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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 30 juillet 2021 29 minComplaisantFond programmatiqueLogementTransportsÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Exode urbain et tensions immobilières : entre fantasmes et réalités. Avec Jean-Didier Urbain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:07OuverteRéponse directe

    La crise a-t-elle joué un rôle d'accélérateur de tendances préexistantes ?

  • 2:56OuverteRéponse directe

    Depuis un an, observez-vous l'arrivée de nouveaux habitants à Saint-Brieuc ?

  • 3:41OuverteRéponse directe

    Ces nouveaux arrivants achètent-ils des résidences secondaires ou déménagent-ils ?

  • 4:28OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette arrivée de nouveaux habitants est-elle une bonne nouvelle pour Saint-Brieuc ?

  • 6:58OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous expliquer cette stratégie de la résidence multiple ou alternative ?

  • 7:17OuverteRéponse directe

    Pourquoi ne pas utiliser le terme de résidence secondaire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:16Invité politiqueFait
    « Ce qui se produit, l'effet migratoire intérieur qui est en train de s'effectuer, c'est quelque chose qui était déjà prévu, je dirais, dès la fin des années 90. »
  • 1:51Invité politiqueFait
    « On parle beaucoup, parce que c'est effectivement là que tout s'engorge, finalement de la ruée sur les littoraux. »
  • 2:22Invité politiqueFait
    « Il y a quand même d'abord une focalisation, ce n'est pas vraiment sur le vert, c'est plutôt sur le bleu, si vous voulez, à mon avis. »
  • 3:18InvitéFait
    « Les grands métropolitains ont compris qu'en pas longtemps, on pouvait aller en bord de mer en Bretagne. »
  • 3:27InvitéFait
    « Et ça a déclenché effectivement ces envies de s'apercevoir que la qualité de vie était bien mieux. »
  • 4:39InvitéFait
    « Il y a eu une véritable politique de métropolisation de la France qui a surconcentré les habitats, les entreprises, au détriment de 80% de la France. »
  • 10:22Invité politiqueChiffre
    « Plus de la moitié des propriétaires des résidences secondaires en espace rural étaient composés d'ouvriers, de retraités à revenus modestes, et de salariés. »
  • 11:21Invité politiqueChiffre
    « Vous aviez des maisons pour 20 000 euros. »
  • 15:28InvitéChiffre
    « J'ai 13% de logements de résidents secondaires. C'est pas beaucoup par rapport à d'autres communes qui m'entourent où ils en ont jusqu'à 45, 50 et 60%. »
  • 20:33Invité politiqueChiffre
    « On a 3,6 millions de résidences secondaires déclarées dont 60% globalement près du littoral. »
  • 25:09Invité politiqueChiffre
    « La location des camping-cars a explosé, 60% de plus de gens ont pris leurs vacances en camping-car. »

Temps de parole

  • Didier Urbain55 %
  • Présentateur30 %
  • Invité9 %
  • Invité 26 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Les contrées plus vertes, villes moyennes ou villages, n'ont jamais autant attiré les Français à la recherche d'un mode de vie plus doux. Constat dressé il y a quelques jours dans le journal Le Monde par le directeur général du réseau Orpi, qui parle de bouleversements qui s'opèrent à vue d'œil. Les professionnels de l'immobilier vont tous dans le même sens. Ce qui tenait il y a un an du frémissement ou de l'intuition se confirme la crise sanitaire. Et le développement pour certaines professions du télétravail ont accéléré le désamour pour les grandes métropoles et leurs logements étriqués.

Dans certaines zones déjà très tendues, sur le littoral, les prix bondissent avec le risque de rendre le logement difficilement accessible pour une partie des populations locales. Mais il n'y a pas que les grandes villas secondaires avec vue sur la mer et les mouvements à l'œuvre ainsi que leurs conséquences sont en réalité divers. Bonjour Jean-Didier Urbain.

0:57
Locuteur non identifié

Bonjour.

0:57
Présentateur

Merci d'être en ligne avec nous. Vous êtes anthropologue, auteur notamment du livre Paradis vert, désir de campagne et passion résidentielle, publié chez Payot. Alors d'abord, peut-on dire que dans ce domaine, comme dans d'autres, la crise a joué un rôle d'accélérateur de tendances qui préexistaient ?

