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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 janvier 2024 25 min

Roland Lescure : "L'industrie, c'est une arme anti-colère, une arme anti-Rassemblement national"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

C'est rare, un ministre qui parle à ces jours-ci, le gouvernement est comme paralysé dans l'attente des décisions d'Emmanuel Macron. Alors on remercie Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie, d'avoir accepté l'invitation d'Inter ce matin. Bonjour. Bonjour, moi je vous remercie de m'avoir invité. Et posez-lui vos questions à mes auditeurs sur la réindustrialisation, sur l'emploi, mais aussi sur ce moment politique que nous vivons, cette incertitude qui semble flotter au sommet de l'État. 01, 45, 24, 7000, application France Inter et franceinter.fr grâce à l'onglet Réagir. Commençons justement Roland Lescure par la rentrée politique.

Vous avez droit, bien malgré vous, à un peu de râpe de vacances puisque le Conseil des ministres qui était prévu hier a été reporté à la semaine prochaine. Sans explication de l'Elysée, est-ce que vous en avez, vous ?

0:51
Roland Lescure

Alors d'abord, ça arrive régulièrement que le Conseil des ministres soit déplacé. Ensuite, il ne faut pas croire que les ministres ne travaillent que quelques heures par semaine le mercredi matin. Donc on est à la tâche. Moi, je suis rentré au bureau hier et j'ai repris le travail. Et je continue à faire un travail que j'adore, qui est être le ministre de l'Industrie, vous l'avez dit, à un moment absolument exceptionnel. Et je pense que je ne suis pas le seul. J'ai échangé avec mes collègues, on s'est échangé les vœux comme tous les bons collègues. Et je pense que tout le monde est au travail.

1:16
Présentateur

Le problème, c'est que tout le monde dans les ministères, les conseillers et les ministres, se demande si Emmanuel Macron est en train de préparer un remaniement. Est-ce que c'est sain ? Est-ce que ce fonctionnement est sain pour les institutions ?

1:30
Roland Lescure

Écoutez, je ne suis pas sûr que ce soit particulièrement sain de passer sa vie à se poser des questions. Moi, dans la vie, j'ai une philosophie assez simple. Ce que je maîtrise, je le fais à fond. Ce que je ne maîtrise pas, je le vis avec. Ce que je maîtrise aujourd'hui, c'est le poste qui est le mien. Une responsabilité exceptionnelle. Un moment de l'histoire qui me semble lui aussi exceptionnel. On est à l'aube d'une révolution industrielle. On y reviendra sans doute. J'ai la chance d'être ministre de l'industrie. Un moment où on accélère la transition écologique. On le fait en France et en Europe. On parlera sans doute aussi d'Europe ce matin.

Voilà, vraiment, moi, je ne me pose aucune question, si ce n'est de continuer mon travail.

2:03
Présentateur

On est là, malgré tout, encore dans les conséquences de la crise née, de l'adoption, dans la douleur, c'est le moins qu'on puisse dire, de la loi immigration. Vous faites partie des ministres qui avaient été dérangés par l'adoption de cette loi, fortement durcie par la droite. Un seul a quitté son poste, votre ex-collègue de la santé, Aurélien Rousseau. Vous avez eu des doutes sur votre présence au gouvernement ? Vous n'en avez plus ? Non, j'ai eu des questions sur le texte lui-même.

2:26
Roland Lescure

Ça, c'est vrai. Dès le mardi, d'ailleurs, la CMP, la commission mixte paritaire, s'est tenue. Un certain nombre de sujets y ont été réouverts, qui m'ont préoccupé, je dois le reconnaître, notamment la conditionnalité des aides personnalités au logement, entre autres. Et je fais partie des ministres qui ont eu des questions. La première ministre nous a reçus dès le mardi soir. Elle a répondu à nos questions. Le président de la République est intervenu dans un grand média de l'audiovisuel public dès le mercredi. Il a lui aussi, d'ailleurs, évoqué des doutes que lui-même avait sur le texte tel qu'il était sorti et tel qu'il avait été voté à l'Assemblée.

