Laurence Rossignol - L'interview politique du 09/10/25
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7h45 sur Radio-J, Bon Réveil, place à l'invité politique du jour, Laurence Rossignol, sénatrice PS du Val-de-Marne, est au micro de David Revaud-Dallon. Bonjour à tous les deux.
Bonjour. Bonjour Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, donc ancienne ministre des familles de l'enfance et des droits des femmes. Alors évidemment la première question sur ce qui a été annoncé par Donald Trump cette nuit, un cessez-le-feu, un retour des otages, c'est la fin du cauchemar ?
C'est un espoir, une grande émotion. Et surtout une empathie, une pensée pour les familles des otages, pour tous ces Israéliens qui défilent toutes les semaines pour la paix, pour le retour des otages et puis aussi pour les populations civiles de Gaza qui voient peut-être la possibilité de reprendre, de reconstruire une vie qu'ils ont perdue depuis maintenant des mois et des mois.
Donald Trump a salué, je cite, une paix forte, durable et éternelle. Est-ce qu'on peut le croire sur ce coup ? Parce qu'il y a quand même pas mal de termes de l'accord qui ne sont pas encore tout à fait définitifs. On pense notamment à l'avenir du Hamas et à son désarmement.
En fait maintenant, après le cessez-le-feu, le retour des otages, les échanges avec les prisonniers, il y a la deuxième phase qui est la phase de la solution politique. Il y a une solution politique encore qui est à construire, à bâtir. Donald Trump est probablement optimiste, mais j'espère qu'effectivement il a raison. Et avec tout ce que je rejette, la contestation que j'ai de ce qu'est Donald Trump, bien entendu on aimerait que sur cette situation-là, il ait raison.
Alors, des motifs d'espérés au Proche-Orient, mais en France, pour le coup, on est toujours dans le brouillard. On a beau être un observateur de longue date de la vie politique, on s'y perd un peu. Vous allez peut-être pouvoir nous éclairer sur l'intervention du Premier ministre démissionnaire, Sébastien Lecornu, hier, au 20h de France 2. Il estime que la situation permet au Président de nommer un Premier ministre dans les 48 heures qui viennent. Qu'est-ce qui se passe ? Éclairez-nous, parce qu'on pensait qu'on allait droit sur la dissolution.
Non, mais je ne vais pas vous éclairer sur l'intervention du Premier ministre hier soir. On était dans une situation assez étrange, on était tous là sur nos canapés, à l'écouter en se disant il va dire quelque chose, il va dire quelque chose, et puis le temps a passé, il n'a pas dit grand-chose. Alors, pour sa précédente intervention, il nous avait suggéré de lire entre les lignes. Donc là, j'ai cherché ce qu'il y avait entre les lignes, je n'ai pas trouvé.
Nous, alors, pour autant, je crois que le gouvernement et le Président de la République s'enfonceraient dans la crise politique s'ils imaginaient reconduire à peu près les mêmes gouvernements, alors j'ai entendu sans ambition présidentielle, c'est-à-dire que s'ils excluent de ce gouvernement tous ceux qui ont de l'ambition présidentielle...
Bruno Retailleau, pour ne pas le citer.
Voilà, Bruno Retailleau, mais il n'est pas le seul, vous savez, dans la Ve République, il y a tout le temps une petite ambition présidentielle qui dort dans la tête de chaque dirigeant politique. Ça va faire un gouvernement compliqué. Mais là n'est pas le sujet d'un certain point de vue. En ce qui nous concerne, nous, les socialistes, et je parle en tant que sénatrice socialiste ce matin, je pense qu'Emmanuel Macron doit admettre l'idée que pendant deux mandats, sur dix ans d'exercice de la présidence, il peut arriver qu'on soit en situation de cohabitation.
Aujourd'hui, il faut qu'il accepte ça et qu'il se dise, voilà, dans une situation de cohabitation, je nomme un gouvernement qui n'est pas un gouvernement issu de la majorité présidentielle, qui est un gouvernement qui n'est pas le mien. Et avec ce gouvernement, je vais faire comme d'autres précédemment dans les institutions de la Ve République, les grands présidents l'ont fait, François Mitterrand, Jacques Chirac, je vais vivre en cohabitation avec eux. Et la cohabitation qui permet d'éviter la dissolution, c'est la cohabitation avec un gouvernement de gauche.
Alors, on va en parler, mais d'abord sur le fond, il a quand même fait des ouvertures, Sébastien Lecornu, il a renoncé à l'usage du 49.3, il se dit ouvert à un débat sur la fiscalité, c'est une de vos revendications, des mesures très fortes sur la fiscalité des plus aisés, et sur la réforme des retraites, il dit qu'il faudra trouver un chemin pour que le débat ait lieu. des ouvertures, mais comme dirait le regretté Jean-Claude Duse, le problème c'est de conclure, c'est ça ?
Exactement. En fait, pourquoi nous sommes si attachés à la nomination d'un Premier ministre et d'un gouvernement issu de la gauche ? C'est que pour conduire ces petites ouvertures qui sont faites hier par le Premier ministre,
les petites ouvertures, ça ne va pas assez loin pour vous ?
Non mais après, c'est la mise en œuvre, comment vous dire, on est un peu échaudé avec le macronisme, on sait que les engagements ne sont pas toujours tenus. Donc le meilleur moyen de tenir les engagements, c'est de confier la conduite des affaires à quelqu'un qui a pour mission de conduire les engagements parce qu'il y croit, parce qu'il les porte. Donc ce que j'entends là, c'est l'hypothétique gouvernement assis de nouveau sur une majorité de 210 députés, a dit le Premier ministre démissionnaire hier soir. 210 députés, c'est le socle commun le même, c'est-à-dire c'est Renaissance plus Horizon plus LR. Plus le modem. Et plus le modem, pardon.
Et ça veut dire qu'ils réintègrent LR, donc c'est la même majorité qu'ils essayent de trouver depuis juillet 2024 et qui jusqu'à présent a systématiquement échoué. Donc nous, nous continuons de dire, partons non pas des combinaisons et politiques qui pourraient se construire, partons de ce que les Français attendent. Je voyais hier que plus de 70% des Français étaient favorables à une suspension de la réforme des retraites. Par exemple, ils sont favorables aussi à un rééquilibrage de la fiscalité de façon à ce que les efforts soient partagés, en particulier avec les très gros patrimoines, ceux de plus de 100 millions d'euros, je rappelle quand même.
Donc partons des revendications des Français, de ce qu'ils attendent, partons de notre volonté commune de stabilité politique et d'un budget, et à partir de là, je suggère au président de la République de confier ça à ceux qui ont envie de le faire.
Alors, il y a ces revendications sur le fond que vous évoquez, il y a aussi le casting. Vous le disiez, quel premier ministre socialiste, ou de gauche d'ailleurs, pas seulement socialiste, ça serait Olivier Faure, Boris Vallaud, Jérôme Gage, on parle aussi de Bernard Cazeneuve, Laurent Berger... Beaucoup d'hommes dans ce que vous me racontez là. C'est vrai ? Vous avez des idées ?
Non, non, mais en fait, on l'a dit depuis le début, depuis que la crise politique nouvelle est ouverte, on a dit, on propose au président de la République la nomination d'un premier ministre issu de gauche, nous n'avons aucune discussion sur les noms. On ne va pas recommencer ce qu'on a fait après les législatives de 2024, à avoir des discussions sur qui et qui aboutissent à rien. Le feuilleton Lucie Casté, pour ne pas la cité. Le feuilleton Lucie Casté, on a retenu que Lucie Casté, mais il y en a eu bien d'autres noms qui ont circulé avant Lucie Casté. Donc, la question n'est pas non. Tous les socialistes, toutes les personnalités de gauche qui pourraient être à Matignon, nous conviendront.
Et puis, comme on est un peu respectueux des institutions, on rappelle que le choix d'un premier ministre relève du président de la République.
– Et si vous n'avez pas quittu sur le fond et ou sur le casting, qu'est-ce que vous faites ? Ça veut dire que vous censurez, vous allez à la dissolution. Le PS, comme beaucoup de partis, perdrait beaucoup de plumes dans une campagne de législative anticipée, non ?
– Nous, notre objectif n'est ni la dissolution, ni la destitution. Parce que moi, je considère que la dissolution n'apportera aucune solution politique aux Français, aucune solution sociale, aucune solution économique. Après la dissolution, il y a quoi ? Il y a des nouvelles élections législatives. Ensuite, il y a une majorité à l'état actuel des choses. Il y a plusieurs options. Je ne les vois pas, ni les unes, ni les autres, comme étant de nature à satisfaire ce que les Français attendent. Donc, nous ne souhaitons pas la dissolution. Pour autant, si le président devait nous y contraindre, nous y viendrions, bien entendu.
Mais à cette étape où nous sommes aujourd'hui, nous sommes toujours sur la même proposition, faite au président de la République, c'est-à-dire d'un gouvernement de gauche et surtout un gouvernement chargé de prendre le triptyque que nous avons proposé, justice fiscale, retraite et pouvoir d'achat. Parce que c'est ces trois ambitions-là qui sont de nature à résoudre, peut-être pas, mais au moins à apporter un moment de solution dans une crise qui est à la fois politique, sociale et économique.
Pas de politique fiction. Si d'aventure, ce scénario échouait et qu'on allait effectivement vers des législatives anticipées, qu'est-ce qui se passerait entre les camarades de gauche ? Est-ce que cette fois, il y aurait une reconduction du nouveau Front populaire ? Ou est-ce que pour vous, une alliance électorale avec les insoumis est tout à fait hors de propos, hors de question ?
Mais en ce qui nous concerne, en ce qui me concerne, et mes amis au Parti socialiste, nous le disons depuis des mois et des mois, il n'y a plus de possibilité d'alliance électorale, programmatique avec la France insoumise. Je considère pour ma part que la France insoumise est sortie du spectre de la gauche. C'est devenu un courant populiste, issu de la gauche. Ce n'est plus un courant de gauche. Nous n'avons aucune raison de privilégier ou travailler à un quelconque accord avec la France insoumise aujourd'hui.
Je pense même que pour la gauche socialiste, démocratique, c'est une nécessité, la rupture avec la France insoumise est une nécessité pour reconstruire une gauche qui soit de nature à donner aux Français un espoir d'une société plus sécurisée, plus démocratique, plus avancée sur le plan social. La France insoumise est le plafond de verre de la gauche depuis maintenant plusieurs années. Et la rupture avec la France insoumise, c'est un moment, alors peut-être qu'il serait coûteux sur le plan électoral à un moment donné, mais il est indispensable pour pouvoir ensuite construire autre chose.
Mais est-ce que tout le monde est d'accord au Parti socialiste là-dessus ? On sait qu'il y a quand même une partie des députés, notamment qui est tiraillée parce qu'ils jouent leur circonscription. En cas de non-accord et sur des législatives anticipées, ils perdraient beaucoup de plumes là encore.
Oui, mais la France insoumise aussi perdra des plumes. Et puis je connais bon nombre de sites de circonscriptions dans lesquels l'accord avec la France insoumise avait conduit à la désignation d'un candidat issu de la France insoumise. Et au deuxième tour, ces candidats se font ratatiner par le Rassemblement national. Parce que la France insoumise n'est jamais le bon candidat pour rassembler tous les républicains et tous les démocrates derrière lui. Donc les projections électorales sont pas... On n'est pas autant que la France insoumise le raconte sous leur pression. Ils ne nous tiennent pas tous. Voilà. Ça dépend des circonscriptions. Ça dépend des circonscriptions.
Et globalement, on peut s'en sortir. Mais de toute façon, c'est politiquement indispensable pour l'avenir de la gauche.
Alors, Mathilde Panot et les Insoumis demandent depuis toujours la démission d'Emmanuel Macron. Ça, c'est pas une surprise. Ce qui est plus nouveau, c'est que du côté des macronistes, maintenant, et non des moindres, on a Edouard Philippe qui... Alors, il le dit pas comme ça. Lui, il veut une présidentielle anticipée. Mais ça équivaut, bien sûr, à une démission du président. Qu'est-ce que vous pensez de toutes ces initiatives ?
Je pense que l'élection du président de la République au suffrage universel, tel les pouvoirs qu'il a dans la Ve République, pollue la vie politique et sclérose la vie politique. Donc, chacun des acteurs de la vie politique française, en fait, doit être vu du point de vue de sa propre ambition présidentielle. Et l'ambition présidentielle des uns et des autres passe pour eux avant l'ambition de la France. Et dans ce que fait Edouard Philippe, je lis avant tout l'ambition présidentielle d'Edouard Philippe, qui, probablement un peu subissant un petit assement dans les sondages, se dit qu'il faut qu'il reprenne une initiative et que le temps ne joue pas pour lui.
Peut-être que c'est ça qu'il se dit. Et donc, tout le monde veut accélérer le calendrier. Mélenchon veut accélérer le calendrier parce qu'il est impatient de mener la campagne présidentielle. Edouard Philippe veut accélérer le calendrier. Marine Le Pen veut accélérer le calendrier de la dissolution de l'Assemblée nationale.
Mais pas le Parti Socialiste.
Nous, nous ne voulons pas accélérer les calendriers. Nous avons encore besoin de temps pour reconstruire une gauche socialiste et démocratique qui n'est pas celle du nouveau Front Populaire.
Alors, puisque vous évoquiez cette épidémie de présidentialité aiguë, elle touche quand même aussi le PS. Il va bien vous falloir aussi un candidat qui ça pourrait être. On a beaucoup parlé d'un sondage IFOP il y a une quinzaine de jours qui plaça Raphaël Glucksmann en assez bonne position, 14% devant Jean-Luc Mélenchon qui, si ma mémoire est bonne, était à 12%.
Écoutez, un, c'est une bonne nouvelle d'avoir un candidat de la gauche dans lequel je me reconnais, qui a été notre candidat aux élections européennes, notre tête de liste aux élections européennes, qui est en situation, qui a la possibilité peut-être d'accéder au deuxième tour. Deux, ce n'est pas le moment de choisir notre candidat. Et je ne vais pas rajouter dans la complexité de la situation qu'on vit aujourd'hui, plus un débat sur le bon candidat à la présidentielle. C'est un vrai débat, c'est un vrai sujet. Mais il viendra, chaque chose en 100 ans. Aujourd'hui, on a d'autres priorités.
La priorité, c'est déjà la stabilité du pays, l'adoption d'un budget et des solutions pour les Français.
Alors, quand j'évoquais les candidats possibles du PS et de la gauche à Matignon, vous avez, à juste titre, rétorqué qu'il s'agissait uniquement d'hommes. Vous êtes une militante féministe, c'est un de vos combats depuis toujours. Comment vous jugez la place des femmes aujourd'hui en politique ? Il y a eu beaucoup de lois sur la parité, il y a eu beaucoup d'améliorations, mais on est encore loin du compte, d'après vous ?
Alors, il y a un décalage entre la révolution culturelle qui se fait dans le pays, où je vois de plus en plus de femmes qui s'assument comme féministes, se revendiquent comme telles. Je vois des hommes jeunes et moins jeunes qui se situent aux côtés du combat des féministes. Et les électeurs sont bien plus féministes que ne l'est le monde politique dans sa pratique. Et c'est sûr que le spectacle qui est donné en ce moment, on voit quand même beaucoup, beaucoup de cravates dans le défilé des personnalités qui revendiquent, qui pourraient, qui se positionnent. Voilà. Le monde politique continue de tourner dans un entre-soi très masculin.
Et peut-être qu'il y a un lien de causalité entre l'entre-soi masculin et la crise politique dans laquelle on est. Mais visiblement, les hommes ont quand même cette capacité incroyable de ne jamais tirer le bilan du fait qu'ils gouvernent tout seuls. Peut-être qu'un peu davantage de, pas simplement de mixité, mais écoutez, on est prêt à prendre le relais s'ils n'y arrivent pas. Et visiblement, ils n'y arrivent pas. Un mot pour conclure rapidement aujourd'hui. Je fais ta concurrence. Annabelle Nakache.
Panthéonisation aujourd'hui à 18h de Robert Banater, grande cérémonie et une des grandes figures de la gauche, bien sûr, une des grandes réformes, l'abolition de la peine de mort. Est-ce qu'aujourd'hui, la gauche manque ? Puisque c'est une question en lien avec la précédente. Manque de grandes figures, de grands hommes, de grandes femmes d'État.
Oui, probablement, mais pas que la gauche. On assiste effectivement à un affaissement global de la qualité, de la compétence politique. Et c'est vrai. Et je crains d'ailleurs beaucoup pour l'avenir quand je vois que les influenceurs ou les influenceuses des réseaux sociaux pourraient aussi faire le passage des réseaux sociaux à la politique. On a besoin de se ressaisir. Mais ça, c'est un autre débat. C'est celui sur la place des réseaux sociaux dans nos cerveaux.
Débat intéressant. On pourra l'avoir sur Radio-J où vous êtes bien sûr la bienvenue. Merci, Laurence Rossidial.
Merci à tous les deux. Demain à 7h45, nous retrouverons Paul Lamarre pour sa semaine politique.