1:16
Didier Urbain

Oui, oui, c'est tout à fait évident. Ce qui se produit, l'effet migratoire intérieur qui est en train de s'effectuer, c'est quelque chose qui était déjà prévu, je dirais, dès la fin des années 90. Cette grande migration notamment vers le soleil, vers le midi, vers la mer, surtout. Et là, sans doute, il faut être très clair parce qu'il y a deux destinations dans ces migrations. Outre la taille de l'agglomération visée entre l'espace rural et l'espace ville, il y a la destination littorale et il y a la destination intérieure. On parle beaucoup, parce que c'est effectivement là que tout s'engorge, finalement de la ruée sur les littoraux.

C'est quand on regarde les dernières demandes, là où il y a de la tension, etc. Ce sont toujours des régions de bord de mer. Que ce soit le Pays Basque ou la Normandie, la Vendée ou les Landes, le bassin d'Arcachon ou le Var, l'Occitanie, anciennement la Languedoc et le Roussillon, la Normandie. Il y a quand même d'abord une focalisation, ce n'est pas vraiment sur le vert, c'est plutôt sur le bleu, si vous voulez, à mon avis. Et qui ne doit pas être non plus l'arbre qui cache la forêt, parce qu'il se passe aussi des choses dans la France intérieure qui représente quand même 80% du territoire national.

2:31
Présentateur

Et oui, et nous allons évidemment en parler avec vous. Nous allons aussi parler du littoral, parce que nous serons tout à l'heure justement sur la côte basque. Mais nous commençons par un petit arrêt en Bretagne avec le maire de Saint-Brieuc, Hervé Guillard. Bonjour.

2:48
Locuteur non identifié

Bonjour.

2:48
Présentateur

Vous êtes le maire d'Hiver-Gauche de Saint-Brieuc, préfecture des Côtes-d'Armor. Donc c'est une ville moyenne, 95 000 habitants. Alors vous, depuis un an, qu'observez-vous ? Est-ce que vous voyez arriver de nouveaux habitants ?

3:01
Invité

Oui. Alors nous, effectivement, on est le cas typique de la ville moyenne. Bord de mer à deux heures de Paris. Et c'est quelque chose qui s'est révélé suite à cette crise du Covid, où effectivement, les grands métropolitains ont compris qu'en pas longtemps, on pouvait aller en bord de mer en Bretagne. Et qu'en télétravail, on pouvait y rester plusieurs jours dans la semaine. Et ça a déclenché effectivement ces envies de s'apercevoir que la qualité de vie était bien mieux. Mais surtout que le foncier était beaucoup moins cher. Et ça a créé cet appétit pour tout ce qui était propriété, immeubles et location. Et c'est ce qui crée une vraie tension maintenant dans nos villes moyennes.

3:41
Présentateur

Oui. Alors justement, j'allais vous demander des conséquences. Mais d'abord, juste pour être clair, est-ce que ce que vous voyez, ce sont en fait des personnes qui viennent acheter une résidence secondaire ou un logement alternatif, comme dit Jean-Divier Urbain ? Ou est-ce que c'est des personnes qui déménagent, qui changent de lieu de résidence principale ?

3:58
Invité

Alors pour Saint-Brieuc, ce sont des gens qui déménagent en fait. Je pense que la lecture, c'est le TGV. Quand on comprend qu'on part à 7h du matin et qu'on est à 9h à Paris, ça change tout. Donc ce sont des gens qui déménagent et qui viennent s'installer ici. Donc pour nous, c'est plutôt une bonne nouvelle. Maintenant, ça crée tout un phénomène un peu complexe d'organisation du foncier et du logement. Mais ça reste, je pense, pour les villes de la taille moyenne comme nous, la bonne nouvelle de ce Covid.

4:28
Présentateur

Bonne nouvelle, pourquoi finalement ? Qu'est-ce que ça vous apporte ? Est-ce que ça redynamise, comme on dit ?

4:34
Invité

Parce que nos villes à taille humaine, elles ont pâti de l'envie de métropole. C'est-à-dire qu'il y a eu une véritable politique de métropolisation de la France qui a surconcentré les habitats, les entreprises, au détriment de 80% de la France, comme disait monsieur, qui se trouve entre les métropoles. La France, elle se situe entre. Et donc en fait, nos villes ont été un peu désertées, on a moins de densité d'habitat, moins de densité économique et on a un peu souffert de ça. Parce que malgré tout, nous sommes des centralités. Nous avons tous les services aux citoyens. Et il faut pouvoir maintenir ces services malgré le fait qu'il y ait moins d'habitants.

