Affaire Bardella : "La suite de nos révélations arrive" (Fabrice Arfi, Mediapart)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:00OuverteRéponse partielle
Mediapart a-t-il lancé une guerre totale pour tuer politiquement Jordan Bardella et affaiblir le RN ?
- 0:42OuverteRéponse directe
Votre réponse à ces propos de Marine Le Pen ?
- 1:52RelanceRéponse directe
Vous n'envisagez pas de réponse judiciaire, vous vous contenterez de répondre sur les faits ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Vous allez publier de nouveaux éléments dans les prochaines heures ?
- 3:30RelanceRéponse directe
Comment vous pouvez être certain à 100% que les écrits sont authentiques ?
- 5:45RelanceRéponse directe
Comment vous les avez techniquement authentifiés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:48InvitéFait
« Jordan l'a dit, nous avons et lui et moi enfilé nos costards en Kevlar parce que c'est du lourd là qui tombe. »
- 1:09Invité politiqueFait
« Manifestement, il y a un désir au RN de jouer aux petits soldats. »
- 1:14Invité politiqueFait
« Je pense que la violence verbale de ce parti dont l'histoire est aussi marquée par une violence physique ne nous impressionne pas. »
- 2:46Invité politiqueFait
« il y a des doubles exigences de démonstration des éléments probants que nous détenons, mais aussi une exigence qui est très importante de protection des sources »
- 3:06Invité politiquePromesse
« il y aura la démonstration de ce que nous avons écrit et pourquoi nous sommes en capacité de démontrer que les propos attribués à Jordan Bardella sont de la main de Jordan Bardella. »
- 7:04PrésentateurFait
« Jordan Bardella dénonce des faux grossiers, et il assure que ce ne serait pas une première pour Mediapart. »
- 7:27Invité politiqueFait
« Le tribunal qui a condamné Nicolas Sarkozy a considéré en droit et en fait à tort cette phrase qui ne veut rien dire, probablement un faux, pour une raison très simple, c'est que la justice a déjà tranché définitivement Mediapart. »
- 7:47Invité politiqueFait
« Nicolas Sarkozy a même dû m'envoyer un chèque parce qu'il a perdu, que je n'ai pas encaissé, que j'ai encadré et qui est à côté de mon bureau. »
- 8:31Invité politiqueFait
« si c'est crédible que Jordan Bardella ait pu avoir des propos antisémites. »
- 8:58Invité politiqueFait
« Est-ce qu'il est crédible d'imaginer que M. Bardella, qui a pu écrire ce qu'on lui attribue, en 2023 considérer que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite malgré des condamnations définitives en la matière ? »
- 10:22Invité politiqueFait
« les erreurs de jeunesse, ça existe. On ne réduit pas une personne à une faute du passé, mais encore faut-il regarder son passé en face. »
- 10:44Invité politiqueFait
« ce qui avait été présenté comme de la dédiabolisation, en fait, n'est qu'une entreprise de dissimulation. »
Temps de parole
- Invité politique52 %
- Présentateur26 %
- Locuteur 59 %
- Locuteur 65 %
- Locuteur 33 %
- Invité3 %
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Mais tout de suite, Mediapart a-t-il lancé une guerre totale pour tuer politiquement Jordan Bardella et affaiblir le Rassemblement National dans sa course vers l'Elysée
?
C
'est la contre-attaque du président du RN et de tout le parti derrière lui. On était ici à la même heure hier avec son porte-parole, Laurent Jacobelli. Contre-attaque après la publication par le site d'investigation de propos antisémites attribuées à Jordan Bardella et qui daterait de l'époque où il était tout jeune militant au Front National vers 2013. Alors voyons ce matin donc ce que répond Mediapart. Bonjour Fabrice Harfi. Bonjour. Vous êtes co-responsable du pôle enquête du journal en ligne. D'abord, avant de parler du fond de l'affaire, votre réponse à ces propos de la candidate du RN Marine Le Pen.
Jordan l'a dit, nous avons et lui et moi enfilé nos costards en Kevlar parce que c'est du lourd là qui tombe. Mais on ne
va
pas se laisser faire. C'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar.
