REPLAY - Discours d''Emmanuel Macron sur l''Union européenne
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- 25:00Invité politiquePromesse
« Prenons cette taxe, généralisons-la au niveau de l'Europe et je suis prêt, je suis même volontaire pour en donner l'intégralité des ressources à l'aide publique au développement européen. »
- 13:33Invité politiqueFait
« En juin dernier, nous avons posé les bases de cette Europe de la défense. »
- 31:52Invité politiquePromesse
« propose aussi la mise en place d'un programme industriel européen de soutien aux véhicules propres et de déploiement d'infrastructures communes »
- 33:53Invité politiquePromesse
« La politique agricole européenne doit permettre de faire vivre dignement les agriculteurs de leurs revenus en les protégeant face aux aléas du marché et aux grandes crises. »
- 36:47Invité politiqueFait
« Nos récents débats sur le glyphosate, les perturbateurs endocriniens montrent la nécessité d'évaluations scientifiques européennes, plus transparentes, plus indépendantes, d'une recherche mieux financée. »
- 40:10Invité politiquePromesse
« Finançons les recherches dans les domaines nouveaux comme l'intelligence artificielle. Acceptons la prise de risque. »
- 47:20Invité politiqueFait
« Je suis profondément attaché à l'ambition de la zone euro. Je n'ai pas la zone euro honteuse. »
Temps de parole
- Emmanuel Macron82 %
- ?18 %
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Merci
à vous.
Mesdames
et messieurs les ministres,
mesdames
et messieurs les parlementaires,
monsieur
le préfet,
monsieur
le recteur,
mesdames
et messieurs les présidents d'universités, mesdames et messieurs,
je
suis venu vous parler d'Europe. Encore, diront certains,
ils
devront s'habituer
parce
que je continuerai
et
parce que notre combat est bien là, c'est notre histoire, notre identité, notre horizon, ce qui nous protège et ce qui nous donne un avenir. Déjà, est-ce nécessaire
? Diront
les autres.
Parce
que ce n'est pour eux jamais le bon moment pour parler d'Europe.
C
'est toujours trop tôt ou déjà trop tard. Alors, ils se sont habitués à la tactique.
Il
est tellement plus simple
de
ne jamais expliquer où on veut aller,
où
nous voulons conduire nos peuples
et
de rester avec des arguments cachés
parce
que simplement on a perdu l'objectif.
Et
il est tellement plus confortable de discuter
à
longueur de séance des instruments
sans
savoir exactement où nous allons. Chacun s'est donc habitué à ne plus dire ce qu'il pensait, ce qu'il voulait,
en
faisant croire que c'est de la tactique.
L
'expérience montre que cela ne conduit à rien.
Et
venir en parler à la Sorbonne, M. le Recteur, a beaucoup de sens.
Tous,
nous sommes sensibles au prestige de cet amphithéâtre. Mais la Sorbonne, ce ne fut pas d'abord ce bâtiment prestigieux.
Ce
fut d'abord une idée.
Une
idée portée par quelques érudits et leurs disciples,
qui
construisaient l'avenir assis sur de la paille.
Ce
n'est pas cet amphithéâtre qui fait que la Sorbonne existe.
Si
elle vit aujourd'hui,
c
'est de l'idée que ses professeurs et ses élèves se font du savoir.
Une
idée dont la vigueur a déjà traversé huit siècles.
L
'Europe aussi est une idée.
Une
idée portée depuis des siècles par des pionniers, des optimistes,
des
visionnaires. Et que sans cesse il nous appartient de nous réapproprier.
Car
les plus belles idées,
celles
qui nous font avancer, qui améliorent le sort des hommes, sont toujours fragiles.
Et
l'Europe ne vivra
que
par l'idée que nous nous en faisons.
A
nous de la vivifier, de la rendre toujours plus belle et plus forte. De ne pas nous laisser arrêter par la forme que lui donnent les circonstances historiques.
Car
cette forme passe,
mais
l'idée demeure.
Et
son ambition doit être la nôtre. Vivre collégialement,
c
'était l'idéal de Robert de Sorbonne.
Et
de partout affluaient les intellectuels et les érudits qui allaient forger la pensée européenne.
À
travers les guerres et les crises,
à
travers toutes ces péripéties de l'histoire qui ont frappé l'Europe, cette pensée n'a cessé de grandir,
de
rayonner.
Et
là où le chaos aurait pu triompher,
la
civilisation toujours
l
'a emporté.
Nous
sommes les héritiers
de
toute cette histoire.
Nous
sommes les héritiers de deux déflagrations qui auraient dû jeter la nuit sur notre Europe.
Celles
du siècle passé,
des
deux guerres mondiales qui ont décimé l'Europe et auraient pu nous engloutir.
Mais
ensemble,
nous
avons surmonté l'épreuve,
sans
jamais en oublier les leçons.
L
'idée
a
triomphé des ruines.
Le
désir de fraternité a été plus fort que la vengeance et la haine.
Alors
ce fut la lucidité des pères fondateurs de transformer le combat séculaire pour l'hégémonie européenne en coopération fraternelle
ou
en rivalité pacifique. Derrière la communauté du charbon et de l'acier ou le marché commun,
c
'est la promesse de paix, de prospérité, de liberté que le projet européen forgeait.
