Macron, Pétain et l'Histoire - Les questions SMS #cdanslair 08.11.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 30 %Défensif 70 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02PrésentateurFait
« L'erreur est de considérer que sa parole peut se suffire d'une vérité historique dans sa parole de président de la République et pas d'une vérité mémorielle. »
- 1:12PrésentateurFait
« La vérité mémorielle sur Pétain n'est pas la même que la vérité historique. »
- 4:12IntervenantFait
« Philippe Pétain, était-il un grand soldat ? »
- 4:21IntervenantChiffre
« Il était en 1935, je crois, déjà secrétaire d'État à la Défense. »
- 4:30IntervenantFait
« Il a plutôt un bon management des hommes, c'est la grande vertu qu'on lui a trouvé. »
- 5:57IntervenantFait
« qu'en 1940, il prend une position de traître, c'est-à-dire de traître au regard de la défense nationale. »
- 6:02IntervenantFait
« Il accepte de collaborer avec l'adversaire, de mettre les moyens français au service de l'adversaire. »
- 6:40IntervenantFait
« Ne pas honorer Pétain, n'est-ce pas un affront pour tous ceux qui ont combattu et sont tombés à Verdun ? »
- 6:57IntervenantChiffre
« Le 11 novembre, on l'a créé en 1920 pour dire, bon, ben voilà, on va avoir une journée pour ceux qui sont tombés pendant la guerre. »
- 7:33IntervenantFait
« Les choix tactiques militaires, notamment au début de la guerre, sont extrêmement funestes, pour reprendre un émot de Macron. »
- 7:56IntervenantFait
« Il faut rappeler qu'en 1914, on est attaqué. Les Allemands nous ont déclaré la guerre, ils ont envahi la Belgique, ils ont attaqué la France. »
Temps de parole
- Intervenant39 %
- Intervenant 222 %
- Intervenant 315 %
- Intervenant 413 %
- Présentateur7 %
- ?4 %
≈ 12,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Honoré un grand soldat, même s'il a fait des choix funestes, le « en même temps » de Macron n'atteint-il pas là ses limites
? C
'est ce qu'a dit Claude Veil et c'est vrai que pour moi ce n'était pas un « en même temps », c'était quelque chose qu'il voulait pédagogique. Je ne crois pas qu'il ait fait un « en même temps », qu'il ait dit qu'il y avait un
équilibre
égal entre les deux. Même si c'est vrai que le trouble a pu emporter certaines personnes de se dire « il fait rentrer Simone Veil au Panthéon et puis maintenant il nous parle de Pétain, il y a peut-être quelque chose qui ne fonctionne pas ». Je ne
crois
pas que c
'est
ce qu'il a voulu faire,
je
crois que s'il a voulu justement, c'est son mot, montrer qu'il y avait de la complexité. Et justement c'est ce qu'on lui reproche, c'est qu'un chef d'État ne peut pas faire de la dentelle sur certaines questions.
C
'est une bourde incroyable et stupéfiante. Quelle réflexion y a-t-il derrière tout cela s'il y en a une
? Sylvie
visiblement choquée,
mademoiselle.
Je ne pense pas que ce soit une bourde incroyable, c'est-à-dire qu'effectivement c'est ce qu
'on
disait tout à l'heure, il a exprimé une vérité historique. L'erreur est de considérer que sa parole peut se suffire d'une vérité historique dans sa parole de président de la République et pas d'une vérité mémorielle. Et la vérité mémorielle sur Pétain n'est pas la même que la vérité historique. Donc il y a quelque chose de très complexe là et en voulant faire de la pensée complexe, il a laissé de côté un autre nœud encore plus complexe. Mais ça sous-entendrait qu'il ne connaît pas cette
réalité mémorielle, comme vous dites, du pays ? Je
crois que ce qu'il maîtrise manifestement
mal, c'est les effets délétères d'Internet, de Twitter, du charcutage de votre parole dont on ne retiendra que deux mots, sous l'effet de loupe des téléphones portables et des télés d'information en continu.
Ça
lui a réussi Claude Veil, ça lui a réussi pendant la campagne présidentielle.
Oui, mais là on
voit bien qu'aujourd'hui, objectivement, que ce soit quand il discute avec un retraité un jour, le lendemain avec un gilet jaune, on voit bien que toutes ces prises de parole se retournent contre lui. Et qu'en réalité, le système aujourd'hui, le système, je ne
parle
pas du système au sens de pénis, mais le système politico-médiatique tel qu'il fonctionne, est en quête en permanence d'un point d'accroche qui permettra de développer, d'accrocher comme un chapeau au mur, la polémique du jour. Et à partir de là, vous créez tous les jours une polémique sur n'importe quel sujet. Il n
'y
a rien de plus facile. Et je trouve qu'il se laisse embarquer là, après toute cette tournée dans l'Est, dans le Nord, dans les terres meurtries, comme il aime à dire, et viser à se présidentialiser, à incarner la dimension historique de la fonction, de l'histoire, à donner un regard, un aperçu général sur l'histoire. Et il se retrouve jour après jour à se disputer un jour avec une dame qui lui reproche que sa pension de retraite a baissé, le lendemain avec une dame qui se plaint du prix à la pompe. Et franchement, je trouve qu'il y a quelque chose là de mal maîtrisé.
Mais justement, cette
question, comment un homme aussi intelligent que Macron peut-il tomber dans tous ces pièges médiatiques ? D
'abord, tout se retourne contre lui.
C'est-à-dire que ses improvisations à la rencontre des Français dans des mini-bains de foule, c'était plutôt bien géré, c'était plutôt à son profit dans la première année du quinquennat. Et depuis quelques mois, ça se retourne complètement contre lui. Il
y a
un effet boomerang systématique. C
'est
une vieille loi de la politique où ce qui a marché pendant un temps, vous faites la même chose, ça ne marche plus. Au contraire, ça aggrave votre cas à chaque fois. Ce
n'est pas lui qui a
changé, ce sont les Français ? Les Français ont changé, bien sûr. Ils lui
ont
laissé le bénéfice du doute. Puis à un moment donné, ils ont tiré le rideau. Terminé. Maintenant, ils ne supportent plus ni les petites phrases, ni les promesses. Ils veulent des résultats. Il n'y
en
a pas. Ils ne
sont
pas contents. Après, je pense que Macron a choisi une stratégie que l'on voit là et qui explique qu'en plus de la solennité, il est mis ses bains de foule. Il veut être le champion de l'endurance. Donc il dit, je vais être impopulaire, encore un peu plus dans les prochains mois qu'aujourd'hui, mais je vais être courageux et donc je vais continuer à aller me faire engueuler par les Français en espérant qu'un jour, les Français me disent « Ah ben finalement, vous avez eu raison, la France a changé et ça va mieux. » Alors évidemment, c
'est
un pari sur l'avenir. Encore faut-il que, malgré la croissance en Berne en Allemagne et en Berne en France, ça se termine bien à la fin du quinquennat. Mais il fait ce pari, non pas de se renier en disant « Excusez-moi, je me suis trompé, on change », ce qu'a fait Hollande, ce qu
'a
fait Sarkozy, ce qu'a fait Chirac, des revirements, c'est terrible, il s'enfonce, il s'enlise en ce moment, mais il pense qu'à un moment donné, il en profitera.
On
verra ce que l'avenir lui réserve. Philippe Pétain, était-il un grand soldat ? Et si on laissait la parole aux historiens ?
Alors allez-y.
On en a un peu parlé, mais c'est vrai que c'est un… Alors, on peut regarder parce qu'après, il a fait une carrière politique, comme la plupart des grands officiers français. À un moment donné, il bascule vers la politique. Donc il était en 1935, je crois, déjà secrétaire d'État à la Défense, il a été ambassadeur, mais comme combattant, il est en 1912 au bord de la retraite, il se retrouve avec la Première Guerre mondiale qui arrive, qui lui permet de devenir général. Il a plutôt un bon management des hommes, c'est la grande vertu qu'on lui a trouvé. Et puis la deuxième chose, c'est qu
'il
a une grande capacité de logisticien. Il faut parler de la voie sacrée quand on parle de Verdun, et il fait partie de ceux qui ont organisé cet énorme roulement qui a permis d'alimenter le front. Donc il a ces qualités-là, il a une capacité de direction des hommes qui est bonne. Il a su aussi sélectionner des majors de promotion, de l'école de guerre, donc avoir autour de lui un vivier d'hommes volontaires et qu'il admirait beaucoup parce qu'il trouvait qu'il avait un grand sens de l'à-propos. Donc dans ce sens, on peut dire que c
'est
un grand soldat, mais ce n
'est
pas un grand soldat au sens Rambo. Ce n
'est
pas un type qui sort avec son fusil et qui va
tirer
partout. Mais encore une fois, ça, l'historien peut le dire, comme vous le faites à plat. Et aucun responsable politique de premier point,
tel qu'un chef de l'État,
ne peut assumer ses... Non, mais pour
que les gens comprennent bien... Si
moi, je m'en tenais à ce discours-là et que je passe ma vie à dire que Pétain était un grand soldat, au bout d'un moment, on
pourrait avoir le soupçon
que peut-être j'essaye de donner à Pétain une sorte d'aura. Voilà. Et évidemment, je suis obligé de rappeler dans la même émission et dans la même phrase qu'en 1940, il prend une position de traître, c'est-à-dire de traître au regard de la défense nationale. Il accepte de collaborer avec l'adversaire, de mettre les moyens français au service de l'adversaire. Et il va en plus, après, être emmené par l'adversaire dans un château, sur les bords du Rhin, où il va avoir un gouvernement en exil qui sera le sien. Et il va revenir seulement après. Donc, vous voyez ce que je veux dire ? Il est allé chez les ennemis. En 1944, il est chez l'ennemi.
On a oublié l'épisode de 1973, quand un commando d'extrême droite, dont l'un des cerveaux était Tix-Sévignancourt, candidat en 1965, avec comme directeur de campagne Le Pen, fait voler la dépouille de Pétain à l'île-Dieu pour le ramener et l'enterrer à Douaumont. C'est dire, si c'est ce débat sur
le grand
soldat
de Pétain,
ça a été encore plus incandescent qu'aujourd'hui.
«
Ne pas honorer Pétain, n'est-ce pas un affront pour tous ceux qui ont combattu et sont tombés à Verdun ?
»
Là, j'allais dire, c'est pousser le paradoxe. C'est pousser le paradoxe. Tous ceux qui sont tombés à Verdun, ils sont honorés. Et ils sont précisément honorés, comme tous les soldats de France, depuis un siècle.
C
'est le sens du 11 novembre. Le 11 novembre, on l'a créé en 1920 pour dire, bon, ben voilà, on va avoir une journée pour ceux qui sont tombés pendant la guerre. Et puis, cette journée est devenue la journée de mort des combattants français, y compris ceux qui sont morts en opération extérieure. Chaque année, on lit leur nom. Et cette cérémonie du 11 novembre, elle honore nos morts pour la défense de la patrie, nos morts au champ d'honneur. Donc, il faut bien garder présent ça à
l
'esprit. Et donc, ne pas honorer Pétain, c'est juste ne pas honorer Pétain. Il ne
faut
pas non plus créer de l'amalgame inversé. Célébrer les maréchaux, derrière la victoire, combien de boucheries, de morts, de gueules cassées, de fusillés, pour l'exemple. C'est bien pour ça que c'est si compliqué.
C'est ce que vous disiez tout à l'heure. La responsabilité est encore vide.
Les choix tactiques militaires, notamment au début de la guerre, sont extrêmement funestes, pour reprendre un émot de Macron. Tout le travail diplomatique, politique, militaire et aussi d'armement est très contestable. Donc là, le travail des historiens est terrible. Alors maintenant, est-ce qu'on peut, avec nos critères d'aujourd'hui, la vie humaine à un prix incroyable, relire le passé de 1914 ou les guerres napoléoniennes avec les mêmes valeurs ? Non, parce que sinon, ça fausse tout, bien sûr. Oui, mais un mot quand même. Il faut rappeler qu'en 1914, on est attaqué. Les Allemands nous ont déclaré la guerre, ils ont envahi la Belgique, ils ont attaqué la France. Donc,
il
faut quand même rappeler que nos généraux, nos officiers,
ils
ont peut-être fait des boucheries, mais ce n
'est
pas eux qui l'ont choisi. Ils ripostaient à un adversaire qui nous a déclaré la guerre. Il faut juste rappeler ça quand même. Oui. Le dérapage du président, de plus, est-il intentionnel
?
Non, ça, il
faut
lui prêter vraiment le calcul cynique de vouloir se rabibocher avec une France très à droite. Franchement,
non.
Il
avait l'intention de parler beaucoup, c'est sûr, et il a sans doute parlé trop. Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h25. Demain, vous retrouvez Axelle de Tarlet pour un nouveau C'est dans l'air. Tout de suite, c'est à vous. Belle soirée sur France
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