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interviewRMC — Face à Face· 24 décembre 2025 21 min

Face à Face : Jean-Philippe Tanguy - 24/12

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherde. Il est 8h31 sur RMC et BFM TV, bonjour Jean-Philippe Tanguy, vous êtes député RN de la Somme, vous êtes membre de la commission des finances, vous étiez même dans la commission mixte paritaire, la fameuse qui a explosé en vol et le budget avec, mais tout de même, hier, un moment presque de grâce à l'Assemblée, un vote unanime, pour une fois, vote unanime de la loi spéciale à l'Assemblée nationale hier soir, cette loi spéciale qui permet à la France de continuer à tourner au moins le temps d'attendre un budget.

Marine Le Pen a décrété une sorte de trêve de Noël, elle l'a dit en s'adressant au Premier ministre, et Sébastien Lecornu lui a d'ailleurs répondu en souriant, en espérant, dit-il, que cette trêve se poursuive jusqu'en janvier pour pouvoir adopter un budget. Chiche ?

0:58
Jean-Philippe Tanguy

Écoutez, M. Lecornu a fait un peu de politique sur la déclaration de Marine Le Pen, qui était avant tout pour remercier tous les Français et toutes les Françaises qui travaillent aussi en ce jour de Noël, les soignants, nos policiers, nos gendarmes, tous ceux qui nous transportent pour aller vers nos familles. C'était un hommage aussi à cette France qui ne va pas profiter de sa famille, qui ne va pas profiter de ses proches pour s'occuper de nous. Et c'est vrai que ça concerne un petit peu le monde politique qui, cette année, n'a pas donné une très belle image de nous-mêmes.

Parce qu'on se rend bien compte que les promesses qui avaient été faites aux Françaises et aux Français aux dernières élections, à savoir ne donnez pas le pouvoir au Rassemblement National et puis on va s'arranger, on se rend bien compte que tout ce petit monde n'arrive pas à s'arranger. Oui, mais vous-même, vous étiez dans la bataille politique. Absolument, parce qu'on porte des idées. Tout le monde était contre nous. Il se trouve que, par acquis de conscience, j'ai regardé la soirée électorale des élections législatives de 2024.

1:53
Présentateur

Ah, vous avez re-regardé ? Oui, j'ai regardé un peu par acquis de conscience. Vous faites ça de temps en temps, vous re-regardez les soirées électorales.

1:56
Jean-Philippe Tanguy

Oui, dans mes soirées, un peu de solitude. D'accord. Mais pour revoir si parfois je ne vis pas dans ce monde parallèle, parce que vous recevez beaucoup de femmes et d'hommes politiques, ils ont tendance à se reconstruire un monde parallèle. Donc je suis allé revoir ce qui s'était passé ce soir-là. Et puis ils étaient tous, main sur le cœur, on a battu le Rassemblement National. Jordan Bardella n'est pas Premier ministre, mais vous allez voir, on a entendu le message. On va se mettre d'accord, on va résoudre les problèmes. Écoutez, on est deux ans après. Et cet échec du budget, c'est l'échec du système. Ce sont des gens, on l'a vu notamment au Sénat.

Le Sénat n'a pas réussi à baisser les dépenses publiques. Le Sénat a encore aggravé le déficit public de 10 milliards d'euros, comme ils l'ont fait sur la sécurité sociale. Et c'est facile d'endormir tout le monde avec de la dette. Vous savez, Madame de Malerme, ça fait 50 ans qu'ils font ça. La dette, ça ne se voit pas à court terme. Voilà, ça passe. Les gens se disent parce qu'ils sont fatigués qu'ils ont autre chose à faire dans leur vie. Bon, ce n'est pas terrible, mais on va faire avec. Et puis la dette, depuis trois trimestres, elle a augmenté de 180 milliards. Donc 180 milliards à 4 %, je vous laisse faire le calcul. Ça fait 6 milliards, plus de 6 milliards d'intérêts.

Et qui est-ce qui va payer les intérêts ? Qui est-ce qui va payer la dette ? C'est ceux qui travaillent, ce sont les retraités, ce ne sont pas les hommes politiques. Donc en fait, ce système, si vous voulez, qui est en dehors, qui fait le lait de redon, c'est le lait de redon, avec la grosse dette bien dodue. Et à la fin, malheureusement, c'est les Français qui paient. Et je vois bien que la question de la dette et de l'endettement public, il passe un peu au deuxième plan.