Quand
la Grèce, l'Espagne, le Portugal entraient dans le marché commun une génération plus tard, ces mots n'étaient pas techniques.
Ils
étaient pour chacun, sortant de la dictature, l'écho de la liberté.
Quand
ce qu'on appelait alors l'Europe de l'Est,
de
la Pologne à la Bulgarie,
a
rejoint ce projet une génération après,
c
'est ce même souffle d'espoir qui nous animait.
C
'était réparer une histoire commencée en 1947, enfin,
pour
nombre de pays qui avaient connu les pires oppressions. Rejoindre l'Union européenne apparaissait comme une promesse inédite d'émancipation.
Sans
doute alors
ne
voyait-on pas assez que
cette
Europe rêvée grandissait à l'abri.
À
l'abri du reste du monde d'abord. Sa sécurité n'était pas son affaire,
assurée
par l'Amérique. Son économie connaissait déjà le chemin à suivre, rattraper l'Amérique.
À
l'abri des peuples aussi.
Le
projet européen,
naissant, était
la mission de quelques-uns, recousant les fils d'un continent déchiré en surmontant les passions populaires.
L
'enjeu vital
est
toujours là.
Mais
les digues derrière lesquelles l'Europe pouvait s'épanouir
ont
disparu.
La
voici aujourd'hui plus fragile, exposée au bourrasque de la mondialisation telle qu'elle va,
et
même, ce qui sans doute est pire, à des idées qui se présentent comme des solutions préférables.
Ces
idées en nom nationalisme,
identitarisme,
protectionnisme, souverainisme de repli.
Ces
idées qui tant de fois ont allumé les brasiers où l'Europe aurait pu périr, les revoici sous des habits
neufs
encore ces derniers jours.
Elles
se disent légitimes parce qu'elles exploitent avec cynisme la peur des peuples.
Trop
longtemps,
nous
avons ignoré leur puissance.
Trop
longtemps, nous avons cru avec certitude
que
le passé ne reviendrait pas. Nous avons pensé que la leçon était retenue.
Nous
avons pensé que nous pouvions nous installer
dans
la langueur,
l
'habitude, abandonner un peu de cette ambition, de cet espoir que l'Europe devait porter puisqu'elle devenait
comme
une évidence dont nous aurions perdu le fil.
Mais
les passions tristes de l'Europe sont bien là,
qui
se rappellent à nous.
Et
elles fascinent.
Elles
savent faire oublier la cohorte de malheurs qui dans l'histoire les a toujours suivis. Elles rassurent.
Et
j'ose le dire, elles peuvent demain l'emporter.
Non
parce que les peuples sont crédules, non parce que l'idée européenne est morte,
mais
parce que nous avons par inconscience, faiblesse ou aveuglement, créé les conditions de leur victoire. Parce que nous avons oublié de vouloir le fil de cette ambition. Parce que nous avons oublié de défendre l'Europe. Parce que nous avons oublié de proposer pour l'Europe.
Parce
que nous avons
laissé
s'installer le doute.
que
disent-ils
à
nos peuples
que
eux ont la solution,
que
eux protégeront. Mais face à quels défis
? Tous
les défis qui nous attendent,
du
réchauffement climatique à la transition numérique, en passant par les migrations, le terrorisme, tout cela, ce sont des défis mondiaux
face
auxquels une nation qui se rétrécit sur elle-même
ne
peut faire qu'à peu près et peu de choses.
Ils
mentent au peuple.
Mais
nous avons laissé faire cela.
Parce
que nous avons voulu installer l'idée que l'Europe
était
devenue une bureaucratie impuissante.
Nous
avons partout en Europe expliqué que quand la contrainte était là, elle était européenne. Que quand l'impuissance était à la porte, ce n'était pas nous, mais Bruxelles. Oubliant, se faisant que Bruxelles, c'est nous, toujours, à chaque instant.
Nous
n'avons plus proposé, nous n'avons plus voulu.
Je
ne laisserai
rien, rien, à
toutes celles et ceux qui promettent la haine, la division ou le repli national.
Je
ne laisserai aucune proposition.
C
'est à l'Europe de les faire.
C
'est à nous de les porter.
Aujourd
'hui et maintenant.
Parce
que oui,
nous
ne pouvons nous permettre de garder les mêmes habitudes, les mêmes politiques, le même vocabulaire, les mêmes budgets.
Nous
ne pouvons pas davantage choisir la voie du repli national, qui serait un naufrage collectif. Nous ne devons pas nous laisser intimider par l'illusion du repli.
Et
c'est en refusant ce mensonge
que
nous serons à la hauteur de notre époque,
de
son urgence,
de
sa gravité.
La
seule voie qui assure notre avenir, celle dont je veux vous parler aujourd'hui,
c
'est à nous,
à
vous de la tracer.
C
'est la refondation d'une Europe souveraine, unie
et
démocratique. Ayons ensemble l'audace de frayer ce chemin.
Comme
je l'ai assumé à chaque instant devant les Français, je le dis aujourd'hui avec une conviction intacte.
L
'Europe que nous connaissons est trop faible, trop lente, trop inefficace.
