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interviewLCP - Assemblée nationale· 18 avril 2025 56 min

Violences sexuelles dans les milieux culturels | Les grands débats

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Invité

J'avais 10 ans quand j'ai tourné pour la première fois, ça m'est tombé dessus. Et dans ce film, il y a une scène de viol. Je demande qui va jouer cet homme et on me dit que la réalisatrice ne veut pas que je le rencontre avant. Je ne comprends pas pourquoi, mais apparemment, ce sera mieux pour la scène. On m'explique que je dois marcher, qu'il me collera contre l'arbre. Ça va être très simple. Silence, moteur, ça tourne. Je vois arriver en courant un jeune acteur qui me saute dessus, qui me prend la poitrine et essaie de me soulever la robe. On refera cette scène plusieurs fois. J'ai 10 ans, je n'ai même jamais embrassé un garçon. Je suis tétanisée.

À la fin de la scène, la jeune fille qui s'occupe de nous depuis le début du tournage m'a même voir les poussins qui sont nés dans la ferme à côté pour me changer les idées. Et du haut de mes 10 ans, je sais déjà qu'il y a quelque chose qui cloche. Je me souviens comme si c'était hier, me dire « Mais tu crois que tu vas me faire oublier ça avec des poussins ? » Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode des Grands Débats.

1:12
Présentateur

Pendant une heure, nous allons revivre ensemble les moments clés de la commission d'enquête relative aux violences sexuelles et sexistes dans le milieu du cinéma, de l'audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité. À travers le regard de la présidente de cette commission d'enquête, Sandrine Rousseau, et de son rapporteur, Erwan Valen.

1:35
Erwan Balanant

On a vraiment vu le plus de personnes qu'on pouvait, des personnes qui sont les institutionnels, les syndicats, les acteurs, les actrices, les techniciens. Mais c'est l'anatomie de ce système que nous avons essayé de faire.

1:53
Présentateur

Je crois que ces auditions, elles nous ont tous et toutes poussés dans notre humanité. C'est-à-dire qu'on a tous été un peu bousculés, toutes étaient un peu bousculés. Et on a tous, toutes à un moment, versé une petite larme, avoir la voix qui a tremblé. Anna Mouglalis, Dinamuris, mais incroyable ces paroles, incroyable. Puis elles ont parlé face cam, face caméra pour le coup.

Et puis, ce qu'elles ont dit, alors je retiens les paroles d'Anna Mouglalis qui dit, non seulement moi je me suis battue contre les violences que j'ai pu subir, mais je me suis aussi battue à l'intérieur des tournages, contre des scénarios qui minimisaient trop la place des femmes, qui en faisaient des marionnettes aux mains d'hommes.

2:33
Invité

Tout ça était quand même hyper puissant. Mesdames et messieurs, je tenais à vous remercier sincèrement pour cette invitation. Je me réveille seulement d'un long sommeil, mais aujourd'hui je peux raconter. C'est grâce à toutes celles qui ont osé, Adèle Hanel, Judith Godrej et tant d'autres, que je me réveille, que je me rends compte. Je commence à raconter ce qui pour moi faisait partie du jeu, faisait partie des règles du métier que j'aime tant, le prix à payer. J'avais 10 ans quand j'ai tourné pour la première fois, ça m'est tombé dessus. Et dans ce film, il y a une scène de viol. Je demande qui va jouer cet homme et on me dit que la réalisatrice ne veut pas que je le rencontre avant.

Je ne comprends pas pourquoi, mais apparemment ce sera mieux pour la scène. On m'explique que je dois marcher, qu'il me collera contre l'arbre. Ça va être très simple. Silence, moteur, ça tourne. Je vois arriver en courant un jeune acteur qui me saute dessus, qui me prend la poitrine et essaie de me soulever la robe. On refera cette scène plusieurs fois. J'ai 10 ans, je n'ai même jamais embrassé un garçon. Non, je suis tétanisée. À la fin de la scène, la jeune fille qui s'occupe de nous depuis le début du tournage m'a même voir les poussins qui sont nés dans la ferme à côté pour me changer les idées. Et du haut de mes 10 ans, je sais déjà qu'il y a quelque chose qui cloche.

Je me souviens, comme si c'était hier, me dire « Mais tu crois que tu vas me faire oublier ça avec des poussins ? » Quelques années à peine majeures, je dois faire une scène de représentation sexuelle avec un homme de l'âge de mon père. Je connais bien le réalisateur, j'ai une grande confiance, on a toujours parlé de ces scènes ensemble, elles sont chorégraphiées, il y a un cadre. Malgré tout, le jour du tournage, cet acteur décide de ne pas mettre de peignoir entre les prises. Ça gêne ou ça agace l'équipe, je ne peux pas vraiment dire, mais en tout cas, on ne l'oblige pas à le mettre. Je trouve ça déjà un peu étonnant.

On règle la scène, on sait ce qu'on va faire, donc il doit m'appeler dans la salle de bain, me dire de me mettre à genoux pour lui faire une fellation, je dois hésiter, et alors il doit me donner une baffe. On tourne la scène. Il se met à improviser. Il me met les mains sur les épaules, il m'écrase au sol avec une grande force, je me fais très mal aux genoux, il enfonce son pouce dans ma bouche et la tête en arrière, et de son autre main, il me donne plein de baffe et il me dit « t'aimes ça salope ». Alors je me mets à pleurer, je suis tétanisée, il me donne une violente baffe et je m'écrase au sol. Coupé. Le réalisateur et les techniciens trouvent cette scène bouleversante.

Alors on la refera, parce que ce sera beau pour le film. Et à la fin de cette scène, je me revois la machine à café en larmes, et un machiniste vient me voir et me dit « c'était très dur ce que tu viens de faire, je l'ai vu ». Et malheureusement qu'il y avait cette phrase. Mais encore une fois sur le moment, pas d'excuses, pas de reconnaissance, pas de cadrage. Aujourd'hui j'en ai parlé avec ce réalisateur et il m'a entendu, il reconnaît, il s'excuse et je le crois. Mais pendant 20 ans, cette scène m'a marquée au fer rouge. Des violences, il y en a eu quand j'étais mineure, majeure, et même aujourd'hui, en femme avertie. La violence, elle s'ancre en vous et elle vous ronge.

Alors j'espère très sincèrement que vous, que nous, trouverons des solutions pour arrêter cela, pour condamner, pour éduquer. Je sais que beaucoup de choses sont faites, mais quand je vois encore aujourd'hui qu'il est envisageable de projeter un film comme « Dernier tango à Paris » à la Cinémathèque, où une scène réelle de viol est filmée, et que certains s'insurgent encore que l'on puisse questionner cette projection, alors je pense qu'il y a un grand travail à faire.

6:06
Sandrine Rousseau

Ce milieu concentrant énormément de pouvoir, d'argent, est très propice aux abus, au fait qu'ils soient tus. Très souvent, quand on est une jeune femme, on nous demande de venir, enfin moi on me proposait de venir pour des rôles de femmes dites séduisantes. Et il se trouve que généralement, on décroche le rôle quand le réalisateur est séduit. Mais nous, on n'est pas venu pour le séduire, on est venu pour jouer. Donc là, il y a déjà un gros problème. En 1997, pour mon premier film, je me suis retrouvé à être convoqué par la production pour me rendre au domicile de Gérard Miller pour travailler sur le scénario du film Terminal, qui était réalisé par Francis Géraud.

