Bayrou choisit Macron #cdanslair 22-02-2017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:18OuverteRéponse directe
C'est un coup de théâtre. François Bayrou ne se lancera pas dans une quatrième campagne présidentielle et choisit de caler son pas dans celui d'Emmanuel Macron.
- 1:44OuverteRéponse directe
Il a donc renoncé à une quatrième présidentielle.
- 1:48OuverteRéponse directe
Vanessa Schneider, vous avez suivi plusieurs campagnes de François Bayrou.
- 3:03RelanceRéponse partielle
Vous diriez ça aussi, Guillaume Tabard ? Parce qu'on pourrait se dire aussi, s'il n'y va pas, c'est qu'il ne peut pas y aller.
- 4:02OuverteRéponse directe
Est-ce que ça a du sens d'ajouter, du coup, ce que représente, dans l'opinion, François Bayrou, à ce que représente aujourd'hui Emmanuel Macron ?
- 11:07OuverteRéponse directe
Pourquoi Bayrou s'évertut-il à faire perdre la droite républicaine ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 9:42Invité politiqueFait
« Je ne pouvais pas faire d'accord avec François Fillon, parce que son programme, je l'ai exprimé depuis la première minute, et même entre les deux tours, était un programme qui était dangereux pour l'alternance et pour, d'ailleurs, l'élan de la société française. »
- 10:04Invité politiqueFait
« Et s'y est ajouté ce dévoilement des affaires, unanimement accepté par les siens. Et peut-être cette deuxième partie de la phrase est-elle plus grave pour moi que la première. »
- 8:55Invité politiqueFait
« Parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance. »
- 9:17Invité politiqueFait
« Je n'ai jamais été partisan des tickets. D'abord, ça ne marche jamais. »
- 9:39Invité politiqueFait
« Je ne pouvais pas faire d'accord avec François Fillon, parce que son programme, je l'ai exprimé depuis la première minute, et même entre les deux tours, était un programme qui était dangereux pour l'alternance et pour, d'ailleurs, l'élan de la société française. »
- 10:28Invité politiqueFait
« En faisant cette offre d'alliance, c'est cette nécessité du rassemblement que j'ai présent à l'esprit comme un horizon nécessaire pour notre pays. »
- 10:51Invité politiqueFait
« Je suis heureux de pouvoir montrer aujourd'hui, autrement que par des mots, que l'heure exige que nous dépassions nos intérêts personnels et partisans pour construire l'avenir que la France mérite. »
- 28:01InvitéFait
« Je revendique l'immaturité et l'inexpérience politique parce que leur expérience politique c'est l'inefficacité politique. »
- 34:28PrésentateurChiffre
« Lorsque François Bayrou dit « Je souhaite qu'il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche sans cesse à réduire la rémunération du travail indépendant ou salarié. » »
- 36:55PrésentateurFait
« François Bayrou a passé l'âge d'être opportuniste. »
- 37:20PrésentateurFait
« L'argumentaire de Bayrou, c'est la situation exceptionnelle. »
- 41:10PrésentateurFait
« Les Français sont très critiques aujourd'hui à l'égard de l'Europe. »
- 45:35Invité politiqueFait
« 1965, première élection présidentielle au suffrage universel direct en France. »
- 46:35Invité politiqueFait
« Alain Poher, alors président du Sénat, parvient au second tour avant de perdre face à Georges Pompidou. »
Temps de parole
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Bonsoir à toutes et à tous. Nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. C'est un coup de théâtre. François Bayrou ne se lancera pas dans une quatrième campagne présidentielle et choisit de caler son pas dans celui d'Emmanuel Macron. Il propose aux candidats de En Marche, une alliance au nom du rassemblement, au nom de la gravité de la situation, au nom d'une autre façon de faire de la politique. François Bayrou pose ses conditions et en particulier une loi de moralisation de la vie politique. Le maire de Pau se détourne de François Fillon, qualifiant son programme de dangereux et dénonçant violemment les affaires et le mélange des genres.
Un attelage qui bouscule de nouveau cette incroyable campagne présidentielle. Bayrou choisit Macron, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Vanessa Schneider. Vous êtes grand reporter au journal Le Monde ainsi que pour M Le Mag, votre journal qui titre aujourd'hui sur une citation de Christiane Taubira. La défaite n'est pas inéluctable. Guillaume Tabard, vous êtes éditorialiste au quotidien Le Figaro. Votre édito du jour est intitulé Fillon et l'enjeu d'un choix de raison. Jean Garrigues, vous êtes historien, spécialiste de la vie politique. Vous enseignez à l'université d'Orléans et à Sciences Po Paris.
Votre dernier ouvrage, Élisée Circus, est publié aux éditions Talendis. Enfin, Yves-Marie Kahn, vous êtes directeur des études politiques chez Elab, cabinet d'études et de conseil. Vous venez de publier un sondage pour l'Express BFM TV sur les intentions de vote à la présidentielle et en particulier aussi sur François Bayrou. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à cette émission en direct. Il a donc renoncé à une quatrième présidentielle. Vanessa Schneider, vous avez suivi plusieurs campagnes de François Bayrou. Oui, les trois précédentes. On disait toujours que François Bayrou, il n'était jamais meilleur qu'en campagne présidentielle, qu'il était fait pour ça.
Il propose une alliance à Emmanuel Macron. On va y venir, c'est l'information du jour. Mais surtout, il renonce à une présidentielle. Oui, ça a dû lui coûter. Il n'a pas caché d'ailleurs. Il avait l'air un peu ému. Il parle de sacrifice, ce n'est pas un petit mot. Et c'est vrai que quand on connaît son parcours, c'est vraiment un sacrifice. François Bayrou a toujours... Il avait raconté ça dans un livre il y a plusieurs années où il y avait un côté biblique. Il avait vu une apparition où on lui demandait d'aller se présenter aux plus hautes fonctions pour le représenter le peuple français. Donc c'est quelqu'un qui s'est longtemps investi d'une mission de premier plan.
Ça a abouti donc à trois candidatures présidentielles avec vraiment des résultats très divers. L'apothéose ayant été en 2007 où il a vraiment un peu percé le mur du son. Donc oui, il aurait aimé, je pense, fondamentalement pouvoir être en mesure de se représenter. Il fait un choix de raison qui a un certain panache. Un certain panache. Vous diriez ça aussi, Guillaume Tabard ? Parce qu'on pourrait se dire aussi, s'il n'y va pas, c'est qu'il ne peut pas y aller. Et l'un n'exclut pas l'autre. C'est vrai qu'il y a du panache parce que c'est aussi la manière de faire de Bayrou. N'oublions pas qu'il est maire de Pau quand même.
Mais je pense que François Bayrou est la deuxième victime de la stratégie d'empêchement d'Emmanuel Macron, symétriquement à ce qui s'est passé pour François Hollande. François Hollande n'a jamais cru que Macron irait jusqu'à le défier. Donc il le laissait venir. Il le laissait venir en disant, au dernier moment, j'irai, il devra renoncer. Au dernier moment, François Hollande n'a pas pu y aller. Bayrou, c'est un peu la même chose. Il ne croyait pas dans le phénomène Macron. Et d'ailleurs, on en reparlera peut-être, il a eu des propos très durs. On va y revenir. Sur l'homme, sur son programme, sur ce qu'il incarnait. Donc il disait, non, Macron, ça ne peut pas prendre.
Et il attendait, il attendait en disant, il va se dégonfler. Et puis, le moment venu, moi, je vais pouvoir y aller et reprendre le flambeau. Eh bien aujourd'hui, François Bayrou a dû constater que la place était prise, que l'étiquette du centre, elle était désormais récupérée pour Macron et qu'il n'avait plus d'autre solution que de se rallier à lui. Jean-Garréguet. Il y a dans la vie politique française, dans l'histoire politique française, une famille qui s'appelle la démocratie chrétienne, qui remonte au XIXe siècle, ce qu'on appelle le christianisme social, et qui défend certaines valeurs. Ces valeurs ne sont pas celles du socialisme, ne sont pas non plus celles du libéralisme.
Et c'est la raison pour laquelle, depuis 2002, et surtout depuis 2007, François Bayrou a tracé une route solitaire, en tout cas une route de rassemblement, ni à droite ni à gauche. C'est exactement l'espace qu'occupait Emmanuel Macron. Et je dirais qu'il y a pas mal de mérite et pas mal de panache aujourd'hui pour lui, qui veut continuer à peser, parce qu'il y a des conditions aussi dans son alliance avec Emmanuel Macron, c'est-à-dire à faire prévaloir cette vision qu'il a de la société française. Il l'a écrit dans son ouvrage, Rénovation française. Il a une vision qui, je le répète, n'est pas celle de la gauche, n'est pas celle de la droite.
Et donc c'est sa manière à lui, étant donné qu'il s'est rendu compte que son espace politique était quand même largement grignoté par Emmanuel Macron, c'est sa manière à lui de rester dans le débat public. Il ne faut pas y voir simplement des manœuvres électoralistes ou des manœuvres politiques, plus exactement, parce que là ce n'est pas électoraliste, mais il y a quelque chose qu'il a envie de faire entendre dans cette campagne. C'est intéressant ce que vous dites, on est devenu un peu cynique. Et quand on voit des ralliements, alors d'ailleurs il dit que ce n'est pas un ralliement, il propose réellement une alliance à Emmanuel Macron.
Ce que vous nous dites, c'est qu'il y a des convictions derrière ce choix de François Bayrou. Bien sûr, il y a d'ailleurs des conditions qu'il a placées à cette association avec Emmanuel Macron, notamment sur la question de la protection sociale. Je pense qu'il voudra, il exigera qu'Emmanuel Macron gauchisse un peu son programme sur la représentation parlementaire, etc. Donc il y a des conditions... On va y venir dans le détail. Et l'éthique, l'éthique, qui est l'idée forte qu'il a portée depuis quand même une dizaine d'années, l'éthique en politique, bon, avec sur fond de Penelope Gates, on voit à quel point ça a une vraie résonance.
Ça vous a surpris, quand même, qu'il renonce à une bataille présidentielle, alors que peut-être que jamais les planètes ont été aussi bien alignées pour ce qu'il a porté pendant toutes ces années, à savoir un dépassement des clivages, etc. C'est-à-dire que par rapport à son parcours, à son itinéraire gaullien, je vais au rendez-vous avec les Français, ce qui tranchait totalement avec ce qu'était l'habitude des centres en France. Cette démarche-là, elle le poussait, elle le prédisposait à aller, précisément, à la présidentielle. Il a fait un autre calcul, une autre analyse, mais qui ne manque pas, mais vous l'avez dit, qui ne manque pas aussi de grandeur.
Yves-Marie Kahn, il faut faire de l'arithmétique quand on fait des sondages. Est-ce que ça a du sens d'ajouter, du coup, ce que représente, dans l'opinion, François Bayrou, à ce que représente aujourd'hui Emmanuel Macron ? C'est pas rien comme attelage, ces deux-là. Non, c'est pas rien. François Bayrou, il a été crédité de 5 à 6 % dans les enquêtes d'intention de vote aujourd'hui. Emmanuel Macron est quelque part entre 17 et 20 % selon les instituts. Donc, on pourrait tenter, effectivement, de faire cette addition, ce qui porterait assez loin la candidature d'Emmanuel Macron, en précisant quand même qu'elle est conditionnée par la concrétisation d'une alliance qui n'est pas encore actée.
C'est fait. À l'instant. Je vous l'annonce. Emmanuel Macron vient d'annoncer qu'il accepte la proposition d'alliance de François Bayrou. Donc, cette fois, c'est fait. Donc, il y a une alliance qui est donc actée. Maintenant, ce qu'il faut toujours avoir en tête, c'est qu'en politique, 1 plus 1, ça ne fait jamais 2. Et donc, même dans l'hypothèse d'une alliance, il y a toujours des déperditions. En revanche, on sait sur la base des enquêtes qui ont été réalisées jusqu'à présent qu'en l'absence de François Bayrou, on voyait bien que le premier à en profiter, c'était Emmanuel Macron. Donc, le premier à profiter de cette situation, ça va être Emmanuel Macron.
Maintenant, l'inconnu, effectivement, ça va être que va produire cette alliance ? Est-ce que ça va favoriser de meilleurs reports par rapport à ce que l'on mesurait aujourd'hui ? C'est une hypothèse probable. Et est-ce que ça va aussi enclencher un sursaut dynamique, d'ailleurs, en faveur de la candidature d'Emmanuel Macron ? C'est aussi une possibilité qu'il faudra vérifier dans les jours qui viennent. Et qu'est-ce que va apporter dans le contenu quelqu'un comme François Bayrou, qui incarne aussi une autre façon un peu à l'ancienne de faire de la politique ? On va y venir, mais on va d'abord écouter François Bayrou.
Il a fait monter le suspens ces derniers mois depuis la défaite de son candidat Alain Juppé. François Bayrou n'avait cessé de poser des petits cailloux pour afficher sa singularité dans le débat. Un livre, Résolution française, des sorties au vitriol contre François Fillon et les affaires, contre Emmanuel Macron aussi, qu'il rangeait à l'époque dans la catégorie candidat des forces de l'argent. Mais cet après-midi, le maire de Pau a finalement choisi de mettre sa popularité, son expérience, au service d'un autre. Emmanuel Macron, on écoute François Bayrou.
Parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance. Je lui dis, le danger est trop grand, il faut changer les choses et le faire d'urgence. Unissons nos forces pour y parvenir. C'est sans doute un geste d'abnégation, mais ce sera aussi, je le crois, un geste d'espoir pour notre pays. Je n'ai jamais été partisan des tickets. D'abord, ça ne marche jamais. Je pense simplement qu'il peut y avoir des ententes personnelles et de courant politique, et que ces ententes sont enrichissantes. Mais il n'y a qu'un président de la République, et ensuite s'organise la vie politique autour de lui.
Je ne pouvais pas faire d'accord avec François Fillon,
parce que son programme, je l'ai exprimé depuis la première minute, et même entre les deux tours, était un programme qui était dangereux pour l'alternance et pour, d'ailleurs, l'élan de la société française, et s'y est ajouté ce dévoilement des affaires, unanimement accepté par les siens. Et peut-être cette deuxième partie de la phrase est-elle plus grave pour moi que la première.
J'ai la conviction qu'il sera impossible, après l'élection présidentielle et les élections législatives, de gouverner la France sans d'importants efforts de coopération et de travail en commun des grandes forces démocratiques de la droite républicaine jusqu'à la gauche réformiste, en passant par le centre indépendant. En faisant cette offre d'alliance, c'est cette nécessité du rassemblement que j'ai présent à l'esprit comme un horizon nécessaire pour notre pays. Je suis heureux de pouvoir montrer aujourd'hui,
autrement que par des mots, que l'heure exige que nous dépassions nos intérêts personnels et partisans
pour construire l'avenir que la France mérite. Je vous remercie. Et nous reprenons nos discussions avec cette question de 2012 à 2017. Pourquoi Bayrou s'évertut-il à faire perdre la droite républicaine ? Guillaume Tabard. C'est vrai qu'il y a un parallélisme très fort entre ce qu'il vient de dire et les mots qu'il emploie à propos de François Fillon et sa posture et les mots qu'il employait à l'égard de Nicolas Sarkozy en 2012. A chaque fois, c'est dans l'intérêt du pays, face à des périls que sont censés représenter le candidat de la droite, qu'il justifie le soutien à un candidat de la gauche. Il avait les mêmes arguments à l'époque contre Nicolas Sarkozy.
Ah oui, il disait clairement que Nicolas Sarkozy, par son rapport au pouvoir, représentait un danger pour la démocratie ou en tout cas l'exercice de la vie publique. Mais ça, Bayrou a toujours eu besoin de dramatiser aussi les enjeux et ses prises de position. Donc là, c'est-à-dire qu'on est dans sa rhétorique habituelle. Mais ce qui fait que, depuis 2012, aux yeux des électeurs de droite, Bayrou est passé de l'autre côté. Et je crois qu'il ne faut pas oublier ce qui s'est passé pendant la primaire. Le soutien appuyé de Bayrou à Juppé n'a pas vraiment été d'un grand secours pour le maire de Bordeaux.
Si Nicolas Sarkozy a réussi une chose, il n'en a réussi qu'une dans cette primaire, c'est d'accoler l'image Bayrou et Juppé et de provoquer aussi ce score bas d'Alain Juppé. Donc, bien sûr, arithmétiquement, c'est une mauvaise nouvelle pour François Fillon de voir qu'il y a un renfort, et un renfort symboliquement de poids. Bayrou est une personnalité qui compte, qui existe dans le paysage, et donc c'est un plus en soi pour Emmanuel Macron.
Mais si les fillonistes arrivent à jouer de Bayrou comme un repoussoir, ils peuvent aussi espérer, en tout cas dans cette période, ils font flèche de tout bois, réveiller cette fierté à droite pour dire « Attention, une fois de plus, Bayrou veut nous faire perdre, donc il faut se mobiliser ». Là où il a tapé très fort, il était très violent, et ce sont des propos, parce qu'ils sont portés par lui, qui font mal, c'est sur les affaires, lors de cette intervention-là, en mettant toute la droite dans le même panier, et en disant clairement, le plus choquant, c'est que tous ces gens-là aient expliqué « Ah bah oui, ça s'est fait depuis des années, et tout ça est très normal ». Vanessa Schneider.
Alors là, il est dans la continuité d'un combat qu'il mène depuis des années, François Bayrou. François Bayrou, on se souvient, sur l'affaire Tapie, c'est lui qui s'est énormément mobilisé sur l'affaire Tapie. En effet, contre Nicolas Sarkozy, la critique n'était pas simplement l'exercice du pouvoir, mais était aussi son rapport à l'argent. Il a écrit un livre incendiaire sur Nicolas Sarkozy. Donc c'est une critique qui remonte à loin, sur la probité, Il faut remettre les choses un petit peu, je pense, en perspective historiquement. Le centre, en France, en fait, pendant très longtemps, était à droite.
Quand on disait « on est centriste », en fait, on était de droite, on faisait des alliances avec les gaullistes, les centristes faisaient des alliances avec les gaullistes, c'était des gouvernements de droite. François Bayrou a fait un choix vraiment personnel, puisqu'il y a laissé beaucoup de plumes, il y a perdu des centaines de parlementaires, d'élus, il a fait un choix personnel avec un petit groupe d'amis, de proposer un centre qui soit ni à droite, ni à gauche. C'est dans ce sens qu'il incarne une nouveauté et qu'il peut rejoindre la démarche d'Emmanuel Macron. Mais lui est assez logique.
Ce n'est pas qu'il veut faire peur de la droite, c'est que clairement, vous vous souvenez qu'il avait hésité à soutenir Ségolène Royal, il y avait des rapprochements avec Ségolène Royal, il a clairement, il s'est prononcé en faveur de François Hollande. Il a espéré que François Hollande fasse entrer au gouvernement. Pendant de longs mois, il s'est rendu plusieurs fois à l'Elysée dans l'espoir que François Hollande fasse appel à lui, ce que François Hollande n'a jamais fait. Donc là encore, et sur le plan de la critique, de la probité et sur le positionnement idéologique d'un centre plus de droite, mais vraiment au centre, il est cohérent depuis au moins une dizaine d'années.
J'ajoute une remarque ou une question. Où est-ce que vous mettez la parenthèse Juppé ? Parce qu'à un moment donné, il est quand même revenu dans le jeu à droite en disant « c'est mon candidat, c'est Alain Juppé ». Ah non, mais lui, il ne dit pas qu'il est de gauche. Il est comme Macron, Macron qui vient de la gauche mais qui dit « je ne suis ni socialiste, ni de droite, ni de gauche ». François Bayrou vient clairement de la droite puisque tout son parcours, il a été élu par la droite, il a été fait par la droite, il a été ministre d'un gouvernement de droite, il a été ministre de Jacques Chirac.
Bon, donc c'est un homme qui vient de la droite et qui maintenant ne se dit ni de droite, ni de gauche et qui pense qu'il peut avoir une majorité entre ces deux blocs bipolaires. Donc pour lui, Alain Juppé pouvait incarner cette voix-là comme Emmanuel Macron peut l'incarner également. Ce que suggère cette question, c'est vert utile à faire perdre la droite républicaine. Est-ce que c'est clairement un coup dur pour François Fillon aujourd'hui ? Cette nouvelle alliance, puisque je rappelle qu'Emmanuel Macron a accepté la main tendue de François Bayrou, la proposition de François Bayrou, est-ce que ça va être plus compliqué à gérer pour François Fillon ou pas ?
Là, il faut revenir là aussi, enfin, je reprends un tout petit peu parce que c'est même encore un tout petit peu plus compliqué que ça. Il a été parti prenant de majorité de droite, mais ce n'est pas un homme de droite. Je le répète, c'est une tradition politique qui est autonome. Il vient du MRP. Le MRP est un parti qui était allié aussi bien avec les socialistes qu'avec des radicaux et des hommes de droite sous la 4e République. Alors, je ne veux pas remonter à Matusalem, mais si vous voulez, les choses sont quand même un peu plus compliquées.
Et c'est toujours, comment vous dire, une sorte de paradigme un petit peu étrange que de dire, ah ben voilà, il va prendre des voix à la droite, il va faire perdre la droite. Mais la droite n'est pas son camp. La droite, c'est autre chose. Pendant un certain temps, le centre a été l'allié de la droite et d'ailleurs une grande partie, la majeure partie des centristes, ils y sont encore. Ils y sont encore et ils ont tous lâché Bayrou en 2002, en 2007, en 2012, consciencieusement. Mais n'empêche que lui, il suit un sillon qui est, le sillon d'ailleurs, qui est l'origine de son mouvement, Marc Sannier.
Ce sillon est un sillon différent et si vous voulez, ça n'est pas illogique pour lui, ça n'est pas totalement incohérent à partir du moment où il considère qu'il y a une droite, qui est une droite dure, voire réactionnaire, qui n'est pas humaniste comme il le souhaite, qu'elle revient des valeurs trop, trop, je dirais, conservatrices. Eh bien, ce n'est pas illogique pour lui de choisir un autre chemin. Yves-Marie Kahn, on spécule sur François Bayrou, il nous préoccupe aujourd'hui parce qu'il a fait un choix, celui d'Emmanuel Macron, mais combien pèse-t-il ? En termes d'élus, il n'en a plus beaucoup. En termes de partis, il reste peut-être des locaux et un logo, mais pas grand-chose.
Combien de divisions pour François Bayrou ? Pas grand-chose, effectivement, si on raisonne selon les termes traditionnels. C'est-à-dire, effectivement, combien de troupes peut-il lui apporter ? On voit bien qu'en termes d'élus, il y en a très peu. En termes de forces militantes, il n'y a plus grand-chose, effectivement, au mouvement démocrate. Mais en revanche, sur le plan symbolique, c'est quand même une prise de choix pour Emmanuel Macron parce que ça lui permet, finalement, de commencer à répondre à l'étape d'après la question du programme, à savoir, Emmanuel Macron, s'il gagne la présidentielle, avec qui gouverne-t-il ? Quelle est son équipe gouvernementale ?
Qui est son futur ou possible Premier ministre ? Ça, ce sont autant d'éléments sur lesquels Emmanuel Macron n'a pas de réponse aujourd'hui. Mais pour revenir sur François Bayrou, il faut penser à François Bayrou en 2007. François Bayrou en 2007, il a connu une dynamique de campagne qui faisait qu'à un moment, le croisement des courbes avec Ségolène Royal était tout à fait possible. Et puis, tout d'un coup, dans l'esprit des Français, s'est posé la question, mais François Bayrou, il gouverne avec qui ? Et à ce moment-là, François Bayrou est apparu très seul. Et c'est à partir de cette période-là qu'on a vu les courbes à nouveau s'écarter entre Ségolène Royal et François Bayrou.
Et tout l'enjeu pour Emmanuel Macron, c'est de ne pas tomber dans ce piège dans les semaines qui viennent, parce que dans ce cas-là, effectivement, la dynamique d'Emmanuel Macron pourrait fléchir. Guillaume Zavard ? Oui, et puis la grande difficulté, c'est que, d'une certaine manière, Emmanuel Macron et François Bayrou ont un profil trop identique. C'est-à-dire que ce sont deux personnalités fortes qui ont une image personnelle dans l'opinion, qui ont un rapport réel avec l'opinion. Peut-être pas la même dans l'opinion, on y vient avec Irmard. Non, qui n'est pas la même, mais je veux dire que c'est un rapport direct et personnel qui ne passe pas par la médiatisation d'une force politique.
Emmanuel Macron n'a pas de parti, n'a pas de force politique derrière lui, et François Bayrou n'a pas non plus de force politique derrière lui. 20 ans prend l'UDEF, la grande UDEF qui faisait jeu égal avec le RPR et que, consciencieusement, pendant 20 ans, il a entrepris, ou les autres ont entrepris, de rapetisser ce parti pour le ramener à ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire plus grand chose en termes de force locale, militante, etc. Or, si Emmanuel Macron est élu président de la République, pour le coup, il aura besoin d'une majorité parlementaire, il aura besoin de gens, surtout s'il est élu, ça voudrait dire qu'il aurait été élu contre Marine Le Pen au second tour.
Donc, il cherchera à recomposer le paysage politique et là, il faudra bien qu'il y ait des forces parlementaires, des élus locaux qui s'organisent autour de lui. Et ces élus, il ne va pas les trouver chez François Bayrou, il va les trouver en partie au PS, en partie à droite, en partie ailleurs, mais ce n'est pas Bayrou qui peut lui apporter ça. Alors, c'est intéressant, il arrive seul, c'est ce que vous laissez entendre, François Bayrou, avec un parti dont il reste plus grand chose et quelques élus. Est-ce qu'il arrive avec des moyens qui seraient ceux du modem, avec de l'argent ?
Alors, ça fait partie aussi, évidemment, il y a une convergence de fonds sur les idées avec Emmanuel Macron, il y a une sincérité dans sa démarche, mais François Bayrou a été aussi contraint à renoncer à l'élection présidentielle pour des raisons évidentes de moyens, de moyens financiers, tout d'abord, puisque son parti n'a pas d'argent, il n'a plus de députés, il n'a plus de financement public, il a eu la bonne idée il y a quelques années d'investir dans un immeuble, mais bon, on ne fait pas campagne avec un immeuble, même s'il est placé dans le secrément arrondissement de Paris, ça ne suffit pas, les sondages étaient très dangereux pour lui puisque au-delà d'un certain score, on n'est plus remboursé, donc il prenait le risque d'un endettement personnel extrêmement fort, François Bayrou n'est pas quelqu'un qui a une fortune personnelle à dépenser dans une campagne, donc je pense que ça a beaucoup joué dans sa réflexion, il risquait de se mettre vraiment en difficulté personnelle, et d'autre part, en effet, pas d'élu pour l'accompagner.
Après, sa grande force, c'est, il bénéficie, et Marie Kahn, je pense, le confirmera, il bénéficie quand même d'une très bonne image dans l'opinion, il est une image qui s'est consolidée au fil des années, il incarne quelque chose d'assez puissant au sein de l'opinion publique. Comment il incarne justement dans l'opinion publique ? Déjà, c'est vrai que François Bayrou, on voit bien baromètre après baromètre, il fait aujourd'hui des parties des personnalités politiques qui ont le capital de sympathie le plus important auprès des Français, dans un contexte où la défiance et la critique à l'égard des politiques est très importante. C'est important la sympathie ? C'est important en tout cas.
Effectivement, il a un capital de sympathie, et puis surtout, pour faire écho à l'actualité de ces dernières semaines autour de François Fillon, finalement, de tous les principaux candidats à l'élection présidentielle, François Bayrou, c'est celui qui, avec Emmanuel Macron, apparaît comme le plus honnête. D'où ce positionnement effectivement intéressant sur la moralisation de la vie politique, parce que ça peut être, là, pour le coup, un facteur qui pourrait permettre à la candidature d'Emmanuel Macron de, finalement, de transcender encore un peu plus les clivages politiques traditionnels. On parle souvent de la gauche et de la droite. C'est un enjeu, effectivement, en termes de...
Il va falloir les transcender pour Emmanuel Macron. Mais il faut quand même garder à l'esprit que ce clivage, il s'est aussi considérablement affaissé au cours des dernières années. Aujourd'hui, vous avez quand même 30 à 40% des Français qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans la droite. Et donc, c'est aussi une opportunité très importante pour le centre. C'est d'ailleurs tout le paradoxe pour François Bayrou, puisque la fenêtre de tir n'a jamais sans doute été aussi importante pour une candidature au centre. Et en même temps, c'est celle à laquelle il est contraint de renoncer. Il est où aujourd'hui le centre ? Dans l'opinion ? Le centre, il est...
On ne peut pas le réduire à l'UDI et au MoDem. C'est-à-dire qu'on voit aujourd'hui, finalement, non pas émerger un centre partisan, mais un centre indépendant. Un peu au sens américain du terme, à savoir qu'on a des individus qui sont à la fois très politisés, au sens où ils s'intéressent à l'actualité politique, ils votent à la plupart des élections, mais en même temps, ils ne sont pas affiliés à un parti politique en particulier. Et donc, un coup, ils vont aller voter au centre gauche, un autre au centre, en l'occurrence, peut-être Emmanuel Macron aujourd'hui, hier, c'était François Bayrou, voire même au centre droit, ce qui aurait pu être envisageable.
Mais ça représente combien à peu près dans l'électorat ? Aujourd'hui, si on se base sur les enquêtes d'intention de vote, si on fait l'addition pure et simple entre les intentions de vote dont était crédité François Bayrou plus celle d'Emmanuel Macron, on voit que le centre au sens large, eh bien, il correspond carrément à un quart de l'électorat potentiel. Jean-Garric. Il y a toujours un socle pour les candidats du centre ou pour le centrisme, au moins 15%. Jean Le Canouet, en 1965, bon, là encore... On aura un petit rappel historique sur l'histoire des centres. Non, mais, donc, il y a un vrai socle. Évidemment, c'est un électorat qui est très fluide.
La base, et je dirais même le fond du corps électoral du centre est beaucoup moins identifiable, et je pense que vous le confirmeriez, est beaucoup moins identifiable aujourd'hui, en tout cas, qu'il ne l'était il y a quelques années. Il y a des régions de force, l'ouest, le centre, où il y a encore des bastions. Il y a des réseaux d'élus, quand même, des réseaux d'élus locaux ou sénatoriaux qui sont assez proches, quand même, des idées de François Bayrou, même s'ils n'ont pas toujours l'étiquette. Il y a donc, il y a quelque chose, au-delà même de l'image personnelle de François Bayrou, pour fendeur des abus de pouvoir, c'était le...
C'était son titre, de son bouquin, pour fendeur des excès, pour fendeur de la corruption, etc., des affaires, et puis aussi, l'homme qui avait dit la vérité sur la dette. Ça, c'était une de ses grandes thématiques. C'est l'un des premiers « perd la rigueur », je veux dire, de la... Avant même François Fillon. Avant même François Fillon. Alors, Bayrou, Macron, les deux hommes partagent une conviction. Le clivage droite-gauche ne correspond plus à la France de 2017. Le patron du Modem en rêvait. Et l'ancien conseiller de François Hollande est en train de le faire.
Une grande alliance transpartisane qui rassemble les progressistes de droite et de gauche et qui pourrait bousculer les équilibres politiques en France. Thomas Jarion, Romain Becker et Michael Spitzberg.
C'est un contre-pied politique, un tournant dans la campagne présidentielle. Après la défaite d'Alain Juppé à la primaire de la droite, François Bayrou a finalement décidé de soutenir Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron est brillant. Ses intuitions et son approche lui ont permis de réaliser une importante percée dans les sondages. Peut-être, enfin, le projet de dépassement des clivages que j'ai porté depuis 15 ans est-il à portée de la main ? Je crois que cette alliance peut être aussi une entente d'homme à homme de courant à courant. Nous avons des approches différentes, des expériences politiques différentes,
des enracinements différents. A plusieurs reprises, François Bayrou le précise, il propose une alliance et pas un rassemblement. Selon ses proches, il a pris sa décision il y a quelques jours après une rencontre avec Emmanuel Macron. Ils auraient conclu un accord politique. C'est en tout cas ce qu'assurait hier le député Jean Lassalle, ancien compagnon de route de François Bayrou. François qui a d'ailleurs en toile de fond l'idée de s'arranger avec Macron pour placer 15 députés. Vous croyez ? Il ne peut pas s'il est candidat, il ne peut pas s'arranger avec Macron. Oui, mais je sais bien que tout peut arriver dans le contexte actuel.
François Bayrou a répondu à sa manière aux nombreux appels du pied lancés par le mouvement En Marche pour un grand rassemblement. Hier encore, le maire de Lyon, pro-Macron, mettait en garde François Bayrou contre les conséquences d'une entrée solitaire en campagne. Si effectivement François Bayrou annonçait demain j'y vais, c'est le risque de faire en sorte qu'au deuxième tour on ait un duel qui se termine à l'issue du deuxième tour par l'élection de Marine Le Pen et ça, ça serait une responsabilité historique. L'alliance proposée par Bayrou vient ponctuer une semaine compliquée pour le candidat d'En Marche.
Alors que les sondages stagnent, il multiplie les déplacements avec un beau coup politique hier à Londres. Rencontre avec la première ministre anglaise Theresa May pour parler Brexit et Europe avant un meeting dans le centre d'une ville qui compte 200 000 électeurs potentiels. L'Angleterre après le Liban, une quête de présidentialité pour un candidat qui veut apparaître neuf. Son inexpérience politique, parfois moquée par François Bayrou, a toujours été assumée par le candidat. Je revendique l'immaturité et l'inexpérience politique parce que leur expérience politique c'est l'inefficacité politique. Pour Macron, aujourd'hui c'est donc la journée des bonnes nouvelles.
Il enregistre ce matin un autre soutien, celui de l'écologiste François de Rugy. Je ne veux pas être un spectateur de l'élection présidentielle. J'aurais pu finalement dire je ne suis pas d'accord avec le projet de Benoît Hamon mais comme j'ai participé à la première, je reste maintenant en attente jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle. Je crois que personne ne comprendrait quand on est un acteur politique qu'on ne participe pas à la campagne présidentielle qui va être déterminante pour l'avenir de la France. Il l'avait qualifié d'hologramme il y a quelques mois. Bayrou voit désormais en Macron la promesse d'une nouvelle donne politique où le centre aurait toute sa place.
Une quatrième campagne présidentielle de suite pour François Bayrou mais cette année en tant qu'allié et non plus candidat.
Alors en effet c'était un rappel judicieux. Il l'avait qualifié d'hologramme il y a quelques semaines, il y a quelques jours où il avait fait référence aussi à son passé d'anciens banquiers. Elles vont être compliquées à gérer ces phrases-là avec cette nouvelle alliance entre Bayrou et Macron. Surtout que Bayrou avait été très loin parce qu'il disait que le parcours même d'Emmanuel Macron posait des problèmes en termes de collusion, d'intérêts divergents entre en gros les intérêts de la grande finance et les intérêts politiques. Il mettait presque en doute un certain nombre de conflits d'intérêts de la part d'Emmanuel Macron.
Il avait même dit très récemment que ce projet lui rappelait le projet de Sarkozy 2007 et dans la bouche de Bayrou ce n'est pas forcément un compliment. Il renvoyait les deux hommes Sarkozy, Macron et maintenant Fillon à des gens qui ont trop parti liés avec la grande finance, avec la grande entreprise et qui, de son point de vue à lui, c'est vrai que Bayrou, Vanessa le rappelait tout à l'heure, a toujours eu cette méfiance à l'égard de l'argent, son côté admirateur de Peggy et d'homme de la terre qui se méfie des puissances financières. Et là, c'est vrai qu'il se rallie à quelqu'un qui est l'exacte antithèse de ce qu'il est et qui représente ce qu'il a toujours dénoncé.
Alors, je dis bien que... Ça les rend complémentaires. On peut toujours dire ça. Et puis surtout, entre-temps, il s'est passé deux événements. C'est la montée inattendue, en tout cas pour François Bayrou, d'Emmanuel Macron qui en a fait, en effet, quand il dit hologramme, c'est qu'il ne le prend absolument pas au sérieux. C'est comme il aurait pu dire une baudruche qui va se dégonfler, il ne le prend absolument pas au sérieux. Et puis, entre-temps, il se passe le Pénélope Gates et les doutes sur la probité de François Fillon. Donc, ça fait deux éléments déclencheurs pour François Bayrou de réviser son jugement, même si...
Ce n'est pas forcément son jugement profond, mais on peut faire alliance avec quelqu'un dont on n'apprécie pas forcément tous les traits de la personnalité. Ce qui est intéressant quand on écoute ses phrases, c'est que François Bayrou ne se met pas au service d'Emmanuel Macron. C'est important de le rappeler. Il ne se met pas au service. Il parle d'alliance, d'entente entre deux hommes. Ça risque d'ailleurs d'être un peu compliqué à gérer pour Emmanuel Macron parce que François Bayrou est tout sauf une personnalité effacée. Il n'a pas l'intention d'être le supplétif d'Emmanuel Macron. Il a beaucoup insisté sur son désir d'exprimer librement, de s'exprimer librement et continuera à le faire.
Il a déjà repris sur ses propos sur la colonisation en Algérie. Donc, il ne se gênera pas. Ça peut être un peu explosif. Alors, on précise qu'Emmanuel Macron a accepté bientôt juste à la fois l'alliance et les conditions naturellement posées par François Bayrou, à savoir une grande loi, à commencer par une grande loi de moralisation de la vie politique. Alors, là, évidemment, on voit qu'il y a une mise en scène entre les deux. Ils ont dû se mettre d'accord. Je fais ma conférence de presse. Après, tu dis oui. Après, bon, voilà, tout ça, c'est... On attend la photo. Voilà, généralement, tout ça se prépare. Ça s'est préparé.
Mais pour revenir, oui, à ce que je disais, je pense qu'Emmanuel Macron ne se doute peut-être pas à quel point il va avoir un animal politique très rodé en face de lui. Quelqu'un qui a exercé pour le coup énormément de fonction, il a été ministre de l'éducation nationale, ce qui n'est pas rien, jeune, qui est maire d'une grande ville. Et ce qui manque à Emmanuel Macron, qui a beaucoup d'expérience politique, qui a tenu tête à Jacques Chirac quand Jacques Chirac a voulu fonder l'UMP, qui n'hésite pas à dire ce qu'il pense. Il ne sera pas facile à gérer. Il ne sera pas facile à gérer. C'est un allié compliqué.
Et ce n'est pas sûr qu'Emmanuel Macron ait tout à fait compris avec qui il faisait une entente. Il a fait entrer le loup dans la bergerie, nous dites-vous, Vanessa Schneider. C'est possible. Je connais en bergerie François Laché. Oui. Non mais le... La curie plutôt. Oui, c'est plutôt... Et les chevaux aussi. Oui, aussi. C'est un éleveur. Si vous voulez bien, on avance. Ce que je voulais dire, c'est qu'en même temps, ils se sont vus quand même à plusieurs reprises. Peut-être eu comme ça, on a tourné autour d'un certain nombre de questions. Mais c'est vrai que la loi de moralisation, ça va être l'aspect finalement le plus facile du contrat, du contrat d'alliance qui est négocié entre eux.
Parce que... Quelles sont les autres conditions ? Les autres conditions, alors il y en a une qui portera sans doute sur la représentation proportionnelle, l'instillation proportionnelle. Ça, ça peut peut-être convenir à cette gauche pragmatique que représentait Macron, gauche réformiste. C'est une idée qui court depuis très longtemps aussi dans la mouvance d'où est issu Emmanuel Macron. Mais ce qui va faire plus de problèmes, évidemment, c'est tout le volet social et la manière de socialiser le programme d'Emmanuel Macron qui a priori est un programme quand même très libéral. Donc là, c'est là peut-être que des tensions peuvent surgir. J'ai besoin de vos lumières.
Lorsque François Bayrou dit « Je souhaite qu'il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche sans cesse à réduire la rémunération du travail indépendant ou salarié. » C'est à ça que vous pensez ? Oui, c'est bien sûr à ça que je fais allusion. Je pense que François Bayrou est attaché à sauvegarder le socle de tout ce qui constitue notre État-providence ou la protection sociale. C'est sa sensibilité de chrétien social qui parle. Et là... L'ubérisation, ce n'est pas trop son trait. Et voilà. Ça, c'est un vrai... Et ça peut être une pomme de discorde, mais j'imagine aussi qu'ils ont de quoi négocier.
Ce qui est intéressant dans les profils des deux, c'est ce que vous nous disiez tout à l'heure. C'est-à-dire, c'est le maire de Pau, qui a été un élu terrain, qui incarne ce rapport à la terre avec Emmanuel Macron. Ça fait une différence ? Ça peut être perçu comme une complémentarité à votre avis ? Oui, ça peut être une complémentarité parce qu'effectivement, François Bayrou, il apporte son expérience, ses qualités qui sont reconnues des Français à un jeune candidat à l'élection présidentielle.
Il y a d'ailleurs une qualité qui peut être très importante pour Emmanuel Macron compte tenu des difficultés qu'il a vécues au cours de ces derniers jours, c'est que François Bayrou, il a l'expérience de trois campagnes présidentielles. Ce que n'ont pas beaucoup de personnes, voire aucune des personnes qui entourent aujourd'hui Emmanuel Macron. Donc, les conseils de François Bayrou sur ce plan-là pourraient quand même être un avantage, en tout cas, apporter quelque chose à la candidature. Et si on prend le sujet à l'envers, on peut aussi se dire que c'est un François Bayrou, c'est, sans être désagréable, un vieux de la vieille, il en a fait des campagnes, il est du système.
Est-ce qu'il ne plonge pas Emmanuel Macron du côté de l'ancien monde ? À votre avis, Guillaume Tabard, c'est le risque aussi ? Un peu, surtout que, finalement, François Bayrou, il n'en est pas à sa première tentative d'alliance. On l'a rappelé tout à l'heure, il a d'abord voulu faire alliance avec Alain Juppé. Alors, je veux bien qu'il ne soit pas en accord avec la ligne libérale d'Emmanuel Macron, mais quand on regarde de près le programme d'Alain Juppé, en économie, c'est un programme très clairement libéral et qui, à l'époque, n'avait pas l'air de choquer tant que ça François Bayrou.
Et on a vu Bayrou, en 2012, faire le choix de François Hollande, puis dire, et même écrire, et écrire brillamment que Hollande, ce n'était plus possible et qu'il fallait l'alternance, d'où le choix d'Alain Juppé. Alain Juppé, ça ne marche pas et maintenant, il revient vers un autre candidat. Opportuniste, dites-vous. Vous ne le dites pas, mais vous le pensez ? J'allais dire que François Bayrou a passé l'âge d'être opportuniste, mais en termes de clarté, il y a peut-être mieux. Mais il y a quand même une cohérence parce qu'il y a une partie des gens qui se sont portés sur Alain Juppé qui sont allés aussi chez Macron.
Donc, le cas de François Bayrou n'est pas du tout isolé dans les soutiens d'Alain Juppé qui sont allés vers Macron. Dans les électeurs, non, dans les électeurs.
Dans les électeurs,
effectivement. Il y a une autre dimension, si j'ai deux minutes. Vous les avez. Merci. C'est juste pour dire qu'au-delà de ce clivage droite-gauche, ce qui motive, c'est l'argumentaire de Bayrou, c'est la situation exceptionnelle. Et là, on entre dans un autre type de débat entre les anciens, enfin l'ancien, je ne veux pas employer le thème de système, parce que c'est vrai qu'il y a toutes les sauces. Ils ont l'ancien modèle, l'ancien paysage politique et puis quelque chose qui apporterait ce renouveau, cette innovation que beaucoup de Français appellent de leur vœu.
Et donc là, c'est sur ce terrain-là, je pense, qu'il se place pour justifier son engagement qui peut apparaître comme opportuniste à certains, mais qui en même temps est un vrai changement de problématique. C'est là qu'elle aime la modernité de François Bayrou aussi, c'est ça que vous voulez dire ? Et qu'il retrouve celle d'Emmanuel Macron ? En tout cas, c'est là qu'il peut retrouver Macron, oui. Justement, quels sont les points communs entre Macron et Bayrou ? Question posée par une téléspectatrice ou un téléspectateur de Cédans L'Air.
Au-delà de cette façon, on l'a bien compris, de concevoir l'absence de clivage et la volonté de faire un grand rassemblement entre les progressistes sur le fond, sur le programme économique, sur la question des valeurs, est-ce qu'il y a des passerelles évidentes entre les deux ? Moi, je pense que sur la question des valeurs, oui, il y en a, clairement. Il n'y a pas tellement de doutes s'il y a des... Après, c'est un peu compliqué puisqu'on ne peut pas à la fois dire qu'on n'a pas encore le programme de Macron et de dire qu'ils sont incompatibles. Justement, Emmanuel Macron est en construction d'un programme, donc j'imagine que s'il passe une alliance avec François Bayrou, c'est aussi...
Et d'ailleurs, François Bayrou l'a bien dit qu'il entend que certaines de ses propositions soient intégrées à ce programme. Au départ, on pourrait penser qu'Emmanuel Macron est plus libéral sur certains plans, mais on a vu qu'il était capable de changer la vie aussi entre l'écriture de son livre et les discours qu'il a fait récemment. Donc, tout ça, c'est un processus en construction. Alors, vous me direz, on est à deux mois et c'est le temps de clarifier, mais comme en ce moment, tout le paysage étant tellement bouleversé que oui, je pense qu'il y a évidemment des points de convergence qui vont être trouvés.
Je pense qu'il y en a un, notamment, c'est l'Europe dans un contexte où il y a bien sûr ceux qui sont clairement anti-européens comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, mais le discours dominant que ce soit à gauche, à la gauche en tout cas de Benoît Hamon et même la droite de François Fillon qui a une forme de scepticisme à l'égard de l'Europe, Macron et Bayrou sont un peu les deux seuls qui croient ou qui veulent encore tenir un discours qui se veut positif, peut-être idéaliste, mais en tout cas positif sur l'Europe.
C'est même, on peut dire qu'au fond, Emmanuel Macron s'est montré presque plus offensif sur ce terrain qui était la chasse gardée justement du centre des démocrates chrétiens pendant des années que Bayrou avait un tout petit peu oublié depuis quelque temps et je pense que c'est une occasion aussi de reformuler un projet européen. Franchement, ça serait quand même bien dans le débat politique qu'on puisse avoir quelque chose là de créatif. Yves-Marie Kahn, ça pèse ça dans l'opinion, avoir un projet européen enthousiaste ? Enthousiaste et enthousiasmant, porteur de progrès effectivement pour les Français.
Je pense qu'effectivement, l'Europe, c'est quand même sans doute le principal point de convergence entre François Bayrou et Emmanuel Macron au-delà notamment des questions qui peuvent porter sur la moralisation de la vie politique. Et ce qui me paraît intéressant sur ce sujet, c'est qu'en plus, ça permet d'installer Emmanuel Macron dans un clivage qui l'oppose non pas forcément à Benoît Hamon et François Fillon mais directement par rapport à la ligne de repli qui est incarnée par Marine Le Pen. Et ça, ça peut aussi aider Emmanuel Macron d'autant plus qu'on sait que les Français sont très critiques aujourd'hui à l'égard de l'Europe.
On ne va pas se mentir, jamais on a atteint des niveaux de scepticisme aussi importants par rapport au projet européen mais en même temps, les Français ne sont pas, ne sont ni pour la sortie de l'euro ni pour la sortie de l'Union Européenne. Un Frexit aujourd'hui, ça effraie une majorité de Français et notamment les plus âgés, les retraités qui eux ne veulent pas entendre parler de cette perspective.
En revanche, apporter des solutions nouvelles à la construction européenne, corriger un certain nombre de biais, notamment le fait qu'on a une Union Européenne qui ne maîtrise pas ses frontières géographiques, apparaît comme le cheval de Troie d'un libéralisme débridé face à une mondialisation galopante, ça effectivement, tout en restant dans le cadre du projet européen, il y a matière effectivement à proposer un projet enthousiasmant pour les pro-Europe et de s'opposer dans le même temps à Marine Le Pen. Est-ce qu'on peut imaginer un ticket ?
On n'imagine pas une seconde que François Bayrou se dise « bon, je propose une alliance, je pose casse-condition et puis je vais faire mollement la campagne en attendant de voir les résultats ». Est-ce que ce qui va se passer là, c'est un ticket ? Est-ce qu'on peut imaginer à l'onziguément un François Bayrou à Matignon ? Qu'est-ce qui est en train de se dessiner ? Ce sont deux personnalités très fortes. François Bayrou a la dimension pour être candidat à la présidentielle. Comment est-ce que ça peut se dessiner cette collaboration, cette alliance ? Qui pose des conditions ? Alors François Bayrou a été très prudent.
Je pense que chaque mot a été pesé voire validé préalablement avec Emmanuel Macron. Il dit bien c'est le candidat qui dirige, c'est le président qui choisit après avec qui il travaille et il n'y a pas de ticket en politique. Il emploie l'expression. Donc voilà, il fait... Qu'est-ce qu'il faut comprendre ? Ça veut dire je ne prétends pas être au même niveau. Il emploie les mots qu'il faut pour satisfaire Emmanuel Macron.
Après, que François Bayrou ait l'envergure d'être un Premier ministre, oui, tout à fait, il a l'envergure d'être un Premier ministre, d'autant plus que quand on regarde l'entourage politique d'Emmanuel Macron qui va certainement évoluer au fil du temps, surtout s'il prend de plus en plus d'ampleur dans les sondages, on peut penser qu'il y aura des ralliements de poids qui viendront successivement, qui arriveront successivement autour de lui. Pour l'instant, François Bayrou fait figure de plus qualifié, de plus gradé pour exercer ce type de responsabilité.
Donc un tandem n'est pas inenvisageable de la même façon que le tandem Sarkozy-Fillon était une évidence pendant la vie de la campagne de Nicolas Sarkozy. Précédemment, je pense qu'il n'y a pas la même évidence. Pourquoi ? Pour l'instant, parce qu'il n'y a pas d'autre politique autour d'Emmanuel Macron d'envergure. Bien sûr. On l'a entendu, François Bayrou, tout centriste qu'il est, a intégré depuis très longtemps les institutions de la Ve République. Et d'ailleurs, il l'a dit, il y a un seul président de la République, c'est lui. Oui, là, c'est pour donner des gages à Macron. Bien sûr.
Mais on peut penser aussi qu'Emmanuel Macron, vu son style, vu ce qu'il est, il sera un président qui présidera et qui dirigera la France. Or, qu'est-ce que... S'il est élu. S'il est élu. S'il est élu. Qu'est-ce qu'un Premier ministre ou la Ve République ? C'est d'abord et avant tout le chef de la majorité parlementaire. Or, il ne faut pas oublier que François Bayrou n'est plus député depuis maintenant pas mal d'années, qu'il n'a pas de trou parlementaire à lui. Donc, autant François Fillon, lui, passe à Sarkozy, c'était un parlementaire, il y avait le groupe RPR, etc.
Mais je pense que là, on anticipe beaucoup, beaucoup, parce que dans l'hypothèse où Emmanuel Macron arriverait à l'Elysée, de toute façon, tout sera recomposé. Et s'il y a une majorité présidentielle, ça sera une majorité présidentielle complètement renouvelée. Alors, ben, laissez Guillaume Tabard finir. Oui, mais je pense que François Bayrou, qui a peut-être d'autres qualités, n'a pas celle de savoir gérer une majorité parlementaire. On anticipe un peu sur ce qui va se passer. Déjà, il faut qu'ils apprennent à travailler ensemble, comme vous le disiez à l'instant, Vanessa Schneider, et visiblement, ça ne sera pas évident.
François Bayrou va donc tenter d'écrire une nouvelle page dans l'histoire du centre avec cette alliance inédite, pas sûre que ses anciens camarades du centre, ses camarades centristes, approuvent tous son choix sans état d'âme. Comme le disait Mitterrand, le centre est une variété molle de la droite et les œillades à gauche du patron du modem ont toujours du mal à passer. Retour sur l'histoire d'une famille politique longtemps coincée entre la droite et la gauche. Laurent Hirsch.
1965, première élection présidentielle au suffrage universel direct en France. Les électeurs découvrent alors un candidat qui passe pour la première fois à la télévision.
Je suis Jean Le Canuet. J'ai 45 ans. C'est l'âge des responsables des grandes nations modernes.
Crédité au départ de 3% des intentions de vote, le sénateur centriste fait une campagne dynamique. Résultat, au soir du premier tour, ce candidat traité l'hégénique, vite surnommé Dents blanches, fait une percée remarquée derrière De Gaulle et Mitterrand.
M. Jean Le Canuet, qui a voté à Rouen, est en troisième position avec 16% des suffrages.
C'est alors que débute la montée en puissance du centre sous la Vème République. Suite à la démission du général De Gaulle en 1969, Alain Poher, alors président du Sénat, parvient au second tour avant de perdre face à Georges Pompidou. Cinq ans plus tard, les centristes se choisissent un candidat de 48 ans. Ex-ministre de l'économie et des finances, Valéry Giscard d'Estaing est adepte d'un contact direct avec les Français. Il n'hésite pas à se montrer sur un terrain de pétanque ou encore de football. Droite au but, il finit deuxième du premier tour. Une qualification pour le duel final qu'il fête joyeusement avec ses partisans.
Pour l'entre-deux tours, Valéry Giscard d'Estaing marque les esprits lors du débat face à François Mitterrand avec notamment une tirade restée célèbre.
Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur. Vous ne l'avez pas. J'ai un cœur comme le vôtre qui bat sa cadence et qui est le mien. Vous n'avez pas le monopole du cœur. Et ne parlez pas aux Français de cette façon si blessante pour les autres.
Valéry Giscard d'Estaing brise alors la malédiction des centristes. Le 20 mai 1974, il accède à l'Elysée avec 50,81% des voix. Sept ans plus tard, c'est le match retour cette fois-ci Valéry Giscard d'Estaing père face à François Mitterrand. 1988, c'est Raymond Barre le candidat des centristes. Longtemps favori des sondages, celui que l'on appelle le meilleur économiste de France arrive finalement troisième du premier tour derrière François Mitterrand et surtout Jacques Chirac à qui il apporte immédiatement son soutien.
Jacques Chirac fera face le 8 mai prochain au candidat socialiste. Je lui offre tous mes voeux de succès.
Après avoir soutenu Edouard Balladur en 1995, les centristes se tournent vers François Bayrou sept ans plus tard. Les débuts sont difficiles mais sa campagne connaît une nouvelle dynamique après un fameux geste dans un quartier populaire de Strasbourg.
Le candidat de l'UDF
arrive quatrième du premier tour avec 6,84% des voix. Cinq ans plus tard, rebelote. Bayrou est à nouveau candidat. Nous ne sommes pas là
pour faire un score. Nous ne sommes pas là pour obtenir un succès.
Nous sommes là pour une seule chose. Nous sommes là pour gagner. Il finit au pied du podium, troisième, avec 18,57% des suffrages. 2012, jamais 203. François Bayrou repart en campagne. À l'arrivée, nouvelle déception pour le candidat du centre. Il recueille 9,13% des voix et termine cinquième du premier tour.
Je vais m'adresser aux deux candidats sélectionnés pour le deuxième tour.
J'écouterai dans les jours qui viennent leur réponse et je prendrai mes responsabilités. Cinq ans plus tard, pas de quatrième candidature pour François Bayrou. Bayrou, il s'efface devant Emmanuel Macron qui concentre désormais les espoirs des centristes pour l'élection présidentielle à venir.
Peut-on dire qu'Emmanuel Macron est un centriste ? En tout cas, il occupe l'espace du centre. Il est central. Il est central. Le centrisme, c'est autre chose. Le centrisme, c'est une tradition politique à laquelle François Bayrou peut s'identifier. On peut dire aussi que c'est un tropisme de la vie politique française qui pousse la droite à aller vers le centre et la gauche aussi à aller vers le centre chaque fois qu'elle est au pouvoir. Il y aurait aussi ça. Ça fait partie de la réflexion. Mais en tout cas, Emmanuel Macron, il est de facto dans cet espace puisqu'il vient d'une gauche quand même réaliste, pragmatique, réformiste. mais il n'est pas à droite non plus.
Sur certaines questions, son libéralisme pourrait l'assimiler au camp de la droite. Mais enfin, je pense qu'on va voir dans son programme qu'il y a un certain nombre d'éléments qu'il en distingue singulièrement. Donc, on peut considérer qu'il est dans cet espace du centre. Guillaume Tava. Oui, le problème, c'est que l'on sort de cette histoire de tous les candidats centristes de 1965, mais que le centre finalement n'a jamais signifié la même chose. Le centre de Le Canuet en 1965, c'est clairement le choix de l'Europe contre De Gaulle. Plus loin, quand on voit Raymond Barr, Raymond Barr, c'est le libéralisme face au gaullisme d'une certaine manière. Bayrou, c'est encore autre chose.
Bayrou est né dans la tradition démocrate chrétienne, mais c'est lui qui a laïcisé son parti et qui a coupé le CDS de ses racines des démocrates chrétiennes initiales pour créer quelque chose de nouveau. Giscard, c'était aussi particulier, c'était à la fois le centrisme, le renouveau par rapport au gaullisme, mais le Giscardiste c'était aussi la droite non-gaulliste, pour dire plus clairement la droite algérie-française qui a fusionné avec le centre. Donc vous voyez, c'est jamais la même chose et donc on a du mal à définir cet espace et finalement, on peut davantage définir le centre par cet espace qui est le révélateur des manques ou des faiblesses des autres camps.
Est-ce que ce n'aurait pas plus de sens d'arrêter de parler des centristes, de parler des progressistes ? C'est ce que dit Emmanuel Macron, il dit l'alliance des progressistes de droite et de gauche. Mais ce serait aussi... Alors, oui, l'alliance, oui, mais le terme de progrès, on peut l'appliquer à n'importe qui, à n'importe quel moment. Non, il y a quand même des points de convergence. On parlait tout à l'heure de l'Europe. Il y a une sensibilité des centres, quels qu'ils soient, d'ailleurs, que ça a été Jean Le Canouet, Alain Poer en 1969, Poerman, ou Valéry Giscard d'Estaing qui voulaient regarder la France au fond des yeux.
Bon, et Raymond Barr, il y a toujours eu l'Europe quand même comme point de repère. Il y a une sensibilité républicaine et parlementaire aussi qui est quand même importante. Ce n'est pas des bonapartistes, ce n'est pas des gens qui veulent gouverner à la Hussard. Ils veulent faire leur place à la représentation aux parlementaires. Et puis, c'est la République aussi. La République, c'est quand même une thématique importante chez eux. Alors, c'est vrai que là aussi, on se bouscule au portillon. Et c'est... C'est le républicain. Non. Mais ce n'est pas le socialisme en tout cas. Et ce n'est pas non plus l'ultralibéralisme.
Ce qui est intéressant dans la déclaration de François Bayrou, dont on a vu quelques extraits tout à l'heure, c'est qu'il n'en fait pas des tonnes sur Emmanuel Macron. Il dit assez rapidement que c'est un garçon brillant. Mais voilà, il aurait pu en faire un peu plus, non ? Non ? Oui et non. Parce que déjà, le fait même qu'il lui propose une alliance est énorme. C'est suffisant. Pour lui, déjà, pour lui, c'est très difficile. Pour ce qui reste de son entourage aussi, puisque visiblement, son entourage n'avait pas été mis au courant. En tout cas, les militants au sein du Modem et les réactions étaient assez consternées. Donc, il a déçu dans ses propres amis politiques ceux qui lui restent.
Il aurait espéré qu'il fasse une campagne de plus. Donc, bon, il n'allait pas en plus tresser les lauriers outre mesure d'Emmanuel Macron. Mais pour revenir sur cette question du centre, il existe, moi, je dirais qu'il existe un espace central, mais qu'il n'est plus incarné dans des partis. Pas plus que le Modem de François Bayrou ne représente quelque chose. L'UDI ne représente rien. Ils sont où, l'UDI ? Petit rappel, ils sont... Ils sont complètement éclatés. Parce que d'abord, ils n'ont pas choisi entre les différents leaders. Ils ont chacun misé sur des candidats différents. L'un sur Sarkozy, l'autre sur le maire, le parti officiellement sur Alain Juppé. Donc, ils se sont tous plantés.
Là, ils ont le peu qui restait. Maurice Leroy et Hervé Morin sont partis créer une autre sous-partie. On en est au centième sous-partie. Est-ce que tout ce petit monde-là peut se retrouver derrière Emmanuel Macron ? Non, non, non. Parce que certains sont clairement à droite et certains sont clairement derrière François Fillon. Donc, on a une myriade de candidats. On peut rajouter Ramayad qui était en ce moment à l'UDI et qui espère obtenir des parrainages. Donc, c'est une famille qui est extrêmement éclatée. Et nous passons maintenant à vos questions. En quoi va consister cette alliance ? Quelle est la différence avec un rassemblement, Guillaume Tabard ? C'est tout le problème.
Je crois qu'il y a un véritable angle mort de cette alliance parce qu'il faut quand même le dire. Ce qu'on a vécu aujourd'hui, ce n'est pas tant un acte politique de soutien, c'est avant tout un drame personnel. François Bayrou vit aujourd'hui un drame personnel qui est l'enterrement
de son projet personnel. Alors, il l'habille sous la forme de cette offre d'alliance. On va voir très rapidement
qu'il y aura des accords sur les fameux projets de loi dont on a parlé. Mais voilà, François Bayrou n'a pas le projet d'une alliance politique. Il a comment habiller un redoncement personnel ? Parce qu'il ne pouvait pas aller à la présidentielle, selon vous. Moi, je ne suis pas tout à fait d'accord parce que la différence entre une alliance et un rassemblement, c'est qu'une alliance, ça peut être entre deux personnes. Un rassemblement, c'est plutôt entre deux mouvements et ni Emmanuel Macron ni François Bayrou n'ont de partis politiques derrière eux. Donc, en effet, il s'agit clairement d'une alliance.
Cette alliance, elle peut avoir un effet d'opportunité que Guillaume Tabard souligne très justement et d'un renoncement il dit dramatique, en tout cas, qui doit être dur pour François Bayrou, mais c'est aussi une alliance idéologique. Là-dessus, je pense qu'il n'y a pas de doute. On ne parle pas d'alliance de la carpe et du laveur. Il y a beaucoup de questions ce soir. Pourquoi le modem est-il en perte de vitesse ?
Il est en perte de vitesse parce que la stratégie qu'avait choisie, enfin, c'est plus qu'une perte de vitesse, c'est plus grand-chose, c'est vrai, il faut le reconnaître, le modem, c'est parce que la stratégie qu'avait choisie François Bayrou, finalement, avait été refusée par l'ensemble de tous ceux qui étaient autour de lui. Il a perdu énormément d'élus dès l'élection de 2007. Lorsqu'il a créé le modem, justement, il a perdu la plupart de ses élus, des élus nationaux parce qu'il reste des réseaux d'élus locaux. Les électeurs n'ont pas compris qu'ils rompent précisément cette alliance traditionnelle avec la droite.
On lui a beaucoup reproché ensuite en 2012 d'avoir fait perdre Nicolas Sarkozy, ce qui est quand même un peu un abus de langage parce qu'il y a d'autres facteurs qui ont fait perdre Nicolas Sarkozy. C'est vrai que là, il s'est beaucoup isolé. On dit aussi qu'il a un mode de gouvernance assez solitaire, assez personnel. Mais je pense que fondamentalement, c'est ça, c'est qu'il a choisi une autre voie. François Bayrou ne se fâche-t-il pas définitivement avec la droite ? Yves-Marie Kahn, à votre avis ? Je pense que François Bayrou était déjà fâche avec la droite. Ou plutôt, la droite était déjà fâche avec François Bayrou.
Et quand on dit la droite, il faut faire bien attention de qui l'on parle. C'est essentiellement les anciens électeurs de Nicolas Sarkozy et donc les sympathisants républicains aujourd'hui. Comme le disait Jean Garrigue, il y en a beaucoup effectivement chez eux qui l'ont encore en travers de la gorge et qui estiment que c'est François Bayrou qui a contribué à la victoire de François Hollande en 2012. Donc finalement, en faisant cette alliance, François Bayrou, il ne perd pas grand-chose, en tout cas du côté de la droite.
Maintenant, il reste à savoir ce qu'il peut gagner pour l'avenir parce que François Bayrou, il a renoncé à une ambition présidentielle et il ne s'est pas retiré de la vie politique. Donc maintenant, il traduise dans les semaines qui viennent ou au-delà de l'élection présidentielle si Emmanuel Macron gagne le scrutin. Bayrou serait-il un des derniers politiques à faire preuve d'une certaine éthique ? J'espère que non. Il faut espérer que non et on le rappelle régulièrement ici. Ce n'est pas parce qu'il y a des personnalités politiques qui se conduisent mal que ça représente évidemment l'ensemble de la classe politique et des responsables politiques.
L'immense majorité des politiques reste honnête, scrupuleuse mais c'est vrai que François Bayrou porte ce discours depuis de longues années. Yves Marigan ? Oui, ce n'est sans doute pas la seule personnalité politique mais en revanche sur le plan national c'est l'une des rares personnalités politiques qui bénéficient d'un tel capital en termes d'honnêteté et de probité. Il y a 55% des Français qui le considèrent comme honnête. 55% des Français aujourd'hui lorsque dans le même temps on est uniquement à 16% pour François Fillon.
Alors il y a le poids des affaires mais quand on voit l'écart entre les deux et sachant qu'Emmanuel Macron en gros on est à du 50-50 on voit bien quand même que ça peut être un argument aussi de poids dans les semaines qui viennent pour corneriser encore un peu plus François Fillon. Emmanuel Macron devient-il l'homme fort parmi les candidats ? Il était déjà l'un des potentiels vainqueurs de cette élection présidentielle mais je crois qu'il ne faut pas non plus surdimensionner un soutien ou un ralliement. Une présidentielle ça reste avant tout une campagne personnelle et c'est le candidat personnellement qui sera jugé par les électeurs.
On a le sentiment en ce moment qu'Emmanuel Macron est dans une passe difficile parce qu'il y a eu la gaffe sur l'Algérie ou le jugement sur l'absence de culture française qui à mon avis pèse lourd parce qu'Emmanuel Macron qui avait une image d'homme de rassemblement a montré aujourd'hui que c'était aussi quelqu'un qui provoquait du clivage dans le pays. Et je pense que là-dessus c'est lui personnellement qui sera jugé avec ou sans le soutien de Bayrou. Le mouvement En Marche est-il une machine à recycler le personnel politique ? Elle est intéressante cette question. Ah oui.
On sait par exemple que certains anciens compagnons éphémères de François Bayrou comme Corinne Lepage par exemple on rejoint Emmanuel Macron mais globalement le projet quand même d'Emmanuel Macron c'est un renouvellement de la classe politique et dans ce... C'est bien le sujet que pose cette question-là. Alors mais dans le choix précisément des candidats pour les législatives on sait qu'il y a des conditions très strictes très draconiennes pour que ce soit des hommes nouveaux qui arrivent ce qui d'ailleurs va... Est-ce que ça va être en convergence avec la stratégie de François Bayrou ? Est-ce que François Bayrou va entrer aussi dans cette dynamique-là ?
Mais en tout cas je pense que ce serait quand même un peu réducteur de considérer le mouvement En Marche comme une machine à recycler les anciens alors qu'au contraire au moins il y a des efforts pour donner une place aux femmes pour donner une place à la société civile ça peut apparaître ça peut apparaître comme tel s'il y a des alliances des ralliements de cette nature c'est ce que suggère cette question C'est la force et la fin de l'est d'En Marche c'est-à-dire pour l'instant En Marche c'est essentiellement composé en effet de citoyens de personnalités engagées mais pas de vieux de la vieille de la politique on peut s'attendre à des ralliements en cascade s'ils continuent à progresser dans les sondages et là ça deviendrait oui certain compliqué à gérer écoutez cette question de se sentir dépossédé écoutez cette question Macron a-t-il fait une erreur en acceptant le rapprochement avec Bayrou cela peut-il ternir son image de renouveau moi je pense pas quand même parce qu'il avait besoin d'un homme d'expérience et une stature nationale à ses côtés parce que c'est là-dessus qu'il est faible c'est sur son manque d'expérience sa jeunesse le fait qu'il n'ait pas été élu ce sont des choses qui lui sont reprochées donc là le soutien de François Bayrou le leste de ce point de vue-là avec Bayrou allié à Macron Fillon se retrouve-t-il à l'étroit entre l'extrême droite et le centre Guillaume Tabard pas forcément tout le défi de François Fillon c'est au contraire de rassembler la droite théoriquement avant cette affaire la droite avait quand même un espace électoral assez large et clairement on a vu qu'Alain Juppé a renouvelé son soutien dans des termes très Juppé c'est-à-dire vraiment du bout des lèvres et avec toute la chaleur dont il est capable à l'égard de celui qui l'a battu à la primaire mais il n'empêche que politiquement la droite se reconstitue il y a un problème d'image personnelle de François Fillon qu'il doit reconstruire mais voilà et d'une certaine manière le départ de François Bayrou définitif du côté de Macron peut aider la droite aussi à se reconstruire sur son périmètre à elle je ne suis pas tout à fait certain en tout cas je pense qu'il faut avoir à l'esprit que la droite aujourd'hui même si on parle de droitisation de la société française chose qu'il faudrait nuancer mais qui mériterait un débat la droite en elle seule si on la réduit finalement au centre droit l'UDI Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et les Républicains qui constituent la majorité des sympathisants de droite ça fait 20 à 25% des Français aujourd'hui donc on voit bien que l'enjeu pour la droite si elle souhaite gagner l'élection présidentielle ça va être aussi d'aller au-delà de son camp traditionnel si Macron est élu Bayrou risque-t-il de subir le même sort qu'avec Hollande en 2012 celui d'être tenu à l'écart du pouvoir la différence c'est qu'il avait apporté son soutien à François Hollande pour l'élection alors que là c'est une alliance bien en amont donc on peut penser qu'ils auraient discuté de ça avant une dernière question très vite François Bayrou est-il un atout ou un boulet pour Emmanuel Macron très vite c'est plutôt un atout et ne sous-estimant pas la dimension éthique et politique de son choix merci à vous tous c'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h15 on se retrouve demain 17h50 pour un nouveau C'est dans l'air tout de suite c'est à vous belle soirée sur France 5 pour un nouveau C'est dans l'air
François Bayrou