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interviewBFMTV· 17 septembre 2025 26 min

Grèves, manifestations, immigration… l’interview de Bruno Retailleau en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Retailleau.

0:03
Bruno Retailleau

Bonjour Apolline de Malherbe.

0:04
Présentateur

Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes ministre de l'Intérieur, ministre de l'Intérieur démissionnaire comme on dit, et président du parti Les Républicains. De très nombreuses questions à vous poser ce matin. Mais je voudrais qu'on commence par la journée de demain. Demain, ce jeudi 18 septembre, journée d'action à l'appel de l'intersyndicale. Jeudi noir dans les transports, notamment dans l'éducation. Plusieurs questions. À quoi s'attendre ? Quel dispositif vous avez mis en place ? Est-ce que vous craignez des débordements ? Est-ce que vous attendez à une mobilisation extrêmement forte ? Est-ce qu'elle peut avoir lieu dans le calme ?

0:34
Bruno Retailleau

Je m'attends à une mobilisation qui sera très très forte, avec une journée hybride. Ce qui en fait la difficulté hybride, parce qu'on risque d'avoir tôt le matin, dans la matinée, des bloqueurs, du sabotage, des groupuscules, d'ultra-gauche, qui veulent casser, et qui sont des ultra-violents. Et on risque d'avoir cette convergence des violents. Et puis ensuite, il y aura les cortèges. Mon rôle, comme ministre de l'Intérieur, c'est de faire en sorte que les Françaises, les Français qui veulent manifester paisiblement, puissent le faire. Ça, c'est la Constitution.

En revanche, on sait parfaitement qu'il y aura des milliers, sans doute entre 5 et 8 000 ou 10 000 individus, qui viendront pour la bagarre, pour la casse, animer du haine anti-flics. Et c'est ce qui sera compliqué à gérer. Mais n'en doutons pas, il y aura sans doute une très forte mobilisation, parce que là aussi, il y a la partie syndicaliste. Il y aura des lycéens qui seront, des collégiens dont les professeurs feront grève et qui seront dans la rue.

1:32
Présentateur

Bruno Retailleau, lorsque vous dites, au fond, qu'il y a hybride, comme vous dites, plusieurs moments. Vous parlez de bloqueurs. C'est évidemment la suite de Bloquons-Tout, le mouvement qui a été lancé la semaine dernière. Vous parlez aussi de quelques milliers de personnes qui seraient attisées par une forme de haine même anti-flics. Ça, c'est plutôt, j'imagine, en fin de journée, en fin de cortège, d'éventuels black blocs qui s'y glisseraient. Comment vous faites pour distinguer les différents moments et comment vous y répondez ?

1:59
Bruno Retailleau

Nous allons y répondre massivement. Ce que j'observe, c'est que le 10, ils voulaient bloquer la France. Ils n'ont rien bloqué du tout. On a donné des consignes très, très fermes, mais ils sont sans doute animés d'un sentiment de revanche. Et donc, nous y répondrons avec des moyens massifs et avec des consignes claires. Les moyens massifs, c'est plus de 80 000 policiers et gendarmes, des moyens technologiques, de drones, mais aussi de centaures, 24 centaures. Les centaures, qu'est-ce que c'est ? Ce sont des engins blindés de la gendarmerie nationale qui permettent de faire face à des troubles les plus graves, des émeutes, etc.

Et puis, 10 engins lanceurs d'eau, là aussi, avec des mesures de prévention avec l'autorité judiciaire, des fouilles, par exemple, pour qu'on puisse voir si dans des sacs, il peut y avoir des objets qui pourraient être des armes par destination. Donc voilà, avec une très forte organisation. Et puis, des consignes claires.

2:54
Présentateur

Lesquelles ?

2:55
Bruno Retailleau

Elles sont claires, c'est-à-dire de la fermeté, de l'autorité. Quand il y a des blocages, on débloque. Dès qu'il y a dégradation, atteinte aux biens ou aux personnes, on va au contact très, très vite, en étant mobile, en étant agile, pour interpeller et déférer à la justice.

3:10
Présentateur

Pour interpeller, pour déférer, avant même qu'il n'y ait d'éventuelles dégradations ? La semaine dernière, vous aviez donné, par exemple, comme instruction, d'arrêter pour d'autres torts que seulement la dégradation. Par exemple, le fait d'avoir le visage masqué. Oui, ça, c'est la loi. Ce qui permettait, en quelque sorte, d'arrêter avant même que la dégradation ne soit commise.

3:29
Bruno Retailleau

C'est la loi. C'est la loi. C'est la loi. Ce que je veux simplement dire, on l'a vu la semaine dernière, le 10, c'est qu'il y avait beaucoup de jeunes, des collégiens et des lycéens. Et malheureusement, il commence à prendre des habitudes, en tout cas vestimentaires, de black blocs, de noirs vêtus, masqués. Je veux m'adresser aux familles et aux parents. Il y a une responsabilité aussi parentale. Quand on voit des jeunes adolescents se mêler à des violences, ça n'est pas leur place. J'en appelle aussi à la responsabilité parentale.

3:57
Présentateur

Responsabilité parentale qui pourrait aller jusqu'à une forme de condamnation des parents, qui pourrait aussi être judiciarisée, en quelque sorte ?

4:02
Bruno Retailleau

Il y a dans notre code pénal un article, 227-17. Lorsqu'il y a défaillance de la responsabilité parentale, cette responsabilité peut être appelée, y compris d'ailleurs au pénal. Simplement, on n'en est pas là. C'est simplement un message vis-à-vis des parents.

4:21
Présentateur

Bruno Retailleau, vous avez dit qu'il pourrait y avoir, dès le matin, des tentatives de blocage, voire même de sabotage. Est-ce que, un, vous allez dès ce soir mobiliser une cellule interministérielle de crise, comme vous l'aviez fait la semaine dernière, précisément pour anticiper certaines actions qui pourraient avoir lieu dès cette nuit ? Et lorsque vous dites sabotage, est-ce que ça veut dire que des états ont un mode d'action, y compris des grévistes ?

4:46
Bruno Retailleau

Deux choses, deux réponses. Bien sûr, nous allons réunir la cellule interministérielle de crise, parce que dans cette crise, il y a un certain nombre d'autres ministères. Je vous parlais, par exemple, de l'éducation nationale avec les collégiens, les lycéens. Mon collègue Philippe Tabarro aussi pour les transports, puisque ce sera une journée noire, sans doute sur Paris, en matière notamment de métro. La SNCF sera sans doute moins touchée. Et puis, je vous le dis, dès cette nuit, j'ai demandé aux forces de sécurité intérieure de patrouiller et de faire un certain nombre d'actes de vigilance, notamment auprès de ce que l'on appelle des organismes d'interroits vitaux.

Mais oui, vous l'avez dit, le sabotage est devenu une technique, notamment de l'ultra-gauche, des mouvements ultra en général. Et c'est devenu un des instruments qui se banalisent.

5:33
Présentateur

Est-ce que vous redoutez que l'ingérence étrangère se glisse dans ces moments-là ? Je le dis parce que précisément, une des questions sur les sabotages des lignes SNCF, juste avant les Jeux Olympiques il y a un an, avec l'enquête qui avance, la question de l'ingérence étrangère est posée. Est-ce que l'ingérence étrangère, est-ce que la Russie, est-ce que certains de nos ennemis se glissent dans ces moments de désordre pour les accentuer ?

5:58
Bruno Retailleau

L'ingérence étrangère, elle existe. L'histoire des têtes de cochon, vous savez, devant les mosquées, c'était très clairement une ingérence étrangère. On connaît le mode opératoire, l'individu a été arrêté, on le sait très bien. En revanche, nous ne voyons pas le mal là où il n'est pas. Pour l'instant, j'ai questionné les services de renseignement, et on ne voit pas pour l'instant de mains invisibles étrangères opérées. Mais on est très très vigilants.

6:25
Présentateur

Lorsque Jean-Luc Mélenchon dit, on l'a vu le 10 septembre, on l'a vu à la fête de l'humanité, la société est, je cite, en état d'ébullition et en état de mobilisation, est-ce que vous constatez la même chose ?

6:37
Bruno Retailleau

Mais il y a un état de tension que M. Mélenchon souhaite exaspérer. M. Mélenchon souhaite créer dans la société française un climat insurrectionnel.

6:47
Présentateur

Exaspéré ou exacerbé ?

6:48
Bruno Retailleau

Les deux. Mais ce climat insurrectionnel, il l'a théorisé, puisqu'il a dit lui-même qu'il voulait tout conflictualiser. Ce qui est incroyable, c'est que pour la première fois, sous la Ve République, un parti qui dispose d'un groupe important à l'Assemblée nationale, porte ce discours, justement, de brutalisation du discours politique. Et vous savez, la violence commence d'abord dans les discours. Elle commence d'abord par les mots.

7:11
Présentateur

Ils jettent de l'huile sur le feu ?

7:12
Bruno Retailleau

Évidemment, c'est ce qu'ils souhaitent, le chaos.

7:15
Présentateur

Ils souhaitent le chaos, mais est-ce qu'au-delà de ce souhait politique, vous constatez, vous aussi, une France en colère ? Est-ce que même, vous pouvez comprendre une partie de cette colère ?

7:25
Bruno Retailleau

Mais moi, je comprends parfaitement des concitoyens qui se sont appauvris, parce que la France s'est appauvrie. On le voit bien, la différence de pouvoir d'achat de niveau de vie, PIB par habitant, entre un Allemand et un Français, c'est 7000 euros aujourd'hui. Il y a 25 ans, c'était la même chose. Donc, ils ressentent cet appauvrissement.

7:44
Présentateur

Il y aura dans la rue autant les cheminots que les pharmaciens,

7:47
Bruno Retailleau

mais c'est ce que je vous dis, je comprends. Et d'ailleurs, mon rôle, j'ai commencé par le dire, mon rôle, comme ministre de l'Intérieur, c'est de faire en sorte que les manifestants, les syndicalistes qui souhaitent manifester, qui souhaitent dire quelque chose par ce moyen-là, puissent le faire paisiblement. Maintenant, les pharmaciens, évidemment, j'ai été un des premiers dans un tweet à dire qu'il faut absolument rapporter, annuler ce décret, parce que je suis un rural.

8:12
Présentateur

Le décret sur la question des médicaments génériques ?

8:16
Bruno Retailleau

Oui, parce qu'on se plaint de la désertification médicale. Je vous assure, que ce soit dans les quartiers en ville, que ce soit en milieu rural, les pharmacies tiennent encore notre territoire.

8:25
Présentateur

Ils se sont sentis culpabilisés ?

8:27
Bruno Retailleau

Non seulement cela, mais l'effet, ce serait la fermeture de milliers de pharmacistes sur l'ensemble de notre territoire.

8:34
Présentateur

Avez-vous obtenu gain de cause sur cette annulation du décret ?

8:36
Bruno Retailleau

Je suis sûr que je l'obtiendrai.

8:38
Présentateur

Vous l'obtiendrez. Bruno Retailleau, la question du lynchage des policiers, la police, semble-t-il, ne fait plus peur. Il y a eu non seulement un lynchage à Tourcoing, mais ensuite à Reims, où deux policiers ont été tabassés, en règle, par une dizaine d'individus. Deux personnes ont été interpellées. Où sont les autres ? Et puis cette question aussi, l'un des auteurs sortait de prison quatre jours plus tôt. Cela veut dire qu'ils n'ont plus peur de la police ?

9:06
Bruno Retailleau

Non seulement ils n'ont plus peur de la police, mais il y a cette haine anti-flic. Cette haine anti-flic, elle est encouragée, à la fois par un discours politique, je viens de le dire, des parlementaires du groupe des Insoumis ont tweeté la police tue. La police tue partout. C'est inacceptable. C'est inacceptable, et je veux pousser un cri de colère ce matin, parce que c'est mettre une cible dans le dos de chaque gendarme, de chaque policier. C'est une autorisation de taper du flic ou du gendarme. Inacceptable. Première chose, c'est un discours, et j'accuse solennement les Insoumis de propager cette haine anti-flic.

Deuxième élément, vous ne pouvez pas, en règle générale, et quasiment systématiquement, nous trouvons les auteurs. À Tourcoing, à Tourcoing, ils étaient cinq. Sur les cinq, quatre mineurs. Très bien. Le problème, ce n'est pas la police et la gendarmerie. Ils font leur travail. C'est qu'elles seront les suites judiciaires. Ce que je veux, ce que je propose, c'est que quand on tabasse, quand on lâche, quand on lynche, lâchement justement, un gendarme, un sapeur-pompier, quelqu'un qui est un policier habillé d'un uniforme, alors c'est la case prison. Ce qu'il faut, c'est des peines minimales, mais incompressibles. Écoutez-moi bien.

Quand vous héritez, quand vous avez un an de prison ferme, aujourd'hui, il y a six mois de réduction de peine automatique. Est-ce que les honnêtes gens, la France des honnêtes gens, ça ne me parle pas. C'est votre slogan ? Oui, parce que c'est la France silencieuse. Il y a deux Frances. Il y a une France qui s'engage, qui paye ses impôts, qui cotise, et qui cotise toujours plus. Et il y a une France qui s'enrage. La France des barbares, celle qui est nourrie à la haine anti-flic. C'est une France, justement, qui crache bien souvent sur tous les symboles qui représentent notre nation, notre patrie. Et moi, je ne laisserai pas faire.

10:54
Présentateur

Pour vous, c'est les mêmes ? C'est-à-dire que vous avez commencé, lorsque l'on parlait de ceux qui veulent bloquer au début de la journée de demain ou qui veulent tout casser dans la soirée, qui sont sans doute les black blocs, vous avez dit, il y a cette haine anti-flic. Vous dites ensuite que LFI et les députés qui ont tweeté la police tue, c'est la haine anti-flic. Et puis, ceux qui tabassent à Tourcoing ou à Reims, c'est la haine anti-flic. Est-ce que vous voyez une continuité ?

11:21
Bruno Retailleau

Il y a un continuum en ce sens qu'un discours violent provoque et suscite des actes violents. C'est une porte ouverte. Voilà, c'est tout. Et il faut avoir cette responsabilité, d'autant plus lorsqu'on a accès aux médias, d'autant plus quand on doit porter les chappes tricolores qui doivent nous astreindre tous à accomplir un certain nombre de devoirs. Vous avez dit

11:43
Présentateur

qu'on les arrête quasi systématiquement, mais le taux d'élucidation des policiers a baissé entre 2017 et 2024 sur quasiment tous les indicateurs et notamment sur les atteintes aux biens, sur les vols, sur les vols liés aux véhicules, sur les tentatives d'homicide. Il est meilleur en revanche sur les violences physiques infrachamiliales.

12:05
Bruno Retailleau

On a aussi fait baisser un certain nombre de délinquances, notamment vols dans les transports, notamment cambriolages, etc. Il y a un taux d'élucidation qui doit...

12:14
Présentateur

Mais les policiers ont-ils les moyens à la fois d'arrêter et de faire leur travail justement de taux d'élucidation ?

12:20
Bruno Retailleau

Deux réponses. La première réponse, c'est la sanction. La sanction n'est pas suffisante. Les peines minimales, les courtes peines ont un énorme problème. C'est la justice des mineurs. Vous savez, je reçois des fiches de police, de gendarmerie. Je regarde systématiquement quand il y a par exemple un meurtre, quand il y a des blessés graves et la victime le mis en cause est un mineur. Je regarde toujours, je demande à ce qu'on me mette, le tâche, notamment les antécédents judiciaires. Ce n'est pas 10 antécédents judiciaires, ce n'est pas 20, c'est souvent plus de 30. Pourquoi ?

Parce que ces jeunes, et c'est de notre faute, ces jeunes-là ont un sentiment d'impunité parce qu'on n'ose pas faire tomber sur eux une peine de prison. Ce qui fait que... C'est quoi ?

13:01
Présentateur

C'est moral ?

13:03
Bruno Retailleau

Pour partie... On n'ose pas. Qui n'ose pas ? Mais ça fait partie des idées 68-ardes en disant il faut absolument réhabiliter ces jeunes, il faut être pédagogue, les relever par l'éducation. Mais je suis désolé, vous êtes maman, je suis papa. Eh bien, on sait parfaitement qu'élever un enfant, ce n'est pas seulement l'éduquer tendrement, bien sûr, mais c'est aussi la sanction. Or, on refuse la sanction. Et en refusant la sanction dès les premiers délits graves, on les enferme dans des parcours de délinquance et quand, au bout de 30 antécédents judiciaires, il y a un meurtre, c'est trop tard.

Parce qu'il y a du sang et parce que ces parcours-là, même quand ils font de la prison, parce qu'à ce moment-là, ils seront condamnés à des peines de prison, ça ne sert plus à rien.

13:45
Présentateur

Donc ça commence par l'éducation, ça commence par effectivement une forme aussi de morale ou de retour d'une forme d'autorité. Mais je vous repose la question, est-ce que pour vous, ce n'est qu'un problème au bout de la chaîne, c'est-à-dire au niveau judiciaire, ou est-ce qu'il y a un problème aussi d'élucidation, de difficulté à tout simplement mettre la main sur les auteurs ?

14:01
Bruno Retailleau

J'ai parlé d'une double réponse. La double réponse, c'est bien sûr d'abord la sanction pénale et c'est une révolution pénale au niveau de la justice des mineurs. Tant qu'on n'y arrivera pas.

14:11
Présentateur

Le Conseil constitutionnel vous en a enlevé une partie cet été.

14:13
Bruno Retailleau

Oui, absolument. Je pourrais en parler, ça m'a beaucoup choqué. Deuxième élément, double réponse, c'est l'investigation. Quand je suis arrivé au ministère de l'Intérieur, je me suis aperçu que toute cette filière qui était la filière un peu très noble de la police nationale jadis avait été, si j'ose dire, négligée et à tel point que beaucoup de jeunes aujourd'hui qui s'engagent dans la police ne veulent plus devenir officiers de police judiciaire. Pourquoi ? Pour plein de raisons.

14:41
Présentateur

C'est-à-dire ceux qui justement travaillent derrière à remonter les enquêtes.

14:44
Bruno Retailleau

Eh bien, je me suis battu ces derniers mois justement, y compris vis-à-vis de Matignon, de Bercy, pour que nous puissions annoncer, je ne sais pas si c'est moi qui l'annoncerai, on verra pour l'avenir. Allez-y, vous avez un micro devant vous. Un plan pour revaloriser justement toute cette filière de l'investigation. C'est temps aujourd'hui, il y a une autre rupture, il faut revaloriser, donner ses lettres de noblesse et encourager le parcours de ces jeunes policiers. C'est un parcours difficile parce que quand vous êtes officier de police judiciaire, quand vous êtes enquêteur, vous faites de l'investigation, ça vous tombe dessus le vendredi, vous y passez la nuit, vous y passez le week-end.

Moi, je les connais les policiers. Vous savez, les belles affaires, notamment les crypto-monnaies, mais il y en a plein d'autres. Les Françaises et les Français ne savent pas l'ingéniosité, le travail, mais d'orfèvre, vraiment, qu'ils font. Et pour moi, je suis toujours admiratif. Mais c'est dur. Et pour ça, il faut les revaloriser.

15:36
Présentateur

Vous restez ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau ?

15:38
Bruno Retailleau

Pas automatiquement. Certainement pas. C'est mal de me connaître.

15:42
Présentateur

Alors, qu'est-ce que vous demandez ? Qu'est-ce qui ferait que vous ne restiez pas ?

15:47
Bruno Retailleau

Ce qui ferait que je ne resterai pas, c'est qu'on s'en bourbe dans la magouille politique et qu'on n'écoute pas les Français. Moi, je pense qu'il y a évidemment une assemblée, un paysage politique qui est morcelé. Et quand vous écoutez les aspirations des Français, il y a une majorité nationale. Sur mes sujets régaliens, 70% trouvent qu'il y a trop d'immigration. Encore plus pensent qu'il n'y a pas suffisamment de sécurité. 80% des Français, désormais, pensent qu'ils contribuent plus à notre système social qu'ils en bénéficient. Vous demandez quoi ? Donc, ce que je demande, un, en matière budgétaire, c'est qu'avant que l'État fasse la poche des Français, qu'il se serre la ceinture.

Je suis stupéfait, Pauline de Malherbe. Les médias, la casse politique, depuis des jours et des jours, on n'entend plus du tout parler de dépense publique. On entend parler de taxes, d'impôts. Le problème français, on est déjà le pays au monde qui taxe le plus. Et on est le pays en Europe qui a la dépense publique la plus forte. La taxe du Kman, c'est non. Bien sûr. Mais je mettrai sur la table des propositions. Je montrerai. Je les ai déjà. au Premier ministre, au nouveau Premier ministre, qu'on doit pouvoir y arriver sans un euro d'impôt, simplement avec moins de dépenses publiques.

17:11
Présentateur

Sur quel domaine est-ce que vous faites des économies ?

17:13
Bruno Retailleau

Sur beaucoup de domaines. Je vais vous en citer quelques-uns. on ne peut pas remplacer à l'avenir dès 2026 tous les fonctionnaires qui partent à la retraite. Pas dans l'hôpital, mais notamment dans l'administration administrante. Pourquoi est-ce que le temps de travail dans la fonction publique, dans des communes, n'est pas le temps de travail qui est aligné sur le privé ? Pourquoi est-ce qu'il y a tant d'agences, des milliards, des dizaines de milliards ? Il faut là aussi faire le ménage. Pourquoi est-ce qu'il y a en imagerie médicale, ça coûte très cher, un milliard d'imagerie médicale inutile ? Parce qu'on n'a toujours pas...

17:45
Présentateur

Qui sont remboursés ?

17:46
Bruno Retailleau

Bien sûr. Par l'État ? Bien sûr. Je pourrais multiplier les exemples dans tous les domaines. Dans tous les domaines, Apolline de Malherbe. Il suffit de se baisser pour faire des économies.

17:57
Présentateur

Donc des économies, d'un côté, sur le régalien et les domaines dont vous avez la charge aujourd'hui. Est-ce que vous demandez de nouvelles lois sur les questions d'immigration ? Tiens, il y a cet appel à une pétition lancée par Philippe de Villiers pour un référendum sur l'immigration. Laurent Wauquiez dit l'avoir signé. Vous l'avez signé, vous ?

18:18
Bruno Retailleau

Non, je ne la signerai pas. Un ministre de l'Intérieur ne signe pas des pétitions. Je n'ai jamais signé de pétition.

18:24
Présentateur

Mais vous voulez un référendum sur l'immigration ?

18:26
Bruno Retailleau

En revanche, depuis 10 ans, puisque nous avions proposé avec François Fillon, c'était pour la primaire en 2016, il y a pratiquement 10 ans, un référendum, justement, modifier la Constitution pour que ce soit le peuple qui tranche. On l'a bien vu d'ailleurs en Grande-Bretagne. Cette question-là ne vienne pas dans la rue. Alors, il faut les traiter en amont.

18:44
Présentateur

Comment vous avez vu cette manifestation monstre à Londres ?

18:48
Bruno Retailleau

Ah, comme un signe. Mais je le vois. Vous savez, chaque mois, je rencontre les 27 000...

18:53
Présentateur

Mais c'est un signe que vous redoutez ou c'est un signe où vous aspireriez à ce qu'il y ait ce genre de manifestation ? Non, je le redoute.

18:59
Bruno Retailleau

Je suis en train de vous dire que je pense que la politique, justement, c'est de s'emparer des dossiers. Et malheureusement, en France, aujourd'hui, la gauche et la droite a cédé parfois à ces ordres pratiquement de la gauche par peur. On a mis une sorte de tabou sur la question migratoire. Dans tous les pays d'Europe, il y a des ministres de l'intérieur de gauche et de droite. Mais on a tous désormais pratiquement le même discours. Donc, il faudra bien sûr ce référendum. Moi, je ne veux pas mentir aux Français. aujourd'hui, il y a une Constitution et la Constitution ne nous permet pas d'organiser un vrai référendum sur l'immigration.

Il faudra modifier par l'article 89 la Constitution pour que demain... Mais ça, ça sera le débat de 2027. On pourrait aujourd'hui, sur un sujet, une question sociale, par exemple, par exemple, faut-il demander aux nouveaux venus un temps de carence de 2 ans, de 3 ans ou de 5 ans avant de toucher des aides, des allocations. Ça pourrait être une question dans la Constitution. Oui, parce que l'article 11 permet justement ce genre de choses. Le Conseil Constituel l'a dit. Mais ça serait trop court. Si on veut vraiment changer de politique, avoir de nouvelles règles, on n'y coupera pas. Il faudra un référendum.

20:15
Présentateur

Avez-vous des lignes rouges ? Tout à l'heure, le Parti Socialiste va être reçu par Sébastien Lecornu. Alors, eux, ils demandent non seulement une suspension de la réforme des retraites, mais aussi une éventuelle taxe sur les très hauts revenus type Zucman. Sur la suspension est-ce que, là, c'est plutôt en tant que président des Républicains que je vous pose la question, est-ce que vous pourriez continuer à participer à un gouvernement qui accepte cela ?

20:36
Bruno Retailleau

Bien sûr que non. Parce que ce serait une crise financière. Il faut qu'on m'explique. Moi, je tiens à un système par répartition parce que c'est la solidarité entre les générations. Dieu sait si, aujourd'hui, on parle de guerre générationnelle, les boomers contre les jeunes, etc. Expliquez-moi. Il y a une soixantaine d'années et un peu plus, il y avait quatre cotisants pour un retraité. Et aujourd'hui, on a 1,6. On va dans le mur. Donc, ça, c'est non. Donc, il ne faut pas mentir. Il ne faut pas mentir aux Français. Vous savez, ceux qui ont inventé la retraite à 60 ans avec M. Mitterrand. Mais par exemple, pour Sébastien Lecornu,

21:09
Présentateur

je ne vois pas comment il s'en sort. C'est-à-dire, entre vos exigences et celles du Parti Socialiste.

21:12
Bruno Retailleau

Mes exigences, je vais les reprendre. J'en ai dit une, il faut d'abord des économies plutôt que l'impôt. Il en faut une autre, c'est qu'un effort soit justement partagé. Vous savez, la France, des honnêtes gens, elle en a marre. Parce que c'est toujours elle qui est appelée à l'effort. Et ceux qui ne travaillent pas ont des allocations. Il faut, bien entendu, plafonner à 70% la totalité des allocations reçues pour qu'il y ait un écart d'au moins 30% entre le salaire minimum et le revenu de l'assistance, de la solidarité, par exemple. Autre chose, on parlait du régalien, c'est une attente majoritaire des Français.

Le Premier ministre n'avait pas prononcé le mot immigration ou sécurité, mais sans doute parce que la question n'avait pas été posée dans l'interview qu'il a donnée à la PQR.

21:58
Présentateur

À la presse quotidienne régulière ce week-end.

22:00
Bruno Retailleau

C'est impossible.

22:01
Présentateur

Ça vous a manqué, vous vous avez dit, mais dans une grande interview ou pas un mot sur l'immigration ou sur la sécurité ? Je l'ai dit,

22:07
Bruno Retailleau

on s'est vu depuis, mais il faut...

22:09
Présentateur

Il a regretté ?

22:10
Bruno Retailleau

Non, c'est pas le problème.

22:12
Présentateur

Ou est-ce que c'est une manière justement de s'en sortir sans avoir à aborder ces questions-là ?

22:17
Bruno Retailleau

Pour nous, vous voyez bien qu'il y a deux pôles. Il y a le budget et le travail plutôt que l'assistanat, les dépenses plutôt que les impôts, et puis il y a le régalien. Et encore une fois, je le redis, ce sont des attentes majoritaires des Français. Ce n'est pas seulement LR qui le demande. Des Français de gauche demandent aussi qu'il y ait moins d'immigration et plus de sécurité. Et on comprend bien que pour vous,

22:38
Présentateur

au fond, vous ne resterez pas coûte que coûte.

22:40
Bruno Retailleau

C'est clair que non. Ah, je vais vous dire, on est différents, nous. La différence qu'on a dans ce fameux socle commun LR, c'est que nous n'appartenons pas à la majorité présidentielle. On est venus au gouvernement pour éviter le pire et les pires. Le pire, c'était le chaos et les pires, c'était la gauche mélanchonisée. Mais nous, on n'est pas des abonnés perpétuels. Si demain, on pensait que l'orientation du gouvernement n'était pas conforme à l'intérêt supérieur de la nation, c'est-à-dire des Français et des Français, qu'est-ce que l'on ferait de plus au gouvernement ?

23:16
Présentateur

Bruno Rotaillot.

23:16
Bruno Retailleau

Pour prendre des postes, des places. Ça n'est pas du tout quand on connaît bien la conception que j'ai de la politique. Les convictions, pour moi, ça compte.

23:23
Présentateur

Pour ou contre les Juifs ? La question a été posée comme ça ?

23:26
Bruno Retailleau

Lamentable.

23:27
Présentateur

Comme ça, par des étudiants de la Sorbonne ? En 2025. Vous savez,

23:32
Bruno Retailleau

je fais les statistiques, malheureusement, mon ministère, des actes antisémites, des actes antimusulmans, des actes antichrétiens. Vous avez vu l'évolution qu'on a eue, même s'il y a un ralentissement depuis que moins de mois, mais il ne se passe pas une semaine sans que, encore une fois, la police, la gendarmerie ne me remonte des actes antisémites. Et là, vous avez dans une université française, sur une boucle WhatsApp, je crois, un sondage pour ou contre. C'est absolument lamentable. On doit tous se mobiliser. Et là encore, ce sont les mêmes, les ingénieurs du chaos, qui sous prétexte d'antisionistes, attisent les braises de l'antisémitisme. C'est inacceptable. Quand maintenant, M.

Olivier Faure, pardon, demande à ce que, le 22 septembre, les mairies se pavoisent c'est un drapeau palestinien, je dis stop. J'ai arrêté. Arrêté, Olivier Faure. La mairie, c'est une maison commune. D'ailleurs, la commune, c'est un cadre commun. Notre société, elle est divisée, elle est fracturée. Alors, on va en rajouter, on va importer le conflit du Prochain Orient. Chez nous, on n'a pas suffisamment de division en France.

24:39
Présentateur

Pour vous, c'est une manière d'attiser, vous liez les deux. C'est-à-dire, je vous interroge sur la question de ce sondage, comment même, peut-on le dire, mais pour ou contre les Juifs, comme si on disait pour ou contre les Arabes ou pour ou contre les Noirs, enfin, pour ou contre les Juifs, vous me répondez aussi que Olivier Faure, par cette demande-là, en quelque sorte, continue à attiser ?

24:57
Bruno Retailleau

Il y a une image qui m'est revenue du 10 septembre. Je ne sais pas si vous l'avez vue de cette femme avec un drapeau bleu-blanc-rouge qui se fait interpeller.

25:04
Présentateur

Place de la République.

25:05
Bruno Retailleau

Place de la République. Il y avait des drapeaux palestiniens. Et on lui dit, Madame, en des termes d'ailleurs beaucoup moins courtois, ce drapeau-là n'a plus rien à faire ici. Eh bien, moi, le seul drapeau que je veux voir sur les mairies, et il y a une jurisprudence qui est très très claire, c'est le drapeau français bleu-blanc-rouge. Merci. C'est dans ce drapeau et dans ces trois couleurs, dans ces valeurs, que nous nous reconnaissons tous. On a besoin de symboles de rassemblement. Le drapeau doit être un symbole de rassemblement et non pas de division.

25:38
Présentateur

Merci Bruno Retailleux d'avoir répondu à mes questions ce matin. Toujours ministre de l'Internet et président du parti Les Républicains. Il est 8h53 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV.