Prison de narcotrafiquants : un projet réaliste ? - C à Vous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il n'y a pas que le brouillage. Il y a la menace de la corruption avec des agents pénitentiaires, des drones qui arrivent, les livraisons, des hélicoptères qui peuvent arriver...
Il faut changer notre posture. Contre la drogue, il faut faire ce qu'on a fait contre le terrorisme, ce qui a fonctionné, même s'il y a des encore des attentats. La France a su s'armer. - A.-E.Lemoine: Bonsoir.
On évoque avec vous ce projet imaginé, planifié par G.Darmanin qui parle d'un constat que tout le monde partage: la prison n'est pas une entrave au trafic, aux projets d'assassinats, aux règlements de comptes...
Ca, il faut y remédier. - F.Ploquin: J'ai l'impression que G.Darmanin, quand il était ministre de l'Intérieur, s'est rendu compte qu'un certain nombre de trafiquants géraient leurs affaires depuis certains pays étrangers et d'autres depuis leur cellule.
Quand il y a eu l'affaire M.Amra, ce détenu dont l'évasion a causé la mort de 2 surveillants...
Les gens étaient stupéfaits de découvrir qu'il n'avait pas un téléphone portable dans sa cellule, mais peut-être une dizaine. Il passait sa vie à commanditer des meurtres depuis l'intérieur de sa prison. Les Français, on a commencé à leur parler de la DZ Mafia, qu'un patron avait fui en Algérie...
Les 3 boss sont dans leur cellule et gèrent leurs affaires...
Ca la fout mal. G.Darmanin, se retrouvant à la justice, se demande ce qu'il pourra faire.
Là, il a fait un rêve... - A.-E.Lemoine: C'est impossible de créer ce sarcophage phonique et téléphonique? - F.Ploquin: La prison dont on ne s'évade pas n'existe pas, à part le cercueil.
C'est la seule prison dont on ne s'évade pas. Globalement, même des prisons les plus puissantes et fortifiées de ce monde, on peut s'évader. Il va falloir choisir les 100.
On va prendre le chiffre d'affaires? Mettons qu'on mette les 100 trafiquants les plus riches, 100 millionnaires dans une prison...
Ils vont faire des barbecues? Qu'est-ce qu'ils vont faire? - A.-E.Lemoine: C'est peut-être plus facile de faire du brouillage efficace sur un seul établissement que sur plusieurs? - F.Ploquin: La prison, c'est l'incubateur du crime, le laboratoire du crime de demain, là où on s'échange les numéros de téléphone... "Tu connais quelqu'un à Pointe-à-Pitre?" Quoi qu'il arrive, elle n'existe pas, cette prison.
Même dans les quartiers d'isolement, vous mettez les plus grands voyous... - P.Cohen: S'ils n'ont pas de téléphone, ce serait bien. - F.Ploquin: Les plus grands braqueurs, on les mettait dans des quartiers d'isolement depuis toujours.
Ils passent leur vie à discuter à travers les murs. - A.-E.Lemoine: Ca va créer un cartel d'envergure? - F.Ploquin: Il a parlé d'un quartier dans le Pas-de-Calais.
Ce serait prendre un risque...
C'est quoi, le problème qu'ils posent? Ils corrompent. - P.Cohen: On en parle assez peu, de ça. - F.Ploquin: La corruption et la menace.
Si le surveillant n'accepte pas, comme on voit son visage, on le repère, et on va chez lui à l'extérieur. Les principaux problèmes qu'on a aujourd'hui, ce n'est pas seulement qu'ils communiquent au téléphone. Ils utilisent leur argent pour acheter les surveillants.
Dans cette prison, il va falloir changer toutes les semaines le personnel et trouver des volontaires. Si vous installez quelqu'un pendant plus de 15 jours...
Ils ont les moyens et l'habitude. Ce sont des gens affables, bien éduqués...
