Budget 2026 : Sandrine Rousseau votera la censure du gouvernement
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Bonjour Sandrine Rousseau et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On va évidemment évoquer avec vous la question du budget puisque le moment de vérité approche. On saura d'ici mardi si le Premier ministre utilise 49.3 ou ordonnance pour tenter de le faire passer. Mais l'actualité de ces dernières heures est aussi marquée par la situation entre Etats-Unis et Union Européenne. Le Groenland, évidemment l'enjeu, le président américain qui aimerait s'en saisir et qui annonce des droits de douane. De nouveau droits de douane sur une partie de l'Europe, notamment la France. Est-ce qu'il faut se laisser faire ?
Non seulement il ne faut pas se laisser faire, mais il faut marquer une opposition virulente à ce qu'est en train de faire Donald Trump qui est le règne de l'argent, le règne du plus fort, c'est la loi du plus fort. C'est-à-dire qu'il veut, donc il peut obtenir. Et puis surtout, moi je voudrais pointer le fait qu'à chaque fois c'est pour aller chercher des ressources. Si la Russie envahit l'Ukraine, c'est aussi pour mettre la main sur un certain nombre de ressources. Des terres rares notamment, qui sont notamment sur les terres du Donbass et sur les terres occupées par la Russie actuellement.
Les Etats-Unis arrivent et veulent prendre le Groenland parce que là aussi c'est un enjeu en termes de ressources et en termes économiques. Et en fait, je pense qu'on est dans une crise systémique du capitalisme en réalité qui va chercher les ressources par la force quand elle n'a plus les moyens de les avoir autrement. Et quelque part, on a là sous les yeux un acte nouveau de la colonisation, un nouvel acte de la colonisation. J'arrive et je prends les terres. Mais dans chaque crise, il y a aussi un aspect un peu positif.
Et ce que j'observe, c'est que cette crise du Groenland, appelons-la comme ça, permet aussi au Danemark d'interroger son rapport au Groenland et au peuple inuit qui sont sur place et permet aussi à l'Europe de s'interroger sur sa solidarité et sur sa politique de défense. Et donc, prenons aussi l'aspect positif de cette crise, disons-nous que peut-être il en sortira quelque chose d'interrogation aussi sur notre, nous, vieille Europe, sur l'histoire de notre colonisation.
Concrètement, 10% de droits de douane dès le 1er février pour certains pays. Donc, on pense à l'Allemagne, on pense à la Suède, aussi le Norvège, le Royaume-Uni. 25% à partir du mois de juin. Comment on réagit ? Est-ce qu'il faut, nous aussi, aller sur des droits de douane ou carrément utiliser ce qu'on appelle l'outil anti-coercition européen ? Ça permet d'interdire certaines entreprises américaines des marchés publics. Est-ce qu'il faut aller jusque-là ?
Il faut utiliser tous les outils économiques à notre disposition pour remonter le rapport de force avec Donald Trump qui ne comprend que cela. Il ne comprend que le rapport de force. Cet homme n'a aucune espèce de morale en dehors d'un rapport de force purement financier. Donc, oui, utilisons cela.
Ça veut dire que dans ce contexte, effectivement, d'escalade tarifaire, le président de la République, Emmanuel Macron, lui, a réagi assez vivement. D'ailleurs, il a menacé aussi de représailles de l'Union européenne sur ce sujet vis-à-vis des Américains. On sait que vous êtes une opposante à Emmanuel Macron. Mais est-ce que, dans ce contexte très particulier, il faut faire bloc ? Et vous nous dites, voilà, je soutiens plutôt la ligne du président dans cette affaire.
En tous les cas, je soutiens une réaction européenne et une cohésion européenne face aux attaques que nous subissons de partout, c'est-à-dire de la Russie autant que des États-Unis, ce qui est quand même nouveau puisque nous étions alliés au sein de l'OTAN et que là, le danger vient des pays principaux de l'OTAN, les États-Unis. Donc, en fait, le sujet, c'est comment l'Europe va réagir face à cela. Et peut-être que ce sera l'espèce de sursaut qu'il nous faudra au niveau européen pour enfin, enfin, avoir une politique extérieure commune, enfin avoir un discours sur la défense à peu près commun.
D'ailleurs, j'observe que sur le Groenland, des pays européens, pas tous les pays européens, mais des pays européens, s'organisent pour envoyer des forces sur place et faire en sorte qu'il y ait une forme de dissuasion, dont la France. C'est bien de le faire. Je pense que là, c'est la seule voie, en fait. C'est la seule possibilité dans la situation dans laquelle nous sommes.
Vous accusez d'être militariste.
