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interviewLCP (sur YouTube)· 30 septembre 2023 13 min

Laurent Marcangeli, président du groupe "Horizons et apparentés" | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Il est le challenger qui s'impose là où on ne l'attend pas forcément, que ce soit comme maire d'Ajaccio, comme député, ou aujourd'hui comme président du groupe Horizons à l'Assemblée, mon invité a toujours déjoué les pronostics. Générique ...

Bonjour, Laurent Marcangeli. -Bonjour. -Vous faites partie des députés qui ont eu une adolescence différente.

Vous n'aviez pas de posters de chanteurs ou d'acteurs de cinéma, mais c'était plutôt Jacques Chirac et le général de Gaulle. -Il y avait pas que ça. Il y avait des joueurs de foot et des top models, mais il est vrai que... -Votre père raconte, en tout cas, qu'il trouvait ça étonnant. -Il avait été très étonné, car personne ne s'intéressait assez à la politique pour aller jusque-là.

A l'adolescence, j'ai été pris de passion pour la politique et je supportais Jacques Chirac, candidat à la présidence de la République. -La présidentielle de 1995 a fait l'objet d'un déclic chez vous. Qu'est-ce qui vous a passionné dans la campagne présidentielle de Jacques Chirac ? -Sa volonté. -C'est pas tant le combat d'idées, c'est plutôt l'histoire de cet homme, donné battu, ce côté presque romanesque ? -J'ai été séduit par son discours sur la fracture sociale. -Il y avait cet aspect-là. -On considérait qu'il y avait un certain nombre de problèmes dans le pays qui n'avaient pas été réglés.

J'étais né en 1980, juste avant l'élection de François Mitterrand, j'avais envie de changement. Cet homme, ce physique, cette stature, et les difficultés qu'il a rencontrées pour arriver jusque-là m'ont séduites. -Le côté homme trahi par ses proches. -Le comte de Monte-Cristo, comme je le dis souvent, que je lisais, à l'époque.

C'était romanesque et ça m'avait attiré. -A la présidentielle suivante, Jacques Chirac a tenu un meeting dans votre propre ville, Ajaccio, en 2002. On va revoir un extrait de son discours ce jour-là. -La Corse a besoin de bien d'autres choses que d'un rafistolage institutionnel qui la placerait en marge de la République.

La Corse et les Corses ont besoin que soit mis définitivement un terme à la violence, qui sape les fondements mêmes de la paix sociale sur l'île. -Si je vous remontre ces images, c'est qu'elles vous rappellent quelque chose. Vous aviez 21 ans.

Vous étiez sur place et vous êtes monté sur scène et vous avez tenu un discours devant Jacques Chirac. C'est un moment qui vous a marqué ? -On voit la photo. -On vous voit avec lui. -De lui parler à l'oreille, ça m'a marqué.

C'était ma 1re expression en public. -En plus, devant celui qui était un peu votre modèle. -Quelqu'un qui m'avait beaucoup inspiré, qui était la raison pour laquelle j'étais là.

On m'avait fait la proposition d'ouvrir ce meeting. C'est émouvant, de revoir ces images, car il y avait du monde, il y avait un chapiteau qui avait été fait exprès pour. Je me suis retrouvé, à 21 ans, devant plusieurs milliers de personnes, chez moi, pour parler de cette campagne présidentielle si particulière de 2002, avec Jacques Chirac au 1er rang. -Et avec un ancien député qui vous a dit : "Vous serez député, un jour." C'est ça ? -Oui, mon prédécesseur. -Il vous a repéré. -Oui.

Il avait été député de la 1re circonscription de la Corse-du-Sud. Il m'a dit : "Vous serez député, un jour." Je lui avais répondu : "Il va falloir que je fasse mes preuves avant, "que j'aie quelques diplômes." Il m'a dit : "Non, vous serez député." -Les valeurs gaullistes vous ont séduit.

A 16 ans, vous avez pris votre carte au RPR, alors que vos parents votaient plutôt pour les nationalistes corses. La cause nationaliste vous a-t-elle tenté, à un moment ? Vous vous êtes posé la question ? -Non, car au début de mon engagement, à 15 ans, j'ai tout de suite été happé par les idées portées par la droite gaulliste, mais je suis corse.

Ca, c'est indissociable de mon identité. J'ai pas besoin d'être nationaliste pour l'être plus que d'autres. -C'est compliqué, la politique en Corse, quand on ne l'est pas ?