Mais
l'Europe seule
peut
nous donner une capacité d'action dans le monde face aux grands défis contemporains.
L
'Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle,
c
'est-à-dire notre capacité à exister
dans
le monde actuel, pour y défendre nos valeurs et nos intérêts.
Il
y a une souveraineté européenne à construire et il y a la nécessité de la construire. Pourquoi
? Parce
que ce qui constitue, ce qui forge,
notre
identité profonde,
cet
équilibre de valeurs, ce rapport à la liberté, aux droits de l'homme,
à
la justice collective,
est
inédit sur la planète.
Cet
attachement à une économie de marché, mais à la justice sociale,
l
'est tout autant.
Ce
que l'Europe représente, nous ne pouvons pas le confier aveuglement, ni
de
l'autre côté de l'Atlantique,
ni
aux confins de l'Asie.
C
'est à nous de le défendre et de le construire dans cette mondialisation.
Et
donc,
au
lieu de concentrer toute notre énergie sur nos divisions internes,
comme
nous le faisons maintenant
depuis
trop longtemps,
au
lieu de perdre
nos
débats dans une guerre civile européenne,
car
de débats budgétaires, en débats financiers,
en
débats politiques, c'est bien de cela dont il s'agit.
Nous
devons plutôt considérer comment faire une Europe forte dans le monde tel qu'il va, et comment construire ainsi les six clés de la souveraineté indispensables pour y réussir.
Face
à chacun de ces enjeux,
nous
devons désormais engager des actions concrètes.
La
première clé,
le
fondement de toute communauté politique,
c
'est la sécurité.
Nous
vivons en Europe
un
double mouvement,
un
désengagement
progressif et
inéluctable des Etats-Unis
et
un phénomène terroriste durable
qui
a pour projet assumé
de
fracturer nos sociétés libres.
L
'Europe,
dans
ces domaines,
a
enfin pris conscience de ses fragilités
et
de la nécessité d'agir ensemble.
Nous
devons amplifier les travaux engagés pour lutter contre le financement du terrorisme et la propagande terroriste sur Internet. Nous avons commencé à le faire à quelques-uns.
Nous
devons renforcer notre cybersécurité
et
créer un espace de sécurité et de justice commun.
En
matière de défense, notre objectif doit être la capacité d'action autonome de l'Europe en complément de l'OTAN.
Le
socle de cette autonomie a été posé
avec
des progrès historiques intervenus ces derniers mois.
En
juin dernier, nous avons posé les bases
de
cette Europe de la défense.
Une
coopération structurée permanente permettant
de
prendre des engagements accrus, d'avancer ensemble et de mieux nous coordonner,
mais
aussi un fonds européen de défense afin de financer nos capacités et notre recherche.
Ce
socle indispensable, nous sommes en train
de
lui donner un contenu
à
travers les échanges des différents Etats membres qui souhaitent avancer en cette direction.
Mais
il nous faut aller plus loin. Ce qui manque le plus à l'Europe aujourd'hui,
à
cette Europe de la défense,
c
'est une culture stratégique commune.
Notre
incapacité à agir ensemble de façon convaincante met en cause notre crédibilité en tant qu'Européens.
Nous
n'avons pas les mêmes cultures parlementaires, historiques, politiques, ni les mêmes sensibilités.
Et
nous ne changerons pas cela en un jour.
Mais je
propose dès à présent d'essayer de construire cette culture en commun
en
proposant une initiative européenne d'intervention visant à développer cette culture stratégique partagée.
Pour
créer ce rapprochement, nous avons besoin d'un changement profond.
je
propose ainsi à nos partenaires
d
'accueillir dans nos armées nationales et j'ouvre cette initiative dans les armées françaises
des
militaires venant de tous les pays européens volontaires pour participer
le
plus en amont possible à nos travaux d'anticipation, de renseignement, de planification et de soutien aux opérations.
Au
début de la prochaine décennie,
l
'Europe devra ainsi être dotée d'une force commune d'intervention, d'un budget de défense commun et d'une doctrine commune pour agir.
Je
veux que cette culture commune s'étende
dans
la lutte contre le terrorisme à nos services de renseignement.
Je
souhaite ainsi
la
création d'une académie européenne du renseignement pour renforcer les liens entre nos pays
par
des actions de formation
et
d'échange.
Face
à l'international du terrorisme, l'Europe de la sécurité doit être notre bouclier.
Ils
s'infiltrent partout en Europe. Leurs ramifications sont là.
C
'est donc ensemble que nous nous devons d'agir,
de
la prévention à la répression.
C
'est pourquoi nous devons aussi instituer un parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme
au
-delà des compétences actuelles qui viennent d'être établies.
La
sécurité,
nous
l'avons tragiquement perçue ces derniers jours,
ce
ne sont pas seulement les bombes et les kalachnikovs.
Les
bouleversements climatiques menacent
eux
aussi
comme
jamais notre sécurité
et
chaque semaine en Europe volent des vies humaines.
C
'est pourquoi je souhaite que nous puissions créer une force européenne de protection civile qui mettra en commun nos moyens de secours et d'intervention
qui
permettra ainsi
de
répondre aux catastrophes de moins en moins naturelles des incendies aux ouragans, des inondations aux séismes.
Une
Europe qui s'unit pour protéger, intervenir, sauver des vies, c'est une Europe qui retrouve le sens de cette fraternité que nous avons placée en son centre, qui sort de l'incantation pour agir concrètement
et
démontrer la force de l'action collective. Assurer notre souveraineté, c'est la deuxième clé
à
l'échelle européenne.
C
'est maîtriser nos frontières
en
préservant nos valeurs.
La
crise migratoire n'est pas une crise,
c
'est un défi qui durera pour longtemps.
Il
s'est installé
sur
les inégalités profondes de la mondialisation
et
l'Europe n'est pas une île.
Nous
sommes là
et
notre destin est lié à celui du Proche et Moyen-Orient comme à celui de l'Afrique.
Face
à ce défi,
c
'est là aussi
au
niveau européen que nous devons répondre.
Ce
n'est qu'avec l'Europe que nous pourrons efficacement protéger nos frontières, accueillir dignement ceux qui ont droit à l'asile, les intégrer réellement
et
dans le même temps renvoyer rapidement ceux qui ne sont pas éligibles à cette protection.
Tant
que nous laisserons certains de nos partenaires submergés par des arrivées massives
sans
les aider à gérer leurs frontières,
tant
que nos procédures d'asile resteront lentes et disparates, tant que nous serons incapables d'organiser ensemble
le
retour des migrants qui n
'ont
pas le droit d'asile,
nous
manquerons tout à la fois
d
'efficacité
et
d'humanité.
Dans
les années qui viennent,
l
'Europe doit assumer qu'il y a là
son
défi majeur
et
nous n'avons
qu
'un choix,
qu
'une alternative,
le
repli sur nos frontières
qui
serait à la fois illusoire et inefficace
ou
la construction d'un espace commun des frontières de l'asile et de l'immigration.
C
'est pourquoi je souhaite
que
soient adoptés dans l'année qui vient
les
différents textes en discussion qui réforment notre politique migratoire.
Je
souhaite que soit créé un véritable office européen de l'asile qui accélère et harmonise nos procédures,
que
l'on ait enfin
des
fichiers connectés et des documents d'identité biométrique sécurisés,
car
on traite aujourd'hui en France des dizaines de milliers de demandes d'asile que nos partenaires européens ont déjà refusées,
que
l'on établisse progressivement une police des frontières européennes qui garantisse partout en Europe une gestion rigoureuse des frontières et assure le retour de ceux qui ne peuvent rester,
que
l'on finance de manière solidaire
un
large programme de formation et d'intégration pour les réfugiés,
car
faire une place aux réfugiés qui ont risqué leur vie
chez
eux et sur leur chemin.
C
'est notre devoir commun
d
'Européens
et
nous ne devons pas le perdre de vue,
mais
nous devons le faire sans laisser
le
fardeau à quelques-uns,
qu
'ils soient pays d'arrivée ou pays d'accueil final,
en
construisant les termes d'une véritable solidarité choisie, organisée et concertée.
Et
c'est à travers ce socle, cet espace commun que je propose que nous y parviendrons, cette solidarité, ce souci d'efficacité commence par le travail de chacun.
C
'est pourquoi
j
'ai engagé en France un vaste travail de réforme pour mieux accueillir les réfugiés, augmenter les relocalisations dans notre pays, accélérer les procédures d'asile en nous inspirant du modèle allemand, être plus efficace dans les reconduites, c'est indispensable.
ce
que je souhaite pour l'Europe,
la
France commence dès à présent
à
le faire pour elle-même.
Il
faut aussi
voir
plus loin,
et
je vous le dis clairement, les plus robustes des frontières,
les
politiques de sécurité les plus ambitieuses
ne
pourront pas endiguer
les
migrations qui durent. seules la stabilisation et le développement des pays d'origine les tariront.
Ce
qui nourrit les grandes migrations contemporaines, ce sont les inégalités qui se sont installées et les crises qui en découlent.
Si
l'Europe
doit
avoir
une
frontière
que
nous devons protéger et faire respecter,
l
'Europe se doit avant tout
d
'avoir un horizon.
Et
cet horizon, c'est celui de sa politique étrangère qui se doit d'avoir des priorités claires. La Méditerranée d'abord,
le
cœur de notre civilisation.
Nous
lui avons tourné le dos,
n
'osant pas voir les crises.
Or,
aujourd'hui, elle jalonne cet espace.
Notre
politique commune
en
Méditerranée et en Afrique doit aujourd'hui se consolider.
C
'est ce que ces dernières semaines, nous avons cherché à faire à quelques-uns en associant constamment l'Europe dans les initiatives prises pour la Libye,
pour
le Sahel.
Mais
plus largement,
notre
politique européenne ne doit plus voir l'Afrique comme un voisin menaçant, mais comme le partenaire stratégique avec lequel nous avons à affronter les défis de demain.
L
'emploi de la jeunesse, la mobilité, la lutte contre le changement climatique, les révolutions technologiques.
Je
souhaite
que
notre partenariat avec l'Afrique soit un élément de la refonte du projet européen.
L
'aide au développement doit augmenter. Je m'y suis engagé pour la France.
Et
année après année, nous l'augmenterons à chaque fois. Nous l'augmenterons aussi pour faire mieux,
parce
qu'un chiffre à lui seul ne signifie pas une politique. Et nous avons sur ce sujet bien souvent l'obsession des symboles. Et on pense qu'une politique du développement se réduit à un chiffre.
Nous
ferons mieux
avec
les sociétés civiles.
Mais
cette aide publique au développement, elle doit aussi être européenne, avec une ambition refondée.
Et
je suis prêt à ce titre, je souhaite à ce titre, relancer sur de nouvelles bases le projet de taxes sur les transactions financières européennes afin de financer cette politique.
nous
connaissons par cœur le débat. Pourquoi à chaque fois
ces
initiatives se traduisent-elles par un échec
? Parce
que les modalités techniques que nous finissons par retenir pénalisent un pays plutôt que l'autre.
J
'ai donc une proposition simple.
Il
y a deux pays en Europe qui ont une taxe sur les transactions financières.
La
France,
et
je le dis avec d'autant plus d'humilité que c'est un de mes prédécesseurs qui l'a choisi, prenons
cette
taxe, généralisons-la au niveau de l'Europe et je suis prêt,
je
suis même volontaire pour en donner l'intégralité des ressources à l'aide publique au développement européen.
Mais
il y a un autre pays qui a aussi sa taxe sur les transactions financières,
c
'est la Grande-Bretagne.
De
bien avant nous,
ce
qu'on appelle le stamp duty. Si d'aucuns craignent une concurrence déloyale, parce qu'en effet, si nous venions à mettre une taxe sur les transactions financières incommensurables,
ce
qui avait été prévu
par
certains prédécesseurs pour les autres
et
qui vient briser votre capacité même à créer de
l
'activité économique, ça n'est pas soutenable. Mais
si
nous décidions collectivement
d
'adopter la taxe britannique, personne ne pourrait nous dire que cela viendrait créer
des
désagréments ou des biais à la compétitivité de l'Union européenne. Non. Alors retenons l'un ou l'autre de ces schémas simples avec une assiette large. Mais enfin, faisons-le. En tout cas, je ferai tout pour.
Vous
l'avez compris,
la
troisième clé de notre souveraineté, c'est cette politique étrangère, cet partenariat avec l'Afrique, cette politique de développement qui doit nous conduire à fonder un vaste projet reposant sur des investissements croisés, sur l'éducation, la santé, l'énergie.
Si
l'Europe ne saisit pas cette chance,
d
'autres le feront.
Et
si nul ne le fait,
l
'Europe seule en subira toutes les conséquences.
La
quatrième clé de notre souveraineté,
c
'est d'être capable de répondre
à
la première des grandes transformations du monde,
la
transition écologique.
Cette
transformation complète révolutionne
notre
manière de produire, de redistribuer, de nous comporter.
L
'Europe
aujourd
'hui est dans un entre-deux.
Mais
notre choix est simple. Voulons-nous continuer à produire comme hier
et
défendre une compétitivité face à des puissances qui sont en train de faire ce choix où l'on fait
? Ou
souhaitons-nous accélérer
et
devenir les leaders d'un nouveau modèle productif qui ne sera pas qu'un modèle économique,
mais
qui sera un modèle
de
société, de civilisation, qui permettra aussi de repenser
les
inégalités, les externalités d'une société dont tous les déséquilibres aujourd'hui sont portés par les gouvernements
et
dont les principales victimes sont les plus faibles et les plus fragiles.
J
'ai fait mon choix.
Je
crois très profondément que l'Europe doit être
à
l'avant-garde de la transition écologique efficace et équitable.
Pour
cela, il nous faut transformer nos transports, nos logements, nos industries.
Pour
cela, il faut investir et inciter puissamment à cette transformation.
Il
faut d'abord donner un juste prix au carbone, suffisamment élevé
pour
assurer cette transition.
Là
aussi, ce sera un combat. Là aussi,
il
y aura des lobbies, des résistances
pour
dire que c'est une bonne idée,
mais
quelques euros seulement.
Si
nous n'avons pas,
dans
les années qui viennent,
un
prix du carbone à la tonne significatif pour permettre des réorientations profondes de nos économies,
alors
ce sera inutile.
Les
études sont là qui montrent
qu
'en dessous de 25 à 30 euros la tonne, ça n'est pas efficace. C'est vers cet horizon que nous devons nous destiner
et
dès aujourd'hui, nous devons nous organiser pour le faire.
C
'est indispensable. Un prix plancher significatif, un vrai prix unique, une vraie transition pour engager cette transformation de nos économies, accompagner les secteurs qui en auront besoin, accompagner les territoires
qui
seront les victimes de ces changements par des contrats
pensés
au plus près du terrain
qui
permettront de favoriser
les
territoires où les modèles productifs passés étaient les plus présents
afin
de leur faire bénéficier des créations d'emplois nouvelles.
Cette
transition, elle impose aussi
d
'avoir un marché européen de l'énergie qui fonctionne vraiment et donc de vouloir enfin et de favoriser les interconnexions. Longtemps, nous les avons freinées.
Là
aussi, parce que ça n'était pas forcément le cœur de nos intérêts corporatistes.
Nous
avons besoin, avec l'Espagne, avec le Portugal, avec l'ensemble de nos voisins, de développer ces interconnexions. Pourquoi
? Parce
que, à certaines saisons, là où le renouvelable se produit en masse, nous devons en faire bénéficier toute l'Europe. À d'autres moments, là où l'énergie nucléaire est indispensable, peu carbonée, pas carbonée, à bas coût,
nous
devons aussi la mutualiser.
Nous
aurons un marché européen de l'énergie qui fonctionne mieux si nous développons enfin de manière accélérée ces interconnexions.
Il
nous faut aussi, pour réussir cette stratégie, assurée
pour
nos industriels les plus exposés à la mondialisation, d'avoir un pied d'égalité avec les entreprises, les industries concurrentes venant d'autres régions du monde qui n'ont pas les mêmes exigences environnementales.
C
'est pour cela qu'il nous faut une taxe aux frontières de l'Europe
sur
le carbone.
C
'est indispensable. Prix plancher, interconnection, contrats de transition de territoire, taxes aux frontières sur le carbone, ce sont les 4 piliers de cette ambition énergétique pour l'Europe. Cela ne se fera pas en un jour. Je sais les résistances de certains.
Mais
si
nous
refusons d'en parler ou d'avancer dans cette direction, je sais une chose,
cela
ne se fera jamais.
alors
donnons-nous un objectif ferme à 5 ans, à 10 ans. Construisons les transitions pour le faire.
Mais dès
aujourd'hui, avançons.
L
'Europe doit être le fer de lance de cette transition énergétique et elle a besoin de cette ambition, de ce marché unifié pour construire ce modèle.
Cette
ambition européenne
ne
doit bien évidemment pas être seulement défensive.
C
'est la raison pour laquelle
je
propose aussi
la
mise en place d'un programme industriel européen de soutien aux véhicules propres et de déploiement d'infrastructures communes afin qu'il soit possible de traverser l'Europe sans l'abîmer. Nous avons besoin de nouveaux grands projets, celui-ci en est un qui réconciliera le cœur de nos ambitions industrielles en la matière.
Une
Europe qui garantit
notre
vision exigeante du développement durable,
c
'est aussi une Europe de la sécurité
et
de la souveraineté alimentaire.
Et
c'est à dessein
que
je place ici cette ambition.
Nous
devons sans tabou
nous
poser les bonnes questions.
Est
-ce que notre politique agricole commune protège bien nos agriculteurs et nos consommateurs
? Je
regarde les dernières années,
je
n'en ai pas totalement le sentiment.
et
nous sommes arrivés à cette
forme
de paradoxe
où
la PAC
est
devenue un tabou français
alors
que nos agriculteurs ne cessent d'en dénoncer le fonctionnement.
La
politique agricole ne doit pas être
une
politique
de
suradministration de tous les territoires de l'Union européenne, de toutes les filières
et
bien souvent
une
politique de revenus accompagnant approximativement les transitions,
produisant
parfois des schémas complexes
que
nous avons bien du mal à expliquer à nos peuples.
La
politique agricole européenne
doit
permettre de faire vivre dignement les agriculteurs de leurs revenus
en
les protégeant face aux aléas du marché et aux grandes crises.
Elle
doit les aider à évoluer pour construire une agriculture
plus
responsable.
Il
y aura toujours en Europe plusieurs modèles agricoles
et
je souhaite que chaque pays puisse accompagner cette transformation selon ses ambitions et ses préférences.
Et
cette nouvelle politique agricole commune,
pour
ne pas être bureaucratique et injuste, doit être l'instrument de la transition agricole, de notre souveraineté face aux grands défis
de
la mondialisation.
Elle
doit redonner une vitalité, une ambition à nos territoires ruraux. En d'autres termes,
je
souhaite que nous puissions ouvrir
de
manière décomplexée et inédite,
une
politique agricole commune qui se pense d'abord avec deux objectifs.
Nous
protéger face à ces grands aléas, à la volatilité des marchés mondiaux qui pourraient mettre en péril la souveraineté alimentaire de l'Europe. Favoriser la grande transition agricole européenne.
Et
laisser plus de flexibilité au niveau des pays pour organiser la vie des territoires et des filières.
Mettre
moins une bureaucratie. Laisser au niveau régional accompagner de manière plus souple les filières, partout, des choix qui restent des choix collectifs de terrain sont nécessaires.
L
'exigence des Européens,
c
'est d'avoir confiance dans les aliments et les produits qu'ils utilisent au quotidien.
Et
cela participe de cette sécurité alimentaire que j'évoquais.
Et
on voit là aussi que l'échelle européenne est incontournable.
nous
l'avons vécu l'été dernier
avec
ce qu'il convient d'appeler désormais la crise des
œufs. Nous
avons vu que les dysfonctionnements à un endroit de l'Europe,
parce
que nous sommes un marché intégré, ont des conséquences partout en Europe qui peuvent jeter le doute sur notre sécurité alimentaire avec une demande parfaitement légitime de nos concitoyens
qui
est d'avoir la vérité en temps réel sur tous ces sujets.