Alors, par ailleurs, on n'utilise pas suffisamment d'autres aspects de la politique diplomatique et économique qui sont, par exemple, notre indépendance en matière de ressources. Ça fait partie des critiques extrêmement lourdes que j'adresse à Emmanuel Macron dans sa politique vis-à-vis de la Russie. C'est que nous continuons à importer du gaz russe. Nous continuons à importer des pesticides de Russie. Nous continuons à importer de l'uranium aussi de Russie. Donc, tant que nous continuons à importer cela, nous donnons de l'argent au régime russe pour qu'il finance sa propre armée, pour qu'il attaque l'Ukraine. Donc, ça fait partie des hypocrisies de la politique internationale actuelle.
Venons-en, bien sûr, à l'enjeu du budget avec vous, Sandrine Rousseau. Vous avez suivi les annonces du Premier ministre. Il s'est exprimé vendredi soir. Donc, il a largement revu ce texte budgétaire avec un certain nombre de dépenses nouvelles, des dépenses supplémentaires. Les nouvelles mesures seront détaillées dans un courrier que vous allez recevoir demain. Et ces orientations ont plutôt été bien accueillies du côté de vos partenaires socialistes. Écoutez, par exemple, ce que disait Olivier Faure hier soir sur le plateau du 20h de TF1. La première condition, c'est d'avoir la copie complète, qu'il n'y ait pas de flou.
On le sait, quand il y a un flou, c'est que potentiellement, il y a un loup. La deuxième, c'est que le financement de toutes ces victoires obtenues et annoncées hier soir ne se fasse pas sur le dos des Français, qu'on ne prenne pas d'une main ce qu'on donne de l'autre. À ces conditions-là, je proposerais socialistes de ne pas censurer le gouvernement. Voilà, Olivier Faure qui parle donc de victoire dans le détail pour prendre quelques mesures. Ma prime rénov' maintenue avec une enveloppe de 3,5 milliards d'euros, le fonds vert rehaussé, 2 000 postes dans l'éducation nationale. Est-ce que vous dites merci aux socialistes ? Est-ce que vous trouvez que ces concessions vont dans le bon sens ?
Déjà, ce ne sont pas des victoires, c'est un maintien. Rappelons quand même que ce que vous venez d'annoncer est juste une non-dégradation du budget de l'année dernière. Donc, permettez que les victoires soient quand même un tout petit peu modérées et modulées.
Sur la prime d'activité, il y a quand même un effort supplémentaire.
Sur la prime d'activité, il y a une augmentation sur la prime d'activité, ça c'est vrai. Mais la prime d'activité, je rappelle qu'elle ne donne aucun droit social. Je rappelle aux gens que les primes d'activité ne permettront pas, par exemple, d'augmenter leur retraite. Mais elle donne du pouvoir d'achat. Mais elle donne du pouvoir d'achat, tout à fait. Mais en fait, à quel moment on se dit qu'on augmente des primes d'activité qui ne donnent aucun droit social et pas les salaires qui, eux, permettraient au contraire d'avoir une véritable protection ? Donc oui, il y a des améliorations type la prime d'activité. Mais encore une fois, ce sont des améliorations qui ne sont que temporaires.
Et ce que je reproche, moi, à ce budget, c'est de ne pas avoir de vision et de ne pas permettre de projeter la France dans un avenir. Alors, typiquement, la recherche va être extrêmement impactée dans le budget. Il y a des universités qui disent qu'elles ne remplaceront pas des départs à la retraite de chercheurs. Dans quelle mesure ?
Le Corneau a dit quand même que la recherche ferait partie des secteurs un plus ou moins parlés.
Pour l'instant, il n'y a rien. Mais prenons le logement social. On a une crise du logement social qui est considérable. Il n'y a aucune capacité d'investissement supplémentaire sur le logement social.
Il a annoncé 400 millions pour les bailleurs sociaux, quand même.
Mais 400 millions après avoir pris près de 10 milliards. Donc, en fait, c'est... Enfin, non mais mesurons, quand même. Mais on peut prendre le tissu associatif qui fait partie de la solidité aussi de la société française. Et bien, après la suppression des emplois aidés qui a été au début du mandat de Macron, on voit que les dotations au secteur associatif via les collectivités diminuent. Donc, en fait, tout ce qui fait la solidité, tout ce qui fait l'avenir de la France, tout ce qui fait le lien social, le tissu social est en train d'être mité. Et moi, je voudrais vraiment alerter là-dessus. C'est un budget sans vision.
Mais quand même, Sandrine Rousseau, vous dites, voilà, les socialistes, finalement, ils n'ont pas vraiment obtenu des victoires. Ce sont des maintiens. Mais vous, les écologistes, vous avez obtenu quoi ?