Donc aujourd'hui, ce retour en arrière, cette redorsification des villes moyennes est un rééquilibrage qui est plutôt sain pour tout le monde.

5:15
Présentateur

Merci, merci Hervé Guillard, maire de Saint-Brieuc, pour cet éclairage. Alors Jean-Didier Urbain, effectivement, cet attrait pour les villes moyennes, c'est quelque chose qui est clairement visible depuis un an.

5:29
Didier Urbain

Oui, tout à fait, tout à fait. Et déterminé par le fait, comme vient de le dire justement monsieur Guillard, que dans ces villes-là, on trouve les mêmes services que dans les grandes métropoles où en tout cas on a tout fait pour qu'ils persistent. Donc que ce soit la scolarisation, que ce soit les soins, etc. Ça peut être aussi cette évolution, peut-être d'ailleurs une solution pour quantité de régions qui sont des véritables déserts médicaux. Dans certains départements, il faut prendre un rendez-vous six mois à l'avance pour faire soigner les dents. Bon, c'est quand même misérable.

Et c'est vrai que ces déplacements de population favorisent des repopulations ou des augmentations de population tout à fait, qui sont tout bénéfice, je dirais, pour le maintien ou le développement de services attendus et qu'on a l'habitude d'avoir dans les grandes métropoles. Donc là, c'est tout à fait, oui, la bonne chose. La mauvaise chose, effectivement, c'est un petit peu comparable à certaines invasions touristiques, si je puis me permettre, entre guillemets, dans certains coins du monde. Quand il y a trop de monde, il y a évidemment un impact sur le foncier, de la spéculation foncière, donc des prix qui augmentent, une inflation de l'immobilier.

Et du coup, effectivement, un impact sur les autochtones, qui eux-mêmes voient leur propre logement difficilement accessible, devenir difficilement accessible, parce qu'ils sont confrontés à des pouvoirs d'achat qu'ils ne connaissaient pas. Maintenant, effectivement, il y a un effet TGV essentiel, le raccourcissement des distances, mais qui doit bien nous faire comprendre aussi que ces nouveaux résidents sont des résidents essentiellement nomades. Ce ne sont pas des gens qui viennent se sédentariser.

6:58
Présentateur

Oui, alors justement, voilà, je voudrais que vous nous parliez de ça, parce que là, on a dit, effectivement, le maire de Saint-Brieuc nous disait que dans sa ville, ce sont vraiment des gens qui déménagent, en majorité en tout cas, mais effectivement, il n'y a pas que ça. Il y a cette stratégie de la résidence multiple, comme vous appelez ça, ou les résidences alternatives. Alors justement, expliquez-nous, ça c'est en fait ce qu'on appelle, ce qu'on appelle d'habitude plutôt les résidences secondaires, mais que vous n'aimez pas ce terme-là.

7:24
Didier Urbain

Non, non, c'est-à-dire, je pense que ça fausse la réalité de la pratique. Effectivement, il y a une certaine époque, effectivement, quand ces maisons étaient réservées finalement essentiellement à deux jours par semaine au maximum pour les week-ends, on pouvait parler de résidences secondaires. Là, elles ne sont plus secondaires du tout. Elles sont à quasi égalité avec des résidences principales quand on conserve deux résidences.

Donc, le terme n'est plus approprié, c'est pour ça que je préfère parler ou de multi-résidences ou de bi-résidences ou de résidences alternatives, parce qu'on peut passer de l'une à l'autre sans cesse, d'où d'ailleurs le fait qu'il y a une nomadisation aussi dans la société, de facilité par le TGV, par le fait aussi que le télétravail permet de rester plus longtemps, si vous voulez, sur place.