3:14
Présentateur

Vous pouvez quand même reconnaître au moins à François Bayrou d'avoir considérablement parlé de cette dette.

3:20
Jean-Philippe Tanguy

Exactement, c'est exactement ça, Madame de Malarbe. C'est qu'alors qu'on a eu 6 mois quand même sur ce thème-là, finalement, comment signer la séquence politique sans M. Bayrou ? Certes, on lui souhaite bon rétablissement. Il paraît qu'il a eu une grippe assez sévère. On lui souhaite bon rétablissement avec ses proches. Ça se finit par plus de dettes, plus d'endettement. Et les Républicains de M. Rotaillot, vous avez quand même reçu beaucoup M. Rotaillot depuis 2 ans, toujours, il vous explique qu'il va baisser la dépense publique. Il a eu le pouvoir pendant 2 semaines de baisser la dépense publique. Il ne l'a pas fait. Ce n'est pas une attaque du Rassemblement National.

Ce n'est pas une interprétation de ma part.

3:49
Présentateur

Il a eu le pouvoir un peu plus longtemps que 2 semaines.

3:50
Jean-Philippe Tanguy

Non, mais sur le budget, sur le Sénat, il aurait pu baisser la dépense publique. Parce qu'on parle de quoi ?

3:56
Présentateur

Alors, attendez, attendez, parce que là, vous avez dit plein de trucs. J'en fiche pas qui ? Non, non, vous avez dit plein de trucs. Je sens que vous avez beaucoup, beaucoup de choses à dire. Mais on va prendre les choses petit à petit. D'abord, sur la situation au moment où on se parle. Ce budget, il a donc été rejeté. Vous nous raconterez dans un instant, d'ailleurs, comment ça s'est passé derrière les portes de la commission mixte paritaire. Mais il y a quand même cette loi spéciale. Certains disent que cette loi spéciale va nous coûter une fortune. D'autres disent, au contraire, si ça ne dure pas longtemps. C'était le cas de Philippe Juvin.

Il disait, au fond, rapporteur du budget, ce n'est pas non plus une catastrophe pour le budget de la France si ça ne dure pas trop longtemps. Est-ce que, la question, c'est, est-ce qu'il y aura un budget en janvier ? Est-ce que vous estimez, vous, qu'il faut un budget en janvier ?

4:38
Jean-Philippe Tanguy

Qu'il faille un budget, oui, bien sûr qu'il faut un budget. Si c'est le budget qu'on nous propose, c'est une catastrophe. Parce que concrètement, c'est quoi ? C'est 19 milliards de hausses d'impôts. Il y a eu beaucoup de fausses informations qui ont circulé. C'est vrai que les débats budgétaires, c'est compliqué à suivre parce qu'on est dans notre petit monde, un politique très technique, où on vit notre petite vie. Et il y a des choses qui sortent de l'extérieur. On a l'impression qu'il y a plein d'impôts d'un coup qui sont votés, alors que l'essentiel est théorique et très bidon.

5:00
Présentateur

Donc, à la fin, vous avez fait le calcul et vous considérez qu'il y a 19 milliards.

5:04
Jean-Philippe Tanguy

Ce n'est pas mon calcul, c'est le texte qui est déposé par le gouvernement. Vous regardez le tableau de la hausse des impôts. Il y a 19 milliards de hausses d'impôts qu'on appelle des recettes fiscales. Et puis, il y a 5 milliards encore en plus qu'on appelle des recettes non fiscales. Donc, c'est 24 milliards en plus. Ce qui est d'ailleurs exactement, et c'est là où on voit que c'est Bercy qui contrôle tout, la hausse d'impôts qu'on a eue en 2025. Parce qu'au milieu du budget, il y a eu ce qu'on appelle la loi de fin de gestion. C'est-à-dire encore un terme technique. Et ils ont voté quoi ? Ils ont acté qu'en 2025, l'ensemble de la baisse très limitée du déficit a été des hausses d'impôts.