Ils ont de l'argent. Ils vont tenter de circonvenir ces personnes. - E.Tran Nguyen: Mais il y a des moyens de les déranger, de diminuer leurs trafics... - F.Ploquin: Est-ce que les réunir tous ensemble est le meilleur moyen?
L'autre problème, c'est la cloche technologique qui engloberait cette espèce de prison dont personne ne pourrait parler. Je ne la connais pas. Au niveau des syndicats de l'administration pénitentiaire, il va y avoir des problèmes.
Déjà, les surveillants passent leur vie en prison. - A.-E.Lemoine: Ils ne pourront pas communiquer. - F.Ploquin: S'ils ne peuvent pas appeler leur compagne, leur compagnon pour discuter, leurs enfants...
Ils ont une vie. Vivre comme surveillant, c'est compliqué. Si en plus, vous passez la journée coupé de tout, vous n'avez plus de vie privée.
A mon avis, ça va poser un problème. Si vous brouillez pour les détenus, vous brouillez également les communications pour les surveillants. - A.-E.Lemoine: C'est quoi, la solution?
Vous avez une idée, J.Guedj? - J.Guedj: Sur ce sujet qui fait le lien avec la discussion qu'on avait précédemment...
Il y a un consensus dans le pays pour s'attaquer au narcotrafic, résolument. Jérôme Durain, le sénateur LR, et Blanc, avaient fait une série de propositions qui embrassent ces sujets-là. Mais plus largement, la question du blanchiment d'argent, la question de l'appareil judiciaire, un parquet spécialisé...
Ca, ce sont des sujets sur lesquels on doit pouvoir travailler de manière consensuelle, car ça pourrit la vie. Ca part du narcotrafic à grande échelle et ça pourrit la vie dans les quartiers de millions de Français. - F.Ploquin: Quand on voit qu'une responsable de la prison des Baumettes est menacée par des malfrats, des trafiquants, c'est logique qu'on se pose la question.
Mais quel genre de surveillants vont accepter d'aller dans cette prison, qui sera la plus menaçante pour eux? - A.-E.Lemoine: Les plus puissants y seront réunis... - F.Ploquin: Qui va y aller?
Comment on va contrôler? Il y a d'autres solutions. Une fois qu'ils sont interpellés, il faut bien qu'ils purgent leur peine quelque part.
Le problème qu'on découvre aujourd'hui...
Le seul que ça dérange d'être en prison, c'est celui qui gère un point de deal. Il a besoin d'être là tous les matins pour contrôler. Lui, ça le dérange.
Vous le mettez en prison, il est remplacé. Les autres, ça ne les dérange pas. - E.Tran Nguyen: Ce qui les dérange vraiment, ce sont les saisies. 47 tonnes de cocaïne saisies en France en 2024. 2 fois plus qu'en 2023.
Il y a quelques jours, plus de 2 t de cocaïne ont été saisies dans le port du Havre. Au Havre, 10 à 12 t sont saisies chaque année. Vous parlez de "tsunami blanc". - F.Ploquin: Le tsunami, c'est quelque chose dont on ne peut pas se protéger.
Quand on vous l'annonce, la seule solution est de partir. - E.Tran Nguyen: Mais on est plus efficaces pour intercepter? - F.Ploquin: Qui vous dit qu'il ne passe pas 1 t par jour?
Ce qui m'a frappé dans cette dernière affaire, c'est l'âge de l'incriminé. Il avait 22 ans. C'est un très jeune docker qui rentre dans cet univers-là.
Soit il a été pris en main avant par des criminels...
C'est possible. En tout cas, il n'a pas appris la déontologie...
Il a tout de suite basculé. En face, ils ont des moyens considérables. Quand on regarde depuis le Pérou, la Bolivie, la Colombie, et quand on regarde le port de Dunkerque, on ne se dit pas que c'est un hub. "Combien vaut un douanier?" C'est ça, l'état d'esprit dans lequel sont les narcotrafiquants.
Gérald Darmanin