Il y a eu cette enquête toute récente de la centrale des particuliers, particuliers à particuliers, la PAP, qui montre bien que plus de 30% de ces personnes qui décident d'acquérir une autre maison, c'est l'expression de Françoise Dubost d'ailleurs, dès les années 95, elle a appelé ça l'autre maison, projettent un usage beaucoup plus intensif de cette deuxième maison, non seulement pour y passer le week-end ou les vacances, mais y passer plusieurs jours par semaine, notamment quand on a la possibilité de faire une partie de son travail par télétravail, c'est quelque chose de tout à fait envisageable, et donc on va avoir là, effectivement, il y a une révolution silencieuse qui était en cours, déjà avant même le Covid, mais là le Covid l'a accéléré, qui est cette espèce de, effectivement, de poly-sédentarité, si on peut dire, si vous voulez, on est sédentaire de plusieurs lieux à la fois, ce qui va poser d'autres problèmes que latéraux par rapport à la vie locale, l'engagement, etc.

Mais ça existe, ça existe, et il faut bien en tenir compte, ce n'est plus seulement une maison de loisirs, c'est une maison pour une double vie, au fond.

9:18
Présentateur

Oui, donc c'est quand même aussi un changement de nature, finalement, pour ces résidences dites secondaires. Alors, Jean-Didier Robin, j'aimerais que vous nous disiez aussi, il faut éclaircir un point, et je sais que vous insistez aussi beaucoup là-dessus, on ne parle pas, là, tout ce que vous nous décrivez, ça n'est pas seulement ces résidences alternatives, ces habitats alternatifs, ça n'est pas nécessairement une grande maison, et donc ça n'est pas nécessairement un mouvement réservé aux ménages les plus aisés, comme on dit.

9:50
Didier Urbain

C'est ça, c'est ça. Il y a là une idée reçue, je dirais, qui est extrêmement prégnante et résistante, qui est que, forcément, une résidence dite secondaire est forcément quelque chose qui appartient aux nantis, et avec, effectivement, les clichés habitués, d'une piscine, voire un tennis, ou même un goffe miniature, dans une belle propriété restaurée, etc. Bon, ça, c'est un petit peu l'arbre qui cache la forêt, si vous voulez.

Justement, je parlais de Françoise Dubost, qui, en 1995, avait fait une grande enquête sur les résidences secondaires en espace rural, et qui avait montré qu'en fait, plus de la moitié des propriétaires des résidences secondaires en espace rural étaient composés d'ouvriers, de retraités à revenus modestes, et de salariés. Avec, effectivement, plus ou moins cette idée qu'on avait une maison qui deviendrait la résidence principale à la retraite venue, mais avec, dans l'intervalle, quand même, une vie qui est déjà esquissée, celle qui est en train de se mettre en place aujourd'hui. avec un aller-retour permanent entre le lieu dit de résidence principale et d'activité et le lieu secondaire.

Donc, si vous voulez, il faut peut-être en finir. Mais alors, c'est vrai, bien sûr, que sur le littoral, le foncier n'est pas ce qu'il était, ou ce qu'il est même, en espace rural, si vous voulez. On pourrait évoquer, on évoque, bien sûr, les Landes et tout ça, le littoral. Si on évoque les communes intérieures, enfin, les régions intérieures, moi, j'ai beaucoup travaillé, par exemple, dans Lyon et la Nièvre, vous pouvez acquérir des maisons pour un prix qui paraît absolument dérisoire. Même si, maintenant, ça a augmenté un petit peu. Mais vous aviez des maisons pour 20 000 euros.

11:23
Présentateur

Et là, justement, dans ces territoires-là, c'est finalement, pour le coup, aussi potentiellement intéressant en termes, justement, de ce qu'on disait de redonner de l'attractivité, mais pas seulement d'un point de vue marchand, je veux dire, aussi, en termes de vie.

11:40
Didier Urbain

De vie, tout simplement, oui. Parce que, si vous voulez, les dernières statistiques, je parlais de Lyon il y a un instant. Lyon est en constante des populations. Il faut quand même le savoir. Il y a Lyon surpeuplée du côté de Sens. Et puis, on descend vers Auxerre, c'est un peu moins peuplé. Et on finit à Vallon, c'est encore moins peuplé. Cette ville, elle ne se remplit que pendant les vacances, en temps normal. Donc, voilà, c'est ça qui peut changer les choses.

C'est ça qui peut changer les choses, notamment avec l'effet TGV, avec l'effet autoroutier, il faut bien le dire aussi, parce que les gens, maintenant, il y a une tendance, on n'aura pas le temps d'en parler, mais il y a une tendance nette vers le transport individuel contre le transport collectif. Donc, la voiture va avoir une nouvelle dynamique, en espérant qu'elle s'électrifie très vite. Mais, voilà, quoi. On en est là, ce n'est pas seulement dans certains cas que de la population en plus. C'est véritablement une population nouvelle qui vient remplacer une population disparue. Et les déserts médicaux naissent de cette disparition. Il ne faut pas se faire d'illusions.

12:40
Présentateur

Alors, on va...

12:41
Didier Urbain

Scolaire aussi, universitaire, enfin, tout ce qui suit, quoi.

12:45
Présentateur

Absolument. Alors, dans la situation inverse de ce que vous venez de décrire, il y a donc le littoral avec, par exemple, sur la côte basque, donc plus 15% pour les prix de l'immobilier en un an et avec, y compris, des tensions qui se créent, qui sont très nettes, avec des mouvements, des collectifs, donc, qui dénoncent, finalement, cette augmentation des prix qui pénalisent absolument la population locale. Alors, nous sommes en ligne, à présent, avec le maire d'Anglette, Claude Olive. Bonjour.

13:18
Invité

Bonjour.

13:19
Présentateur

Maire Les Républicains. Alors, on lit beaucoup, donc, effectivement, dans la presse régionale, du côté de chez vous, c'est ces tensions, c'est face à cette augmentation, augmentation des prix et Anglette, comme d'autres villes, a voté récemment une augmentation de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires qui passe à 60%, donc le niveau maximum. Est-ce que c'est ça votre principal outil pour répondre, pour faire face à cette augmentation des prix de l'immobilier ?

13:46
Invité

Alors, ça fait partie des outils que nous avons et il faut avoir un peu de courage politique pour le mettre en place et ce n'est pas le cas de tous les maires de la côte en grande partie, oui, parce qu'aujourd'hui, on est dans une situation où on est très, très, très tendu, où on a le prix de l'immobilier qui est en train d'exploser avec la problématique de nos jeunes de ne plus pouvoir se loger sur place. Donc, il y a quand même une grosse problématique. Alors, après, je veux mettre mes mots à tout ça parce que c'est vrai qu'on subit ça mais enfin, on ne force personne à vendre.

Je veux dire, moi, je suis maire depuis quelques années et je n'ai personne qui est venu dans mon bureau pour me dire, écoutez, monsieur le maire, je vais vendre mon bien. Dites-moi combien il faut que je le vende pour qu'on puisse loger les jeunes de notre pays ou que je puisse trouver des prix adéquats qui répondent aux attentes de la population. Je veux dire, ça, ça n'existe pas. Je veux dire, ceux qui vendent, c'est quand même les locaux. Donc, aujourd'hui, on a subi, après la crise sanitaire, tout le monde le sait, tout le monde veut quitter toutes les grandes métropoles, quitter tous les immeubles pour aller prendre l'air et donc, aujourd'hui, on subit ça.

Donc, la première préoccupation, ça a été d'essayer de colmater ça. Moi, dans ma ville, j'ai 13% de logements de résidents secondaires. C'est pas beaucoup par rapport à d'autres communes qui m'entourent où ils en ont jusqu'à 45, 50 et 60%. Mais si on veut freiner ça, la première des choses, c'est taper au porte-monnaie et donc, c'est 60% de plus de la taxe d'habitation en sachant que c'est la seule taxe que l'on puisse percevoir aujourd'hui puisque l'autre partie de la taxe d'habitation a disparu mais celle-là, elle est restée à disposition des maires et donc, c'est un bel outil pour s'en saisir.

15:40
Présentateur

Et avec Claude Olive, ce qu'on lit là sur il y a des boarderoles devant des agences immobilières à Biarritz ou à Bayonne, c'est vraiment quelque chose que vous percevez, c'est-à-dire aussi une réaction très hostile de la population en tout cas en partie.

15:57
Invité

Alors, c'est ce que je vous disais, la réaction est hostile par rapport à un mouvement plutôt versalé, c'est-à-dire basquissant. Moi, vous savez, je suis vice-président de l'agglomération en charge du frontier et de l'aménagement. Donc, c'est moi qui filme toutes les demandes d'intention d'aliénés. Vous savez, quand vous vendez un bien, on demande aux collectivités, le notaire demande par un document aux collectivités si la collectivité est intéressée pour acheter ou pas. Donc, quand vous avez ces documents devant les yeux, bon, c'est assez imbuvable à lire, mais il faut lire juste trois lignes. Le nom du vendeur, le nom de l'acheteur et le prix de vente.