Il
nous faut donc établir
une
force européenne d'enquête et de contrôle pour lutter contre les fraudes, garantir la sécurité alimentaire, assurer le respect des standards de qualité partout en Europe.
Cette
transformation, nous devons aussi la conduire.
Et
à cet égard,
je
soutiens
le
choix du président Juncker
de
mettre fin partout en Europe
aux
doubles standards
et
de faire que cette force puisse être le garant de cette convergence légitime.
L
'exigence des Européens, c'est d'avoir aussi confiance
dans
les experts qui nous éclairent.
Nos
récents débats sur le glyphosate, les perturbateurs endocriniens montrent la nécessité d'évaluations scientifiques européennes, plus transparentes, plus indépendantes, d'une recherche mieux financée qui permettent d'identifier les risques et de proposer des alternatives.
C
'est indispensable. Nous avons aujourd'hui des débats politiques
qui, parfois,
cherchent à se substituer aux débats scientifiques.
C
'est la science qui doit éclairer la dangerosité,
mais
qui doit ensuite,
de
manière indépendante,
transparente,
indiquer les alternatives possibles, scientifiquement démontrées. En aucun cas, cette science
ne
doit s'effacer
au
profit d'engagements politiques qui deviennent à ce moment des paroles de sachants ou des paroles d'autorité,
ni
a fortiori
ne
doivent accepter
de
laisser la place à une parole publique qui est celle de lobby, d'intérêt industriel et qui construise l'opacité sur des décisions collectives qu'attendent nos concitoyens.
La
cinquième clé de notre souveraineté
passe
par le numérique.
Ce
défi est aussi celui d'une transformation profonde
de
nos économies, de nos sociétés, de nos imaginaires même.
La
transformation numérique, ce n'est pas un secteur d'activité,
ce
n'est pas une anecdote contemporaine
et
l'Europe a beaucoup
à
y perdre comme à y gagner.
L
'Europe a cet attachement unique
à
l'équilibre permanent entre la liberté, la solidarité et la sécurité
et
c'est bien cela qui est en jeu dans la révolution numérique.
L
'Europe qui a construit après-guerre un modèle économique de rattrapage doit prendre la tête
de
cette révolution par l'innovation radicale.
Et
donc, oui, partout en Europe, nous devons tout faire pour avoir ces champions du numérique attirer les talents scientifiques et entrepreneuriaux.
Je
sais bien que ça contrarie parfois certains. C'est la politique que je souhaite mener en France sur le plan économique.
Le
temps n'est plus où nos économies peuvent se construire comme si elles étaient fermées,
comme
si les talents ne bougeaient plus
et
comme si les entrepreneurs étaient attachés à un piqué.
On
peut le déplorer mais c'est là.
Cette
révolution du numérique et celle des talents
et
les attirer c'est en attirer d'autres.
Et
c'est bien le sens
de
ce que le gouvernement conduit,
ce
que le Premier ministre, le ministre de l'économie et des finances et
la
ministre de l'innovation et de
l
'enseignement supérieur et de la recherche entre autres mènent au sein du gouvernement. Nous continuerons à poursuivre ces réformes
mais
l'Europe a aussi besoin d'une ambition sur ce point.
Je
souhaite que l'Europe prenne la tête de cette révolution par l'innovation radicale. Créons dans les deux ans qui viennent une agence européenne pour l'innovation de rupture à l'instar de ce qu
'ont
su faire les Etats-Unis avec la DARPA au moment de la conquête spatiale. Cette ambition doit être la nôtre. Nous avons aujourd'hui une fenêtre unique pour le faire. Prenons cette ambition. Finançons les recherches dans les domaines nouveaux comme l'intelligence artificielle. Acceptons la prise de risque.
Cette
agence mettrait l'Europe en situation d'innovateur
et
non de suiveur.
Et
plutôt que de déplorer
que
les grands champions du numérique
soient
aujourd'hui américains
ou
demain chinois,
mettons
-nous en situation de créer des champions européens.
Sachons
inventer
dans
ce bouleversement global
les
sécurités justes et les régulations efficaces.
Je
veux une Europe qui réussisse dans cette transition numérique.
mais
elle bouscule
à
la fois nos repères
et
nos organisations économiques et sociales.
Et
aujourd'hui,
ce
continent numérique
n
'a pas de normes.
Ou
plus exactement, il a une loi, la loi du plus fort.
C
'est à l'Europe d'en définir le cadre de régulation
pour
ne pas subir de fait la loi du plus fort qui s'importe chez nous.
Le
projet du marché unique du numérique
est
à ce titre une occasion unique que nous devons saisir
pour
construire les modalités qui nous permettront de défendre
les
règles
qui
protégeront
les
libertés individuelles
et
le respect du secret
auquel
chacun a droit,
qui
permettra de protéger
les
données économiques de nos entreprises
et
qui permettra de créer précisément la régulation européenne
qui
tout à la fois protégera les personnes,
les
entreprises de manière légitime, qui permettra
aux
acteurs européens d'émerger dans un marché loyal
et
qui permettra aussi de compenser
les
profondes désorganisations sur l'économie traditionnelle que cette transformation parfois crée.
Les
grandes plateformes numériques, la protection des données sont au cœur de notre souveraineté à cet égard.
et
il en est de même pour la taxation.
Nous
devons avoir ce débat. Pourquoi ? Parce que
je
crois très profondément dans cette économie de l'innovation. Je crois très profondément dans un monde ouvert.
Mais
le monde ouvert ne vaut que si la concurrence qui s
'y
joue est loyale.
Et
nous ne pouvons pas accepter d'avoir des acteurs européens qui sont taxés et des acteurs internationaux qui ne le sont pas, des acteurs du numérique
qui
n'ont aucune taxe et qui viennent concurrencer des acteurs de l'économie traditionnelle qui eux la payent.
A
ce titre, la France a commencé avec ses partenaires
à
pousser au niveau des ministres de l'économie et des finances une initiative
que
je souhaite voir reprendre au niveau des chefs d'État et de gouvernement celle de la taxation de la valeur créée là où elle est produite qui nous permettra de revoir profondément nos systèmes fiscaux, de taxer sans complaisance les entreprises qui s'implantent hors d'Europe dans le seul but d'échapper à l'impôt. Cette taxe,
cette
taxe, elle est juste
parce
qu'elle taxe partout pour la valeur qui est créée dans un pays
et
elle rappelle simplement
un
élément fondamental de nos philosophies communes et démocratiques,
c
'est qu'il y a des biens communs à financer
et
que tous les acteurs économiques doivent y contribuer.
Et
il ne peut pas y avoir des acteurs de la nouvelle économie
qui
sont les passagers clandestins
du
monde contemporain parce que cette nouvelle économie,
eh
bien, on le sait, elle crée aussi des désorganisations, elle crée des inégalités, elle perturbe des territoires et donc, elle crée des situations qui supposent des compensations et des accompagnements
que
la puissance publique
doit
justement permettre de résoudre.
et
il est donc juste et légitime
qu
'accumulant des profits par ailleurs, elle participe à cette solidarité là où elle crée de la valeur.
Vous
le voyez,
ce
que je veux pour l'Europe, ce n'est pas simplement réussir dans cette transition du numérique, mais c'est construire un cadre juste de celle-ci, un cadre qui nous permettra de défendre nos valeurs,
les
fondamentaux civilisationnels qui sont les nôtres
et
les équilibres économiques indispensables. C'est pourquoi dans cette Europe du numérique, nous devons aussi défendre nos droits d'auteur, nous devons défendre partout où elle existe la valeur créée par celui qui crée vraiment. Ce n'est pas un débat d'un autre âge, ce n'est pas un débat, pardon, de cette familiarité ringard, le droit d'auteur. On stigmatise toujours la France en disant,
on
sait bien ce que vous allez nous dire, vous allez nous parler de vos droits d'auteur.
Des
réalisateurs de talents qui viennent de partout en Europe le savent.
Si
nous n'avons pas l'imaginaire européen,
et
j'y reviendrai dans quelques instants, l'Europe n'est plus elle-même,
mais
c'est là aussi un élément de justice.
Le
numérique serait donc le seul continent
où
la valeur créée
n
'est pas chez celui qui la crée vraiment, mais celui qui la transporte,
chez
celui qui la chemine,
jusqu
'à son consommateur final. Allons.
Si
nous sommes là aujourd'hui, si nous avons relevé tous les défis que j'évoquais tout à l'heure,
si
nous nous tenons droits, c'est bien parce que, derrière,
nous
avons eu des émotions, une culture commune,
parce
que ceux qui sont les porteurs étymologiquement
de
ce qui nous tient vraiment, de la véritable autorité en Europe, ce sont les auteurs.
Les
droits d'auteur doivent être donc défendus
dans
cet espace numérique contemporain. Et c'est la dignité de l'Europe, c'est sa capacité même à exister et à ne pas se dissoudre
dans
un continent de semblables
qui
fait que, pour réussir cette transition, nous devons défendre la juste rémunération de l'ensemble des auteurs et de toutes les formes de création dans le numérique.
La
souveraineté, enfin, c'est la puissance économique, industrielle et monétaire.
Faire
du cœur de l'Europe une puissance économique et industrielle, cela passe, bien entendu, par la politique énergétique
et
la politique
du
numérique que je viens d'évoquer.
C
'est aussi la poursuite d'une politique spatiale ambitieuse et de la consolidation d'une industrie européenne compétitive à l'échelle mondiale.
Mais
une puissance économique durable
ne
peut se construire qu'autour d'une même monnaie.
C
'est pourquoi je suis profondément attaché à l'ambition de la zone euro.
Je
n'ai pas la zone euro honteuse. Je suis désolé de cela. Et je pense d'ailleurs que
ça
ne soulage ni ne fait plaisir à aucun membre de l'Union européenne hors de la zone euro que celles et ceux qui partagent cette monnaie n'osent pas dire qu'ils la partagent pour en faire quelque chose.
Parce
que c'est à partir de cette union économique et monétaire en son sein
que
nous pouvons créer le cœur d'une Europe intégrée.
J
'entends les questions et les préoccupations sur ce sujet.
Et
je veux être clair.
L
'enjeu fondamental ce n'est pas un mécanisme
qui
par magie résoudrait tous les problèmes.
de
l'union européenne.
J'entends les préoccupations
Emmanuel Macron