Je rencontre Gérard Miller, qui me propose de me faire visiter son home cinéma. Il est à peu près 20h30, parce que je répétais à la journée une pièce de théâtre, donc j'avais eu ce rendez-vous le soir. C'est normal d'avoir confiance quand on est envoyé par la production chez un scénariste qu'on a envie de jouer dans un film. Tout ça devrait être très normal. Mais donc je me retrouve à ce domicile. Je refuse de voir le home cinéma, parce que je propose tout ça à faire là-dedans. Et là, il me propose une séance d'hypnose que je refuse, parce qu'encore une fois, je ne vois pas. Et puis je trouve le mec franchement pas sympathique.

Mais il commence à se tendre et à devenir un petit peu agressif et à me dire, alors, qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire sur ce scénario ? Je lui dis qu'on n'a qu'à rien faire du tout, que vu comme c'est parti, c'est pas la peine. Ce à quoi il me répond qu'il retirera donc les répliques de mon personnage pour les donner à d'autres actrices. Je lui dis, tant mieux. Mais ensuite, il y a eu le tournage. Et il se trouve que... Donc on n'était que des jeunes femmes de 19 ans. C'est une histoire qui maintenant a été révélée au grand public. Il y a eu une enquête qui a été menée par Mediapart et aussi par le magazine Elle dans laquelle j'avais pu témoigner.

On est à 90 victimes de cet homme. À l'époque, je n'en ai pas parlé au réalisateur ni au producteur. J'aurais dû. Mais comme... En fait, je suis parti. Je me suis dit, c'est juste un connard. Mais il se trouve qu'ensuite, pendant le tournage, il y avait une classe. On avait toutes à peu près entre 18 et 20 ans. Il y a deux jeunes femmes qui assez spontanément, parce qu'elles se sont rendues compte qu'elles avaient vécu la même chose. On parlait devant nous ouvertement. Elles ont vécu la même chose chez Gérard Milain, mais elles ont vécu la séance d'hypnose. Et elles ont vécu les agressions. C'était en 97. C'est sorti l'année dernière, cette affaire. Bon.

Donc ça, c'était sur le travail préparatoire au scénario. En ce qui concerne les tournages, alors je voulais parler à la fois de scènes, de représentations de la sexualité. Vous avez parlé de la coordination, d'intimité. Ça n'existait pas. Je pense que ça peut être un outil extrêmement intéressant. Et donc, je vais illustrer mes propos par des expériences. J'ai travaillé sur un film pendant lequel... Donc je devais être nu au-dessus d'un homme. C'est très, très souvent ces positions-là. C'est le corps de la femme qui est exposé, surexposé, qui cache celui de l'homme qui est généralement à peu près 25 ans de plus que l'actrice.

Donc sur cette scène, je devais me relever pour m'allonger sur l'homme. Et je dis au metteur en scène « Mais non, je ne vais pas faire ça parce que la caméra va se retrouver littéralement sur mon sexe. » On me dit « Non, non, ne t'inquiète pas puisqu'à ce moment-là, la caméra va monter sur ton dos et t'accompagner. Donc il n'y aura pas de problème. » Je tourne la scène. La confiance était déjà un peu limitée. Je vais vérifier à la vidéo le combo où la prise a été enregistrée. Je me rends compte qu'il y a... Enfin, on voit même mes lèvres. C'est un plan par derrière. Donc je le signale à la script. Je refuse ce plan. Je le signale à mon agent. « J'exige que l'axe du lit soit changé.

» Il y a toute une équipe qui était moins. Ce plan, non seulement, est monté dans le film, mais a été dans la bande-annonce. Et il y est toujours. Forte de ses expériences, je me suis retrouvé sur un autre tournage où il y avait une scène, à nouveau, de représentation de la sexualité avec trois caméras. Donc trois caméras qui bougent en permanence à la faveur de ce que la personne qui dirige cette caméra à distance va filmer. Mais ce n'est pas découpé. C'est un peu au hasard. Je refuse d'être complètement nu. Donc je porte des sous-vêtements en disant « c'est beaucoup plus simple. À chaque fois que vous voyez le sous-vêtement, vous coupez. » Puisqu'il cache la partie qu'il ne faut pas voir.

Mais la tension monte. Le réalisateur crie « mais soyez généreux ! » L'acteur se met nu. Moi, je reste sur ma position. Et puis bon, on me demande aussi de... Donc c'est juste pour dire que ce n'est pas très propice au fait de jouer quoi que ce soit. Puis là, c'était un rôle de prostituée. On me demande de pleurer et puis de simuler l'orgasme. Mais je convoque Anna Magnani. Je dis « Mama Romain, on peut représenter les prostituées autrement. Et puis, ce n'est pas drôle, je peux pleurer. » Donc je lui montre que je peux pleurer mais que je ne le ferai pas dans la scène. Et là, il hurle. « Tu ne veux pas pleurer. Tu ne veux pas jouir. Pourquoi tu fais l'actrice ?

» C'est un de mes plus gros fou rires de cinéma mais à la hauteur de la violence des propos. Ensuite, je me suis retrouvée sur un tournage aussi qui représentait directement la violence masculine encore une fois contre une prostituée parce que pendant tout un temps, c'est la maman et la putain et on n'en sort pas. C'est une scène pendant laquelle j'ai été frappée. J'ai pris une droite. C'était très prévisible puisque l'acteur ainsi que tout le reste de cette équipe qui était masculine s'était alcoolisée dès le petit déjeuner. Au moment où cet acteur m'a mis une droite, le réalisateur a dit « On continue à tourner !

» Donc il a fallu que je lui saute dessus en lui expliquant que non, il fallait qu'il s'arrête, qu'on pouvait jouer ça. Mais le film entier, en fait, je l'ai revu pour préparer cette audition, est un film d'une violence à mon endroit mais inouï.

14:04
Locuteur non identifié

Donc j'ai commencé jeune le cinéma, 13 ans, en faisant des castings. Et je dois dire, j'ai commencé ma carrière en disant non. Lors de mon premier casting, quand on m'a demandé de retirer ma culotte pour la faire tournoyer dans les airs parce qu'il y avait une scène soi-disant comique pour ce court-métrage et je devais la faire atterrir dans l'assiette d'un autre personnage. j'ai dit non. Et là, on m'a toisé avec pression, ils étaient outrés. Comment est-ce que j'osais dire non ? J'avais 13 ans, j'étais personne, j'avais jamais fait de film. Mais j'ai dit non et puis je suis partie. Et en fait, ces noms, ils m'ont accompagnée toute ma carrière.