C'est ce que dit d'ailleurs l'accord des comptes.

5:36
Présentateur

Quel budget vous accepteriez-vous ?

5:39
Jean-Philippe Tanguy

On accepterait une baisse de la fiscalité qui est gagée sur une baisse des dépenses. Ce n'est quand même pas compliqué parce que vous savez, il y a 57% de la richesse des Français qui est en dépenses publiques. Donc, on se rend compte, ça fait une masse de plus de 1 500 milliards d'euros. Et là, ils n'arrivent pas à trouver 10 milliards d'euros. Écoutez, tout ça n'est pas sérieux. On voit bien qu'en fait, c'est un système qui est prisonnier de lui-même. C'est un peu mis en laisse, il faut bien le dire, par du clientélisme, par une forme de corruption passive. Vous parlez assez régulièrement sur vos antennes du prix des marchés publics, du fameux catalogue où on achète des biens très chers.

6:12
Présentateur

Le catalogue des commandes publiques où effectivement, on achète la moindre machine à café ou le moindre fauteuil de bureau, plus cher que si on l'achetait sur le marché.

6:19
Jean-Philippe Tanguy

A peu de 20%. Oui, c'est quand même considérable. Bon, si votre chaîne était gérée comme ça ou votre famille, vous seriez sur la paille depuis longtemps. Donc, tout ça n'est pas sérieux.

6:28
Présentateur

Oui, mais ça, tous les individus le disent. C'est-à-dire, je vais vous prendre un exemple qui m'a frappé ces derniers jours. Ma prime rénov', puisqu'il n'y a pas de budget, l'agence qui s'occupe de gérer ma prime rénov' ne peut pas fonctionner tant qu'il n'y a pas de budget. Donc, il n'y a pas de ma prime rénov' qui est à nouveau suspendue à partir du 1er janvier. Et vous avez tout le monde du bâtiment, les artisans, les patrons de ces entreprises qui crient au scandale, qui disent c'est une catastrophe, on va s'écrouler.

Ça veut quand même dire que quand vous dites le système et le système, c'est y compris chaque individu, chaque travailleur, chaque ouvrier du bâtiment qui dit qu'il est désormais dépendant de cette dépense publique. Vous au pouvoir, vous diriez aux artisans, aux commerçants, écoutez, on arrête vos aides ?

7:09
Jean-Philippe Tanguy

On s'est engagé à arrêter ma prime rénov'.

7:11
Présentateur

C'est pénible, vous ne la remettriez pas ?

7:14
Jean-Philippe Tanguy

On enlève ce machin très technocratique qui est un nid à fraude. Tous les rapports de la Cour des comptes là-dessus sont très clairs. C'est un nid à fraude qui ne fonctionne pas. En gros, quand vous mettez 2 euros d'aide publique, il n'y a qu'un euro qui est vraiment utile pour la rénovation thermique et pour ces ouvriers du bâtiment. Donc, on a proposé avec Marine Le Pen et Jordan Bardella ce qu'on appelle 100% rénov'. C'est un prêt à taux zéro, un prêt vert, beaucoup plus simple, sans bureaucratie. Oui, c'est beaucoup simple, mais ça veut dire que vous aussi, vous ne leur dites pas « débrouillez-vous tout seul ». Vous ne leur dites pas « débrouillez-vous tout seul ».

7:42
Présentateur

Vous continuez à leur dire « on va vous aider, on va vous accompagner, on va avoir une dépendance à la dette ».

7:46
Jean-Philippe Tanguy

Non, mais il y a des mécanismes qui fonctionnent. Or, ce mécanisme, il peut rapporter de l'argent. Alors là, on n'a pas le temps de l'expliquer, mais c'est un système qui permet de rapporter de l'argent. Tout système n'est pas voué à coûter de l'argent public. Mais au-delà de ça, pourquoi est-ce qu'on a donné ce système aussi de ma prime rénov'. C'est que l'État met tellement de normes, de bureaucratie, de contraintes, qu'ils sont toujours dans la compensation de la bureaucratie par un petit billet, par un chèque. Regardez les agriculteurs, pourquoi ils n'en peuvent plus ? C'est qu'on dit « on va arracher vos vignes, on vous fait un chèque. » « On va tuer vos bêtes, on vous fait un chèque.

» « On vous empêche de cultiver de la betterave ou des noisettes, on vous fait un chèque. » Les Françaises et les Français, je crois, en tout cas la France du Travail, n'ont plus de ce système. On n'a pas déjà, moralement, c'est très condamnable. Et en plus, les gens ne travaillent pas pour avoir un chèque de l'État. Ils le paient d'une façon ou d'une autre par leurs impôts de toute façon. Et surtout, on n'a plus cet argent. Donc en fait, on est sur un système complètement dingue, où on détruit de la richesse. On détruit de la richesse. Mais les agriculteurs, par exemple. Et on compense la richesse par de la dette. Ça ne fonctionne plus.

8:41
Présentateur

Jean-Philippe Tanguy, les agriculteurs. Alors, il y en a quelques-uns qui restent encore sur l'autoroute, notamment à 64. Ils ont été reçus par Emmanuel Macron hier. La plupart, et notamment la Confédération Paysanne, ne sont pas convaincus et appellent à maintenir les blocages. Vous, d'un côté, vous dites, on va réduire considérablement, voire supprimer, la contribution de la France au budget de l'Union Européenne. Mais dans ces cas-là, qui va payer les agriculteurs ?

9:06
Jean-Philippe Tanguy

C'est simple, on peut le payer nous-mêmes, puisqu'on va donner 30 cette année. Ça augmente de 6 milliards. Et on reçoit entre 12 et 15. Donc, il y a 15 milliards net.

9:14
Présentateur

Les agriculteurs, ils remercient la PAC.

9:17
Jean-Philippe Tanguy

Les agriculteurs, ils remercient la PAC. La politique agricole commune. Les agriculteurs, ils font avec le système qu'ils ont. Mais les agriculteurs savent très bien qu'on donne 2 euros à l'Europe, elle nous en rend 1. Mais c'est mathématique. Je vous donne ma montre, vous me donnez l'heure. C'est ça, l'Union Européenne aujourd'hui. C'est complètement déconnant. Ça ne fonctionne pas. Et en plus, pareil, on compense des contraintes. Parce que cette PAC, vous savez très bien que les agriculteurs le disent aussi, c'est plus que c'était. Avant, c'était une incitation à produire. On incitait les agriculteurs à produire en France, en Europe.

Maintenant, dans la PAC, il y a plein de primes pour compenser ces politiques écologistes punitives absurdes. On les empêche de cultiver des terres. On les paye. On leur dit de réduire leurs cheptels. On les paye. C'est exactement la logique que je dénonçais tout à l'heure, Mme de Blané. Et c'est pour ça que l'Europe décroche. C'est pour ça que l'Europe décroche. Il n'y a pas besoin de chercher des trucs très compliqués. Mais on est en décroissance. C'est-à-dire que nous avons des politiques bureaucratiques ou d'écologie punitive qui incitent à produire moins par rapport aux autres.

10:09
Présentateur

Alors, techniquement, on n'est pas en décroissance, Jean-Philippe Tanguy. En termes économiques, la France a encore enregistré une forme de croissance économique. Ça, c'est du pipou.

10:18
Jean-Philippe Tanguy

Vous voyez bien que ce sont des chiffres qui cachent une autre réalité. En fait, il faut prendre le PIB par habitant. C'est la richesse qu'on crée par habitant. Parce que naturellement, on a des immigrés qui arrivent. On fait encore des enfants, même si la crise de la natalité est là. Donc, mécaniquement, le PIB, il augmente un peu. Mais si vous prenez la richesse par habitant, on est complètement dégringolé. La France, en termes de PIB par habitant, est envenue la 26e puissance du monde, alors qu'on était dans les dix premiers il y a encore 20 ans.

10:44
Présentateur

Donc, pour vous, la France va mal ?

10:45
Jean-Philippe Tanguy

Bien sûr qu'elle va mal. Mais vous voyez bien, pourquoi on n'arrive pas, par exemple, à financer les systèmes de retraite ? Tous les systèmes sociaux, c'est qu'on ne produit plus par habitant assez de richesse pour suivre le coût de la hausse de la santé, par exemple.