Non, mais nous, nous sommes dans une opposition qui n'a pas de...
Vous ne cherchez pas à obtenir des avancées pour les Français.
On a obtenu, par exemple, sur le PLFSS, on a obtenu des milliards d'euros qui ont été rajoutés en dernière semaine sur l'ONDAM, par exemple, et dont le gouvernement. C'est le budget de l'hôpital, en quelque sorte. Oui, mais prenons, par exemple, ces milliards obtenus, parce que ça a permis à une partie de mon groupe de s'abstenir. Eh bien, ces milliards sont déjà remis en cause, 15 jours après. 15 jours après le vote du PLFSS, ils sont déjà remis en cause. C'est une lettre de la FHF qui alerte sur le niveau des réserves, la Fédération hospitalière de France, pardon, qui s'alerte sur le niveau des réserves, la non-augmentation des tarifs hospitaliers.
Donc, vous voyez bien qu'en fait, on peut avoir des espèces d'avancées sur le papier, d'avancées de façade, et puis, 15 jours après, avoir des reculs tout autant. Et c'est pour cela qu'en fait, un budget, c'est une vision qu'il n'y en a pas et que donc, nous sommes dans l'opposition à ce budget, évidemment.
Donc, si on vous suit bien, Sandrine Rousseau, on rappelle que vous siégez parmi les députés écologistes. En cas de 49-3 ou en cas d'ordonnance, puisque là, c'est là où réside l'hésitation du Premier ministre, vous, vous voterez une motion de censure. Oui. Oui, sans aucune hésitation. Alors qu'on sait que, c'est ce qu'a dit Sébastien Lecornu, pour lui, censure égale dissolution. Mais c'est pour lui. Donc, vous voulez qu'on aille à des nouvelles élections législatives.
Non, c'est pour lui. Mais en fait, il n'y a pas d'automaticité entre un 49-3 et entre un 49-3, la censure et la dissolution. Il n'y a pas d'automaticité. Dans le vie constitutionnelle, non, mais politique, c'est ce qu'il semble dire. Mais oui, mais enfin, ça, c'est un risque qu'ils prennent, eux. C'est un risque qu'ils prendront, eux. Parce que vous ne souhaitez pas forcément une dissolution, c'est ce que vous nous dites.
Moi, je veux que ce gouvernement qui n'avait pas de légitimité depuis le départ, puisque c'est quand même le sujet, c'est qu'il y a toujours eu, il y a une obstination d'Emmanuel Macron à poursuivre sa politique envers et contre tout, et envers et contre les citoyens qui ont voté, et bien que ce gouvernement qui a été imposé en dehors de la logique démocratique de la Ve République, et bien ne soit pas poursuivi. Oui, enfin, ça fait partie, évidemment, et pourquoi ? Parce que derrière, c'est une politique qui, à mon sens, non seulement abîme la France, mais met un nombre de personnes dans la difficulté qui est très conséquente.
Donc, Sandrine Rousseau, si je vous écoute bien, si les socialistes ne votent pas de censure, ils se font en quelque sorte caution d'une politique qui, comme vous le dites, abîme la France.
C'est la différence que j'ai, et c'est la divergence que j'ai avec la stratégie du Parti Socialiste actuellement, dont j'avoue que je ne comprends pas la logique, à part éviter à tout prix de retourner aux urnes. Mais, je veux dire...
Ils pourraient vous dire, sur le budget de la Sécurité Sociale, ils ont obtenu la suspension de la réforme des retraites, là, ils obtiennent l'augmentation, effectivement, de la prime d'activité que vous avez vous-même salué.
Oui, mais enfin, prenons le budget de la Sécurité Sociale, puisque c'est celui sur lequel j'ai été chef de file pour les écologistes, avec mon collègue Hendrik Davy. Eh bien, sur le budget de la Sécurité Sociale, le budget qui a été voté impose aussi la tarification à l'acte. Vous savez ce que c'est, la tarification à l'acte ? C'est ce qui a vraiment mis en tension les hôpitaux de manière extrêmement forte. Eh bien, ce budget dit que la tarification à l'acte sera désormais imposée au secteur médico-social. C'est-à-dire toutes les... Mais donc, vous ne comprenez pas ce que font les socialistes ? Non, je ne comprends pas ce que font les socialistes. Et je leur dis, vous êtes socialistes.
Socialistes, c'est un grand mot, en fait. C'est un mot, c'est une ligne politique, c'est une histoire politique, c'est une famille politique qui est porteuse de progrès sociaux. Où sont les progrès sociaux dans ce que vous obtenez actuellement ? Vous obtenez une non-dégradation, ce ne sont pas des progrès sociaux.