C'est des noms qui constituent votre carrière mais aussi votre personnalité, votre rapport aux autres, votre rapport à votre corps. Plus tard, pas très longtemps après, je fais mon premier film, L'Esquive. J'ai 15 ans. Sur le plateau, un des régisseurs, alors qu'on attend entre deux scènes, me dit j'ai envie de te faire l'amour dans les fesses. Il a 30 ans. Il a 30 ans, j'ai 15 ans. Bon, je suis choquée mais heureusement un autre régisseur l'arrête immédiatement et lui dit non mais t'abuses là. Elle est trop jeune, t'abuses quoi. Et ça s'est arrêté là. On est passé à autre chose et ça a été un non-événement. On n'en a pas reparlé. Ça a été un non-événement.

Il se trouve qu'un peu avant sur ce tournage, il y a eu une scène avec un acteur qui devait en fait tenter de m'embrasser dans la scène et cet acteur, il s'amusait à cracher par terre avant les prises pour m'humilier. Bon, j'étais mal. J'en ai parlé au réalisateur qui m'a dit de l'ignorer que c'était juste un petit con. Et voilà, on utilise toujours des termes petits cons, des mots qui en fait ne définissent pas les choses. J'y reviendrai. et donc le réalisateur est quand même allé voir cet acteur pour le recadrer et puis on est passé à autre chose. C'était un non-événement. Et il y a aussi ce rapport au corps.

Je me souviens notamment lors de ce tournage, une scène où en fait on avait les mains sur le capot d'une voiture, la portière était ouverte et puis quelqu'un sans faire exprès a fermé la portière. mon doigt est resté dans la voiture. J'étais blessée, mon doigt était tordu, il était violé. Ils ont appelé les pompiers, on a arrêté le tournage, enfin on a arrêté la scène. Et pendant qu'on attendait les pompiers, le réalisateur est venu me voir et m'a dit Sarah, est-ce que ça serait je crois formidable si on pouvait utiliser l'état dans lequel t'es ? Effectivement, j'étais blême, j'étais blanche.

Et si on pouvait utiliser cet état de fébrilité pour tourner une scène dans la voiture et que ça serait fort. Alors je suis retournée dans la voiture et j'ai tourné cette scène en étant dans cet état. Donc ce rapport au corps, je l'ai intégré très tôt en fait. Et c'est ce rapport au corps qui fait que dans d'autres films, par exemple, je me rappelle un film où on tournait une scène où j'étais dans un bassin où je nageais et on tourne, vous savez, on fait beaucoup de prises, on tourne des heures et dans l'eau, on attrape très vite froid.

Et c'est ce qui fait qu'à un moment donné, je me retrouve à force avec la bouche violette presque bleue, la mâchoire qui claque, j'ai mon corps qui presque convulse et on vient me prendre dans les bras et on me dit que je suis courageuse. Et c'est vrai, on donne tout en fait. Je pense que quand on fait ce métier, il y a cette expression, on dit, on se donne corps et âme et on a envie de faire le meilleur. Je me rends compte en fait que tout le long de ma carrière, j'ai été vraiment un bon soldat, un bon petit soldat. J'essayais de tout donner pour une œuvre, tout donner pour un metteur en scène et il y avait cette idée de ce rapport au corps.

Et le rapport au corps, c'est aussi me retrouver nue dans une scène alors que je n'avais jamais été nue devant quelqu'un d'autre dans mon intimité, dans ma vraie vie à moi. j'étais jeune et être actrice, c'est aussi être sexuée avant même d'avoir investi sa propre sexualité. C'est aussi mentir, faire comme si on connaissait le sexe pour ne pas trop se foutre la honte dans une scène d'amour qu'on doit jouer alors que j'étais encore vierge. Ça donne même des situations assez cocasses. Mais durant ces années, j'ai intégré des choses. mais en parallèle de ça, j'étais toujours accompagnée de mes noms. Voilà, mes noms qui me protégeaient.

Par exemple, tout au long de parcours, effectivement, j'ai rencontré des metteurs en scène qui m'ont dit qu'ils voulaient coucher avec moi et qui m'ont fait sentir du chantage que si ce n'était pas le cas, je savais bien que je n'aurais pas le rôle. Et j'ai dit non. J'ai dit non et puis je n'ai pas fait ces films-là. Donc ces noms m'ont protégée. Et puis un jour, il y a eu le nom de trop. le nom qu'on ne m'a pas laissé passer, le nom que j'ai exprimé et qu'on m'a fait payer. J'étais en préparation d'un tournage. On faisait des essais caméras. Et puis j'avais très, très mal au ventre, mal au point de m'allonger sur un canapé. Personne n'a fait attention à moi.

Et puis, le soir même, en fait, en rentrant, j'ai été aux urgences. J'avais vraiment trop mal. Et là, la médecin qui m'a auscultée m'explique que, en fait, je fais une hémorragie interne. J'ai un litre et demi de sang répondu dans le ventre parce qu'en fait, je venais de faire une grossesse extra-utérine et que j'avais une trompe qui avait explosé. Donc, j'ai été immédiatement opérée. Et suite à ça, j'ai eu une péritonite. Donc, c'est une infection assez grave. On peut mourir. Donc, j'ai été hospitalisée et ils m'ont mis sous intraveineuse d'antibiotiques. Au bout de deux jours, je suis toujours à l'hôpital. J'appelle la réalisatrice pour la prévenir. Et là, elle m'engueule.

Elle me dit que j'aurais dû l'appeler plus tôt. Bon. Il va y avoir le début de tournage. Le début de tournage est décalé d'une dizaine de jours. Et puis, avant de tourner, j'apprends, on me dit que l'acteur avec qui je vais tourner, il est un peu énervé. Ça le fait chier, je cite, qu'on ait décalé le tournage parce que ça ne l'arrange pas pour son tournage d'après parce qu'il était serré dans les plannings. Aucune compassion pour moi, aucun mot de soutien concernant mon hospitalisation. Rien.

20:47
Erwan Balanant

Elle a permis à un certain nombre de personnes de parler pour la première fois. Parce qu'on l'a vu, dans ce milieu règne une omerta, règne une peur de parler pour plein de raisons. Parce que vous allez perdre votre métier, parce que vous êtes en précarité économique, parce que vous avez à tout prix envie de ce rôle aussi. Et un certain nombre de personnes nous ont dit merci parce que c'était la première fois qu'ils pouvaient parler devant une institution de la République.

21:15
Présentateur

Alors, il y a eu différents huis clos et j'ai accordé les huis clos selon des principes différents. Moi, il y a un huis clos qui m'a beaucoup marquée qui était ce huis clos où il y avait, je ne sais pas, peut-être une quinzaine, peut-être une vingtaine de femmes qui étaient tellement terrorisées par les conséquences que pouvaient avoir leurs paroles qu'elles s'appelaient devant nous Madame A, Madame B, Madame C, Madame D, Madame... Et moi, en tant que présidente, je donnais la parole à Madame E ou à Madame L. Et en fait, c'est extrêmement troublant. C'est-à-dire qu'on est à huis clos, on est dans l'Assemblée nationale, on est dans un endroit qui normalement protège la parole.

Et même là, même là, ça n'est pas possible, même à huis clos, ça n'est pas possible de donner les noms. Et ça, ça m'a vraiment... Ouais, ça m'a perturbée sur à la fois les violences dont elles témoignaient, mais aussi la violence consécutive à la parole.

22:11
Erwan Balanant

Je me souviens des comédiennes à huis clos qui n'étaient pas des comédiennes débutantes, qui étaient des comédiennes qui avaient une grande carrière et qui se sont livrées et qui nous ont aussi montré que durant toute leur carrière, quasiment, elles avaient subi soit des atteintes physiques, à leur intégrité physique, soit sur des questions sexistes et sexuelles, mais aussi sur des questions de mise en danger de leur vie, sur les tournages, etc. Et cette audition était assez révélatrice de ce que j'ai nommé une anatomie à broyer des talents.

22:47
Présentateur

En tous les cas, pour ce qui me concerne, j'ai reçu énormément d'appels en dehors, de témoignages en dehors. Donc voilà, c'était à chaque fois des coups de téléphone qui étaient assez durs, de personnes qui avaient tellement peur qu'elles ne voulaient pas venir dans la commission. Mais voilà, tout ça, il faut le prendre, quoi. Et on n'en sort pas indemne, mais surtout, on en sort avec des convictions, quoi. sur le caractère systémique de ces violences. Il y a eu des moments où on a vraiment vu des trous dans la raquette, comme on dit selon une expression populaire. Il y avait des moments où on se dit, par exemple, les castings, c'est complètement en dehors.

Moi, une des auditions qui m'a le plus énervée, je dois dire, c'est les auditions des agents, d'acteurs et actrices, qui, à mon sens, ne sont confrontés à aucune espèce de règle éthique ou morale ou de protection. Et puis, il y a aussi les enfants et que deviennent ces enfants. Et puis, surtout, ce qui me fascine, c'est que les personnes qui ont témoigné n'ont pas témoigné d'un épisode de violence survenu comme ça au hasard d'une mauvaise rencontre, j'ai envie de dire. Les personnes qui ont témoigné de violence à cette commission témoignent de la récurrence des violences, quels que soient les tournages, quels que soient les équipes, quel que soit leur âge, parfois jeunes.

Et donc, voilà, on ne peut pas fermer les yeux. Est-ce que certaines auditions vous ont déçues ? Beaucoup. Celles de la cinémathèque, par exemple. Énormément. Énormément. Et même mise assez en colère sur l'hypocrisie. L'hypocrisie complète. Cette espèce d'hypocrisie crasse, quoi. Dégueulasse. qui dit que, devant notre commission, que, oui, Maria Schneider a du talent, alors qu'il rit, il soupire, il lève les yeux au ciel dans les autres interviews sur le fait que, oui, ce n'était pas si grave ce qu'a subi Maria Schneider ou que, oui, est-ce que, finalement, tourner un film n'est pas systématiquement un viol ?

enfin, vraiment, c'était, c'est, c'est, il y avait quelque chose de l'ordre de, comment je peux dire ça, de la domination toute puissante sur l'histoire du cinéma.

25:06
Locuteur non identifié

Nous sommes ici pour parler de la projection du dernier Tango à Paris dans le cadre de la rétrospective consacrée à Marlon Brando pour son centième, pour le centième anniversaire de sa naissance. Elle a suscité un nombre considérable de réactions. Notre volonté était loin de la provocation. Elle était de présenter une œuvre importante avec un acteur légendaire pour l'anniversaire des cent ans de sa naissance. Le témoignage de Marie Schneider est devenu une clé de lecture du film. Le film aurait dû faire l'objet d'une présentation des séances très détaillée et approfondie. Car ce film est une conséquence grave et indiscutablement sur la vie de Marie Schneider. De Maria Schneider, pardon.

Et la scène incriminée est indébutablement d'une grande violence. je regrette, nous regrettons qu'alors que la scène était bien évoquée dans l'article des présentations de la rétrospective, nous n'avons pas accompagné ce film. Je prends ma responsabilité. Je reconnais que nous avons mal apprécié la situation et que nous avons manqué de vigilance et de discernement. nous aurions dû faire différemment et nous ferons différemment à l'avenir, ce qui aurait évité une annulation de séance, un désordre. Or, la Cinémathèque n'est pas là pour créer du désordre.

27:10
Présentateur

Je reviens sur les épisodes et après je passerai la parole aux rapporteurs sur ce qu'on a appelé l'affaire Polanski en 2017, sur l'annulation de la rétrospective de Jean-Claude Brissot sur deux films de Benoît Jacot de 2024, en 2024. et là, cette dernière projection du dernier tango à Paris, c'est autant de moments qui ont été des moments de tension et de tension pas avec n'importe qui, c'est-à-dire avec les mouvements féministes qui vous reprochaient la programmation de ces oeuvres. Monsieur Bonneau, pourriez-vous nous dire dans quelles conditions et comment vous avez géré ces crises successives ?

27:50
Locuteur non identifié

Vous savez, Madame la Présidente, nous n'en faisons pas mystère et c'est pour ça que nous sommes là pour répondre à vos questions. Nous sommes sur une voie étroite et sur une ligne de crête qui est difficile, c'est-à-dire que d'un côté il y a nos statuts, d'un côté il y a nos missions, d'un côté il y a l'importance artistique des gens que vous venez de citer et donc notre devoir d'un certain point de vue de les montrer et de l'autre, effectivement, il y a les faits dont cette commission s'occupe et l'évolution de la société. Nous, on doit passer entre ces portes qui parfois peuvent être assez serrées.

Je vais vous répondre très précisément dans le cas de la rétrospective Roman Polanski de 2017, il faut rappeler qu'à ce moment-là, Roman Polanski vient presque d'être au sommet de sa carrière. Il a reçu pour le pianiste quelques années avant la Palme d'Or au Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur film de l'année. Pas l'Oscar du meilleur film étranger, l'Oscar du meilleur film de l'année. C'est dire qu'il est un peu au firmament quand même du cinéma. Quand il présente son film en 2017 au Festival de Cannes, il n'y a aucun problème. Rien ne se passe. L'affaire Weinstein éclate. Absolument. Tout d'un coup, on rappelle ses antécédents.

Le problème, c'est que nous, nous avons déjà choisi de faire cette rétrospective et de l'inviter. Ce n'était nullement une provocation. Roman Polanski, quelques années plus tard, je me permets également de vous le rappeler, a fait un film sur l'affaire Dreyfus qui a beaucoup fait parler de lui au moment des Césars avec l'intervention d'Adèle Haenel mais qui avant les Césars a fait plus d'un million d'entrées en salle et a été produit par une société aussi respectable que la Gaumont. Donc Roman Polanski, est-ce que les films de Roman Polanski ont leur place à la Cinémathèque française en 2017 ? Oui. Que ça suscite une émotion, c'est dans cette contradiction que nous nous trouvons.

Si votre question pour l'avenir, est-ce que nous ferons une autre rétrospective Roman Polanski ces prochaines années ? Bien sûr que non, puisque nous ne sommes absolument pas dans la provocation et que contrairement à l'époque, c'est un cinéaste qui n'est plus du tout en pleine activité pour plein de raisons. En revanche, Madame la Présidente, si vous me demandez ou à Costa Gavras, est-ce que dans 20 ou 30 ans à la Cinémathèque française mais aussi sur les chaînes de télévision, nous ne sommes pas les seuls diffuseurs de films de patrimoine. Une chaîne comme Arte passe sans arrêt des films de patrimoine. D'autres chaînes de télévision passent sans arrêt des films de patrimoine.

