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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 25 décembre 2021 37 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & internationalÉducation & recherche

Édith Cresson : "Me nommer Premier ministre, c'était prendre un risque vu la misogynie de la classe politique !"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 32 %Attaque 23 %Défensif 37 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:06OuverteRéponse directe

    Pourquoi, à votre avis, après vous, il n'y a pas eu d'autres femmes à Matignon ?

  • 1:32OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous souvenez du jour où François Mitterrand vous a proposé ce poste ?

  • 2:28OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il vous avait prévenu des difficultés qui pourraient vous attendre au poste de Premier ministre ?

  • 3:01OuverteRéponse directe

    Est-ce que François Mitterrand savait qu'en tant que femme, vous risquiez de rencontrer plus de difficultés ?

  • 3:51OuverteRéponse directe

    Racontez-nous dans quelle ambiance vous étiez sous le feu de la mitraille.

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Et au sein du Parti Socialiste, comment a été accueilli votre nomination ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24InvitéFait
    « Et compte tenu de la misogynie formidable de la classe politique française, c'était pas mettre tous les atouts de son côté, c'est sûr. »
  • 2:34InvitéFait
    « Non, mais pas à ce point-là. Ce n'est pas cette hargne extraordinaire, cette méchanceté gratuite, toutes ces fausses informations. »
  • 3:08InvitéFait
    « Oui, je pense qu'il le savait. Mais enfin, il partait du principe que, comme il m'a dit, qu'il ne voulait pas terminer son mandat sans qu'une femme était Premier ministre. »
  • 4:05InvitéFait
    « François Daubert. Voilà la pompadour, oui, François Daubert. »
  • 4:49InvitéFait
    « le bébé de chaud à la télévision me représentait sous l'aspect d'une panthère lubrique qui se roulait au pied de François Mitterrand »
  • 5:50InvitéFait
    « Oui, eh bien, quand j'étais au commerce extérieur, je m'étais opposée à une importation massive de voitures japonaises qui concurrençaient vraiment les nôtres. »
  • 6:30InvitéFait
    « ils travaillent comme des fourmis »
  • 8:07InvitéFait
    « il y a toujours les mêmes injures quand une femme monte à la tribune de l'Assemblée nationale. Vous savez, surtout après le déjeuner, quand ils ont eu un coup, ils crient à poil. »
  • 8:25InvitéFait
    « le président de l'Assemblée nationale a pris une disposition, c'est-à-dire que les députés qui insultent une femme, on leur prélèvera la moitié de leur salaire le mois d'après. »
  • 15:10InvitéFait
    « sans difficulté du fait que j'étais une femme le problème n'a même pas été posé ça n'a même pas été évoqué c'est quelque chose qui allait de soi »
  • 20:23InvitéFait
    « j'ai créé l'intelligence économique »
  • 21:00InvitéFait
    « et qui est la première entreprise d'intelligence économique d'Europe »
  • 23:08InvitéFait
    « l'industrie c'est fini maintenant c'est les services »
  • 27:11InvitéChiffre
    « 70% de résultats positifs »
  • 28:26InvitéFait
    « la faiblesse l'inégalité des chances la panne de l'ascenseur social »
  • 31:09InvitéFait
    « c'est une catastrophe »

Temps de parole

  • Invité59 %
  • Présentateur28 %
  • Locuteur non identifié13 %

3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:13
Présentateur

Bonjour, soyez les bienvenus dans l'émission Politique. Dans un instant, je serai rejoint ici par l'historien Nicolas Rousselier. Notre invitée aujourd'hui est la seule femme en France à avoir été nommée Premier ministre à Matignon, avant et après elle, que des hommes. Nous allons passer 45 minutes avec vous, Madame Edith Cresson. Bonjour.

0:31
Edith Cresson

Bonjour.

0:43
Présentateur

Edith Cresson, vous avez donc été Premier ministre de François Mitterrand pendant un peu plus de 10 mois, du 15 mai 1991 au 2 avril 1992. Jusqu'ici, seule femme à avoir occupé ce poste, pour reprendre l'expression de ma consœur Raphaël Baquet, dans l'enfer de Matignon. Peut-être nous direz-vous ce que vous pensez de cette expression. Mais d'abord, il y a une question toute simple que je me pose et que je vous pose. Pourquoi, à votre avis, après vous, il n'y a pas eu d'autres femmes à Matignon ? Pour quelles raisons ?

1:11
Invité

Ça, je ne sais pas. Il faut demander au président de la République successif. Je ne sais pas. Je pense qu'ils ont hésité parce que c'était quand même une certaine façon de prendre un risque. Et compte tenu de la misogynie formidable de la classe politique française, c'était pas mettre tous les atouts de son côté, c'est sûr.

1:32
Présentateur

Est-ce que vous vous souvenez du jour où François Mitterrand vous a proposé ce poste ? Et que vous a-t-il dit ?

1:37
Invité

Oui. Moi, à ce moment-là, j'avais déjà quitté le gouvernement et j'avais créé avec des amis une société pour aider les entreprises françaises à s'implanter dans les pays de l'Est. C'était après la chute du mur de Berlin. Et c'était donc une nécessité pour les entreprises. Et puis, la politique ne m'intéressait plus tellement. Donc, à ce moment-là, François Mitterrand me convoque à l'Élysée et finit, au bout d'un certain temps, par me dire qu'il souhaitait que je succède à Michel Rocard. C'était la deuxième partie du deuxième mandat, donc la période la plus difficile, la plus risquée. Et moi, j'ai commencé par refuser. Je n'avais pas du tout envie d'être Premier ministre. Puis, il a insisté.

Il a tellement insisté que j'ai fini par accepter. Mais quand on parle de l'enfer de Matignon, je suis bien placé pour savoir que ce n'est pas exagéré.

2:28
Présentateur

Est-ce qu'il vous avait prévenu des difficultés qui pourraient vous attendre au poste de Premier ministre ?

2:34
Invité

Non, mais pas à ce point-là. Ce n'est pas cette hargne extraordinaire, cette méchanceté gratuite, toutes ces fausses informations. On me prêtait des propos que je n'avais jamais tenus. Enfin, ça a été à la fois du côté des politiques, et naturellement principalement des socialistes, et aussi avec certains journalistes avec lesquels ils sont très amis. Et ça a été terrible.

3:01
Présentateur

Est-ce que François Mitterrand savait qu'en tant que femme, vous risquiez de rencontrer plus de difficultés ?

3:08
Invité

Oui, je pense qu'il le savait. Mais enfin, il partait du principe que, comme il m'a dit, qu'il ne voulait pas terminer son mandat sans qu'une femme était Premier ministre.

3:16
Présentateur

C'était important à ses yeux.

3:17
Invité

Oui, car lui, il n'était pas du tout misogyne. Je me souviens que quand on a fait la liste aux élections européennes, il a exigé que sur la liste, ça soit un homme, une femme, un homme, une femme. Il y a autant de femmes que d'hommes sur la liste. Bon, alors, pour les élections législatives, on ne peut pas procéder de cette manière-là. Mais quand il pouvait le faire, il faisait le maximum pour que des femmes accèdent à des responsabilités politiques.

3:40
Présentateur

Vous repreniez cette expression d'enfer de Matignon. Il semble que pendant ces dix mois, rien ne vous ait été épargné par la presse, par le Parti Socialiste. Racontez-nous un petit peu dans quelle ambiance vous étiez sous le feu de la mitraille, si je puis dire.

3:57
Invité

Bon, écoutez, je ne sais pas moi, quelqu'un comme M. Daubert, qui n'est quand même pas n'importe qui, il a été ministre de la Recherche, a déclaré... François Daubert. Voilà la pompadour, oui, François Daubert. J'avais été élue, députée, maire, conseiller général et cinq fois ministre. Alors, qu'est-ce qu'il faut faire pour être légitime quand on est une femme ? C'est vraiment extraordinaire. Donc, ce n'est pas quelqu'un ni d'un culte, ni de nul, M. Daubert. Eh bien, voilà, il a dit ça. Et puis, ça a été suivi de beaucoup d'autres déclarations du même type.

4:31
Présentateur

Les plus jeunes ont sans doute oublié cette émission humoristique sur la première chaîne, je crois, qui s'appelait le bébé de chaud.

4:39
Invité

Oui, c'était horrible. Alors, le bébé de chaud à la télévision me représentait sous l'aspect d'une panthère lubrique qui se roulait au pied de François Mitterrand, lequel donnait des coups de pied pour s'en débarrasser. Voilà, c'était ça. Bon, c'est-à-dire que les médias étaient exactement comme la classe politique.

5:00
Présentateur

Et au sein du Parti Socialiste, comment a été accueilli votre nomination ?

5:05
Invité

Eh bien, certains ont été tout à fait corrects. Je me souviens de Pierre Jox ou de certains autres, enfin, qui étaient bien. Mais une certaine fureur habitait un certain nombre de socialistes, parce que d'abord, on arrivait à la fin du deuxième parti, du deuxième mandat, et que certains, en particulier Bérégovoy, n'aspiraient qu'à une chose, c'est de devenir Premier ministre. Ils pensaient que c'était légitime. Donc, ils voyaient des journalistes, ils colportaient des bruits, enfin, ils fabriquaient toute une rumeur de choses désobligeantes, de façon à m'empêcher de travailler, finalement.

5:42
Présentateur

Dans la biographie qui vous est consacrée, il y a cet épisode, vous savez, des Japonais qui travaillent comme des fourmis.

5:48
Invité

Oui, exactement.

5:49
Présentateur

Racontez-nous.

5:50
Invité

Oui, eh bien, quand j'étais au commerce extérieur, je m'étais opposée à une importation massive de voitures japonaises qui concurrençaient vraiment les nôtres. Et j'avais obtenu satisfaction, c'est-à-dire que j'avais obtenu que les Anglais nous soutiennent, et qu'on arrive à mettre une certaine limite à ces importations. Et un jour, je discutais avec Roland Dumas, qui était ministre des Affaires étrangères, quand j'étais à Matignon, et je lui dis, tu sais, les Japonais, ils travaillent comme des fourmis.