Le Kevlar, je précise, c
'est
la matière dont sont faits les gilets pare-balles. Qu'est
-ce
que vous répondez Fabrice Harfi ?
Manifestement, il y a un désir au RN de jouer aux petits soldats. Je
pense que
la violence verbale de ce parti dont l'histoire est aussi marquée par une violence physique ne nous impressionne pas. Il y
a
une partie de moi-même qui, avec la rédaction, est sidérée de voir que quelqu'un qui veut présider à la destinée de la nation s'adresse ainsi aux journalistes.
C
'est une autre partie de moi
qui
fait que ce genre de menace à peine déguisée me glisse dessus comme un jeune d'oeuf sur une toile cirée, si j'ose dire, parce que je crois que c'est inversement proportionnel à la qualité de la réponse à notre enquête. Donc voilà, on boit de l'eau, on travaille et on arrive. Puisque vous
parlez de menace, vous n'envisagez pas, vous dites aussi que ça vous glisse dessus, pas de réponse judiciaire, vous vous contenterez de répondre sur les faits
?
Non, mais ce que je n'aime pas, c'est que ça peut toujours donner, quand le mauvais exemple vient de si haut, de mauvaises idées à des gens qui peuvent grandir dans un environnement politique où la violence existe.
Vous allez, puisqu'on parle des faits et on va y venir, vous allez publier de nouveaux éléments dans les prochaines heures,
les prochains jours ?
Oui, on a bien conscience au journal que dans une époque où les chaînes d'info sont en continu, que tout va très vite, les réseaux sociaux, qu'il y a une impatience légitime par rapport à notre première enquête qu'on essaye de faire vivre, à laquelle on essaye de donner de l'intelligibilité, pardon, d'attendre la suite de nos révélations, elles arrivent, on se prépare, le journalisme que nous essayons de pratiquer prend du temps, il y a des doubles exigences de démonstration des éléments probants que nous détenons, mais aussi une exigence qui est très importante de protection des sources et qui rejoint d'ailleurs votre première question.
Vous savez, dans cet environnement-là, on peut faire peur à des sources, on est dans un milieu très particulier, donc on tient les debout, mais bien sûr que dans les jours qui viennent, il y aura la démonstration de ce que nous avons écrit et pourquoi nous sommes en capacité de démontrer que les propos attribués à Jordan Bardella sont de la main de Jordan Bardella.
Justement, une attente effectivement sur les preuves, et vous allez l'entendre dans ce reportage, puisque l'argument, la défense du RN sur cette manipulation dont vous seriez l'agent Fabrice Arfi avec Mediapart, et bien elle convainc les électeurs du RN que Mathilde Vinceneux a rencontrés dans le Var, dans une ville qui a basculé au dernier municipal du côté de l'extrême droite.
Sur
le port de la Seigne-sur-Mer, nombreux sont les électeurs du RN a refusé de croire que Jordan Bardella aurait pu écrire des messages antisémites et complotistes. Vidal est retraité, il se dit sceptique. Quant au sérieux de l'enquête de Mediapart, il n'y a pas de quoi le faire douter dans l'isoloir, rassure-t-il.
À
moins qu'il amène des preuves authentiques, audio ou visuelles, ce qui n'est pas le cas pour l'instant, ça ne me fera pas douter, ni mon épouse, ni moi-même. À six mois des élections, les coups
bas
vont pleuvoir de partout, et surtout sur le Rassemblement National, vu qu'il est dans les sondages en tête, et donc ça fait peur.
C'est une manipulation à bon de Fabrice, bouchée en reprenant le discours victimaire du RN.
La
présidentielle qui arrive, ça peut faire du mal au RN, ils font tout pour mettre les bâtons dans les roues, voilà. C'est complètement
faux. Mylène, électrice du parti à la flamme depuis toujours, dit-elle. En lisant l'article de Mediapart, elle lève les yeux au ciel. Les banques sont toutes détenues par des juifs, aurait notamment écrit Jordan Bardella.
C'est pas Bardella ça, mais non, mais non,
faut surtout pas y croire. Dans son salon de toilettage canin, Valérie, elle, ne remet pas en cause le travail journalistique de Mediapart, elle évoque plutôt une erreur de jeunesse de Jordan Bardella.
