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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 27 mai 2025 24 min

Fin de vie : un "texte d'équilibre" ou de "pouvoir médical" ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10 Et avec Léa Salamé, nous vous proposons un grand entretien en ce jour où la France pourrait entrer dans le cercle des pays qui, sous conditions strictes, autorisent l'aide à mourir. Nos invités, Léa ? Eh bien, ce sont les deux personnes qui ont sans doute le plus incarné ce débat et qui est, dans un sens différent pour l'un et pour l'autre, le combat de leur vie à l'un et à l'autre. Claire Fourcade, vous êtes médecin en soins palliatifs à Narbonne, présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs.

Nous vous avions reçu à ce micro au mois de mars pour votre livre « Journal de la fin de vie, l'État, la mort et le tragique » publié chez Fayard. C'est peu de dire que vous êtes opposé à cette proposition de loi. Face à vous, Olivier Falorni, député Les Démocrates de Charente-Maritime, vous êtes le rapporteur de cette proposition de loi relative à la fin de vie. Et c'est vous qui avez porté ce sujet à l'Assemblée nationale, vous qui en êtes devenu depuis des années maintenant le visage. Soyez tous les deux les bienvenus.

Deux votes solennels auront lieu aujourd'hui à l'Assemblée nationale sur les deux propositions de loi, l'une consacrée aux soins palliatifs et l'autre relatif au droit à l'aide à mourir. On va venir au contenu de ces textes, mais rappelons juste le long cheminement qui a conduit à ce vote. Avis du comité d'éthique en septembre 2022, remise du rapport de la Convention citoyenne sur le sujet en avril 2023. La dissolution ayant finalement conduit à scinder le texte en deux propositions de loi. Au moment de voter, comment jugez-vous la tenue des débats, la méthode, le temps passé à échanger ? Ça a pris du temps, mais le processus a-t-il été vertueux selon vous, Olivier Falorni ?

1:51
Olivier Falorni

Oui, je pense que vous auriez pu remonter encore plus loin dans l'historique. En 2021, j'avais défendu déjà une proposition de loi dans ce qu'on appelait une niche parlementaire et qui avait subi d'ailleurs l'obstruction de milliers d'amendements.

2:03
Présentateur

En 2013, vous aviez interpellé à l'Assemblée nationale, déjà il y a 12 ans, Marisol Touraine, à l'époque ministre de la Santé, en lui parlant de la fin d'vie. C'est vraiment le combat de votre vie. Vous aviez d'ailleurs fait référence à la mort tourmentée, chaotique de votre propre mère à ce moment-là.

2:23
Olivier Falorni

Oui, mais mon engagement n'est pas un engagement émotionnel, si je peux le présenter comme cela. Je le présente comme un engagement très rationnel, c'est-à-dire que cet engagement n'est pas le fruit de mon expérience personnelle. Il l'a confirmé, il l'a conforté, mais il a précédé et de très loin ce moment douloureux, familial. Pour répondre à votre question, M. Domorand, je crois que finalement, cette Assemblée a été un peu à rebours de ce que nous connaissons depuis un an, depuis la dissolution. On nous présente cette Assemblée, et souvent a raison, comme une Assemblée hystérique, incapable de s'écouter, incapable de s'entendre, incapable de construire quelque chose de positif.

Et elle a démontré le contraire. Sur ce sujet-là, le dialogue a été possible. Alors que l'histoire parlementaire française est faite de débats de société, d'une violence rare. On peut remonter même en 1905, ça a été d'une violence rare. La loi Veil, on se souvient des mots qui ont été prononcés dans l'hémissique. Simone Veil a été accusée de mettre en place des centres d'extermination d'embryons. Et je ne vous parle pas du mariage pour tous, que j'ai vécu personnellement dans l'hémicycle et qui avait entraîné des dérapages inouïs.

3:37
Présentateur

Donc là, ça n'a pas été le cas.

3:38
Olivier Falorni

Ça n'a pas été le cas, et tant mieux.

3:40
Présentateur

Et vous, Claire Fourcade, reconnaissez-vous que les débats ont été de bonne tenue, que toutes les voix ont pu s'exprimer, au fond, ces trois années de discussion, que chacun a pu poser les arguments sur la table, ou vous êtes plus réservé ?

3:52
Invité

Non, non. Je pense que quand on a décidé, nous, soignants, de prendre la parole dans ce débat, c'était précisément après l'expérience du 8 avril 2021, de cette niche parlementaire, où le débat avait été extrêmement violent et extrêmement binaire, et où on s'était dit qu'on était aussi en partie responsable de ça. Que si nous, on ne venait pas dire aussi ce qui se passe dans le réel de l'accompagnement de la fin de vie, le débat allait rester un débat d'idées. Et moi, je suis engagée dans ce débat pour une expérience personnelle.

C'est-à-dire, ça fait 25 ans que j'accompagne des patients, et c'est cette expérience qui m'a poussée, et qui nous pousse, soignants, je ne parle pas en mon nom, mais qui nous pousse, soignants, à prendre la parole dans ce débat, pour dire qu'il faut que le réel soit là. Et je pense que les Français qui voulaient être informés, ou qui se sont intéressés à ce sujet, ont eu accès à tous les points de vue. Par contre, le débat plus récent sur la proposition de loi qui arrive, pour moi, est une proposition de loi dans laquelle il y a beaucoup de tromperies. et donc, je trouve que c'est important que ça puisse se dire.

4:44
Présentateur

On va en parler.

4:45
Invité

Par contre, le débat a permis à tout le monde de s'informer, je le crois.

4:48
Présentateur

Olivier Falorni, ce texte-là, allons-y, ce texte qui va être voté cet après-midi, qui devrait passer, sauf coup de théâtre, probablement. Vous le pensez aussi, Claire Fourcade, que probablement le texte passe à l'Assemblée nationale et vous espérez que le Sénat le change. Comment ça se passe pour vous, qui êtes opposante à ce texte ?

5:06
Invité

Je dis toujours aux patients, il faut sauter les unes après l'autre. Donc, la haie qui arrive, c'est cet après-midi. Après, je ne sais pas. En tout cas, on va voir. Olivier Falorni, ça devrait être acquis ?

5:17
Olivier Falorni

Vous savez, rien n'est jamais acquis. Mais ce serait paradoxal que le texte qui a été adopté en commission aux deux tiers, chacun des 20 articles de cette loi a été adopté en séance. Donc, il serait quand même assez étonnant que le texte final ne soit pas voté.

5:31
Invité

C'est difficile à savoir parce qu'il y avait quand même très peu de députés présents dans l'hémicycle tout au long des débats. Ça, vous l'avez regretté ? En tout cas, c'est difficile à comprendre, je trouve, sur un sujet comme ça. Mais je pense qu'il y a rarement eu plus de 100, 150 députés présents. Donc, il y a tout un tas de députés dont on ne sait pas du tout ce qu'ils vont voter.

5:47
Présentateur

Estimez-vous que le texte qui a été largement amendé est à la hauteur de vos attentes, Olivier Falorni, ou vous le trouvez trop restrictif à votre goût ?

5:54
Olivier Falorni

C'est un texte d'équilibre, et d'ailleurs, les débats l'ont montré. Certains m'ont reproché qu'il soit trop permissif, d'autres trop restrictif. Et c'est vrai que dans ma mission de rapporteur général, j'ai essayé de trouver cet équilibre-là, ce compromis, j'utilise le mot. Voilà, je pense qu'on a un texte qui repose sur une colonne vertébrale solide, qui était d'ailleurs celle du texte initial, sur des critères stricts, définis depuis longtemps maintenant, sur des bases connues. On parlera sans doute de la phase avancée, qui est une notion qui était déjà dans la loi Léonetti de 2005, et était déjà dans le Code de la santé publique.