Parce qu'on voyait aux actualités, on voyait, enfin, à la télé, les Japonais qui s'endormaient de fatigue dans les moyens de transport, qui étaient surexploités, qui travaillaient comme des fous. Et donc, je lui dis cette phrase, ils travaillent comme des fourmis. Lui, il a considéré que c'était malin d'aller dire au canard enchaîné dont il était l'avocat, elle a dit, ils sont des fourmis, ce qui n'est pas la même chose. Aussitôt, naturellement, ça a été colporté. Quand même, quand on est ministre des Affaires étrangères, on doit défendre les intérêts de la France et son image à l'étranger. Il a fait tout le contraire, et il a dit que j'avais dit ça, ce qui était faux.

6:54
Présentateur

Vous disiez tout à l'heure que, quand vous arrivez à Matignon, vous aviez quand même derrière vous une longue carrière, une expérience dans plusieurs gouvernements. Est-ce que, malgré cela, ces attaques vous ont, à l'époque, blessé ? Est-ce que vous vous êtes sentie agressée ? Est-ce que ça vous a blessé ?

7:12
Invité

Oui, bien sûr, oui. Je savais que ça ne serait pas facile, mais je n'imaginais pas l'extraordinaire hargne et le système qui s'est mis en place avec des connexions entre les journalistes et les politiques de façon à essayer de saboter mon travail.

7:30
Présentateur

Évidemment, si je vous pose toutes ces questions par rapport à cette période de dix mois au début des années 90, c'est parce qu'on s'interroge par rapport à la situation actuelle. Est-ce que les choses ont évolué ? Tenez, regardez par exemple 2007, Ségolène Royal. Candidate du Parti Socialiste à la présidentielle. Est-ce qu'elle a, comme vous, à votre avis, connu le même niveau d'attaque ou d'agression verbale ?

7:56
Invité

Elle a eu beaucoup moins d'attaque que moi. En tout cas, elle n'a pas été tellement attaquée en tant que femme.

8:01
Présentateur

Est-ce que les choses se sont améliorées aujourd'hui ?

8:03
Invité

Est-ce que elles se sont améliorées aujourd'hui ? Ça produit un petit peu. Mais enfin, il y a toujours les mêmes injures quand une femme monte à la tribune de l'Assemblée nationale. Vous savez, surtout après le déjeuner, quand ils ont eu un coup, ils crient à poil. Je l'ai entendu. Je n'ai pas inventé. Et je ne suis pas la seule. Donc, depuis peu, alors une chose très intéressante, c'est produit, c'est que le président de l'Assemblée nationale a pris une disposition, c'est-à-dire que les députés qui insultent une femme, on leur prélèvera la moitié de leur salaire le mois d'après. Donc ça, pour certains d'entre eux, c'est probablement la seule chose qui puisse les faire réfléchir.

8:40
Présentateur

Une sanction financière, on a vu ça, je crois, en début d'année avec la députée La France Insoumise, Mathilde Panot, qui avait été traitée de poissonnière.

8:47
Invité

Voilà, c'est ça. Donc, c'est la première fois que cette disposition a été prise. C'est courant, les insultes. C'est tout le temps.

8:56
Présentateur

Alors, je vous présente Nicolas Rousselier, historien de la politique, qui, chaque semaine, apporte un regard historique à nos débats. On constate que Mme Cresson a donc été, pour l'instant, la seule femme Premier ministre à Matignon. Pourquoi, Nicolas, un tel retard français en matière de place des femmes dans la politique, à votre avis ?

9:20
Locuteur non identifié

Oui, alors nous en parlons déjà avec Mme Cresson. La période qu'elle a vécue, qu'elle a subie pour les avanies, les injures, correspond effectivement à cette question du retard français quant à la question de la place des femmes en politique. Ce n'est pas la même chose dans les autres pays. Pas du tout. Là, nous sommes en 1991, 1992, mais on peut aussi remonter aux origines de cette question française de la place des femmes. Et donc, sur la question du vote des femmes, historiquement.

9:47
Présentateur

Est-ce que vous pouvez nous rappeler justement l'historique de ce retard made in France ?

9:52
Locuteur non identifié

Oui, je vais le faire rapidement parce que c'est un retard, si vous voulez, on pourrait presque en rire, si je puis dire, tant la liste a été longue des tentatives pour voter le vote des femmes. Alors, on peut citer 1919, 1925, même 1936. Et j'ai passé des dates. C'est un peu comme s'il y avait un acte freudien, comme un toc. C'est-à-dire, en fait, on essaye d'ouvrir la porte et on n'y arrive pas. Et à chaque fois, le vote des femmes était proposé aux assemblées parlementaires, aux deux chambres. Et puis, finalement, ça n'était pas adopté. Ce n'est pas rien comme affaire parce que nous sommes dans les années 1920, 1930.