Je
pense qu'à 17 ans, on a droit de dire des bêtises, on l'a tous fait. Je pense que depuis le temps, il a prouvé qu'il n'était pas antisémite. Si on écoute un peu son discours, il n'est pas antisémite. Alors bien sûr, le fondateur du
parti d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, a été multicondamné pour négationnisme, rappelle Valérie. Mais depuis que sa fille, Marine Le Pen, a repris les rênes, les choses ont changé, plaident-t-elle.
Marie Le Pen aussi, il a dit des énormités. C'est pas humain de dire que les fours crématoires n'ont été qu'un détail de l'histoire.
C
'est pas humain. Mais depuis, Marine Le Pen, c'est plus le même discours. Au contraire, je pense qu'elle est même assez proche de la communauté juive. Le Front National et le Rassemblement National, il y a beaucoup de choses qui divergent quand même. La stratégie de dédiabolisation
semble avoir convaincu cette électrice, de même que les discours des cadres du parti d'extrême droite qui présentent le RN comme le bouclier des Juifs.
Fabrice Arfi, co-directeur du pôle enquête de Mediapart, vous avez entendu cet électeur du RN qui veut les preuves. Vous avez dit, on va les publier sur Mediapart. Comment vous pouvez être certain à 100% que les écrits que vous attribuez à Jordan Bardella sont authentiques ? Comment vous les avez techniquement authentifiés ? Parce
que d'abord, le travail de mes deux confrères Alexandre Berthoud et Antoine Rouget n'a pas consisté à recevoir des captures d'écran il y a deux semaines et de les publier avec un minimum de vérification. Ça fait plusieurs mois depuis le printemps, ils enquêtent. Ils ont réussi à agréger des sources documentaires différentes de sources humaines différentes, à la fois des boucles mail élargies, des mails plus restreints, mais aussi des conversations privées sur des plateformes numériques comme Facebook et Messenger par exemple. Et donc, il y
a
des possibilités techniques, techniques, et nous la raconterons. Bien sûr, mais on ne va pas mettre la réputation du journal en jeu sur des informations aussi sensibles si on n'est pas sûr à 200% par rapport à votre reportage. Ce qu'il y a de très intéressant, c'est que ça me rappelle, dans un parallélisme des formes assez vertigineux, ce que disaient des militants socialistes au moment des révélations que j'avais pu faire il y
a
déjà quelques
années sur Jérôme
Cahuzac. « Comment ça, un ministre du budget qui est un fraudeur fiscal ? » Et le mot qui revenait tout le temps, c'est « je n'y crois pas ». Mais ce n
'est
pas une religion, ce n
'est
pas une messe du pape, une enquête de Mediapart. Donc, ce n
'est
pas un régime de croyance, il faut voir ce qui est sous nos yeux.
Jordan Bardella dénonce des faux grossiers, et il assure que ce ne serait pas une première pour Mediapart. Il en veut pour preuve ce fameux document à l'origine de l'affaire du financement de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy par le régime libyen de Kadhafi. Une note attribuée au chef du service des renseignements libyens de l'époque. La justice a bien condamné Nicolas Sarkozy à 5 ans de prison en première instance dans cette affaire, mais a estimé que ce document était probablement un faux. À tort,
à tort. Le tribunal qui a condamné Nicolas Sarkozy a considéré en droit et en fait à tort cette phrase qui ne veut rien dire, probablement un faux, pour une raison très simple, c'est que la justice a déjà tranché définitivement Mediapart.
Parce que
Nicolas Sarkozy a été débouté de sa plainte pour
faux et usage de faux. Mediapart
a gagné définitivement contre Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux. Nicolas Sarkozy a même dû m'envoyer un chèque parce qu'il a perdu, que je n'ai pas encaissé, que j'ai encadré et qui est à côté de mon bureau. En première instance, en appel, et la Cour de cassation jusqu'en 2019 a dit définitivement que... Elle
vous fait
du mal cette phrase, probablement.
Oui, bien sûr, mais
j'espère que la Cour d'appel la contestera. Et d'ailleurs, le tribunal qui dit ça n'était pas saisi d'authenticité. La justice a dit définitivement que ce document n'est ni un faux matériel, ni un faux intellectuel. Tout ça, c'est du rideau de fumée pour faire oublier le fond de
nos révélations sur M. Bardella.
