Prisca Thevenot - Le Barbier du matin du 28/05/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Prisca Thévenot, bienvenue.
Bonjour.
Et on va commencer par cette actualité tragique à Rafa, après la frappe qui a causé des victimes civiles. Benjamin Netanyahou a dit que c'est un incident tragique. Est-ce que cela vous suffit comme explication ?
C'est clairement un drame innommable. Et le président de la République l'a rappelé hier. Nous appelons un respect du droit international. Ce n'est pas la première fois, nous le réitérons. Et bien évidemment, un cessez-le-feu immédiat. Toute la lumière doit être faite sur ce qui s'est passé.
Israël mène l'enquête. Deux terroristes étaient ciblés. Ils ont été éliminés d'Itzahal. Mais peut-être y a-t-il eu des éclats de domicile qui ont mis le feu au campement. Est-ce que vous faites confiance à Israël pour cette enquête ?
Ce à quoi je fais confiance, c'est rappeler le bon sens. Nous devons être dans un respect du droit international. Un cessez-le-feu immédiat, la libération des otages. Et c'est une urgence maintenant. Ça fait plusieurs mois que nous le disons, que nous le répétons, que nous œuvrons aussi pour cela avec un ministre des Affaires européennes et étrangères qui est à la manœuvre bien évidemment. Je parle de Stéphane Séjourné. Je pense qu'il est important très vite que nous appelions un cessez-le-feu qui soit respecté.
Le président de la République a confié hier son indignation. Certains disent non, il faut aller au-delà, il faut des sanctions contre Israël. Est-ce que c'est la voix du gouvernement français aujourd'hui ?
La voix du gouvernement français, elle est diplomatique, je vous le dis encore une fois, elle n'est pas simplement ici à travers des micros, elle se fait directement par voie d'échange sur le terrain, auprès de nos alliés dans la zone, avec les pays qui nous aident par exemple à faire du fret humanitaire sur place. 100 millions d'euros en 2023, 100 millions d'euros en 2024, avec le Dixmout qui a été mobilisé. Je le rappelle encore, la ligne est claire, libération des otages permettent un cessez-le-feu immédiat et durable, permettent le convoi humanitaire de se dérouler et une solution politique à deux états, parce qu'il est aussi important de penser à l'après.
Certains considèrent que l'action du procureur de la Cour pénale internationale, qui dans un même acte a rassemblé le Hamas et Netanyahou pour créer une contre l'humanité, a finalement renforcé Netanyahou.
Deux points. Le premier, c'est qu'il n'y a pas d'équivalence à mettre entre un État démocratique et le bras armé terrorisme, qui est le Hamas, cette organisation terroriste. Ça, c'est un premier point. Ensuite, rappelez que la France est un État de droit, et en État de droit, nous respectons les organisations internationales et indépendantes. Et je pense que cela, je le dis aujourd'hui, il est important de le rappeler, et c'est la position de la France qui d'ailleurs a été mentionnée lorsque le ministre des Affaires européennes et étrangères a été interpellée en question au gouvernement la semaine dernière devant la représentation nationale.
Pour qu'il y ait deux États, certains disent qu'il faut gagner du temps, il faut que la France, comme d'autres pays, reconnaisse d'aujourd'hui l'État palestinien. C'est ce qu'a encore réclamé hier, par exemple, Raphaël Glucksmann.
Il n'y a pas de tabou sur la reconnaissance d'un État palestinien pour la France. C'est une position qui est historique et qui a été rappelée par le président de la République. Maintenant, la question, c'est, au-delà de l'enjeu symbolique, c'est est-ce que ça sera efficace aujourd'hui ? En l'État actuel, non. Nous devons faire en sorte que les conditions soient réunies parce qu'il doit pouvoir y avoir un avant et un après.
Une des conditions, ça serait qu'émerge un pouvoir légitime côté palestinien, débarrassé du Hamas ?
Je crois que vous avez la réponse dans votre question.
Le président de la République est en voyage en Allemagne, en visite d'État, la première depuis l'an 2000. Il a dénoncé hier un vent mauvais en Europe. Que faut-il entendre ?