Donc est-ce qu'on pourra rayer d'un trait de plume les films de Roman Polanski comme Chinatown, Le bal des vampires, Rosemary's Baby ou Ghostwriter qui dénoncent la manipulation lors de la guerre du Golfe en s'en prenant à Bush et à Tony Blair ? Je pense que la réponse est non. Ces films seront de toute façon continuées à être montrées que ce soit à la Cinémathèque ou ailleurs. Voilà ce que je peux vous répondre de la façon la plus précise et également la plus honnête sur Roman Polanski.

31:00
Erwan Balanant

Là, vous avez admis à rater. On peut prendre acte. C'est important aussi de prendre acte. Mais le sujet de votre réticence, parce que je reprends juste c'est une interview donc je peux la reprendre. Au risque de déplaire, le changement de paradigme de la cinémathèque française ne passera pas par moi. C'est M. Frédéric Bonneau qui parlait. Je veux bien être celui qui fait une exposition sur Louis Funès mais je ne resterai pas dans l'histoire de cette maison comme celui qui a fait entrer tous les délires sociétaux. Je veux bien avoir une explication sur ce sujet qui me semble en contradiction avec vos missions.

31:44
Présentateur

Le délire sociétaux s'ajoutant à un autre terme que vous avez utilisé qui était demi-folle, je crois. Je me permets de le souligner en même temps.

31:51
Locuteur non identifié

Je peux répondre sans aucun problème aux deux questions mais société demi-folle, vous voyez bien que ça n'a pas la même qualité.

32:01
Présentateur

Sur les délires sociétaux, je vous propose de vous expliquer.

32:04
Locuteur non identifié

Je réponds d'abord à M. le rapporteur si vous permettez. L'exemple que vous prenez est un exemple qui sert le cœur de l'historien d'art que je suis aussi puisque c'est ma formation à l'université de Tolbiac, Paris 1, pas à l'école du Louvre. Mais en tout cas, quelqu'un qui s'attaque à l'urinoir de Marcel Duchamp dans un musée, vous admettrez que c'est vraiment la pire intervention physique de la société dans un musée. Donc je pense que nous allons écarter cette question puisque ce n'est pas de ça exactement dont nous parlons. D'abord, effectivement, je ne peux que me répéter le dernier tango à Paris. Est-ce que vous m'accordez de vous lire dix lignes ? Dix lignes. Merci beaucoup.

Je vous lis sous la plume de Arthur Cerf qui est un spécialiste de Marlon Bandeau, un très court extrait du texte qui était publié dans notre programme trimestriel qui est tiré à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires et mis sur Internet, évidemment, mis en ligne, voilà ce qu'Arthur Cerf écrit sur le film, ce qui vaut donc position de la cinémathèque française. Marlon Bandeau est arrivé comme une comète. En une décennie et une poignée de film, il a redéfini l'homme au cinéma et ouvert la voie à une nouvelle conception des normes. Il a donné à voir une masculinité puissante et tourmentée, symbolisant l'homme en lutte contre lui-même, contre la société, contre les conventions.

Il est aussi l'homme d'un scandale. Le tournage de la scène de viol du dernier tango à Paris, dont l'actrice Maria Schneider n'avait pas été avertie et dont elle ne s'est jamais remise. Dans sa vie privée, l'acteur a semé la mort et la désolation. La représentation de la masculinité incarnée par Marlon Brando mérite d'être questionnée aujourd'hui tant elle semble dépassée en décalage avec l'époque. De nouveaux modèles émergent et mettent en avant l'expression des émotions, l'empathie, la déconstruction de la figure de l'homme au bord de la violence. Voilà ce qu'écrit Arthur Serres. Évidemment, ce texte, nous l'avons... Pardon ?

La date, c'est le programme, donc il a dû écrire ça il y a quelques mois, le temps que le programme soit fait, fabriqué, mis en page, etc. Nous sommes en janvier, c'est un programme qui a commencé en novembre, on a dû lui demander ce texte pour septembre, pour le mois de septembre, si vous voulez. Donc, voilà la parole de la Cinémathèque française sur Marlon Brando.

Est-ce que cette parole aurait dû s'accompagner d'une présentation de séance par Arthur Serres, par exemple, comme c'est souvent le cas, on prend la personne qui a écrit le texte, on prend la personne qui a écrit le texte pour présenter une séance par Jean-François Roger, par Muriel Joudet, par un ou une spécialiste de Marlon Brando ou du cinéma italien de l'époque puisque Bernardo Bertolucci. Encore une fois, nous ne pouvons reconnaître qu'un raté, qu'une erreur. Encore une fois, nous faisons 1600 séances dans l'année, c'est énorme. Nous avons trois salles de cinéma, nous nous sommes trompés. Cette séance aurait dû être accompagnée. Je ne peux que le répéter.

Sur la question que vous posez, monsieur le rapporteur, elle est passionnante puisque c'est le rapport entre l'art et la société. J'ai envie de vous répondre que nous le faisons quand on ne se loupe pas, tout naturellement. Je vous donne un exemple très court. Nous avons fait un petit festival de films restaurés il y a quelques semaines, des restaurations récentes. Je suis allé présenter en tant que directeur de la Cinémathèque cette fameuse présentation de séance. On parle quoi ? Dix minutes, un quart d'heure, il ne s'agit pas de parler beaucoup plus avant un film. Un film de Brian De Palma qui s'appelle Body Double. C'est une variation sur l'oeuvre d'Alpha Jitchcock.

En peinture, on dirait que Brian De Palma est un maniériste, si vous voulez. Or, dans ce film, il y a une toute jeune comédienne qui s'appelle Melanie Griffith. Elle est la fille de qui ? Tipeee et de Rennes. C'est-à-dire l'actrice que Alfred Hitchcock a harcelée sexuellement sur deux films, Marnie et Les Oiseaux. Pensez-vous que j'ai caché ça une seconde au public ? C'est la première chose, évidemment, que je leur ai dite. C'est-à-dire qu'une bonne présentation, pour vous répondre, M. le rapporteur, elle fait tout à la fois.

Elle fait la société, elle fait l'histoire, elle dit ce qu'elle est arrivée aux individus, et elle parle d'un moment esthétique, c'est-à-dire Brian de Palma, cinéaste maniériste. Vous voyez, ça c'est une présentation. Pardon de mon manque de monestie sur cette présentation, c'est pas à moi de la trouver bonne. Mais en tout cas, idéalement, c'est ce que doit être une présentation, c'est-à-dire tout prendre à la fois. Pour vous répondre.

36:55
Présentateur

Je suis d'accord avec vous. À une condition, c'est qu'on ne parle pas de ce qui sont des évolutions sociales fondamentales comme des délires sociétaux. C'est-à-dire qu'en fait, qu'on qualifie correctement ce qui est en train de se passer. Et ce qui est en train de se passer et qui secoue le cinéma, et je vous ai entendu, M. Costa-Gavras, parler d'Adèle Haenel, par exemple, sur Mediapart, c'est véritablement un mouvement de fond, une lutte sociale, un combat social. Multicentenaire, peut-être même millénaire, un des plus anciens, qui s'appelle la lutte contre le patriarcat. Et en fait, ça n'est pas des délires sociétaux. Dans votre présentation liminaire, M. Bono, vous avez parlé d'actualité.

Il n'y a pas d'actualité. Ça n'est pas un fait divers auquel on répond. C'est un mouvement qui s'installe depuis 2016 et depuis l'affaire Weinstein et qui profondément modifie les rapports de genre, qui profondément modifie aussi la représentation de ces rapports de genre au cinéma. Mme Legrin.

37:51
Locuteur non identifié

Comment avez-vous pu, concrètement, après toutes ces polémiques successives, toutes ces dernières années, après même le texte dont vous nous dites qu'il avait été écrit dans le programme, avant d'annuler, vous avez proposé que ce soit contextualisé. Par vous, il me semble, M. Jean-François Roger, qui est programmateur depuis 35 ans à la Cinémathèque. Donc 32. Vous connaissez votre métier, vous connaissez les polémiques aussi autour de ces films. Et vous avez récemment dit est-ce qu'on peut faire du cinéma sans violer ? Et moi, j'aimerais... Voilà, c'est tout ça que j'aimerais entendre. En fait, au fond, est-ce qu'il n'y a pas pire dans ce que vous faites là ?

Ce n'est pas seulement de ne pas avoir vu qu'il y avait une polémiques, c'est de, quelque part, continuer à accréditer. Au moment où vous avez autant de femmes dans le monde du cinéma qui disent il y a une façon d'intriquer la violence et la fabrique du cinéma qui n'est plus possible et vous continuez à dire en réalité et à banaliser la nature d'un viol en disant quand on fait un film, on viole. Et vous venez de le faire... Je dis juste, est-ce que vous pourriez revenir sur la phrase où vous dites Maria Schneider, il a eu tort de ne pas lui demander parce qu'elle en était capable ? Et bien moi, je crois que le cœur de la question, c'est de savoir si elle voulait.

Et cette question du consentement, en fait, des femmes et des actrices dans ce que leur fait faire le cinéma et le réalisateur, elle me semble centrale dans la réflexion que vous auriez dû avoir autour de ce film et que visiblement, vous n'êtes pas en train de mener ici même non plus.

39:04
Présentateur

Merci, Sarah, pour cette longue question.

39:06
Locuteur non identifié

Est-ce qu'on peut répondre ?

39:07
Présentateur

Oui, mais ça fait partie... Alors, permettez que j'attribue les paroles. Merci. Donc, qui souhaite répondre ?

39:14
Locuteur non identifié

Monsieur Roger. Le cinéma, c'est aussi un lieu de pouvoir. Et qui dit pouvoir dit abus de pouvoir. Et donc, s'il y a une part maudite dans l'histoire du cinéma qui est que nous avons, nous, à la Cinémathèque, en héritage et qui nous donne une grande responsabilité. Là-dessus, il n'y a aucun doute là-dessus. Cette part maudite, d'une certaine façon, elle a été mise en lumière par MeToo.

C'est-à-dire que tout d'un coup, quand MeToo est apparu, ce mouvement est apparu, a été mis en lumière les pratiques de prédation dans le cinéma, pas seulement, mais dans le cinéma où s'installaient depuis parfois des décennies des systèmes de prédation se souvient des relations entre les producteurs et les actrices dans le cinéma hollywoodien classique, etc. Nous avons, lorsque, depuis que cette affaire MeToo, enfin, l'affaire MeToo, depuis que le mouvement MeToo a explosé, les interventions à la cinémathèque française en ont été touchées.

C'est aujourd'hui, il n'y a pas un débat, une discussion avec un spécialiste du cinéma, parce que notre objet c'est le cinéma, ou avec les spectateurs, le public, où ça ne soit pas, lorsque c'est nécessaire, lorsque c'est opportun, signalé. C'est aujourd'hui, MeToo est au centre de la plupart des discussions autour des films avant, après, à la cinémathèque. Je vous assure, c'est vraiment quelque chose qui nous a touchés aussi et que nous avons intégré dans notre travail d'accompagnement, parce que le mot clé, en fait, c'est l'accompagnement. Il ne s'agit pas, pensons-nous, de ne plus projeter des films, mais il s'agit de les expliquer, de les contextualiser, etc.

40:51
Erwan Balanant

C'était la confrontation entre deux mondes, un monde qui l'incarnait, qui était vraiment l'ancien monde du cinéma, et un monde que nous, peut-être, incarnions, Sandrine Rousseau et moi, à ce moment-là, d'être, peut-être, modestement, l'incarnation de cette société qui change. Et une société qui change sur ces sujets-là, sur tous ces aspects-là, ce n'est pas simple, ça s'accompagne, il y a des moments d'aller-retour. Alors après, entre ma personnalité et celle de la personnalité de Sandrine Rousseau, on était parfois peut-être complémentaires. Quand j'étais agent,

41:31
Locuteur non identifié

moi, j'ai quand même vu des actrices un peu dépasser les bornes. On ne va pas dans un hôtel avec un metteur en scène, excusez-moi, Weinstein qui allait à Cannes et toutes les actrices quand même, certaines actrices allaient dans sa chambre pour peut-être faire une carrière américaine. Je l'ai vu, ça. J'ai même des actrices dont je me suis occupé qui sont allées. Alors, à un moment donné, c'est peut-être, ce n'est pas une histoire de talent, c'est qu'elles veulent réussir. Mais par contre, on reparle de Béatrice Dahl qui est une femme courageuse. Béatrice Dahl, Weinstein lui a proposé de monter dans... Elle a dit, mais vous rigolez ou quoi ? Vous rigolez ?

Et voilà, il y a un moment donné, je ne dis pas... Et moi, je connais peut-être... Je suis la personne qui connaît peut-être le mieux les actrices. Entre les divas que j'ai fréquentées, Nathalie Bay, Isabelle Adjani, je les connais toutes. Je ne crois pas que Isabelle Huppert, jeune comédienne, monte dans un hôtel avec un producteur qui a déjà une mauvaise réputation. Je suis désolé.

42:43
Présentateur

Donc, juste pour qu'on comprenne bien, la personne qui invite...

42:47
Locuteur non identifié

Je ne sais pas si je compréhensis, mais...

42:49
Présentateur

La personne qui invite dans une chambre d'hôtel une actrice pour lui proposer un casting ou je ne sais quoi d'autre ou de travailler le scénario, elle n'est pas responsable. C'est-à-dire qu'en fait, à vos yeux, c'est l'actrice qui monte qui est responsable. C'est ça ?

43:05
Locuteur non identifié

Non, je veux dire... Je vais vous dire une chose. Moi, quand je parle à Nathalie Bay, quand je parle qui est une autre génération, Mardin Jobert ou Anouk Aimé, elles ont fait des carrières, elles ont débuté. J'en parlais il y a trois jours parce que j'ai dit à Nathalie Bay que je venais ici. J'ai dit, est-ce que toi, elle me dit, une fois un type, je dis, basta. Voilà. Et elle ne serait jamais allée dans une chambre. Surtout, à mettre... Enfin, Weinstein, il avait quand même une réputation. Quand il montait les marches de Cannes, il y avait toujours une actrice différente.

C'est là, c'est aussi la formation c'est-à-dire que quand on va au conservatoire ou qu'on va dans une école, on a quand même averti, mais une jeune fille qui débarque, qui va dans un cours privé et tout d'un coup, elle voit une annonce pour aller faire un film, elle y va, elle est très contente et à un moment donné, peut-être que le metteur en scène ou la personne sent sa fragilité, ça, c'est extrêmement condamnable et que la fille, à la limite, c'est une victime. mais quand on a la connaissance, en plus, alors c'est là où le mouvement MeToo est important, c'est que maintenant, on ne peut plus dire qu'on ne sait pas. Vous êtes d'accord ?

44:24
Présentateur

Je suis heureuse de vous entendre dire que le mouvement MeToo est important, monsieur Wessner.

44:29
Locuteur non identifié

Est-ce que quand vous tenez le discours de dire que les filles qui sont, que vous appelez-vous des filles, qui sont montées dans les chambres d'hôtel avec des hommes qui avaient des réputations, elles savaient ce qui allait leur arriver d'une certaine façon, donc elles ne sont pas des victimes, est-ce que de quelle façon ce discours-là aide à libérer la parole de femmes qui auraient été victimes et qui auraient été victimes, y compris par leur vulnérabilité, par le fait que, justement, elles n'étaient pas en position de force, c'est en position de pouvoir refuser des propositions professionnelles qui tournent finalement à des violences sexuelles ? Monsieur Wessner.

Je ne comprends pas la question, excusez-moi.

45:08
Présentateur

La question, si je peux me permettre de la reformuler, c'est que vous avez eu des propos multiples de dénigrement quand même des femmes qui parlaient. Non, mais arrêtez là. Non, mais je vous le dis.

45:20
Locuteur non identifié

En fin de compte, vos sources, c'est la presse, c'est que la presse.

45:24
Présentateur

Et même là, vous venez d'en dire, en fait.

45:26
Locuteur non identifié

Et la question,

45:27
Présentateur

c'est un peu, parce que vous êtes un homme de pouvoir, vous êtes un homme important dans le cinéma français, vraiment important. Et ça, de multiples auditions, nous en ont fait part. Donc, en fait, votre vision de la place des violences, de la manière dont on doit réagir aux violences, de celles qui ont du courage, de celles qui en ont moins, etc., façonne, d'une certaine manière, le cinéma français. Et donc, c'est en cela que nous avons des questions à vous poser sur comment... Parce qu'évidemment, quand vous avez des propos dénigrants sur les personnes qui parlent, eh bien, derrière, vous envoyez un message à l'ensemble du cinéma.

46:04
Locuteur non identifié

C'est quoi les propos dénigrants ? Dites-moi, vous racontez des histoires que vous voyez dans la presse. Moi, d'abord, je n'ai pas de tweet et des choses que j'ai dites à une époque quand Gérard Depardieu, c'est il y a combien d'années ? Il y a un moment donné, ça va. Non, mais là, vous venez parler, par exemple... Si c'est mon procès, je me taille tout de suite. Mais déjà,

46:23
Présentateur

vous êtes dans une commission d'enquête, M. Kessner.

46:26
Locuteur non identifié

Non, mais une commission d'enquête, on a l'impression que vous voulez me faire dire quoi ?

46:29
Présentateur

Non, mais...

46:29
Locuteur non identifié

Parce que Gérard Depardieu, je ne dois pas dire que je l'ai apprécié à une époque. Non, non, non. Vous voulez... Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

46:35
Présentateur

La question, en plus, vous avez le droit encore de l'apprécier.

46:37
Locuteur non identifié

J'ai le droit d'avoir mon opinion. Vous n'êtes pas là pour me faire la morale. Je suis désolé, madame.

46:43
Présentateur

Absolument.

46:44
Locuteur non identifié

Et vous arrêtez de faire la morale à tout le monde.

46:46
Présentateur

Est-ce que je peux vous poser une question, M. Kessner ?

46:47
Locuteur non identifié

Comment ça peut bien faire ?

46:49
Présentateur

Je peux vous poser une question, M. Kessner, en tant que présidente de cette commission ?

46:51
Locuteur non identifié

Oui.

46:52
Présentateur

Merci. Donc, vous venez de dire de Charlotte Arnoux...

46:56
Locuteur non identifié

Mais Charlotte Arnoux, je ne sais même pas qui c'est.

46:58
Présentateur

Très bien.

46:59
Locuteur non identifié

Alors ?

46:59
Présentateur

Très bien. Madame Charlotte Arnoux, vous dites, son père connaissait Gérard Depardieu, donc vous laissez la suspicion. Ce que je vous... La suspicion sur les motivations pour lesquelles elle est allée chez Gérard Depardieu. Moi, la question que... Je ne sais pas...

47:11
Locuteur non identifié

C'est ça qui vous intéresse dans le truc MeToo ? C'est que Gérard Depardieu ?

47:15
Présentateur

Non, puisque je viens de...

47:16
Locuteur non identifié

Si, vous ne parlez que de Gérard Depardieu.

47:19
Présentateur

La question que je souhaite vous poser, M. Kessner, c'est que quand vous avez... On peut parler de... On peut parler de... En effet, M. Doyon. Quand vous parlez, votre parole a de l'importance. A de l'importance.

47:32
Locuteur non identifié

Pas tellement, parce que...

47:33
Présentateur

Si, elle en a. Elle en a. Elle en a sur le monde du cinéma. Elle en a sur les acteurs que vous connaissez. Elle en a sur les réalisateurs avec lesquels vous travaillez. Elle en a sur le monde de la production. Elle en a. Votre parole, elle a de l'importance. Elle a du poids. Et quand vous avez des propos sur la libération de cette parole qui est MeToo et que vous avez des propos minimisant le courage des femmes, eh bien, derrière, ça envoie peut-être un message, et c'est la question que je vous pose à l'ensemble du monde du cinéma, de dire, je vous protégerai. Je protégerai le monde du cinéma de la parole des femmes.

Et nous, notre commission, elle est finalement de dire dans quelles conditions la parole des femmes et des hommes, d'ailleurs, parce qu'il y a des hommes victimes, on va y venir, mais la parole des victimes peut se déployer, être entendue, instruite et avoir de l'importance dans ce monde.

48:28
Locuteur non identifié

Je comprends ça, mais ça fait quand même dix minutes qu'on parle de la même chose. Ça veut dire que quoi ? Je pense que MeToo est inutile. Ça va, franchement, je n'ai jamais dit ça. Mais le problème, c'est que vous, vous voulez réduire des choses par des petites phrases. C'est quelque chose... Alors que, excusez-moi, s'il y a bien quelqu'un qui est féministe, c'est moi. Je peux vous le dire, toutes les personnes vous diront que je traite les femmes comme personnes. Comment se fait-il que j'ai eu toutes les actrices quand j'étais agent ?

48:58
Présentateur

Je vous propose qu'on termine cette audition juste en vous disant que MeToo est un mouvement social d'ampleur et qu'il est important ce mouvement-là parce que je rappelle qu'il y a une femme qui est violée toutes les sept minutes et que toutes les... En France, et que toutes les victimes que nous avons reçues ici, hommes comme femmes d'ailleurs, alors évidemment, il y avait plus de femmes que d'hommes, mais il y a eu aussi des hommes, nous ont tous relaté des agressions multiples, en fait, pas juste une fois, pas juste sous... dans un tournage qui s'est mal passé, mais vraiment de manière régulière dans leur carrière.

Et en fait, c'est ça à quoi on s'attèle dans cette réunion et loin d'être de la morale, comme vous l'avez qualifiée tout à l'heure, la question est de savoir comment on fait respecter le droit et le corps des personnes parce qu'en fait, c'est essentiel parce qu'il y a plein de gens qui ont quitté le cinéma à cause de ça et sans doute, le cinéma a-t-il perdu des talents à cause de cela parce qu'il y a plein de personnes qui ont subi des choses qu'elles n'avaient pas à subir et il y a eu une forme, je pense, quand même de complaisance et c'est ce qu'a dénoncé aussi Judith Godrèche quand elle dénonçait le fait que quand elle avait 15 ans, 14 ans, eh bien personne, finalement, n'a trouvé ça anormal qu'elle puisse être avec et c'est normal qu'elle le dise et c'est bien qu'elle le dise parce que ça fait avancer les choses.

Alors vous qui dites tout le temps que vous êtes de l'ancien temps, eh bien peut-être que je conclurai cette commission en disant soyez de ce temps-là, monsieur Besnéard, parce que nous avons aussi besoin de vous.

50:21
Erwan Balanant

Merci beaucoup, madame la présidente. On a eu, oui, de la minimisation, alors de la part des victimes, mais aussi de la part de certaines grandes personnalités de ce cinéma, du cinéma par exemple. Il y avait des évitements et des stratégies d'évitement. Parfois ça se voyait au milieu, comme le nez au milieu d'une figure, parfois ça pensait être un peu plus malin que nous, mais enfin je crois que, avec la présidente Sandrine Rousseau, on a beaucoup travaillé et donc à un moment donné, on connaît, on connaît certaines histoires, on connaît, on a une appréhension du milieu, on ne va pas dire qu'on connaît le milieu, mais on connaît, on connaît les ressorts, l'écosystème.

Et donc évidemment, parfois on a été un petit peu mené par le bout du nez, mais on n'était pas dupe et parfois on a fait des procédures de parjure, il y en a un certain nombre qui sont en cours. Si les gens ne veulent pas parler, ils peuvent ne pas parler. Par contre, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire, c'est de mentir. Et certains, on les a peut-être un petit peu, ils ont peut-être essayé de nous la faire à l'envers. Mais voilà, c'est le juge maintenant, enfin le procureur maintenant qui décidera.

51:34
Présentateur

Je n'ai jamais entendu une parole regrettant le fait que des personnes qui ont parlé, qui ont été victimes et qui ont parlé aient quitté le cinéma. Je n'ai jamais entendu aucun regret sur le départ d'Adèle Hénel, par exemple. Ce qui est quand même, ce qui pose question au système. Pourquoi Adèle Hénel est partie ? Et pourquoi personne ne voit qu'elle est partie ? Pourquoi personne n'analyse les conditions de son départ ? On la laisse partir parce que sa parole, sa présence dérange plus que son départ. Et c'est ça qu'il faut changer, c'est que les paroles dérangent moins que les départs. On nous a parlé de désir, on nous a parlé de création, on nous a parlé d'art, on nous a parlé de talent.

Tous ces mots étaient extrêmement présents dans les auditions. mais finalement, on a beaucoup moins parlé de ce qu'est un cadre de travail, de ce que sont les horaires de travail, de ce qu'est la relation de subordination, de ce qu'est la responsabilité d'un employeur, de ce qu'est la sécurité des salariés. Et en fait, c'est cela peut-être qu'il faut remettre dans le juste chemin, c'est de se dire, certes, il y a la création, certes, il y a les talents, l'art, etc. mais il y a aussi un cadre de travail.

52:41
Erwan Balanant

Ce rapport est une étape, c'est une anatomie d'un secteur, un certain nombre de constats, nous faisons un certain nombre de préconisations et aujourd'hui, on les pose sur la table. Donc, on va proposer, j'ai proposé qu'on systématise l'accompagnement des mineurs par un référent mineur, que ce soit dans le monde du cinéma, mais aussi dans le spectacle vivant.

On souhaite, et c'est une mesure assez forte, Moi, je souhaite qu'on aille vers l'interdiction des photos sexualisantes ou sexualisées pour les mineurs, c'est-à-dire que toutes les jeunes femmes de moins de 18 ans, je pense que nous devons interdire la sexualisation de leur corps, c'est une mesure forte, mais aussi la formation des acteurs, des actrices, la formation des techniciens, techniciennes. Aujourd'hui, dans les écoles qui forment nos acteurs, il n'y a aucune formation au droit, aucune formation à ce qu'est le droit du travail et le droit tout court.

Et moi, je suis persuadé, c'est une conviction que j'ai sur ce sujet et sur plein d'autres sujets, c'est que quand on connaît ces droits, on est bien plus à même de voir que ce que l'on a subi n'est pas normal et n'est pas tolérable. On a, je pense, un champ sur lequel il faut qu'on travaille, c'est sur la question des agents, parce que les agents ont une particularité, c'est qu'ils sont les représentants et quelque part, ils doivent être des protecteurs de ce qu'ils appellent les talents, donc qui sont les comédiens, les comédiennes, ou les réalisateurs, les réalisatrices.

Et donc, aujourd'hui, depuis la directive Bolkenstein, ils n'ont plus du tout d'encadrement et qui veut peut être, à partir du moment où vous avez deux mandats, deux personnes que vous suivez, vous pouvez être agent. Et je pense qu'il faut retrouver une certaine régulation dans ce monde parce qu'ils ont un rôle fondamental de protection et d'accompagnement. Et donc, eux aussi, doivent être formés et eux aussi, par exemple, je propose qu'ils soient formés à la capacité à écouter la parole d'un de leurs talents qui vient leur dire « Voilà, j'ai été victime ».

54:57
Présentateur

Une partie des recommandations va se transformer en loi transpartisane, je l'espère, du moins. Il va aussi y avoir une partie réglementaire qui va tenir du ministère de la Culture et j'ai entendu la volonté de la ministre de la Culture de faire bouger les lignes de ce point de vue-là. Par contre, il y a aussi une bataille culturelle et un renversement à faire de l'ordre moral, éthique à l'intérieur du cinéma. Et ça, ça ne dépend pas de nous. – Sous-titrage Société Radio-Canada –

Violences sexuelles dans les milieux culturels | Les grands débats — Sandrine Rousseau · Pourquijevote