En parlant de fumée, Jordan Bardella dit soit Mediapart procède à une manipulation, soit ils se sont fait en fumée. Est-ce qu'il y a un risque que vous soyez fait pour
reprendre le terme en fumée ?
Évidemment, aucun risque. Et je voudrais attirer la curiosité de celles et ceux qui nous écoutent en attendant nos prochaines révélations de se demander si quelqu'un qui, comme Jordan Bardella, a travaillé en 2015 comme assistant parlementaire d'un eurodéputé, M. Jean-François Sejal, qui est un antisémite et un négationniste notoire au moment où il travaille pour lui, si c'est crédible que Jordan Bardella ait pu avoir des propos antisémites. Est-ce qu'il est crédible que l'actuel directeur de cabinet de M. Bardella, François Paradol, a été membre d'égalité et réconciliation,
le mouvement d'Alain Soral,
le théoricien raciste, antisémite et négationniste ? Est-ce qu'il est crédible d'imaginer que M. Bardella, qui a pu écrire ce qu'on lui attribue, en 2023 considérer que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite malgré des condamnations définitives en la matière ? La question que je pose, c'est est-ce qu'il est insensé d'imaginer qu'un parti fondé, notamment par un Waffen-SS, très antisémite,
un
Waffen-SS, ait pu amener à lui des antisémites ? Avec même une Marine Le Pen qui, en 2025, a dit que sa pire erreur, qu'elle ne se pardonne pas, est d'avoir exclu Jean-Marie Le Pen, son père, du parti. Un parti qui garde en son sein des antisémites, comme Caroline Parmentier, comme M. Bocaletti, député, qui a vendu des écrits négationnistes. Sur
l'antisémitisme, Fabrice Harfi, le Rassemblement National dit « Mediapart n'a aucune crédibilité sur le sujet, compte tenu du passé révolutionnaire d'extrême-gauche de votre fondateur Edoui Plenel, qui, dans ses jeunes années, appelait à défendre inconditionnellement le groupe terroriste palestinière Septembre Noir, responsable de l'assassinat de 11 athlètes israéliens lors des JO de Munich, 72. Propos récusés longtemps après par Edoui Plenel, mais est
-ce
qu'il vous disqualifie sur ces sujets ?
J'espère que ce n
'est
pas sérieux de donner un tel écho à cela. Pour une raison simple, je trouve ça même très contre-productif. Ça montre quoi, concernant ces écrits d'Edoui Plenel, qui les a reconnus, récusés, qui s'en est platement excusés, c'est que les erreurs de jeunesse, ça existe. On ne réduit pas une personne à une faute du passé, mais encore faut-il regarder son passé en face. Et les révélations de Mediapart sur Jordan Bardella permettent, de mon point de vue, de conclure que ce qui avait été présenté comme de la dédiabolisation, en fait, n'est qu'une entreprise de dissimulation.
Et d'ailleurs, c'est théorisé par le jeune Bardella lui-même, qui dit « moi je rejoins le FN à l'époque, devenu RN depuis, parce que d'un côté il y a Jean-Marie Le Pen, parce qu'il y a cette tradition politique qui n'a pas changé depuis 40 ans, comprendre l'antisémitisme, mais qu'il y a aussi Marine Le Pen qui va offrir une vitrine respectable aux partis. Donc ce n
'est
pas de la dédiabolisation, c'est de la dissimulation. Il y avait des brebis galeuses, Mediapart a découvert le berger.
Merci beaucoup Fabrice
Arfi. Vous
pouvez nous dire quand vous allez publier ces
preuves ? Non, c'est
toujours nos lectrices et nos lecteurs qui ont la primeur de ce que nous révélons.
Le co-responsable du pôle enquête de Mediapart, Merci d'être venu nous répondre et je rappelle pour être tout à fait complet que Jordan Bardella assure avoir par l'intermédiaire de ses avocats déposé une plainte en
diffamation. Nous n'en
avons pas connaissance pour l'instant.
Merci Fabrice Arfi.