Il a aussi saisi le Conseil constitutionnel, qui va devoir donner son avis dans les semaines qui viennent. Donc, je dirais, le travail continue.

3:08
Présentateur

Mais si c'est pour dire, on espère que les dispositions qui ne nous plaisent pas soient censurées par le Conseil constitutionnel, et puis le reste, en gros, on ne les appliquera pas, ou on fera des décrets d'application moins dix ans. Est-ce que c'était bien la peine de déclencher une crise politique de cette ampleur ?

3:24
Roland Lescure

D'abord, si c'était pour dire ça, vous avez raison, ça ne valait peut-être pas le détour. Ce n'est absolument pas ce qui a été fait. On noie une loi, aujourd'hui, qui répond à un enjeu majeur, qui est celui de contenir l'immigration illégale, d'accélérer l'intégration de ceux qui sont légalement sur notre sol, de simplifier les procédures, à la fois de recours pour ceux qui demandent l'asile politique. Donc, il y a un certain nombre de dispositions qui sont extrêmement, je dirais, justes et efficaces. Il y en a qui concernent les mineurs. Vous savez que, grâce à cette loi, les mineurs ne pourront plus être placés en centre de rétention administrative.

Une mesure qui a été votée au Sénat, d'ailleurs, par une majorité de droite. C'était un amendement des radicaux de gauche. Donc, ce qui montre bien que le Sénat a travaillé, en produisant un texte qui, de mon point de vue, n'était pas acceptable, l'Assemblée n'a pas pu travailler jusqu'au bout. Et ça, je le regrette. Je le regrette parce que, je pense qu'il y avait un certain nombre de dispositions qui auraient pu être discutées lors de la discussion en Assemblée, qui ne l'ont pas été. Donc, c'est vrai qu'on se retrouve avec un texte, d'abord, qui est un texte rendu acceptable par le travail.

4:31
Présentateur

Pour vous, il est acceptable ?

4:32
Roland Lescure

Bien sûr. Il est acceptable parce que la Première Ministre, le ministre de l'Intérieur, et les parlementaires, moi, je salue à la fois Sacha Oulier, président de la Commission des Lois, et Florent Boudier, qui était rapporteur général de ce texte, qui ont négocié... Sacha Oulier qui a voté contre ce texte. Oui, et Florent Boudier qui a voté contre. Moi, je pense que... Qu'a voté pour, pardon. Les parlementaires ont voté en conscience. Ce qui est clair, c'est que ce texte, il a été adopté à une large majorité. Et je le dis une fois, et on passera à autre chose. Y compris, sans compter les voix du Rassemblement National. Moi, ce qui me gêne...

Vous voyez que je vous dise ce qui me gêne dans ce texte ? C'est pas ce qu'on y trouve. C'est ce qu'on n'y trouve pas. Moi, j'ai vécu dix ans au Canada. J'ai été un immigré. Et un certain nombre de mesures qui sont dans ce texte sont déjà en oeuvre au Canada. Vous ne pouvez pas arriver au Canada, et dès le premier jour, avoir droit à toutes les aides sociales, devenir canadien. Moi, je suis devenu canadien. C'est pas une sinecure. C'est pas anodin. Vous devez passer, par exemple, un examen. A la fois en langue, français ou anglais, ils ont deux langues nationales, mais aussi sur la connaissance de la culture, de l'histoire, de la politique canadienne. Tout ça, c'est pas anodin.

Mais au Canada, on a aussi des mesures pour accélérer l'insertion économique des migrants qui ont droit à...

5:43
Présentateur

Justement, vous aviez plaidé pour le recours à l'immigration. Vous avez dit, on ne pourra pas réindustrialiser vraiment la France sans immigration. Et vous êtes même allé jusqu'à dire qu'il faudrait 100 à 200 000 immigrés dans les 10 ans à venir pour compenser les départs à la retraite. Les mesures de régularisation dans ce texte ont été durcies.

6:05
Roland Lescure

Alors, elles vont dans le bon sens puisqu'on parle à peu près de 10 000 régularisations en plus par an. Donc, vous voyez, 10 000 par an pendant 10 ans, on est à 100 000. Donc, on n'est pas très loin du chiffre que j'avais mentionné. Moi, je pense que si on avait pu discuter de ce texte à l'Assemblée, et franchement, je le regrette, que la motion de rejet ait été adoptée par un attelage un peu improbable entre la gauche, qui se dit de gouvernement, l'extrême gauche, l'extrême droite, les républicains, qui empêchait qu'on discute de ce texte.

Il y avait des députés de la majorité qui portaient des amendements, par exemple, pour élargir ce qu'on appelle le passeport talent, qui permet sur des talents particuliers dont on a besoin de pouvoir faire venir de manière simplifiée des talents qui viennent de l'étranger et qui sont qualifiés. Bon, ben, ce débat-là, il n'a pas eu lieu. Est-ce que ces amendements auraient été adoptés ? Je n'en sais rien, le débat n'a pas eu lieu. Est-ce qu'ils auraient été retenus dans le texte final ? Je ne sais pas. Ils n'ont pas pu y discuter. Mais j'ai l'impression aujourd'hui, en tout cas, que ce texte, qui est un texte acceptable, il aurait pu être plus complet. Il ne le sera pas.

On va continuer, évidemment, à travailler pour attirer des talents sur les postes dont on a besoin en France et aussi à refuser ceux qui n'ont pas vocation à rejoindre la France. Et tout ça, à un moment très important, qui est celui de la réindustrialisation de la France, qui est la mission qui m'a été confiée et que je suis très heureux d'accomplir.

7:21
Présentateur

Il y a quand même une incertitude, un flottement au gouvernement. On en est à se demander ce qu'a voulu dire le président quand il a remercié Elisabeth Borne et ses ministres dans ses voeux du 31 décembre. Est-ce que c'était une façon de vous confirmer ou finalement de dire merci, au revoir ? Comment vous l'avez pris, vous ? Alors, vous vous rendez compte

7:39
Roland Lescure

qu'on soit surpris que le président de la République remercie la première ministre et son gouvernement d'avoir bien travaillé en 2023 ? Moi, je ne fais pas de l'exégèse. Je ne fais pas du décryptage. C'est tout simplement un président de la République qui remercie son gouvernement d'avoir bien travaillé.

7:55
Présentateur

Et tout ça est symptomatique d'une crise ?

7:58
Roland Lescure

Non, moi, je pense que c'est symptomatique. Vous l'avez montré aujourd'hui ? Non, mais c'est symptomatique d'un certain nombre de commentaires qui commentent. Et dans ces périodes, vous connaissez l'adage, ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas. Il y en a beaucoup qui parlent qui, je pense, ne savent pas grand-chose. Et puis, il y en a sans doute un ou deux qui savent. Le président de la République, vous le savez, c'est sa prérogative. de nommer un ou une première ministre avec elle ou avec lui de nommer un gouvernement. Et lui, évidemment, il ne parle pas.

8:25
Présentateur

En effet, remaniement, avant le 17 janvier, est-ce que c'est possible, d'après vous ? Je vous parle de cette date parce que c'est à ce moment-là que sera rendu le jugement dans le procès pour favoritisme contre votre collègue du travail Olivier Dussopt. Dix mois de prison avec sursis requis contre lui. Est-ce que ça sert à quelque chose de remanier avant ?

8:46
Roland Lescure

Bon, d'abord, aucun commentaire sur, évidemment, une procédure judiciaire en cours. Si ce n'est qu'Olivier Dussopt est un collègue exceptionnel qui a fait lui aussi un très bon travail en 2023. C'est le moins qu'on puisse dire. Il a eu son assiette bien remplie et il a très, très bien livré. pour le reste, je vais vous redire ce que j'ai dit il y a quelques minutes. Ce que je maîtrise, je le fais à fond.

9:06
Présentateur

Ce que je ne maîtrise pas, je vis avec. Venons-en donc au sujet qui vous concerne en tant que ministre de l'Industrie avant d'entrer dans le détail sur l'implantation de nouvelles usines, sur la productivité, les voitures électriques. Un mot du tableau général, Roland Lescure. Le chômage est reparti à la hausse. Deuxième trimestre de hausse consécutive selon l'INSEE au troisième trimestre 2023. Plus 0,2 points. On est à 7,4% de chômage. Le grand objectif d'Emmanuel Macron sur ses 10 ans de mandat, c'est le plein emploi. Donc c'est-à-dire autour de 5%. Est-ce que cet objectif est toujours réaliste ? Bien sûr, il l'est plus que jamais.

9:41
Roland Lescure

Mais pour l'atteindre, il va falloir plus que jamais faire preuve de volontarisme, d'action et d'aller chercher des résultats. Donc vous l'avez dit, le chômage il est un peu au-dessus de 7% aujourd'hui. On n'avait pas connu des niveaux de chômage aussi bas depuis des décennies. Donc ça c'est le verre à moitié plein. Mais pour aller à 5%, il va falloir continuer. On fait face, on l'a entendu tout à l'heure avec Pierre Aski, à une conjoncture internationale extrêmement incertaine. On a des industriels aujourd'hui qui forcément font preuve d'un peu d'attentisme. A nous de les convaincre que c'est le moment d'investir en France.

Parce qu'on a une révolution technologique, l'intelligence artificielle. Parce qu'on a une révolution écologique. Parce qu'on a des Françaises et des Français qui innovent, des talents, des entrepreneurs. Parce qu'on attire. Et que c'est le moment de se... retrousser les manches et de faire face aux risques.

10:29
Présentateur

Mais avec volontarisme et action. 7,4% de chômage, c'est vrai qu'on est nettement en dessous du pic de 2015. C'était 9,5%. Mais qu'est-ce qui explique, pour reprendre justement une expression qu'on utilisait beaucoup à l'époque, qu'est-ce qui explique cette inversion de la courbe, mais dans le mauvais sens ?

10:45
Roland Lescure

Non, alors je ne pense pas qu'on soit sur une inversion de la courbe. Ça, c'est l'avenir qui nous le dira. C'est vrai.

10:50
Présentateur

C'est un gros saut pour l'instant.

10:51
Roland Lescure

Non, mais c'est ça. Et puis, évidemment, à la fois la hausse quasi-inexorable qu'on a connue pendant des décennies et la baisse, qui j'espère va poursuivre, qu'on connaît depuis quelques années, se sont toujours faites avec, je dirais, des hauts et des bas. La conjoncture, les incertitudes à court terme, telles ou telles entreprises qui s'inquiètent de la fin de l'année, qui font preuve d'un peu d'attentisme. Vous savez qu'en 2023, on a eu de l'inflation assez élevée. Elle était moins élevée qu'ailleurs, mais on avait quand même de l'inflation aux alentours de 5%. Elle est désormais redescendue en dessous de 4%, et j'espère que ça va continuer à baisser dans les trimestres qui viennent.

Tout ça, ça crée de l'incertitude. Et donc, ça crée effectivement des sous-brosseaux, comme vous dites. L'essentiel, c'est qu'on continue à travailler pour faire baisser le chômage. Ça va demander des réformes courageuses. Ça va demander aussi de continuer à inciter les entreprises à investir dans l'avenir.

11:44
Présentateur

Alors justement, pour créer de l'emploi, Emmanuel Macron mise, et c'est votre mission, sur la réindustrialisation. 300 usines sorties de terre depuis l'arrivée au pouvoir du président pour 600 fermetures sur les 8 années précédentes. C'est un rattrapage. Il reste encore beaucoup à faire. On est loin d'être revenu à un niveau qui était celui de la France quand elle était une grande nation industrielle. Je crois qu'en termes d'emplois industriels, la France est 22e sur 27 dans l'Union Européenne aujourd'hui.

12:11
Roland Lescure

Et ça donne une idée de l'ampleur de la tâche. On a entamé un virage qui est celui de la réindustrialisation. Vous l'avez dit, on a des résultats. 120 000 emplois créés, 300 usines en net en plus par rapport à ce qu'on avait il y a 6 ans. Quand on entre dans un virage, la meilleure manière d'en sortir, c'est d'accélérer. Et je pense qu'en 2024, ça va être le maître mot. D'ailleurs, le président de la République l'a évoqué lors de son discours des voeux. Il ne faut surtout pas se reposer sur des lauriers qui n'en sont pas. Aujourd'hui, on a un début de réindustrialisation. Il faut accélérer.

Accélérer en continuant à attirer des industriels internationaux qui plus que jamais choisissent la France. Dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, dans le secteur des biens d'équipement, dans le secteur des nouvelles technologies. Il faut former, former, former. On le disait tout à l'heure, avec le boom démographique, des gens qui vont partir à la retraite, on va avoir besoin de créer plus d'un million d'emplois industriels. Donc, de former des jeunes hommes, des jeunes femmes dans l'industrie. On a besoin de trouver des sites industriels. Ça, c'est très important.

On a annoncé en fin d'année 50 sites industriels clés en main qu'on va déployer dans les mois qui viennent pour qu'un industriel qui souhaite installer son usine, petite, moyenne ou grande, puisse avoir le choix de sites qui soient clés en main.

13:26
Présentateur

Justement, Roland Lescure, au standard Inter, Frédéric, qui nous appelle de peau, a une question à ce sujet. Bonjour Frédéric, on vous écoute.

13:34
Auditeur

Oui, bonjour Inter, Roland Lescure. Bonjour. Oui, en fin de compte, vous venez de nous faire le bilan d'un échec de quelques années, disons, de politique industrielle. Nos industries sont énormément aidées, près de 200 milliards. Elles dégagent un déficit abyssal et malgré tout, elles délivrent 80 milliards, disons, de dividendes. Alors, moi, j'aimerais savoir où va notre secteur industriel parce que je ne sais pas si vous avez un plan, quel secteur aider, pourquoi, et surtout en fonction de quels besoins. Voilà, je ne vois pas le plan général pour que vous nous l'esquisser.

14:08
Présentateur

La stratégie industrielle de la France, est-ce que ce ne sont que les gigafactories, les grosses usines de batteries électriques qu'on voit, par exemple, du côté de Dunkerque ? Est-ce que c'est plus large que ça ?

14:17
Roland Lescure

Non, c'est plus large que ça. Merci Frédéric. À Pau, il y a des projets industriels extrêmement dynamiques qui sont aussi en train de se développer. Le plan, il a un nom, ça s'appelle France 2030. Il a été présenté par le Président de la République il y a un peu plus de deux ans, qui a présenté, à horizon de France 2030, un portrait, à horizon de 2030, pardon, un portrait de ce à quoi la France devrait ressembler. Parce que là, je rejoins Frédéric, il ne faut pas partir dans tous les sens, il faut avoir des priorités stratégiques. Alors, les gigafactories en font partie. Pourquoi ? Parce que, vous le savez, l'Union Européenne a décidé de sortir du véhicule thermique à horizon de 2035.

On peut passer les années qui viennent à importer des véhicules du bout du monde ou on peut les produire nous-mêmes. Ce choix-là, ça suppose de construire des moteurs électriques, construire des batteries. On a aussi une stratégie sur l'intelligence artificielle. On a une stratégie sur le spatial. On a une stratégie sur l'alimentation durable. On a en fait un certain nombre de piliers stratégiques très forts qu'on a choisis. On a de l'argent public, oui Frédéric, mais qui va être accompagné d'argent privé, 54 milliards d'euros. On en a, depuis deux ans, que ce plan existe, engagé la moitié, à peu près 25 milliards.

Qui sont des projets pour lesquels, c'est important, la moitié au moins sont consacrés à des petites entreprises. partout dans les territoires. Donc pas seulement dans les Hauts-de-France, même si je suis bien content, je pense que le président de la région, Xavier Bertrand, l'est aussi, que la Haut-de-France retrouve des couleurs industrielles dans une région qui, pendant des décennies, a plutôt, je dirais, été à la peine de ce point de vue-là. Donc on a vraiment une stratégie industrielle extrêmement ambitieuse.

15:50
Présentateur

Mais qui s'essouffle, malgré tout, je reprends les chiffres, c'est le cabinet de recherche trendé au Cité par Le Monde. 124 usines créées en 2021, 95 en 2022, seulement une trentaine en 2023, chiffre de fin novembre.

16:04
Roland Lescure

Oui, alors d'abord, l'année n'est pas tout à fait terminée, puisque les chiffres de décembre devront encore être intégrés. Et ensuite, évidemment, ce qui compte, c'est que tous les ans, on crée plus d'usines qu'on en ferme. Malheureusement, il y a des usines qui ferment. Mais plus on en ouvre, plus évidemment le solde positif va permettre de créer de l'emploi. Pas seulement directement, parce qu'un emploi industriel, c'est entre 3 et 4 emplois induits dans les services, dans le commerce, dans les services publics. Ça fait des décennies qu'il y a des territoires qui sont désindustrialisés, dans lesquels on a perdu espoir. Dans lesquels la colère est montée, d'ailleurs.

Moi, je suis persuadé que l'industrie, c'est une arme anticolère. C'est une arme anti-Rassemblement National, il faut le dire. Dans ces territoires où l'espoir a disparu, où la colère est montée, on redonne espoir.

16:52
Présentateur

Est-ce qu'on voit que la tendance électorale s'inverse dans ces territoires où les industries reviennent ? Pas forcément pour l'instant.

17:01
Roland Lescure

Non, mais moi, je pense que c'est une des armes importantes qu'on va devoir amplifier, accélérer dès cette année. Je vous donne un exemple très concret. à Caudry, pas très loin de Cambrai, une usine, Buittoni, qui a fermé. Nestlé annonce la fermeture, il y a maintenant huit mois, d'une usine, suite à un scandale sanitaire, on s'en souvient, des pizzas surgelées qui s'étaient traduites par le décès de quelques enfants, malheureusement. On a trouvé un repreneur pour cette usine. J'y suis allé il y a huit mois. Les gens étaient désespérés. Les gens étaient furieux. Les gens étaient en colère.

Quand on retourne à Caudry aujourd'hui, on va faire des pizzas et pas n'importe lesquelles puisque c'est Italpizza, le leader italien de la pizza surgelée, qui va à Caudry faire des pizzas. On va recréer de l'emploi. On va redonner espoir. Mais les gens aujourd'hui, ils sont contents de nous voir venir et je vais vous donner un autre exemple qui est assez frappant. Moi, j'ai fait 132 déplacements dans le territoire industriel depuis 18 mois. 132. A chaque fois, le maire ou la maire est là pour m'accueillir. à deux exceptions près. A Yanges et Nimboumont. Des villes tenues par le rassemblement d'Assemblée. Mais oui.

Parce que quand le ministre de l'Industrie arrive avec des bonnes nouvelles, le ou la maire Front National, il n'est pas très content.

18:15
Présentateur

Alors, nous parlions des batteries électriques. Il y a donc ce qu'on appelle ces gigafactory. Il y a aussi depuis le 1er janvier le mécanisme de leasing, location de longue durée à 100 euros par mois pour les ménages les plus modestes pour avoir accès à un véhicule électrique. 20 à 25 000 véhicules espérés cette année. Est-ce que ça va suffire à faire face à la concurrence des véhicules électriques chinois, des mastodontes qui, par exemple, commencent à s'implanter en Hongrie ? C'est le cas du chinois BYD qui arrive dans l'Union Européenne. Non, ça ne suffira pas

18:46
Roland Lescure

mais ça va y contribuer. Il y a d'autres dispositifs qui existent. Vous savez que depuis le 1er janvier le bonus automobile qui vous permet de bénéficier du net de l'État quand vous achetez un véhicule électrique va être réservé à des véhicules produits dans des pays où le bilan carbone est positif.

19:00
Présentateur

Alors justement sur ce bonus écologique Les Echos le journal Les Echos nous dit ce matin que le décret qui est censé préciser le nouveau barème pour l'achat d'une voiture électrique tarde à avoir le jour. Il est censé ramener pour les ménages les plus aisés cette aide de 5 000 à 4 000 euros. Qu'est-ce qui se passe autour de ce décret ? Pourquoi ça traîne ?

19:21
Roland Lescure

Franchement il est en train d'être finalisé. Il y a encore un débat assez technique sur le fait de savoir si les scooters à trois roues doivent être concernés ou pas par ce bonus écologique. Donc on est en train de finaliser ça. Je pense qu'il sortira très vite. L'essentiel surtout c'est qu'aujourd'hui quand vous achetez un véhicule électrique fait en Europe et singulièrement fait en France vous bénéficiez du bonus écologique. quand il est fait au bout du monde dans des pays où le bilan carbone est dégradé vous n'en bénéficiez pas.

Je dirais que c'est du bon sens mais c'est du bon sens qui n'était pas encore à l'oeuvre puisque l'année dernière on a à peu près dépensé un milliard d'euros d'argent public pour financer des achats de véhicules électriques. Ça a fonctionné. Près de 20% des véhicules achetés en France étaient électriques mais en envoyant 300 millions d'euros au bout du monde.

20:05
Présentateur

Quand vous voyez par exemple que Renault envisage de produire sa Twingo électrique en Slovénie ça ne vous décourage pas ?

20:13
Roland Lescure

Non, d'abord la Slovénie c'est l'Europe et moi je crois beaucoup à une industrie française forte dans une Europe forte et puis vous savez ma première voiture c'était une R5 une Renault 5 et bien elle sera construite où la Renault 5 la nouvelle Renault 5 de Renault complètement électrique en France. Donc évidemment aujourd'hui on a des constructeurs automobiles qui investissent l'Europe et c'est très bien aujourd'hui on construit 200 000 véhicules électriques en France l'année dernière.

En 2027 du fait des projets qui sont déjà dans les cartons la Renault 5 la 3008 la DS crossover on va avoir un million de véhicules assemblés en France produits en France en 2030 ce sera 2 millions de véhicules évidemment on va produire aussi des véhicules ailleurs mais on est en train de faire renaître une industrie automobile en France qui avait un peu déserté le terrain il faut le reconnaître depuis quelques années je dis un peu parce que vous savez qu'il y a une entreprise automobile en France qui a produit plus de véhicules que jamais l'année dernière c'est Toyota Toyota il y a 20 ans quand ils sont venus s'installer en France on s'est dit ça va être une catastrophe c'est une très belle histoire industrielle française.

21:19
Présentateur

une question au standard pour vous Roland Lescure de Youssef bonjour Youssef bonjour vous nous appelez de Bordeaux

21:28
Auditeur

oui c'est ça tout à fait

21:29
Présentateur

bonjour bonjour

21:30
Auditeur

bonjour

21:30
Présentateur

bonjour

21:31
Auditeur

pour moi ma question c'est sur la décarbonisation donc quel est le plan d'action mis par l'Etat pour imposer aux industries en fait de décarboner leur processus de fabrication tout ce qui doit être en rapport avec leurs déchets et je vous entendais sur la création de nouveaux emplois est-ce que les nouveaux emplois sont dirigés vers les niveaux technologiques quelles sont les formations quels sont les systèmes de reconversion est-ce qu'elles vont être payantes voilà

22:02
Présentateur

merci Youssef pour votre question

22:04
Roland Lescure

merci beaucoup Youssef c'est une question essentielle la décarbonation ça doit d'abord permettre de décarboner l'industrie traditionnelle aujourd'hui vous avez 60 usines en France 50 usines pardon 50 usines qui représentent 60% des émissions de l'industrie française des acieries des métalleries des alumineries des cimenteries et de l'acier de l'aluminium du ciment on va en avoir encore besoin et donc on a signé j'ai signé 50 contrats de décarbonation avec ces 50 sites ces entreprises s'engagent et on va les aider à décarboner moins 50% d'émissions d'ici 2030 zéro on annule toutes les émissions d'ici 2050 comment on fait ça Youssef d'abord en étant plus sobre pour décarboner une acierie ça fait 150 ans qu'on fait de l'acier à partir du charbon d'abord il faut recycler de l'acier ça c'est le premier pilier ensuite il faut remplacer le charbon par l'hydrogène et ensuite il faut capter le carbone et bien Arcelor qui est un des grands aciéristes mondiaux s'est engagé dans un contrat signé avec l'Etat à décarboner et puis le deuxième pilier il est tout aussi important c'est les industries de l'avenir c'est les industries de la décarbonation c'est l'hydrogène c'est les pompes à chaleur c'est les véhicules électriques et là aussi on accompagne ces entreprises pour venir s'installer en France mais Youssef a raison le débat majeur le défi majeur pour tout ça ça va être les talents la formation donc il faut qu'on redirige les formations notamment les lycées professionnels l'apprentissage vers cette technologie de demain les ingénieurs on n'a pas assez d'ingénieurs en France il faut augmenter le nombre d'ingénieurs et on va le faire

23:35
Présentateur

et il nous reste 40 secondes Roland Lescure une question d'Isabelle sur l'application de France Inter où en est-on de la relocalisation de la production de médicaments ?

23:42
Roland Lescure

elle avance doucement ? non non elle avance vite évidemment installer une usine ça se fait pas avec un clattement de bois mais on a des projets très concrets de relocalisation du principe actif du paracétamol par exemple dans l'Isère on a l'amoxiciline on a GSK qui est un grand laboratoire anglais qui s'est engagé à presque doubler sa production d'amoxiciline d'ici quelques années donc non non elle avance je pense qu'on a vraiment besoin ensemble de voir ce qui marche en France il y a pas mal de choses qui fonctionnent et on va continuer en 2024

24:10
Présentateur

un mot très rapide sur l'entreprise de lingerie le jabi placé en redressement judiciaire 55 salariés à côté de Lyon à Rieux-la-Pape vous allez suivre ce dossier attentivement ? bien sûr comme tous les dossiers

24:21
Roland Lescure

d'entreprise en difficulté on parlait de Butoni tout à l'heure l'entreprise a besoin de 6 mois pour se redresser on n'est pas dans une logique aujourd'hui ni de fermeture ni de licenciement elle a besoin de temps de se mettre à l'abri de ses cranciers on va suivre ça de très près évidemment

24:32
Présentateur

Roland Lescure ministre de l'Industrie merci beaucoup merci à vous

Roland Lescure : "L'industrie, c'est une arme anti-colère, une arme anti-Rassemblement national" — Roland Lescure · Pourquijevote