Donc non, je pense qu'on a un texte qui est solidement charpenté, juridiquement précis, et qui, je crois, sera opérant lorsque les parlementaires vont définitivement voter ce texte.

6:51
Présentateur

Qu'en pensez-vous, Claire Forcade ? Une colonne vertébrale, dit Olivier Falorni, vous avez dit craindre une rupture éthique, anthropologique. Est-ce que le résultat qu'on a sous les yeux aujourd'hui présente suffisamment de garde-fous, selon vous ?

7:08
Invité

Alors moi, je n'utilise jamais ces mots de rupture anthropologique, je ne dis jamais ça. Je trouve pour moi qu'il y a des choses qui ne sont pas claires dans ce texte. Je trouve, on a dit beaucoup aux députés, pour les rassurer, qu'il s'agissait d'un ultime recours pour des situations exceptionnelles. Or, précisément, les critères qui ont été choisis, qui sont très larges et très flous pour nous, les soignants, font qu'il s'agit en fait de créer un nouveau droit à choisir au moment de sa mort, ce qui est un débat tout à fait légitime. Mais je ne pense pas qu'on ait dit bien clairement à tous les députés de quoi il était vraiment question.

Et puis, je pense surtout que c'est une tromperie pour les Français. On leur a dit que c'était un grand texte d'autonomie et de liberté, or, c'est un texte du pouvoir médical. Ce texte me donne un pouvoir énorme, et je ne veux pas de ce pouvoir. Oui, sur cette question-là, vous êtes divisés, les soignants sont divisés. Ils sont divisés, mais une immense majorité des soignants qui sont confrontés à ces questions de fin de vie sont quand même très opposants à ce texte. Alors que si tous les jours, dans les services où on travaille, on était confrontés, on devrait être les premiers à dire changer la loi, c'est intenable pour nous.

Or, plus on est proche de la fin de vie, plus on est confrontés à cette question de la fin de vie au quotidien, plus on doute et plus on est en difficulté avec le texte qui est proposé.

8:14
Présentateur

C'est vrai que cette proposition de loi permettra un droit à l'aide à mourir, qui consiste dans l'article 2 à autoriser et à accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale, soit qu'elle se l'administre elle-même, soit en la faisant administrer par un médecin, comme vous, Claire Fourcade, ou un infirmier lorsqu'elle n'est pas en mesure physiquement d'y procéder. Cette définition-là de votre article 2, n'est-ce pas la définition même du suicide assisté ou de l'euthanasie ? Pourquoi cette rétention a appelé les choses par leur nom ?

Non, il y a eu tout un débat sémantique sur le nom, on parle d'aide à mourir, mais n'est-ce pas tout simplement du suicide assisté, au moins ?

8:54
Olivier Falorni

Alors vous savez, je me suis longtemps posé la question pourquoi les opposants, à l'aide à mourir, utilisaient en permanence l'euthanasie ? Je me disais pourquoi ils assènent ce mot en permanence ? Pour moi c'est un beau mot l'euthanasie. Son étymologie grecque veut dire bonne mort. Et puis j'ai compris, parce que vous savez, les mots sont parfois chargés d'histoire, ils ont des connotations, et il se trouve que l'euthanasie est un mot qui a été employé par Adolf Hitler, par le régime nazi, pour exterminer entre 200 et 300 000 personnes handicapées sous la Seconde Guerre mondiale. Donc il y a des mots comme ça qui sont très connotés.

Je disais aux collègues, l'année dernière, au moment des élections européennes, lequel d'entre vous défendrait la notion de collaboration franco-allemande ? Personne, on parle d'amitié franco-allemande, de coopération franco-allemande. Il y a des mots comme ça qui sont chargés, qui sont profondément chargés par l'histoire. Donc c'est pour ça que je pense que le terme d'aide à mourir est quelque chose d'adapté. D'ailleurs au Canada, on parle d'aide médicale à mourir. Dans les pays anglo-saxons, on n'utilise pas le mot euthanasie, suicide assisté.

Et figurez-vous, l'Autriche qui a légiféré se garde bien d'utiliser le mot euthanasie qui fait référence à une histoire particulièrement douloureuse ? Sur les mots, Claire Forcade ?

10:18
Invité

Oui, moi je trouve que c'est vraiment très important. Cette proposition de loi, elle s'appelle droit à l'aide à mourir. Ça fait 25 ans que je fais de l'aide à mourir. Et pourtant dans ce texte, il n'y a rien qui concerne ma pratique actuelle, quotidienne. Je crois qu'en fait, il y a de la difficulté à utiliser les mots, mais ce ne sont pas les mots qui sont violents, c'est les choses qu'elles recouvrent. Et je pense que faire fi de la violence de l'acte, de ce que c'est pour le patient, pour le soignant, je crois qu'il est là le problème. On ne veut pas utiliser les mots parce que dessous, les actes sont difficiles.

Et je crois que nommer les choses, c'est dire aussi la violence qui est demandée, en particulier aux soignants, mais la violence qui est concernée par ces sujets.

10:51
Présentateur

La question centrale du texte, on y vient et qui a occupé les débats, est celle des conditions d'accès à cette aide active à mourir. Le texte prévoit cinq conditions cumulatives, être majeur, de nationalité française ou résidence stable. La personne doit être atteinte d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale. Quatre, la personne doit présenter une souffrance physique ou psychologique constante qui est soit réfractaire au traitement, soit insupportable, selon la personne, lorsqu'elle a choisi de ne pas recevoir ou d'arrêter un traitement.

cinq, enfin, la personne doit être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée. Conditions nombreuses, donc, conditions suffisantes, Claire Fourcade.

11:49
Invité

Peut-être un exemple pour vos auditeurs, une personne atteinte d'un cancer métastatique, c'est une maladie en phase avancée qui, aujourd'hui, en tout cas, est incurable, qui peut entraîner des souffrances physiques ou psychologiques, qui altère la qualité de vie et qui, dans une très grande majorité de cas, ne altère pas le consentement. Il y a en France 450 000 personnes atteintes de cancer métastatique. Donc, on voit bien que ces critères-là, et qui va décider, parmi ces personnes-là, qui a accès ou qui n'a pas accès à ce droit ? C'est moi. C'est moi qui vais devoir tracer la ligne et dire, vous, vous êtes de ce côté, vous, vous êtes de l'autre côté.

Et je trouve que c'est donner aux médecins un pouvoir qui remonte aux années 80. Dans les années 80, on faisait ça. Quand on ne savait pas soulager, c'était le médecin qui décidait. Et moi, je trouve que ce texte est un retour à des pratiques de pouvoir pour les médecins qu'on essaye justement depuis 20 ans par toutes les lois de réguler et de rééquilibrer.

12:36
Présentateur

Vous ententez ce point-là, Olivier Falorni, c'est-à-dire que ce fameux critère de maladie avancée, de phase avancée de la maladie qui pourrait donc concerner les 450 000 personnes et bien d'autres pathologies, je m'en suis tenue là, des cancers métastasés. Et donc, c'est aux médecins qu'il appartiendra de choisir si cette personne peut avoir accès à l'aide à mourir ou pas.

12:59
Olivier Falorni

Pour répondre à Mme Faucard qui parle d'actes violents, ce qui est violent, c'est la maladie, c'est la souffrance réfractaire ou insupportable qui figure d'ailleurs dans les critères que vous avez évoqués, M. Demorand. C'est ça qui est très violent. C'est ça qui est violent et c'est ce à quoi nous voulons répondre. Vous savez, cet après-midi, on votera deux textes. Un texte pour renforcer et développer les soins palliatifs. Moi, je suis un fervent défenseur des soins palliatifs. La première chose que j'ai faite dans ma circonscription, c'est d'obtenir une unité de soins palliatifs. C'est le premier engagement que j'ai pris devant mes électeurs et que j'ai tenu.

Donc, je crois aux soins palliatifs et je pense que c'est indispensable comme réponse principale.

13:44
Présentateur

Tout le monde est d'accord sur les soins palliatifs. Je pense que ce sera voté quasi à l'initiative. Oui, mais vous savez,

13:48
Olivier Falorni

toute médecine humaine atteint ses limites, les soins palliatifs comme les autres.

13:54
Présentateur

J'entends bien, mais cette question de la phase avancée de la maladie, on est d'accord que le texte va dire que c'est le médecin qui tranche si on peut avoir accès ou pas ?

14:04
Olivier Falorni

Non, c'est le malade. C'est le malade qui fait la demande de façon libre, éclairée et réitérée. Et ensuite, non, ce n'est pas le médecin, c'est une procédure collégiale où vous avez au minimum trois professionnels soignants qui, au minimum, qui prennent une décision. vous savez aujourd'hui...

14:22
Invité

C'est le médecin qui prend la décision. Vous savez, madame ? Oui, mais collégiale, c'est vrai, c'est écrit. La discussion est collégiale, mais c'est le médecin qui prend la décision et qui n'est pas obligé, c'est écrit dans le texte, de suivre l'avis des deux personnes qui l'ont consulté. Madame Forcade,

14:31
Olivier Falorni

vous savez qu'aujourd'hui, une procédure collégiale peut décider de plonger quelqu'un dans le coma de façon irréversible.

14:38
Invité

C'est mon quotidien.

14:40
Olivier Falorni

Irréversible. Vous prenez donc la décision de plonger quelqu'un dans le coma dont il ne se réveillera jamais et vous décidez d'arrêter l'hydratation et la nutrition. Ce ne sont pas des petites décisions. Donc, effectivement, je ne conteste pas la difficulté de la décision et ce que je vous rappelle quand même, c'est que vous avez une clause de conscience qui est reconnue dans la loi. Une clause de conscience qui dit à chaque médecin, à chaque infirmier, vous n'aurez pas à faire le geste si vous ne souhaitez pas faire le geste, vous n'aurez pas à prendre la décision.

15:10
Présentateur

C'est vrai, c'est écrit.

15:10
Olivier Falorni

Vous n'aurez pas à prendre la décision si vous ne voulez pas prendre la décision. C'est-à-dire que, Madame Fourcade, la loi vous permettra de ne pas avoir à décider d'une aide à mourir ou pas.

15:19
Invité

Il y a deux choses. Oui, je suis d'accord et c'est heureux qu'il y ait cette clause de conscience au moins pour les médecins parce que, par exemple, l'aide soignante qui, elle, fera la toilette mortuaire n'a pas de clause de conscience, bien entendu.

15:29
Olivier Falorni

Non, parce que c'est une personne décédée. Pourquoi on donnerait une clause de conscience à quelqu'un qui fait une toilette mortuelle ? Une personne décédée, quelle que soit la nature de son décès, est une personne décédée.

15:39
Invité

Notre travail est un travail d'équipe et protéger uniquement le médecin, c'est difficile. Ce qui est compliqué pour moi avec cette clause de conscience, c'est que la seule promesse que je peux faire aux patients que je soigne, c'est le non-abandon. Quoi qu'il arrive, je serai là jusqu'au bout, on ne vous laissera pas tomber. On sera là pour vous accompagner même si c'est difficile. Mais ça vous le fait déjà. La clause de conscience, c'est un abandon. C'est déjà le cas, c'est ce que vous dites. Oui, c'est ce qu'on dit, mais avec la clause de conscience, pour nous, et c'est pour ça que tellement de soignants sont mis en difficulté.

La clause de conscience nous permet de partir si c'est difficile, mais de rompre du coup cette promesse et c'est compliqué. Et puis quand même, l'examen de ce projet de loi, il est venu se terminer par la question du délit d'entrave.

16:14
Présentateur

Alors ça, pardon, mais c'est très important Olivier Falorni, c'est vrai que ce délit d'entrave, ça vous a valu un tweet de Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, qui était horrifié par ce délit d'entrave, c'est que donc, est inscrite par un abondement dans cette loi, une peine de deux ans de prison d'un délit d'entrave à l'aide à mourir. Bruno Retailleau juge que ce serait franchir une nouvelle limite pas supportable pour qu'on comprenne bien, convaincre quelqu'un de ne pas en finir peut vous valoir deux ans de prison ?

16:50
Olivier Falorni

C'est pas du tout ça et je suis quand même ébahi qu'un ministre de l'Intérieur ne sache pas que le délit d'entrave, il existe dans la loi depuis des décennies concernant l'IVG. Qu'est-ce qui s'est passé après la loi Veil ? On s'est aperçu que des associations, des groupes empêchaient, empêchaient des femmes d'accéder à ce droit qu'est l'IVG. Voilà pourquoi il y a eu un délit d'entrave et l'article que vous mentionnez, il reprend mot pour mot, mot pour mot, à la fois les termes et le quantum de peine puisque le délit d'entrave sur l'IVG c'est deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.

En revanche, je veux le dire ici à cette antenne très clairement, il ne sera jamais interdit de convaincre quelqu'un de renoncer au droit à l'aide à mourir. Il sera interdit d'exercer des pressions morales, des pressions psychologiques, des menaces et d'entraver l'exercice de ce droit. Voilà ce qu'est le délit d'entrave. Il se cale totalement sur le délit d'entrave

17:45
Invité

le parallèle avec l'IVG est complètement sans objet parce que je sache qu'il n'existe pas de plan national de prévention de l'IVG comme il existe un plan national de prévention du suicide et donc il y a une politique publique de prévention du suicide et dans l'article il écrit pression morale et psychologique. Qui va juger de ces pressions ? Notre travail à nous soignants et alors là qu'on soit en oncologie, en gériatrie, en soins palliatifs ou en psychiatrie c'est de soutenir le désir de vie.

Parfois ce désir de vie est un brasier, parfois il est une toute petite flamme, hyper fragile, qui menace de s'éteindre et notre travail de soignants c'est de souffler sur cette braise pour qu'elle reste allumée et ce qu'on nous propose c'est non seulement de souffler sur cette flamme mais en plus d'être puni pour ça. Là pour le coup

18:26
Présentateur

Olivier Falorni c'est vrai je vais vous dire de manière personnelle j'ai du mal à comprendre ce délit d'entrape c'est-à-dire que par exemple quelqu'un comme Claire Fourcade qui est quelqu'un qui est opposé à cette loi on le sait enfin je veux dire on connaît vos positions qui pousse les gens à vivre jusqu'au bout si j'ose dire elle, elle pourrait être condamnée pour délit d'entrave ?

18:48
Olivier Falorni

Absolument pas absolument pas et vous avez évoqué madame Fourcade le suicide attention attention à ne pas jouer avec ce mot-là l'Observatoire national du suicide français a sorti un rapport en février de cette année et indiqué que dans les pays qui avaient légiféré sur l'aide à mourir

19:10
Invité

il y a un tas d'autres études qui disent le contraire vous le savez très bien

19:12
Olivier Falorni

l'Observatoire national du suicide est un organisme particulièrement reconnu dans le cadre du ministère de la santé et a reconnu que les législations à l'étranger sur l'aide à mourir permettaient une meilleure prise en charge dans certains cas de justement des personnes qui étaient

19:31
Invité

Aucun pays n'a de délit d'entrave aucun On va passer au standard d'inter

19:36
Présentateur

Mireille nous y attend

19:37
Invité

Pourquoi vous allez rajouter ce chiffon rouge là à la fin et puis de doubler la peine en fin de discussion c'était enfin Madame Salamé

19:43
Olivier Falorni

ça n'est pas un chiffon rouge je rappelle que le délit d'entrave existe dans la loi française pour empêcher des gens de s'opposer à l'exercice du droit c'est arrivé vous le savez Est-ce que vous avez vu quelqu'un là empêcher Oui Madame pendant des décennies on a vu des gens empêcher des femmes à accéder à l'IVG enchaîner devant les centres sur les centres IVG on a vu des gens menottés qui bloquaient l'accès au centre IVG Mais en France Madame En tout cas

20:13
Invité

aucun pays n'a jugé nécessaire d'infliger aux soignants la menace

20:16
Olivier Falorni

d'être poursuivie pour essayer de continuer à vivre Et des médecins qui pratiquent l'IVG ont été menacés Madame Et si on a le standard

20:24
Présentateur

On va aller au standard où Mireille nous attend Bonjour et bienvenue Bonjour Bonjour et merci de prendre mon témoignage J'ai 77 ans En 1990 j'ai aidé enfin mon père à mourir mon père était atteint d'un cancer le médecin m'avait m'avait appelé pour me dire qu'il n'avait que 5 jours à vivre il souffrait physiquement et moralement et ma raison ma raison principale c'était que j'adorais mon père mes parents étaient un couple extraordinaire qui s'aimaient depuis toujours et voilà et je ne voulais pas je ne voulais pas que mon père seul je ne voulais pas que l'hôpital m'appelle en me disant ben voilà venez vite c'est terminé il est parti je voulais que mon père soit accompagné je voulais être là et mon père est mort en tenant maman lui tenait la main droite je lui tenais la main gauche le médecin m'a appelé pour me dire que c'était la fin je suis allée chercher maman à l'hôpital j'ai vu en arrivant qu'il y avait la seringue avec la morphine la seringue était pleine au bout d'un moment le médecin avec une infirmière nous ont demandé de sortir habituellement pour les soins on est rentré quelques secondes après la seringue était vide maman tenait la main la main droite de mon père je tenais sa main gauche il est parti avec nous non seulement il n'était pas seul mais j'ai pu aider maman tout de suite après parce que elle a pris un malaise elle était à l'hôpital on était là et voilà c'est par amour pour mon père que j'ai demandé de l'aider étant donné qu'il était condamné merci Mireille merci pour ce témoignage dense douloureux vous souhaitez réagir Olivier Falorni

22:35
Olivier Falorni

écoutez c'est ce qui se passe souvent aujourd'hui dans le secret des chambres d'hôpital dans l'intimité des domiciles il y a des médecins qui aident à mourir alors sous différentes formes mais on sait bien qu'il y a aujourd'hui des aides à mourir clandestines et moi je ne me résous pas finalement à ce que la seule alternative en France pour pouvoir mourir comme on l'entend comme on l'entend c'est soit la clandestinité soit l'exil et ça je ne m'y résous pas

23:08
Présentateur

Claire Forcat ce témoignage

23:11
Invité

qui est évidemment très touchant il date d'il y a 35 ans depuis on a eu 4 lois et il est écrit dans la loi et je pense que trop de français ne savent pas il est écrit dans la loi actuelle que nous devons soulager quoi qu'il en coûte même si ça doit raccourcir la vie on doit prendre tous les risques pour soulager moi je le dis toujours aux patients on prendra tous les risques on n'aura peur de rien on utilisera tous les médicaments qu'il faut aux doses qu'il faut pour vous soulager c'est la loi qui nous l'impose et je pense que cette loi elle nous permet de répondre à ces situations là on ne doit pas laisser souffrir

23:40
Présentateur

et bien merci à tous les deux Claire Forcat et Olivier Falorni merci d'avoir été à notre micro