Ce député explique pourquoi il tient à ce que les images du 7 octobre soient montrées aux parlementaires
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h21, un film des massacres du Hamas va être projeté cet après-midi à l'Assemblée nationale. Une vidéo de trois quarts d'heure sur les attaques du 7 octobre. Elle a été réalisée par les autorités israéliennes à partir d'images des caméras de vidéosurveillance de l'armée, de smartphones de survivants ou de soldats israéliens, mais aussi des caméras GoPro des terroristes diffusées sur les réseaux sociaux. C'est vous qui êtes à l'initiative de cette projection, Mathieu Lefebvre, bonjour. Vous êtes député Renaissance et président du groupe d'amitié France-Israël. Ceux qui ont déjà vu ces images disent qu'elles sont insoutenables, abominables.
Pourquoi tenez-vous à les diffuser auprès des députés ?
Je pense que face à la barbarie terroriste islamiste, rien ne serait pire que l'oubli. Je pense que ce qui s'est passé le 7 octobre, ce n'est pas seulement une volonté de massacrer, c'est aussi une volonté d'anéantiser, de nihiliser une population. Et je crois que les parlementaires, comme les journalistes, sont aussi des passeurs de cette mémoire, des relais d'opinion et qu'il n'est pas illégitime qu'ils puissent avoir accès à ces images. Pour ne rien vous cacher, moi je les redoute, je ne suis pas certain de pouvoir tenir l'entièreté de la diffusion.
Vous parlez des journalistes justement, ils ont fait quand même plein de reportages, ils ont recueilli plein de témoignages justement sur ces crimes. Ça ne suffit pas ? Ce n'est pas suffisant ? Le travail des journalistes n'est pas suffisant ? Il faut voir ces images ?
Les journalistes ont un pouvoir d'information et les parlementaires ont un pouvoir décisionnaire. Je pense qu'eux aussi doivent pouvoir avoir accès à ces images, surtout dans un contexte où la vérité est altérée, surtout dans un contexte où il y a de plus en plus de complotisme. Moi quand j'ai entendu ce qu'a dit mon collègue David Guiraud, ça m'a renforcé dans ma conviction qu'il était indispensable de projeter ces images, parce que je crois que face au mur du réel, face à la réalité de ces images épouvantables projetées, plus personne ne pourra ensuite nier.
Parce que vous pensez qu'il y a des députés français qui émettent des doutes sur l'ampleur des crimes commis par le Hamas ?
C'était clairement le cas de ce qu'a dit David Guiraud. Il y avait à tout le moment une forme de complaisance envers le négationnisme dans ses propos. Je l'ai convié à cette projection et il m'a indiqué qu'il viendrait dans tact.
Et d'ailleurs la plupart des députés vont venir. Vous avez des collègues qui vous ont dit « Non, je ne peux pas, ça va être trop dur ? »
J'ai des collègues en effet qui ne veulent pas, non. En revanche, des collègues qui sont touchés parce qu'ils ont eu des proches qui ont été blessés ou qui sont décédés, oui, on ne souhaite pas s'y rendre. Et on peut bien les comprendre.
Et c'est pour ça qu'il y aura des pompiers sur place au cas où ? Pour ceux qui vont venir les voir et ces images et qui vont peut-être se trouver mal ?
Absolument, tout est prévu parce que face à l'insoutenable, on ne peut pas savoir quelle va être la réaction des hommes et des femmes que nous sommes. Et vous savez, c'est je crois une attaque qui a atteint l'hominité de l'homme, qui a atteint leur pleine humanité. Et en tant que parlementaires, nous serons évidemment, je crois, les premiers touchés cet après-midi. Et oui, c'est la raison pour laquelle tout est prévu pour y faire face. Ça va se faire au Sénat aussi ? Oui, je crois que le président Karouchi va le proposer également au Sénat.
Alors cette vidéo, c'est une opération de communication de l'armée israélienne qui présente ces images comme des pièces à conviction. Cette guerre, c'est aussi une guerre des images ?
Oui, mais nous ne sommes pas des relais de propagande. Moi, je ne souhaite pas faire de cette diffusion une opération de communication ou une opération politique. Il n'y aura pas de caméra avant ou après pour montrer des images de parlementaires en pleurs ou des parlementaires qui pourraient faire un malaise. Ce que je souhaite, c'est que nous puissions, face à une actualité qui est balayée chaque jour par le flot d'informations que nous connaissons, éviter l'oubli qui serait comme une forme de deuxième mort pour les victimes de ces actes terroristes. En revanche, moi, je ne souhaite pas que ces images soient utilisées pour justifier une quelconque riposte indiscriminée que ce soit.
Et il ne s'agit pas d'être des agents de propagande, il s'agit de pouvoir dire ce qui s'est passé et en être les témoins.
À propos de propagande, votre collègue Éric Bottorel, qui est lui aussi député Renaissance, se trouve que ce n'est pas une bonne idée de diffuser ces images parce qu'elles servent, dit-il, la propagande du Hamas. Ça donne de la notoriété à leur action.
Je ne crois pas. Vous savez, je pense que nous faisons tout pour combattre le terrorisme, le terrorisme islamiste qui est un combat civilisationnel face à nos modes de vie. Et ça n'est pas en diffusant leurs images que nous allons faire preuve de complaisance à l'endroit des terroristes. En revanche, moi je suis d'accord avec mon collègue Éric Bottorel, ces images n'ont pas vocation à être montrées au grand public. On pourrait susciter des vocations...
Pourquoi ? Pourquoi uniquement pour les députés ou les sénateurs ?
Je crains qu'on puisse susciter des vocations parmi des gens qui sont extrêmement mal intentionnés. Vous savez, les délires macabres, l'horreur, ça peut susciter chez des gens qui sont déséquilibrés des vocations absolument terribles et sanglantes. Je pense que ces vidéos doivent pouvoir rester parmi un public restreint.
Est-ce qu'il faut aussi montrer les images des bombardements israéliens à Gaza, des enfants tués et blessés chaque jour, comme le demande le député insoumis Émeric Caron ?
Moi je vous l'ai dit, ce n'est pas une opération politique. Je ne veux pas faire de concurrence victimaire. Et je vous le dis sans embâge, tout doit être fait pour protéger les populations civiles à Gaza. Et de ce point de vue, l'action du président de la République est sans aucune équivoque. En revanche, je pense que nous ne devons pas nous livrer à une forme de concurrence victimaire. Cet après-midi, ce sera la projection d'un film qui sera difficilement soutenable et qui vise uniquement à lutter contre l'oubli qui n'a pas d'autre visée que celle-ci.
Difficilement soutenable. Alors je sais que vous ne l'avez pas vu, vous encore, ce film. Vous pouvez quand même nous dire ce qu'il contient, ce que vous savez de son contenu ?
Qui contient à la fois des images des terroristes eux-mêmes, des images des smartphones des victimes et des images de vidéosurveillance des caméras alentours.
Alors il y a eu un filtre fait par les autorités israéliennes parce que c'est elle qui a fait le montage. Il y a des heures et des heures et des heures, ça ne fait que trois quarts d'heure ce film. Est-ce qu'il y a des limites, il y a des choses qui ne sont pas montrées ?
Je ne sais pas. Pour tout vous dire, je ne l'ai pas encore vu. En revanche, moi je vous le dis, je ne m'interdis pas de sortir si toutefois ces images sont trop insoutenables. Et je pense que mes collègues pourront également faire de même.
Mathieu Lefebvre, député Renaissance et président du groupe d'amitié France-Israël, vous étiez l'invité du 5-7.
Mathieu Lefèvre