Et en fait, la France, à ce moment-là, je parle de la France républicaine, a perdu un petit peu ce qu'était son statut d'avant-garde. Karl Marx avait même parlé de droit d'aînesse politique de la France. Parce qu'évidemment, au XIXe siècle, il y avait eu la Révolution il y avait eu 1848. Et donc, la France perd quelque chose d'assez grave à ce moment-là. Elle le perd en comparaison d'autres démocraties, pas seulement anglo-saxonnes, d'ailleurs, qui, eux, elles, ont voté le vote des femmes, donc, beaucoup plus rapidement que la France.

Mais, le deuxième point historique, Grégory, c'est que, finalement, ce retard français, si je puis dire, n'est pas totalement annulé par la manière employée pour le supprimer, si je me fais bien comprendre. C'est-à-dire, la façon dont on a finalement adopté le vote des femmes n'est pas toujours, on ne peut pas dire que ce soit en faveur d'une avancée française. Je m'explique. Ça s'est passé en Algérie quand le Comité français de libération nationale avec de Gaulle a fait adopter. et ça s'est passé sous la forme d'une ordonnance du général de Gaulle en avril 1944. Alors, certes, cette ordonnance avait été discutée par l'Assemblée d'Alger.

Sauf que cette Assemblée, elle était uniquement consultative. Elle n'était pas représentative à proprement parler. Le vote a été acquis à 51 contre 16. Donc, on voit que l'Assemblée était peu nombreuse. Elle n'était pas composée d'élus. Donc, le vote des femmes n'est pas passé par, si vous voulez, la grande filière légitime. Elle n'est pas passée par un référendum. Je ne dirais pas qu'elle est passée par la petite porte, mais ce n'est quand même pas hyper glorieux.

12:06
Présentateur

J'entends ce que vous dites. Sur le fond, quelle explication on peut trouver ?

12:09
Locuteur non identifié

Alors, il y aurait une première explication qui viendrait peut-être à l'esprit. Le retard politique est la conséquence d'un retard social de la société française. Mais, ça nous embarque sur des questions un peu compliquées. C'est difficile à saisir, à mesurer. Je ne suis pas sûr que ça tienne beaucoup parce que si vous prenez par exemple les Etats-Unis, un des premiers Etats à avoir adopté le vote des femmes, c'est le Wyoming. Je ne suis pas sûr que la société du Wyoming quelque part en 1890 ou 1900 était moins patriarcale que la société française de 1900. En fait, la deuxième explication que je propose, elle est finalement plus banale, elle est presque un peu sordide.

C'est-à-dire que souvent en histoire, vous avez des explications faibles, un signal faible, mais en fait, c'est ça la véritable explication. Cette explication, ça tient à ce qui se passe dans cette république parlementaire, la Troisième République, dans les années 1920, dans les années 1930. Et cette société française, à mon avis, était tout à fait prête à voter le vote des femmes au lendemain de la Première Guerre mondiale. C'est le moment où l'Angleterre le fait. Mais il y a eu un dysfonctionnement dans ce parlementarisme de cette époque-là. On peut invoquer le rôle négatif du Sénat, par exemple, qui a bloqué les votes.

Et disons qu'à cette époque-là, il était quand même peu représentatif de la société française. Donc, la véritable raison, c'est en fait une incapacité institutionnelle, une incapacité à construire une majorité d'idées, alors que la Troisième République savait bien le faire pour d'autres domaines. Je pense à la loi de séparation de 1905, qui est un remarquable travail de compromis. Et le sociologue Jean Bobéro le montre très bien. Donc, cette capacité n'a pas été retrouvée pour le vote des femmes. Et dans les années 1920, par exemple, dans les années 1930, on retrouve cet dysfonctionnement de la Troisième République incapable de trouver une solution ou un new deal français contre la crise.

Donc, la morale de l'histoire, c'est qu'en fait, il faut faire quand même très attention à ce que les institutions politiques soient capables, tout simplement, d'embrayer sur une demande de la société. Sinon, ça entraîne effectivement ce malentendu et beaucoup d'avanis jusqu'à Mme Cresson comprise.

14:15
Présentateur

Et donc, il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour les femmes. Voilà,

14:17
Locuteur non identifié

il a fallu attendre 1944 et la première fois où les femmes françaises vont au bureau de vote, c'est en 1945, après la libération.

14:26
Présentateur

Passionnant, Nicolas Rousselier. Édith Cresson, est-ce que ce retard sur le vote des femmes, le droit d'exprimer leur choix politique, a eu pour conséquence effectivement la difficulté pour les élus à s'imposer à Matignon, à l'Elysée ou dans d'autres lieux de pouvoir en France ?

14:48
Invité

Oui et non, parce que comme ministre, en tant que femme, je n'ai pas eu de difficulté. la classe politique acceptait grosso modo qu'il y ait des femmes ministres et donc je n'ai pas été attaquée sur le fait d'être une femme dans les différents ministères que j'ai occupés et je me suis fait élire par la population de Châtellerault comme maire

15:10
Présentateur

sans aucune difficulté

15:12
Invité

sans difficulté du fait que j'étais une femme le problème n'a même pas été posé ça n'a même pas été évoqué c'est quelque chose qui allait de soi donc c'est juste en arrivant à Matignon que j'ai rencontré ce que je ne prévoyais pas à ce point là je savais que ça serait difficile mais pas à ce point là cette espèce de hargne extraordinaire cette fureur littéralement partagée par les journalistes et les politiques enfin certains journalistes et ça a été vraiment extraordinaire c'est une révélation pour moi

15:45
Présentateur

aujourd'hui on constate que depuis le début de la 5ème république aucune femme n'a été élue présidente aucune n'a dirigé le Sénat ou l'Assemblée nationale ni le Conseil constitutionnel ni la Cour des comptes une seule femme à Matignon c'était vous est-ce que la loi sur la parité votée je crois il y a une vingtaine d'années a contribué à changer un peu les choses ou pas ?

16:10
Invité

pas fondamentalement dans ce que vous évoquez la preuve c'est que les femmes ne sont pas nommées à ces postes là

16:17
Présentateur

et sur des postes plus bas les mères par exemple

16:22
Invité

ah non les mères ça pose aucun problème il y a beaucoup de femmes qui sont mères et il n'y a aucune contestation sur ce thème là

16:28
Présentateur

il faudra combien de temps à votre avis pour ça je ne sais pas que cet interdit soit levé

16:33
Invité

c'est très difficile de prévoir parce que c'est un interdit psychologique les lois sont votées mais la population ne suit pas la population quand je dis la population c'est incluant les hommes politiques et les journalistes donc c'est pas seulement la population de base la population de base elle je crois ne voit pas d'inconvénient à ce que ce soit une femme qui soit nommée à des postes importants

16:56
Présentateur

à l'Assemblée il y a eu la création d'un mouvement qui s'appelle les Simones dont vous êtes je crois la présidente d'honneur

17:01
Invité

elles m'ont demandé d'être présidente d'honneur je trouvais que c'était très bien cette initiative

17:06
Présentateur

quel est le principe de ce mouvement ? comment ? quel est le principe de cette initiative ?

17:10
Invité

cette initiative c'est de promouvoir les femmes de les encourager de les aider de les réconforter dans les moments difficiles enfin de d'arriver à ce que davantage de femmes politiques puissent émerger

17:24
Présentateur

on parle de retard français il suffit de regarder en Allemagne Angela Merkel 16 ans au pouvoir Margaret Thatcher en Grande-Bretagne

17:34
Invité

c'est pas tout à fait la même chose parce que le premier ministre en France n'est pas élu il est nommé par le président tandis que dans les pays que vous évoquez la première ministre Madame Thatcher elle a été élue donc c'est plus incontestable si vous voulez ou difficile à contester que quand on est nommé

17:53
Présentateur

il y a un autre aspect du sexisme qui peut parfois régner notamment dans le monde politique c'est ce qu'on a découvert à l'occasion de ce mouvement MeToo il y a quelques années et puis qui s'est appliqué aussi à la politique avec notamment des cas qui ont été révélés de harcèlement voire parfois d'agression sexuelle commise par des élus est-ce que à l'époque c'est quelque chose que vous avez pu aussi constater ou être témoin de choses comme ça

18:25
Invité

non non pas tellement pas tellement je savais que plus ou moins que ça existait ici et là mais je n'ai pas je n'ai pas rencontré et je n'ai pas eu moi à en souffrir

18:36
Présentateur

alors on vous reçoit aussi pour parler évidemment de l'actualité politique du moment dans la course à l'Elysée trois femmes sont les candidates de trois grands partis Anne Hidalgo pour le parti socialiste Marine Le Pen pour le Rassemblement National et Valérie Pécresse pour les Républicains est-ce qu'elles ont une chance est-ce que la France serait prête demain dans quatre mois maintenant à envoyer une femme à l'Elysée

19:04
Invité

oui moi je crois parce que quand on voit par exemple les votes ça s'appelle le Rassemblement National maintenant ils n'ont jamais diminué c'est-à-dire que les gens votent pour le parti ils ne votent pas pour la personne je pense que effectivement sur le plan de la présidentielle c'est beaucoup moins net parce que à la présidentielle tout le monde vote c'est pas une désignation comme je disais tout à l'heure par le président donc c'est davantage incontestable

19:38
Présentateur

je voudrais qu'on revienne sur votre expérience à Matignon et sur cet enfer de Matignon au-delà du fait que vous ayez été attaquée en tant que femme à ce poste vous le disiez tout à l'heure c'était une période extrêmement difficile aussi début des années 90 avec une crise économique sociale vos difficultés et votre séjour assez court à ce poste d'une dizaine de mois étaient liées aussi à la situation économique et sociale que traversait la France à l'époque

20:05
Invité

la situation économique elle existait avant moi avant que j'arrive à Matignon donc ça n'a pas été déterminant ça m'a rendu les choses beaucoup plus difficiles pour agir sur le plan économique bien sûr et tout ce que j'ai pu faire je l'ai fait un petit peu en dehors du système

20:22
Présentateur

c'est à dire ?

20:23
Invité

par exemple j'ai créé l'intelligence économique l'intelligence économique c'est de savoir ce que pense l'autre vous savez Napoléon disait que veut l'ennemi alors c'est pas forcément un ennemi mais le concurrent enfin des gens savoir ce qui se passe et je me suis aperçu que nous étions très en retard sur ce plan là et j'ai donc constitué un groupe de travail présidé par monsieur Martre président de l'aérospatiale pour réfléchir sur l'intelligence économique et nous avons échafaudé tout un projet il en est sorti une entreprise qui existe encore aujourd'hui et qui est la première entreprise d'intelligence économique d'Europe et ça a très bien marché donc j'ai pu quand même faire des choses mais lorsque j'ai demandé à ce que sous la présidence de monsieur Martre les grandes administrations et les grandes entreprises se réunissent le ministère des affaires étrangères a refusé sous le prétexte ce sont les entreprises donc ça ne nous regarde pas est-ce que vous imaginez une seule seconde le foreign office refusant ce genre de choses alors qu'ils font ça jour et nuit donc il y a dans la mentalité politique française quelque chose de très particulier et tout ce qui est concret pratique ce qui fait la force d'un pays c'est finalement sa compétitivité c'est qu'elle réussisse dans certains domaines c'est qu'elle soit inventive c'est qu'elle progresse mais ça pour l'administration française c'est pas quelque chose de très important

21:54
Présentateur

est-ce qu'à vos yeux les choses ont changé depuis ?

21:56
Invité

je pense qu'elles ont en partie changé

21:58
Présentateur

vous étiez aussi à Matignon pour préparer l'entrée dans le grand marché européen et les affaires européennes évidemment vous intéressaient de par vos fonctions précédentes aujourd'hui quand vous regardez ce qu'est l'Europe est-ce qu'elle est-ce qu'elle va dans le bon sens dans celui que vous imaginiez à l'époque ?

22:18
Invité

d'abord je ne me suis pas occupé beaucoup de ça à Matignon parce que l'Europe c'est à l'Elysée que ça se passe c'est le président et donc aujourd'hui il y a eu des progrès naturellement enfin il y a quand même beaucoup de choses à faire pour essayer d'être plus compétitif il faut avoir des alliances sur le plan économique industriel etc donc on commence à voir notamment avec la crise du Covid on s'est aperçu qu'il y avait beaucoup de choses qu'on ne fabriquait pas qu'on ne pouvait pas se procurer qu'il fallait importer etc il faut toujours très longtemps pour que la société politique française s'aperçoive de choses évidentes et donc moi j'ai toujours poussé à ce qu'on développe l'industrie mais je me souviens que dans la haute administration je me souviens d'un certain monsieur Churuc qui disait l'industrie c'est fini maintenant c'est les services comme si c'était déconnecté alors que chaque emploi industriel crée trois emplois de services

23:15
Présentateur

Quelle Europe souhaitez-vous pour l'avenir pour les cinq

23:19
Invité

Moi je souhaite une Europe vraiment organisée cohérente il y a quand même la Chine d'un côté les Etats-Unis de l'autre il faut que l'Europe présente un front uni alors bien sûr c'est beaucoup plus difficile parce que dans les deux cas que j'évoquais ce sont des pays uniques donc il faut que sur un certain nombre de points nous arrivions à nous mettre d'accord alors il y a des difficultés avec les pays d'Europe de l'Est avec la Hongrie la Tchéquie etc mais il faut absolument arriver à ce que dans des domaines essentiels on ait un programme vraiment commun et je pense que c'est ça la future étape de la construction européenne

23:59
Présentateur

Vous êtes en faveur d'un dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine

24:01
Invité

par exemple ? Moi je trouve qu'on ne doit pas mépriser la Russie la Russie est en Europe elle n'est pas en Asie et la culture la population russe c'est un acquis extraordinaire et laisser la Russie à l'abandon c'est une stupidité moi je pense qu'il faut travailler avec la Russie tout en sachant évidemment les imperfections et les abus qu'il peut y avoir mais mis à part quelques difficultés qu'on peut rencontrer il faut essayer de travailler conjointement avec eux

24:29
Présentateur

Une dernière question sur le fait que vous ayez été femme à Matignon est-ce que vous avez été une pionnière est-ce que pour autant vous vous définissez aujourd'hui avec le recul comme une féministe ?

24:41
Invité

Non moi je ne suis pas je ne me revendique pas du tout comme une pionnière ce que je regrette c'est le contexte politique français qui est très en arrière sur beaucoup de plans j'évoquais tout à l'heure le plan de la concurrence mais sur beaucoup de plans on ne voit pas si vous voulez ce que font les autres la classe politique se considère comme plus intelligente et donc les autres ce qu'ils font n'est pas important France Culture Politique Grégory Philippe

25:14
Présentateur

Edith Cresson je voudrais qu'on parle avec vous d'une autre forme d'engagement ce sont les écoles de la deuxième chance qu'est-ce que c'est et pourquoi cet engagement est-il important à vos yeux ?

25:24
Invité

J'ai créé les écoles de la deuxième chance quand j'étais à la commission à Bruxelles j'aurais jamais pu le faire en étant en France même à Matignon parce que j'ai voulu développer l'apprentissage à l'époque et on m'en a empêché donc je suis partie de l'idée que beaucoup de jeunes je l'avais vu comme maire de Châtellerault ne suivent pas à l'école sont définitivement perdus j'avais à Châtellerault fait pendant les vacances des systèmes pour les prendre en main ceux qui ne partaient pas et leur faire faire des révisions et en même temps des petits voyages autour et du théâtre et des choses comme ça et donc j'ai créé les écoles de la deuxième chance et j'ai fait voter par le Parlement européen un budget pour que chaque pays membre de l'Union européenne ait un budget pour créer un prototype les autres pays je leur ai donné l'argent mais celui pour la France je l'ai gardé je ne l'ai pas donné à l'administration parce que sinon ça tombait dans le gouffre général et donc j'ai cherché une municipalité désireuse de s'engager en échange de quoi elle aurait son école gratuite et j'ai trouvé Marseille et le maire de Marseille était d'accord monsieur Godin et il a très très bien joué le jeu on a restauré les bâtiments qu'il avait on a fait l'école et j'ai fait venir des municipalités de toute la France pour voir ce que c'était donc ce sont des jeunes qui ont décroché qui sont absents de l'école enfin ne vont pas n'ont pas été à l'école très souvent et on les prend en main et aujourd'hui nous avons 135 sites différents en France et nous avons environ 18 à 20 000 jeunes par an qui suivent ces cours

27:09
Présentateur

avec quel résultat ?

27:11
Invité

avec un résultat 70% de résultats positifs un résultat positif ça veut dire soit un emploi soit le retour à une formation qualifiante donc ils sont pris en main individuellement c'est à dire je me suis inspirée moi de de l'école Montessori en Italie où un élève n'est pas justement seulement un jeune à qui on jette du haut d'une tribune des connaissances mais quelqu'un qui a une personnalité c'est à dire qu'il a des problèmes personnels des problèmes de famille de santé de logement etc et chacun des formateurs de nos écoles est en même temps responsable d'un groupe de 5 à 10 jeunes qui peuvent s'adresser à lui sur n'importe quel sujet à n'importe quel moment donc ils sont suivis absolument individuellement y compris pendant les stages qu'ils font parce qu'ils font trois stages pendant la période de scolarité et le référent est en contact avec un référent à l'intérieur de l'entreprise et ils sont suivis individuellement

28:07
Présentateur

c'est intéressant ce que vous dites parce qu'en creux ce qu'on entend c'est que le système éducatif français n'est pas capable d'offrir ce genre de services non

28:15
Invité

il y a eu des progrès qui ont été faits mais enfin un des grands une des grandes lacunes du système français c'est effectivement la faiblesse l'inégalité des chances la panne de l'ascenseur social le fait que dans certaines matières et en particulier les mathématiques on décroche les classements PISA qui montrent qu'on baisse tout le temps donc il y a quelque chose qu'il faut prendre en main alors on a essayé de le faire le ministre actuel monsieur Blanquer a fait effectivement des classes réduites dans les dans les quartiers difficiles mais il faut aller beaucoup plus loin

28:51
Présentateur

est-ce que vous regardez ce qui se passe en ce moment pour la présidentielle et si oui quel regard portez-vous sur ce début de campagne

29:01
Invité

c'est un début de campagne tout à fait normal les gens se positionnent alors il y a des déclarations que je trouve dramatiques comme par exemple l'un des candidats qui vantait le régime de Vichy non mais c'est c'est hallucinant ou qui disait que les femmes ne pouvaient pas gouverner enfin des choses de ce genre il y a des choses très étranges mais en dehors de ça bon ben c'est une ça va se mettre en place on n'a pas encore tous les candidats

29:34
Présentateur

pour 2022 quel candidat ou quel candidat vous paraît le mieux armé et pour qui allez-vous voter sans trahir le secret du vote

29:43
Invité

je ne sais pas qui est le mieux armé mais je sais que dans une présidentielle tout peut arriver et il peut arriver dans les dernières semaines ou mois de la présidentielle des accidents donc on ne peut absolument pas dire aujourd'hui qui a plus de chances

29:58
Présentateur

vous avez travaillé aux côtés de François Mitterrand

30:00
Invité

oui

30:01
Présentateur

quand vous le comparez dans sa manière d'être président de la république avec Emmanuel Macron par exemple quelles sont les différences

30:10
Invité

vous savez l'époque n'est pas la même évidemment donc c'est très difficile de comparer je pense que Mitterrand a mis en place un certain nombre de choses qui étaient incluses dans le système mais qui n'étaient pas peut-être totalement exprimées c'est que pour tout ce qui est de la politique étrangère et de défense c'est le président y compris s'il y a une cohabitation parce que la cohabitation n'est pas non plus quelque chose à exclure dans l'avenir et donc le président aujourd'hui il tient en main des leviers qui sont extrêmement importants

30:41
Présentateur

est-ce que vous souhaitez qu'Emmanuel Macron soit reconduit pour un second mandat

30:44
Invité

je n'ai pas à dire si je souhaite ou si je ne souhaite pas je souhaite que le meilleur l'emporte et que je sais que des accidents sont toujours possibles a priori aujourd'hui il a des chances bien sûr

30:57
Présentateur

il y a une nouveauté aussi par rapport à l'époque où vous étiez aux affaires c'est comment dire l'effondrement des partis politiques ah oui surtout à gauche surtout à gauche quel regard vous portez sur le PS aujourd'hui

31:09
Invité

c'est une catastrophe c'est à dire que ça remonte déjà à loin mais on avait une façon de procéder au parti socialiste ce qui me paraît raisonnable on n'était pas d'accord entre nous très souvent on se réunissait dans des congrès et on votait sur des textes des motions ça s'appelait des motions soit deux motions se rapprochaient et on n'en faisait qu'une soit on ne se rapprochait pas on votait à l'intérieur et non pas faire voter toute la population comme on l'a fait au moment de l'élection de Hamon on faisait voter les gens du parti qui avaient travaillé sur des textes et la motion qui gagnait était légitime pour produire le candidat à la présidentielle ça me paraît tout à fait logique et si on sort de là mais ça suppose de travailler d'avoir des idées d'échanger enfin c'est une vraie organisation

31:59
Présentateur

le monde a changé ne serait-ce que le nombre d'adhérents je crois qu'on a à peu près 70 000 ou 80 000 adhérents au parti socialiste aujourd'hui alors qu'à votre époque c'était un parti de gouvernement extrêmement puissant extrêmement organisé comment vous expliquez ça que la déliquescence de ces grands partis on voit par exemple vous vous évoquiez tout à l'heure Éric Zemmour qui vient de nulle part qui n'a pas d'appareil derrière lui Emmanuel Macron il y a 5 ans c'était pareil comment vous expliquez cette déliquescence des partis ?

32:27
Invité

la déliquescence en tout cas du parti socialiste je l'explique sur le fait qu'on a cessé de travailler comme avant ou on travaillait sur des idées et on votait à l'intérieur du parti alors là on a une légitimité parce qu'on a un programme on ne peut pas voter comme ça pour quelqu'un simplement sans savoir quel est exactement son programme

32:49
Présentateur

est-ce que le parti socialiste s'est coupé des classes populaires en 20 ans en 30 ans c'est une erreur ?

32:56
Invité

oui je pense

32:57
Présentateur

que pensez-vous du début de campagne d'Anne Hidalgo ?

33:01
Invité

ah oui écoutez les sondages montrent malheureusement que ça n'a pas l'air de prendre de porter donc j'ai vu qu'elle proposait de faire un ensemble de partis de gauche ça n'a pas l'air non plus d'être approuvé par les autres donc on en est là

33:21
Présentateur

s'il n'y a pas d'accord des partis de gauche il est fort probable en tout cas au vu des sondages actuels que la gauche ne sera pas représentée au deuxième tour oui c'est très possible bien sûr c'est-à-dire qu'avec votre expérience de dirigeante vous conseilleriez aux gens de gauche les différents partis écologistes la France insoumise parti socialiste parti communiste pourquoi pas de s'unir et de travailler ensemble

33:42
Invité

oui bien sûr je crois pas je crains que ce soit un vœu pieux

33:48
Présentateur

est-ce qu'une Christiane Taubira dont on parle beaucoup ces derniers jours pourrait être la figure providentielle ?

33:53
Invité

personnellement j'en ai pas l'impression mais enfin tout peut arriver

33:57
Présentateur

quel est le danger si la gauche n'est pas représentée au deuxième tour par exemple ?

34:01
Invité

ah bah le danger il y a un danger c'est le Front National qui s'appelle maintenant

34:09
Présentateur

le Rassemblement National

34:10
Invité

mais c'est très possible que la gauche ne soit pas représentée au deuxième tour

34:18
Présentateur

oui bien sûr quel conseil vous donneriez par exemple à vos anciens amis du parti socialiste ?

34:24
Invité

et bien de refaire le vrai parti socialiste c'est à dire d'avoir une doctrine de discuter de travailler d'approfondir les sujets de voir qu'on est dans une époque différente de l'époque où nous étions avant et puis de préparer des suggestions et surtout d'arriver à un projet unique après des votes à l'intérieur

34:45
Présentateur

merci Edith Cresson c'était Politique une émission à retrouver quand vous le souhaitez en podcast sur franceculture.fr et sur l'application Radio France programmation Anne-Claire Bazin préparation Riyad Kera prise de son Ludovic Auger je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de fin d'année la semaine prochaine c'est Frédéric Seyss qui sera assis dans ce fauteuil son invité sera Jacques Toubon l'ancien ministre et défenseur des droits à bientôt

Édith Cresson : "Me nommer Premier ministre, c'était prendre un risque vu la misogynie de la classe politique !" — Edith Cresson · Pourquijevote