Vous êtes le seul député non-nationaliste, en Corse. -Oui. Vous savez, ce sont des cycles.

Les nationalistes ont mis des années avant de réussir à avoir un seul élu, ne serait-ce que dans une mairie, car ils étaient rejetés par la population, il y a eu des évolutions, du changement dans la vie politique corse. Face aux électrices et aux électeurs, ça se passe plutôt bien pour moi, peut-être parce que les discours que je tiens et les actes qui sont les miens conviennent, qu'il n'y a pas besoin d'être nationaliste pour être élu et accepté par la population. -Au lycée, on vous surnommait "le maire".

Vous avez déjà l'ambition de devenir maire d'Ajaccio ? -J'avais dit que je voulais être maire de la ville un jour, car c'est une ville qui m'est chère, que j'aime. Personne ne pensait véritablement que j'allais avoir cette forme de constance dans l'engagement et que ça allait arriver. -On va raconter votre parcours.

Ca s'est fait étape par étape, mais vous y êtes arrivé. Vous êtes d'abord devenu député, en 2012. Dès l'âge de 20 ans, vous vous êtes présenté aux municipales sur la liste du maire qui s'appelait lui aussi Marcangeli.

Il n'est pas de votre famille, ou en tout cas, éloigné. -C'était un petit-cousin. Nous ne nous sommes connus que dans le cadre de la vie politique, puisqu'il avait un accord avec le RPR, et moi, j'étais candidat en tant que membre du RPR...

J'avais beaucoup de cheveux. Le temps passe. J'étais au RPR, j'étais le benjamin de cette liste.

Ca se voit, j'étais assez jeune. Je n'avais que 20 ans. -6 ans plus tard, vous avez été élu dans l'opposition.

Vous étiez le chef de l'opposition. Vous avez réuni un peu la droite d'Ajaccio, qui était assez divisée, et en 2014, vous avez été élu maire. On sent la force de votre détermination pour atteindre vos objectifs. -Je crois qu'on pouvait avoir n'importe quel candidat, de n'importe quelle tendance qu'il soit.

Lorsque vous voulez la victoire, il faut une ferme détermination. Ca ne vient pas seul. Surtout quand vous avez une opinion partagée.

Le maire était installé depuis 13 ans. Les gens sont assez rétifs au changement. Lorsqu'on change de maire alors que le sortant est candidat, c'est assez rare.

C'est ce qui s'est passé en 2014 à Ajaccio. -Vous dites que vous n'avez pleuré que deux fois, en politique : le jour où vous avez été élu maire, et le jour où vous avez dû renoncer à votre mandat parce que vous aviez été élu député, réélu en 2022. Si vous étiez si heureux dans ce mandat de maire, pourquoi l'avoir abandonné ? -C'était le moment.

La situation exigeait que je sois présent ici, d'abord parce que la Corse a vécu des moments difficiles, notamment suite à l'agression qui a coûté la vie à Yvan Colonna. On a eu des scènes d'émeutes, de violences très graves. -Vous avez d'ailleurs rédigé un rapport parlementaire. -J'étais rapporteur de la commission d'enquête.

Le lien se distendait entre la République et la Corse, à tel point qu'il fallait qu'il y ait une voix forte, dans la majorité présidentielle, pour représenter la Corse. C'est ce que j'essaye de faire. -Vous êtes aussi un éternel challenger.

Personne ne croyait en vos chances aux législatives de 2012. Vous avez été le seul à reprendre un siège de député à la gauche, cette année-là. En 2014, à Ajaccio, vous étiez aussi le challenger et vous vous êtes imposé.

En 2022, personne n'avait anticipé que vous alliez devenir président d'Horizons, le parti d'Edouard Philippe. Est-ce que vous adversaires n'ont pas tendance à vous sous-estimer ? -Mal leur en prend, visiblement. -Pourquoi est-ce qu'ils vous sous-estiment ? -Je sais pas.

Ils me sous-estiment de moins en moins. On me voit plus venir, chez moi et même ici. Pour la présidence du groupe, ça s'est passé de manière très naturelle.

Les liens que j'entretiens avec Edouard Philippe sont anciens. Nous nous connaissons depuis 11 ans. Ce sont des liens basés sur l'amitié et l'identité de point de vue.

Lorsque je me suis présenté à cette élection interne, ça s'est bien passé. Les journalistes, les commentateurs, n'avaient pas forcément prévu le scénario. -On sent quelque chose de passionné dans votre rapport à la politique.