Il ne faut rien entendre, il faut regarder, il faut constater. Nous avons effectivement, en Europe, une vague de populisme, de nationalisme qui est bien là et qui n'est pas simplement une menace, qui est une réalité. Nous avons eu, en Hongrie, en Pologne, en Italie, des recettes de l'extrême droite qui ont été mises en place. Et ça, il faut pouvoir le regarder avec des effets concrets dans le quotidien des habitants de ces pays, des zones anti-LGBT qui ont été mises en place, des droits féminins qui ont été remis en cause, comme le droit à l'avortement. Et ça, nous devons pouvoir le regarder.
Ensuite, sur d'autres enjeux qui font partie des préoccupations légitimes des Français, par exemple, sur le contrôle de l'immigration. Eh bien, les recettes des extrêmes droites, là encore, a été fausse et a fait mentir ses paroles. On le voit avec, par exemple, Georgia Méloni, qui nous a expliqué qu'elle mettra en place, par exemple, un blocus maritime, et qu'elle a vu le premier bateau arriver près des côtes. Qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a appelé l'Europe.
Si les électeurs se tournent vers les populistes, c'est aussi parce qu'ils ont l'impression que les modérés échouent face à tous ces problèmes.
Ce que j'entends surtout, j'étais à Nîmes la semaine dernière, j'étais à Meudon, à Ville d'Avray, j'étais aussi à Bordeaux il n'y a pas longtemps, ou à Brive ou à Tulle. Ce que j'entends, c'est aussi beaucoup de colère. Et ça, il faut le regarder de façon très concrète. Et cette colère, elle s'exprime parce que beaucoup de Françaises et de Français ont l'impression qu'il n'y a pas de signe égal entre l'action politique qui est menée au niveau européen et leurs problématiques du quotidien. Eh bien, notre rôle, et en tout cas mon rôle en tant que membre du gouvernement responsable du Renouveau Démocratique, c'est de rappeler que si, ce signe égal, il existe.
Sur la santé, sur les enjeux d'emploi, mais également sur les enjeux de protection, de sécurité. Sur le sujet de la santé, on l'a vu avec la crise Covid, nous continuerons à le porter, par exemple avec un grand plan de lutte contre le cancer que nous mènerons en termes de recherche au niveau européen. Sur l'économie, le plan de relance aujourd'hui, les 1 000 milliards d'investissements demain au niveau européen pour continuer à être souverains et indépendants. Et pardon, je termine sur l'enjeu de la sécurité et de la protection de nos frontières, le pacte asile-migration hier et demain, le renforcement de notre Europe de la défense.
Voilà des choses concrètes qui répondent au quotidien des Français.
Mais ces solutions-là, pendant des années avant de produire des résultats, alors que les populistes sont aux portes là et que les gens ont l'impression que c'est le remède miracle.
Pardon encore une fois, mais vous dites là, il n'y a pas de remède miracle. Je le dis encore une fois, il faut regarder aussi, parce que je peux entendre la phrase du « oui mais ça fait trop longtemps, on attend, on attend ». Mais regardons en fait ce qu'on a fait au cours des 7 dernières années au niveau national et au cours des 5 dernières années au niveau européen. Notre bilan aussi est là pour attester de notre volonté de continuer à agir et de notre capacité à lier paroles et actes. Sur les sujets, je vous l'ai dit, sur les sujets de santé, nous l'avons mis en place. Sur les sujets de réindustrialisation, nous l'avons fait aussi.
Sur les sujets de protection de nos frontières et de sécurité, nous l'avons fait aussi. Et ça, nous devons assumer d'avoir une légitimité et une cohérence au niveau national et européen. Je ne me résigne pas à ce que demain, la moitié de la délégation française qui représentera notre voix, notre parole au niveau européen, soit une politique de la phrase facile et de la chaise vide. Ce n'est pas possible. La France, on ne peut pas accepter que l'Europe se défasse, voire même qu'on n'y ait plus notre place en tant que Français. C'est une réalité et ça, franchement, c'est dans dix jours.
Ce qui va se jouer dans dix jours, c'est ce qui va être déterminant pour nos vies, pour les 5, 10, 15 prochaines années. C'est ce qu'on va laisser en héritage à nos enfants aussi.
Dix jours, comment peut-on rattraper un retard tel que du simple au double ? C'est ce qu'il y a dans les sondages entre Valérie Rillet et Jordan Bardella.
Là, vous savez, c'est ni la députée d'hier, ni la ministre d'aujourd'hui, c'est la militante de tous les jours qui vous le dit. Moi, tant que les urnes sont vides, je continue à me mobiliser et je tiens à le dire. Nos militants sont sur le terrain, nos sympathisants sont mobilisés. Nos députés, le gouvernement, nous sommes tous mobilisés pour faire mentir les sondages. Et nous sommes capables de le faire. Nous l'avons déjà fait en 2019, nous allons continuer à le faire. Ce n'est pas simplement un sujet d'égo, comme pourraient nous le faire croire certains. Et je ne cite personne ici directement, comme pourraient nous le faire croire certains. L'enjeu qui est nous dépasse.
Et ça, nous devons le comprendre. Vous savez, le président de la République, quand il parle de démocratie, oui, la démocratie est fragile. Et attention à ne pas trop nous y habituer. Dans les moments que nous voyons et que nous traversons, certaines phrases se sont dites avec le sourire, mais derrière le sourire se cache une toute autre réalité. Et moi, je peux vous le dire de façon très claire, en étant été une ancienne députée, au niveau national, je peux vous le dire que quand certaines paroles s'envolent, les écrits restent.
Il y a eu des amendements pour faire la différence en France entre les Français et les Français binationaux, qui n'auraient pas le droit d'avoir les mêmes travails que les autres. Il y a eu des amendements aussi pour remettre en question la place des femmes et le droit des femmes. Tout ça, ce sont des réalités aujourd'hui. Il faut que nous le regardions en face.
Le président de la République a même décidé de monter sur le ring. Il est prêt à débattre avec Marine Le Pen dans le cadre de ses élections européennes. Idée surprenante, a dit Edouard Philippe. On a connu meilleur soutien quand même.
Edouard Philippe est un homme fort de la présidence d'Emmanuel Macron. Et vous le voyez encore aujourd'hui. On nous a souvent dit qu'on ne savait pas avoir notre propre parole. Nous avons aussi des nuances au sein de la majorité.
Il est indépendant.
Et ce sont ces nuances qui font aussi notre force. Nous avons commencé Modem en marche. Nous sommes aujourd'hui Modem en marche, renaissance avec l'UDI, le mouvement radical. Nous avons toujours bien évidemment horizon, territoire de progrès. Nous continuons à nous élargir. Et ça, c'est important de le dire aujourd'hui. Nous sommes cette seule force politique d'attractivité. Parce que oui, nous sommes lucides.
Il faudra un seul candidat quand même pour l'après Macron dans toute cette famille disparate. Sinon, c'est perdu.
Pardon, c'est encore loin. Déjà, moi vous savez, chaque chose en son temps, étape par étape, ma première étape immédiate, c'est le 9 juin.
Ce qui est loin géographiquement, mais qui est dans l'actualité, c'est la Nouvelle-Calédonie. L'état d'urgence est terminé, le couvre-feu demeure. Vous croyez au retour au calme ? Là, ça y est, on a passé le pire.
Si la situation tend à se normaliser, elle est encore fragile. Et ça, il faut pouvoir le dire. C'est pour ça qu'effectivement, il y a eu un renforcement des forces de l'ordre sur place avec un état d'urgence qui a été décrété. Nous avions 1 700 hommes et femmes mobilisés pour les forces de l'ordre de sécurité intérieure sur place. Elles sont aujourd'hui à 3 000. Il y a près de 458, je crois, forces de l'ordre en plus qui vont arriver. Et puis aussi, il y a un appel au retour au calme qui est envoyé par l'ensemble des parties prenantes politiques coutumières sur place.
Et ça, nous devons le respecter parce que ce ne sont que les conditions qui permettront d'avoir à nouveau un dialogue possible.
Le président de la République a évoqué la possibilité d'un référendum au niveau national pour tous les Français sur le sujet néo-calédonien. Erreur historique, dit Manuel Valls. Où est-ce que cela va aller ? Comment ça va aboutir ?
Je pense que le président de la République est garant des institutions. Et à ce titre, il doit en rappeler le fonctionnement et les possibilités ouvertes. Il a juste rappelé que quand un projet de loi constitutionnel était adopté de la même façon par les deux chambres, alors c'était une possibilité. C'est simple, il n'y a pas objet à polémiquer dessus, simplement à réapprendre à lire notre constitution.
Et en 88, d'ailleurs, les accords de Matignon avaient fait l'objet d'un référendum national.
Oui, je pense qu'aujourd'hui, avant de s'engouffrer dans des polémiques qui n'ont pas lieu d'être en ce moment, l'enjeu que nous avons en tant que responsable politique, puisque vous vous en sitiez, c'est d'appeler au calme, au retour, au calme et à l'ordre, qui ne seront que les moyens possibles pour un accord qui pourrait être discuté et mis en place.
Le débat sur la fin de vie a commencé dans l'hémicycle désormais. Est-ce que le gouvernement a été débordé à partir d'un projet raisonnable par des ultras de la fin de vie ?
Le gouvernement a été respectueux. Respectueux déjà d'une voix qui a été entendue depuis longtemps, pas simplement depuis 2017, depuis un certain moment, sur la fin de vie. Comment pouvons-nous parler de fin de vie ? Et nous sommes un pays développé où nous devons être capables d'en parler, de mettre le sujet sur la table. C'est la raison pour laquelle il y a eu d'abord des travaux parlementaires qui ont été faits par différents parlementaires. D'ailleurs, il y a Elbron Pivet à son époque.
Olivier Falorni.
Exactement. Agnès Firmin-Lebaudot. Cela est dépouché par le président de la République qui a convoqué une convention citoyenne, qui s'est prononcée sur ça, qui a débattu, qui a travaillé, qui a rendu ses conclusions qui ont servi de base pour un projet de loi. Ce projet de loi suit son chemin législatif en commission spéciale. Et je tiens à saluer le travail extrêmement rigoureux, respectueux qui a été fait par les membres de la commission spéciale. Et il est arrivé hier en hémicycle. Je pense que nous devons être en capacité de continuer à respecter ce travail parlementaire qui est en train d'être fait. Et là, pour le coup, c'est l'ancienne parlementaire qui vous le dit.
Si vous étiez encore députée, vous sauriez que voter exactement ?
Le texte est... Pardon, et je vous le redis encore, je suis une ancienne parlementaire. Et je pense que nous devons respecter ce temps parlementaire. Il vient de commencer tout juste dans l'hémicycle. Ça va faire bouger les consciences. Mais les lignes vont bouger, les débats vont se mettre en œuvre. Ça va aussi pouvoir éclairer le débat public et médiatique. Mais je pense qu'attention à vouloir trop vite raconter l'histoire avant d'avoir lu le livre. Laissons ce beau travail parlementaire se faire. Nous avons en plus une pluralité politique aujourd'hui en France qui permet de dire que toutes les tendances sont représentées.
Et j'insiste encore une fois, c'est un sujet éminemment profond, personnel. Et nous devons être en capacité de le respecter.
Un mot sur vous pour terminer. Annabelle l'évoquait. Vous avez pris beaucoup de coups depuis que vous êtes porte-parole. Comment vous le vivez ?
Je pense qu'il faut apprendre à prendre de la distance. Moi, j'assume. Je suis une militante. Une militante. Je défends un projet politique, une ambition pour notre pays. Et je le dis d'autant plus que ce pays, j'en suis fière. Je l'aime. J'en ai hérité de mes parents qui, eux, ne sont pas nés ici. Et j'ai envie de le transmettre à mon tour à mes enfants. Alors si ça envoie quelques colibés, quelques coups bas de temps en temps, eh bien si c'est le prix à payer, c'est pas grave. Je suis prête à continuer à défendre mon pays.
Ça va secouer encore d'ici 2027 ?
Ça va continuer à secouer. Mais je pense que je suis assez bien ancrée. Puis j'ai arrêté de mettre des talons. Je suis ancrée dans mes ballerines.
Priska Thévenot, merci. Bonne journée.
Merci.
Merci beaucoup Christophe. On vous retrouvera demain matin à 7h45. Votre invité sera Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. Sous-titrage Société Radio-Canada
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Prisca Thevenot