Toujours avec Sandrine Rousseau ce matin, députée écologiste de Paris. On voulait parler avec vous ce matin d'un scrutin qui a lieu dans deux mois, les élections municipales. Alors, on sait qu'en 2020, la surprise était venue plutôt des écologistes avec cette vague verte. On a le sentiment que cette fois-ci, la vague verte pourrait marquer un coup d'arrêt, pourrait connaître un coup d'arrêt. On sait que vos candidats dans un certain nombre de grandes villes, on pense à Strasbourg, on pense à Lyon, voire peut-être à Poitiers, à Besançon, sont dans une mauvaise posture. Comment est-ce que vous expliquez ce possible repli ?
Alors déjà, pour l'instant, il n'y a pas de repli, puisqu'il y a des sondages et qui, en effet, mettent en difficulté une partie de nos maires sortants. Comment vous l'expliquez ? J'y viens, mais en fait, lors de la précédente élection municipale, les sondages, quelques semaines avant, disaient aussi que nous étions en grande difficulté et pourtant, nous avons gagné les villes. Et moi, je pense que nous sommes dans un moment de repli de la question écologique.
Et d'ailleurs, sur le budget, il n'y a rien, alors certes, il y a le fond vert, mais enfin, le rapport Mahfouz-Pizani-Ferry, qui est sur ma table de chevet, parce que c'est un rapport qui est extrêmement important, de noter qu'il fallait 60 milliards d'euros par an pour faire ce virage écologique. Aujourd'hui, on est à se réjouir de 100 millions d'euros, donc autant vous dire qu'on est quand même très loin du compte. Et donc, cette espèce de...
Et d'ailleurs, ça m'interroge, moi, à la fois en tant que politique, mais aussi en tant que chercheuse que je suis sur ces questions-là, c'est qu'on se disait, nous, chercheurs, sur cette question écologique, en fait, les États n'agissent pas parce que ça ne se voit pas. C'est-à-dire qu'en fait, c'était le réchauffement climatique allait être pour les générations futures. Et donc, on se disait, tant qu'il n'y a pas les effets concrets dans nos vies, eh bien, nous n'agissons pas. Puis là, les effets commencent à se voir de manière extrêmement concrète. On l'a vu encore avec des épisodes récents. Et pourtant, on n'agit pas, on est comme tétanisés face à cela.
Et moi, je dis aux personnes qui vivent dans ces villes, mais aussi en France, attention, parce qu'en fait, on peut se dire que là, il y a des urgences immédiates, et il y en a évidemment, mais il y a quand même une urgence majeure, massive, il y a un défi majeur qui est face à nous, qui est ce virage écologique. Alors oui, il y a des efforts à faire face à cela. Il y a des efforts. Et oui, quand on met une rue piétonne ou quand on met une piste cyclable, eh bien évidemment, ce sont des travaux, donc ce n'est pas agréable pendant le temps des travaux.
Et ça ne tient pas aussi à ça, pardon Sandrine Rousseau, au fait que peut-être qu'il y a des politiques dans certaines villes, des politiques écologiques, qui n'ont pas été menées, peut-être avec suffisamment de concertation, qui n'ont peut-être pas été bien vendues, ou peut-être qui n'étaient pas forcément indispensables.
Pas indispensables, j'aimerais savoir de quoi vous parlez, parce que dans les villes telles qu'elles sont gouvernées aujourd'hui, il y a eu, au contraire, des investissements absolument majeurs, et sur le bâti, mais aussi dans les politiques publiques très concrètes. Je pense par exemple à Strasbourg et à l'ordonnance, je ne sais plus quel est le terme exactement, mais où en fait les femmes enceintes peuvent avoir accès à une nourriture sans pesticides, sans pifas, ce qui est quand même absolument indispensable pour la santé des bébés ensuite.
Donc voilà, oui, il n'y a pas, et peut-être qu'il faut le poser, il n'y a pas de politique écologiste à la hauteur des enjeux sans un minimum d'efforts à faire. Et donc de désagrément à accepter, et oui, il faut que les efforts soient partagés, il faut qu'ils soient socialement justes, parce que ça c'est absolument indispensable, mais il y aura des efforts à faire. Et toute cette mythologie qui consiste à dire qu'on va aller vers une transformation écologique sans aucun effort, qui n'est que de la joie et de l'enthousiasme, en fait, non, il va y avoir des contraintes, il va y avoir des changements de mode de vie, c'est obligatoire.
Que les maires écologistes aussi ne sont pas victimes du fait qu'aujourd'hui, la priorité numéro un des Français dans cette élection, encore une fois, c'est la sécurité. Et nos reporters de France Info étaient hier soir à Lyon pour le meeting de Grégory Toussaint. Lui semble l'avoir compris parce qu'il s'est largement converti et a accordé une place principale de son discours à la police municipale. C'est aussi cette question-là qui est au cœur de l'agenda politique.
Eh bien, vous voyez bien qu'il saisit le message, mais la sécurité, je voudrais quand même poser que oui, il y a un enjeu de sécurité, mais la sécurité ne passe pas forcément par une inflation des forces de l'ordre à l'intérieur des villes. Alors comment on fait ? On a besoin de police de proximité, dont je rappelle quand même que c'est Nicolas Sarkozy qui l'a supprimée et que pour moi, c'est quand même une erreur absolument historique en matière de sécurité. Mais la sécurité, c'est aussi avoir un logement dans lequel on se sent en sécurité. C'est aussi permettre à nos enfants d'aller à l'école et de ne pas avoir peur sur le trajet.
Et pour cela, d'avoir des politiques de transport public qui soient sécurisées, etc. Et tout cela, je sais que par exemple, la métropole de Lyon a investi énormément dans la sécurité du côté de Lyon.
Sandrine Rousson, on voulait aborder un dernier sujet avec vous. C'est une information que France Info révèle ce matin. C'est que Gisèle Pellicot aurait pu échapper au moins en partie au viol en série commis à l'initiative de son mari, conclusion d'un rapport de l'inspection générale de la justice qui doit être publié et qui explique qu'en fait une simple lettre contenant la preuve ADN que Dominique Pellicot avait commis, un viol en 1999, qu'une simple lettre a été perdue alors qu'elle devait arriver au tribunal de mots en 2010 et permettre de le confondre d'une certaine façon. Elle aurait donc permis de l'interpeller bien avant. Quelle est votre réaction ?
Ça montre, c'est le énième exemple d'un dysfonctionnement de la justice en matière de violences sexistes et sexuelles. Je rappelle que la moitié des femmes qui sont mortes par la violence de leur conjoint ou de leur ex-conjoint avaient franchi les portes du commissariat pour dénoncer cette violence. 46% exactement des personnes qui sont mortes l'année dernière avaient fait une démarche auprès du commissariat pour dénoncer ces violences. Là, on le voit, il y a une lettre qui se perd. Et en fait, la justice française ne prend pas avec toute l'importance et toute la gravité qu'il conviendrait les violences faites aux femmes.
Ça fait partie des discriminations que subissent les femmes et on le voit sur les personnes. Mais regardez par exemple le violeur de la Sambre, le nombre de fois où on aurait pu arrêter cet homme.
Même s'il a fini par l'être.
Il a fini par l'être après 30 ans. Après 30 ans, ce n'est pas possible.
L'affaire du violeur de la Sambre, c'était dans les années 80, c'était une toute autre époque. On pourrait se dire qu'en 2026, ce genre de choses pourraient ne plus se produire. Mais ça se produit tous les jours. Comment on fait pour que ça ne se produise plus ?
Eh bien, on prend au sérieux les violences sexistes et sexuelles. On les prend très au sérieux. C'est-à-dire qu'on met... Je pense qu'on ne les prend pas avec le sérieux nécessaire, non. Et je pense que les instructions ne sont pas à la hauteur des enjeux pour la vie des femmes. Non, clairement pas. Sinon, l'année dernière, il n'y aurait pas eu, encore une fois, je le répète, 46% des femmes qui sont mortes, qui avaient franchi les portes du commissariat. Si on avait pris au sérieux la parole de ces femmes, au moment où elles ont franchi les portes du commissariat, il faut savoir que c'est déjà énorme de franchir cette étape-là, d'aller voir des policiers pour leur dire « je suis en danger ».
Eh bien, si on avait pris au sérieux la parole de ces femmes, aujourd'hui, nous n'aurions pas 156 femmes qui sont mortes en 2025. Nous n'en aurions que la moitié. Nous aurions sauvé 75 de ces femmes. Et en fait, 75, mais c'est 75 familles, c'est 75 enfants. Chaque vie compte. Nos mortes sont trop nombreuses. Nos violets sont trop nombreuses. Nos agressés sont trop nombreux. Et ça suffit.
Merci beaucoup Sandrine Rousseau. Vous êtes députée écologiste de Paris. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur France 1. Merci Mathilde Sirop, notre consoeur de l'hebdomadaire Le Point. Restez sur France 1.
Sandrine Rousseau