Et vous vous apercevez, ce que je venais de vous dire en préambule, que bon, on peut manifester, on peut mettre des banderoles, on peut tout faire. C'est des gens d'ici qui vendaient.

16:49
Présentateur

Merci, merci pour cet éclairage venu d'Anglette. Claude Olive, maire d'Anglette donc au Pays Basque, Jean-Didier Urbain, voilà, c'est aussi ça tout de même qui se passe et ce risque de fracture qui est décrit par certains, y compris professionnels de l'immobilier.

17:07
Didier Urbain

Oui, tout à fait, tout à fait. D'ailleurs, ça fait immédiatement penser à certaines situations touristiques. C'est ça,

17:13
Présentateur

c'est la même chose.

17:14
Didier Urbain

Oui, dans les années 70, déjà par exemple, on citait toujours en exemple, c'était le cas des Seychelles qui avaient provoqué une telle inflation à tous niveaux, à tous les étages, non seulement fonciers, mais au niveau des produits de consommation courante, etc., que les pêcheurs eux-mêmes n'arrivaient pas à acheter au prix auquel on vendait leurs produits, leurs propres poissons. Donc, effectivement, c'est ce paradoxe-là ou cette contradiction destructrice qu'il faut éviter. Je pense que, de ce point de vue-là, l'augmentation de la taxe d'habitation, c'est effectivement un moyen de régulation.

C'est tout à la fois une manne parce que c'est du financement pour la commune, mais c'est en même temps aussi un moyen de régulation. C'est évident qu'il faut quand même protéger les populations locales de tous les mouvements spéculatifs sous peine, effectivement, de rendre la vie absolument invivable et de revivre des situations qui étaient déjà intolérables, qui ont été même cataloguées de néocolonialistes à une époque, le tourisme comme néocolonialisme.

Vous avez vu déjà le scandale il n'y a pas si longtemps que ça, quand le TGV est devenu TGV sur toute la ligne jusqu'à Bordeaux, la mauvaise réception des Parisiens par les Bordelais parce qu'ils arrivaient et ils faisaient augmenter les prix. Donc, ça, effectivement, il faut absolument réguler les choses. C'est l'avenir, je pense, de toute façon, à tout niveau, y compris si on parle tout à l'heure du tourisme. La solution passe par la régulation. C'est évident, on ne peut plus laisser les choses se faire comme ça, les déconcentrations se produire sans aucun contrôle parce que ça induit effectivement des effets sociaux catastrophiques.

Et ça, c'est quand même particulièrement sur ces 4% du territoire nazien

18:45
Présentateur

qui se joue. Vous restez avec nous, Jean-Didier Urbain, anthropologue, auteur notamment de Paradis Vert, Désir de campagne et Passion résidentielle publié chez Payot. Nous vous retrouvons dans une vingtaine de minutes après la chronique de Libération et le journal qui arrive. France Culture, 7h-9h, les matins d'été, Chloé Cambrelin. Il est 8h20 et nous sommes toujours en ligne avec notre invité, Jean-Didier Urbain, anthropologue, auteur notamment de Paradis Vert, Désir de campagne et Passion résidentielle publié chez Payot pour tenter d'analyser les mobilités territoriales post-Covid, voir dans quelle mesure le paysage immobilier se recompose.

Alors nous avons vu avant 8h que les situations étaient très diverses. Nous étions juste avant le journal à Anglette au Pays Basque où il y a donc sur la côte basque des fortes tensions créées par une hausse de l'immobilier qui devient en partie inaccessible à la population locale. Vous nous rappeliez Jean-Didier Urbain que ce phénomène-là concerne en réalité une toute petite partie du territoire et que ce qui se joue notamment en milieu rural, dans les campagnes, c'est tout autre chose.

Alors tout à l'heure vous nous rappeliez que la résidence secondaire finalement ça n'est pas quelque chose de réservé nécessairement aux plus riches parce qu'en fait ça dépend de ce qu'on appelle résidence secondaire et donc pour vous plutôt habitat alternatif et je voudrais qu'on revienne un instant là-dessus parce que ce que vous dites aussi c'est que voilà ça peut être un emplacement au camping ça peut être une cabane c'est aussi ça un habitat alternatif.

20:29
Didier Urbain

Oui c'est ça je veux dire il ne faut pas confondre la fonction et le support parce que effectivement on a 3,6 millions de résidences secondaires déclarées dont 60% globalement près du littoral mais il y a aussi effectivement d'autres supports qui remplissent la même fonction je veux dire on peut évoquer le camping où on sait que pratiquement un emplacement sur deux est loué à l'année avec vous savez cette demande d'avoir toujours la même place et ça fonctionne au fond exactement comme une résidence secondaire qui n'en est pas une donc avec les charges fiscales en moins mais avec un mode de vie très très proche c'est-à-dire très fermé très clôturé aujourd'hui dans les nouveaux campings vous avez des complexes autosuffisants où les gens pratiquement rentrent le 1er août et sortent le 31 enfin je veux dire il y a tout dedans le cinéma il y a tout bon tout ce qu'il faut donc ça correspond je dirais à un désir de villégiature très insulaire très replié à quoi on peut ajouter aussi le phénomène qui a été étudié notamment par France Poulain une paysagiste et sociologue ce qu'on appelle le cabanisme le cabanisme c'est quoi ?

on en voit partout quand on circule en France sur des petites parcelles agricoles comme ça de rien du tout qui ont été plus ou moins abandonnées et vendues à bas prix on trouve une vieille caravane par exemple ou un chalet un petit chalet genre entrepôt d'outils etc ce sont en fait des résidences secondaires un peu clandestines mais qui fonctionnent aussi de la même façon à géométrie variable en été on ajoute des tentes des toiles et là aussi les plus démunis je dirais trouvent un support pour vivre dans une résidence secondaire une autre maison sur laquelle ils peuvent compter qui échappe au tourisme marchand qui échappe à tous les ennuis fiscaux qu'on peut imaginer et qui ainsi trouve un moyen d'existence donc si vous voulez si on ajoute aux 3,6 millions de résidences secondaires une place sur deux réservée dans les campings plus le phénomène de cabanisme qui touche tous les compartiments de la France beaucoup d'ailleurs le littoral il faut bien le dire on arrive tout de suite excusez-moi on va vous laisser tout de suite un chiffre important je dirais qui concerne une grande partie de la population notamment urbaine puisque c'est la population urbaine qui va faire ces lieux-là et donc on ne peut plus parler d'un phénomène minoritaire si vous voulez à propos de la résidence secondaire dès lors que l'on intègre ces avatars au fond du concept

22:56
Présentateur

alors justement dans ce mouvement un peu qui s'est accéléré donc depuis un an avec la pandémie donc de besoin de nature ou d'espace est-ce qu'il y a aussi Jean Didier Urbain au-delà de ça quelque chose qui tient du projet c'est-à-dire que acheter ne serait-ce qu'un cabanon ou un endroit à rénover c'est aussi avoir un projet une forme de maîtrise sur sa vie dans un moment où il a été très compliqué de se projeter et où on subissait quand même plus qu'autre chose

23:24
Didier Urbain

tout à fait tout à fait je pense que là il y a cette grande catégorie qui est celle de l'individuel et du collectif est en train de se modifier les polarités sont en train peut-être de s'inverser il y a une forte poussée je dirais d'un désir non pas individualiste mais d'individuation dans la pratique que ce soit des voyages que ce soit de la résidence on s'auto-organise on s'auto-produit et là c'est un mouvement très très fort je veux dire qui a été déjà amorcé bien avant je dirais au niveau du tourisme notamment on auto-organise de plus en plus ses voyages le tourisme non marchand a gagné bien du terrain depuis des décennies et du coup si vous voulez la chute de Thomas Cook par exemple est un symptôme patent de ça c'est à dire que c'est la fin d'un certain type de tourisme dit de masse au profit de tourisme plus segmenté plus individualisé qui émettent de nombreux signes si vous voulez en parler d'habitat individuel parce que c'est ça aussi l'accès à la résidence secondaire dans 90% des cas c'est avoir une maison à soi et pas être dans du collectif on voit la même individualisation dans les pratiques de mobilité si vous voulez et là le Covid a été un catalyseur gigantesque parce que on se méfie du collectif aussi parce que c'est là que se transmet le virus etc donc vous avez 30% des français qui disent qu'ils vont renoncer au transport public il y a beaucoup de méfiance vis-à-vis du train et finalement on valorise aussi des moyens de transport individuels que ce soit le vélo pour les courtes distances mais aussi les motos ou bien sûr la voiture et n'oublions pas le boom des camping-cars si vous voulez c'était très symptomatique déjà l'été dernier il y a la location des camping-cars a explosé 60% de plus de gens ont pris leurs vacances en camping-car le camping-car c'est vraiment la maison roulante on échappe à tous les contacts toutes les astreintes on s'arrête aux besoins illégalement n'importe où mais comme ça on est libre et ça c'est ça s'est poursuivi si vous voulez au niveau du commercial le van par exemple est revenu à la mode le camping-car il s'en est vendu plus de 21% d'augmentation en une année on voit bien tous ces signes mis ensemble nous disent la même chose c'est que quelque part effectivement on veut être maître de son temps de son mouvement de son espace pendant les vacances

25:50
Présentateur

pendant les vacances et pas seulement pendant les vacances parce que voilà c'est ce qu'on disait en première partie aussi c'est que justement avec encore plus avec le développement du télétravail pour certains etc.

ces lieux qui étaient des lieux secondaires peuvent aussi devenir des lieux qui occupent plus de place finalement dans nos vies parce que potentiellement on peut aussi désormais y travailler alors pour terminer Jean Didier Urbain il y a quand même aussi une question qui se pose c'est finalement est-ce que quand on habite ces différents endroits comment on les habite finalement lorsque l'on a une résidence alternative est-ce que on cherche aussi d'autres sociabilités ou est-ce que en fait juste on se cherche un coin quoi

26:30
Didier Urbain

j'ai envie de répondre plutôt on se cherche un coin parce que si vous voulez pour l'instant on est encore sur la vague je dirais la troisième vague des résidences secondaires les premiers c'était un petit peu ostentatoire dans les années 60 le période du miracle économique français les 30 glorieux c'était un peu les châtains de la république qui s'achetaient à nouveau domaine après on a eu ce courant néo-ruraux qui s'est répercuté jusque chez les résidences secondaires avec des résidences secondaires très impliquées dans la vie locale faisant partie du conseil municipal imposant leurs valeurs et leur mode de vie et puis maintenant on est plutôt dans une phase la troisième phase depuis les années 90 plutôt d'enfermement de bunkerisation c'est un peu les citadels du bonheur si vous voulez les résidences secondaires on est dans un tropisme très Robinson cruzoé on se rassemble en des lieux clos avec tous les vendredis qu'on aime c'est plus de la sociabilité c'est plutôt de la compagnie choisie si vous voulez et ça c'est un moment quelque chose de très très fort c'était un des grands dangers qui avait déjà repéré Walter Benjamin en disant le danger de la société future c'est la parcellisation c'est un petit peu ce qui est en train de se produire effectivement le Covid a été un formidable catalyseur accélérateur dans ce domaine voilà et donc le ferroviaire comme l'avion ont beaucoup à faire dans le domaine pour finalement réapprivoiser redonner une image rassurante de ce mode de transport qu'on utilisera plus autrement que contrainte et forcée et tant qu'on pourra on choisira des moyens de transport disons plus autonomes et voilà ça pour répondre à votre question je pense que la tendance elle est là c'est sûr qu'on est dans un grand mouvement à mon avis d'individualisation des pratiques mais qui évidemment se heurte à des zones de tension parce qu'on veut tous aller au même endroit parce qu'il y a le tropisme de la mer il y a le tropisme du soleil il y a le tropisme du silence aussi il y a le tropisme de l'espace tous ces tropismes là rentrent en concurrence entre chocs et posent les problèmes qu'on a évoqués par exemple aux Pays Basques ou ailleurs c'est clair

28:32
Présentateur

merci beaucoup merci Jean-Didier Urbain pour ce premier panorama finalement des mouvements et bouleversements du paysage immobilier à la suite de cette pandémie je rappelle que vous êtes anthropologue auteur notamment de Paradis Vert Désir de Campagne et Passion Résidentielle publié chez Payot auteur également par exemple de L'Envie du Monde aux éditions Bréal merci beaucoup d'avoir été en ligne avec nous ce matin vous écoutez France Culture il est 8h30 merci à tous

29:02
Locuteur

merci à tous