Certains vous ont reproché d'être un peu trop rude. Vous le reconnaissiez récemment dans une interview : "A 31 ans, j'étais plus âpre et rude "que maintenant. "J'étais vraiment dans une version 1.0, "je n'étais pas encore père de famille, ni marié." Vous avez changé ? -On change tous. -Vous vous êtes calmé ?

Assagi ? -Bien sûr. Heureusement.

Heureusement qu'on s'assagit. Ensuite, on voit la difficulté des choses. On les appréhende d'une autre manière.

Surtout, on apprend à faire avec les autres, malgré les différences. Parfois, j'étais plus cogneur, plus puncheur. Depuis un an, en tant que président de groupe à l'Assemblée nationale, ceux qui me fréquentent voient que je suis un homme de dialogue, ouvert, qui essaye de discuter avec les autres, qui essaye de respecter la fonction et le cadre dans lequel nous sommes : l'Assemblée nationale. -Il y a eu cet incident relayé par le Canard enchaîné.

C'était au mois de février de cette année. Vous avez failli en venir aux mains dans l'hémicycle, avec le député LR Aurélien Pradié. Le journal précise que vous avez menacé de lui casser les dents et que les huissiers ont dû intervenir.

Vous étiez prêt à faire cela avec un député ? -C'est exagéré. Les huissiers n'ont pas dû intervenir.

Ca s'est passé hors séance, dans l'hémicycle mais en suspension. Je ne dirai qu'une seule chose : je suis très courtois, je respecte énormément les autres, et j'attends en retour que les autres fassent de même pour moi. Ca n'a pas été le cas. -Vous pouvez faire preuve de dureté, y compris avec vos amis.

Jean-Jacques Ferrara, votre suppléant à l'Assemblée en 2012 vous a succédé comme député en 2017, - puisque vous avez décidé de rester maire d'Ajaccio - mais en 2022, vous lui avez repris le siège de façon brutale. Il y a pas de place pour l'amitié, en politique ? -Il y avait pas de place pour prendre le risque de perdre le siège.

Ce serait pas... -Vous avez sacrifié une amitié.

C'était votre ami. -Ca a été un des moments les plus difficiles de ma vie politique et personnelle, parce qu'effectivement, il y a pas que des liens politiques, il y a aussi des liens personnels qui se créent. Un décision a été prise par moi, mais qui n'a pas été prise que par moi.

Il y a eu des discussions avec d'autres. Je n'agis pas sur des coups de menton. On n'était pas sur de l'improvisation.

Il y avait eu une longue réflexion. Je sais que j'ai fait du mal à cet homme, pour lequel j'ai vraiment un profond respect, mais je peux vous dire avec certitude - la difficulté de l'élection qui a été la mienne - que ça aurait été plus difficile si ça avait été lui le candidat, et qu'on n'aurait pas trois députés autonomistes élus à l'Assemblée nationale, mais quatre. -Votre trajectoire suit celle d'Edouard Philippe.

Vous étiez engagés à droite, vous avez soutenu Alain Juppé pendant la primaire. Vous avez rallié Emmanuel Macron, vous présidez le groupe Horizons à l'Assemblée. Est-ce que c'est pas un peu comme avec Jacques Chirac ?

Est-ce que c'est pas une histoire d'admiration, de respect ? Vous avez besoin de ça pour vous engager derrière quelqu'un ? -Si j'avais pas ce rapport à Edouard Philippe, ce rapport de fidélité, de respect, d'admiration... -Vous avez besoin d'admirer. -J'ai besoin d'avoir confiance.

Je ne me range pas sans cesse derrière quelqu'un. Edouard Philippe est un homme d'une très grande qualité, tant d'un point de vue politique qu'humain. Ca compte pour moi. -On va passer au quiz, à présent, si vous le voulez bien.

Je commence une phrase et c'est vous qui devez la compléter. -OK. -Un cliché sur les Corses que je confirme... -Susceptibles.

On est plutôt susceptibles. -Un bon président de groupe doit... -Rassembler.

Il doit rassembler son groupe derrière une ligne politique, sur des textes et sur une attitude à avoir dans l'hémicycle et même en dehors. -Enfin : en 2027, Edouard Philippe sera... -Je ne sais pas. -Elu président de la République ?

Vous le souhaitez ? -Il a les qualités pour être un bon président de la République, comme il a été un bon Premier ministre. C'est une décision qu'il doit prendre.

Le peuple français décidera de qui sera le chef de l'Etat en 2027. -Merci d'être venu. -Merci à vous.

Merci. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA