Edouard Philippe : "Ce second tour n'est pas joué, Marine Le Pen peut gagner l'élection présidentielle"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le maire du Havre, président du parti Horizon, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, c'était de 2017 à 2020. Questions et réactions, amis auditeurs, 0145 24 7000 et l'application France Inter. Edouard Philippe, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Revenons en quelques mots à dimanche soir, 20h, et au résultat du premier tour de l'élection présidentielle, quand vous voyez qu'Emmanuel Macron arrive 4 points devant Marine Le Pen. Est-ce le soulagement qui domine ou déjà l'inquiétude à la perspective d'un second tour autrement plus serré, indécis, ouvert qu'en 2017 ?
C'est d'abord une forme de satisfaction, parce que le score du premier tour du président de la République est un bon score, qui dit des choses sur la capacité qu'il a à convaincre les Français et à susciter une adhésion.
Et puis c'est assez vite et immédiatement, beaucoup de concentration sur la préparation du second tour, parce que peut-être est-ce que je suis d'une nature plus pessimiste que la moyenne, je n'en sais rien, mais en tout cas je considère que ce second tour n'est pas joué, que cette élection est encore très ouverte, et qu'il faut donc faire campagne pour à la fois faire prévaloir la candidature du président de la République, et éviter à la France de se donner à Mme Le Pen, ce qui me paraît quelque chose de très problématique et d'assez dangereux.
Un mot du Havre, votre ville, c'est Jean-Luc Mélenchon qui arrive premier devant Emmanuel Macron, ça vous a étonné ?
Pas du tout. En 2017 c'était déjà le cas, vous le savez, puisque vous avez, j'en suis sûr, bien regardé les résultats. En 2017, Jean-Luc Mélenchon faisait 1800 voix de plus que cette fois-ci, et Marine Le Pen faisait 1100 voix de plus que cette fois-ci. Et cette fois-ci, Emmanuel Macron fait 2600 voix de plus qu'en 2017. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans une participation qui a un peu baissé, chez moi, au Havre, Jean-Luc Mélenchon a fait moins de voix, Marine Le Pen a fait moins de voix, Emmanuel Macron a fait beaucoup plus de voix, et donc je m'en félicite.
Et puis vous savez, je connais la sociologie de ma ville, à toutes les élections présidentielles au Havre, on vote d'abord et majoritairement à gauche. Donc j'en suis pas surpris, et je reconnais les Havrets tels que je les connais, tels que je les aime, si vous me permettez de le dire sur l'antenne de France Inter.
Malgré leur gauchisme, si vous voulez dire.
Non, non, pas malgré leur gauchisme, parce que c'est une ville populaire, ouvrière, c'est une ville qui a une culture de la lutte, et que Jean-Luc Mélenchon, quand il parle, il raisonne de façon particulière chez moi, chez moi, dans ma ville, c'est comme ça.
Vous aviez déclaré avant le premier tour, oui, bien sûr, Marine Le Pen peut gagner la présidentielle. Est-ce que vous le dites toujours ce matin ? Est-ce que vous pensez vraiment qu'elle peut passer cette fois-ci, et que le front républicain, qui jusque-là a fonctionné, n'existe plus, au fond ?
Je pense qu'elle peut gagner l'élection présidentielle, et je pense que toute personne qui dirait que par nature, elle ne peut pas la gagner, un, se tromperait, et deux, serait totalement inconséquente. Donc oui, elle peut gagner.
Ce qui n'était pas le cas en 2017.
En tout cas, je ne sais pas si c'est plus ou moins le cas, je pense que c'est le cas aujourd'hui. Et je pense qu'elle peut gagner, qu'il faut prendre cette élection au sérieux, qu'il faut prendre les Français au sérieux, et qu'il faut jouer le deuxième tour sérieusement. Voilà, ça, j'en suis totalement convaincu. Quant au front républicain, je pense qu'il existe encore pour beaucoup de nos concitoyens. Est-ce que c'est avec la même vigueur qu'en 2002 ? Manifestement, non. Mais est-ce qu'il n'existerait plus ? Je ne le crois pas.
C'est ce que dit Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dit qu'il n'existe plus le front républicain.
En tout cas, je connais beaucoup de Françaises, de Français, de Havrès, de Havrès, pour qui il a encore un sens, et qui souhaiteront faire barrage à une candidate qu'ils n'estiment pas relever du champ républicain.
Et pourtant, ce sont les électeurs de gauche, et notamment les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui feront la différence dans ce second tour. On en a entendu beaucoup à l'antenne de France Inter.
Pardon, M. Demorand, je ne sais pas si ce sont les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui feront la différence. Je pense que le second tour, c'est une deuxième élection, et tous les Français peuvent y participer, qu'ils aient voté pour Jean-Luc Mélenchon ou pas.
Alors, ceux qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, et qu'on a pu entendre au micro d'Inter, très nombreux, certains disaient, je n'irai pas voter le 24, je ne veux pas choisir. Certains renvoyaient dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen. A ces électeurs-là, que dites-vous ce matin ?
Que le choix qui leur est proposé n'est peut-être pas le choix qu'ils auraient aimé avoir au second tour. Je peux l'entendre, tout le monde peut le comprendre. Mais je leur dirais, et je pense qu'ils peuvent l'entendre eux aussi, que ce n'est pas du tout un choix neutre. Que la France ne sera pas la même, elle ne sera peut-être pas exactement celle qu'ils auraient souhaité avec Jean-Luc Mélenchon ou avec un autre, mais elle ne sera pas la même si Marine Le Pen est élue présidente, ou si Emmanuel Macron reste président.
Elle ne sera pas la même dans ses alliances internationales, elle ne sera pas la même dans sa capacité à peser sur les affaires du monde, elle ne sera pas la même dans sa gestion du marché du travail, dans sa gestion des problèmes sociaux, je pense qu'elle sera très différente. Et ma conviction, ma conviction intime, mais qui n'est pas simplement une intuition, qui est une conviction pensée, c'est que la France vivra moins bien si Mme Le Pen est élue présidente. Les avancées considérables que nous avons faites en matière de lutte contre le chômage seront mécaniquement remises en cause. Je vais vous en donner un exemple. Pourquoi ? Pourquoi ils seront mécaniquement remis en cause ?
Je suis maire d'une ville, Le Havre, dont on a déjà beaucoup parlé, ce qui me réjouit. On n'en parle, à mon sens, jamais assez. C'est une ville portuaire. C'est une ville qui vit parce que le commerce mondial passe en France, parce que nous exportons, parce que nous importons. Parce qu'une zone industrielle, dans laquelle beaucoup d'entreprises étrangères viennent faire des investissements, est intégrée dans le commerce mondial. Je ne suis pas sûr du tout que l'attractivité de notre pays pour les investissements étrangers, que la capacité que nous avons à conquérir des marchés à l'extérieur soit aussi forte avec Mme Le Pen. Je suis même intimement convaincu du contraire.
C'est un premier exemple. Deuxième exemple. Qu'est-ce qu'on fait dans la construction de l'Europe, dans la construction monétaire, budgétaire, politique, politique de défense de l'Europe ?
Elle dit qu'elle ne veut plus sortir de l'Union Européenne. Vous n'y croyez pas ? Vous pensez que ce sera une sortie oblique de toutes les manières, même si ce n'est pas écrit noir sur blanc, c'est ça ?
Je pense qu'elle a fait un gros bouger, parce qu'elle savait que les Français voulaient rester dans l'Union Européenne. Je ne crois pas que ce soit nécessairement une conviction. Je pense que c'est une nécessité pour elle de dire cela. Mais ça ne suffit pas. Quelle Europe elle veut construire ? Le président de la République, on sait très bien quelle Europe elle veut construire. Il a fait un discours à la Sorbonne au début de son mandat, extrêmement clair. Et j'observe que depuis, toutes les évolutions en Europe sont au fond conformes à ce qu'il disait dans son discours de la Sorbonne.
Et vous voyez bien que sur ce sujet de qu'est-ce qu'on fait de l'Europe, on a un président de la République qui fixe le chemin, et on avance, peut-être pas assez vite, peut-être... Mais on avance, et avec Mme Le Pen, on ne sait pas. Moi je ne sais pas ce qu'elle veut faire de l'Europe. Je ne sais pas ce qu'elle veut faire de l'Europe de la défense. Je ne sais pas quel système d'alliance elle veut privilégier. J'ai compris qu'elle trouvait que la Russie avait vocation à être une alliée, au détriment de l'OTAN dont elle voudrait sortir du commandement intégré. Ben, pardon, mais je pense que pour la France, ça change considérablement les choses, et que c'est assez dangereux.
Sur la politique intérieure et sur le programme d'Emmanuel Macron, puisque même si vous dites que c'est une nouvelle élection, en l'occurrence les réserves, aujourd'hui, arithmétiquement, elles sont plutôt à gauche. Et on voit d'ailleurs un président de la République qui essaye de leur parler, aux gens de gauche, pour leur dire, n'ayez pas peur, en gros. Sauf qu'il a annoncé 2, 3, 4 points qui marquent aujourd'hui son programme.
La retraite à 65 ans, le RSA sous condition, les profs augmentés s'ils acceptent de nouvelles missions, qui sont des marqueurs qui ne sont pas à gauche, on va dire ça, et qui font que certains électeurs, qui n'ont pas du tout envie de voir Marine Le Pen, n'ont pas du tout envie d'avoir la retraite à 65 ans, ou les profs payés au mérite. Qu'est-ce que vous leur dites à eux ce matin ?
Le Président de la République, il n'a pas parlé de profs payés au mérite, il a parlé d'une rémunération des professeurs, augmentation nécessaire.
S'ils acceptaient une nouvelle mission.
Et de progressivement un changement de métier, d'un changement de carrière des professeurs. Mais je pense qu'il a raison. Et je pense qu'il y a énormément de professeurs qui le savent. Les professeurs, ils n'ont aucune envie qu'on remette en cause leur engagement, leurs compétences, et en tout cas certainement pas moi ne songe à le faire. Je sais ce que je dois à l'éducation nationale. Mon père, ma mère, ma sœur, ils sont tous profs. Je sais ce que je dois à l'éducation nationale, ma réussite au concours et ma vie professionnelle. Je sais très très bien ce que je dois à l'éducation nationale, qui fait un boulot extraordinaire.
Mais vous savez bien que pendant le quinquennat, les relations se sont tendues entre les profs, entre les profs et Jean-Michel Blanquer, que les maths ont été retirées du tronc commun, que ça a créé de véritables tensions, que cette proposition-là a cristallisé aussi, Léa vient de le dire, une tension forte qu'on voit aujourd'hui. Vous ne pouvez pas mettre ça de côté. Mais je ne le mets pas de côté.
Je dis que le sujet, à mes yeux, je crois que c'est vrai pour le président aussi, mais à mes yeux c'est l'éducation à des sujets, probablement le sujet essentiel. Parce que c'est le sujet sur lequel on a le plus de prise. Et c'est le sujet sur lequel, si les politiques publiques que nous mettons en oeuvre améliorent la situation, on récupère le plus grand nombre de bénéfices pour l'ensemble de la population. Donc pour moi, c'est un sujet absolument prioritaire. Je ne sais pas dire comment est-ce qu'on peut améliorer le système actuel sans le reprendre assez complètement, c'est vrai. Sans imaginer des nouvelles carrières pour les professeurs. Parce que professeur c'est un métier usant.
Vous ne commencez pas devant une classe à 25 ans, pour terminer à 65 ans, devant les mêmes niveaux, devant les mêmes... C'est usant comme métier. Je veux dire, tout le monde le sait. Moi je l'ai vu chez mon père, je l'ai vu chez ma mère. C'est un métier usant. C'est un métier formidable, mais c'est usant. Bon. Alors comment est-ce qu'on fait pour transformer les métiers de professeur, pour conserver toute cette expertise, pour faire en sorte qu'on ne fasse pas exactement le même métier à 25 ans, à 50 ans, ou à 62, 63 ans ? Comment est-ce qu'on fait pour changer la pédagogie ? Vous avez parlé des mathématiques. L'enseignement scientifique, en France, aujourd'hui, il est devant un problème.
Mais, pardon M. Demorand, c'est le prendre par le petit bout de la lorgnette que de penser que le seul problème de l'enseignement scientifique, c'est les mathématiques dans le tronc commun, en première et en terminale. La vérité, c'est que notre problème avec l'enseignement scientifique commence très tôt. A partir de l'école primaire, probablement. Et à cet endroit-là, on doit réussir à faire aimer, connaître et aimer la science à nos enfants.
Ça passe forcément par des méthodes différentes de celles que nous employons aujourd'hui, et peut-être par l'apport de jeunes gens qui, aujourd'hui, ne choisissent pas l'enseignement alors qu'ils ont une formation scientifique, mais qui pourraient faire un bien fou à notre système éducatif si, pendant un temps, ils étaient associés. Je ne prétends pas avoir la solution, Mme Salamé et M. Demorand. Je dis que ce sujet est essentiel. Et je me réjouis que le Président de la République l'ait identifié et souhaitait faire du sujet de l'éducation l'élément de sa nouvelle méthode pour réfléchir collectivement, pour poser les choses, même s'il y a des méfiances et même s'il y a des ressentiments.
Et ils existent. Ils existent. Ils existent. S'arrêter aux méfiances et aux ressentiments sur un sujet aussi important, aussi important, c'est l'assurance de ne rien faire. Et ça, c'est inacceptable.
Alors Emmanuel Macron s'est dit prêt à bouger sur la retraite à 65 ans, à concerter, voire à soumettre la question à référendum. 65 ans, ce n'est pas un dogme. Pourquoi pas 64, a-t-il dit ? Vous, vous avez déclaré à Challenge, c'était en septembre dernier, que la seule solution raisonnable est d'allonger la durée de vie active en repoussant l'âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans. Est-ce que vous dites ce matin à Emmanuel Macron, « Tu as tort de rétropédaler » ? Non, pas du tout. Et je ne crois pas d'ailleurs qu'Emmanuel Macron aurait trop pédale.
Pas du tout. Je pense qu'il y a deux choses sur lesquelles il faut être... En tout cas, moi, je suis assez intransigeant. Deux choses. La première, c'est que le système des retraites doit être équilibré. On doit faire en sorte de garantir le niveau des pensions pour les retraités d'aujourd'hui et pour les retraités de demain. Et on ne doit pas charger la barque pour les travailleurs d'aujourd'hui qui payent les cotisations de retraite des retraités d'aujourd'hui. Donc, il faut équilibrer le système sans faire baisser les pensions et sans augmenter les cotisations pour les salariés. Première chose, équilibrer le système.
On va y revenir, mais on vous laisse dire les deux points.
Et deuxième chose, sur laquelle moi, je considère qu'il faut être intransigeant, c'est l'idée de dire, si nous voulons créer de la prospérité supplémentaire, équilibrer le système et créer de la prospérité supplémentaire, qui sera ensuite redistribuée, réinvestie, ou dont on pourra profiter individuellement, ça c'est un débat politique, il faut accepter l'idée de travailler plus longtemps. Sur ces deux choses-là, le président de la République ne revient pas en arrière. Il dit qu'il doit y avoir une discussion sur le rythme, sur la méthode, et qu'on peut, soit par référendum, soit par d'autres méthodes, interroger les Français. J'entends ça par exemple.
Je ne considère pas que c'est un rétro-pédalage. On ne peut pas, pardon, mais je pense que là aussi, il faut être cohérent. On doit être cohérent quand on est un responsable politique, on doit être aussi cohérent quand on commente ou quand on critique les propos d'un responsable politique. Le président de la République, il a formulé clairement un engagement, et il écoute les Français, et il en tient compte dans le rythme et dans les modalités. Ça s'entend et ça se respecte.
Il faut que le système soit à l'équilibre. Et ça, c'est une vraie question qui revient quand on lit le conseil d'orientation, les rapports du conseil d'orientation des retraites. Il dit que le système est à l'équilibre, qu'il sera à l'équilibre jusqu'en 2070, qu'il n'y a pas besoin de réformes. Il y aura un petit problème autour de 2030, mais qu'en gros, la trajectoire jusqu'à 2070, si on reste à 62 ans, il n'y a pas de problème d'équilibre. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Parce que, du coup, quand on lit ça, le conseil d'orientation des retraites, on ne se dit pas, quelle est l'urgence d'aller la faire maintenant, la réforme ?
J'écoute tous les organismes qui sont composés de gens qui sont extrêmement respectables, avec beaucoup, beaucoup d'attention. Et je me fonde aussi un peu sur mon expérience, elle est modeste en la matière. C'est pour ça qu'on vous la pose. Mais néanmoins, je me souviens qu'en 2016, cet organisme avait expliqué qu'il n'y avait pas de problème avec le financement des retraites. Et je me souviens qu'en 2017, après l'élection présidentielle, ce même organisme avait dit qu'en fait, si, il va y avoir quelque chose. C'est tellement difficile de faire des... Et je ne le mets pas en cause. C'est tellement difficile de faire des projections. Ah, vous avez parlé de 2070.
C'est compliqué de faire des projections. Ce qui est certain, c'est que le nombre de pensionnés, de gens qui sont à la retraite, va augmenter dans les années qui viennent. Ça, on sait le dire. On sait le dire parce que la population vieillit. Et ce qui est certain, c'est que le ratio, la proportion entre le nombre de gens qui sont à la retraite et qui touchent des pensions et le nombre de gens qui travaillent et qui cotisent pour ceux qui sont à la retraite, ce ratio-là, il va diminuer. Ça, c'est certain. On le sait. C'est acquis.
Si on veut maintenir l'équilibre, si on veut mettre plus de justice dans le dispositif de retraite, parce que vous ne pouvez pas faire comme si, aujourd'hui, le dispositif de retraite, actuellement, était juste et était formidable. Ça n'est pas vrai.
C'est pour ça que vous vouliez faire la grande réforme du régime à point à laquelle vous renoncez. Enfin, pas vous, vous ne renoncez plus, mais Emmanuel Macron.
Mais je suis convaincu que si l'on veut mettre plus de justice dans le dispositif et plus de sécurité, il faut tenir compte du vieillissement de la population. Et quand j'avais mentionné ces chiffres de 65, 66, 67 ans, ce n'est pas par une forme de jubilation malsaine. C'est juste pour dire que nous sommes parfois bien inspirés en France quand nous regardons ce qui se passe dans des pays comparables. En Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, dans tous les pays comparables de l'Union Européenne, des gouvernements de droite ou de gauche, Mme Salamé, ont décidé, pour préserver les systèmes de pension, d'augmenter l'âge légal de départ à la retraite.
Ce n'est pas une lubie d'Edouard Philippe, c'est une donnée objective que vous connaissez, Mme Salamé. Vous pensez que ce serait acceptable,
la retraite à 67 ans aujourd'hui ?
Mme Salamé, que vous connaissez parfaitement. Oui, oui, oui. Je me permets simplement de dire qu'on peut la rappeler.
Au standard d'Inter, de nombreux auditeurs, on commence par Gilles. Gilles, vous nous appelez de Grenoble, je crois. Bonjour et bienvenue. Bonjour, bonjour à tous. Merci beaucoup de pouvoir, de prendre ma question et de m'exprimer ce matin avec vous. Je voulais d'abord commencer par vous dire d'où je parle. Je parle, je suis quelqu'un qui est foncièrement républicain, démocrate, excusez ma voix qui est empreinte de verbosité. Allez-y. Je ne souhaite pas choisir cette fois-ci. J'ai choisi déjà deux fois pour le Front républicain. Je ne veux pas voter contre quelqu'un, je veux voter pour quelqu'un. Cette fois-ci, ça n'est plus possible pour moi.
Je m'interroge sur la responsabilité de l'ARN, de notre président, M. Macron, sur cette conséquence-là. C'est-à-dire, quelle serait sa responsabilité si Mme Marine Le Pen passe, parce que beaucoup de gens comme moi n'iraient pas voter ou voteraient blanc. Vote qui n'est pas reconnu aujourd'hui. Donc vous, vous allez voter blanc, Gilles, au deuxième tour. Exactement. Merci pour cette intervention. Edouard Philippe vous répond.
C'est une intervention. Monsieur nous dit son sentiment, peut-être d'une certaine forme salacitude, démocratique, sur des choix dans lesquels il ne se retrouve pas. Et je me permets de dire à... Pardon, à Gilles, mais je suis confié de vous appeler par votre prénom, ou alors appelez-moi par le mien, et appelez-moi Edouard. Mais je pense très sincèrement que Gilles ne trouvera pas la même France, et il aura une France très différente dans son fonctionnement, dans son influence, dans sa paix civique, avec Mme Le Pen et avec le Président de la République.
Et je suis convaincu... Il vous pose la question de la responsabilité de LREM, disait-il, sur le passage du Rassemblement National, la puissance du Rassemblement National au second tour. Adrien Quatens, à ce micro, reprochait la même chose à Emmanuel Macron d'avoir fait monter les extrêmes, disait-il. Il rappelait l'amitié avec Philippe de Villiers, l'évocation de Charles Maurras, Gérald Darmanin qui reproche à Marine Le Pen d'être molle sur l'immigration. Que répondez-vous à cette critique ? C'est la même, au fond, que formule notre auditeur.
Je réponds que, chez M. Quatennin, s'il a aujourd'hui le souci d'une vie politique mesurée et pleine de nuances, c'est un souci qu'il ne l'a pas toujours habité, parce que, moi, j'ai vu pendant longtemps les propos d'un certain nombre de représentants de la France insoumise. J'ai vu, pendant ma campagne municipale au Havre, par exemple, la France insoumise dans sa conception du débat démocratique. C'était parfois intense dans les mots, puis parfois, c'était un peu au-delà des mots. Et au-delà de la question
de ce que dit Adrien Quatennin, Emmanuel Macron, le soir de son élection au Louvre, a dit « Je ferai en sorte qu'à la fin du quinquennat, aucun Français n'ait de raison de voter pour les extrêmes. » Et on se retrouve, cinq ans après, si on ne prend que les scores de Marine Le Pen, Zemmour, Éric Zemmour et Dupont-Aignan, on se retrouve à un bloc de 33%, c'est-à-dire que l'extrême droite n'a jamais été aussi haute. Est-ce qu'il n'y a pas une responsabilité ?
Et est-ce que, comme souvent en France, je sais que la coutume, c'est de dire « La responsabilité, c'est toujours et uniquement le président de la République. » Les Français, ils votent. Et c'est eux qui font le choix. Ils ne font pas un choix, ils font le choix. Nous faisons le choix. Ce n'est pas eux, c'est nous faisons le choix. Tous les citoyens français ont un choix à faire. Et c'est personne d'autre qu'eux qui le font. S'ils considèrent que ce choix n'en est pas un, s'ils considèrent que la France ne sera pas différente, s'ils considèrent que c'est indifférent, moi, je ne le crois pas du tout. Je pense que ça n'est pas du tout indifférent.
Et je ne comprends pas, je ne comprends pas, celles et ceux qui renvoient dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Ils ne sont pas identiques, ils ne feront pas la même chose et les conséquences pour nos concitoyens ne seront pas les mêmes. Et je dois dire que ceux qui les renvoient dos à dos, que ce soit par lassitude lorsqu'on est très engagé à gauche et qu'on ne se retrouve pas dans ce choix ou par peut-être une forme d'hypocrisie lorsqu'on est à droite, ceux-là m'effraient et vraiment, je dis à tous ceux qui nous écoutent, et d'ailleurs, j'ai tendance à penser que ceux qui nous écoutent ont bien conscience de la différence, que c'est à eux qu'appartient le choix.
Emmanuel à Paris, bonjour, bienvenue.
Bonjour.
On vous écoute. Parlez-nous rapidement s'il vous plaît, Emmanuel.
D'accord, alors rapidement, j'avais voté Macron aux précédentes élections, là j'ai voté Jadot pour son programme social, écologique et européen parce que je suis pro-européenne, mais deux filles qui sont primo-votantes ont voté toutes les deux pour Mélenchon et là, elles se posent la question d'aller voter ou pas alors qu'elles sont d'origine sénégalaise. Je suis catastrophée, je ne sais même pas quoi faire pour les convaincre et il faut comprendre que les jeunes sont en détresse, ils ont des attentes, ils ont des demandes et le programme capitaliste d'Emmanuel Macron ne les sédit plus.
Il faut réagir, il faut les entendre et il faut leur parler, il faut les écouter et il faut appliquer des politiques qui sont un peu plus sociales, écologiques. C'est impossible de laisser un tel boulevard à l'extrême droite. Vous avez votre responsabilité, faites quelque chose.
Merci Emmanuel pour cette intervention. On entend à la fois la colère et l'émotion.
Et on l'entend depuis hier chez les auditeurs qui sont tiraillés.
Et je l'entends parfaitement. Mais voyez ce que dit madame Emmanuel est intéressant. Elle dit qu'elle l'a voté pour Yannick Jadot par conviction écologiste. Je ne dis pas qu'Emmanuel Macron c'est Yannick Jadot ni que Yannick Jannot c'est Emmanuel Macron. Mais je dis que dans les propositions et accessoirement dans l'action déjà engagée par le président de la République, il y a une différence fondamentale et fondamentale entre ce que dit madame Le Pen et ce que propose et a fait monsieur Macron. Madame Le Pen elle explique qu'on va arrêter avec les énergies renouvelables. La peintrice vous parle de ces deux filles. Oui ben d'accord. Non mais elle est la peintrice de deux filles.
Elle parle aussi d'elle.
Elle est convaincue
mais c'est ses filles.
Et quant à ces filles qui veulent des politiques plus sociales et dont elle me dit qu'elles sont sénégalaises ou d'origine sénégalaise pardon d'origine sénégalaise puisqu'elles ont voté elles sont donc d'abord et avant tout françaises et bien je leur dis là aussi peut-être qu'elles ne retrouvent pas totalement et qu'elles ne retrouveront pas totalement dans Emmanuel Macron le choix initial et la pureté de leur engagement c'est vrai mais le deuxième tour de l'élection présidentielle c'est un choix et c'est un choix qui leur appartient et je redis que pour elle pour la place de la France dans le monde pour la façon dont on envisage la société dans sa diversité je pense que c'est sacrément différent que ce soit le président de la République et madame Le Pen.
Deux petites questions pour terminer sur vous Edouard Philippe d'abord serez-vous candidat aux législatives vous n'avez pas pris votre décision ?
Alors j'ai dit de façon très simple que moi j'entendais rester maire du Havre parce que j'aime ça et parce que je me suis engagé que la seule hypothèse dans laquelle je songerais à me présenter aux élections législatives c'est l'hypothèse dans laquelle madame Le Pen gagnerait l'élection présidentielle je l'ai dit très tôt je l'ai dit il y a plusieurs mois et il y a plusieurs mois quand je le dis on me dit vous dites ça mais en fait vous n'y croyez pas vraiment aujourd'hui on me le dit moins donc voilà si madame Le Pen gagne l'élection présidentielle je songerais très sérieusement à me présenter aux élections législatives sinon j'entends rester maire du Havre parce que j'aime ça
Dernière question Rosy si vous étiez vous vous étiez présenté j'aurais voté pour vous mais voter Macron c'est non écoutez dites quoi Rosy ?
Je dis à Rosy que c'est très gentil ça me touche beaucoup et que je pense que si à l'intérieur du camp issu de la majorité il y avait eu des gens irresponsables qui avaient voulu diviser les voix aujourd'hui le second tour ne serait pas entre le président de la république et madame Le Pen et lorsqu'on réfléchit au pays et lorsqu'on réfléchit à la présidence il n'est pas interdit de faire preuve d'un sens des responsabilités
Vous dites je veux rester maire du Havre ça veut dire que vous n'avez pas envie de revenir au gouvernement si Emmanuel Macron revenait était réélu et vous rappelait dans votre livre il y a des longues pages sur la défense par exemple est-ce que ministre de la défense ministre des affaires étrangères ça vous plairait ou pas du tout
plus les années passent plus je trouve que c'est difficile de gagner des élections en revanche c'est qu'un truc qui est beaucoup plus facile c'est de les perdre et une bonne façon de les perdre c'est souvent de se poser des questions tarabiscotées tarabiscotées sur la structuration politique à l'issue des élections et la place de chacun dans un dispositif j'ai appris ça parfois rudement maintenant je le sais donc je ne me livre jamais à ça
Edouard Philippe merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin
France Inter 3
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Édouard Philippe