Gabriel Attal : les jeunes croient-ils encore en l'avenir ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 79 %Attaque 7 %Défensif 14 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 3:15OuverteRéponse directe
La jeunesse française est-elle en colère ou en panne d'espoir ?
- 4:07OuverteRéponse directe
Pourquoi avez-vous dit « Waouh, l'équipe est jeune ici » ?
- 4:57OuverteRéponse directe
Présentez-vous à quelqu'un qui ne sait pas qui vous êtes.
- 5:32OuverteRéponse directe
Vous avez des frères et sœurs ? Quel sport vous aimez ou pas ?
- 7:18OuverteRéponse directe
À quelle heure le réveil sonne le matin ?
- 7:28OuverteRéponse directe
Une mauvaise habitude que vous avez, sincèrement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:23Invité politiqueFait
« je pense qu'elle doute, la jeunesse française. Elle doute d'elle-même, de sa capacité à changer le cours des choses, dans un monde qui est quand même de plus en plus violent, de plus en plus dangereux. »
- 3:38Invité politiqueFait
« avec l'intelligence artificielle qui va complètement bouleverser le monde du travail, avec beaucoup de menaces et d'interrogations. »
- 5:14Invité politiqueFait
« je suis engagé en politique parce que je pense que la politique peut encore changer les choses, parce que je suis totalement contre tous les prophètes de malheur et de déclin qui expliquent que la vie, que le monde, que la France ont vocation à aller de moins en moins bien. »
- 9:05Invité politiqueFait
« Les présidents, les premiers ministres, souvent, ils ont un chien. »
- 10:18Invité politiqueFait
« le soir. Parce qu'en fait, dans les fonctions qui sont les miennes, moi je suis à la tête d'un groupe parlementaire de 90 députés, à la tête d'un parti. »
- 17:30Invité politiqueFait
« Moi, dans mon groupe à l'Assemblée nationale, il y a 90 députés, la très grande majorité n'a pas fait Sciences Po. »
- 20:44Invité politiqueFait
« quand vous êtes Premier ministre, je pense que les gens ne le voient pas forcément. Vous avez 50 décisions à prendre par jour. »
- 20:49Invité politiqueFait
« Vous avez pour 90% d'entre elles des décisions qui ne sont pas communiquées parce que c'est sur des éléments parfois très techniques ou des éléments qui n'ont pas vocation à être rendus publics. »
- 21:42Invité politiqueFait
« « Mais est-ce que tu penses que j'en suis capable ? » « Est-ce que tu penses que je suis la bonne personne ? » »
- 22:43Invité politiqueFait
« Le président envisage de te nommer Premier ministre. »
- 23:01Invité politiqueFait
« Ensuite, parce que j'étais jeune et je me suis dit « C'est quand même pas banal d'être Premier ministre à cet âge-là. »
- 23:25Invité politiqueFait
« Non seulement j'ai fait, mais je voulais faire savoir ce que je faisais. »
- 30:47Invité politiqueChiffre
« j'allais couper 10 milliards d'euros en cours d'année aux différents ministères. »
- 35:28Invité politiquePromesse
« J'ai annoncé que je voulais faire une loi pour lutter contre la délinquance des mineurs »
- 35:44Invité politiquePromesse
« tous ces projets devaient aboutir avec des lois qui devaient être votées en fait en septembre 2024 »
- 37:21Invité politiqueFait
« Moi, je pense qu'on peut retrouver de l'efficacité publique sans basculer dans un régime autoritaire »
- 37:41Invité politiqueFait
« Le gouvernement, l'État, l'Assemblée nationale gèrent trop de choses »
- 37:55Invité politiqueFait
« Il y a plein de trucs qu'on passe notre temps à discuter aujourd'hui à l'Assemblée ou au gouvernement. Ça devrait être les départements ou les régions qui prennent ces décisions-là »
- 41:57Invité politiquePromesse
« Je pense aujourd'hui savoir comment il faut la présider »
- 44:29Invité politiqueFait
« si le président décide de dissoudre, c'est parce qu'on a eu un mauvais score aux européennes »
- 49:49Invité politiqueFait
« Je la sens très pleine de doute »
- 50:34Invité politiqueFait
« sur la question de la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle »
- 52:19Invité politiqueFait
« Je souhaiterais pouvoir organiser ma semaine de travail sur 4 jours au lieu de 5 »
- 55:35Invité politiqueFait
« quand vous avez un jeune qui ne va pas bien, il va commencer à regarder du contenu et des vidéos tristes ou dark »
- 58:10Invité politiquePromesse
« Moi je suis clairement pour l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. »
- 58:35Invité politiqueFait
« Aujourd'hui officiellement c'est 13 ans, sauf qu'il est respecté par personne puisque les plateformes ne vérifient pas l'âge des personnes qui s'inscrivent. »
- 58:41Invité politiquePromesse
« Moi je pense qu'il faut rehausser l'âge à 15 ans et avoir une vraie vérification de l'âge pour être sûr que les personnes qui s'inscrivent ont bien plus de 15 ans. »
- 1:00:37Invité politiqueFait
« Là où des jeunes diplômés auparavant avaient comme principale boussole le salaire, aujourd'hui c'est plutôt le sens de leur travail, l'engagement de l'entreprise. »
- 1:03:36Invité politiqueFait
« Quand vous êtes entré à Matignon. Même quand je suis devenu ministre et même quand je suis devenu député. »
- 1:04:00Invité politiqueFait
« Il est mort de façon très brutale avant que je devienne même moi-même député et élu. »
- 1:05:26Invité politiqueFait
« Red flag, si c'est par opportunisme. »
- 1:05:58Invité politiqueFait
« Green flag, même si ça peut en politique vous porter préjudice. »
- 1:06:42Invité politiqueFait
« En tout cas, je le fais tout le temps. »
- 1:06:53Invité politiqueFait
« Green flag, d'une manière générale. »
- 1:07:08Invité politiqueFait
« Très grand green flag. C'est très important de le faire. »
Temps de parole
- Gabriel Attal63 %
- Présentateur19 %
- Présentateur 211 %
- ?7 %
≈ 47,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Si je devais résumer, je dirais que j'ai eu une enfance heureuse avec des épreuves. J'ai eu la chance de naître d'abord dans un foyer aimant. J'ai jamais manqué d'amour de mes parents. Ensuite,
il
y a eu un certain nombre d'épreuves.
Il
y
a
eu évidemment le divorce de mes parents. Ça, c'est des choses que vivent énormément de familles, évidemment,
au
quotidien. Il y a eu des problèmes d'addiction de mon père aussi, des difficultés pour ma mère après, quand elle s'est retrouvée seule, parce qu
'elle
n'avait jamais travaillé. Être élevé par des parents divorcés, ça forge une forme de sentiment d'indépendance. On peut tout avoir, mais pas tout avoir avec la même intensité. C'est sûr qu
'on
ne
peut
pas avoir le travail avec une intensité totale, tout en ayant les autres sphères dans la même intensité. Je pense que c'est un équilibre qui n'est pas figé pour toute une vie. Moi, je crois beaucoup qu'on a des phases et des moments dans la vie. Et qu'il
y a
des moments où on va considérer que le travail doit l'emporter sur tout. Le bras droit du président de la République m'a appelé pour me dire qu'il pensait à moi pour devenir Premier ministre. La première question que je lui ai posée, c'est « mais est-ce que tu penses que j'en suis capable ? »
«
Est-ce que tu penses que je suis la bonne personne ? » En fait, quand vous êtes Premier ministre, je pense que les gens ne le voient pas forcément. Tout de suite,
c
'est une forme de lessiveuse. Vous avez 50 décisions à prendre par jour. Je raconte aussi qu'au moment de la dissolution, j'ai un vrai doute en me demandant « est-ce que j'étais encore légitime à rester engagé en politique et à rester Premier ministre ? »
Salut
à tous, merci beaucoup d'être avec nous. On est toujours très heureux avec Carole de vous retrouver dans Sphère 5. Tout par-delà, vous le savez, dans la vie, il y a cinq piliers, cinq sphères avec lesquelles on jongle tous. La famille, les amis, le travail, la santé et l'âme. C'est pour ça qu'on a choisi le titre de notre émission Sphère 5. Et en fait, à l'intérieur de ces sphères, il y a des questions fondamentales qu'on s'est tous posées au moins une fois dans notre vie. Est-on plus libre quand on est indépendant ? L'autorité parentale est-elle en crise ? Ou l'échec est-il indispensable pour avancer ?
Alors le but, c'est d'aborder toutes ces grandes questions fondamentales de la vie avec Ophélie, avec vous et aussi avec nos invités. Pas pour chercher le buzz, mais pour avoir une conversation longue et sincère sur ce sujet. Et c'est pour ça qu'on est là aujourd'hui. Parce qu'on pense que réussir dans la vie ne veut pas dire réussir sa vie. Bienvenue dans Sphère Saint-Henri.
Avec
nous, un homme qui s'est installé très vite comme figure de la politique française. Il a été notamment ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, et plus jeune premier ministre de l'histoire de la Ve République. Et on sourit parce que cet
homme aujourd'hui est le tonton
adoptif de
Victor. Une
grande amitié qui vient de démarrer.
Exactement, donc cet homme amoureux des bêtes et ami de Victor aujourd'hui est aussi le secrétaire général du parti Renaissance. Il sort un livre qui s'appelle En Hommes Libres, on l'a ici aux éditions de l'Observatoire.
C
'est un témoignage sur son parcours, ses combats, ses rêves, ses ambitions. Bienvenue.
Merci
beaucoup.
Bienvenue Gabriel Attal dans Sphère
5.
A quasi, le clin d'œil est marrant, quasi un an jour pour jour de l'élection présidentielle 2027. Alors chaque semaine avec notre
invité, on a... Ah oui, c'est bon.
Oui
?
Ah, on adore cette...
C'est bien, on aime bien.
C'est le jour de la réévaluation. Un mois de la Coupe du Monde, un an de la présidentielle. Je trouve que c'est un mois très important. C'est une date très importante. Donc chaque semaine, on a une question fil rouge qu'on aborde avec nos invités. Et Gabriel, avec vous, on a choisi cette question. La jeunesse française est-elle en colère ou en panne d'espoir ? Comme ça, à chaud. Une première réponse.
Moi,
je pense qu'elle doute, la jeunesse française. Elle doute d'elle-même, de sa capacité à changer le cours des choses, dans un monde qui est quand même de plus en plus violent, de plus en plus dangereux. Elle doute de sa capacité à trouver une place, parce qu'il
y
a quand même aujourd'hui beaucoup de motifs d'inquiétude, avec l'intelligence artificielle qui va complètement bouleverser le monde du travail, avec beaucoup de menaces et d'interrogations. Et pourtant, je pense qu'elle a
plus
que jamais une place à prendre. Par ailleurs, elle est plus que jamais engagée, je pense, dans des formes qui sont très différentes de ce qu'on a pu connaître par le passé, mais en tout cas très concernée par ce qui se passe dans le monde.
On
va livrer une petite info-coulisse assez intéressante, puisque quand vous êtes arrivée, une des premières choses que vous avez dites, je trouve ça très intéressant, vous avez dit « Waouh, l'équipe est jeune ici ». Donc pourquoi vous avez dit ça ? Est-ce que c'est quelque chose que vous regardez quand vous arrivez quelque part, et que vous regardez un peu le profil des gens qui sont constitutifs d'une équipe ?
Oui, bien sûr. Moi, je trouve ça super quand on fait confiance
à des jeunes. Et ça vous plaît, du coup ?
Bien sûr. Après,
moi, je dis
souvent que la jeunesse est un état d'esprit.
C
'est-à-dire qu'on peut
être…
Ça, c
'est
ce que disent les gens qui ont 40 ans.
On ne va pas se mentir. Quand j'avais 25 ans, je n'aurais jamais
prononcé cette
phrase. Non, mais franchement,
on peut être vieux et être hyper jeune dans sa tête. Moi, j'ai plein de copains qui
trouvent
que depuis que je fais de la politique, j'ai beau être jeune encore,
j'ai
pris un coup de vieux. Donc voilà. Mais
c'est vrai que je trouve
ça bien quand il y
a
des jeunes qui ont un boulot intéressant, qui font leur passion, qui ont fait confiance aussi pour des postes à responsabilité. Je trouve ça super.
C'est le cas ici, en tout cas. On a un petit exercice pour tous nos invités. Le début, c'est présentez-vous à quelqu'un qui ne sait absolument pas qui vous êtes, qui n'a jamais entendu parler de vous. Vous diriez quoi ?
Alors, je dirais que je m'appelle Gabriel, que j'ai 37 ans, que je suis engagé en politique parce que je pense que la politique peut encore changer les choses, parce que je suis totalement contre tous les prophètes de malheur et de déclin qui expliquent que la vie, que le monde, que la France ont vocation à aller de moins en moins bien. Et qu'au contraire, on peut écrire les plus belles pages devant nous et qu'on a toutes les raisons d'être
plein
d'espoir pour l'avenir.
C
'est un profil très pro, ça. Qu'est-ce que vous avez envie de dire ?
Vous
avez,
je
ne
sais
pas, des frères et sœurs ? Quel sport vous aimez ou pas ? Est-ce que vous vous sentez bien ? Est-ce que vous faites de l'aérox ou du marathon
?
Alors
non,
ni l'aérox, ni marathon.
Ou
un
trek, un ultra trail, un truc un peu… J
'aime courir,
mais je n'ai
pas encore fait de marathon. Je n'ai même pas fait vraiment un semi, j'ai déjà couru quasiment un semi.
Mais
non, et qu'est-ce que j'aime ? D'abord, moi j'aime ma famille, je suis très famille. On est presque un clan avec ma mère, mes sœurs, mon frère. Et pour moi, c'est la cellule la plus importante
dans
ma vie, avec mon conjoint aussi, bien sûr. J'aime mes amis, j'ai
des
passions assez, on va dire, classiques. J'aime bien le cinéma, je suis un passionné de séries. Je regarde tous les soirs une série avant de
m'endormir. C'est quoi
la série que vous avez regardée hier soir
?
For All Mankind,
qui est
une série sur Apple, sur la conquête de l'espace. J'attends la nouvelle saison de Silo, qui est une autre série super. Je n
'ai
pas encore démarré la dernière d'Euphoria,
mais
j'ai adoré les précédentes. Non, je suis un vrai consommateur de séries. En fait, quand je rentre chez moi, quelle que soit l'heure, c'est impossible pour moi de passer de ma journée de
boulot
à tout de suite dormir. J'ai besoin d'un sas.
En
général, ce n
'est
pas trop la lecture, parce que j'ai lu beaucoup de trucs dans la journée, des notes, des mémos, etc. qu'on vous fait. Je trouve que la série, ce n
'est
pas mal, parce que c'est une durée en général, une quarantaine de minutes.
Ça
fait un bon sas. Et donc, tous les soirs, même si je rentre à une heure, deux heures du matin, parce que j'avais un dîner qui a duré super tard de boulot, etc. Je regarde toujours un épisode d'une série pour passer à autre chose.
Je pense qu'il
y a
pas mal de gens qui se reconnaissent dans ce que vous dites. On commence avec l'humeur du jour. Oui, on a un petit rituel qui est assez sympa. Question courte, réponse courte, vraiment du tac au tac. À quelle heure le réveil sonne le matin
? Ça
dépend,
mais
alors 7 heures. Ça
dépend, ça dépasse.
7 heures en
moyenne. Une
mauvaise habitude que vous avez, sincèrement
? La
cigarette électronique. Merci pour votre sincérité.
Je
vous ai fait la remarque avant
de
démarrer. Appel, SMS ou vocaux
?
Surtout pas vocaux.
J
'ai horreur
de
ça.
Vous savez qu'on peut les traduire sur WhatsApp ?
C'est trop
pratique, ça.
Je ne sais pas, quand quelqu'un m'envoie un vocal, je suis toujours un peu gêné. C'est-à-dire, je trouve qu'il y
a
toujours un truc un peu bizarre. Et en plus, on se force à répondre avec un vocal, mais quand ce n
'est
pas notre truc. Donc non, moi,
je
suis très SMS.
Et
vous dictez les SMS ? Ou vous les
occupez ? Non,
je les tape.
Ah ouais, donc
vraiment…
À l'ancienne.
À l'ancienne. Nous, on s'envoie mes 10 vocaux par jour. Ça marche
bien aussi. Quand on tombe dedans, ça marche bien.
Oui, mais je
ne sais
pas, je ne suis pas dedans encore.
C'est quoi les petits rituels avec Volta ? Promenade ? Qu'est
-ce
que vous aimez faire avec elle ? Votre chaîne
?
Moi, ce que j'aime, c'est pouvoir l'emmener dans un endroit où elle va pouvoir courir.
Chienne ou chien ? J'ai dit chienne.
Oui, bien sûr.
Moi, j'aime pouvoir l'emmener dans un endroit où elle va pouvoir se dépenser, courir. Donc plutôt un parc, une forêt. Parce que quand même, je trouve que les chiens,
on
ne
les
sent jamais plus heureux que quand ils peuvent gambader, courir. Et bon, c'est vrai que moi, je vis dans une ville, dans un appartement. Et donc, dès que je peux, dès que j'ai l'opportunité, l'occasion de l'emmener quelque part dans un jardin où elle peut courir, ça fait plaisir.
Pardon pour la familiarité, mais quand vous êtes partie de Matignon, elle vous a dit « Oh, t'abuses ? »
Je pense qu
'elle
a eu un petit coup de…
Parce que moi, il faut bien comprendre.
En fait, je suis nommé Premier ministre. Et là, ma mère, mes soeurs, mon frère me font une surprise. Et ma porte, Volta, à Matignon, me disant « T'as toujours rêvé d'un chien ?
»
Ce qui est vrai. Puis quand même, les présidents, les premiers ministres, souvent, ils ont un chien. Et j'étais trop content, mais je leur ai dit « Volta, elle va vivre pendant très longtemps. »
Mais
moi, je ne
vais
pas rester à Matignon pendant très longtemps. Là, il y
a
un très grand jardin à Matignon. Et je leur ai dit « Après,
ça
va être
plus
compliqué. » Et elles m
'ont
dit « Mais t'inquiète, quand tu ne seras plus Premier ministre, on t'aidera s'il y a des jours où tu ne peux pas la sortir, etc.
»
Mais c'est vrai qu'elle a grandi. Et elles le font. Comment ? Elles le font. Elles le
font, bien sûr.
Mais elle a grandi les huit premiers mois de sa vie. Elle était dans le plus grand jardin de Paris, à Matignon, en liberté totale toute la journée. Donc forcément, je pense que ça lui a fait un peu bizarre. Mais ce qu
'on
m'a expliqué,
c
'est que les chiens sont beaucoup plus attachés
au
maître qu'à l'environnement. Là où les chats sont plus attachés à l'environnement qu'au maître. Et qu'en fait, ce qu'on m'a dit, on m'a beaucoup rassuré en me disant «
Tu
sais, Volta, elle préférait vivre sous un pont avec toi que toute seule dans un grand jardin. »
Ou
à l'Élysée.
Ou
à l'Élysée, peut-être.
Peut-être, on
les
souhaite.
Je l'avais
par hasard
de
dingue.
Je ne l'avais pas
préparée. Là, ça m'est venu spontanément. Votre moment de la journée où vous êtes le plus productif, c
'est
quand
? Le
soir. Parce qu'en fait, dans les fonctions qui sont les miennes, moi je suis à la tête d'un groupe parlementaire de 90 députés, à la tête d'un parti. Toute la journée, vous avez des réunions, des rendez-vous, vous voyez des gens, vous travaillez et vous êtes dans l'interaction. Et en fait, le moment où vous pouvez
vous
poser, réfléchir, lire des notes, etc., c'est plutôt à la fin de la journée.
On
a trouvé un autre moment assez productif avec mon équipe,
c
'est que moi j'essaye tous les jours de faire un peu de sport, soit de courir, soit faire du rameur. Et en fait, maintenant, j'ai des collaborateurs qui font du sport avec moi en même temps.
Et vous bossez en
même temps. Et
comme ça,
on
fait la réunion en faisant le sport. C'est super. Ça
me fait penser à Brigitte Macron qui fait beaucoup de réunions en marchant
avec
son équipe aussi et qui aime aussi ces moments-là. Je sais que vous êtes proche d'elle, donc je ne
sais
pas si vous en avez déjà parlé.
Oui,
bien sûr, on est très proche, notamment sur le harcèlement. On a beaucoup agi ensemble.
C'est
productif, en fait,
de
se mouvoir en même temps que de réfléchir. Et ça,
c
'est la grande question de mise en route pour ce faire 5 qui est donnée à tous nos invités. Est-ce que vous pensez, Gabriel Attal, qu'on peut tout avoir ? Conjuguer famille, amis, travail, âme et santé
?
Je pense que tout est une question d'équilibre, en fait. On peut tout avoir, mais pas tout avoir avec la même intensité. C'est sûr qu
'on
ne
peut
pas avoir le travail avec une intensité totale, tout en ayant les autres sphères dans la même intensité. C'est une question d'équilibre. Et ça, je pense que c'est quelque chose de très personnel. Et par ailleurs, je pense que c'est un équilibre qui n'est pas figé pour toute une vie. Moi, je crois beaucoup qu'on a des phases et des moments dans la vie. Et qu'il
y a
des moments où on va considérer que le travail doit l'emporter sur tout.
Et
ce n
'est
pas grave, en fait. C'est totalement légitime. Et parce que ça correspond à un moment où on considère que c'est plus important que le reste. Et il
y a
d'autres moments dans la vie où on va se dire, j'ai d'autres priorités. Et la famille va l'emporter sur le reste parce que c'est de ça que j'ai besoin. Et que je pense que
c'est ce
qu'il faut faire à ce moment-là. Et toute la difficulté, c'est d'en avoir conscience aussi. Absolument.
On va revenir un petit peu sur votre enfance, votre parcours. Vous en parlez aussi dans votre livre, En Hommes libres. Vous êtes née à Clamart en 1989, dans une famille avec plusieurs origines. Donc, père d'origine juive, tunisienne, ashkénaze, mère d'origine russe et grecque. Ça a fait quoi, tout ça ?
Non, mais c'est vrai que ça a donné quoi ? Je pense, oui, une forme de curiosité, d'ouverture. Et puis, effectivement, la famille de mon père était juive. Et donc, il y avait aussi toute cette mémoire de la Shoah. Et la famille de ma mère était chrétienne, orthodoxe. Et j'ai aussi été élevé, baigné dans ça. J'ai été baptisé. J'étais beaucoup à l'église quand j'étais petit avec ma famille. Et donc, c
'est
un mélange de culture, je pense, qui ouvre aussi sur les autres et qui donne une curiosité des autres.
Vous allez toujours à l'église aujourd'hui ? Ou moins
?
Ça m'arrive. Oui, moins forcément. Mais notamment pour commémorer la disparition des membres de la famille pour Pâques.
Pour toutes les fêtes. Comment était le petit Gabriel ? Est-ce qu'il était plutôt obéissant, turbulent,
joyeux
? Non, mais j'ai eu plusieurs, je pense, comme beaucoup d'enfants et beaucoup de jeunes.
J
'ai eu plusieurs phases.
Crise d
'ado. Forcément, j'ai eu un moment de
crise
d'ado. J'ai eu un moment, je pense,
assez
turbulent, presque un peu hyperactif. Quand j'étais petit,
je
me souviens, ma mère m'avait emmené voir un psychiatre, un médecin. Il avait voulu me donner des médicaments pour hyperactif.
Et
ma mère avait dit, non, je ne le sens pas. Je pense qu'il n'en a pas besoin. Et le fait est que je n'en ai pas eu besoin. Intéressant. Finalement, c'est aussi important d'écouter le ressenti.
C'est peut-être aussi une période,
vous êtes née à la fin des années 80. Et je pense que du coup, c'est peut-être tombé à une période où on testait aussi un petit peu ce genre de protocole
sur les enfants.
C'est sûr qu'à l'époque,
on
parlait, en tout cas de mon souvenir ou de celui de ma mère, on ne parlait pas vraiment TDAH, HPI. Voilà, hyperactif un peu, mais je pense qu'il y a beaucoup aujourd'hui de
troubles. Oui, on disait que c'est un
enfant qui a un peu trop d'énergie et on va l'aider peut-être avec un petit médicament à s'apaiser un peu, parce que c'est aussi un petit peu dur parfois pour les parents.
Oui,
bien sûr.
Mais
donc, du coup, vous n'êtes pas passé par...
Mais j'ai eu des phases
différentes. Je pense que la jeunesse et l'enfance, c'est long et on passe forcément par des phases différentes.
Est-ce que vous étiez aujourd'hui, on va y revenir plus longuement après, mais vous faites clairement partie de ceux de la classe politique qui ont choisi aussi l'espace médiatique. Et d'ailleurs, vous en parlez dans votre livre, il y a ceux qui justement restent plutôt en retrait. Ils travaillent tout aussi bien et ceux qui sont bons
pour
parler en public. Vous avez d'ailleurs été porte-parole du gouvernement. Est-ce que déjà, plus jeune, vous étiez quelqu'un qui aimait bien prendre la parole en public ? Vous étiez à l'aise ? Est-ce que ça se manifestait déjà ?
Oui, moi j'ai fait du théâtre assez tôt et j'aimais ça. Et puis, indépendamment du fait de parler en public, c'était aussi l'envie de défendre des causes et de représenter les autres.
J
'étais
très
souvent déléguée de classe parce
que
j'aimais ça en fait, m'engager, aller écouter tout le monde, c'est quoi vos projets, c'est quoi vos priorités.
Moi aussi, j'étais déléguée
de classe, mais pas parce que j'aimais bien parler en public.
C
'était un peu mon côté bonne élève, tu vois
? Pas pour les mêmes
raisons.
Défendre
des causes, quoi.
J'ai été déléguée de
classe,
de
toute
la scolarité.
Et
pour
finir, sur l'enfance, vos parents ont divorcé, vous aviez 11 ans. Vous la racontez aussi dans le livre, elle a l'impression en vous lisant que ça vous a permis finalement de nouer des relations peut-être différentes avec eux. Souvent, ça marque un enfant qui a des parents divorcés, ça marque l'adulte qu'il est devenu, clairement. De quelle manière vous voyez aujourd'hui cette séparation de vos parents
? Moi,
j'ai eu, en fait, si je devais résumer, je dirais que j'ai eu une enfance heureuse avec des épreuves. J'ai eu la chance de naître d'abord dans un foyer aimant. J'ai jamais manqué d'amour de mes parents, jamais manqué d'attention de mes parents. Ensuite, il y a eu un certain nombre d'épreuves.
Il
y
a
eu évidemment le divorce de mes parents. Ça, c'est des choses que vivent énormément de familles, évidemment,
au
quotidien. Il y a eu des problèmes d'addiction de mon père aussi, des difficultés pour ma mère après, quand elle s'est retrouvée seule, parce qu
'elle
n'avait jamais travaillé. Je pense là aussi qu'être élevé par des parents divorcés, ça forge une forme de sentiment d'indépendance, parce que quelque part, on se retrouve entre deux foyers.
Et
donc, je pense qu'on développe quand même une forme d'autonomie avant l'heure. Moi, c'est arrivé très tôt en plus, parce qu'ils se sont séparés. J'avais 7-8 ans. Le divorce en tant que tel est arrivé plus tard, mais j'ai grandi dans deux foyers assez tôt. Très, très vite.
Il y
a
un sujet que j'aimerais bien qu'on aborde, qui est le sujet où vous faites vos études. Et derrière, c'est Sciences Po.
C
'est un parcours obligatoire quand on a envie d'être politique, parce qu'on a l'impression, et moi, je n
'ai
pas fait Sciences Po et je n'ai jamais eu envie de faire de politique, mais on a l'impression que quand on est en France, si on veut faire de la politique, il faut faire Sciences Po.
C
'est une obligation tacite ?
C
'est un parcours ? Il y a un truc où on vous fait signer un papier à l'entrée en disant « promets que tu feras de la politique plus tard ». C'est quoi le
sujet ? Je pense que ça a été très vrai pendant longtemps, et que ça allait beaucoup moins, voire plus aujourd'hui. Moi, dans mon groupe à l'Assemblée nationale, il
y a
90 députés, la très grande majorité n'a pas fait Sciences Po. Ils ont tous eu des parcours professionnels hyper
différents.
Il y
en a
un qui était sapeur-pompier professionnel, une qui était agricultrice, des chefs d'entreprise, des salariés, et qui pour beaucoup, pour la plupart d'entre eux, n'avaient pas fait Sciences Po. Maintenant, moi, si j'ai choisi Sciences Po au départ, ce n
'est
pas vraiment en me disant « je veux devenir un politique, je veux faire de la politique », c'est parce que je trouvais que c'était un bon moyen de me donner encore du temps pour réfléchir à ce que je voulais faire. C'est ça qui est super à Sciences Po,
c
'est que vous avez deux premières années qui sont assez généralistes, où vous touchez à tout. Ensuite, vous avez une année d'expérience à l'étranger. Et après, au bout de ces trois ans, vous vous spécialisez en choisissant un master vers quelque chose. Mais les deux premières années
où
vraiment vous touchez à plein de trucs, moi, j'avais envie d'avoir ce temps-là encore pour découvrir des choses et réfléchir à ce que j'avais envie de faire.
Donc, quand vous rentrez à Sciences Po, vous ne
vous
dites pas que vous voulez faire de la politique ?
Non,
en
fait,
je suis déjà engagé. Vous dites un peu
en mode « je ne
sais
pas, peut-être quand même ».
Quand
je rentre à Sciences Po,
je
suis déjà engagé. J'ai adhéré à un parti qui était le parti socialiste à l'époque, mais en tant que militant. Mais si on m'avait dit quand je suis rentré à Sciences Po que dix ans plus tard, je me retrouverai élu député à l'Assemblée nationale et quinze ans plus tard, je me retrouverai Premier ministre, je n'aurais pas cru une seule seconde. Alors, je n
'ai
certainement pas fait Sciences Po avec ce plan-là en tête.
C
'est des rencontres, c'est des concours de circonstances, des événements, du travail qui ensuite m'ont permis d'avoir ce parcours.
Ok.
Et
donc, le déclic finalement de la carrière politique, il se fait comment
? Ça
s'est fait progressivement. Moi, j'ai commencé en fait dans des associations. Je me suis engagé dans une association qui défend la libération des otages dans le monde et notamment Ingrid Bettencourt qui était une otage franco-colombienne qui était détenue. Et puis, je me suis engagé dans un parti, au Parti Socialiste, et je me suis rendu compte que,
en
fait, un des moyens de changer les choses, c'était de soi-même s'engager et de devenir élu. J'ai d'abord été élu conseiller municipal dans ma commune, à Venve, très jeune, à 23 ans. Et puis, j'ai travaillé dans la politique aussi, puisque j'ai été conseiller d'une ministre, j'écrivais ses discours.
Et
en fait, le déclic, je pense que c
'est
à peu près à ce moment-là quand j'ai été élu conseiller municipal
et
que je me suis dit, en fait, j'aimerais bien un jour être député parce que c'est là qu'on fait la loi,
c
'est là qu'on peut vraiment peser sur les grands équilibres et résoudre les grands défis de la France. C'est comme ça que je me suis engagé.
Votre ascension, elle est fulgurante. Ça représente quoi ? C'est tellement à la fois inattendu et massif. À ce moment-là, dans votre tête, vraiment concrètement, aidez-nous à comprendre ce qui se passe.
Quand
je deviens Premier ministre,
il
y a forcément un moment,
je
ne dirais pas de vertige, parce que si j'ai accepté la proposition du président, c'est que je me sentais prêt.
Mais
il y a un moment, c'est un moment assez grave en fait. Ce que vous vous dites, maintenant, je suis chef du gouvernement, mon rôle, c'est de gouverner la France avec mes ministres. Et en fait, vous n'avez pas trop le temps de poser la question et d'y réfléchir. Parce que tout de suite, c'est une forme de lessiveuse. En fait, quand vous êtes Premier ministre, je pense que les gens ne le voient pas forcément. Vous avez 50 décisions à prendre par jour. Vous avez pour 90% d'entre elles des décisions qui ne sont pas communiquées parce que c'est sur des éléments parfois très techniques ou des éléments qui n'ont pas vocation à être rendus publics.
Mais toute
la journée, on vient vous voir en vous demandant de prendre des décisions sur auprès de tous les sujets. Et en fait, à partir du moment où vous rentrez là-dedans, vous n'avez pas le temps de vous poser des questions existentielles. Et moi, les huit mois que j'ai passés en tant que Premier ministre, j
'ai
le sentiment qu'ils sont passés presque d'une traite.
On
a le droit, on passe tous un peu par là, je pense, dans nos boulots respectifs. Mais est-ce que quand on est politique, et notamment Premier ministre, on a le droit d'avoir le syndrome de l'imposteur ou pas
?
Bien sûr, en tout cas,
on
a le droit de douter de soi-même et de se demander si on est à la bonne place, la bonne personne à la bonne place. D
'ailleurs,
je le raconte dans mon livre,
quand le
bras droit du président de la République m'a appelé pour me dire qu'il pensait à moi pour devenir Premier ministre. La première question que je lui ai posée, c'est « Mais est
-ce
que tu penses que j'en suis capable ? »
« Est
-ce que tu penses que je suis la bonne personne ? » « Est-ce que je pense que je suis la bonne personne ? » D'ailleurs, sa réaction, c'était de dire « Déjà, si tu te poses cette question, c'est plutôt bon signe. » Mais sincèrement, je me la suis posée et je lui ai posée, parce que vous ne
pouvez
pas être totalement sûr. Et évidemment qu'il
y a
des moments où vous vous remettez en question. Parce que vous vous dites « Est-ce que je ne
fais
pas fausse route ? » Je raconte aussi qu'au moment de la dissolution, j'ai un vrai doute en me demandant « Est-ce que j'étais encore légitime à rester engagé en politique et à rester Premier ministre ? »
On y reviendra sur ça. Vous êtes surpris le jour où vous recevez le coup de téléphone ? Vous vous y attendez ? Vous vous espériez ? Ou juste vous tombez de votre chaise ? Je
suis
tombé de l'armoire, je le raconte là aussi. Tomber de l
'armoire, je ne
crois
pas, oui.
J'avais pris quelques vacances en famille pour Noël. Et en fait, il m'appelle Alexis Colère, qui
est
le bras droit du président. Et moi,
en
fait, je ne comprends même pas. Il m'appelle et
on
commence à parler un peu de tout, de rien. Je lui raconte mes vacances. Et puis, je comprends qu
'il ne
m'appelle pas pour que je lui raconte mes vacances. Il m'appelle pour me dire quelque chose.
Et
là, il me dit « Le président envisage de te nommer Premier ministre. » Et là, vraiment, j'étais…
Parce
que ça ne
faisait
que six mois que j'étais ministre de l'Éducation nationale. Et globalement, ça se passait bien. J'avais trouvé mon rythme,
j
'avais identifié mes priorités, je les délivrais. Ensuite, parce que j'étais jeune et je me suis dit « C'est quand même pas banal d'être Premier ministre à cet âge-là.
»
Et enfin, parce que je me suis dit tout de suite «
Je
ne correspond pas forcément au portrait robot des premiers ministres qui plaisent au président.
» Parce
que le président de la République, il a toujours préféré des premiers ministres qui étaient plus en retrait, qui étaient moins médiatiques. Et moi, évidemment, on l'a vu quand j'étais dans mes différents ministères. Non seulement j'ai fait, mais je voulais faire savoir ce que je faisais. Et donc, tout de suite, je me suis dit «
Est
-ce que ça ne
va
pas poser problème ? »
Enfin là, sans jugement aucun, il a tout essayé.
Oui, mais c'est vrai que
le
sentiment qui était donné les années précédentes, c'est quand même qu'il préférait des premiers ministres qui étaient plus en retrait.
Pour quelqu'un qui, aujourd'hui, Sébastien Lecornu, on pense tous, après on ne sait jamais ce qui peut se passer, en tout cas on l'a vécu pendant les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, on pense tous qu'il finira. En tout cas, vous espérez ?
Bien sûr,
j'espère,
parce qu'on
termine avec un
profil plus, en effet, comme vous décrivez, un poil en retrait.
Oui,
mais ça
correspond aussi là à un moment où il n
'y a
plus
de
majorité à l'Assemblée nationale. Le
gouvernement ne
peut pas tenir s'il
n
'y
a
pas des oppositions qui acceptent de le laisser gouverner. Donc, c'est aussi une configuration politique qui a complètement changé.
Votre relation avec le président Macron, c'est quoi ? Parce que ça fait quand même longtemps que vous travaillez ensemble ou côte à côte ou dans le même espace. C'est une inspiration ? C'est un mentor ? Ça l'était ? Ça l'est plus ? Ça l'est toujours ? On sait qu'aujourd'hui, évidemment, les relations sont beaucoup plus compliquées, notamment depuis la dissolution. C'est factuel et puis vous le dites très ouvertement. Mais à ce moment-là, et puis surtout au début 2016, toute la vague en marche, ce moment a quand même été incroyable. Politiquement, pour la France, c'est quand même fou ce qui s'est passé. Personne ne s'attendait à vivre 2017, de la manière dont on l
'a
vécu. C'est quoi les relations à ce moment-là avec Emmanuel Macron ?
Moi d'abord, je me suis engagé corps et âme en 2017 derrière la candidature du président, parce que j'y croyais profondément, sur le fond. Moi, la valeur qui a toujours été la plus importante pour moi, c'est la liberté. Et en fait, quand j'ai commencé à m'engager en politique, je me suis dit,
la
droite représente bien la liberté économique, la liberté d'entreprendre, mais mal, la liberté sociétale, l'égalité entre les femmes et les hommes, les droits LGBT, etc. C'est
ce
que vous dites dans votre livre, c'est bien la liberté économique, mais aujourd'hui, vous réalisez, vous avez compris que ça ne suffit pas.
Exactement.
Et c'est un de vos messages.
C
'est ça. Et de l'autre côté, la gauche, pour moi, représentait bien les droits sociétaux, mais mal la liberté économique. Et quand Emmanuel Macron s'est lancé, je me suis dit,
il
fait le lien entre la liberté économique et les libertés sociétales. Et donc, j'y suis allé à fond, et objectivement, il y
a
eu un enthousiasme extraordinaire dans cette campagne. Mais je l'ai fait en tant que simple militant.
Moi,
la première fois que j'ai rencontré, la première fois que j'ai eu un échange en tête à tête dans son bureau avec le président de la République, c'est six mois avant d'être Premier ministre. Ça faisait quasiment six ou sept ans que j'étais député ministre,
parce
que je n
'ai
jamais été son collaborateur. Vous avez beaucoup de ministres qui, auparavant, avaient été ses collaborateurs quand il était lui-même ministre.
Et
parce que je n'avais pas de... Voilà, on ne se connaissait pas personnellement avant. Et donc, la première fois qu'on a eu un vrai échange en tête à tête,
c
'est en fait arrivé assez tard.
Je
pense que
c
'est intéressant parce que dans l'imaginaire collectif de plein de gens, comme on vous voit souvent ensemble ou on vous imagine souvent ensemble, voyagant ensemble, faisant des choses ensemble, je pense qu'on imagine que ça ressemble un petit peu à ce qu'on peut vivre en entreprise. Par exemple, vous avez des collègues. Alors, sans dire que le soir, vous allez au pub faire un after work, mais il y a forcément un moment... Et je ne
sais
pas, peut-être à la machine des cafés,
vous
dites « Ah, tu as une petite mine, Gabriel, comment ça ? Tu ne dors pas bien en ce moment ? » Est-ce que la politique, ça ne se passe pas comme ça ?
Ça se passe comme ça à l'Assemblée nationale. Moi, ce que j'aime, c'est pour ça que j'aime être député, c'est
que
vous avez cet esprit collectif. Alors, dans votre groupe, il y a toujours des gens avec qui vous ne
vous
entendez pas, des gens avec qui vous êtes en concurrence,
en
compétition. Mais c'est normal, vous êtes dans un rapport collectif. Et vous nouez des vraies amitiés, et vous avez le sentiment d'avancer ensemble. Moi, ce qui m'a frappé quand je suis rentré au gouvernement en 2018, je suis devenu secrétaire d'État à la Genèse, j'avais été député pendant un an et demi avec ce sentiment de collectif.
La
première chose qui m'a frappé quand je suis rentré au gouvernement, c'est le sentiment de solitude. Je me suis senti super seul. Parce que, et on dit beaucoup d'ailleurs dans les médias, on entend souvent chez les journalistes le collectif gouvernemental.
Mais
en fait, il n
'y a
pas vraiment un sentiment de collectif. Parce que chacun a son agenda, d'abord au sens de son agenda de la semaine, en déplacement
un
peu partout. Il
y
a assez peu de moments où on se croise, si ce n'est le Conseil des ministres. Ensuite, parce que chacun a son agenda au sens de ses ambitions, etc. Et en fait, je me suis senti tout de suite très seul. J'avais mes collaborateurs, mais ce n
'est
pas la même chose, le rapport que vous avez avec des collaborateurs, que le rapport que vous avez avec
vos
pères, PIRS, c'est-à-dire
vos
homologues. Et depuis que j'ai quitté le gouvernement après la dissolution, j'ai retrouvé le Parlement et j'ai renoué avec ce sentiment de collectif et d'équipe. Et pour moi, c'est hyper important parce que c'est aussi un moteur pour avancer.
Et question maître,
mais
est-ce que vous pensez que s'il y avait plus de collectif, de cohésion, enfin, je m'excuse, mais les team building en entreprise, on en fait des mêmes sur Instagram et sur les réseaux, et tout le monde trouve ça un peu ridicule, mais en même temps, ça permet aussi de fédérer les équipes. Est-ce que vous pensez que si le collectif ministériel était plus uni et peut-être
plus
dans travaillons ensemble, alors ça fait un peu galoisir, travaillons ensemble, mais
on
gouvernerait mieux, ou au final, de toute façon, l'agenda politique de chacun, la taille des ministères, la taille des équipes
?
C
'est impossible,
quoi.
Non, mais moi, par exemple, quand je suis devenu Premier
ministre, j'avais décidé qu'il y aurait au moins une fois par mois, et parfois plusieurs fois par mois,
une
réunion avec tous les ministres à Matignon,
pendant
plusieurs heures, pour brainstormer, travailler sur un sujet en particulier.
Parce
que c'est quelque chose qui m'avait manqué souvent quand j'étais ministre auparavant. Vous
avez vraiment réussi à le faire ? Oui, j'ai réussi à le faire.
Les huit mois où j'étais là, j'ai réussi à le faire, quasiment tous les mois. Et ça,
je
pense que oui, ça aide à forger un esprit de corps,
d
'esprit collectif. Donc,
c
'est possible ? Oui, je pense que c'est possible.
C'est un
truc de décision. Non, parce qu'en plus, en entreprise, c'est un truc qu'on voit bien. Dans un comité de direction, vous avez des gens qui sont chacun dans des équipes différentes, et qui se réunissent ensemble pour prendre les décisions importantes, même si ce n'est pas les décisions dans leur propre département. Mais parce qu'en fait, la force d'un collectif intelligent, on peut avoir un avis, surtout quand on est concerné, et quand au final, c'est un collectif de gens hyper intelligents, bardés de diplômes, qui sont à même d'avoir une opinion sur un sujet. Bien sûr. Mais
je
suis d'accord, après la difficulté, c'est qu'en général, entre les ministères, il y
a
des intérêts différents. Oui.
À
un moment, le rôle d'un Premier ministre, c'est de trancher entre des intérêts et des avis qui sont différents. Vous allez avoir le ministre de l'Agriculture et le ministre de l'Écologie,
qui
vont avoir une position radicalement différente sur un sujet, et là, vous devez prendre une décision. Je peux multiplier avec le ministère de
l
'Intérieur, le ministère de la Justice, etc. Donc c'est là où c'est peut-être plus compliqué que... Alors à la fin, comme dans une entreprise, on a tous le même objectif et la même raison d'être, c'est la France et
l'intérêt du
pays. Et moi, une des plus grandes difficultés que j'ai eues, que ce
soit
en tant que Premier ministre ou en tant que ministre du budget, puisque je l'ai été, c'est ça, c'est-à-dire devoir décider où est-ce qu'on fait les économies, et à qui est-ce qu'on donne davantage de budget ? Globalement, moi en plus, j'ai fait à
peu
près que des économies, parce que je suis arrivé à un moment où le sujet, c'était de dépenser moins, et ça a été très dur. J'ai assumé de dire, juste après être arrivé, que j'allais couper 10 milliards d'euros en cours d'année aux différents ministères. C'était jamais arrivé qu'un Premier ministre, avec un décret, coupe 10 milliards d'euros. Il y
a
des ministres qui m'en ont voulu. C'est l'époque, je ne sais pas si vous vous souvenez, c'était sous la forme de la blague, mais c
'est
l'époque où Rachid Haddati avait menacé de
transformer
mon chien en kebab.
Sérieusement
? Victor est parti d'ailleurs, parce que
je sentais que ça arrivait.
C'était sur le ton de la blague, mais
vous
aviez un budget qui était prévu pour l'année. En fait, moi je vous demande de couper plusieurs centaines de millions d'euros.
Après, on dit souvent qu'en France, l'un des principaux problèmes,
c
'est qu'on existe dans les ministères parce qu'on dépense. Et finalement, on s'aperçoit bien que ça a sa limite, et aujourd'hui on en paie un peu le prix. Par extension, on est dans sphère 5, et une des sphères qui compte aussi beaucoup pour nous, c'est l'amitié. L'amitié en politique, vous l'abordez justement dans votre livre. On vous cite, « L'amitié est précieuse car elle est rare, et l'appétit pour les arrières-pensées nourrit bien souvent la soif des ragots. » C'est quelque chose dont vous avez souffert,
ou
à l'éducation nationale, ou à Matignon. Et vous avez aujourd'hui quand même des amis en
politique. Oui, heureusement d'ailleurs. Ah,
heureusement.
Oui, heureusement.
Parce
qu'il faut qu'il y
ait
de l'humain et de l'humanité dans ce qu'on fait.
Et
encore une fois, vous pouvez être en concurrence, en compétition, en rivalité avec certains, mais c'est très important d'être capable de nouer des vraies amitiés avec d'autres.
En
général, on dit souvent en politique, les plus violents avec vous, c'est ceux qui sont dans votre parti. Je ne
sais
pas si c'est vrai. En tout cas, moi, ce n
'est
pas ce que je ressens aujourd'hui. Mais j'ai noué de vraies amitiés en politique, bien sûr. Je
ne
suis
pas sûre que j'aurais envie de le vivre comme ça, en tout cas, moi, l'amitié.
Oui.
En
tout cas, l'amitié sincère en politique est possible. Et moi, il
y
a des personnes que je ne connaissais pas, que j'ai rencontrées par la politique, et que je considère aujourd'hui comme de vraies amies et dont je sais que notre amitié survivra, quelles que soient les circonstances et éventuellement les épreuves qu
'on
traversera.
C
'est paradoxal parce que si je fais un pari avec le sport professionnel, par exemple, vous allez avoir des gens, là, il
y a
Roland-Garros qui commence bientôt, des types qui vont s'affronter, qui peuvent faire des matchs longs et durs, et pour autant qui, dans la vie, sont copains, parfois même s'entraînent ensemble. Et j'ai l'impression que dans le sport, on a plus ce sentiment de « je me bats contre moi-même » plutôt que « je me bats contre l'autre » et « le ministère de l'autre » et « l'ambition de l'autre » et « l'argent dont l'autre a besoin pour son ministère ».
Oui, c'est possible. C'est possible. Il
y a
cette idée du dépassement de soi avant toute chose
plutôt
que de chercher à dépasser les autres, même si je pense quand même que la dimension de compétition est très forte.
Oui,
c'est sûr. Mais je pense qu'elle ne
l
'emporte pas sur l'humain et sur les rapports
humains.
Mais c'est aussi le cas avec certains en politique. Je ne peux
pas...
Enfin, moi, il y
a
des personnalités ou des personnes qui sont d'autres parties qui que le mien avec qui j'ai de bons rapports, y
compris
des rapports qui peuvent être amicaux.
Et
si ça se trouve, vous pourriez avoir ce genre de super rapport avec le « vous » mais en Allemagne ou en Grèce ou en Angleterre parce que finalement, vous faites le même métier. Typiquement, le premier ministre d'un autre pays peut comprendre la douleur, la solitude, la complexité des questions que vous allez vous poser. Mais il n'aura pas cette volonté, entre guillemets, de dire « je ne
vais
pas lui dire ça parce que si je lui dis ça, ça va l'aider pour faire un truc et moi, j'aurai besoin plus tard de pouvoir le dire à sa place. Peut-être que c
'est
ça la clé, en fait. Peut-être qu'il faut être super pote avec le premier ministre, mais dans un autre pays.
Non, mais c'est un très bon point. Quand j'étais premier ministre, je m'entendais beaucoup et je parlais souvent avec Justin Trudeau qui était le premier ministre canadien. D'ailleurs, quand il a quitté ses fonctions de premier ministre, moi, je n'étais plus premier ministre déjà depuis un certain temps, il m'a appelé à son dernier jour. Ah
oui, c'est sympa
! Depuis son bureau et qu
'il
s'apprêtait à quitter. Et depuis, je suis aussi devenu ami avec Rob Yéton qui est devenu premier ministre des Pays-Bas il y
a
quelques mois, il y a 38 ans.
Il
vient d'un parti qui est proche des idées du mien. Et oui,
oui,
donc...
Donc vous arrivez à entretenir cette amitié finalement à distance qui est plutôt classique du monde
aujourd'hui.
Bien
sûr,
et je suis passé le voir d'ailleurs aux Pays-Bas récemment. Et par ailleurs, ça permet aussi d'avoir des conseils. Et ça
vous
nourrit donc. Oui, ça nourrit parce que c
'est des expériences... C'est une amitié
en politique. Je n'avais pas imaginé ça. Moi, j'imagine le petit groupe WhatsApp alumni, premier ministre avec les premiers ministres,
les anciens,
les nouveaux...
Non, ça, on ne l'a pas encore, mais... Un peu sympa, voilà. Note
to self. N'hésitez pas à lancer ce petit groupe WhatsApp. Deux questions majeures sur votre passage à Matignon. On sait tous que c'était court. À quel point c'est frustrant pour vous aujourd'hui du fait que ça
a été court
?
En fait, quand je suis arrivé à Matignon, j'ai donné un cap.
J
'ai dit que j'avais un certain nombre de priorités.
que
je voulais désmicardiser la France,
c
'est-à-dire faire en sorte que ceux qui ont un salaire et qui sont bloqués pendant très longtemps à peu près au niveau du SMIC puissent voir leur salaire augmenter et donc revoir les charges pour que les patrons puissent augmenter davantage leurs salariés. J'ai annoncé que je voulais faire une loi pour lutter contre la délinquance des mineurs,
pour
être plus ferme avec la délinquance des mineurs parce qu'il
y a
de la violence qui s'est rajeunie, qui s'est banalisée très jeune. Et un certain nombre d'autres projets comme ceux-là. J'ai lancé des travaux avec mon gouvernement et tous ces projets devaient aboutir avec des lois qui devaient être votées en fait en septembre 2024.
Et
la dissolution, elle est venue totalement couper ça. Donc forcément...
Un
été trop tard.
Exactement. Et
donc,
j'ai fait des choses quand même sur la crise agricole.
J
'ai pris des décisions qui se sont appliquées pour les agriculteurs, sur les questions de santé. J'ai pris des mesures. L'image de vous à côté de la botte de foin, on l'a tous. Oui,
oui. Vous savez qu'en tous,
et je raconte aussi dans le livre, ce n'était pas du tout calculé, contrairement à ce que des gens pensaient.
C
'est qu
'en fait...
C
'est
pour ça que je vous taquine là
-dessus. Ce déplacement, il s'est
organisé un peu au dernier
moment et
il n
'y
avait pas de pupitres. Et ils ont pris une botte de foin parce qu'on était dans une ferme. Et par ailleurs, les bancs sur lesquels on était assis, il n'y avait pas de chaise. Et donc, c'est les bancs de l'église du village qu'ils ont sorti pour qu
'on
puisse...
Mais c'est une
image qui est vachement remarquée.
Oui,
c
'est une image
qui
a...
Mais qui n'était pas, comme beaucoup l'ont dit,
qui
n'était pas prévue. Qui
n'était
pas calculée. Qui n'était pas calculée.
Combien
de temps il faut à un gouvernement pour changer fondamentalement quelque chose ? Je
pense que vous mettez le point sur le sujet principal aujourd'hui, c'est comment est-ce qu'on retrouve de la puissance publique. En fait, les Français, moi je les rencontre tous les jours, je me déplace partout en France. Ils disent en gros,
les
gouvernements, les élus, le président, vous avez vos objectifs. Vous dites,
on
va faire ça,
on
va faire
ça, on va
améliorer la vie des Français là-dessus. Mais en fait, ça ne change jamais. Parce que ce n
'est
plus vous vraiment qui avez la main. Et en fait, vous n'êtes même plus capable d'appliquer les décisions que vous voulez appliquer. Donc, je pense qu'il
y a
un attrait, effectivement, aujourd'hui, pour des offres politiques ou quasiment autoritaires parfois.
On dit, en
fait, moi je vais m'asseoir sur à peu près toutes les règles, toutes les concertations, et je vais appliquer un programme de manière hyper autoritaire, hyper brutale. Moi, je pense qu'on peut retrouver de l'efficacité publique sans basculer dans un régime autoritaire. Et pour ça, moi, je pense que la clé, c'est comment est-ce qu'on partage mieux le pouvoir avec d'autres. Et en fait,
c'est un message important à faire passer.
Il faut assumer
que...
C
'est justement le risque de tomber aussi dans les extrêmes. Je trouve que c'est important de dire, voilà, retrouver de la puissance publique, ça ne
veut
pas être dire forcément de tomber dans les extrêmes. Mais c'est important de le dire, je pense.
Le
gouvernement, l'État, l'Assemblée nationale gèrent
trop
de choses. Il y
a
des choses qui devraient être gérées par les partenaires sociaux, c'est-à-dire les syndicats et le patronat, par les collectivités locales. Il y a plein de trucs qu'on passe notre temps à discuter aujourd'hui à l'Assemblée ou au gouvernement.
Ça
devrait être les départements ou les régions qui prennent ces décisions-là. Parce qu'il faut être plus proche de la réalité du terrain. Et je pense que c'est comme ça qu'on sera plus efficace aussi.
Donc
pour moi, la clé de l'efficacité, ce n
'est
pas de basculer dans un régime autoritaire, c'est peut-être au contraire d'assumer, de partager le pouvoir et les responsabilités avec d'autres.
Je voulais partager le
pouvoir.
Autre phrase forte de votre livre, évidemment. La dissolution est une décision qui m'a été cachée. Je vais être totalement franche avec vous. Je trouve ça complètement dingue.
Je
ne comprends pas comment on n'a pas pu vous mettre plus tôt que ce que vous expliquez.
Parce
que je ne
vais
pas expliquer le livre dans le détail, mais vous expliquez assez bien et dans le détail très clairement les jours, les heures qui ont précédé. Le moment où vous avez fini par apprendre, par alexicolaire encore une fois, la dissolution. D'autres personnes étaient au courant avant vous, même y compris certains journalistes. Moi, je suis désolée, je trouve ça fou en fait. Je ne comprends pas. Et comment vous, vous le prenez, comment vous l'expliquez ? Vraiment, je le dis dans mes mots et de manière très
sincère,
un petit peu comme si on était là autour d'un verre. Mais je trouve ça dingue.
Mais c'est ce que me disent beaucoup de Français en fait qui viennent me voir dans les séances
de médicat ce que je fais. Une française parmi les autres et tant
mieux.
Moi, j'ai voulu raconter, parce que depuis qu'il y
a
eu la dissolution et que j'ai quitté Matignon, il y
a
énormément de gens que je croise qui me disent qu'on ne comprend pas comment cette décision de dissolution a pu être prise. Expliquez-nous, etc. Donc dans ce livre, il
y
a une partie où je raconte
de
manière très factuelle en fait ce qui s'est passé dans les jours et les semaines qui ont précédé.
Et
effectivement, ce qu'on voit,
c
'est que ça m'a été totalement... Ce n
'est
pas simplement qu
'on
ne
m'a
pas prévenu. Non, ça
a été
caché.
C'est qu'on a tout
fait pour que je ne sois pas au courant. Et pour me mettre devant le fait accompli.
Et
c'est vrai que ça a été très violent. Parce que première chose que vous vous dites, et c
'est
ce que je me suis dit ce soir-là, c
'est
peut-être moi aussi qui n
'ai
pas réussi à créer la confiance pour que le président se dise
je
peux lui faire confiance et lui dire. Donc
quel message il vous fait passer là, Emmanuel Macron
? C
'est le moment où il vous dit ça y est, c
'est
la rupture entre toi et moi ? C'est le moment où il vous dit... Non ! Comment vous le prenez en fait ? Enfin,
j
'aurais été personnellement très attaqué en
fait dans
cette
position. D'abord, personnellement, vous le prenez mal, encore une fois, parce qu
'il
y avait une incompréhension. Je me
suis
dit,
mais
j
'ai
montré que j'étais loyal. Voilà, j'ai toujours... Vous sollicitez des rendez-vous, il ne
vous
répond pas. Oui,
à la
rigueur, vous n'êtes pas d'accord, vous dites que vous n'êtes pas d'accord.
Mais
ça
s'arrête là. Mais donc, il y a eu d'abord ce choc personnel, mais très vite. Vraiment, ce que je me suis dit,
c
'est
indépendamment
de moi et de ce qui m'est fait à moi, c'est pour le pays que ça va être terrible. Parce que tout de suite, ma première réaction, ça va
être...
Sincèrement, vraiment tout de
suite, vous
pensez ça. Ça va être la merde et...
Ma première réaction,
ça a été de lui dire, le plus probable, c'est qu
'on
se retrouve avec une assemblée totalement ingouvernable où il n
'y
aura pas de majorité. Lui était persuadé du contraire. Bon, s'il m'avait prévenu avant et qu'on avait eu cette discussion plus longuement, peut-être que j'aurais pu le convaincre que c'était une erreur. Mais la première chose que je me suis dit, c'est ça.
On
ne peut pas imaginer
que
trois semaines après une première élection où les Français ont voté dans un sens, ils votent dans un sens radicalement différent. Même si ce n
'est
pas le même sujet que d'un côté, c
'est
l'Europe, et de l'autre, c'est l'Assemblée.
C
'était écrit que ça allait se passer comme ça. Et moi, c
'est
la première chose que je me suis dit. Je me suis dit, mais comment à faire dans un pays où il y
a
une assemblée sans majorité, où qu'un gouvernement pourra tenir pendant plusieurs années, à un moment en plus, où toutes les grandes puissances dans le monde, elles investissent, elles réforment, elles accélèrent pour gagner la course technologique, pour gagner des parts de marché dans l'économie mondiale.
Voilà.
Après, c'est vrai qu'à titre personnel, ça a été un choc.
Vous avez fait la une du point au mois d'avril. Avec ce titre, je pense savoir comment il faut présider la France.
«
Vous pensez ou vous savez ? »
C'est une question qui m'a été posée. Ils m
'ont
demandé « Est-ce que vous êtes prêt ?
»
Et la réponse complète, parce qu
'ils
ont gardé une partie dans le titre, la réponse complète, c'est de dire, « Vous savez, ce n
'est
pas une décision que vous prenez comme ça, et ce n
'est
pas quelque chose que vous vous dites un matin. C'est quelque chose que vous devez mûrir. »
Je
l'aurais dit d'ailleurs de manière très transparente.
Il
y a 18 mois, je ne
suis
pas sûr que j'aurais été capable de répondre à cette question. Et aujourd'hui, ce que je peux dire, après avoir mûri, réfléchi aussi, appris des choses, m'être posé, c'est que j'ai eu l'expérience de gouverner la France en tant que Premier ministre. Je pense aujourd'hui savoir comment il faut la présider. Je vous pose cette question, parce que moi, si j'ai quelqu
'un qui me dit « J'ai ma voiture qui est cassée, ou j
'ai
un problème de pneus » et qui me dit « Je pense savoir changer ton pneu », je n'ai pas confiance en fait. J
'ai besoin que la personne
me dise « Je sais réparer ton pneu ». Non,
mais il
y
a
une forme d'humilité.
Vous
êtes OK avec ce titre ?
Oui, bien sûr, mais il y a une forme d'humilité. Et par ailleurs, je vais vous dire, il y a des personnes qui se présenteront peut-être à l'élection présidentielle
qui
ont une autre vision que la mienne sur la manière de présider la France. Donc c'est
dans
ce sens-là ?
Bien sûr. Vous
pensez, vous
savez, mais vous savez.
Je ne pense pas qu'il
y ait
de vérité absolue. Je pense que c'est aussi les expériences qui vous ont forgées qui vous permettent ensuite de vous projeter. Il n
'y
a qu'une seule manière de réparer la voiture, mais il y a probablement plusieurs manières de réparer la France. Et je ne
suis
pas d'accord avec les manières que d'autres personnes vont proposer, mais en tout cas, moi, j'ai ma vision et je suis très au clair sur la manière dont je ferai les choses.
C'est un moment très touchant aussi dans votre livre, les quelques heures qui ont suivi l'annonce de la dissolution, où vous expliquez que
vous
êtes isolé, sans prévenir personne d'ailleurs.
Le
passage est intéressant à lire dans la longueur, et puis surtout,
il
est assez émotionnel. Je n
'ai
pas envie de le relater, je préfère laisser les choses dans vos mots, mais moi, ce que j'ai envie de vous dire, c'est que vous êtes trop jeune pour avoir envie d'arrêter. On pense tout plaquer à 60 ans, pas à 30, Gabriel Attal.
Oui, mais en fait, je ne ferai pas de politique toute ma vie.
Je
fais aussi partie d'une génération.
Alors là, attendez, on apprend un truc. On apprend un truc,
vous feriez quoi après ?
Non, mais
d'abord, il n
'y
a aucun jeune aujourd'hui qui se dit, il y
en
a très peu qui se disent, je ferai le même métier toute ma vie. Il y en a encore.
Non, mais à l'intérieur de la politique, ça sert de ça la politique. Oui, mais ce que je veux dire, c'est qu
'on est aussi maintenant des générations, on sait que le monde change, le monde bouge, on aura différentes expériences, et tant mieux. Et c'est vrai que les générations de nos parents, de nos grands-parents, en général, ils rentraient dans une entreprise, ou ils rentraient dans un métier, ils savaient qu'a priori,
ils
feraient,
pour
la plupart d'entre eux, la même chose.
La même chose, on est d'accord. C'est tout le cas
aujourd'hui, et notamment parce que l'intelligence artificielle, tout ça va tout révolutionner. Donc moi, j'ai aussi cette conscience générationnelle. Ensuite,
je
me suis engagé super jeune en politique, et je pense qu'au bout d'un moment, je me dirais, j'ai envie de faire autre chose. Et là, quand il y a eu la dissolution,
c
'est vrai que j'ai eu cette question un peu, une vraie introspection. Je me suis isolé pendant
une
nuit à la campagne, dans une résidence qui est la résidence du Premier ministre pour le week-end, et en fait, je me suis dit,
est
-ce que tout ça, ce n
'est
pas aussi mon échec
? Je
me suis dit, si le président décide de dissoudre, c'est parce qu'on a eu un mauvais score aux européennes.
C
'était moi le chef de la majorité, le Premier ministre, donc quelque part, je suis aussi responsable du fait qu'on a eu un mauvais score aux européennes. Donc je suis peut-être indirectement lié à ce choix-là. Ensuite, je me suis dit, je n
'ai
pas
su
créer une relation de confiance suffisante avec lui pour qu'il me parle de ce projet
en
amont, et qu'au contraire, il me l'a caché.
Et
enfin, je me suis dit,
quand
il m'a annoncé sa décision, j'ai tout fait et j'ai argumenté pour essayer de le convaincre de ne
pas
faire ce choix-là, parce qu
'il
serait terrible pour le pays. Je n
'ai
pas réussi à le convaincre. Donc quelque part, triple échec.
Et
donc je me suis dit, c'est quoi ta légitimité à rester Premier ministre, à continuer à t'engager, à porter la campagne des législatives, alors même qu'il y a ces trois échecs
? Et
en fait, ce qui m'a fait changer d'avis, en tout cas, ce qui m'a convaincu d'y aller, c'est de me dire, en fait, si je n'y vais pas moi, et si là, je rends les armes, les députés, les candidats qui vont se présenter, ou nos députés qui vont se présenter à ces législatives, ils sont morts. Parce que si même celui qui est leur chef, parce que j'étais chef de la majorité, donne le sentiment qu'il n'y croit plus et qu'il arrête,
aucune raison de... Bien sûr.
C'est une période aussi où vous reconnaissez dans votre livre, pour finir cette page sur Matignon, avant de rentrer vraiment sur le sujet de la jeunesse, qui est très important pour nous aujourd'hui. Donc, vous reconnaissez avoir laissé trop de place à la sphère, entre guillemets, du travail, et vous parlez de Stéphane, ces journées, votre compagnon, et il vous dit, je me suis laissé emporter au point de délaisser notre relation. Vous regrettez ou vous vous dites, c'est bien, j'ai appris quelque chose
? Non,
mais c'est vrai que, quand je suis rentré au gouvernement, dans mon premier poste, j'ai voulu tout faire à fond,
de
manière hyper intense, ne rien laisser passer, ne rien laisser au hasard.
Et
à la fin,
il
n'y
avait
quasiment que mon boulot, et plus aucune place pour le reste. Et oui, j'ai délaissé mon couple comme ça, et c'est à ce moment-là qu'on s'est séparés. Après,
c
'est aussi, d'abord on s'est retrouvés, et donc c'est le plus important, et
ça
vous permet aussi d'apprendre un certain nombre de choses.
Vous expliquez qu'il est très pudique,
et
qu'il vous en veut, d'ailleurs, certainement, d'avoir parlé de lui et de votre couple, de la manière dont vous l'avez fait. Depuis, il a lu, j'imagine, au moins une
fois. Ah non, mais je n'ai rien
fait sans qu'il soit d'accord.
Ça va ? De toute
façon, c'était vu avec lui, mais c'est vrai que... Tout est, c'est bon ? Oui, mais c'est vrai que lui...
Il le vit bien ?
Oui,
oui,
oui,
non
mais je n'aurais pas fait s'il
n'était pas d'accord, mais c
'est vrai qu'il est plus... Il est plus réservé, plus pudique que moi sur ces sujets.
Et pour être dans la thématique sphère 5, du coup, finalement, si on doit tirer une leçon de votre expérience à ce moment-là, Matignon, Stéphane, finalement, il y a
eu
une cassure. Alors, tant mieux, puisque ça va, les choses se sont rétablies, mais la leçon à tirer pour tous ceux qui nous écoutent ou qui nous regardent, ça ne valait pas la peine de finalement autant sacrifier le couple pour le travail ? Vaut mieux essayer de trouver plus d'équilibre
? Non, mais moi, je pense que...
Parce qu'à mon avis, il y
en
a d'autres qui font les choses comme vous les avez faites
de
Matignon.
Alors,
même si c
'est... Moi,
vous savez, j'en ressors aussi avec cette idée que... En
gros, c'est quoi qu'on peut apprendre de cette
expérience
?
Non, mais moi, j'en ressors avec cette idée qu
'il
y a
une
part de destin, en fait. Et en fait, si vous êtes...
Si
votre destin, c'est d'être avec une personne,
à
la fin, vous pouvez traverser des épreuves, vous pouvez vous séparer. Si vraiment vous êtes fait pour cette personne, vous finissez par vous retrouver.
Et
donc, Stéphane, et vous, c'était le destin, et donc vous vous êtes retrouvés.
C'est ça que vous
pensez. Au-delà des choix que vous aviez faits.
C'est l'amour de ma
vie, et j'espère que je
suis l
'amour de sa vie.
Et
en tout cas, voilà, je pense que...
Mais
la déclaration que vous lui faites dans le livre est absolument... Enfin, elle est exceptionnelle. Je pense que
toute
personne aimée rêve de lire ces mots. C'est très, très beau et c'est très, très puissant.
Et
puis, vous avez de l'âge que vous avez. Gabriel, vous êtes jeune. Enfin, la vie, elle est faite de beaucoup de rebondissements. C'est dur, la vie de couple. Bon, c'est très...
C
'est très assis ce que vous dites sur lui. Donc,
voilà,
ça veut dire aussi que vous misez beaucoup sur le fait de réussir ce couple toute votre vie. Et c'est puissant, quoi. C'est un gros... C'est une grosse responsabilité.
En fait, j'ai trouvé la personne avec qui j'avais envie de passer ma vie. Et ça, c'est une chance énorme de l'avoir trouvé assez jeune et d'avoir cet équilibre qui
permet
quand même de survivre à beaucoup de choses parce que la politique,
c
'est aussi violent. Et donc, avoir ce... Forme de rocher auquel vous êtes accrochés et cette sécurité-là, c'est extraordinaire.
Et dans tout ce chemin de travail aussi que vous n'abandonnez pas du tout. Vous êtes là avec nous, vous sortez votre livre. Évidemment, il y a une année incroyable qui s'annonce devant vous. Faire rentrer aussi les enfants, etc. Donc, il
va
falloir trouver l'équilibre dans tout ça. Vous y réfléchissez, vous en parlez avec lui. Comment vous allez jongler avec toutes ces sphères ?
Non,
non.
Là, aujourd'hui, objectivement, ce n'est pas quelque chose d'actualité pour nous parce que, d'abord, on a chacun des activités importantes. Lui, il est vice-président de la
Commission.
Attention, après,
c
'est fatigant passé 40 ans.
Il est vice
-président de la Commission européenne. Voilà,
donc... On se
permet. On
est maintenant tous les deux jeunes
enfants, mais
plus
on
attend, plus c'est fatigant.
Mais un jour, un jour probablement, bien sûr.
Ça
nous amène à la question du jour qu'on a déjà un petit peu évoqué en début d'émission. Savoir si la jeunesse française est en colère ou si elle est en panne d'espoir. La jeunesse française, c'est quoi
?
Moi, je pense qu'on peut considérer que la jeunesse, c'est le moment où on n'a pas encore sa pleine autonomie. Et après, comment je sens la jeunesse aujourd'hui ? Je la sens très pleine de doute. Ce qui, pour moi, d'ailleurs, n'est pas... Je ne pense pas... Il y
a
beaucoup de gens qui donnent le sentiment qu'on aurait une génération foutue, qui n
'a
plus envie de bosser, qui ne croit plus en rien. On entend ça beaucoup de manière hyper négative.
C
'est beaucoup des personnes de la génération... C'est un peu des vieux qui
disent
ça, on ne
va
pas se mentir. Des jeunes, entre eux, ne diraient jamais ça.
C'est le
point aussi, pardon, on ne va pas
parler
de point, mais qui a perdu le goût de l'effort. Oui. Cette notion de goût de l'effort,
c'est
une passion. Et on dit qu'aujourd'hui, la jeunesse a complètement perdu le goût de l
'effort. Est-ce que
vous pensez
ça ? Non, moi, je ne crois pas à ça. Je
pense qu'elle a une aspiration différente des générations précédentes,
notamment
sur la question de la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle.
Complètement. Un peu sur les sphères qu'on évoque. Qu'il y a de sens.
Mais je ne crois pas du tout que ce soit le fait de ne plus bosser ou de ne plus travailler, comme je
l'entends parfois.
D'ailleurs, je pense qu'il y a des jeunes qui sont prêts à travailler plus, mais juste en ayant plus de liberté dans l'organisation de leur travail. Moi, j'ai déjà vu des jeunes me dire « Mais moi, il y
a
des moments où je vais pouvoir bosser non-stop, sans m'arrêter, etc. » pour avoir des moments où je relâche davantage, je passe plus de temps pour moi, pour mes proches, etc. Donc, je pense que ce qu'ils cherchent,
c
'est plus de flexibilité dans l'organisation de leur vie professionnelle pour que ça se concilie mieux avec leur vie personnelle.
Ce
n
'est
pas une aspiration qu'il faut balayer d'un revers de main. Je pense que c'est quelque chose d'important.
Oui, et on doit... Les plus anciens doivent complètement se rééduquer parce que je pense que pour l'instant, la réalité s'excite.
Un
langage qu'ils ne parlent pas. Et donc, comment on fait
? D
'abord, je pense que ça bouge quand même. Il faut se souvenir au début. Moi, je me souviens au début du télétravail,
quand il y a
eu l'explosion du télétravail au moment du Covid. On entendait beaucoup de gens dire «
Mais
le télétravail, c'est...
»
Je ne
sais
plus qui avait dit ça. « Beaucoup de télé, très peu de travail.
» C
'est en gros... Ce n
'est
pas vrai. Les gens, ils ne
vont
pas bosser.
Ils
seront chez eux, etc. C'est quand même pas mal bougé là-dessus. Et ensuite, je pense que c
'est
le rôle des managers, en fait. Moi, quand je suis arrivé à Bercy, c
'est
la première fois où je dirigeais une administration. 150 000 agents.
Je
me suis dit « Je n
'ai
jamais dirigé une administration, un collectif. »
Donc,
je vais apprendre aussi ce que c'est que de faire du dialogue social et essayer de voir... On avait lancé une grande consultation avec tous les agents sur ces questions-là d'organisation du travail. J'ai réuni les syndicats, j'ai travaillé avec eux. Et il y
a
des choses hyper intéressantes qui sont ressorties. Exemple, vous aviez des agents qui me disaient « Je souhaiterais pouvoir organiser ma semaine de travail sur 4 jours au lieu de 5. »
C
'est-à
-dire,
en gros, non pas réduire mon temps de travail, mais la quantité de travail que je fais sur 5 jours aujourd'hui
sur la bête
sur 4. Oui,
c'est ça.
Et je me suis dit « Mais pourquoi est
-ce
qu'on les empêcherait de le faire
? »
Ça n'existait pas. Ça n'existait pas dans les administrations de l'État. Et j'ai dit « On va le lancer. »
«
On va le lancer en expérimentant dans différents endroits. »
Et
c'était hyper intéressant. Parce que derrière ça, vous aviez quoi ? Vous aviez des gens, par exemple, en Ile-de-France qui ont 1h, 1h30 de RER ou de train tous les matins bondés. Le fait d'économiser une journée de boulot, ça permettait d'économiser aussi 2h, voire 3h de transport. Et donc, c'était un gain énorme.
Tout
en faisant la même quantité de travail sur la semaine. J'ai vu des familles monoparentales ou des familles recomposées qui me disaient
« J
'ai mes enfants une semaine sur deux. Je voudrais pouvoir travailler moins. » À fond.
« La semaine où je ne les ai pas. » Bien sûr.
Ça aussi,
il
faut être ouvert à ça. Il
y a
une grosse réadaptation à faire.
Ça vous inquiète, les gens en règle générale, mais surtout les jeunes qui utilisent l'IA comme psy et qui posent des questions entre guillemets à l'IA sur des sujets psy, comment céder, comment… Et par exemple, l'IA, tu as tout à fait raison, ou les réseaux sociaux, ou TikTok, ou les pseudo-influenceurs contre d'ailleurs…
Ah
oui, c'est deux sujets parce qu'il y a en effet sur les réseaux sociaux, comme dans n'importe où dans le monde, des trucs très utiles et des trucs complètement pourris. Mais l'IA dans sa globalité récupère plein de choses sur Internet et en restructure une forme d'intelligence. Mais aujourd'hui,
il
y a plein de gamins qui utilisent l'IA, qui vont poser des questions « Je ressens ça, est-ce que c'est normal ?
»
etc. C'est un truc qui vous inquiète. Vous vous dites « Ça peut être une utilisation utile de l'intelligence artificielle ?
»
Oui, mais ? Non, pas du tout ? Ou je ne
sais
pas
?
D'abord, moi je pense que quand un jeune ne va pas bien, le plus important, c'est d'en parler à quelqu'un. Moi je l'ai beaucoup dit quand je m'engageais en tant que ministre, au Premier ministre, sur la lutte contre le harcèlement, le premier sujet, c'est d'en parler. Vous avez parfois des gens qui n'arrivent pas à en parler à quelqu'un parce qu'ils ont un blocage, parce qu'ils n
'ont
pas une personne de confiance à qui en parler. Est-ce que l'IA est une bonne solution pour que les gens aillent mieux ? Je ne
suis
pas certain. Est-ce que dans un moment où vous n'avez personne à qui parler et où vous avez peut-être besoin d'avoir quelque chose en face de vous qui vous fait réfléchir,
vous
fait prendre du recul et d'ailleurs peut-être vous invite à en parler à quelqu'un ? Ils le font. Ça peut marcher ? Pourquoi pas ? Je veux dire, moi je n
'ai
jamais essayé.
Je
peux connaître des gens qui ont essayé. Par ailleurs, je connais des gens qui parlent à l'IA à peu près toute la journée et ils en ont fait un vrai ami, enfin conseiller. Ils leur posent plein de questions. Est
-ce
que tu penses que je devrais faire ?
Est
-ce que je devrais faire ci ? Est
-ce
que je devrais faire ça ? Etc. Si eux-mêmes, ils trouvent un équilibre avec ça et que finalement, c'est quelque chose qui leur fait se poser des questions utiles, pourquoi pas
? Il
ne
faut
pas s'enfermer là-dedans, je pense. Et c'est vrai que moi, ce qui me frappe beaucoup et ce qui m'a beaucoup inquiété, c'est aussi des vidéos qu'on peut voir sur les réseaux sociaux, sur certains réseaux où en fait, quand vous avez un jeune qui ne
va
pas bien,
il
va commencer à regarder du contenu et des vidéos tristes ou dark et en fait, il y
a
une espèce
de bûle algorithmique qui fait qu'il va voir des vidéos de plus
en plus dark, voire même finir par des vidéos qui quasiment appellent au suicide. Si l'algorithme de l'IA permet de faire autre chose que ça, tant mieux, ça sera toujours mieux que ça.
Sujet par extension, d'ailleurs avec la santé mentale, sujet très intéressant et qui est
un
gros marqueur de notre société aujourd'hui, c'est la solitude. La solitude des jeunes, mais la solitude de manière générale, c'est quelque chose que vous voulez
prendre
à bras le corps
dans
votre façon aussi de repenser la France. Pourquoi aujourd'hui on ressent cette solitude ? Pourquoi les jeunes la ressentent beaucoup et qu'est-ce qu'on peut faire pour lutter contre cette solitude ?
On
est à la fois de plus en plus connectés avec les nouveaux outils et en même temps, de plus en plus seuls. Et tes sphères collectives sont de moins en moins importantes. Par exemple, il y a beaucoup de gens qui maintenant regardent un film sur Netflix chez eux plutôt qu'à aller au cinéma, qui commandent un truc à livrer chez eux plutôt qu'à aller au resto. Et donc, c'est vrai que ces lieux et ces sphères de rencontres sont moins importants qu'avant. Et pourtant, je pense que plus la technologie avance, plus on a besoin du contact humain et de l'altérité. Et moi, je crois beaucoup à l'importance des lieux. C'est
-à
-dire que c'est quelque chose qui d'ailleurs dépend pas seulement de l'État, mais aussi beaucoup des mairies, etc. C'est comment est-ce qu'on arrive à recréer des lieux où les gens peuvent se retrouver et passer du temps ensemble. Je vous donne un exemple pour moi des choses positives qui ont été faites ces dernières années. C'est un programme qu'on avait lancé qui s'appelle 1000 Cafés
où
l'objectif,
c
'est de rouvrir des cafés un peu partout en France là où il n
'y
a plus de café dans des villages pour que les gens puissent s'y retrouver. Et là où ça a marché, là où il y
a
des cafés qui ont rouvert, mais c'est la vie qui revient et c'est des gens qui se sentent
moins
seuls. Et pourquoi c'est important indépendamment du fait dans toutes les études qui ont été faites
et
beaucoup de scientifiques s
'y
sont penchés,
c
'est que
plus
les gens sont seuls,
plus
ils ont tendance à développer une forme de rejet de l'autre, de distance par rapport à l'autre et de doute par rapport aux autres. Et donc ça alimente aussi des idées extrêmes et ensuite de la radicalité dans le pays.
Et
juste par rapport aux jeunes, est-ce que vous pensez qu'il faudrait peut-être passer par un truc coercitif comme interdiction des réseaux sociaux avant X, interdiction des téléphones absolument au collège, au lycée, public, privé, tout confondu pour finalement
leur
bien ? Moi je suis clairement pour l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. Il faut choisir un âge,
je pense que
15 ans c'est le bon âge,
mais
ça ne marche que si de
l
'autre côté il faut avoir en face une offre hyper forte en matière d'accès au sport,
d
'accès à
la culture.
Parce que si vous interdissez les réseaux sociaux mais sans qu'il y
ait
vraiment d'activités ou
d'alternatives que vous proposez
aux jeunes, ça n'a aucun sens. Donc moi je crois à ça. C'est-à-dire que je pense qu'il faut fixer un âge. D'ailleurs il y
a
un âge aujourd'hui officiellement c'est 13 ans, sauf qu'il est respecté par personne puisque les plateformes ne vérifient pas l'âge des personnes qui s'inscrivent. Moi je pense qu'il faut rehausser l'âge à 15 ans et avoir une vraie vérification de l'âge pour être sûr que les personnes qui s'inscrivent ont bien plus de 15 ans. Et avant ça,
il
faut développer à fond nos politiques en matière d'accès au sport, d'accès à la culture pour que les jeunes puissent s'épanouir dans autre chose que les réseaux.
La France de demain qui retrouvera sa puissance, sa beauté, sa force, son côté inspirationnel à la fois pour les Français mais aussi à l'échelle mondiale, à l'échelle internationale, Gabriel Attal, c'est surtout une France donnée aux jeunes. Est-ce que c'est surtout une France où les jeunes brilleront, où les jeunes se sentiront libres et auront envie de bosser ? C'est quoi cette France-là pour vous
? Pour
moi, vous l'avez dit dans un des mots que vous avez prononcé, c'est la liberté.
Moi,
je pense que la France n'a jamais été aussi forte que quand les Français se sentaient libres d'entreprendre, libres de fonder une famille, libres de se projeter vers l'avenir. Et pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, on est dans un moment de doute et un moment de fragilité ? Parce que beaucoup de Français
doutent
de leur capacité à s'épanouir et vivre bien de leur travail, à fonder une famille, à devenir propriétaire de leur logement. Et ce doute-là, il fait que, quelque part, on commence à douter de nous-mêmes en tant que pays, alors qu'on a tous les atouts pour réussir. On a encore des talents, des jeunes qui s'engagent à fond, qui ont des superbes idées. D'ailleurs, certaines puissances viennent nous les voler tellement on est capable d'en produire. Et globalement, on a quand même,
moi
je crois, des Français qui sont attachés à leur pays, à la République, qui considèrent que la France a encore quelque chose à dire au monde, que ce n
'est
pas vrai qu'on est
condamné
à devenir une puissance moyenne dans des pays moyens. Au contraire, le destin de la France,
ça
a quand même toujours été d'être pionnier et d'éclairer le monde. Et oui, je pense que la jeune génération aura un rôle majeur là-dedans. Et d'ailleurs, déjà aujourd'hui, elle contribue à bouger les choses. Moi, je le dis, quand je croise des jeunes,
vous
ne
vous
rendez pas compte du rôle déjà que vous avez. Par exemple, moi je vois beaucoup de chefs d'entreprise, de patrons qui me disent que là où des jeunes diplômés auparavant avaient comme principale boussole le salaire. Aujourd'hui, c'est plutôt le sens de leur travail, l'engagement de l'entreprise, etc. Et que donc, ils se retrouvent quelque part un peu forcés à faire pivoter leur entreprise vers un engagement environnemental, sociétal, etc. Parce que c'est le seul moyen qu'ils ont pour attirer des
jeunes et attirer des talents.
Ça, il y
a
beaucoup de jeunes qui ne
le
savent pas.
Et
qu'en fait, je leur dis, sans même le conscientiser, sans même le savoir, en fait, par vos ambitions, vos aspirations, vos choix,
vous
contribuez à changer les choses. Donc non, la France n'est pas condamnée. Non,
la
France n'est pas condamnée, certainement pas.
Vous avez dit l'élection présidentielle rend fou, on est tous en tête en 2027, pas vous ? Non. Vous avez dit l'élection présidentielle rend fou,
mot pour mot. Oui, j'ai dit que
c'est
une élection qui rend fou la classe politique.
Et
en fait, que très vite, tout le monde se retrouve
cédé par cette
échéance-là. Non, moi, je l'aborde de manière très tranquille et concentrée.
Ok. Petit rituel sphère 5 pour tous nos invités. Donc, je rappelle les 5 sphères, famille, amis, santé, travail et âme. À 18-20 ans, quelle était votre sphère prioritaire et quelle était celle que vous avez trop délaissée
?
18-20 ans, dans ces eaux-là ? Je dirais, travail, même si ce n
'était
pas le travail à l'époque,
c
'était l'engagement, les études. Oui,
donc ce
qui s'apparente au travail. Et celle que j'ai délaissée à l'époque,
peut
-être l'âme. Oui.
Aujourd
'hui,
même
question, quelle est votre sphère prioritaire et quelle est celle que vous...
Aujourd'hui, c'est toujours le travail.
Oui.
Mais j'essaye de ne pas délaisser les autres. Voilà. Moi, en tout cas, je pense qu'aujourd'hui,
c
'est toujours ma sphère prioritaire, mais j'ai davantage conscience de la nécessité d'avoir un bon équilibre avec les autres.
Et
dans 20 ans, ça serait quoi l'ordre
? Dans
20 ans ?
Qu
'est-ce que vous espérez, en tout cas
? J
'espère être encore actif, faire encore des choses. J'espère, c'est vrai, que peut-être que la sphère familiale ait pris une dimension plus importante parce que ce serait ma famille, celle que j'aurais pu construire. Et peut-être plus politique.
Oui, parce que de toute façon,
vous
n'auriez plus à l'heure que finalement, à 57 ans, vous feriez autre
chose.
Ce n
'est
pas parce que
j'arrêterais la
politique que
j'arrêterais travailler. Je
ferais autre chose. Très
rapidement.
La famille, est quand même quelque chose pour moi de très important encore
aujourd
'hui. Même si le travail, évidemment, ça concentre la majorité, mais comme la plupart des Français de mon temps,
pour
moi, la cellule de base, ça reste la famille.
Et
moi, j'ai une relation avec ma mère, mes soeurs, mon frère, qui est
très,
très, très intense et très proche. On se parle tous les jours sur notre boucle WhatsApp et quelles que soient les fonctions qui ont été les miennes, ça a toujours été une part hyper importante.
Il
y a
un très joli chapitre sur votre père dans le livre.
Est
-ce que vous pensez
qu
'il vous a imaginé un jour président de la République
?
J'aime bien me le dire parce qu'en fait, pour moi, c'est une grande
frustration
qu'il n
'ait
pas été là. Quand vous êtes entré à Matignon. Même quand je suis devenu ministre et même
quand je
suis devenu député. Mon père, c'est le seul dans la famille qui était vraiment hyper intéressé par la politique. Il n
'était
pas du tout militant, il ne voulait pas du tout faire de politique, il n
'a
jamais été dans un parti, mais
ça
l'intéressait vachement et c'est lui qui m'a transmis aussi ce goût de l'actualité, de la chose publique. Et je pense qu'il avait de grandes ambitions pour moi et malheureusement,
il
est mort de façon très brutale avant que je devienne même moi-même député et élu.
Et
c'est vrai qu'à chaque fois qu
'il
m'est arrivé quelque chose en termes politiques, quand je suis devenu député, puis quand je suis devenu ministre, puis quand je suis devenu premier ministre, ma première réaction, ça a toujours été de me dire
il
n
'est
pas là. Il n
'est pas
là.
Pour le voir. Donc c'est dur, mais
c
'est aussi...
Mais
c'est quelque chose,
si
vous arrivez à l'Élysée un jour, est-ce que c'est quelque chose qui nécessairement l'aurait rendu fière ? Bien sûr,
mais il
est déjà là, il aurait déjà été super fier.
Il était aussi super fier. Bien sûr.
Et voilà, après c'est aussi, vous savez, une épreuve qui fait que... Mais est
-ce
qu'il aurait eu peur pour vous
? Est-ce que ça serait dit... C'est plutôt
ma
mère qui était
inquiète. Donc schéma très classique
finalement.
Mais c'est aussi quelque chose qui fait que je sais,
aujourd
'hui,
que
quelles que soient les échéances ou ce qui m'arrive à l'avenir, je sais que ma principale frustration, ma principale tristesse, elle ne sera jamais politique. Parce que j'ai eu cette épreuve de perdre mon père très jeune, de ne
plus
l'avoir.
Et
donc quelque part, je sais que... Je ne
sais
pas comment vous dire. Je sais qu'il
y a
tellement plus grave dans la vie que
perdre
une élection que ça permet de prendre du recul.
Ça remet un peu les priorités en place. Absolument. Tout simplement. Rapidement, green flag, red flag. Évitez la langue de bois.
Green
flag.
Couper le week-end.
Green flag.
Changer de camp politique.
Red flag, si c'est par opportunisme. Après,
d
'abord, vous pouvez changer d'avis. Vous avez le droit. Et si à un moment, votre famille politique, votre parti politique prend une direction avec laquelle vous n'êtes pas d'accord et qui vous heurte dans vos idées et vos valeurs, vous pouvez changer. Parlez à ses sœurs tous les jours. Green flag. Ah ouais
?
Vous le faites
?
Mes sœurs,
on a une
boucle de famille et tous les jours,
il
y
a
des échanges sur la boucle.
En dessous de la boucle des premiers
minutes.
Ne pas cacher ses ambitions.
Green
flag, même si ça peut,
en
politique, vous porter préjudice.
Parce
qu'en général, on vous le reproche.
Gardez le silence quand on voudrait parler.
Red flag.
Ah ouais
?
Bien sûr.
Mais bon,
parfois, quand on est ministre, par exemple, le moment où la dissolution est annoncée, c'est un moment que vous décrivez, il n
'y a
pas de mots que vous avez observé, que
vous
avez écouté, que
vous
n'avez pas parlé à ce moment-là. Peut-être que vous auriez voulu. Est-ce que vous auriez voulu crier votre
colère,
votre déception
? Oui, mais ça n'aurait pas changé grand-chose. Je pense qu'il faut parler quand on se dit que ça peut avoir envie de parler.
Mais
je pense que le plus important, c'est de se dire que ça a un intérêt et
que ça permet
de changer les choses.
Scroller. Green flag, red flag ?
En tout cas, je le fais tout le temps.
Mais ?
Mais
avec modération.
Flag
neutre.
Orange flag.
Montrer ses failles.
Green flag, d'une manière générale. Mais là aussi, en politique, très vite, vous avez des gens qui vous disent qu'il ne
faut
pas montrer que tu es vulnérable, que
tu
as des failles, des fragilités, etc. Mais moi, je pense que
c
'est important de le faire.
Dire tout haut aux gens qu'on les aime.
Très grand green flag. C'est très important de le faire.
Et
la phrase de fin, sphère 5. Réussir dans sa vie sans réussir sa vie.
Je pense que l'important,
c
'est d'être heureux.
Et
d'être heureux dans ce qu'on fait. Qu'est
-ce
que ça veut dire réussir sa vie ? C'est une vraie question.
On
pourrait
passer tout un
podcast dessus. Moi, je pense qu'il faut être heureux et être en phase avec ses choix et avec sa vie. Et je ne pense pas qu
'on
puisse dire qu'il n
'y a
pas de définition de la réussite d'une vie. Heureusement, d'ailleurs. Et le seul baromètre pour moi, c'est de se dire qu'on est heureux dans ce qu
'on
fait et que
quand
on se retourne, on se dit qu'on a été
d
'une manière ou d'une autre utile.
Merci d'être venu en homme libre aujourd'hui. Merci
beaucoup.
Merci à vous de nous suivre chaque semaine plus nombreux sur Sphère 5. Merci à vous, Gabriel,
d
'être venu. Merci aux chiens d'avoir agrémenté cette émission. On se retrouve très vite pour un prochain épisode de Sphère 5. En attendant,
n
'hésitez pas à partager cet épisode sur toutes les plateformes, le commenter, taguer toutes les personnes avec qui vous avez envie de partager cet épisode et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode. Merci beaucoup. Merci à
vous.
Gabriel Attal