10:56
Présentateur

Est-ce qu'il vaut mieux rester sur cette loi spéciale ou adopter un budget ?

10:59
Jean-Philippe Tanguy

Il vaut mieux rester sur cette loi spéciale si c'est pour avoir le budget qu'on nous propose. Il coûte plus toute l'année ? Je préfère ça que ce qu'ils ont fait avec la sécurité sociale. Parce que concrètement, qu'est-ce qui s'est passé ? On dit qu'ils se sont mis d'accord, c'est formidable. Bah oui, le déficit de la sécurité sociale, il est passé de 16 à 24 milliards. Ils ont augmenté le déficit d'un coût de 50%. C'est facile de se mettre d'accord là-dessus. Tout le monde peut se mettre d'accord en faisant payer les autres. C'est une question aussi de chiffres.

11:23
Présentateur

Quand vous preniez 16 et que là vous prenez 24, vous prenez les deux chiffres effectivement extrêmes. Dans le 24, vous rajoutez y compris la contribution de l'État qui ne participe pas officiellement aux chiffres du déficit.

11:34
Jean-Philippe Tanguy

Ça c'est comptable, madame. À la fin, c'est qui paye ? C'est les contribuables. Ça peut être l'État, la sécurité sociale. C'est un jeu d'écriture. C'est bien 24 milliards d'un payé. Voilà, c'est tout. Et ça, il faut bien le compenser.

11:45
Présentateur

Donc pour vous, s'il y a un 49.3, il y aura censure. S'il y a vote, vous voterez contre. Quoi qu'il arrive, vous ne participerez pas à l'adoption du futur budget.

11:53
Jean-Philippe Tanguy

Mais ils peuvent tout à fait faire des économies. Tout ça est encore possible. Des économies sur la submersion migratoire, sur le millefeuille territorial. Pourquoi par exemple on n'arrive pas à faire des économies sur le millefeuille territorial ? Il faut quand même dire la vérité. Il y a des élections municipales qui arrivent et des élections sénatoriales. La réalité, vous me parliez de ce qui s'est passé en CMP, en commission mixte paritaire, où il y a les sénateurs, les députés. Eh bien, les sénateurs, je vais vous dire, étaient pires que les députés. Parfois, il m'arrive d'avoir honte de l'Assemblée nationale. Mais alors, le Sénat, la CD, n'importe quoi.

Alors attendez, là, Jean-Philippe Tanguy, vous êtes en train de raconter,

12:20
Présentateur

et il faut que tout le monde comprenne de quoi il s'agit, ce moment qui, effectivement, a fini par faire exploser le budget. La commission mixte paritaire, c'est ce moment où quelques députés, quelques sénateurs se mettent ensemble dans un huis clos, en quelque sorte, pour tenter de trouver un texte commun. Faute de quoi, il n'y a pas de budget, ou alors ça repart à l'Assemblée, mais là, nous n'avions pas le temps, étant donné que le calendrier était trop restreint. Jean-Philippe Tanguy, il a suffi de quelques minutes, quoi. Ça n'a pas duré. Qu'est-ce qui s'est passé ?

12:50
Jean-Philippe Tanguy

Bon, ils ont acté qu'ils n'étaient pas d'accord, parce que les socialistes voulaient plus d'impôts, les sénateurs voulaient baisser les dépenses, mais on ne sait pas où, et surtout, les sénateurs voulaient préserver les crédits des collectivités territoriales, et les élections sénatoriales, c'est en septembre, c'est un mot, ça s'appelle de l'achat de voix. Pour vous, les sénateurs ont acheté des voix, sont dans un clientélisme ? C'est quelques centaines, voire quelques milliers d'électeurs par département, les sénatoriales.

Donc, quand vous votez des milliards d'euros de subventions qui vont directement à des élus qui sont en cours de réélection, en espérant que si vous aidez les élus municipaux et des agglomérations à se faire réélire, après, ils vont voter pour vous, ça s'appelle comment ? Moi, j'en ai aussi assez, qu'on soit toujours dans le politiquement correct. Ah ben non, il ne faut pas dire ça, ce n'est pas correct, les pauvres sénateurs. Ce ne sont pas des pauvres sénateurs. Quand vous versez des milliards d'euros payés par le contribuable, par la dette, à des gens, des grands électeurs qui, après, vont vous réélire, ça s'appelle de l'achat de voix.

13:41
Présentateur

Ça n'est pas public, la commission mixte paritaire, ça se passe effectivement dans une forme de huis clos. Jean-Philippe Tanguy, Philippe Juvin ici même, et Sébastien Lecornu à nouveau hier, ont considéré que si ça avait échoué, c'était simplement parce qu'il manquait du temps. Mais ce que vous êtes en train de nous raconter là, c'est que ce n'était pas une question de temps.

13:56
Jean-Philippe Tanguy

Ah ben si, parce qu'ils auraient pu se mettre d'accord sur le déficit.

13:58
Présentateur

Ils auraient quand même fini par se mettre d'accord ?

13:59
Jean-Philippe Tanguy

Ah oui, je pense que Philippe Juvin avait raison. D'ailleurs, il avait aussi raison sur le coût de la loi spéciale. Moi, ça fait un an, y compris sur votre antenne, que je dis que le fait que la loi spéciale avait coûté 12 milliards d'euros, ce n'était pas vrai. Il a avoué, il a reconnu que c'était faux.

14:10
Présentateur

D'ailleurs, il n'avait jamais dit lui que ça avait coûté. Ce n'est pas une question de reconnaître.

14:14
Jean-Philippe Tanguy

Non, parce qu'il a accès à tous les documents budgétaires que moi j'ai passé.

14:17
Présentateur

Il estime effectivement, calcul à l'appui, que lorsque un certain nombre de ministres avaient dit que ça avait coûté 12 milliards, la loi spéciale, et que donc il fallait absolument un budget pour ne pas avoir à payer cet argent, Philippe Juvin dit non, en réalité, il n'y a pas ce chiffre-là.

14:33
Jean-Philippe Tanguy

Voilà, donc c'est quand même beaucoup de mensonges de la part du gouvernement. Et là, je pense effectivement qu'ils n'ont pas voulu avoir le temps pour continuer cette comédie. Parce que moi, je pense depuis le début qu'en fait, M. Macron et M. Lecornu font une comédie pour gagner du temps sur ce budget, pour épuiser les Françaises et les Français. D'ailleurs, je suis obligé de reconnaître que ça marche un peu. C'est vrai que les gens en ont marre. Ils disent, écoutez, nous, on a nos problèmes, on a nos vies, on a nos familles, on a nos métiers, on n'en peut plus de ces histoires budgétaires, ça fait des mois et des mois, passons à autre chose.

Donc en fait, ils jouent, il faut bien le dire, sur l'épuisement. Et je pense que là, effectivement, le fait qu'ils n'aient pas donné deux jours de plus à Philippe Juvin, rapporteur général du budget et au Sénat, pour se mettre d'accord sur un chèque encore à faire, ce n'était pas compliqué, c'était volontaire. Moi, je pense qu'ils veulent toujours perdre du temps pour montrer que le Parlement n'est pas responsable, il n'y a que le gouvernement qui est capable de faire des choses. D'ailleurs, on verra comment. Est-ce que ce sera le retour du 49-3 ? Je ne sais pas. Est-ce que ce sera les ordonnances ? Il n'y a pas eu de vote. Il faut qu'il peut encore y avoir ces ordonnances.

C'est-à-dire que le gouvernement applique le budget par ordonnance.

15:30
Présentateur

Si on en croit Sébastien Lecornu hier, il a l'air de préférer, évidemment, que tout le monde se mette d'accord et que ce budget soit voté de manière, j'allais dire, normale, selon la procédure normale, qu'il n'y ait pas de 49-3.

15:43
Jean-Philippe Tanguy

Tant mieux.

15:43
Présentateur

Vous entendez quand même cette volonté au minimum.

15:45
Jean-Philippe Tanguy

On verra, c'est sûr. Mais si ça se fait au détriment du déficit et de l'endettement, une fois plus, non, on ne sera pas d'accord. Si à 49-3, vous censurerez ? Oui, évidemment. Mais on ne s'en sort pas pour censurer. C'est que la situation est catastrophique. Il y a vraiment un phénomène d'emballement de la dette. Et comme il y a un phénomène d'emballement de la dette, il y a un phénomène d'emballement de les intérêts de la dette. Et c'est les Françaises et les Français qui paient. On ne peut pas. C'est trop facile, vous savez. C'est facile de venir ici, de dire on s'est mis d'accord. Et c'est les Français qui paieront dans 5, 10, 20 ans. Ce n'est pas possible de faire comme ça.

Et puis de laisser passer quand même aussi des gros mensonges. Quand on voit M. Pierre Lescure qui, hier...

16:16
Présentateur

Le ministre de l'économique était à mon micro.

16:18
Jean-Philippe Tanguy

Est pris en flagrant délit de mensonge sur la fameuse taxe des petits colis. Et qu'il se passe le phénomène que le Ration nationale avait annoncé depuis le début. A savoir que cette taxe sera contournée par des moyens logistiques. Et qu'il y a un entrepôt en Pologne qui s'ouvre.

16:32
Présentateur

Alors vous utilisez le mot mensonge. On va être très précis, Jean-Philippe Tanguy. Puisque en l'occurrence c'est moi qui l'ai interrogé. Et qu'en effet je l'ai interrogé sur l'obsolescence déjà de cette taxe sur les petits colis. Puisque la taxe... Alors il y a la taxe européenne qui elle devrait s'appliquer. En revanche la taxe française à proprement parler. Elle ne s'appliquera pas. Et c'est ce que je lui faisais remarquer. Puisque Chine a déjà inauguré cette semaine un très vaste entrepôt à Varsovie. Dans lequel les colis feront escale. Et comme ils feront escale à cet endroit-là. Ils ne viendront plus officiellement de Chine. Mais ils viendront de Pologne.

Et donc il n'y aura pas de taxe. Et deuxième étage de la fusée. Il est quand même possible également qu'ils n'aient pas à payer la taxe européenne. Puisqu'ils vont, semble-t-il, les faire venir dans un conteneur. Au lieu de les faire venir un par un, ça deviendra un grand colis officiellement. Et si ça devient un grand colis, il n'y aura pas non plus la fameuse taxe des 3 euros européenne qui devrait s'appliquer au 1er juillet. Donc en effet, c'est contourné. Ce n'est pas pour autant un mensonge. C'est-à-dire que la taxe, elle existe. C'est juste qu'elle ne sera pas appliquée.

17:32
Jean-Philippe Tanguy

Mais si, Madame de Malère. Parce qu'on a eu ces discussions au Parlement. Au Parlement, il se passe des choses. Marine Le Pen et votre serviteur ont exactement dit cela aux ministres. Et on nous a répondu qu'on était des populistes, qu'on ne comprenait rien, qu'ils étaient évidemment supérieurement intelligents à nous. Alors que c'est une évidence. C'était tellement facile à contourner cette taxe petit colis. C'est exactement ce qu'on leur a dit.

17:51
Présentateur

Mais du coup, c'est quoi face à Chine ?

17:52
Jean-Philippe Tanguy

On met des vraies taxes douanières. Regardez ce qui s'est passé là. On a des rétorsions sur le port, sur les produits laitiers de la Chine. Tout le monde sait que c'est bidon. Et l'Union Européenne n'est capable de se défendre qu'en 18 mois, en suivant les règles de l'OMC. C'est fini tout ça. Tout ce baratin qu'on a entendu... Mais ça veut dire quoi ?

18:09
Présentateur

Ça veut dire qu'il faut supprimer les règles ?

18:10
Jean-Philippe Tanguy

Les règles du jeu ? Mais il faut prendre les règles telles qu'elles sont dans le monde réel. On voit bien qu'aujourd'hui, c'est, il faut le dire, des règles assez violentes, assez brutales, où des États empires imposent leurs règles. Donc il faut que l'Union Européenne arrête d'être le pigeon de tout ce petit monde pour la force et qu'on met des vraies bannières douanières, des quotas textiles, et qu'on reprotège notre industrie. Que ce soit l'industrie lourde, l'agriculture, ou la petite industrie petite textile, on est en train d'être submergé par la Chine, qui a passé les mille milliards d'excédents. Je ne sais pas si on se rend compte.

La Chine a mille milliards d'excédents commerciales, en particulier sur notre dos. Et aussi, on a eu les chiffres de la pollution. Jamais la Chine n'a brûlé autant de charbon. C'est-à-dire que nous, pendant qu'on est en train de se désarmer, d'affaiblir notre industrie, notre agriculture, d'être des pigeons, la Chine avance. Elle défend ses intérêts, mais à des niveaux stratosphériques.

18:57
Présentateur

Jean-Philippe Tanguy, attaque de la poste, revendiqué par un groupe de hackers qui seraient des hackers pro-russes. Est-ce que c'est une forme de déclaration de guerre ?

19:05
Jean-Philippe Tanguy

Guerre, non. Il faut quand même faire attention aux mots, puisque la vraie guerre physique, avec des centaines de morts.

19:11
Présentateur

À une époque, on parlait de guerre froide sur une menace. Là, il y a des choses qui se passent. Même pendant la guerre froide,

19:15
Jean-Philippe Tanguy

il y a des pays de l'Est, la Hongrie, qui ont connu des répressions extrêmement lourdes. Les pays étaient occupés par les soviétiques. Il y avait quand même des morts, il y avait de la répression, il y avait des gens qui souffraient sous la guerre froide. Et il y a eu plusieurs conflits armés. Là, il y a un conflit armé en Ukraine, dont l'Ukraine est victime, avec plusieurs centaines de morts innocents par jour. Donc la guerre, elle est là. Par contre, est-ce qu'il y a des actions très hostiles, très offensives, agressives de la Russie sur les intérêts français ? Attaque de la poste, attaque de banque, attaque d'hôpitaux, rançonnage, cyber-rançonnage ? Oui, malheureusement, ça existe.

Et on en est de plus en plus victime. Il faut le dire, c'est bien, vous voyez, je suis très critique sur beaucoup de choses du gouvernement, mais sur la riposte, entre guillemets, numérique, la cybersécurité, l'État français essaie quand même de se défendre et progresse sur ce sujet-là.

20:01
Présentateur

Est-ce que vous craignez pour les élections municipales qu'il puisse y avoir une ingérence étrangère ?

20:06
Jean-Philippe Tanguy

Non, car en fait, on a un système démocratique qui se défend bien. Le système médiatique français se défend. Les Français sont éduqués. C'est un peuple éduqué, averti, politique, qui sait très bien faire la différence entre les fausses nouvelles, les arnaques et les vraies informations.

20:20
Présentateur

Vous ne croyez pas du tout qu'il y ait une naïveté face aux fake news ?

20:25
Jean-Philippe Tanguy

Non, on avait fait une commission d'enquête, donc j'étais président sur les ingérences étrangères. Il y avait des vrais problèmes de rançonnage, de cyberrançonnage, d'attaque. Ça, c'était vrai. Par contre, sur les informations, la démocratie française répond bien parce que notre peuple, en fait, est autonome. Il n'y a pas besoin d'un État nounou qui vienne lui dire ce qui est vrai, ce qui est faux. Les Françaises et les Français, avec les journalistes, il faut le dire, font un travail d'information, de défense de la démocratie qui fonctionne. Mais pourquoi toujours dire que tout fonctionne mal ? Moi, je crois que ça, ça fonctionne bien. Et d'ailleurs, c'est toujours assez grossier.

On voit des choses. Je suis victime de fake news. Vous allez voir mes comptes des réseaux sociaux. Il y a des fausses vidéos sur moi qui tournent, des insultes. Je m'en fiche, ça ne m'empêche pas de dormir. Mais bon, on est tous victimes de ça. Je vois bien que les gens sur le terrain, dans ma circonscription, et je les salue pour Noël, ils n'y croient pas. Les gens font bien la différence entre ce qui est pipo et ce qui n'est pas. Il y a des accidents.

21:12
Présentateur

Donc, il y a des choses qui fonctionnent. Vous le dites. Et c'est peut-être parce que c'est Noël. C'est peut-être finalement une façon pour vous de respecter cette fameuse trêve de Noël. Merci Jean-Philippe Tanguy d'avoir répondu à mes questions. Député RN de la Somme. Joyeux Noël à vous. Et à tous ceux qui nous écoutent, il est 8h53 sur RMC et BFM TV.