs homophobes. On ne peut plus supporter des invectives racistes. On ne peut plus supporter, comme c'était le cas pour le match sur le trajet de retour, sur l'A9 qu'on a dû fermer il y a quelques jours, sur le match Montpellier-OM, des violences. Moi, je ne le supporterai plus, tout simplement parce que ce n'est pas les valeurs du sport. Et tout simplement, je vais vous le dire, moi, ça me mobilise à chaque fois des centaines et des centaines de gendarmes ou de policiers. Donc, ce que je vais leur dire, c'est qu'ils doivent prendre leurs responsabilités. Je veux bien les accompagner.

Et simplement, il va falloir maintenant, désormais, identifier les individus. Je le dis à ce micro, nous avons identifié deux des meneurs qui ont lancé les champs homophobes. Donc, les identifier, les interpeller, les judiciariser et les sanctionner. Ils sont interpellés ? Je ne m'appartiens pas de le dire, mais ils vont l'être. En tout cas, ils sont identifiés, je le dis à ce micro, et ils devront être sévèrement punis. Et je pense qu'on doit plus utiliser encore les interdictions judiciaires de stade, les interdictions administratives.

26:44
Présentateur

Arrêter les matchs aussi ?

26:46
Bruno Retailleau

Moi, je serais pour l'arrêt des matchs. Je pense que les arbitres, j'en parlerai, lorsque il y a, par exemple, un champ homophobe. On arrête. On arrête.

26:52
Présentateur

Rachida Dati, ce matin, dans le Figaro, indique qu'elle souhaiterait faire payer l'entrée à Notre-Dame de Paris, afin de constituer des fonds pour sauver le patrimoine. Vous en pensez quoi ?

27:07
Bruno Retailleau

Plutôt du bien. C'est une proposition que je soutiens. En Espagne, je me souviens avoir visité la Sagrada Familia, on paie. Et si ça doit, pour 5 euros, sauver un patrimoine religieux auquel on peut être attaché, que l'on croit au ciel ou qu'on n'y croit pas, tout simplement, c'est le paysage français. Vous vous souvenez de l'affiche électorale de François Mitterrand en 1980 ? Moi, j'ai eu cette expérience d'une église qui a failli être détruite dans mon canton, tout près de chez moi. On a réussi à la transformer en un musée du vitrail. Elle sert encore pour le culte, mais elle sert aussi comme lieu culturel.

Et je pense que c'est aussi, pour d'autres églises, dans des communes, on peut les préserver, mais il peut y avoir une affectation culturelle, salle d'exposition, etc.

27:49
Invité

Bruno Rotaille, aux dernières questions. Pour beaucoup, Laurent Wauquiez, le candidat naturel de la droite pour 2027, est-il aussi le vôtre ?

27:56
Bruno Retailleau

Écoutez, en tout cas, il est brillant. Il a réussi à tenir son groupe. Il a fait des premiers pas qui sont très, très prometteurs. Pour l'instant, on ne peut pas parler 2027. Ça n'est pas du tout dans l'esprit des Français. Vous n'y pensez pas du tout, vous ? Moi, je n'y pense pas du tout, non, Léa Salamé. Vraiment ? Je vous le dis, même devant Charline Vanhoenacker, vous voyez, y compris...

28:15
Invité

La référence à Charline Vanhoenacker, avec qui...

28:17
Bruno Retailleau

C'est culte.

28:18
Invité

Ah ben, vous avez...

28:19
Bruno Retailleau

C'est un de mes plus beaux... Attendez, c'est un des plus beaux moments de radio.

28:22
Invité

Ah ben, voilà.

28:24
Bruno Retailleau

Elle ne m'a même pas gênée. Ça a été un moment, mais bon. Peut-être que vous pourriez expliquer ce qui s'est passé.

28:29
Invité

Ben, non, c'est vous qui allez expliquer.

28:31
Bruno Retailleau

C'est vous qui allez expliquer. Non, parce qu'il y a des oreilles chastes qui doivent nous écouter. Et je ne voudrais pas choquer le public de France Inter, vraiment. Je ne voudrais pas, en plus...

28:38
Invité

Vous avez une histoire particulière avec Charline Vanhoenacker, on va dire ça comme ça.

28:41
Bruno Retailleau

Attendez, un ministre de l'Intérieur et de droite, j'aggraverai votre cas. Non, pas du tout.

28:46
Invité

Bien au contraire, bien au contraire. Mais je ne veux pas la compromettre.

28:49
Présentateur

Je ne veux pas la compromettre.

28:50
Invité

Elle assume.

28:50
Présentateur

Il doit bien y avoir une vidéo, non ?

28:52
Invité

Oui, on invite les auditeurs à regarder la vidéo de vos passages face à Charline Vanhoenacker.

28:57
Présentateur

Merci, M. le ministre de l'Intérieur. Merci, Bruno Retailleau, d'avoir été à notre micro ce matin.